Petit stage entre amis

Je me rappelle avoir ri en sortant d’études quand je croisais des propositions de stages avec « 10 ans d’expérience en Java » dans les prérequis. À l’époque c’était juste une anecdote, d’autant que comme Java n’avait lui-même pas 10 ans, on savait que c’était de simples maladresses d’un département RH qui allait trop vite.

Maintenant je ne ris plus et je me crispe en pensant à ceux qui sortent d’école.

Les entreprises ne proposent plus de stages, elles recherchent des stagiaires.

Le changement de vocabulaire n’est pas anodin, il reflète la façon dont le stagiaire est intégré dans le fonctionnement de l’entreprise : Le stagiaire est devenu un élément productif.

Il est considéré comme un autre employé, avec une hiérarchie, une fiche de poste détaillée, des missions, des objectifs précis de rentabilité, des prérequis de compétences importants, et parfois même des responsabilités type encadrement, formation ou prestation en clientèle.

On lui demande d’être autonome, directement efficace, et même souvent d’avoir une première expérience métier.

Un emploi, pas même déguisé

Le stage est fréquemment là pour simplement combler un besoin de main d’œuvre. Dans les annonces les plus clairvoyantes on demande des stagiaires « en urgence », « pour remplacer » un congé maladie, un congé maternité, ou pour des pics d’activité pendant les fêtes.

Il s’agit ni plus ni moins que de recruter un employé, sous un statut particulièrement avantageux.

En effet, étonnement seule la rémunération évolue en sens inverse de cette montée des stages dans l’entreprise : Si auparavant les stages de fin d’études étaient souvent rémunérés au SMIC, c’est maintenant fort rare, au point que l’État a du imposer une rémunération à 30% du SMIC pour les stages de plus de trois mois. Bien entendu c’est un alignement par le bas qui s’est fait. Ingénieurs bac+5, n’espérez pas être payés au SMIC.

Du travail mais pas de droits

Si on en vient à rechercher des stages c’est qu’étonnamment s’ils évoluent de plus en plus pour ressembler à un emploi salarié, ils n’en prennent que les avantages de l’entreprise et les contraintes du salarié. L’équilibre n’est même pas simulé, il est absent.

Pas de cotisations retraites ou chômage, le stagiaire n’a pas non plus de congés payés ou de décompte de son temps. En fait le stagiaire est généralement tenu aux horaires de l’entreprise hôte mais comme il ne bénéficie pas de RTT son temps de travail dépasse de fait celui des employés classiques.

C’est d’ailleurs tout simple : Le stagiaire n’est pas soumis au droit du travail. Il est considéré comme un étudiant et non comme un salarié. Sa seule contrainte est de ne pas pouvoir travailler de nuit (ce qui n’empêche pas de faire les 2×8 de 6h à 21h).

Un statut totalement déséquilibré

Avec tout ça les entreprises ne s’interdisent pas de mettre la pression à certains stagiaires, ou simplement, même quand il n’y a pas pression, de les faire travailler sans aucune formation.

Le stage est tenu par une simple convention, qui peut être rompue sans passer par la case licenciement et motivation du licenciement. Pire, en cas de rupture c’est potentiellement toute une année scolaire de perdue, et potentiellement la perte de la bourse pour les boursiers.

Qui dans ces conditions fait son malin si l’entreprise se révèle abuser du système ?

D’autant que les universités et écoles participent elles-aussi à tout ça en facturant souvent une année complète à des « étudiants » qui passent seulement un semestre en cours, voire n’y font qu’un passage éclair dans le cas des conventions de complaisance.

Le débutant ne vaut rien

Le système est organisé. Un employé avec expérience trouve plus facilement du travail que sans. Il suffit donc de donner de l’expérience pour avoir de meilleure embauches, non ? Voilà donc toutes les écoles et universités qui imposent des stages. Allez m’expliquer pourquoi les entreprises ne profiteraient pas de cette main d’œuvre abondante ?

La conséquence c’est qu’on en vient simplement à déclarer que la première année de travail se fait sans droits ni (presque) de rémunération. Les besoins sont décalés et les bons stages sont réservés aux pistons et aux stagiaires qui ont déjà de l’expérience (sisi). D’autres cumulent les stages pour pouvoir prétendre à des emplois.

J’ai vu des doctorants bac+8 chercher des stages pour pouvoir se faire embaucher, des professionnels travaillant en indépendant depuis plusieurs années chercher un stage de 6 mois (payé un tiers du smic) pour valider un niveau de formation, et des entreprises n’acceptant plus de débutant s’il n’a pas déjà un an ou deux d’expérience en poste similaire (ne cherchez surtout pas à leur montrer la contradiction, le stage est là pour combler la différence).

Le stage inutile

Bien évidemment pour l’étudiant le système ne résout rien. Le stage étant maintenant obligatoire pour presque tout le monde, tout le monde en a et ce n’est plus un facteur d’embauche. C’est même potentiellement un facteur de non-embauche s’il n’apparaît pas assez « professionnel » (c’est à dire « comme un emploi salarié ») ou si le candidat a trop fait de stage (encore une fois, ne cherchez pas la contradiction).

Au mieux c’est vu comme une super période d’essai pour les cadres qui ajoute 6 mois au 7 mois conventionnels potentiels (quand on n’intercale pas un CDD au milieu). Ne cherchez pas le volet « formation ». Le maitre de stage est simplement le supérieur hiérarchie et rien n’est plus formateur que le travail sur le terrain n’est-ce pas ? Dans le meilleur des cas le stage est un projet de R&D réalisé en autonomie avec un suivi irrégulier par un employé responsable.

Au final le stage est surtout une superbe invention pour les écoles (qui se déchargent d’une partie de leur formation) et les entreprises (qui gagnent des salariés gratuits et sans droits), le tout au détriment de la collectivité (qui ne touche pas ses cotisations) et de l’étudiant (qui finit par simplement travailler gratuitement au lieu d’être formé).

Mais pourtant c’est génial l’apprentissage

Qu’on ne se méprenne pas, je suis un fervent défenseur de l’apprentissage sur le lieu de travail. Les stages ou périodes d’apprentissages sont de formidables outils complémentaires aux formations théoriques.

Maintenant pour avancer il faut apporter des garanties et sur le volet travail et sur le volet formation.

Pour le volet travail ça passe par constater que l’essentiel des stages sont de simples emplois déguisés et accepter d’y appliquer le droit du travail, et je ne parle pas que de la rémunération. Pour le volet formation ça doit être à l’université ou à l’école de prouver la présence d’un réel accompagnement quotidien qui ne saurait se résumer à un apprentissage sur le tas (sinon autant directement aller sur le marché du travail).

Là, oui, l’apprentissage, le stage, ou l’alternance, peu importe comment vous l’appelez, a du sens. Pas qu’un peu.

Un emploi peut tout à fait concerner un débutant

Alors si une annonce est une annonce de « recherche » et non de « proposition » de stage, c’est très probablement qu’on en attend d’abord une rentabilité et pas une formation, et qu’il s’agit d’un emploi déguisé.

S’il y a des missions précises, si le stagiaire est envoyé en clientèle autrement qu’en ombre non facturée d’un mentor expérimenté, s’il y a un quelconque objectif de date ou de rentabilité, si le stage est lié à un événement quelconque, alors ce n’est pas un stage mais bien un emploi qui est proposé.

C’est peut être un emploi de débutant, sans expérience, peu efficace et donc payé en conséquence, mais ça restera un emploi salarié, avec toutes les garanties et les statuts associés.

Refuser ces emplois déguisés en stage

Il est de notre devoir, nous, qui ne sommes plus étudiants depuis longtemps, non seulement de refuser ces stages mais de mettre au banc et à l’index toute entreprise qui en profiterait, ou pire : qui fonderait son modèle sur la rentabilisation des stagiaires.

Si les stagiaires sont sans pouvoir, que les entreprises et écoles profitent du système, et que l’état refuse d’avancer, c’est bien à nous de faire évoluer les mentalités, non ?

Et si vous faisiez lire cette déclaration (que vous reformulerez) à votre management ou l’assistant RH avec qui vous parlez à la machine à café afin de leur faire prendre position officiellement et publiquement ? Sous l’angle positif ça peut être une très bonne opération RH.

Le danger c’est que sinon ça passe définitivement dans les acquis. J’ai déjà dans mes connaissances des gens qui trouvent naturel que le jeune doive faire ses preuves par des stages, des emplois précaires et des situations hors couverture sociale et légale avant de mériter son statut de travailleur. Ce n’est pas ma conception d’un droit ou d’un modèle de société.

34 réponses sur “Petit stage entre amis”

  1. Ma première réaction, et c’est pas très positif : je suis déjà au courant. Je suis à Bac+4 dans une école d’ingénieurs (publique), en informatique, et je suis tenu à pratiquer un stage tous les ans depuis mon Bac+2 (j’aurai donc fait 4 stages). On sait déjà que les stagiaires font tourner certaines entreprises, au moins pendant une bonne partie de l’été. Je vais essayer de ne pas paraphraser l’article ou donner des exemples, puisqu’ils ne seraient pas personnels.

    De mon côté, le stage est à la fois une très bonne chose et une vraie plaie. Côté vraie plaie : je suis moins payé en travaillant dans une SSII (qui me vend à la journée grosso-modo ce qu’elle me paye dans le mois) que mes amis qui travaillent au SMIC dans des petits boulots « non qualifiés ». Pour payer l’année qui vient, c’est un peu léger 1/3 smic.
    Comme mon école dispense un programme chargé (en volume horaire pour respecter les normes de la CTI, notamment), les stages se déroulent donc pendant les vacances d’été. Je peux attendre les congés payés pour passer voir la famille en Juillet/Août.

    Il me semble qu’en se débrouillant bien, on peut utiliser la contrainte stage pour en tirer un bon parti. De nombreuses organisations (et qui font vraiment envie, comme Google, Mozilla, …) sont plus accessibles via un stage qu’une fois diplômé. Les programmes d’internship dans certaines entreprises internationales jouent vraiment le jeu (et offrent des compensations intéressantes). C’est aussi une excellente occasion de partir vivre à l’étranger pour une courte durée (et tester plusieurs pays, cultures, etc). C’est aussi le seul moyen de s’essayer à « la recherche » avant le Master.

    J’ai l’impression que beaucoup de monde autour de moi profite du stage pour « tester » sans prendre trop de risque, et revient généralement assez satisfait.

    Dans l’article, j’ai relevé deux/trois choses qui me font penser qu’on est peut-être un peu privilégiés : on est dans une école publique, et les enseignants (même si ils valident les sujets de stage les yeux fermés, ou alors cherchent la petite bête) sont généralement vigilants : on a une certaine marge de manœuvre pour faire une période de stage complète (requise pour le diplôme), trois mois en fin de dernière année si on a pas fait le compte les années précédentes. La réputation de l’école est plutôt bonne, peut-être que ça incite les entreprises qui nous “accueillent” à être plus attentives. D’ailleurs c’est vrai en DUT les retours n’étaient pas aussi positifs, et que les BTS “gestion/commerce/etc” remplaçaient souvent les intérimaires.

  2. J’ai eu la « joie » de faire un « stage » de 3 mois à la fin de mon DUT SRC (services et réseaux de communication), dans une petite agence web. Il y avait le patron, sa femme… et les 2 stagiaires. La boîte avait 3 ans, ils n’avaient pas passé plus d’un mois sans avoir de stagiaires. J’ai réalisé plusieurs sites de A à Z, ils ont été vendus à des clients (200/300€ le site, mais c’est une autre histoire…), et j’ai été payée avec un restau. 3 mois de travail facturé à des clients pour 10€ de bouffe au café du coin…
    Sans oublier bien sûr que le patron m’a filé la clé de l’agence à la fin de la première semaine, du coup, si l’autre stagiaire et moi nous arrivions systématiquement à 9h tapante, il était rare de voir débarquer le patron avant 10h30, quand il daignait se déplacer…

    Bref, je ne pourrais pas être plus d’accord avec cet article.

  3. De mon côté, j’ai eu la chance de trouver un CDI pour débuter ma carrière. Même si cela s’est fait après une mauvaise expérience en stage (l’employeur refusait de me payer mes indemnités), je retiens surtout que je n’ai pas eu à enchainer les stages pendant un an comme c’est le cas pour certains aujourd’hui.

    Sur la durée du temps de travail, je ne suis pas sûr que le stagiaire fasse réellement plus d’heures que le salariés. Dans l’absolu, en comptant les congés oui. Pour ce qui est des RTT, encore faut-il avoir la chance d’en avoir… Et c’est loin d’être systématique dans notre domaine. Je ne compte plus mon nombre d’heures supplémentaires qui ne seront ni payés, ni compensées en RTT. (Le 2e problème RH après les stages ?)

    Mais le 2e effet KissCool de cette politique de l’exploitation du stagiaire, c’est qu’il devient d’autant plus difficile de trouver un emploi. Quand j’ai dû retrouver un emploi suite à un licenciement économique, j’ai eu bon nombre de refus parce que j’étais considéré comme trop cher par rapport à un stagiaire ou à un junior sans expérience (même en répondant à une offre pour un poste sénior)… Et j’avais reçu plusieurs offres de stages alors que très clairement je cherchais un emploi.

    Et sur le dernier paragraphe, ça me parait évident. Je ne me vois de toute façon pas travailler dans une boîte qui vit sur le dos des stagiaires.

  4. J’avoue que j’ai eu 2 stagiaires que j’ai essayé de respecter en tant que stagiaire, et il ne faisait pas parti d’une équipe de production à proprement parlé (ils travaillent avec eux, mais pas pour le client). Hors de question de facturer le travail d’un stagiaire…

    Et bien c’est les deux écoles d’où ils venaient qui m’ont un peu tiré les oreilles, comme quoi je ne les avaient pas envoyé « au front » !!! On croit réver. Je garderais ma ligne de conduite si j’ai encore l’occasion d’être tuteur de stage, même si les écoles et autres fac trouve que je devrait envoyer les élèves au front…

  5. J’ai connu les deux facettes : l’entreprise qui fonctionne avec 1 salarié, 3 alternants et 3 stagiaires (m’ont proposé l’embauche à la fin, comme quoi, et même à temps partiel si je le souhaitais pour continuer mes études), mais j’ai aussi connu les stages avec un vrai encadrement et pas de projet « en prod ».
    Par ailleurs, j’ai aussi encadré des stagiaires (pour du dév web) et ils s’attendaient tous à travailler sur des projets réellement vendus au client. Certains étaient même déçus de ne travailler que sur des logiciels et outils pour de l’interne.
    Et je confirme qu’encadrer un stagiaire ça prend du temps (40% de son temps de travail environ), c’est donc tentant pour l’entreprise de « rentabiliser » un stagiaire.

    NB : je me fais l’avocate du diable…car je suis d’accord sur les abus.

  6. On ne peut plus d’accord avec cet article.

    Maître de stage d’un alternant, puis d’un stagiaire, il faut savoir que ces petits gars demandent du temps d’encadrement. Je pars d’un fait qu’un stagiaire est productif à 60% d’un employé, mais qu’il occupe 40% de son maître de stage.

    A partir de ce point, engager un stagiaire pour faire face à une surcharge de travail est suicidaire puisque l’on met une personne non formée, non productive sur un poste qui nécessite une productivité avancée.

    Sinon, sur le type de travail que l’on donne, je ne pense pas qu’il ne faille pas mettre en stagiaire sur un projet facturé, mais plutôt qu’il faut gérer son cas comme un cas à part : pas sur une tâche bloquante, pas tout seul sur son projet, doubler la relecture et le suivi, prévoir un temps de retour sur ce qu’il a fait.

    Selon moi, un stage sans optique d’embauche est une aberration, puisque ce que peut apporter le stage pour l’entreprise, c’est de pouvoir tester le potentiel d’un débutant, de pouvoir l’intégrer dans l’entreprise, pendant une période où il est prévu qu’il puisse faire des erreurs, et qu’il bénéficie d’un encadrement particulier.
    C’est cet équilibre qui me semble être bon pour les stages.

  7. Je n’ai rien contre l’idée de faire faire du travail « de prod », le tout est que ce soit fait dans une démarche d’accompagnement et de formation. Si l’objectif est simplement de faire réaliser des tâches, alors ce n’est plus un stage, même si c’est formateur (comme tout travail).

  8. Que l’entreprise puisse vouloir embaucher derrière un stage est plus que normal. Par contre si ça devient un processus de recrutement et donc une façon supplémentaire de tester un salarié pendant 6 mois de plus et se dégager des contraintes d’un recrutement, ça devient problématique.

    Ceci dit j’ai vu des sociétés qui considéraient que le stage faisait office de période d’essai et donc n’en ajoutaient pas une de plus à la fin. Bref, il y a aussi du bon, même si j’appuie forcément sur le mauvais.

  9. Très bien cet article. Un problème que tu ne soulèves pas est la concurrence déloyale. Dev freelance sur un projet j’ai été remplacé par un « stagiaire » de 40 ans qui venait de déposer le bilan après 10 ans d’activité. Stagiaire pour éviter de perdre ses indémnités chomage sous un prétexte de mise à niveau. Ensuite l’entreprise a fait appel à 3/4 autres stagiaires lorsqu’ils ont vu le filon. Bilan 1 entreprise, 2 patrons, 4/5 stagiaires.

    Un petit exemple qui m’a fait récemment rire : http://bit.ly/eZCjBt
    On a ici un stagiaire qui prend la place d’un salarié et fait une prestation pour un service public. La boucle est bouclée.

  10. Pour information, certaines universités acceptent de valider les unités d’enseignement professionnelles par un CDD (ou un CDI, j’imagine) en lieu et place du stage conventionné.

    L’avantage, c’est que vous avez un vrai contrat de travail, avec ses droits et ses avantages.
    L’inconvénient, c’est que ce n’est pas un stage. Les travaux de rédaction du rapport et de préparation des soutenances ne peuvent se faire qu’en dehors du temps de travail.

    Bon, en pratique, ces inconvénients s’appliquent également aux stages…

  11. Personnellement je prend des stagiaires dans mon équipe et oui, c’est souvent pour faire avancer des sujets de R&D à la traine ou risqués (en terme de ROI). J’utilise donc le levier « main d’oeuvre pas cher et pas trop mal qualifiée » pour faire bouger les choses. Cela dit je prend les précautions suivantes :
    – leur donner un vrai sujet de stage qui sera formateur (techno, contexte métier)
    – les faire encadrer par un senior ou un manager
    – pas plus de un stagiaire par team de 8

    Tout le monde est content et j’ai deux collègues en CDI qui sont passés par des stages dans mon service.

    In fine, dans mon cas perso, je trouve le système des stages pas trop trop mal.

  12. Perso j’ai trois critères :
    – Le volet formation (autre que « sur le tas » et « le travail c’est formateur ») est-il absent ou ridicule ?
    – Un employé aurait-il pris le projet ou la mission s’il n’y avait pas eu de stagiaire ?
    – Le stagiaire a-t-il les contraintes de rentabilité et de production ?

    Visiblement c’est « non » aux trois dans ton cas ;)
    Après si c’était des CDD (comme au commentaire précédent) payés peu chers (parce que débutants) est-ce que ce serait vraiment impossible ? différent ?

  13. Je vais commencer à en vouloir aux universités et écoles sérieuses quand elles acceptent de rentrer dans le jeu de tels emplois déguisés. La convention de stage (obligatoire) est tripartite: école/université, entreprise et stagiaire et il est de leur responsabilité de vérifier que tout se passe bien.
    J’ai en mémoire un labo d’analyses physico-chimiques où le responsable de filière de master pro avait eu la surprise de trouver 17 stagiaires pour 11 permanents (salariés en CDI, CDD et gérants). Je ne crois pas que ce labo ait pu faire signer des conventions avec cette fac les années suivantes …

    Pour ce qui me concerne, 90% des annonces d’emploi mises en ligne sur alsacreations.com le sont par moi (si vous vous plaignez de la rédaction de certaines offres, dites-vous que j’ai refusé pire ;) ).
    Il y a apparemment des modes, la dernière que j’aie pu constater c’est de rechercher un « CDI ou stage ». « CDI ou CDD » c’est normal mais mélanger CDI et stage est AMHA un moyen de rabaisser les prétentions du candidat façon « votre boulot je peux le faire faire par un stagiaire pour 3 fois moins cher, vous voulez vraiment discuter ma proposition de smic ? » (je refuse ces annonces-là, systématiquement. Yaka faire 2 annonces distinctes).
    Tendance plus ancienne les stages de pré-embauche : ça peut être un moyen de n’embaucher que des jeunes sans tomber sous le coup de la loi qui interdit toute discrimination liée à l’âge (entre autre) lors d’une embauche.

    Pour la rémunération des stages « longs », la loi a prévu un minimum mais … elle a aussi prévu des exceptions ! Merci le législateur :/ (je vais pas m’étendre sur le détail, moins ça se sait mieux c’est).

  14. Attention aux abus de langage. Un étudiant qui effectue une année par alternance n’est absolument pas un stagiaire.

    L’alternance est une activité salariée rémunérée à un pourcentage du SMIC en fonction du niveau d’étude et de l’âge de la personne. Les étudiants qui suivent un cursus par alternance (ou en contrat de professionnalisation) sont des salariés à durée déterminée d’une entreprise. Ils cotisent à la retraite et aux caisses d’assurance maladie et obtiennent un bulletin de paie à la fin de chaque mois. Ils bénéficient des mêmes avantages sociaux que les autres salariés de l’entreprise.

    L’alternance est encadrée par un maître d’apprentissage dans l’entreprise chargé de suivre l’étudiant et le former.

  15. Un petit exemple vaut mieux qu’un (trop) long billet : On recherche un stagiaire pour un poste de directeur technique
    https://remixjobs.com/emploi/D

    Bon, évidemment c’est une startup et le poste de directeur technique c’est en fait un poste de développeur unique qui fait tout. Mais qui encadrera le stagiaire technique ? deux étudiants sortant juste d’école de commerce ? est-ce vraiment une formation ? d’ailleurs l’autonomie est marquée comme indispensable.
    L’objectif est bien de construire la société, de zéro, et de livrer clef en main une solution technique … pour le prix d’un stage. Responsable du développement, de la mise en production, du bon fonctionnement, et bien sûr force de proposition … mais ce n’est pas un associé ou un salarié qu’ils recherchent, juste un stagiaire.

  16. Ils n’ont probablement pas les moyens de payer un salarié. C’est donc soit le stagiaire, soit l’abandon du projet.
    Je vote pour le stagiaire.

    Pour étoffer ma remarque précédente, le développement informatique offshore est bien plus « dangereux » pour le développeur français de base que les stages.

  17. @Ka: Bof, si l’investissement de la startup (ou la confiance des fondateurs dans leur réussite) est faible au point de ne pas pouvoir rémunérer la personne qui construira toute la technique, ce n’est probablement pas une piste intéressante.

    Notes que je peux comprendre l’idée d’une startup qui se monte sans moyens au départ, surtout pour du web. Mais dans ce cas, s’il y a tout à monter, on cherche un associé (ou un investisseur), pas un stagiaire.

    Mais surtout, l’absence de moyens n’est pas une justification pour exploiter un tiers en lui faisant tout construire sans rémunération sous un statut de formation qu’il n’aura en fait pas.
    L’idée qu’on puisse opposer le manque de moyens de la société à la rémunération du salarié est totalement fantasque. C’est un problème d’investisseur ça, il n’a pas à impacter les tiers et ne justifie pas que ces tiers travaillent gratuitement au bénéfice des investisseurs.

  18. @Eric

    – Oui, il y a une certaine beauté à démarrer un projet avec 100 € (« Financial bootstrapping », il y a pas mal de littérature sur ce sujet).
    – Non, un associé ne se trouve pas aussi facilement qu’un stagiaire. Un stagiaire peut devenir un associé. Il faut tout de même une entente parfaite.
    – Non, le stagiaire ne fait pas tout le travail. Le succès de l’idée de l’exemple (location de livres physiques) repose à 90% sur du marketing, pas sur le développement informatique. S’il suffisait d’un bon développeur pour faire marcher cette idée, la solution existerait déjà en France.

    PS : j’ai pas tout compris sur le fonctionnement des commentaires DISQUS, on peut pas répondre à une réponse ?

  19. @Eric

    – Oui, il y a une certaine beauté à démarrer un projet avec 100 € (« Financial bootstrapping », il y a pas mal de littérature sur ce sujet).
    – Non, un associé ne se trouve pas aussi facilement qu’un stagiaire. Un stagiaire peut devenir un associé. Il faut tout de même une entente parfaite.
    – Non, le stagiaire ne fait pas tout le travail. Le succès de l’idée de l’exemple (location de livres physiques) repose à 90% sur du marketing, pas sur le développement informatique. S’il suffisait d’un bon développeur pour faire marcher cette idée, la solution existerait déjà en France.

  20. – Pas de problème pour un projet avec un investissement humain plutôt que financier … tant que l’investissement humain en question n’est pas en fait celui d’un tiers qui n’en récoltera pas les fruits.

    – Qu’un associé soit difficile à trouver ne justifie pas là non plus de se servir d’un stagiaire. Je refuse tout argument de type « je m’autorise à profiter de X parce que sinon c’est compliqué/cher ».

    D’ailleurs si tu dis qu’on prend un stagiaire parce que c’est plus simple à trouver, tu dis implicitement que le stagiaire pris ne serait (probablement) pas pris en tant qu’associé, donc je refuse aussi l’argument « il pourra peut être finir associé ». C’est un espoir sans garantie, ce qui est le propre d’un investisseur (hors ce n’est pas ce qu’on cherche, justement).

    – Je suis d’accord que la technique ne fait pas tout. Je ne prétends pas que les deux fondateurs se tournent les pouces en regardant leur compte en banque. Reste que si cette technique a une valeur, le travailleur qui la fournit mérite une rémunération en conséquence (et si elle n’a pas de valeur alors il n’y a pas matière à rechercher de stagiaire).

    Ceci dit sur un projet web, l’ensemble technique [conception + réalisation + déploiement + maintient] ça a une sacré valeur hein, au point même que le projet n’a aucun sens sans tout ça. Si on demande à quelqu’un de fournir cette valeur sans rémunération, on peut tourner ça dans tous les sens, mais il y a un problème dans l’équation.

    Je me rappelle une présentation, je crois faite par le fondateur de Facebook, qui attribuait de 1$ aux idées simples et jusqu’à 10 000$ aux idées exceptionnelles. On attribuait ensuite de 1$ à 100 000$ aux réalisations de ces idées, de la réalisation simple à la réalisation exceptionnelle. La valeur du projet était imaginée en faisant le produit de la valeur de l’idée et de celle de la réalisation. Une superbe idée avec une réa pourrie ne vaudra pas plus que 10 000$ mais une idée simplement bonne avec une réalisation exceptionnelle chiffre en millions. Bref, la réa technique, n’est pas qu’un % dans l’équation, c’est un coefficient multiplicateur. Lui attribuer une rémunération nulle c’est arnaquer quelqu’un.

    Ceci dit quand bien même la réalisation technique serait anecdotique, elle mérite, autant que le ménage des surfaces dans les bureaux, un échange salaire contre travail.

    Ici ce n’est pas une formation qu’ils proposent : ce n’est pas un stage. Qu’ils aient les moyens, que la réalisation soit importante, que sa valeur soit importante, finalement tout ça n’entre même pas en compte. Ils ont besoin d’un travail, soit ils le payent, soit ils font entrer un investisseur (en capital humain ou en capital financier), soit ils le font eux-même, soit ils abandonnent.

    Pour Discus c’est effectivement franchement perfectible, il faut répondre au message qui a initié le fil de discussion. Il faudra que j’implémente moi-même les commentaires pour faire mieux mais j’ai des choses à plus forte valeur ajoutée à faire avant.

  21. +1.

    Une grande partie de l’article n’est pas applicable à une école en alternance. Tu parles de « pas de cotisation, etc. », ce qui est faux pour un apprentissage (j’en sais quelque chose, j’ai fait une école d’ingé en apprentissage. J’étais salarié pendant les 3 années de formation, même quand j’étais à l’école).

    Critiquer les stages, 100% d’accord. Mais mettre dans le même sac stage, alternance, et apprentissage est tout simplement une grosse erreur puisque les trois sont justement protégés des abus très différemment.

    Baptiste

  22. Je suis étudiant en école d’ingénieur, spécialité informatique, et j’ai eu la chance de réaliser plusieurs stages extrêmement intéressants. Formé, encadré et intégré c’était pour moi du gagnant/gagnant.

    Sur le secteur de l’informatique, qui embauche, nous avons la chance de pouvoir choisir notre stage et d’être relativement bien payé (les stages de fin d’étude sont souvent rémunérés un peu en dessous du smic, avec parfois des avantages).

    Mais évidement il n’y a pas qu’une seule vérité et il y a de grandes disparités dans les stages proposés. Comme sur le reste du marché de l’emploi, si on est sur un secteur en croissance avec un bon diplôme on n’aura pas de problème pendant son stage (si on se bat un peu pour ne trouver un bon) en revanche si on est sur un secteur moins porteur avec un simple DUT alors là on peut observer bien souvent ces abus.

  23. Il n y a qu’en France qu’on peut écrire un truc pareil …
    Les entreprises privées font vivre la France, sans elles tout s’écroule. Dans la plupart des pays les patrons sont considères comme des héros.
    En France, on nous fait croire que l’état peut intervenir pour nous défendre. C’est évidemment faux, ses pouvoirs sont très limites (et heureusement, vu le niveau)
    Tu es libre mon gars, libre d’accepter ou de refuser un stage. Si on ne te propose que ça, ce n’est pas en contraignant les entreprises que cela va changer. Si tu es ingénieur tu refuses tout stage et tu prends un salaire minimum de 30k, c’est normal, tu les vaux. Si tu es thésard en histoire de l’art, ta valeur sur le marche du travail est nulle, un stage serait déjà un miracle. C’est l’offre, et la demande, et cela marche très bien comme cela.

  24. Personne ne te dit que le privé c’est mal, que les patrons sont des méchants, ou quoi que ce soit dans le genre. C’est totalement hors contexte comme réaction là.

    De plus je crains que tu ne te méprenne sur le fait que ce soit spécifique à la France. Vas aux US et tentes de ne pas rémunérer quelqu’un, tu verras même de plus fortes réactions qu’ici parce que justement la valeur travail est très forte. Éventuellement les gens accepteront plus facilement des rémunérations alternatives par des prises de participation (et encore, je n’y crois pas, mais telle est l’image des US en France), mais ça s’arrête là. Factuellement, les internship non (ou peu) rémunérés dans des sociétés commerciales sont bien moins fréquents aux US qu’en France d’ailleurs pour ce que j’en ai vu.

    L’image très libérale des US est largement exagérée dans l’esprit français. Ce n’est pas une absence de règles totale, ni une acceptation de l’exploitation du faible par le fort.

    Contraindre les entreprises ? Si demander de respecter le droit du travail et le salaire minimum quand il s’agit d’un travail (et la formation quand il s’agit d’une formation) te semble une contrainte, effectivement nous allons avoir un problème de valeurs fondamentales à la base. On peut certes voir « tu es libre de refuser » mais il te faut avouer que ce n’est pas ainsi que la société fonctionne (pas même aux US).

    On a définit des droits et des devoirs minimum pour protéger le faible du fort. Ici le faible, du fait de ses obligations et du marché du travail, c’est le stagiaire ou l’employé. On a donc une législation qui définit le minimum des droits du salarié : salaire, horaires, conditions.

    Demandes à un salarié de travailler 80h/semaine, sans congés, sans contrat, ou sans rémunération, il aura beau accepter (malgré lui), ça restera illégal et c’est bien comme ça. Notes que ça sera illégal dans la plupart des pays, US compris. Ce n’est pas spécifique à la France.

    L’offre et la demande c’est bien au niveau macro, pas au niveau unitaire, surtout quand il y a un fort et un faible. C’est aussi ça la vie en société. Surtout que là c’est biaisé de demander ça alors que c’est l’État qui impose les stages via les diplômes universitaires donc on n’est absolument pas dans un marché d’offre et de demande libre. Si on t’impose quelque chose (le stage), il n’y a pas de mal à ce qu’on définisse aussi un minimum de conditions pour que ça se passe dans le respect de chacun.

    Et indépendamment, le système d’offre et demande fonctionne aussi sur le principe du « libre de refuser » et sur la capacité à râler pour faire varier l’équilibre des forces et des acceptations. Bref … ce que je fais :)

  25. L’image du fort pour désigner le patron et du faible pour désigner les salarié est totalement fausse. Le patron est la plupart du temps un ancien salarié qui a décidé de se battre au front, avec tout les risques que cela comporte, notamment celui d’échouer. Dans ce combat, s’il peut s’aider pour survivre de stagiaires et de contrat en alternance, qui sont effectivement assez rentables, il n’y a pas lieu d’hésiter (dans le respect de la personne humaine). J’invite d’ailleurs les salariés à tester l’entreprenariat grâce au statut d’auto-entrepreneur http://www.gouvernement.fr/gou… Ils verront que mener une entreprise n’a rien de facile.

    PS : pour répondre à un commentaire en particulier, il faut passer par : http://disqus.com/dashboard/

  26. Hum … il y a deux notions là dedans.

    Si on ouvre un stage qui est réellement un stage (sans contraintes d’objectifs, de rentabilité, de mission, et avec un réel encadrement formateur) alors pourquoi pas. Et si le patron en sort un bénéfice pour sa société et son projet tant mieux : le gagnant-gagnant est toujours une bonne chose.

    Si à l’inverse on prend recrute des stagiaires pour réaliser des tâches d’employés uniquement parce que c’est moins cher, là ça pose problème. D’ailleurs c’est factuellement illégal, juste que personne ne s’en occupe.

    Le second point c’est que la discussion semble dériver vers une critique des patrons mais ce n’est pas du tout mon état d’esprit. Il s’agit bien pour moi de faire évoluer le système vers un mieux, pas de jeter la faute. Faire évoluer le système passe aussi par jeter la faute sur les cas flagrants, mais aussi faire du positif (déclaration de principe), de l’information, et encourager les étudiants à eux même faire plus pression de leur côté.

    Pas besoin de chercher à valoriser l’investisseur à mes yeux, j’ai déjà une très bonne opinion de l’activité en elle-même. Ça n’empêche pas qu’il y a des comportements à changer.
    En fait pour moi c’est d’autant moins un problème spécifique à l’investisseur que mis à part l’exemple donné plus haut, le problème se voit beaucoup dans les grosses structures où aucun maillon de la chaîne de décision ou d’organisation n’est investisseur / gérant d’entreprise : ils sont tous salariés ou étudiants.

  27. Billet d’humeur qui résume bien la situation des stagiaires en France !
    Je lis cet article suite à un refus de la DRH pour des congés pour mon stage.
    Je suis dans la fonction publique, diplômé Bac +5 depuis un mois, en stage depuis 6 mois, et je n’ai pas le droit à des congés puisque non salarié.
    A contrario j’ai été malade une fois et la DRH m’a demandé un arrêt maladie. Serai-je soumis au droit du travail ? Allez chercher pourquoi.

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