Catégorie : Vie professionnelle

  • « On m’oblige à utili­ser l’IA »

    Je le lis cette phrase depuis quelques temps sur les réseaux sociaux alors je fais mon coming out : Ça ne me semble pas forcé­ment anor­mal. Utili­ser l’IA fait même partie des direc­tives que je donne à mes équipes.

    Plus loin : C’est un critère de recru­te­ment. Jusqu’à présent je voulais des ingé­nieurs curieux, ayant envie d’es­sayer. Désor­mais je ne prends que des personnes qui ont déjà un réel usage. La géné­ra­tion de code sur plus de 80% de ce qui est livré est un prérequis, mais non suffi­sant. Ce que je cherche ce sont ceux qui vont plus loin, qui vont utili­ser l’IA comme levier pour l’en­semble des acti­vi­tés qu’ils auront au jour le jour.

    Si certains sont bloqués sur ces sujets par leur employeur actuel, je vais cher­cher ceux qui explorent massi­ve­ment côté perso et y voient la néces­sité de chan­ger d’em­ployeur.


    Une ques­tion de stra­té­gie

    Si vous êtes convain­cus que le télé­tra­vail est la meilleure façon d’or­ga­ni­ser le travail, vous allez instau­rer une culture et une orga­ni­sa­tion qui va avec. Ça peut être plus d’écrit, plus d’asyn­chrone, un dépla­ce­ment du budget des locaux vers le maté­riel ou vers des événe­ments ponc­tuels dans l’an­née pour se retrou­ver, ou quoi que ce soit que vous imagi­nez.

    Si vous trou­vez des candi­dats qui aiment se retrou­ver dans des locaux avec leurs collègues, qui vont privi­lé­gier les discus­sions de face à face, ça ne collera pas. Ni pour eux, ni pour vous. Parfois il faut faire un choix, et lais­ser chacun faire ce qu’il veut finit par ne conve­nir à personne.

    S’il s’agit d’ac­qué­rir cette nouvelle culture de télé­tra­vail, vous allez donner des guides. Pour acqué­rir les nouveaux usages il y a une phase de trans­for­ma­tion à passer, là où on ne voit pas encore toujours le béné­fice indi­vi­duel­le­ment.

    Chan­ger c’est diffi­cile, donc vous allez aussi réduire au maxi­mum le nombre de personnes qui auront ou pour­raient avoir du mal à chan­ger. Ça passera entre autres par un critère fort sur les recru­te­ments, et même poten­tiel­le­ment par des départs si le déca­lage ne peut pas être résolu malgré les efforts.


    Faire des choix

    C’est vrai pour le télé­tra­vail. Ça peut se traduire de la même façon pour l’ab­sence de télé­tra­vail. C’est vrai pour les choix tech­no­lo­giques, pour la langue de travail, pour les horaires, et même pour des choix cultu­rels ou les valeurs portées par l’en­tre­prise.

    Parfois c’est une convic­tion forte. Parfois, même sans dire qu’une option est meilleure que l’autre, il a été jugé impor­tant que ce soit un choix commun, partagé.

    C’est vrai pour tout choix stra­té­gique. Le fait de travailler massi­ve­ment avec ou sans l’IA en est un.

    Rien de plus, rien de moins


    Faire mon choix

    Et donc oui, j’ai une convic­tion forte, avec une stra­té­gie asso­ciée, et que ça implique un chan­ge­ment radi­cal de pratiques, de métier et de façon de penser. Un choix a été fait, radi­cal aussi.

    Ça ne dit pas que les autres choix sont mauvais, c’est juste celui là qui a été fait. Il y a d’autres équipes, avec d’autres choix, et chacun va où il se sent bien.


    Chan­ge­ment

    Certains m’ont remonté que  mon billet laisse croire que c’est unique­ment une ques­tion d’im­po­ser bruta­le­ment. Ce n’est pas le cas.

    Je parle de choix d’en­tre­prise. La façon de l’ame­ner, de le déployer, l’ac­com­pa­gne­ment ou la discus­sion sont un sujet à part entière.

    Le chan­ge­ment radi­cal est par contre côté recru­te­ment, juste­ment pour ne pas avoir ensuite à gérer des situa­tions diffi­ciles.

  • J’avais besoin d’un bon système audio et je ne le savais pas

    Depuis que j’ai un grand écran, je cherche à lais­ser mon macbook fermé. J’ai des haut-parleurs sur l’écran mais ça n’était pas super quali­ta­tif.

    J’ai acheté une paire de petites enceintes actives USB pour parfois faire passer de la musique, ou au moins avoir une qualité sonore un peu meilleure.

    Là, révé­la­tion. Je ne galère pas autant que je le croyais à suivre les visio en anglais. Mon niveau d’an­glais n’était pas le (seul) problème. J’avais juste un son qui n’était pas au niveau.

    Main­te­nant que j’ai cette petite révé­la­tion je me rends compte que j’ai une vraie diffé­rence de capa­cité de suivi suivant le système sonore. Je ne les ai pas ache­tées pour ça, mais elles valaient le coup rien que pour ça.

    Mes nouvelles enceintes sont clai­re­ment ce que j’ai de mieux. Les haut-parleurs internes du macbook pro ne sont pas mauvais. Mes casques sont tous derrière, et les haut-parleur de mon écran sont proba­ble­ment encore derrière.

    Bref, si vous avez de la fatigue ou du mal à suivre en visio, chan­ger votre système de son peut faire la diffé­rence.
    Ça a été le cas chez moi.

    Voilà, désolé si c’est un enfonçage de porte ouvertes pour vous, c’était une décou­verte chez moi.

  • L’ar­ti­san et l’usine

    J’ai passé la majo­rité de ma vie à façon­ner du code, et j’en ai fait mon métier. Je me suis long­temps vu comme arti­san logi­ciel. Pour moi c’était une des spéci­fi­ci­tés de notre profes­sion. On ne faisait pas deux fois les choses de la même façon. Sinon c’était auto­ma­ti­sable, et auto­ma­tisé. Le déve­lop­pe­ment logi­ciel c’était ce qui restait, et c’était de l’ar­ti­sa­nat.

    Je remets en ques­tion cette vision depuis quelque temps.

    Fin de l’ar­ti­san logi­ciel

    L’ar­ri­vée de l’IA change ce qui est auto­ma­ti­sable, et donc les acti­vi­tés restantes. J’ai deux futurs auxquels je crois.

    Le premier, c’est celui de l’in­gé­nieur qui va mettre en place le cadre, les outils, la surveillance, les docu­men­ta­tions, la chaîne de produc­tion et de livrai­son. On passe de l’ar­ti­sa­nat à l’usine robo­ti­sée, comme plusieurs métiers avant nous.

    Le second reste quelque part un arti­san, mais un arti­san produit plus qu’un arti­san logi­ciel. L’enjeu est de remon­ter partiel­le­ment la chaîne, se concen­trer sur ce qu’on veut produire, pourquoi, comment, et traduire le besoin. C’est fina­le­ment ce qu’on fait déjà : le déve­lop­peur traduit des besoins en code. Cette traduc­tion sera diffé­rente, et moins proche du code.

    Ces deux trajec­toires ne s’ex­cluent pas. On pourra sans doute navi­guer de l’une à l’autre selon les projets, les envies, les moments de carrière. Mais dans les deux cas, le métier change, radi­ca­le­ment, et l’ar­ti­san logi­ciel ne sera proba­ble­ment plus au cœur de l’ac­ti­vité d’ici fin 2026.

    Ça demande de chan­ger de métier, et ça pose plein de ques­tions.

    Moyen ou fina­lité ?

    La ques­tion qui m’ap­pa­raît prégnante pour cette année 2026, c’est de savoir si on fait du logi­ciel parce qu’on aime faire du logi­ciel ou parce qu’on aime faire des choses avec du logi­ciel.

    Jusqu’à présent, les deux étaient assez indis­so­ciables. Pour faire des choses avec du logi­ciel, la meilleure façon était de faire du logi­ciel, avec atten­tion et exper­tise. Pour faire un bon logi­ciel, durable, main­te­nable, évolu­tif, il fallait travailler la qualité interne, à la main.

    Cette dualité permet­tait de botter en touche avec un « les deux ». Je ne crois pas que ce soit encore vrai, ni que ça le reste long­temps.

    Pour l’amour du code

    Il y a toujours un peu « des deux » mais je sais que ce qui me motive prin­ci­pa­le­ment : ce que je vais pouvoir faire avec le logi­ciel, pas le logi­ciel en lui-même.

    Je comprends parfai­te­ment ceux qui ont appris à aimer le code, à le peau­fi­ner, à le faire gran­dir, et dont c’est la moti­va­tion prin­ci­pale. Ceux-là voudront peut-être rester dans l’ar­ti­sa­nat logi­ciel.

    Il y a toujours des arti­sans potiers, céra­mistes et porce­lai­niers aujourd’­hui. Peu, mais il y en a. Ils répondent à des demandes diffé­rentes. Certains sont experts pour des demandes hors normes. D’autres, plus nombreux, visent des objec­tifs non utili­taires : le luxe, le tourisme, les cadeaux, les symboles, l’hé­ri­tage histo­rique, l’art.

    À quoi corres­pon­dra l’ar­ti­sa­nat dans le logi­ciel ? Je ne sais pas encore. Peut-être à des systèmes critiques où la confiance exige une main humaine. Peut-être à des créa­tions où l’in­ten­tion artis­tique prime sur l’ef­fi­ca­cité. Peut-être simple­ment au plai­sir de comprendre ce qu’on construit, ligne par ligne. Il y a un métier à trou­ver, ce ne sera pas tout à fait le même et il sera proba­ble­ment plus l’ex­cep­tion que la règle.

    Je serai proba­ble­ment toujours un arti­san logi­ciel. Mes premiers codes datent d’il y a presque 40 ans. On ne remet pas faci­le­ment au placard un tel héri­tage. Je pres­sens toute­fois que cet arti­sa­nat ne sera plus mon métier.

    Comme les photo­graphes qui n’ont jamais lâché l’ar­gen­tique et la démarche artis­tique, je conti­nue­rai proba­ble­ment à coder un peu à la main, mais pour le plai­sir. Côté déve­lop­pe­ment on a toujours eu un énorme terrain de jeu hors profes­sion­nel avec l’open source. Ça restera proba­ble­ment.

  • Respon­ding to change over follo­wing a plan

    L’agile mani­festo n’a rien perdu de sa valeur des années après.

    Cet item « l’adap­ta­tion au chan­ge­ment plutôt que le suivi d’un plan » est toujours celui qui me semble le plus diffi­cile à faire accep­ter aux tiers.

    On apprend et on découvre des choses en perma­nence. On fait ce qui doit être fait en fonc­tion des contraintes, des connais­sances et des objec­tifs du moment, indé­pen­dam­ment de ce qui a été prévu ou non.

    Les plans sont là pour aider à l’or­ga­ni­sa­tion. Le suivi du plan ne doit pas deve­nir un objec­tif ou un critère de succès en soi.


    Consé­quence: Venez discu­ter autant qu’il le faut à propos de ce qui doit être fait, de ce qui est prio­ri­taire ou non, ou de ce qui le sera à l’ave­nir. Vous êtes aussi bien­ve­nus à reve­nir en arrière à propos de ce qui était prio­ri­taire ou non dans le passé, pour voir si on a agit au mieux, pour en tirer les leçons et pour agir mieux à l’ave­nir.

    Les discus­sions sur comment rester sur le plan prévu, sur pourquoi on n’a pas pu le dérou­ler entiè­re­ment, ou pas dans les temps, sont non seule­ment du temps mal investi mais assez toxiques. C’est se trom­per d’objec­tif.

    Au mieux, ça peut être inté­res­sant de discu­ter de pourquoi le plan était mauvais et comment faire mieux à l’ave­nir. Le problème c’est le plan, pas ce qui a été fait.


    On risque de ne pas livrer ce qu’on a promis !

    Ne promet­tons pas.

    Sérieu­se­ment. Le plus souvent ce n’est pas néces­saire. On commu­nique une direc­tion, éven­tuel­le­ment un objec­tif, pas un enga­ge­ment de livrai­son.

    L’im­por­tant devrait être dans ce qu’on fait, pas dans ce qu’on promet. Quand c’est néces­saire on commu­nique sur un objec­tif géné­ral, pas sur le détail, et/ou avec une marge suffi­sante pour prendre en compte les chan­ge­ments qui pour­raient inter­ve­nir.

    Dans tous les cas, si on fait ce qui doit être fait indé­pen­dam­ment du plan, que le plan n’est pas rempli, c’est le plan qui était mauvais, pas l’exé­cu­tion.

    On a besoin de prédic­ti­bi­lité !

    Vrai­ment ?

    Parfois oui. Dans ce cas là la visi­bi­lité entre dans les besoins pour déci­der ce qui doit être fait ou non.

    Le plus souvent on cherche la prédic­ti­bi­lité parce qu’on n’as­sume pas le chan­ge­ment et l’in­connu, pour essayer de rendre les gens heureux au lieu d’avoir des discus­sions honnêtes.

    La solu­tion c’est de commu­niquer sur le passé (la valeur déjà livrée) et sur le présent (les prio­ri­tés, les capa­ci­tés) plutôt que sur le futur (ce qui va être fait).

    C’est facile à dire tout ça

    Et diffi­cile à faire, on est tous d’ac­cord. Lâcher prise demande beau­coup d’ef­fort, surtout quand on est habi­tué au contrôle.

  • AI just killed hiring

    ou pas.

    Je me demande. Si un candi­dat assisté par IA peut effec­ti­ve­ment faire toutes les tâches faci­le­ment, ce n’est pas un échec, c’est une réus­site. Vous voilà avec un énorme vivier de candi­dats, tous excel­lents. Quel est le problème ?

    Non seule­ment je ne veux pas bannir l’IA des proces­sus de recru­te­ment mais je veux expli­ci­te­ment l’y auto­ri­ser.

    Savoir recou­rir à la docu­men­ta­tion, savoir utili­ser la complé­tion et la docu­men­ta­tion à bon escient, savoir sélec­tion­ner la réponse perti­nente sur stack over­flow sans copier-coller aveugle, ou même savoir solli­ci­ter son réseau sur un problème, ça fait partie du travail, et des compé­tences néces­saires.

    Prétendre évaluer le déve­lop­peur sans ses outils c’est poten­tiel­le­ment inté­res­sant intel­lec­tuel­le­ment mais c’est un mauvais filtre pour un recru­te­ment prag­ma­tique1.

    Le problème n’est pas dans l’IA, il est dans le process de recru­te­ment. L’IA n’en est que le révé­la­teur. Si un mauvais candi­dat peut réus­sir le test à l’aide d’une IA, c’est proba­ble­ment que le test n’est pas repré­sen­ta­tif de ce qu’on attend vrai­ment de lui.


    Est-ce que je fais mieux dans mes process de recru­te­ment ?

    Pas forcé­ment, pas encore, mais ça ne change pas le constat.


    1. Sauf si, effec­ti­ve­ment, vous voulez aussi bannir ces outils en condi­tion réelle. ↩︎
  • Peu importe la bonne foi

    The deal was simple: We’ll pay you 20–50% below market rate, but in exchange, you get stabi­lity, reaso­nable work-life balance, and most impor­tantly, no layoffs. This wasn’t writ­ten in any employee hand­book, but everyone unders­tood it.

    Daniel Sada

    Et, comme toujours, ils se retrouvent à avoir fait des conces­sions sans en avoir les retours. Le licen­cie­ment massif arrive quand même.

    Je m’im­plique toujours tota­le­ment. Je ne sais pas faire autre­ment, et ne le veux pas, mais je ne fais plus de conces­sions sur mes reve­nus sur l’au­tel de valeurs ou de promesses. Je les prends en compte, peut-être trop, mais j’ai appris bien trop de fois que ce sont des choses qui ne tiennent pas dans la durée, peu importe la bonne foi de ceux qui les font.

  • Approche des coûts et des oppor­tu­ni­tés

    J’ai toujours du mal avec la gestion des coûts d’une partie de l’in­dus­trie française, boites tech incluses.

    En France on est prin­ci­pa­le­ment sur le mode « les salaires coûtent déjà telle­ment cher qu’il faut réduire au maxi­mum tous les coûts addi­tion­nels, maté­riels et licences ».

    Aux US je perçois quand même l’op­posé, au moins dans les boites tech : « les salaires coûtent déjà telle­ment cher que ce serait un gâchis de ne pas en libé­rer tout le poten­tiel possible en payant les meilleurs outils et les meilleures condi­tions de travail ».

    Choi­sis ton camp.
    Moi il y en a un des deux qui me semble quand même plus censé.


    Ça n’a rien de neuf, on est dans le point 9 de la liste de Joel Spolsky. Elle a quand même 25 ans désor­mais.

    Do you use the best tools money can buy?

    Mes premières années en étaient arri­vées à me faire croire qu’il était normal d’avoir du maté­riel plus effi­cace pour mes loisirs que pour le travail. Sans trou­ver ça normal, je crains qu’une large partie des déve­lop­peurs français ne vivent encore cette situa­tion hallu­ci­nante. Quand on parle de télé­tra­vail, c’est d’ailleurs souvent une des moti­va­tions qui ressort : Ce n’est pas que le temps de trajet, c’est aussi le maté­riel à dispo­si­tion qui est meilleur chez soi.

    On trouve par contre encore trop souvent accep­table voire normal de compen­ser les manques d’al­lo­ca­tion par du maté­riel person­nel.

    • J’ai déjà ramené un écran au travail, qui y est resté des années jusqu’à ce que je quitte l’en­tre­prise.
    • J’ai vu régu­liè­re­ment au cours de ma carrière des déve­lop­peurs rame­ner leur ordi­na­teur portable person­nel au travail malgré des inter­dic­tions strictes, faute d’en avoir un offi­ciel qui permette de travailler correc­te­ment.
    • J’ai quasi­ment toujours vu des déve­lop­peurs rame­ner un clavier externe, parfois une souris, souvent des casques anti-bruits, essen­tiels pour travailler effi­ca­ce­ment.
    • Je ne compte même pas toutes les entre­prises qui profitent des usages mobiles ou de pouvoir joindre les déve­lop­peurs hors du bureau mais qui refusent de finan­cer le smart­phone corres­pon­dant.
    • J’ai même croisé des équipes en ESN qui travaillent sur des app mobiles sans avoir aucun appa­reil mobile pro pour tester leurs appli­ca­tions.
    • Damned, j’ai même vu des entre­prises oser propo­ser de finan­cer moitié-moitié des équi­pe­ments pour­tant néces­saires, ou de dire que ceux qui travaillent de chez eux n’au­ront pas autant de maté­riel pro parce qu’ils peuvent utili­ser du maté­riel person­nel.

    Je prends des exemples de maté­riel mais c’est encore pire dès qu’on parle licences et coûts factu­rés à l’usage. Même quand c’est possible, parfois l’ef­fort ou le temps deman­dés pour l’ob­ten­tion sont dispro­por­tion­nés par rapport au montant à débour­ser.

    Les budgets français sont rare­ment là pour donner de l’au­to­no­mie. Ils sont là pour réduire les coûts et empê­cher de dépen­ser sur ce que le mana­ge­ment n’avait pas prévu et validé.

    Heureu­se­ment ce n’est pas vrai partout, et pas toujours dans ces propor­tions, mais ça reste encore trop souvent le cas.


    Comment voulez-vous créer des oppor­tu­ni­tés ? voir appa­raitre de l’in­no­va­tion ? libé­rer la créa­ti­vité ? provoquer des chan­ge­ments ?

    S’il faut tout négo­cier et justi­fier, si ça demande un effort supplé­men­taire pour tout, il ne faut pas s’éton­ner qu’en­suite rien ne bouge.

    Il faut lais­ser des marges de manœuvre et de l’au­to­no­mie. Il faut savoir ne pas tout surveiller, ne pas tout maitri­ser, et ne pas tout mesu­rer immé­dia­te­ment. Il faut accep­ter qu’on se trompe, et qu’on ne corrige qu’a­près-coup.

    Et oui, ça veut dire aussi que parfois on dépen­sera du budget au mauvais endroit. On le verra, on corri­gera, et peut-être que la prochaine fois ça portera ses fruits.

    Ne pas essayer est la seule façon de ne pas réus­sir.

  • Virage pro

    J’ai peu parlé de ma nouvelle aven­ture profes­sion­nelle. J’ai fait un virage assez fort. J’ai tardé à en parler parce que je ne suis pas encore sorti du virage, et j’ai toujours un peu peur de la sortie de route.

    J’ai inté­gré un poste de Lead Soft­ware Engi­nee­ring dans un accé­lé­ra­teur à Sanofi.

    Chan­ge­ment de contexte

    Si je mets à part ma première année à faire le site web d’une choco­la­te­rie locale, j’ai toujours baigné dans des entre­prises tech avec un produit tech, où le déve­lop­pe­ment logi­ciel était le cœur de l’en­tre­prise.

    Ici c’est diffé­rent.

    Je ne travaille pas direc­te­ment sur le cœur de l’ac­ti­vité. Le digi­tal1 est au service du reste de l’ac­ti­vité. Le déve­lop­pe­ment logi­ciel c’est une partie du digi­tal, et pas forcé­ment la plus impor­tante.

    C’est un pied dans l’in­connu. Je m’at­tends à une façon diffé­rente d’abor­der la tech­nique, les inves­tis­se­ments et les déci­sions.

    Les process de qualité sont déjà un enjeu majeur vu que je vais travailler dans la branche usine. C’est aussi plein de choses à apprendre et décou­vrir, et ça c’est enthou­sias­mant.

    Accé­lé­ra­teur

    Pendant long­temps j’ai entendu autour de moi des gens dire qu’il fallait être dans une boite tech, que c’est là que tout se faisait, que je ne trou­ve­rai pas d’équi­valent ailleurs.

    Je suis passé au-delà de l’image exté­rieure. Je ne veux pas aban­don­ner ce que j’ai appris de posi­tif dans les boites tech, dont le fait de bouger vite, la liberté d’ac­tion, l’au­to­no­mie, la confiance, l’exi­gence tech­nique, etc.

    L’ac­cé­lé­ra­teur c’est juste­ment ça : Faire des bureaux et une hiérar­chie sépa­rés, y récu­pé­rer une culture et des pratiques de boites tech, avec les moyens et soutiens qui vont avec de la part de la direc­tion, puis insuf­fler ça par l’exemple dans le reste de l’en­tre­prise.

    J’es­père y trou­ver le meilleur des deux mondes, ou au moins un compro­mis inté­res­sant. En tout cas c’est le plan. De ce que j’en ai vu jusqu’à présent, le pari est plutôt réussi.

    C’est un chan­ge­ment d’échelle

    Si je mets de côté mon passage à Yahoo! et celui dans une ESN de moyenne impor­tance, j’ai fait 20 ans dans des boites de 10 à 200 personnes, géné­ra­le­ment moins de 200.

    Ici c’est 80 à 90 000 employés.

    Je vais être un rouage d’une grande machine, avec les process qui vont avec, une proxi­mité humaine diffé­rente, proba­ble­ment moins de flexi­bi­lité, et peu de capa­cité d’in­fluen­cer les déci­sions stra­té­giques à l’échelle de l’en­tre­prise.

    Je ne sais pas encore trop ce que ça va impliquer, pas forcé­ment du néga­tif, mais ça va être clai­re­ment diffé­rent.

    Là aussi, cepen­dant, peut-être ce chan­ge­ment d’échelle sera mitigé par le côté accé­lé­ra­teur, et le senti­ment d’ap­par­te­nance à un groupe plus raison­nable qui a une mission à part entière.

    Une ques­tion de péren­nité et stabi­lité

    Je cherche un peu de stabi­lité et d’im­pli­ca­tion long terme que je n’ai pas réussi à trou­ver jusque là. Il y a certai­ne­ment des causes intrin­sèques à ma personne2, mais aussi d’autres liées à l’en­vi­ron­ne­ment que j’ai côtoyé jusque là.

    Une start-up c’est quelques personnes, quelques dizaines. Je ne sais pas jusqu’où je peux parler de star­tup mais ça s’ar­rête certai­ne­ment à quelques centaines.

    L’idée c’est qu’on n’est pas censé rester entre 20 et 200 personnes. Soit ça croit, soit ça tombe. Si je n’ai fait que ça, que je ne sais faire que ça, je vais conti­nuer à devoir passer d’une boite à l’autre.

    L’in­ten­tion est qu’ici ce soit diffé­rent.

    Au-delà de tout ça, j’ai quand même aussi la petite musique de l’âge. À 45 ans3 je commence à me poser des ques­tions sur l’ave­nir. Il y aura un âge où on ne m’em­bau­chera plus, surtout dans le milieu big tech, encore plus dans l’en­vi­ron­ne­ment start-up & scale-up. Ça fait déjà des années que je fleure déjà le top 10 des plus âgés dans les entre­prises que je rejoins.

    Bref, il y a un moment où il faudra que je trouve une place ailleurs, une place qui soit pérenne. Peut-être est-ce tôt pour y penser, peut-être pas, mais ça fait partie de la réflexion en tâche de fond, de pourquoi c’est peut-être le bon moment pour moi d’es­sayer ce grand virage. En tout cas je ne me crois pas assez vieux pour avoir peur ou envie d’es­sayer, et ça c’est posi­tif.

    C’est un chan­ge­ment de rôle

    Le vrai chan­ge­ment possible c’est le chan­ge­ment de rôle.

    La hiérar­chie est bien plus écra­sée qu’on ne le pense mais, dans une struc­ture de 80 ou 90 000 personnes, mon posi­tion­ne­ment est forcé­ment diffé­rent de mes précé­dents.

    Je crois que c’est ce qui m’a fait le plus réflé­chir.

    J’ai besoin de liberté, d’im­pact, de fierté. Dès mes premières années, même en ESN, j’ai été élec­tron libre, expert et pompier, puis consul­tant. Je suis sur des rôles de direc­tion depuis quasi­ment 15 ans, avec la capa­cité et la liberté de prendre mes déci­sions.

    Exécu­ter les instruc­tions d’un autre sans être entendu m’use très rapi­de­ment les nerfs. La fin de mes aven­tures a d’ailleurs souvent été suite à une période de ce type.

    Bref, je suis Lead, ce qui ne veut rien dire. En pratique j’ai la respon­sa­bi­lité des équipes logi­cielles de l’ac­cé­lé­ra­teur lyon­nais qui va s’oc­cu­per des usines, autant sur la tech­nique que sur l’or­ga­ni­sa­tion. Mon direc­teur semble vouloir me lais­ser faire mes choix et prendre mes respon­sa­bi­li­tés, peut-être plus que je ne m’y atten­dais.

    Il y a certaines choses où je serai très cadré mais dans l’en­semble j’ai l’im­pres­sion que j’au­rai une grande auto­no­mie, ce qui me convient très bien. Il y a même des sujets où j’ai l’im­pres­sion que je vais être plus libre ici que je ne l’ai en réalité été vis-a-vis de mes CEO en CTO ou VP Engi­nee­ring de start-up/scale-up.

    Un chan­ge­ment de titre

    Je dis toujours que les titres ne sont pas l’im­por­tant. Je le pense, vrai­ment. Avec le chan­ge­ment de rôle vient un chan­ge­ment de titre qui quand même imposé un vrai moment de réflexion, voire de doute.

    Ce n’était pas une ques­tion de ce que je fais, c’était une ques­tion de ce que j’af­fiche. Avec le temps, je me suis rendu compte que la fierté joue un grand rôle pour moi. J’ai besoin d’être fier de ce que je fais, de ce que je suis, et le voir dans le regard d’au­trui.

    Je fais sur ce poste de Lead ce qu’on aurait appelé Direc­teur ou Head Of dans la plupart des entre­prises de la tech mais je ne l’af­fiche pas. C’est peut-être un des éléments qui, incons­ciem­ment, m’a fait retar­der mon annonce.

    Le chemin intel­lec­tuel n’est pas encore terminé. Il avance. Je vais trou­ver d’autres raisons d’être fier qu’un titre Linke­din. C’est proba­ble­ment aussi bien.

    Il y a aussi ce qui ne change pas

    Le terme « entre­prises à mission » me fait toujours un peu sourire mais, au moins, j’ai depuis long­temps essayé de choi­sir des entre­prises que je trou­vais utiles socia­le­ment, dont le produit avait du sens pour moi.

    Je n’ai aucune envie d’être le CTO de la dernière brosse à dent connec­tée, ni de parti­ci­per à je ne sais quelle spécu­la­tion autour du Web3 et des NFT. Je n’ai pas envie de travailler à la publi­cité ou au pistage de la popu­la­tion.

    Sanofi fait de la santé. Le cœur c’est la R&D phar­ma­ceu­tique et les vaccins, puis les usines pour produire. C’est utile à la société. Ça compte énor­mé­ment pour moi.

    Bref, j’ai tout changé

    C’est un gros virage dans mon envi­ron­ne­ment pro.

    Depuis trois semaines, même si je reste dans un envi­ron­ne­ment cultu­rel très connu, je découvre un nouveau monde et j’ap­prends ce que sera mon terrain de jeu.

    Grand groupe oblige, je ne peux ni ne veux en dire trop publique­ment, mais si on se connait vous êtes les bien­ve­nus à venir en parler avec moi en privé.


    1. Ils parlent anglais, la divi­sion c’est la divi­sion digi­tal. Je ne sais pas comment traduire ça complè­te­ment alors je laisse tel quel. ↩︎
    2. J’en ai quelques unes, dont certaines sur lesquelles j’ai pu agir derniè­re­ment, mais l’in­tros­pec­tion n’est jamais termi­née que le jour où on décide d’ar­rê­ter de cher­cher. ↩︎
    3. En fait non, 46 depuis quelques jours. Commen­cer à se mentir à soi-même sur son âge n’in­dique-t-il pas qu’on est passé chez les vieux ? ↩︎
  • Des prises de notes avec Logseq

    Après des années de nvalt et stan­dard­notes ainsi qu’une tenta­tive sous Notion, je suis passé à Logseq pour mes notes pro et je ne regrette pas.

    Jour­nal de bord

    La philo­so­phie est celle du jour­nal (log). On a une page pour la jour­née et on tape dedans sans cher­cher à orga­ni­ser une hiérar­chie de page et de sous-page pour chaque sujet.

    À la place de la struc­tu­ra­tion des pages on va struc­tu­rer notre contenu. Tout est pensé sous forme hiérar­chique, un peu comme une carte mentale. Une idée, une note, un contexte. Ça peut être un mot, une phrase, ou tout un para­graphe. Si j’ajoute du contenu, une sous-idée, une sous-note, un sous-contexte, je l’in­dente en dessous.

    • Premier sujet de la jour­née
      • première pensée sur ce sujet
      • autre idée
        • je déve­loppe un peu
        • je déve­loppe toujours
          • atten­tion, ce point là néces­site quelques détails
      • On a dévié sur autre chose
        • on déve­loppe
    • Second sujet de la jour­née

    Visuel­le­ment on peut ajou­ter des titres ou de la mise en forme mais c’est unique­ment cosmé­tique.

    Réfé­rences

    Le béné­fice arrive quand on fait des réfé­rences. Si un concept ou un sujet risque de reve­nir, on fait une réfé­rence, soit avec la syntaxe [[page wiki]] soit avec la syntaxe #hashtag. Il y a aussi une aide spéci­fique pour faire réfé­rence à une date (et donc au jour­nal de la dite date).

    Comme dans un Wiki, ça crée la page corres­pon­dante(*). Dans cette page vous pouvez aussi avoir un contenu spéci­fique mais rete­nez-vous de trop y toucher au début. L’in­té­rêt ce sont surtout les rétro-liens auto­ma­tiques.

    En bas de chaque page, vous avez tous les blocs qui y font réfé­rence. Chaque bloc a son contexte (les points parents) et son contenu (le contenu du point qui contient la réfé­rence mais aussi ses sous-points).

    Si vous tapez unique­ment dans votre jour­nal du jour et que vous indiquez #archi à chaque fois que vous parlez d’ar­chi­tec­ture, vous aurez auto­ma­tique­ment une page #archi qui contient le jour­nal de toutes les discus­sions d’ar­chi­tec­ture, avec le contexte (dont le jour­nal daté) et le contenu.

    Ces réfé­rences sont cliquables dans les deux sens. La navi­ga­tion est donc super facile pour aller fouiller les contextes et les concepts.

    Tâches

    Ce qui m’a convaincu ce sont les tâches. Comme pas mal d’ou­tils, on peut trans­for­mer une ligne en tâche avec une case à cocher.

    Ici je retrouve ma tâche dans le jour­nal du jour, mais aussi dans toutes les pages liées (un lien dans la ligne de la tâche ou dans une ligne parente dans la hiérar­chie).

    Chaque fois qu’une tâche est affi­chée à cause d’une réfé­rence, il y a tout son contexte, cliquable. Si c’est une réfé­rence de date, ça appa­rait dans le jour­nal du jour concer­née (c’est juste une page et une réfé­rence comme d’autres).

    J’ai toujours sous la main tout ce qui est perti­nent dans le contexte en cours et je ne perds plus rien. Mieux, je retrouve aussi tout ça dans la liste globale des tâches, qu’on peut oppor­tu­né­ment ajou­ter à un panneau laté­ral.

    Adap­ta­tion

    Jour­nal, réfé­rences et tâches sont assez bien agen­cés pour que ça emporte mon choix face à tout ce que j’ai testé jusqu’à présent.

    Ce ne fut pas simple. J’ai échoué à mon premier essai parce que j’ai essayé de lutter contre le logi­ciel. J’ai tenté d’ins­tal­ler trop de plugins, de saisir mes conte­nus dans des pages dédiées comme un Notion plutôt que dans le jour­nal, de faire peu de liens, etc.

    Il faut entrer dans la logique, faire plutôt trop de liens que pas assez, utili­ser la hiérar­chie lors de la saisie et faire confiance au logi­ciel.

    Le second frein, c’est juste­ment la hiérar­chie. C’est affi­ché comme une liste à puces. Au départ ça m’a donné envie de m’en échap­per pour retrou­ver des para­graphes simples comme nvalt ou stan­dard­notes (ou même Notion). Il m’a fallu me forcer quelques jours à juste oublier cette appa­rence de liste et à taper quand même. Là ça a commencé à prendre son sens.

    S’il y avait un dernier point, c’est l’as­pect austère, dont l’édi­teur qui est basé sur du Mark­down plutôt qu’un WYSIWYG. Je le regrette mais on s’y fait assez faci­le­ment.

    Geeks

    Je ne décris pas tout parce que c’est riche sous la capot mais trois points quand même :

    • Tout ça est stocké sous forme de fichiers mark­down. La synchro­ni­sa­tion recom­man­dée entre deux appa­reils est d’ailleurs de simple­ment écrire dans un dossier Drop­box, Google Drive ou autre.
      Pour le mobile, sauf à savoir synchro­ni­ser un réper­toire de fichiers, il faut pour l’ins­tant passer par le méca­nisme de synchro­ni­sa­tion native en beta, qui est réservé aux soutiens payants.
    • La hiérar­chie est encore plus au cœur qu’on ne le pense. C’est en fait un graphe, et les pages sont autant des nœuds de ce graphe que n’im­porte quel élément de hiérar­chie dans le contenu. En fait en cliquant sur n’im­porte quel item, on peut l’ou­vrir comme une page, ou y faire réfé­rence.
      C’est mon (*) de tout à l’heure. Les réfé­rences c’est autant une page que n’im­porte quel bloc.
    • Il y a un système de requête qui permet de faire des recherches dans le graphe et affi­cher les blocs trou­vés ou les réfé­rences vers les blocs trou­vés. Celui qui le veut peut donc construire un système ad hoc assez complexe à sa guise.
  • Atomic teams

    The vast majo­rity of work in a tech­no­logy company gets accom­pli­shed by very small teams of highly focu­sed indi­vi­duals. At Plaid, we call these atomic teams. An atomic team is a group of 2–8 indi­vi­duals, who are 100% dedi­ca­ted to a given project, and work in a highly colla­bo­ra­tive manner to achieve their goal.

    Atomic teams, Zach Perret

    Je suis agacé à ces lectures. Agacé ou fati­gué.

    On sait ce genre de choses depuis des dizaines d’an­nées. Je pense que j’au­rais pu le dire ainsi ou pas loin il y a déjà 15 ans, et je suppose que des seniors à ce moment là pouvaient eux même le dire depuis 15 ans.

    Il n’y a rien de neuf, rien d’ex­tra­or­di­naire, rien même de complexe, mais on en est encore là à le dire, parce qu’on sait qu’on ne s’en approche que trop rare­ment.

    Rien que sur le premier item, faire comprendre aux équipes produit que non on ne va pas mettre plusieurs sujets en paral­lèle sur la période parce « si on addi­tionne les esti­ma­tions ça devrait tenir » et que « on peut mettre … sur le premier sujet et … sur le second pour opti­mi­ser », c’est un combat que j’ai eu à tenir dans toutes mes expé­riences.