Auteur/autrice : Éric

  • Peut-on filmer un poli­cier ?

    Je n’aime pas le copwatch-idf, dont les propos sont insul­tants, irres­pec­tueux, et font la promo­tion de valeurs qui ne sont pas les miennes. Pour autant le fond est juste. Il est impor­tant que le citoyen puisse contrô­ler la force publique, et qu’elle puisse au mini­mum témoi­gner des inter­ven­tions sur la voie publique.

    La ques­tion était : Peut-on filmer un poli­cier ? Pour l’ins­tant certains avancent des ques­tions de vie privée et de sécu­rité pour les poli­ciers en couver­ture mais c’est taper à côté.

    Le poli­cier en inter­ven­tion a un rôle public et n’est plus en sphère privée. Mieux : Les gens ne filment qu’à cause de la fonc­tion. L’as­pect public de la chose n’est pas vrai­ment contes­table. C’est d’au­tant plus vrai que dès qu’il y a inter­ven­tion il y a un fait d’ac­tua­lité public, et c’est juste­ment celui ci qui motive l’en­re­gis­tre­ment. D’au­cuns parlent de flou­ter les visages et de masquer les noms mais cela revient à dire qu’il faudrait aussi masquer le visage et le nom de nos élus, ou des préve­nus.

    Quant aux poli­ciers en couver­ture, s’ils sont réel­le­ment en couver­ture on n’en connait pas le nom, on ne sait pas qu’ils sont poli­ciers, et en tout état de cause ils ne se retrou­ve­ront pas en opéra­tion publique. De toutes façons, ne nous leur­rons pas, dans tout ça on parle bien de contrôles d’iden­tité, de disper­sion publique dans des mani­fes­ta­tions, d’ar­res­ta­tions pour vol ou pour des faits de rue, pas d’ar­res­ta­tion de boss d’un trafic de drogue.

    Mais plus que Copwatch, permettre au citoyen d’en­re­gis­trer c’est lui permettre de surveiller et remettre en ques­tion une inter­ven­tion de la force publique, ce qui est sain. La seule condi­tion est de ne pas inter­fé­rer avec la dite inter­ven­tion. L’al­ter­na­tive serait de consi­dé­rer que la force publique doit agir en secret et échap­per à toute possi­bi­lité de contes­ta­tion (faute d’en­re­gis­tre­ment). Ce ne serait pas ma démo­cra­tie.

    Main­te­nant n’ou­blions pas : Si les video-surveillances ont pu parfois démon­ter le discours de la police, c’est certai­ne­ment extrê­me­ment mino­ri­taire.

  • Supreme Court Sees Shades of 1984 in Unche­cked GPS Tracking

    Les États Unis n’ont pas la même vision de la vie privée que nous. Nos mouve­ments sur la voie publique sont consi­dé­rés comme publics mais quand la police installe sans auto­ri­sa­tion des GPS pour tracer les moindres mouve­ments de quelqu’un, la justice se demande où se situe la limite.

    “sounds like 1984.”

    On ne saurait mieux dire.

  • DRM m’a tuer – signé le livre numé­rique légal

    Si nous conti­nuons avec cette poli­tique de lutte contre la contre­façon, nous risquons de réel­le­ment foncer dans le mur. D’au­cuns diront que c’est une oppor­tu­nité de repar­tir sur d’autres bases mais entre temps la situa­tion est réel­le­ment détes­table.

    DRM m’a tuer – signé le livre numé­rique légal. La contre­façon litté­raire est encore anec­do­tique et personne n’y pense vrai­ment en ache­tant des livres. Pour l’ins­tant.

    Si nous conti­nuons nos bêtises et rejouons le même scéna­rio que pour la musique, la contre­façon va réel­le­ment s’ins­tal­ler, et une fois qu’elle est là c’est à jamais. La musique en sait quelque chose. Elle a fini par se passer des DRM, mais trop tard, le mal était fait.

  • Blocage et filtrage du net : Quand le gouver­ne­ment améri­cain tente de léga­li­ser sa guerre contre Wiki­leaks

    On assiste depuis pas mal de temps à une suren­chère des moyens de bloquer les sites web gênants : Filtrage IP, mais aussi blocage DNS, gel des avoirs dans les banques, refus des consor­tium de paie­ment en ligne, blocage des régies de publi­cité en ligne, etc.

    La suren­chère est déjà dange­reuse mais pas nouvelle. Le blocage de tout paie­ment en ligne a déjà été opéré contre Wiki­leaks ou Allofmp3. On notera d’ailleurs que dans les deux cas la base légale est assez contes­table et qu’il s’agit plus d’une volonté de l’État ou des lobbies que d’une ques­tion judi­ciaire objec­tive trai­tée comme une autre.

    Ce qui fait peur dans tout cela c’est le pouvoir qu’ont les États Unis sur tout Inter­net s’ils le décident vrai­ment, et qu’une déci­sion de la justice ou de l’État améri­cain ne vaut pas pour tous les pays.

    Avec un tel projet de loi, on risque gros pour notre avenir si demain X ou Y est pris en grippe par les États Unis ou réalise une acti­vité légale ici et inter­dite là bas. Ce n’est pas qu’une ques­tion de Wiki­leaks, mais bien un risque majeur en cas de déra­page (ce qui finit toujours par arri­ver).

  • DVD Pirate vs DVD légal

    Rien de neuf, vous avez certai­ne­ment tous vu cette image qui met en paral­lèle la lecture d’un DVD tout à fait légal et celle de la lecture d’une copie illé­gale.

    Le problème c’est qu’on reprend ce système complè­te­ment idiot sur tous les conte­nus soumis à droit d’au­teur. Parfois c’est lié à des DRM, parfois à des aver­tis­se­ments légaux.

    Ce qui est certain c’est que tant que la lutte contre la contre­façon passera par rendre plus diffi­cile ou plus agaçant l’usage des gens qui ont léga­le­ment acheté le contenu, on ne fera que creu­ser l’écart avec une copie illé­gale, et renfor­cer l’in­té­rêt de cette dernière.

    Nous en sommes au point où il devient fréquent de télé­char­ger une copie illé­gale de conte­nus qu’on a effec­ti­ve­ment acheté pour pouvoir le lire tranquille­ment. Il faut être sacré­ment motivé pour ensuite aller encore ache­ter le contenu et rester dans la léga­lité.

    Oui, il y a peu j’ai eu du mal à lire des bluray sur les deux ordi­na­teurs du foyer, sur deux OS diffé­rents. Ce n’était pas un problème tech­nique, juste la protec­tion anti-copie qui m’em­pê­chait de lire un contenu léga­le­ment acheté. J’au­rai eu plus vite fait de télé­char­ger une copie illé­gale (parce que bien entendu ça ne les a pas empê­ché de copier le film, eux).

  • Leçons de la crise islan­daise: lais­ser les banques faire faillite

    Pour couper court avant même de donner le lien : Non, tout n’est pas trans­po­sable, tout n’est pas équi­valent, et tout n’est pas rose là bas non plus. Main­te­nant, avec le recul, les leçons de la crise islan­daise: lais­ser les banques faire faillite, n’au­raient peut être pas du être évaluées un peu plus sérieu­se­ment.

    Tout du moins je vous propose la lecture de cet article. Le contenu n’est pas argu­menté, n’a pas d’ana­lyse tech­nique, mais au moins peut donner une autre orien­ta­tion que les promesses de centaines ou milliers de milliards avec lesquels on jongle actuel­le­ment.

    Je me permets au moins de noter, comme à mon habi­tude, l’in­for­ma­tion annexe du docu­ment :

    « l’Is­lande a, en fait, augmenté son filet de protec­tion social »

    Pendant une crise, ne serait-ce pas natu­rel fina­le­ment ? De notre côté nous dimi­nuons le filet de protec­tion social (qui était, il est vrai, assez haut) à cause de la crise et pour sa réso­lu­tion. Plus qu’un choix écono­mique, c’est un choix idéo­lo­gique de lais­ser pour compte certains afin de régler le problème géné­ral. Je ne dis pas que ce choix était le mauvais, mais il serait temps d’ar­rê­ter de croire qu’il va de soi.

  • Comprendre le livre numé­rique en 2 minutes

    Je vais logique­ment parler ici plus souvent de livre numé­rique. Je propose donc aux néophytes une présen­ta­tion de 2 minutes montre en main qui présente rapi­de­ment les bases : formats, liseuses et tablettes.

  • Brage­lonne et la DRM Amazon

    Brage­lonne c’est une maison d’édi­tion de SF et fantasy que j’aime bien, même si je ne crois pas avoir eu l’oc­ca­sion de lire un de leur livre. Ils ont régu­liè­re­ment pris posi­tion contre les DRM.

    L’his­toire veut que les lecteurs passant par Amazon aient subit des DRM récem­ment avec Brage­lonne. Un commu­niqué a été fait à propos de Brage­lonne et la DRM Amazon : Le DRM serait indis­pen­sable pour profi­ter de toutes les fonc­tion­na­li­tés annexes four­nies par le Kindle : Text to speech, et Face­book Connect.

    S’il fallait des exemples sur le modèle fermé d’Ama­zon et à quel point l’objec­tif est d’in­ci­ter le lecteur à mettre la main dans l’en­gre­nage et le rete­nir captif, le voilà.

    Tout d’abord soyons clairs : Il n’y a aucune raison tech­nique qui justi­fie que le format prin­ci­pal avec toutes ses fonc­tion­na­li­tés soit dépen­dant du chif­fre­ment du livre et de l’in­ter­dic­tion d’ex­port via la DRM.

    Lier les fonc­tion­na­li­tés et le DRM ne sert qu’un dessein : inci­ter à accep­ter ou mettre en place la DRM sur les fichiers, et faire en sorte de garder les lecteurs captifs par la suite. La DRM, plus qu’em­pê­cher la contre­façon des pirates, est surtout fait pour reti­rer la possi­bi­lité de quit­ter Amazon et le Kindle sans aban­don­ner tous ses achats précé­dents, ou d’uti­li­ser des services tiers sur lesquels Amazon ne touche rien.

    Main­te­nant mon problème n’est pas Amazon, qui produit un excellent service avec un très bon maté­riel. S’ils changent de modèle pour s’ou­vrir, je serai le premier à en dire du bien.

  • Source licite de la copie privée : Ne lais­sons pas faire

    J’ai longue­ment repro­ché à ceux qui soute­naient l’ini­tia­tive copie­pri­vee.org que contrai­re­ment à leur commu­ni­ca­tion, ils ne se battaient pas pour la copie privée mais pour la rému­né­ra­tion liée à la copie privée. Si dans notre loi l’un ne va pas sans l’autre, le soutien n’est pas tran­si­tif. Mieux : Il existe d’autres modèles.

    La diffé­rence se voit en ce que toute la commu­ni­ca­tion et toutes les actions sont bien liées à la justi­fi­ca­tion et à la péren­nité de la rému­né­ra­tion pour copie privée. Rien n’est fait pour la copie privée elle-même. Pour­tant il y a matière : La profu­sion des systèmes de strea­ming, les verrous numé­riques et autres DRM viennent tous les jours restreindre l’exer­cice de ce droit qu’est la copie privée. Les réac­tions des auto­ri­tés sont molles, voient dans le mauvais sens.

    Licité de la source

    Alors voilà, La Quadra­ture se bat contre un cava­lier, l’inser­tion de l’ori­gine licite de la source (en gras dans la cita­tion) dans l’ex­cep­tion pour copie privée :

    Lorsque l’œuvre a été divul­guée, l’au­teur ne peut inter­dire (…) les copies ou repro­duc­tions stric­te­ment réali­sées à partir d’une source licite et réser­vées à l’usage privé du copiste et non desti­nées à une utili­sa­tion collec­tive

    Enten­dons-nous bien. Il est légi­time d’im­po­ser que la source soit licite. On ne peut pas envi­sa­ger une sorte de blan­chis­se­ment des contre­façons à coup de copie privée. La cour de cassa­tion avait d’ailleurs déjà éclairci ce point en impo­sant exac­te­ment cela. (Mise à jour: visi­ble­ment c’est même moins clair que cela)

    Comment la prou­ver ?

    Je ne vois pas comme La Quadra­ture, le danger dans le fait que l’uti­li­sa­teur ait ou pas à prou­ver la licité de la source, même si ça reste effec­ti­ve­ment un problème sérieux.

    Mon problème c’est que c’est au copiste de se récla­mer de l’ex­cep­tion pour copie privée et de prou­ver qu’il y répond.

    Plus que de prou­ver l’ori­gine de la source, une telle démarche m’im­po­se­rait surtout de tenir un cahier de toutes les copies pour en expli­ci­ter la source, et m’as­su­rer de trou­ver à chaque fois des éléments pour plus tard pour au moins prou­ver ma bonne foi au cas où la source dispa­raît à l’ave­nir (ce qui arrive très régu­liè­re­ment). C’est à ce prix que je pour­rai appor­ter au moins un élément sur la licité de la source.

    Je ne veux pas tout noter

    Or, sérieu­se­ment, je ne veux pas avoir à ajou­ter un commen­taire en face de chaque conver­sion en mp3 pour noter le numéro de série de chaque CD voire une photo pour prou­ver que je l’ai bien eu en main, au cas où on m’ac­cu­se­rait de contre­façon quelques années plus tard. Je ne veux pas noter dans un cahier la date et heure de chaque émis­sion que j’en­re­gistre pour être certain de pouvoir dire « sisi, ce dessin animé je l’ai bien copié à partir d’une source licite vu que je l’ai enre­gis­tré à partir de la télé­vi­sion il y a cinq ans ».

    Ce n’est pas sur cet équi­libre que la société s’est enga­gée, et tenter de l’im­po­ser ferait courir un vrai risque à long terme à la copie privée.

    De la diffé­rence entre ceux qui défendent la copie et ceux qui défendent la rému­né­ra­tion

    Le projet de loi d’un côté sécu­rise les rému­né­ra­tions passées jugées illé­gales par le Conseil d’État (c’est à dire évite d’avoir à les rembour­ser bien qu’elles soient illé­gi­times), de l’autre fait porter un gros risque sur l’exer­cice de la copie privée à l’ave­nir tout en restant muet sur toutes les dérives tendant à rendre impos­sible la mise en œuvre de cette excep­tion.

    Devi­nez ce que soutient copie­pri­vee.org, le site qui se réclame défen­seur de la copie privée… Indice : il est majo­ri­tai­re­ment soutenu par des socié­tés d’ayant droits.

    Devi­nez ce que soutient La Quadra­ture, qui se réclame aussi défen­seur de l’ex­cep­tion à la copie privée mais qui n’a pas pour objec­tif réel de défendre la rému­né­ra­tion… Pas d’in­dice, vous n’en avez pas besoin.

    Et vous ?

  • Apple, boîte vide

    J’ai vu des réac­tions sur la boite vide de l’ex-employé d’Apple, mais à mon avis elles manquent le prin­ci­pal. Oui il est normal que les créa­tions appar­tiennent à la société. Oui il est normal que la société puisse déci­der de leur (non-)commu­ni­ca­tion.

    L’in­té­res­sant dans le billet n’est pas la boite vide, qui peut être accep­table léga­le­ment comme mora­le­ment. L’im­por­tant c’est la capa­cité de l’em­ployé de se rendre compte que ce fonc­tion­ne­ment ne lui convient pas, et d’al­ler ailleurs. Il faut du recul, et un peu de courage pour quit­ter un boulot comme celui là, mais chacun de nous est respon­sable de ses propres choix, et d’al­ler travailler dans une société en accord avec ses propres valeurs et aspi­ra­tions. C’est dans cette dernière phrase qu’est le sens du billet :

    « I thought you had made some sort of mistake. – Yes, exactly »

    Et vous, où en êtes-vous ?