Auteur/autrice : Éric

  • Et si on sucrait la compen­sa­tion pour copie privée ?

    On est en train de se faire avoir.

    Pourquoi la copie privée ?

    La copie privée c’est une idée géniale. C’est l’idée que je peux photo­co­pier un livre. Il ne s’agit pas de faire payer à chaque type d’uti­li­sa­tion (en voiture, sur le canapé, dans le lit) mais d’uti­li­ser le prin­cipe d’un paie­ment pour un objet physique.

    La copie privée c’était aussi pouvoir enre­gis­trer une émis­sion de radio ou de tv, donc quelque chose qu’on n’a pas acheté mais auquel on a accès légi­ti­me­ment, pour regar­der en différé.

    Dans les deux cas nous sommes loin d’un nouvel achat et le « manque à gagner » de la part des ayants droits n’est pas énorme. Que je regarde le film en différé avec mon magné­to­scope ou en direct avec ma TV n’im­plique pas vrai­ment de justi­fi­ca­tion à repayer le film. Même chose si je tire une photo­co­pie d’un livre pour faire des anno­ta­tions tranquille. On se situe vrai­ment dans une rému­né­ra­tion annexe.

    Ce n’était pas prévu pour ça

    On nous a toujours dit « le droit d’au­teur et la copie privée ne prévoyait pas des usages numé­riques et des partages à grande échelle ». J’ai­me­rai bien retour­ner l’ar­gu­ment.

    Jamais il n’était envi­sagé de faire payer de nouveau l’ache­teur parce qu’il écoute son vinyle sur deux tournes disques de marques diffé­rentes. Pour­tant c’est bel et bien ce qu’on essaye de nous faire avaler avec la compen­sa­tion pour copie privée liée aux disques et cartes mémoires.

    J’ai acheté mon mp3 mais il faudrait que je repaye pour le télé­char­ger via mon disque dur (copie privée), puis une nouvelle fois pour le dépo­ser sur mon bala­deur audio (copie privée) puis une nouvelle fois pour le graver à desti­na­tion de mon auto-radio (copie privée) puis .. Il n’y a là rien qui justi­fie un quel­conque empiè­te­ment sur les droits de l’au­teur ou une rému­né­ra­tion supplé­men­taire.

    Il n’y a rien à rému­né­rer

    J’ose­rai même dire que sans cette possi­bi­lité, le mp3 de départ serait pure­ment virtuel car je n’au­rai même pas la possi­bi­lité de le télé­char­ger initia­le­ment. Je suis en train d’être taxé pour avoir le droit d’ache­ter le contenu.

    On parle d’équi­libre et de paie­ment d’un droit. Les commu­nity mana­ger des lobbies de la propriété intel­lec­tuelle sont en train, sur twit­ter et sur le webn de nous expliquer que sans cette compen­sa­tion il nous faudrait repayer le mp3 pour chaque appa­reil.

    Est-ce vrai­ment ce modèle qui était prévu avant la copie privée ? Est-ce ce modèle de droit d’au­teur que nous souhai­tons ?

    Il y a d’autres modèles que le « tu payes pour chaque appa­reil » et le « tu compenses pour chaque appa­reil ». Il y a un modèle où on peut juger que les copies privées ne sont pas domma­geables aux auteurs et ne réalisent aucun manque à gagner justi­fiant une rému­né­ra­tion. Le « fair use » anglo-saxon est en ce sens, même s’il est lui-même impar­fait. Et fina­le­ment, copier un mp3 acheté sur PC vers son bala­deur n’est-il pas « fair » ?

    D’au­tant que la copie privée telle qu’en­ten­due initia­le­ment, il n’y en a plus

    C’est d’au­tant plus vrai quand de l’autre côté on nous verrouille de DRM et de protec­tions pour empê­cher la dite copie. Je ne peux pas copier mon DVD ou mon Bluray pour le mettre sur un autre support. Les disques sont chif­frés par des DRM, le câble entre mon écran et mon lecteur utilise une commu­ni­ca­tion chif­frée pour que je ne puisse pas sortir la vidéo dans un montage person­nel. Mieux, certaines chaînes inter­disent pure­ment et simple­ment aux « box » des opéra­teurs qu’on puisse récu­pé­rer les enre­gis­tre­ments faits à partir de leurs émis­sions.

    Pour­tant la copie privée c’était bien ça au départ. On m’a coupé et « inter­dit » tous les usages qui justi­fiaient la copie privée. Bon, pas inter­dit, ils n’en ont pas le droit d’après la loi, mais ils l’ont rendu impos­sible et ont inter­dit le contour­ne­ment des obstacles, ce qui revient bien au même.

    Je paye pour quoi alors ?

    À l’in­verse on me fait payer pour tous les usages qui n’étaient pas prévus au départ, et dont la compen­sa­tion est fran­che­ment illé­gi­time. Alors, fina­le­ment on paye pourquoi ?

    Quand en plus le projet de loi cherche à éviter de faire rembour­ser tous les paie­ments qui ont été jugés illé­gaux par la justice, il devient de moins en moins justi­fiable de défendre cette rému­né­ra­tion et le système qu’il y a derrière.

    Je paye pour mes clefs usb qui servent à des conte­nus que j’ai person­nel­le­ment créé, pour des GPS, pour mes disques et CD de sauve­gardes, pour les cartes mémoires où je stocke mes propres photos… Pourquoi ?

    Il est temps d’ar­rê­ter le délire de la copie privée qui devient une rente de situa­tion sur le dos des fabri­cants d’élec­tro­nique. Je paye pour mes conte­nus, si vous conti­nuez c’est même ça que je vais remettre au cause.

     

  • Le Riche et le Pauvre: la France égali­taire ?

    Le Riche et le Pauvre: la France égali­taire. D’après l’au­teur qui se base­rait sur des chiffres INSEE, le rapport entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres serait non seule­ment un des plus faibles au monde mais en plus dimi­nue­rait avec le temps. Cela va clai­re­ment à l’en­contre des préju­gés actuels, au moins sur la seconde partie.

    Je ne sais qu’en penser. Déjà sur le rapport de 6,6, qui est en même temps beau­coup et pas exces­sif, mais aussi sur les chiffres eux même. Malheu­reu­se­ment, critique persis­tante pour à peu près tous ceux qui publient sur LeMonde.fr, il n’y a pas de liens ou de réfé­rences. La réfé­rence à l’INSEE est vague et j’au­rai bien aimé avoir un lien direct vers la statis­tique concer­née pour voir ce qu’elle recoupe. En parti­cu­lier, qu’est-t-il compté dans le niveau de vie ? dans le revenu ? Est-ce qu’on compte aussi les reve­nus du capi­tal ? le capi­tal- lui même ? Sans ces réponses il est bien impos­sible d’in­ter­pré­ter les affir­ma­tions.

    Mais aussi j’ai peur que le jeu soit encore faussé ici. Ce qui serait parfait c’est une repré­sen­ta­tion par courbe et pas que les premiers et derniers déciles. La France est connue pour avoir une médiane très basse et une pointe haute très réduite. Si nous compa­rons au 1% les plus riches et non aux 10% c’est que juste­ment même dans les 10% les plus riches, nous avons un gros palier et juste quelques uns qui acca­parent l’in­té­gra­lité de la valeur de ce dernier décile. Le fait de dire qu’en amor­tis­sant sur 10% ça prend forme humaine ne compense pas l’inac­cep­table de quelques uns.

    C’est inté­res­sant, ça incite à modé­rer un peu certaines idées, mais tel quel impos­sible d’in­ter­pré­ter le billet pour en tirer des choses vrai­ment inté­res­santes. Il faudrait aller plus loin. Qui tente de fouiller un peu ?

     

  • Hotfile : Warner Bros a fait reti­rer des fichiers sans en déte­nir les droits

    Si d’au­cuns pensaient encore que les ayants droits sont des cheva­liers blancs qui luttent contre l’in­fâme contre­façon, voilà de quoi détrom­per. Via les outils anti-contre­façon propo­sés par Hotfile : Warner Bros a fait reti­rer des fichiers sans en déte­nir les droits.

    Des fichiers sont suppri­més en masse simple­ment parce qu’ils contiennent un mot du titre du dernier film sorti. On peut voir ça comme une erreur mais c’est surtout une consé­quence d’une volonté de ne pas véri­fier les objets suppri­més un à un, même pas leur titre, et de se moquer des dégâts colla­té­raux.

    On trouve aussi au moins un logi­ciel d’op­ti­mi­sa­tion de télé­char­ge­ment. Là je vois diffi­ci­le­ment une erreur et plus proba­ble­ment une volonté d’ou­tre­pas­ser ses droits en faisant justice soi même et reti­rer un logi­ciel qui leur semble globa­le­ment faci­li­ter le télé­char­ge­ment de contre­façon (même si pour le coup ça servait à tous les télé­char­ge­ments sans faire de lien spéci­fique).

    Warner Bross refuse à ce qu’on l’oblige à véri­fier un à un chaque fichier supprimé pour en véri­fier la léga­lité. Le fait que ce soit ce que juste­ment ces socié­tés cherchent pour­tant juste­ment à impo­ser aux plate­formes d’échange et de diffu­sion ne les effleurent même pas. Diffi­cile ensuite de soute­nir leur combat.

  • Amazon.fr : quand Larousse vaut bien Flam­ma­rion

    On va me dire que j’ai une dent contre Amazon (alors que je trouve au contraire qu’ils ont réus­sit à faire beau­coup et pour le livre et pour la culture numé­rique, et des vraies réus­sites tant tech­niques que commer­ciales), mais là … Il y a un vrai problème de poli­tique propre à trom­per le consom­ma­teur dans ce qu’il va comprendre, et à remettre en cause le prin­cipe du prix unique.

    Propo­ser une édition moins chère c’est une chose, mais quand on le fait en s’in­tro­dui­sant dans la fiche tari­faire d’un autre produit qu’on vend et en semant la confu­sion sur le fait que c’est une offre promo­tion­nelle propre au maga­sin ou simple­ment une édition concur­rente … là ça frise le para­si­tage.

    Je ne sais pas si c’est légal (j’en doute mais à vrai dire je ne m’y connais pas assez pour me risquer à une affir­ma­tion), mais ça ne me semble en tout cas pas correct, ni pour l’édi­teur, ni pour le consom­ma­teur. Il suffi­rait simple­ment d’une meilleure présen­ta­tion. Dis Amazon, tu peux faire ça pour moi ?

  • Un an de prison ferme pour des bonbons à 2 euros

    Nos juges sont laxistes ! ou pas. On peut tour­ner ça comme on veut, mais quand bien même il est impor­tant de mettre une fin à une quin­zaine de condam­na­tions, je ne pour­rai jamais consi­dé­rer comme légi­time un an de prison pour un sachet de bonbons.

    C’est une faute du gouver­ne­ment d’avoir mis en place ces paliers stupides, une faute du juge qui n’a pas osé outre­pas­ser ce palier (il le peut tech­nique­ment), et la faute du système qui regroupe sous une seule peine maxi­male des faits trop diffé­rents.

    Mais fina­le­ment là où je souhaite atti­rer l’at­ten­tion c’est sur la fin de l’ar­ticle : 750 € de dommages et inté­rêts pour outrage et rébel­lion. Ça me gêne beau­coup parce que ce sont des dommages et inté­rêts au béné­fice person­nel du poli­cier et pas une amende au titre de l’État.

    Ces chefs d’ac­cu­sa­tions ne sont liés qu’à la fonc­tion du poli­cier, du service public. Il n’y a donc aucune justi­fi­ca­tion à les verser en dommages et inté­rêts person­nel. Et puis, fran­che­ment, un outrage aurait provoqué un dommage de 750 € ? Si la somme est impor­tante c’est encore une fois à titre public, pour éviter la réité­ra­tion, et pas au titre person­nel du poli­cier.

    C’est de plus très dange­reux car ces accu­sa­tions d’ou­trage sont aussi souvent utili­sées comme menace de la part des poli­ciers, et on voit parfois la justice retoquer clai­re­ment des accu­sa­tions infon­dées. On a un chef d’ac­cu­sa­tion qu’il est diffi­cile de contes­ter, et qui béné­fi­cie direc­te­ment à celui qui le pose. Je serai le poli­cier je me féli­ci­te­rai d’avoir pu être outragé et j’au­rai bien envie que le suivant fasse de même.

  • Report d’ef­fet dans le temps

    Le conseil consti­tu­tion­nel a fait sauté l’in­ter­dic­tion de perqui­si­tion de certains lieux impo­sée par l’exé­cu­tif au nom du secret défense ou de la sépa­ra­tion des pouvoirs. Il y a cepen­dant un report d’ef­fet dans le temps, de trois semaines.

    Il m’est diffi­cile de commen­ter sans para­phra­ser telle­ment, pour une fois, j’ai une vision simi­laire à celle de Samuel. Du coup je me contente de citer :

    « C’est la première fois que le Conseil consti­tu­tion­nel « aménage » ainsi une déci­sion d’in­cons­ti­tu­tion­na­lité, pour le confort du pouvoir poli­tique de manière aussi évidente. »

    « En repor­tant ainsi l’ef­fet dans le temps de sa déci­sion, le Conseil consti­tu­tion­nel se rend coupable de compli­cité de destruc­tion de preuves. »

    « Il y a encore du chemin pour que nous ayons une cour consti­tu­tion­nelle indé­pen­dante de l’exé­cu­tif, ou qui au moins, ait un mini­mum de digni­té… »

  • Une liseuse pour le livre numé­rique

    J’avais parlé il y a quelques temps de tablette et de liseuse pour le livre numé­rique. Mais fina­le­ment, qu’est ce que ça apporte une liseuse élec­tro­nique ?

    Tout d’abord le format : léger, fin, pratique

    Passer du papier à un machin élec­tro­nique est peu atti­rant mais c’est vrai­ment le jour et la nuit. Après quelques semaines vous trou­ve­rez le livre papier aussi pratiques que des rouleaux de parche­min.

    Trou­vez un livre grand format, par exemple le dernier Goncourt. Prenez-le en main.

    Imagi­nez qu’on vous propose un papier cinq fois plus léger, qui ne vous fati­guera pas ou ne vous obli­gera pas à repo­ser votre bras au bout de quelques minutes. Main­te­nant faites que vous n’ayez pas besoin de l’ou­vrir en deux avec cette tranche qu’il faut main­te­nir bien droite pour ne pas avoir l’im­pres­sion de lire dans un triangle, ou qu’il faut au contraire éviter de brusquer si vous ne voulez pas dété­rio­rer son aspect exté­rieur. Retaillez le format pour en faire un poche puis divi­sez alors l’épais­seur par cinq en ajou­tant un revê­te­ment doux et peu glis­sant à l’ar­rière pour une bonne prise en main. Enfin élimi­nez le concept de page en papier à tour­ner d’une seconde main, qui parfois se déchire, se salit, se corne, ou simple­ment jaunit. Voilà, vous avez une liseuse dans les mains. C’est quand même plus sympa non ?

    Ce qui change pour moi

    1. Je peux lire dans le métro et le bus : Ça se tient d’une seule main, c’est fin, léger et le plas­tique arrière ne glisse pas. Le livre de poche était accep­table mais c’était souvent peu pratique pour le tenir, garder ouvert, et tour­ner les pages.
    2. Je l’em­mène partout avec moi : La liseuse est assez fine et légère pour tenir dans la poche porte-feuille de mon manteau. Là aussi le format poche peut y arri­ver mais c’est suffi­sam­ment lourd et épais pour gêner, en plus de défor­mer le manteau si j’en fais une habi­tude.
    3. Je lis partout : Sortir un livre papier, l’ou­vrir, le ranger, c’était fina­le­ment une opéra­tion qui prenait un peu de temps, de place, et qui restait dissua­sive pour son côté peu pratique. Même si la diffé­rence est diffi­cile à mesu­rer, je peux sortir l’ap­pa­reil et lire immé­dia­te­ment, le ranger en 10 secondes sans avoir à marquer la page ou faire atten­tion en le rangeant. Fina­le­ment je le fais plus souvent et plus natu­rel­le­ment qu’a­vant.
    4. J’ai ma biblio­thèque avec moi : J’ai encore peu de livres dans ma liseuse, mais déjà j’ai appré­cié de ne pas avoir deux livres avec moi dans mon petit sac à dos lors de mes deux derniers grands trajets de train. Autre­fois je trim­ba­lais parfois un second livre pendant plus d’une dizaine de jours, parce qu’on ne sait pas quelle envie de lire on aura et quand est-ce qu’on finira le premier. Désor­mais c’est fini.
    5. Je lis ce qui me plait : J’ai dans ma biblio­thèque actuelle un bon livre de fantasy, « après le livre » de François Bon quand j’ai envie de réflé­chir, un livre tech­nique, et un vieil epub sur le jour­na­lisme de données que je n’avais encore pas lu. Je lis ce qui me plait suivant l’ins­tant. Je n’au­rai jamais pu le faire avant, quand je devais choi­sir à l’avance le livre que je prenais avec moi.

    Tout ça n’est que du confort, mais fina­le­ment, pour une acti­vité de plai­sir, n’est-ce pas ce que nous cher­chons ?

    Ce qui change pour les autres

    J’ai trouvé mes propres avan­tages mais il y a d’autres bonnes raisons de partir sur de l’élec­tro­nique :

    1. Pour ma grand mère, qui a toujours cher­ché un diction­naire et des livres en grands carac­tères et qui se retrou­vait avec un maigre choix, mal foutu, peu pratique. Ici elle pourra avoir la taille de carac­tères adap­tée, et varier suivant sa fatigue du jour.
    2. Pour l’étu­diant, qui pourra mettre une série de livres à étudier dans sa besace sans récu­pé­rer une scoliose, et dans quelques temps pour le scolaire qui, évitera le cartable de 15 Kg quand lui même en fait moins de 50.
    3. Pour l’ex­plo­ra­teur, qui peut s’ou­vrir à des quan­ti­tés de livres étran­gers sans avoir à faire une commande longue et prohi­bi­tive (à condi­tion de ne pas se lier à une liseuse qui l’em­pêche d’im­por­ter des livres de l’ex­té­rieur).
    4. Pour le curieux, qui peut s’ou­vrir à diffé­rents auteurs, alter­na­tifs, amateurs, ou simple­ment des nouveaux qui n’ont pas encore percé et qui peuvent publier plus faci­le­ment en numé­rique qu’a­vec un éditeur papier.
    5. Pour le barou­deur, qui pourra ache­ter des livres où qu’il soit ou presque, main­te­nant qu’on trouve du wifi partout, sans souf­frir d’ho­raires d’ou­ver­ture ou de vendeurs insis­tants : chez des amis, dans une gare, à la pause de midi, etc.

    Je suis certain que je n’ai pas pensé à la moitié des niches utili­sa­teur et nouveaux usages. Vous trou­ve­rez la votre.

    Ce qui ne change pas

    On appuie sur les avan­tages mais ce qui fait peur c’est ce qu’on perd ou qui devient plus complexe. Je n’ai pas vu grand chose de perdu dans mon passage au numé­rique :

    • La lecture est confor­table, autant qu’un livre, peut être meilleure qu’un vieux livre ou qu’un poche. Nous sommes sur un rendu qui est très proche du papier et qui n’a fran­che­ment rien à voir avec les écrans de type iPad ou PC.
    • On peut mettre un marque page (ou corner une page suivant vos habi­tudes), écrire une note dans la marge, lire le sommaire, connaitre le numéro de page courant, sauter plus loin dans le livre, reve­nir, etc.
    • Vous tour­ne­rez des pages, sur les tactiles vous pouvez même le faire avec le même geste que sur papier.

    Pour vous déstres­ser

    Mais comme chacun de nous, moi compris, a ses craintes quand on passe à de l’élec­tro­nique, il vaut mieux être expli­cite sur quelques sujets :

    • Il n’y a pas besoin de rechar­ger. L’écran ne consomme de la batte­rie que quand on change de page, pas pour l’af­fi­chage lui-même. Résul­tat, les batte­ries sont prévues pour un à deux mois d’uti­li­sa­tion.
    • La connec­tique est souvent stan­dard. On parle du même câble micro-usb que pour les télé­phones modernes. Il sert et pour char­ger et pour trans­fé­rer des fichiers.
    • On lit, et c’est tout. Ce qu’on a dans les mains c’est un outil plus proche de la télé­vi­sion que du PC. On clique sur le livre, on lit, on tourne les pages, et c’est tout. Pas d’in­ter­face tech­nique ou de manuel à apprendre. Vous devriez pouvoir le donner à votre grand-mère en lui faisant juste une démo rapide.

    Tout n’est pas parfait

    Des points néga­tifs il y en a. Person­nel­le­ment je passe au numé­rique sans états d’âme et je n’ai vrai­ment pas l’im­pres­sion de faire des compro­mis, mais il faut être conscient de quelques points :

    Tout d’abord on vous propose de lire des livres, et rien d’autre. La bande dessi­née est exclue, le format ne s’y prêtant pas et la couleur étant de toutes façons absente. Tout le reste est annexe : Si on vous propose un navi­ga­teur web, un lecteur mp3 et un système d’an­no­ta­tions, ne consi­dé­rez pas ça comme de réelles fonc­tion­na­li­tés du maté­riel. Ce sont des à-côtés, que vous ne trou­ve­rez pas satis­fai­sants si vous en atten­dez vrai­ment quelque chose.

    Ensuite le cata­logue est encore faible. On parle de 50 000 titres commer­ciaux de qualité quand le physique est de l’ordre du million. Cela se ressent beau­coup sur le vieux cata­logue commer­cial. Si vous trou­ve­rez une bonne partie des nouveau­tés et les derniers Twilight, oubliez l’idée de relire vos clas­siques encore sous droits comme la série des Asimov. Certains peuvent éven­tuel­le­ment être dispo­nibles en anglais, mais rare­ment en français. Même sur ce nombre, tous ne sont pas parfai­te­ment codés et c’est toujours agaçant de voir un signe de ponc­tua­tion passer à la ligne. Ensuite vient toute la série des livres libre de droit : Là vous aurez l’em­bar­ras du choix mais aussi souvent de bien mauvaise qualité.

    Enfin, comme tout maté­riel élec­tro­nique, parfois ça déraille. Parfois on tourne des pages par erreur, parfois plein de pages d’un coup. Ça arrive rare­ment mais ça arrive. En fait c’est à peu près aussi fréquent que perdre sa page suite à une maladresse avec un livre papier, ou tour­ner plusieurs pages d’un coup par erreur. La diffé­rence ici c’est que vous accu­se­rez la machine au lieu de vous en prendre à vous-même, et ça ça peut finir par géné­rer beau­coup de frus­tra­tion.

    Un marché qui se construit

    Vous vous trou­vez sur un marché en construc­tion, avec tous les défauts liés :

    Le marché est jeune, il va évoluer. Personne ne peut vous dire à quoi ça va ressem­bler dans deux ans et celui qui s’y aven­ture ne fait que de la voyance. Si vous êtes du genre à regret­ter vos inves­tis­se­ments précé­dents à chaque fois qu’il y a une nouveauté, atten­dez encore 6 mois.

    Nous avons déjà quelques acteurs domi­nants à tendance mono­po­lis­tiques, qui consi­dèrent les clients comme une source de valeur. Cela veut dire qu’ils auront tendance à créer des silos proprié­taires, fermés.  Choi­sis­sez votre opéra­teur en fonc­tion de ça. Si vous choi­sis­sez Kindle vous achè­te­rez Kindle, vous lirez des livres Kindle, dans un format Kindle, vous parta­ge­rez avec des amis Kindle, et vous aurez les usages approu­vés par Amazon. Les imports/exports risque­ront à tout moment d’être cassés si ce n’est pas dans le modèle de votre four­nis­seur. Choi­sis­sez en consé­quence.

    Enfin, les éditeurs sont encore dans la logique DRM des débuts de l’in­dus­trie musi­cale. Cela veut dire qu’une grande partie du cata­logue contrôle le nombre d’ins­tal­la­tion des fichiers, risque de vous faire perdre vos achats en cas de chan­ge­ment de format ou de faillite de l’en­seigne, cherche à vous empê­cher des copier/coller et rendra diffi­cile ou impos­sible la lecture avec des logi­ciels libres. Pire : Tous ces DRM ne sont pas compa­tibles entre eux. Apple a le sien, Amazon a le sien, l’es­sen­tiel des autres utilisent le DRM Adobe.

    Dans tous les cas la lecture numé­rique n’est pas pour l’ins­tant un inves­tis­se­ment finan­cier. Les livres ont un peu moins chers mais pas dans des propor­tions vrai­ment impor­tantes. Il arrive même que la version numé­rique soit plus chère que la version poche en papier (même si ça risque de chan­ger avec la baisse de la TVA numé­rique). Il faut être un très grand lecteur pour rembour­ser la liseuse élec­tro­nique avec le prix des livres, surtout qu’a­vec la faiblesse du cata­logue vous conti­nue­rez peut être à lire encore un peu sur papier en paral­lèle. Comp­tez plutôt le numé­rique comme un inves­tis­se­ment en confort et en prati­cité.

    Le choix

    J’en repar­le­rai ici avec des descrip­tions plus complètes mais pour faire court nous avons quatre liseuses de bonne qualité : le Kindle 4 (d’Ama­zon), le Kobo Touch (distri­bué par la FNAC), le Sony PRS-T1 (dans les Darty, Boulan­ger, et assez faci­le­ment en ligne), et le Cybook Odys­sey (la marque origi­nale est Bookeen, mais il est aussi distri­bué en marque blanche, à Virgin par exemple).

    Toutes sont à priori de bonnes liseuses. Si vous ne souhai­tez pas attendre de voir ce que je vous réserve pour plus tard, je vous recom­mande de d’abord un premier choix en fonc­tion du modèle : Accep­tez-vous de vous enchaî­ner à un distri­bu­teur dans un modèle proprié­taire et fermé ? Ou au contraire appré­ciez-vous ces envi­ron­ne­ments de confiance tout inté­grés et ne cher­che­rez-vous jamais plus loin que ce qui est proposé en interne ? Atten­tion, ce choix vous engage dans le temps parce qu’une fois dans un modèle fermé, ce que vous y aurez acheté ou fait y restera à vie.

    Le Kindle est le moins cher, à 99 €, mais il n’est pas tactile et a un modèle proprié­taire tota­le­ment fermé. Il existe des possi­bi­li­tés d’im­port/export mais c’est juste pénible et leur péren­nité n’est abso­lu­ment pas garan­tie.

    Kobo est plus cher, à 129 €, mais on attend encore de voir ce que ça donnera côté logi­ciel après l’in­té­gra­tion FNAC. Le modèle se veut plus ouvert, mais pour l’ins­tant c’est plus de la décla­ra­tion d’in­ten­tion. Tout au moins le Kobo supporte l’epub et les DRM Adobe, ce qui est une bonne chose..

    Derrière il y a le Sony PRS-T1, et la Bookeen Odys­sey, qui four­nit entre autres les librai­ries Virgin. Tous les deux entre 129 et 149 €, donc un peu plus cher mais aussi d’une géné­ra­tion plus récente. Ils sont surtout hors des silos des distri­bu­teurs, et donc auront proba­ble­ment les meilleures chances d’ou­ver­ture. D’un autre côté ils ont aussi leurs défauts, et auront forcé­ment moins de services logi­ciels du fait qu’ils ne font pas partie du silo proprié­taire créa­teur de valeur.

    Regar­dez aussi l’as­pect du produit, si c’est pour vivre avec il faut aussi avoir un peu d’af­fi­nité avec le design. Sinon, si vous n’êtes pas pres­sés, vous atten­dez que je vous dise sur quoi je travaille.

    Le ressenti

    Mais plus que des suites de points posi­tifs et points néga­tifs, l’im­por­tant c’est le ressenti. Le passage au numé­rique fait partie de mes projets person­nels et profes­sion­nels donc je ne peux me récla­mer objec­tif. Malgré tout ça je crai­gnais la tran­si­tion. Les chan­ge­ments d’ha­bi­tude sont diffi­ciles même quand la cible à atteindre repré­sente un progrès indé­niable.

    Ici la tran­si­tion n’a pas subi une once de regrets ou de diffi­cul­tés. Ça m’a même incité à lire plus, en y prenant plus de plai­sir. Je retiens surtout le poids et le côté pratique de la lecture par rapport à un livre papier. Seule la taille du cata­logue est pour moi un vrai défaut, mais cela n’ira qu’en s’amé­lio­rant.

    Et vous, vous y passez quand ?

  • Finan­ce­ment FTTH

    Je propose de faire la FTTH avec une taxe sur la produc­tion cultu­relle, musique et vidéo, parce que fina­le­ment ce sont eux qui l’uti­li­se­ront le plus.

    Ce serait un juste retour des choses non ?

  • Sécu­rité sur le web avec HTTPS ? des clous !

    Le problème commence à être connu et il est malheu­reu­se­ment non résolu : Tout le modèle de sécu­ri­sa­tion des sites web par HTTPS (chif­frage SSL/TLS) est à revoir.

    Il était déjà bancal dès le départ en instau­rant des auto­ri­tés de confiance qui n’ont qu’un rôle de rentier et qui taxent tous les utili­sa­teurs, mais leur multi­pli­ca­tion et leur manque de sécu­ri­sa­tion rend tota­le­ment vide de sens la sécu­rité du système.

    En fait c’est assez simple :

    • Nous avons au grand mini­mum une compro­mis­sion d’au­to­rité de certi­fi­ca­tion par mois, et chacune permet d’usur­per n’im­porte quel site auprès de n’im­porte quel navi­ga­teur.
    • Certaines auto­ri­tés sont contrô­lées par ou en colla­bo­ra­tion avec des états, y compris auto­ri­taires ou non démo­cra­tiques, ces états ayant alors la capa­cité d’es­pion­ner ou d’in­ter­cep­ter les commu­ni­ca­tions chif­frées vers n’im­porte quel site sans que cela ne se voit.
    • L’opa­cité totale des auto­ri­tés de certi­fi­ca­tion rend impos­sible de connaître la plupart des dégâts ou des risques en jeu.

    Il est d’ailleurs impor­tant de noter qu’on ne parle pas de ques­tions théo­riques mais de procé­dés concrets qui ont été mis en jeu. On parle de certi­fi­cats illé­gi­times au nom de Google, de Yahoo ou de banques qui ont été émis pour trom­per les navi­ga­teurs, et de maté­riels qui sont réali­sés pour inter­cep­ter et espion­ner les commu­ni­ca­tions TLS pour qui (états) a des certi­fi­cats maitres à sa dispo­si­tion.

    Le fait même d’avoir mis en place un système centra­lisé me semble avoir été une erreur énorme, mais il est temps d’ar­rê­ter les frais. Il est plus que temps de passer à un modèle décen­tra­lisé qui n’aura pas toutes les quali­tés théo­riques du modèle actuel, mais qui ne sera pas autant troué. Cela demande toute­fois que les états acceptent de ne plus être en capa­cité de contrô­ler ce qu’il se passe, même indi­rec­te­ment. Mon côté para­noïaque m’en fait douter.

    Entre temps, sur Mozilla Fire­fox vous permet d’ini­tier le mouve­ment à l’aide de quelques exten­sions.

  • Projet de loi copie privée : le député dési­gné rappor­teur est…

    Ce n’est pas la première fois que j’ai un problème avec la vision de leur rôle par certains élus, et parti­cu­liè­re­ment les dépu­tés. Dans la nomi­na­tion de Marie-Hélène Thora­val comme rappor­teur sur un projet de loi rapport à la copie privée, on sent bien qu’on cherche quelqu’un qui exécu­tera le projet et pas quelqu’un qui pensera la loi ou qui soupè­sera les enjeux.

    C’est toute­fois la dépu­tée elle-même en l’af­firme le mieux avec cette phrase à garder en mémoire : « C’est un honneur d’être choi­sie par ses collègues pour leur appor­ter un éclai­rage sur un projet de loi présenté par le Gouver­ne­ment, surtout pour moi qui suis là depuis moins d’un an. Les prochaines semaines promettent d’être parti­cu­liè­re­ment char­gées, mais le rôle du parle­men­taire est de faire voter la loi donc j’en­dosse cette respon­sa­bi­lité avec beau­coup d’en­thou­siasme et de sérieux  »

    Alors non, le rôle du parle­men­taire n’est pas de faire voter la loi, mais au contraire de déci­der ou non s’il y a lieu de voter un projet de loi, et de le discu­ter avant. Exprimé ainsi, et je n’ai aucun doute que ce soit bien l’état d’es­prit de la dépu­tée, on voit bien que pour certains le député est au service du gouver­ne­ment pour faire appliquer ce que le gouver­ne­ment a décidé.

    C’est d’au­tant plus étrange que, bien que le gouver­ne­ment soit à l’ori­gine des projets de loi, c’est au gouver­ne­ment de faire exécu­ter les lois discu­tées et votées par le parle­ment, et non au parle­ment d’en­re­gis­trer et acter les lois déci­dées par le gouver­ne­ment.

    Je sais que tout ce délire découle du système des partis, mais il serait plus que temps que nos godillots se réveillent et se rendent compte du rôle primor­dial qu’ils ont dans notre répu­blique. Ce qui arrive n’est pas la faute du gouver­ne­ment qui négo­cie les projets de loi et qui les enchaîne en urgence, mais bien la faute des dépu­tés qui n’as­sument pas leur rôle et font une simple chambre d’en­re­gis­tre­ment.