Catégorie : Politique française

  • Je ne discu­te­rai pas poli­tique avec vous

    Je ne discu­te­rai pas avec vous si vous trou­vez géniales toutes les propo­si­tions de votre favori ou que vous trou­vez une excuse à tout ce qu’il peut dire d’er­roné.

    Je ne discu­te­rai pas avec vous si vous trou­vez idiot tout ce que ses oppo­sants peuvent dire ou que vous imagi­nez un calcul perni­cieux derrière chaque propo­si­tion.

    Avoir des opinions et se retrou­ver dans un courant précis n’em­pêche pas d’avoir une pensée complexe et son propre esprit critique.

    Si vous n’êtes pas capables d’avoir cette pensée non binaire et de l’ex­pri­mer, ne venez pas discu­ter poli­tique avec moi. Ça n’a aucun inté­rêt ni pour vous ni pour moi… et ça m’épuise.

    Merci.


    Les équipes d’au moins deux candi­dats semblent surveiller les réseaux et inter­ve­nir systé­ma­tique­ment pour placer une réponse mili­tante non argu­men­tée. C’est fati­guant, pénible, et moi ça ne m’in­cite pas à les consi­dé­rer posi­ti­ve­ment. Au contraire.

    Depuis, surtout pour ces deux candi­dats, j’ai désor­mais tendance à faci­le­ment suppri­mer ou bloquer à vue les réac­tions des incon­nus qui surgissent de nulle part, dans mes commen­taires ici ou dans mes mentions. Bien entendu ça ne sera jamais le cas si vous abor­dez le fond, des chiffres, des argu­men­ta­tions qui ne se résument pas à votre opinion… et si vous accep­tez qu’on puisse simple­ment avoir une opinion diffé­rente.

  • Mon problème avec E. Macron

    Je lis le billet d’Au­thueil qui illustre très bien mon problème avec Emma­nuel Macron. On nous vend du disrup­tif, du renou­veau, mais je n’ai toujours qu’un superbe embal­lage marke­ting. Je suis désolé, ce n’est pas ce que j’en attends, même si ça fonc­tionne.

    Sur la méthode, Macron détonne égale­ment. Un excellent article de Média­part (payant) explique très bien que « En marche » est diri­gée par un staff qui sort d’HEC, et qu’il est dirigé comme une start-up, avec des méthodes commer­ciales et de mana­ge­ment qui sont fami­lières à ceux qui bossent en entre­prise, mais tota­le­ment étran­gères au monde poli­tique. Le choix des théma­tiques et des messages, comme le posi­tion­ne­ment centriste « ni droite ni gauche », ne doivent rien au hasard, et il y a du y avoir de bonnes études de marché au préa­lable. Emma­nuel Macron est lancé comme un nouveau produit, avec toutes les tech­niques marke­ting qui vont bien pour ça. C’est, pour l’ins­tant, redou­ta­ble­ment effi­cace, et cela donne un sérieux coup de vieux aux appa­reils poli­tiques tradi­tion­nels.

    Moi j’ai­me­rais bien qu’on choi­sisse notre repré­sen­tant natio­nal sur la poli­tique qu’on souhaite appliquer et pas simple­ment sur l’ef­fi­ca­cité de son équipe de commu­ni­ca­tion. Oui, je sais, je suis vieux jeu.

    Authueil parle aussi du programme. Comme tous ses parti­sans, il pointe vers un site tiers pour se faire une idée du programme. Le simple fait de devoir aller pour ça sur un site tiers qui n’en­gage pas le candi­dat alors que l’équipe de commu­ni­ca­tion est jugée excel­lente par tout le monde, ça devrait faire réflé­chir. Sur ce site on y trouve des cita­tions très longues qu’il faut inter­pré­ter sur chaque sujet.

    Si j’osais, je dirais que ça ressemble à un évan­gile. Quel que soit la thèse qu’on défend, on pourra s’y retrou­ver. C’est presque magique. Mais du coup, pour affir­mer quelle est réel­le­ment la posi­tion du candi­dat ou ce qu’il va faire…

    * * *

    Vous ne me croyez pas ? J’ai pris l’exemple de la laïcité, sujet clivant en ce moment s’il en est. La moitié du texte décrit le présent ou le passé de façon neutre. C’est « le diagnos­tic ».

    Je me concentre donc sur les prises de posi­tion dans la partie « action ». J’in­siste, j’ai sauté la partie « diagnos­tic ». Ici vous trou­ve­rez verba­tim toute la partie « action » et unique­ment la partie « action ». Vous voulez de l’ac­tion ? il faudra repas­ser :

    Il consi­dère qu’il faut « préser­ver comme un trésor la concep­tion libé­rale de laïcité qui a permis que dans ce pays, chacun ait le droit de croire ou de ne pas croire, l’ex­pres­sion se lisant d’ailleurs dans les deux sens. »

    Je vous mets au défi de trou­ver un candi­dat signi­fi­ca­tif qui ne soit pas d’ac­cord avec ça.

    Ainsi, selon cette concep­tion libé­rale, « en France, aucune reli­gion n’est un problème. »

    Emma­nuel Macron fait néan­moins une distinc­tion majeure entre les reli­gions et les compor­te­ments se plaçant sous le signe du reli­gieux : « Ce qui est un problème […] ce sont certains compor­te­ments, placés sous le signe du reli­gieux, quand ils sont impo­sés à la personne qui les pratique. […] Car si la liberté de conscience est totale, l’in­tran­si­geance quant au respect des lois de la Répu­blique, elle, est abso­lue. […] En France, il y a des choses qui ne sont pas négo­ciables. On ne négo­cie pas les prin­cipes élémen­taires de la civi­lité. On ne négo­cie pas l’éga­lité entre les hommes et les femmes. On ne négo­cie pas la liberté. »

    Toutes les reli­gions sont accep­tables, mais pas forcé­ment tous les compor­te­ments au titre de ces reli­gions. Vous pouvez l’in­ter­pré­ter pour dire tout et son contraire.

    Je soutiens la vision multi­cul­tu­relle ? ça fonc­tionne. Je soutiens la vision qui défend la France d’ex­tré­mistes isla­miques ? ça fonc­tionne. Je soutiens la vision des mulsul­mans, y compris radi­caux non violents, qui se sentent brimés ? ça fonc­tionne. Je peux même soute­nir une vision large­ment raciste qui se défend de vouloir bannir la reli­gion musul­mane mais qui veut en inter­dire toute mani­fes­ta­tion sous prétexte de civi­lité ou égalité.

    Bref, E. Macron est pour le respect des lois, l’éga­lité, la civi­lité et la liberté. Quel candi­dat ne l’est pas ? Aucune action.

    Emma­nuel Macron se réfère à la loi de 1905 qui n’in­ter­dit pas les mani­fes­ta­tions reli­gieuses dans l’es­pace public tant qu’il n’ap­pa­rait pas de trouble à l’ordre public. Il fustige à ce titre les débats autour de l’ex­pres­sion du reli­gieux dans l’es­pace public : « l’Etat est laïc, pas la société. »

    Selon lui, « le laïcisme qui se déve­loppe aujourd’­hui, à gauche et à droite, est une concep­tion étriquée et dévoyée de la laïcité qui dénote à la fois une insé­cu­rité cultu­relle profonde et une incom­pré­hen­sion histo­rique de la France. »

    Là il y a un début de prise de posi­tion. Malheu­reu­se­ment il n’est pas encore suffi­sam­ment clair et tran­ché. Je rappelle que toutes les lois et toutes les actions faites au nom de la laïcité se font surtout au nom de l’ordre public. On retire le voile complet ? au nom de l’ordre public. Le Burkini ? au nom de l’ordre public (et de l’hy­giène). La fin des prières sur les trot­toirs faute de place place à la Mosquée ? au nom de l’ordre public.

    Bref, même si les soutiens d’une laïcité comba­tive tique­ront un peu, tout le monde pourra y trou­vera son compte. Toujours aucune action.

    Si Emma­nuel Macron refuse une « concep­tion étriquée et dévoyée de la laïcité », il ne prétend pas cepen­dant que toutes les situa­tions soient simples. « Ne soyons pas naïfs : certaines tendances d’un islam parti­cu­liè­re­ment rétro­grade sont à l’œuvre dans notre société pour venir en quelque sorte ‘tes­ter’ les limites de la laïcité, pour monter en épingle des compor­te­ments isolés ou mino­ri­taires. »

    Ouf. Comme le para­graphe précé­dent était outra­geu­se­ment modéré, voilà qui va renfor­cer n’im­porte quelle posi­tion radi­cale. Comme on ne parle que de « certaines tendances » sans rien nommer, les modé­rés seront bien d’ac­cord aussi.

    On vient de récon­ci­lier tout le monde en ne prenant… aucune posi­tion.

    Concer­nant par exemple le débat sur le « burkini », il consi­dère que « le port de ce vête­ment de plage, inventé il y a quelques années par une styliste austra­lienne, n’a abso­lu­ment rien de cultuel. Il n’est ni une tradi­tion, ni une pratique reli­gieuse.  C’est donc bien à tort qu’on a voulu l’en­ca­drer sous l’angle d’un prin­cipe de laïcité mal compris. En revanche, l’État impose des règles de vie en société compre­nant le respect intran­si­geant de certaines valeurs : l’éga­lité entre les hommes et les femmes, la civi­lité, l’ordre public… »

    Vision multi­cul­tu­relle : « il a dit qu’on a eu tort de vouloir l’en­ca­drer sous l’angle de la laïcité ».

    Vision radi­cale : « il a dit qu’il fallait être intran­si­geant sur l’éga­lité et l’ordre public » (on se deman­dera d’ailleurs ce que viennent faire l’ordre public ou la civi­lité sur un maillot de bain couvrant).

    Mais fina­le­ment, pensait-il que c’était une bonne chose ou non d’in­ter­dire le Burkini ? Pensait-il que les mairies étaient libres de prendre des arrê­tés ou non ?

    Toujours magique, aucune prise de posi­tion mais des paroles qui peuvent être lues dans les deux sens oppo­sés. Aucune action.

    Pour Emma­nuel Macron, bien que le cœur même de la laïcité exige une neutra­lité de l’Etat, le devoir de permettre à chacun d’exer­cer digne­ment sa reli­gion doit être réaf­firmé : « Lais­sons les Français musul­mans prendre leurs respon­sa­bi­li­tés en toute trans­pa­rence. Aidons-les en sortant aussi de nos réflexes histo­riques, de nos défiances. Aidons-les en coupant les ponts à des orga­ni­sa­tions parfois occultes, à des modes de finan­ce­ment inac­cep­tables, à des compor­te­ments tout autant inac­cep­tables. »

    Vision multi­cul­tu­relle : neutra­lité, permettre à chacun, aidons-les

    Vision radi­cale : (à condi­tion qu’)ils coupent les ponts avec des orga­ni­sa­tions, changent leurs finan­ce­ment, arrêtent les compor­te­ment que nous trou­vons inac­cep­tables

    Bref, toujours lisible dans les deux sens, et aucune action claire.

    L’or­ga­ni­sa­tion de l’is­lam en France et le combat contre une forme radi­cale de l’is­lam ne passent pas pour Emma­nuel Macron par de nouveaux textes ou de nouvelles lois, mais par l’ap­pli­ca­tion de celles exis­tantes : « Nous devons mener ensemble […] un combat contre l’is­lam radi­cal, un islam qui veut inter­fé­rer dans certains quar­tiers sur la chose publique, et qui se pense comme préva­lant sur la Répu­blique et ses lois ». « Je suis pour cette bien­veillance exigeante, je suis pour la laïcité de 1905, mais, dans le même temps, nous avons, sur le terrain, des combat­tants de cette laïcité, des combat­tants des droits des femmes, des combat­tants des règles de la Répu­blique. »

    Là il y a une prise de posi­tion : pas de nouvelle loi.

    Dans le même temps on insiste sur une meilleure appli­ca­tion des exis­tantes comme la solu­tion, ça peut tout de même coller avec les radi­caux qui en demandent plus.

    On voit bien le « bien­veillance exigeante » et le « dans le même temps » qui font bien atten­tion à montrer les deux côtés sous un angle accep­table pour tout le monde sans avan­cer une quel­conque action ou posi­tion clivante.

    Emma­nuel Macron plaide pour une mobi­lité accrue des jeunes habi­tants des quar­tiers popu­laires grâce à un meilleur accès aux trans­ports, à la culture, aux études, à l’em­ploi. « Dans ces quar­tiers, nous avons laissé les arti­sans d’un islam radi­cal faire leur œuvre, faire leur miel de la frus­tra­tion de nos jeunes, de la frus­tra­tion des Français. Voilà pourquoi […] nous devons réin­ves­tir nos quar­tiers pour redon­ner aux habi­tants des oppor­tu­ni­tés et de la mobi­lité ». « Notre mission, elle sera diffi­cile, elle pren­dra du temps, elle sera exigeante avec toutes et tous. Ce sera de faire que les Français de confes­sion musul­mane soient toujours plus fiers d’être Français que fiers d’être musul­mans. »

    blabla­bla­bla. Il y a bien une posi­tion mais liée à l’ur­ba­nisme, et abso­lu­ment consen­suelle. Je suis tout à fait d’ac­cord que ça peut être une piste pour réduire ce qui a mené au symp­tôme « problème reli­gieux » mais ça s’ar­rête là. On redonne un coup de natio­na­lisme à la fin pour équi­li­brer.

    Marine Le Pen et François Fillon n’au­raient peut-être pas avancé les trans­ports et la culture mais en reti­rant ces deux mots je vous mets au défi d’ex­clure que ça aurait pu venir de leur discours. Vouloir des trans­ports et de la culture pour permettre aux français de réin­ves­tir les quar­tiers, ça reste large­ment accep­table donc ça ne choquera pas même avec ces deux mots (surtout que les radi­caux les plus durs consi­dèrent que ne pas se couvrir ou que le style de musique font partie de la culture à impo­ser à ceux qui auraient un avis diffé­rent).

    Bien entendu, très à gauche, mettre du trans­port, de la culture et de l’édu­ca­tion pour désen­cla­ver les quar­tiers, tout le monde sera d’ac­cord. Bien évidem­ment aussi qu’il faut mettre fin au chômage des quar­tiers diffi­ciles. Mélan­chon, Jadot ou Hamon auraient eux aussi pu pronon­cer ce para­graphe.

    Bon, on fait comment ? On fait quoi en pratique ? On coupe les allocs pour inci­ter au travail ou on met en place des CV anonymes et du testing anti-discri­mi­na­tion ? Oui je cari­ca­ture les deux posi­tions oppo­sées mais pour ce qui est de l’ac­tion… on ne saura pas.

    Au nom de sa concep­tion d’une laïcité de liberté plutôt que d’in­ter­dit, Emma­nuel Macron se prononce contre l’in­ter­dic­tion du voile à l’uni­ver­sité car, à la diffé­rence de l’école où les indi­vi­dus sont mineurs, « l’uni­ver­sité est le lieu des consciences éclai­rées et adultes. »

    Selon Emma­nuel Macron, l’in­ter­dic­tion du voile à l’uni­ver­sité serait contre-produc­tive : « Ce qui trouble, c’est le risque que cette jeune femme voilée ait subi une pres­sion maxi­mum, qu’elle ait été contrainte. Il n’em­pêche : inter­dire le voile à l’uni­ver­sité, c’est para­doxa­le­ment inter­dire à cette jeune femme d’avoir ce qui serait peut-être la seule expé­rience qui lui permet­trait de sortir de sa commu­nauté, d’ac­cé­der à un univer­sel, au savoir, à des expé­riences qui pour­raient l’éman­ci­per. En lui refu­sant cet accès, on renfor­ce­rait le commu­nau­ta­risme puisqu’elle serait renvoyée à son quar­tier, à sa situa­tion, à son confi­ne­ment social. En ce sens, les laïcistes favo­risent le commu­nau­ta­risme dans les quar­tiers car ils recréent du clivage. Ils favo­risent une iden­tité qui se construit contre la Répu­blique au prétexte que cette répu­blique exclu­rait. »

    Donc E. Macron est contre l’in­ter­dic­tion du voile à l’uni­ver­sité. Valls avait tenté de renfor­cer sa posture d’homme ferme face aux dérives avec une décla­ra­tion là dessus et l’UMP avait fait de même deux ans avant. Je pense que le FN ne serait pas tota­le­ment contre non plus.

    Bref on aura eu UNE vraie posi­tion claire au dernier para­graphe sur les cinq pages de texte. C’est d’ailleurs la seule phrase en gras sur toute la partie laïcité.

    Bon, en même temps, depuis, le Conseil d’État a pris offi­ciel­le­ment posi­tion pour dire que ça ne passe­rait jamais le Conseil Cons­ti­tu­tion­nel. Le Conseil natio­nal de l’en­sei­gne­ment supé­rieur et de la recherche (Cneser) comme l’Ob­ser­va­toire de la laïcité sont eux expli­ci­te­ment contre. Le ballon d’es­sai de Valls a montré que même la popu­la­tion était plutôt contre aussi, au point de se faire reca­drer immé­dia­te­ment par Hollande (et s’il y a une chose à laquelle on dit que E. Macron tient beau­coup, ce sont bien les études d’opi­nion).

    Bref, une prise de posi­tion qui aurait été clivante dans le passé mais qui n’a plus vrai­ment de sens aujourd’­hui. Il n’y a plus que quelques trolls comme E. Ciotti pour avan­cer dans cette voie (et proba­ble­ment plus pour faire la une que pour réel­le­ment le faire voter). Pas d’ac­tion.

    * * *

    C’est tout. La partie action manque telle­ment d’ac­tion que que je vous épargne la partie diagnos­tic.

    Moi j’y lis une vision multi­cul­tu­relle à l’op­posé du combat des radi­caux pro-laïcité, mais la présence systé­ma­tique de contre-poids à chaque phrase permet­tra à tout le monde de croire que ça va dans son sens. Je suis convaincu que, du FN au PG, tout le monde pour­rait se sentir rela­ti­ve­ment en phase avec les para­graphes cités.

    Entre temps, mis à part la non-inter­dic­tion du voile à l’uni­ver­sité qu’au­cun poli­tique sérieux n’au­rait désor­mais jugé réaliste, on n’a que de vagues décla­ra­tions géné­rales sans aucune action derrière.

    Ce que je retiens : E. Macron accueille toutes les reli­gions mais pas les mauvais compor­te­ments. Il est pour l’éga­lité, la liberté, la civi­lité et l’ordre public. Il est bien­veillant mais exigeant. Il est pour inter­ve­nir dans les quar­tiers terreau de compor­te­ments radi­caux mais ne dit pas encore comment. Comment être contre ?

    Si ça se trouve il est même pour la paix dans le monde. C’est dire s’il est bien comme candi­dat. Sauf… qu’on n’est pas à un concours de beauté des années 1990.

    * * *

    On me dit que c’est un bosseur, qu’il est sérieux, ouvert, qu’il veut faire enfin bouger les choses. Ça a plutôt l’air vrai dans ce qu’on a pu voir mais… est-ce suffi­sant ?

    Je n’adhère pas à cette vision tech­no­cra­tique où l’élu doit être un expert et bon gestion­naire, où l’ac­tion remplace la vision. On tue la poli­tique, le choix du peuple souve­rain sur son futur et la gestion de son État.

    À force on finit par oublier que derrière il y a des choix, des choix qui sont tout à fait arbi­traires, qui tiennent à des modèles de société. Ce sont ces choix qui doivent nous guider. Si on cherche juste à opti­mi­ser et à gérer, on risque de se retrou­ver avec un modèle de société qu’on n’a pas choisi.

    Comment est-ce que je fais avec E. Macron et sa campagne ? Ça fonc­tionne très bien parce qu’il arrive à trou­ver de beaux mots qui vont à tout le monde, parce qu’il a une image de réfor­ma­teur actif et sérieux, mais quel est son modèle de société ? est-ce le mien ? est-ce le votre ? Je n’en sais rien et c’est gênant.

    Les grands discours de deux heures avec des phrases parfois sans queue ni tête arbi­trées par les études d’opi­nion et des experts en commu­ni­ca­tion devant un public télé­com­mandé… ça fonc­tionne peut être mais j’at­tends autre chose. J’ai­me­rais bien qu’on se mette à discu­ter poli­tique et modèle de société. Oui, je suis vieux jeu. Je l’ai déjà dit plus haut.

  • Payer plus les poli­tiques

    Dire ça c’est un peu accep­ter que les gens fraudent pour se rembour­ser du salaire qu’ils pensent devoir avoir. C’est juste inac­cep­table et que ce type de réflexion soit répan­due dans l’éco­sys­tème poli­tique en dit long sur la corrup­tion en France.


    Main­te­nant j’es­père tout de même qu’un jour l’em­ploi public rému­né­rera mieux que le privé, avec de meilleures condi­tions, que la concur­rence sera rude pour y accé­der et que ce sera la filière d’élite, que les meilleurs seront au service de la nation.

    On en est loin. On fait même exac­te­ment l’op­posé. Les condi­tions dans l’édu­ca­tion, dans les hôpi­taux, dans la police ou dans la justice sont indignes et ne seraient d’ailleurs même pas légales dans le privé. Ne parlons pas des rému­né­ra­tions.

    À force d’éco­no­mies, d’al­lè­ge­ments d’im­pôts, de jalou­sie du statut de fonc­tion­naire, de volonté de faire payer ceux qui dirigent, on se tire une balle dans le pieds. On renforce un modèle social complè­te­ment idiot.


    Alors non, au regard des rému­né­ra­tions des gens extrê­me­ment compé­tents dans le privé, il ne serait pas inap­pro­prié de rele­ver sérieu­se­ment les indem­ni­tés de certains élus, dont les dépu­tés. En échange par contre les frais doivent être justi­fiés, l’uti­li­sa­tion des crédits doit être contrô­lée, le temps doit être dédié au mandat et non au parti ou à la carrière et à la réélec­tion.

    Si on réforme vrai­ment tout ce qu’il y a autour, une indem­nité de base à 10_000 euros suivie de crédits qui permettent d’en­ga­ger les meilleurs juristes et de faire du travail de fond ne me choquera abso­lu­ment pas.

    Ça n’em­pê­chera pas les malhon­nêtes de conti­nuer à abuser du système, mais ça atti­rera aussi d’autres personnes.


    Par contre qu’on ne s’ar­rête pas aux poli­tiques, parce que ce sont loin d’être les cas les plus liti­gieux dans ceux rému­né­rés au service de l’État.

  • Hamon et la vie privée

    Oui, j’ai eu un mouve­ment de recul à la lecture de ce vieux tweet de 2014, comme proba­ble­ment tous les geeks. J’avoue que pour un candi­dat soutenu publique­ment par Edward Snow­den, c’était éton­nant.

    J’in­vite toute­fois à repla­cer dans le contexte. Benoit Hamon parle de Nico­las Sarkozy, scan­da­lisé qu’on ait pu l’in­ter­cep­ter dans le cadre d’écoutes judi­ciaires.

    D’un coup ça change un peu la portée de la phrase. Le contexte est « se savoir écouté dans le cadre d’une enquête judi­ciaire justi­fie de prendre un second télé­phone sous un faux nom ? ». Il ne s’agit (proba­ble­ment) pas d’une décla­ra­tion géné­rale reje­tant la notion de vie privée mais d’un soutien aux insti­tu­tions judi­ciaires et aux procé­dures qui en découlent. La phrase est certai­ne­ment maladroite, surtout hors contexte, mais qui ici aurait contesté ce soutien ?


    Benoit Hamon : « il n’y a pas de problème à être… par LeLab_E1

    Ne lais­sons pas le moindre doute. Deman­dons-lui quelle est sa posi­tion par rapport à la surveillance géné­ra­li­sée. Conti­nuons tant que nous n’avons pas de réponse claire. Par contre, entre temps, évitons de sortir des petites phrases hors de leur contexte pour faire des effets de manche.

    Mise à jour pour ceux qui veulent être convain­cus : Le même jour­na­liste à l’ori­gine de la cita­tion de départ qui rappelle désor­mais les gens au contexte de l’époque :

  • Du rôle du jour­na­liste

    Stéphane Soumier ne ressemble pas du tout à la défi­ni­tion que je donne du jour­na­liste. Il n’est en rien média­teur, c’est juste un mili­tant, qui utilise sa posi­tion et sa visi­bi­lité média­tique pour relayer ses opinions et sa lecture du monde, en espé­rant convaincre des gens de penser comme lui. Cela ne veut pas dire que tout soit à jeter, ces édito­ria­listes peuvent avoir des analyses inté­res­santes, mais qui ne relèvent pas du métier de jour­na­liste. Or, ils se présentent comme tels, ce qui crée une confu­sion. C’est une espèce malheu­reu­se­ment très répan­due dans les médias, en parti­cu­lier dans l’au­dio­vi­suel. C’est le cancer du jour­na­lisme, car ils discré­ditent toute la profes­sion. Je ne suis abso­lu­ment pas surpris qu’a­vec de tels gugusses, les jour­na­listes soient, avec les poli­tiques, dans le bas des clas­se­ments sur la confiance accor­dée par les citoyens.

    Authueil

    Quand les pigistes ont du mal à obte­nir une carte de presse mais que le présen­ta­teur de la météo au 20h est appelé jour­na­liste météo, on ne peut que confir­mer qu’il y a un problème.

    Comme partout, la visi­bi­lité média­tique a remplacé le travail de fond.

    Le pire est montré dans l’ana­lyse de Samuel Laurent sur cette histoire :

    Ne nous éten­dons pas plus. Les deux hommes fini­ront, après moults inter­pel­la­tions publiques, par recon­naître l’ina­nité de la polé­mique, et par relayer notre article qui dément preuves à l’ap­pui les propos de M. Meil­han.

    Ils le feront sans commen­taire, et sans reti­rer leurs tweets précé­dents, ni expliquer pourquoi ils ont choisi de faire confiance à ce texte plutôt qu’à celui de jour­na­listes profes­sion­nels employés par une rédac­tion recon­nue comme étant fiable. Tous deux semblent esti­mer qu’ayant relayé les deux points de vue, ils ont fait leur travail, et qu’il ne leur appar­tient pas de tran­cher.

    C’est tota­le­ment nier l’im­pact de ce qu’on fait, se déres­pon­sa­bi­li­ser dans son rôle.

    Une discus­sion d’hier menait au même sujet. Peu importe que nos poli­tiques croient dans leurs promesses et dans leur cirque média­tique. À force de dire qu’il y a trop de fonc­tion­naires, que la sécu et le public ne fonc­tion­ne­ment pas, que les Droits de l’H et l’Eu­rope sont un problème, que nous ne pouvons pas accueillir les immi­grés, que l’Is­lam est dange­reux… même si c’est pour ne rien en faire et accep­ter un démenti calme et posé dans un second temps, le mal est fait. L’idée fait son chemin, se propage, se renforce à chaque esclandre

    Plus que par leurs actions ou inac­tions, les poli­tiques font mourir notre devise par leurs paroles. Et les jour­na­listes se tirent des balles dans le pied de la même façon oubliant leur rôle d’ana­lyse et de filtre.

    D’ailleurs, pourquoi aurais-je besoin de jour­na­listes s’il s’agit unique­ment de me réfé­ren­cer les diffé­rentes opinions subjec­tives de chaque polé­mique ?

  • De ces entailles publiques à nos textes fonda­teurs

    Avec le ministre de l’In­té­rieur, nous avons voulu relan­cer la construc­tion d’un Islam de France, apaisé, indé­pen­dant des influences étran­gères. Bernard Caze­neuve fera des propo­si­tions ce lundi.
    L’Etat est là pour réaf­fir­mer ce qui fait, depuis plus d’un siècle, la condi­tion de notre vie en société : la laïcité
    — Manuel Valls

    Depuis le début, le concept de laïcité à la française est une vaste blague. Deux visions pas fran­che­ment conci­liables s’op­posent et chacun parle de choses diffé­rentes.

    D’une part la vision modé­rée, qui s’im­pose à l’État. L’État est neutre, ne peut promou­voir ni finan­cer aucun culte. À l’in­verse, le citoyen est libre de conscience mais aussi de exer­cer et mani­fes­ter sa reli­gion, y compris dans l’es­pace public. Mieux : C’est le rôle de l’État que d’as­su­rer ces liber­tés.

    D’autre part la vision radi­cale. Elle ne s’im­pose plus à l’État mais au citoyen. Là il s’agit de reti­rer la reli­gion de l’es­pace public pour la renvoyer à l’in­time et au privé. Les mani­fes­ta­tions publiques des reli­gions ne sont que des aména­ge­ments histo­riques propres à dispa­raitre ou être limi­tés à l’in­si­gni­fiant tel une croix sous une chemise.

    Malgré ce qu’on pour­rait penser en écou­tant nos élus aujourd’­hui, c’est la vision modé­rée d’Aris­tide Brian qui est portée par notre droit, via la loi de 1905.

    Il faut dire que la vision radi­cale serait contraire aux conven­tions inter­na­tio­nales des droits de l’Homme. Oui, rien que ça.

    * * *

    Seul ce qui porte atteinte à la sécu­rité, à la santé, à l’ordre public ou aux droits des autres peut être inter­dit. Même là, l’im­por­tance pour l’État d’as­su­rer la liberté de culte a amené à faire des compro­mis, par exemple sur l’abat­tage rituel des animaux à des fins reli­gieuses. Ces prin­cipes ont été rappe­lés récem­ment par le Conseil d’État. Oui, rien que ça.

    Qu’un premier ministre ose dire quel habille­ment est ou n’est pas légi­time dans une reli­gion, qu’il prétendre construire et orien­ter les choix d’une reli­gion, est en viola­tion directe avec la vision de notre droit.

    Il n’est pas le seul, c’est quasi­ment toute notre classe poli­tique qui est plus ou moins direc­te­ment en dehors des clous, au point qu’il serait plus simple de lister ceux qui défendent nos lois et notre consti­tu­tion.

    Avec un peu de recul, entre une vision qui restreint l’État à une situa­tion neutre en donnant la liberté au citoyen et une vision qui restreint le citoyen en permet­tant à l’État d’en assu­rer le contrô­le… est-ce vrai­ment éton­nant que nos élus cherche à avan­cer sur la seconde ?

    Ce qui est éton­nant c’est qu’on les laisse faire. Ça me dépasse encore. Dans d’autres pays il y aurait eu démis­sion et opprobre publique pour bien moins que ça.

    * * *

    La laïcité n’est qu’un exemple. N’al­lez pas argu­men­ter sur le Burkini dans les commen­taires. Il en va de même quand on parle de respec­ter la consti­tu­tion dans le proces­sus légis­la­tif.

    Là aussi, ce qui m’inquiète c’est qu’on laisse faire. Chaque renon­ce­ment, chaque accep­ta­tion de ces entailles publiques à nos textes fonda­teurs nous rapproche chaque jour de la fin de ces derniers.

    La plus grande menace est inté­rieure. Elle ne vient pas de l’Is­lam. Elle vient de notre laissé faire, de la caste des gouver­nants qui s’af­fran­chit du cadre donné par la consti­tu­tion et par les citoyens. C’est pour­tant ce qui distingue un État de droit d’une dicta­ture.

    La France a déci­dé­ment bien du mal à aban­don­ner sa monar­chie. L’élire tous les quatre à cinq ans ne la fait pas dispa­raitre.

  • L’amour du risque

    J’ai bien conscience que cette nouvelle orien­ta­tion profes­sion­nelle pour­rait se conci­lier avec une posi­tion de dispo­ni­bi­lité, qui m’as­su­re­rait, au moins pendant huit ans, de pouvoir retrou­ver mes fonc­tions à la Cour des comptes à tout moment.

    Mais j’aborde mes acti­vi­tés à venir dans un état d’es­prit marqué par un enga­ge­ment total, comme cela a d’ailleurs toujours été le cas dans les précé­dentes étapes de ma carrière admi­nis­tra­tive et poli­tique, et la force de cet enga­ge­ment me semble incom­pa­tible avec le choix du confort, de la précau­tion et de la mini­mi­sa­tion du risque dont un main­tien en dispo­ni­bi­lité serait, à mes yeux, syno­nyme.

    Fleur Pelle­rin

    C’est son choix, et parce qu’il ne m’im­pacte en rien – rete­nez-le bien, c’est le point prin­ci­pal du billet – je n’ai rien à y redire.

    Ce d’au­tant moins qu’a­près avoir été ministre, plutôt bien appré­ciée par le milieu entre­pre­neu­rial, elle n’a pas besoin de la sécu­rité de la mise en dispo­ni­bi­lité pour pantou­fler si d’aven­ture elle le souhai­tait, que ce soit dans du semi-public ou dans du privé.

    La prise de risque est toute rela­tive. Si elle voulait un avenir poli­tique, elle a même peut-être pris le chemin le moins risqué.

    *

    Ce choix est le sien. Je n’ai rien à lui repro­cher.

    Non, ce qui me gêne ce sont ceux qui s’en féli­citent, que ce soit à cause de la fable entre­pre­neu­riale de la prise de risque ou à cause du climat de défiance vis à vis des poli­tiques et de la haute fonc­tion publique.

    * * *

    La fable entre­pre­neu­riale c’est celle qui valo­rise la prise de risque et l’in­con­fort extrême de l’en­tre­pre­neur, comme un cheva­lier qui va combattre un dragon pour l’hon­neur et la gloire.

    On raconte de belles histoires en y recréant une noblesse, celle qui a pris des risques et vécu l’in­con­fort pour créer la valeur de demain, les emplois, la prochaine révo­lu­tion. Il y a eux et les autres, dans ces derniers les pires étant les sala­riés, les syndi­ca­listes et les fonc­tion­naires.

    La belle romance permet de valo­ri­ser soi et ceux de son rang, puis de barrer la route à toute critique sur les travers néga­tifs des acti­vi­tés.

    La fable s’en­tre­tient et certains finissent par y croire, par voir de la valeur dans la prise de risque et l’in­con­fort, comme une médaille et un abou­tis­se­ment.

    *

    Foutaises que tout cela. Savoir prendre des risques est impor­tant. Les prendre effec­ti­ve­ment est souvent néces­saire. Savoir les éviter est la plus grande qualité.

    Si on peut obte­nir les mêmes effets posi­tifs sans passer par la prise de risque, le faire quand même est juste du maso­chisme. À la limite chacun ses plai­sirs, mais c’est aussi jouer à la roulette avec les finances des inves­tis­seurs, avec les vies de famille des colla­bo­ra­teurs, avec l’équi­libre des socié­tés pres­ta­taires et parte­naires.

    Ces risques, cet incon­fort, ne sont que des outils, des leviers, et plutôt de ceux à manier avec précau­tion. Quand certains les voient comme l’objet même de l’ac­ti­vité entre­pre­neu­riale, je ne peux me rete­nir de repen­ser à la maxime « quand le sage pointe la lune, l’im­bé­cile regarde le doigt ».

    *

    Si un jour l’aven­ture de Fleur Pelle­rin la pose dans une situa­tion réel­le­ment diffi­cile pour son avenir, qu’il lui faut faire des choix, quelle est donc la situa­tion qui lui permet­tra de conti­nuer à s’in­ves­tir à fond plutôt que de commen­cer à réflé­chir à la voie de secours ? Est-ce de savoir qu’elle a un filet de sécu­rité quoi qu’il se passe ? ou est-ce de savoir que si elle ne fait rien et que ça se passe mal elle va vrai­ment avoir de graves problèmes ?

    Un jour les gens compren­dront que le confort et la sécu­rité permettent de travailler avec les gens à leur plein poten­tiel. Le stress et le risque ne sont là qu’à défaut de savoir ou de pouvoir le faire. Ça revient à travailler contre les gens qu’on met dans une telle situa­tion. Quand c’est de soi-même dont on parle et que c’est volon­taire, il faut consul­ter.

    * * *

    Ce sont ceux qui se réjouissent par défiance qui me gênent le plus. Ils fêtent ça comme une victoire, comme une justice reprise sur les élus et les fonc­tion­naires, comme un besoin pour remettre élus et hauts fonc­tion­naires dans la réalité, voire comme ça de moins à payer en tant que contri­buable.

    C’est très simple. Que son aven­ture réus­sisse ou non, soit Fleur Pelle­rin reste dans le privé, soit elle revient à son poste dans le public. La dernière alter­na­tive n’est possible qu’a­vec la mise en dispo­ni­bi­lité à laquelle elle vient de renon­cer.

    Si elle reste dans le privé, à part le plai­sir sadique de la savoir dans la panade si elle se plante, il n’y a stric­te­ment rien à gagner à cette démis­sion. Rien. Pas un kopeck. Et je ne prends person­nel­le­ment jamais de plai­sir à contem­pler le malheur des autres.

    Si elle reve­nait dans le public on aurait par contre une haute fonc­tion­naire avec une expé­rience signi­fi­ca­tive récente dans le privé, à l’heure où on fustige la décon­nexion des élites publiques avec ce qui s’y passe.

    Est-ce donc cette dernière éven­tua­lité qui serait si grave ? Il faudrait un peu de cohé­rence dans le discours. D’au­tant qu’à défaut c’est quelqu’un sans cette expé­rience dans le privé qui offi­ciera à sa place.

    Même finan­ciè­re­ment, une reprise de dispo­ni­bi­lité se fait à l’an­cienne rému­né­ra­tion, sans augmen­ta­tion due à l’ex­pé­rience et l’an­cien­neté passées dans le privé. Bref, tout à y gagner.

    *

    On peut discou­rir autant qu’on veut sur l’injus­tice de la mise à dispo­ni­bi­lité des fonc­tion­naires, mais il n’y a rien à se réjouir du cas indi­vi­duel.

    Même collec­ti­ve­ment, ce système est clai­re­ment à l’avan­tage des contri­buables. Il permet d’en­cou­ra­ger les fonc­tion­naires à explo­rer et se faire d’autres expé­riences. Il permet ensuite poten­tiel­le­ment à la fonc­tion publique d’en profi­ter, sans rien débour­ser.

    Le pire c’est de voir que ceux qui discré­ditent ce système sont les mêmes qui critiquent la décon­nexion entre privé et public. Il va falloir choi­sir…

    Non, ce qui serait intel­li­gent serait d’au contraire encou­ra­ger tous les grands groupes à mettre en place un système simi­laire. C’est impos­sible à tenir pour des petites struc­tures mais, dès qu’on parle de milliers ou dizaines de milliers d’em­ployés, la société a la masse pour assu­mer ces départs et retours sans mettre en péril l’ac­ti­vité.

    Il y a certes les congés sabba­tiques mais il faut annon­cer une durée fixe à l’avance, et cette durée est forcé­ment infé­rieure à l’an­née. C’est vrai­ment adapté à des congés. Diffi­cile d’al­ler se lancer dans une réelle aven­ture profes­sion­nelle avec ce cadre.

  • [Commen­taire] Limi­ter le chif­fre­ment

    Ne croyez donc pas qu’ils soient incom­pé­tents. C’est faux. Ils sont compé­tents. Ils sont entou­rés de gens brillants. Ils ont été aver­tis, par les bonnes personnes, qu’il ne fallait pas faire ça. Et ils le font quand-même.

    Toute analyse qui s’ap­puie sur l’idée que nos ministres sont idiots est inva­lide. Toute analyse qui s’ap­puie sur le fait qu’ils soient incom­pé­tents, ou mal infor­més, cherche à leur trou­ver une excuse qui n’est pas la bonne.

    Mais alors… Alors l’ana­lyse est plus compliquée à poser.

    — Benja­min Bayard

    J’ai­mais bien la maxime qui disait en gros « ne cher­chez pas l’in­ten­tion maligne là où il peut n’y avoir que de l’idio­tie ». Elle était beau­coup ressor­tie du temps de Georges W. Bush et elle permet de rester sur terre : Nos diri­geants font parfois des choses que nous jugeons idiotes mais c’est non seule­ment réflé­chi mais en plus quasi­ment toujours avec une bonne

    Donc, oui, ils ne sont pas fous, pas au sens « je fais n’im­porte quoi ». Le lais­ser croire c’est se mettre des œillères.

    Non. Ils ont peur qu’on leur reproche leur inac­tion. Ils ont peur qu’il y ait encore des atten­tats, et qu’on dise que c’est de leur faute. Alors il faut bien faire quelque chose. Inutile, dange­reux, tota­li­taire, n’im­porte quoi, mais quelque chose.

    Ça j’y crois beau­coup. Parfois c’est d’ailleurs dit expli­ci­te­ment sous le ton « les français ne compren­draient pas » ou « il faut agir ». Cepen­dant l’at­taque contre le chif­fre­ment arrive dans un espace vide, pas sous la pres­sion. C’est le gouver­ne­ment qui amène lui-même le sujet. Personne ne lui aurait repro­ché de ne pas le faire.

    C’est une superbe raison pour moultes inter­dic­tions et annu­la­tions, pour l’état d’ur­gences et bien d’autres choses. Ici ça me semble moins perti­nent.

    Bran­dir le tout sécu­ri­taire, agiter les peurs et les haines, c’est une stra­té­gie pour récol­ter les votes des gens qui ont peur.

    C’est fait tous les jours, même si prin­ci­pa­le­ment par ceux qui ne sont pas au pouvoir – ceux qui sont au pouvoir doivent aussi rassu­rer pour prou­ver qu’ils ont agit ou que ce qu’ils font va tout solu­tion­ner, diffi­cile exer­cice d’équi­li­briste.

    Pour autant je n’y crois pas là non plus. Le sujet ne tourne pas, ne rassure pas l’élec­to­rat conser­va­teur. Si le débat était établi, incon­tour­nable, pourquoi pas. Là ça va durer maxi­mum deux semaines. Ça ne vaut vrai­ment pas le coup.

    Si notre gouver­ne­ment propose de sucrer le chif­fre­ment c’est qu’ils veulent vrai­ment le faire. Ce n’est d’ailleurs pas neuf.

    Enfin, il reste l’angle d’ana­lyse le plus raison­nable. Nos diri­geants veulent surveiller le peuple pour s’as­su­rer de rester au pouvoir quoiqu’il advienne. Oh, pas forcé­ment eux indi­vi­duel­le­ment, mais leur caste.

    Là on est direc­te­ment dans l’in­ten­tion maligne, limite dans le complot. Je ne crois pas une seconde qu’il y ait une réflexion consciente à faire un choix poli­tique pour que le pouvoir reste aux mains d’une caste qui inclut aussi le parti d’en face.

    On exclu­rait qui ? Le peuple ? mais il en est déjà exclu de toutes façons, par défi­ni­tion. Ceux qui arrivent dans le jeu poli­tique à un niveau sérieux ne sont déjà plus « le peuple ».

    Non, par contre je crois à cette distinc­tion « nous » – « le peuple ». Quand ils coupent le chif­fre­ment, ils n’ima­ginent pas une seconde que ça va les impac­ter eux. Le chif­fre­ment sera encore légi­time pour les services de l’État et des collec­ti­vi­tés, pour proté­ger les secrets des entre­prises. Leurs commu­ni­ca­tions ne risquent rien. Ça ne concerne que le peuple, les autres, ceux en qui on ne peut ni ne doit avoir confiance.

    On le voit faci­le­ment aujourd’­hui dans les débats où l’op­po­si­tion demande la fin de l’État de droit et des arres­ta­tions sans motifs. Ils n’ima­ginent pas un instant que eux pour­raient être empri­son­nés ainsi sur une simple note confi­den­tielle d’un service sous l’au­to­rité hiérar­chique directe du Premier ministre, bref, sur simple volonté de la personne qu’ils combattent. Je crois que ça veut tout dire.

    Nos diri­geants sont coupés de tout, et sont alimen­tés en continu d’in­for­ma­tions anxio­gènes par des hauts fonc­tion­naires des services de police, parfois (souvent ?) avec des visées sécu­ri­taires ou tota­li­taires, typique­ment Alain Bauer et ses semblables. Ça peut suffire à perdre les pédales.

    Je ne nie pas qu’ils soient coupés de tout, et parfois de la réalité. Je doute que ça soit une expli­ca­tion de la lutte contre le chif­fre­ment. Certes on peut s’em­bal­ler mais s’ils ont des conseillers, ils ont aussi des gens pour filtrer, trier, résu­mer et remettre en contexte l’in­for­ma­tion.

    Si on se dit qu’ils ne peuvent pas igno­rer que leur solu­tion est erro­née vu le nombre de conseillers brillants qu’ils ont, alors ils ne devraient pas non plus pouvoir perdre les pédales par simple amas d’in­for­ma­tions anxio­gènes, pour la même raison.

    Le truc : écoutent-ils ces conseillers ? Ce qu’on lit régu­liè­re­ment laisse plutôt à penser qu’ils écoutent un ou deux conseillers favo­ris, qui n’ap­par­tiennent juste­ment pas au corps de fonc­tion­naires, et eux-seuls. Je me rappelle aussi cet article de presse qui rele­vait des propos de E. Valls disant en gros qu’il éprou­vait une fierté à avoir raison seul contre tous et à mener sa poli­tique ainsi.

    Énorme égo et préjugé de supé­rio­rité mons­trueux. Ça j’y crois faci­le­ment et ça casse toute l’ar­gu­men­ta­tion liée aux conseillers brillants. Encore faudrait-il que ces conseillers soient écou­tés et leurs avis pris en comp­te…

    Pire, encore faudrait-il que ces conseillers ne soient pas noyés dans ceux qui se font une joie de flat­ter les avis de la personne au pouvoir pour faire avan­cer leur carriè­re…

    Voilà ce qui me parait fina­le­ment le plus probable, parce que le plus humain et ne néces­si­tant aucune inten­tion maligne : Ces gens croient avoir raison, envers et contre tous, surtout contre ces igno­rants de citoyens qui ne comprennent pas la complexité et les respon­sa­bi­li­tés que eux portent sur les épaules. Égo déme­suré, compor­te­ment d’une caste de privi­lé­giés.

  • Député pour l’in­té­rêt géné­ral ?

    Ce gouver­ne­ment a des idées que je ne partage pas. Je critique, je milite, j’ex­plique. C’est le fonc­tion­ne­ment d’une démo­cra­tie, où tous les avis s’ex­priment et où le mien ne l’em­porte pas toujours.

    Ce que je n’ac­cepte pas c’est quand un député démis­sionne de son rôle et trahit son mandat.

    Ça n’a l’air de rien mais ils sont au moins trois dépu­tés à avoir envoyé la même chose cette même soirée. Au moins deux membres du bureau natio­nal du PS.

    Ils déclament trou­ver ça inac­cep­table mais ils l’ac­cep­te­ront quand même. Aucun d’eux n’aura utilisé l’arme en leur pouvoir pour bloquer l’inac­cep­table. Aucun d’eux n’a signé la motion de censure, pour­tant parfai­te­ment adap­tée quand un gouver­ne­ment n’a plus la confiance des dépu­tés.

    On perçoit mieux la trahi­son quand on sait qu’il n’aura manqué que de deux signa­tures pour procé­der au vote de cette motion de censure.

    Le débat se fera aux primaires ? mais… la loi sera passée. Nos dépu­tés ont préféré lâcher le pays pour sauve­gar­der et corri­ger le PS plutôt que l’in­verse.

    Ils ont simple­ment violé les deux premiers articles de leur code de déon­to­lo­gie. Le parti – et leur carrière – sont passés avant l’in­té­rêt géné­ral et leur rôle de député. Je pleure quand certains de mes inter­lo­cu­teurs sont rési­gnés au point de trou­ver ça normal et accep­table.

    La droite ne fait pas mieux. La motion n’est pas dépo­sée parce qu’elle obli­ge­rait les dépu­tés à rester jusqu’à 19h le jeudi soir au lieu d’être dans les fan zone de leur circons­crip­tion pour le match de foot… En pleine réforme sur le droit du travail je trouve l’image magni­fique.

    On arrive à un niveau de trahi­son fantas­tique où personne ne fait même plus semblant de travailler pour l’in­té­rêt géné­ral, de prendre les respon­sa­bi­li­tés allant avec son mandat.

    Même en cas de duel avec N. Sarkozy, il faudra argu­men­ter très dur pour me revoir voter PS. Le gouver­ne­ment Valls aura tout fait pour me dégou­ter mais c’est fina­le­ment acces­soire.

    Ce n’est même plus une ques­tion d’opi­nion poli­tique. C’est une ques­tion de valeurs et de confiance. Je vois que des dépu­tés PS cadres et membres du bureau natio­nal font passer le parti avant la nation, en dépit de ce qu’ils pensent, trahis­sant par là leur mandat natio­nal de repré­sen­tant du peuple. C’est l’or­ga­ni­sa­tion même qui est corrom­pue.

    Malheu­reu­se­ment je n’ai pas mieux en réserve. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de m’im­pliquer ailleurs.

    Oui, je ne crois pas à l’homme ou la femme provi­den­tiels mais c’est un·e des seul·es que je vois droit·e dans ses bottes à toujours privi­lé­gier l’in­té­rêt géné­ral et respec­ter des valeurs huma­nistes. Je n’en demande pas beau­coup plus.

  • Où sont nos repré­sen­tants ? Faiblesse

    « La plupart des dépu­tés seront repar­tis dans leur circo, explique un parle­men­taire LR. Surtout qu’il y a le match France-Alle­magne jeudi soir. Entre ceux qui préfèrent rentrer chez eux et ceux qui ont envie de se montrer dans la fan zone de leur ville, il est impos­sible de leur dire “bah non, en fait tu restes à Paris jusqu’à 19 heures, merci”. » Quand bien même la moitié du groupe LR aurait la possi­bi­lité de voter par procu­ra­tion, la manœuvre néces­si­te­rait la présence de 100 dépu­tés dans l’hé­mi­cycle. Un mini­mum pour donner du poids au recours. « Jacob ne veut pas se retrou­ver avec une motion votée par 33 pelés », pour­suit le même élu. Du coup, pour éviter le ridi­cule de rangs clair­se­més, il a préféré lais­ser tomber.

    Motion de censure: pourquoi la droite se met hors jeu (Media­part)

    Faiblesse de notre parle­ment, mais aussi et surtout faiblesse de ce que repré­sente le mandat pour nos élus.

    Consi­dé­rer que c’est trop deman­der qu’une moitié de nos dépu­tés de restent au parle­ment un jeudi jusqu’à 19h pour déci­der – ou non – de faire tomber un gouver­ne­ment…

    Quand vous croi­se­rez votre député dans la fan zone, sur un événe­ment public quel­conque, dites-vous bien que c’est visi­ble­ment plus impor­tant pour lui que son rôle de député, que le mandat que vous lui avez donné.

    * * *

    Qu’un député décide de suivre le gouver­ne­ment ne me choque pas. Je ne partage pas ses idées mais c’est son choix, son rôle.

    Qu’un autre trouve la situa­tion inac­cep­table mais se couche, ou qu’ils ne fassent même pas l’ef­fort de parti­ci­per, là par contre on a un grave problème.