Catégorie : Politique française

  • Nouveau gouver­ne­ment 

    Réac­tions à chaud sur le nouveau gouver­ne­ment :

    Je ne m’at­ten­dais pas à être enthou­siasmé vu que je ne partage pas l’orien­ta­tion prin­ci­pale d’Em­ma­nuel Macron. Cela dit, malgré les remarques plus bas, si on omet le gros problème de Gérald Darma­nin, la compo­si­tion n’est pas si mal. Je crai­gnais plus gênant. Tant mieux.

    Renou­vel­le­ment poli­tique : On repas­sera. Gérard Collomb est d’ailleurs un symbole à ce niveau, autant par son parcours que par ses prises de posi­tion sur le sujet.
    Avoir de nouvelles têtes n’est pas un sujet majeur pour moi au niveau d’un gouver­ne­ment (j’hé­site même à dire « au contraire ») mais c’est Emma­nuel Macron qui a quand même fait sa campagne sur le sujet. J’es­père au moins que Jean-Yves Le Drian va aban­don­ner son mandat au conseil régio­nal sinon les décla­ra­tions de limi­ta­tion de la campagne ne seront que de jolies promesses (chose confir­mée depuis)

    Reca­sage : Ce n’est pas vrai pour tous mais les trois ministres d’État sont parmi les soutiens de première heure les plus visibles. J’es­père que ce n’est pas lié à des accords préa­lables. Je n’y parie­rais pas.

    Fémi­nisme : Emma­nuel Macron avait dit espé­rer une femme comme premier ministre et avait expli­ci­te­ment promis un minis­tère plein et entier pour les droits des femmes plutôt qu’un secré­ta­riat d’État. On n’aura eu aucun des deux. Promesse cassée avant même de commen­cer à gouver­ner.
    S’il y a bien la parité, on note tout de même que globa­le­ment ça s’est fait en complé­tant les minis­tères les moins pres­ti­gieux : Aucune femme dans les ministres d’État et les deux seuls minis­tères sous tutelle sont ceux de femmes. Les mauvaises langues diront que les deux ministres sous tutelle n’ont échappé au secré­ta­riat d’État que pour permettre de dire qu’il y a parité.

    LGBT : Gérald Darma­nin est connu pour ses posi­tions homo­phobes et son oppo­si­tion au mariage pour tous. Bref, *le* vrai problème de ce gouver­ne­ment, mais on savait Emma­nuel Macron déjà léger sur le sujet.

    Santé : Agnes Buzyn n’a pas été vrai­ment très posi­tive sur les ques­tions des conflits d’in­té­rêt dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. (media­part)

    Droit d’au­teur : Le minis­tère de la culture c’est déjà subven­tion et lobby des ayant-droits. Avec une éditrice il y a peu de chances que ça change, et c’est plutôt confirmé par ses posi­tions. Je ne la connais pas sur le reste donc je n’ai pas d’avis plus détaillé.

    Écolo­gie : C’est super mitigé. On a quelqu’un qui croit réel­le­ment à l’im­por­tance de l’éco­lo­gie, et à un minis­tère d’État. Sacré signal posi­tif. Ce que j’es­père c’est qu’il s’agit plus que de la commu­ni­ca­tion. Le choix de Nico­las Hulot et un ex-Areva comme premier ministre me font douter. J’at­tends de voir.

    Handi­cap : Je ne la connais­sais pas mais j’en­tends du bien de la nouvelle secré­taire d’État depuis les annonces. Posi­tif donc.

  • De l’im­por­tance des indi­ca­teurs

    Les Déco­deurs du jour­nal Le Monde font un retour sur la situa­tion à la fin du mandat de François Hollande.

    Je ne discu­te­rai pas des chiffres eux même, chacun se fera son avis. Ce qui me gêne c’est qu’on parle unique­ment d’in­di­ca­teurs écono­miques : crois­sance, chômage, défi­cit, pouvoir d’achat, consom­ma­tion, propriété, entre­prises.

    Je crois que c’est la diver­gence majeure que j’ai avec les poli­tiques centristes : Je ne crois pas que le but ultime soit de faire fonc­tion­ner l’éco­no­mie. Les citoyens ne sont pas au service de l’éco­no­mie. Ce devrait être l’in­verse.

    Je veux voir des indi­ca­teurs comme le taux de pauvreté, comme le nombre d’ex­clus ou de sans abri,  l’ac­cès à l’eau, à l’ali­men­ta­tion, à la santé, voire comme l’ef­fi­ca­cité des soins et la fréquence de refus des soins pour des raisons finan­cières, le niveau d’édu­ca­tion, les liber­tés civiles, celle de la presse, la démo­cra­tie, ou même un indi­ca­teur de qualité de vie et de bonheur.

    Ce n’est pas une lubie d’idéa­liste. On peut tout à fait amélio­rer les indi­ca­teurs écono­miques cités en haut en dégra­dant les indi­ca­teurs sociaux cités en bas. Ça a d’ailleurs été le cas dans d’autres pays autour de nous pour résoudre le chômage : créer des travailleurs pauvres avec une soli­da­rité mini­mum.

    Tant qu’on évaluera nos poli­tiques avec des indi­ca­teurs pure­ment écono­miques, ne nous éton­nons pas si la solu­tion est de privi­lé­gier les entre­prises par rapport aux gens.

  • J’ai vu des gens se réjouir, je vais être un peu plus critique

    On nous a vendu une procé­dure trans­pa­rente et égali­taire pour les inves­ti­tures En Marche. Ce n’est pas pire qu’ailleurs, c’est même proba­ble­ment mieux, mais il reste quand même l’im­pres­sion de s’être fait entu­ber.

    * * *

    Au moins trois personnes inves­ties ont immé­dia­te­ment démen­ties avoir même candi­daté (François Pupponi, Augus­tin Augier et Mourad Boudjel­lal). Je ne sais pas vous mais réus­sir un sortir un nom de non-candi­dat lors d’un proces­sus de sélec­tion, ça me semble juste impos­sible. Quand il y en a un c’est une erreur incom­pré­hen­sible. Quand il y en a trois, dont un ami, c’est que le proces­sus est une façade qui cache l’ar­bi­traire.

    Après avoir rejeté publique­ment Manuel Valls parce qu’il ne respec­tait pas les critères et n’avait de toutes façon pas candi­daté suivant la procé­dure propo­sée, on se rend compte qu’il n’y aura aucun candi­dat En Marche en face de lui. C’est le cas de plusieurs autres person­na­li­tés du PS proches du mouve­ment. Pas offi­ciel­le­ment inves­tis mais ce n’est pas si diffé­rent. Person­nel­le­ment j’ap­pelle ça une pirouette pas très honnê­te… et une procé­dure fantoche.

    Plus expli­cite, à Lyon les direc­tives sur le renou­vel­le­ment et le cumul des mandats sont aussi seule­ment indi­ca­tives. Gérard Collomb conti­nue de distri­buer ses terres comme il en a toujours été (et ça ne surpren­dra pas grand monde). Pas tout à fait ce que le parti a promis, ni en procé­dure ni en résul­tat.

    * * *

    Bref, le mouve­ment a bien les mêmes jeux d’ap­pa­reil que les autres. Il a juste la chance de ne pas avoir d’his­to­rique donc peut se permettre plus de nouveau­tés sur les circons­crip­tions sans enjeu.

    Quand Manuel Valls avait publique­ment déclaré qu’ils serait candi­dat pour la majo­rité mais pas dans le mouve­ment, il s’était fait rembar­rer publique­ment. On voit aujourd’­hui que c’est pour­tant le cas. Pas très diffi­cile d’ima­gi­ner que l’ac­cord était scellé mais que l’an­nonce n’au­rait pas du être faite si tôt.

    On peut se moquer du posi­tion­ne­ment de François Bayrou mais il est connu et reconnu comme quelqu’un de droit et honnête, par tous, sans discon­ti­nuer, depuis long­temps. Quand il dit à la presse qu’il y avait un accord mais qu’il n’a pas été respec­té… j’ai tendance à au moins envi­sa­ger que ça puisse être vrai.

    Les jour­na­listes poli­tiques ne font d’ailleurs pas diffé­rem­ment. Il y a encore beau­coup de circons­crip­tions sans personne d’of­fi­ciel­le­ment inves­tis. Souvent il y a un baron de Les Répu­bli­cains en face. De là à imagi­ner que c’est en attente de trac­ta­tions entre les struc­tures, il n’y a qu’un pas. La procé­dure égali­taire d’in­ves­ti­ture ne semble plus si primor­diale en tout cas.

    * * *

    Peut-être feront-ils d’ex­cep­tion­nels dépu­tés – je l’es­père – mais après ce qui précède, je n’ai pas plus foi dans la procé­dure En Marche que dans celle des autres partis. Je ne sais donc pas si les soutiens publics de la garde rappro­chée comme Mounir Mahjoubi et Cédric Villani ont été inves­tis pour leur adéqua­tion au poste, pour les remer­cier, ou à cause d’un accord préa­lable.

     

    * * *

    Il y a aussi du bon. Je n’ou­blie pas une seconde que ce que je reproche existe dans tous les autres partis natio­naux.

    Ici il y a au moins du renou­vel­le­ment via une majo­rité de personnes dont ce serait le premier mandat s’ils étaient élus. Je n’ai pas exploré les listes pour voir s’ils sont dans des circons­crip­tions réel­le­ment gagnables mais je n’ai pas de raison de douter que ça puisse être le cas.

    Après j’es­père que ces non-profes­sion­nels de la poli­tique auront le courage de résis­ter aux pres­sion et de garder leur indé­pen­dance face à un président qui a déclaré plusieurs fois qu’il allait forcer les dépu­tés de sa majo­rité à voter comme le gouver­ne­ment le demande.

  • Je créé un mouve­ment citoyen trans­par­ti­san et apoli­tique

    « Je créé un mouve­ment citoyen trans­par­ti­san et apoli­tique »

    Non, c’est une fausse cita­tion mais enle­vez un seul des mots et je peux proba­ble­ment vous trou­ver un groupe qui s’en réclame.

    Si vous avez un avis sur un sujet de société, et encore plus si vous comp­tez peser dans le débat public, vous n’êtes pas apoli­tique. Vous êtes tout le contraire, par défi­ni­tion. Si en plus vous comp­tez vous présen­ter ou présen­ter des gens à une élec­tion, vous récla­mer apoli­tique c’est juste décla­rer que vous souhai­tez des emplois fictifs.

    Si vous comp­tez mili­ter pour une cause, des valeurs, une orien­ta­tion, une vision ou un programme, vous n’êtes pas trans­par­ti­san, vous êtes tout le contraire. Tout au plus vous êtes assez intel­li­gents pour recon­naitre les bonnes idées qui viennent d’ailleurs. Plus proba­ble­ment c’est simple­ment que vous souhai­tez voir les mili­tants des autres partis se rallier à votre mouve­ment. Je vais vous dire un secret : Tous les partis aime­raient que les autres se regroupent avec eux.

    Dans certains pays qui n’ont pas de plura­lisme ou qui sont contrô­lés par les mili­taires, la mention citoyen aurait un sens. Ici, sauf si vous montez un syndi­cat de mili­taires ou si vous êtes une auto­rité admi­nis­tra­tive offi­cielle, vous êtes effec­ti­ve­ment citoyens. Comme tous les autres groupes poli­tiques quoi.

    C’est vrai que mouve­ment ça fait plus cool et moderne que parti. On a même l’im­pres­sion d’un soulè­ve­ment popu­laire rien qu’a­vec la déno­mi­na­tion. Toute­fois, si vous comp­tez présen­ter ou regrou­per des candi­dats aux élec­tions, et encore plus s’il est prévu que les éven­tuels élus se rattachent à votre struc­ture dans le cadre des finan­ce­ments publics, j’ai la désa­gréable tâche de vous dire que vous quali­fiez à toutes les défi­ni­tions de parti poli­tique que j’ai pu trou­ver. Même si vous perdez, même si vous vous sentez diffé­rents. Oui, c’est triste. Main­te­nant rien ne vous empêche effec­ti­ve­ment de choi­sir le terme de mouve­ment pour vos publi­ci­tés, c’est vrai que ça en jette…

    * * *

    Fran­che­ment, vous serez plus crédibles à parler de renou­veau et à prétendre faire les choses diffé­rem­ment si déjà vous ne commen­cez pas à vouloir tordre la réalité à coup de voca­bu­laire.

    Assu­mez votre posi­tion­ne­ment. Il n’y a rien de honteux à former un parti poli­tique, parti­ci­per aux choix collec­tifs et souhai­ter chan­ger les choses. Il y a même de quoi être fier.

    En crachant sur le terme « poli­tique » et en déva­lo­ri­sant l’idée de former un parti, vous n’ai­dez pas les citoyens à se récon­ci­lier avec la démo­cra­tie, ou à enga­ger une réflexion collec­tive profonde.

    En Marche, France Insou­mise et quelques autres, je pense à vous et vous fais plein de bisous.

  • Sisi, c’est bien un parti

    On m’a dit « ce n’est pas un parti, c’est un mouve­ment ». Le marke­ting n’est pas l’ex­clu­si­vité d’Em­ma­nuel Macron. Il ne s’agit que d’un bel enro­bage de voca­bu­laire.

    Plutôt que de partir dans une grande démons­tra­tion, je propose d’al­ler sur le site offi­ciel de la France Insou­mise et de cliquer sur la rubrique « donner ». Je cite :

    Pour finan­cer les dépenses liées à l’or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments, aux campagnes prési­den­tielle et légis­la­tives, à l’achat de maté­riel, au fonc­tion­ne­ment de ce site, etc., nous avons besoin du soutien finan­cier de chacun.e d’entre vous.

    Moi une struc­ture juri­dique qui a dans son objet de finan­cer des campagnes aux élec­tions natio­nales, j’ap­pelle ça un parti poli­tique. Vous pouvez contes­ter la déno­mi­na­tion mais…

    Un reçu, édité par la CNCCFP, vous sera adressé et vous permet­tra de déduire cette somme de vos impôts dans les limites fixées par la loi.

    Pour rappel, la CNCCFP c’est la commis­sion natio­nale des comptes de campagne et des finan­ce­ments poli­tiques. Bref, l’ins­tance qui s’oc­cupe des comptes des partis poli­tiques.

    S’il fallait une dernière confir­ma­tion, les limites de la loi sont expli­ci­te­ment rappe­lée plus bas dans la page et ce sont bien celles des partis poli­tiques. Les règles géné­rales des asso­cia­tions à but non lucra­tif sont beau­coup plus souples :

    La loi n° 95–65 du 19 janvier 1995 précise que seules les personnes physiques sont auto­ri­sées à verser des dons et des coti­sa­tions à un parti ou grou­pe­ment poli­tique.
    Tout don de personne morale (entre­prise, asso­cia­tion, SCI, compte profes­sion­nel de profes­sions libé­rales ou de commerçants…) est donc inter­dit.
    Le montant cumulé des dons et des coti­sa­tions d’adhé­rent-e à une ou plusieurs forma­tions poli­tiques est plafonné à 7 500 euros par personne et par an depuis la loi n° 2013–907 du 11 octobre 2013
    La France Insou­mise ne peut accep­ter de dons que par l’in­ter­mé­diaire de son manda­taire finan­cier : l’As­so­cia­tion de Finan­ce­ment de La France Insou­mise (ALFI), agréée le 23/01/2017, n°1202, paru­tion au JO le 31/12/2016).
    Les dons et coti­sa­tions en espèces de plus de 150 € (cumu­lées sur un an) ne sont pas accep­tés et ne donnent pas droit à réduc­tion d’im­pôt.
    Les dons et les coti­sa­tions versés à l’AFLFI par chèque ou carte ou vire­ment donnent droit à une réduc­tion d’im­pôt de 66% des sommes versées dans la limite de 20% du revenu impo­sable et de 15 000 euros par an et par foyer fiscal.

    Bref, il y a deux asso­cia­tions, décla­rées en même temps, une pour l’ac­ti­vité poli­tique elle-même et une asso­cia­tion sœur, passage obligé pour tout finan­ce­ment. C’est comme ça que sont struc­tu­rés tous les partis que je connais, et je suppose que c’est tout simple­ment une obli­ga­tion légale.

    S’il en fallait plus, la charte pour les légis­la­tives demande aux candi­dats inves­tis de se ratta­cher à l’AFLFI pour ce qui est du finan­ce­ment poli­tique public, et de former un groupe à l’As­sem­blée Natio­nale qui soit au nom de la France Insou­mise.

    La France Insou­mise, via ses deux asso­cia­tions loi 1901, inves­tit des candi­dats, leur impose une ligne de conduite, créé un grou­pe­ment dédié dans l’exer­cice du pouvoir, et se destine à rece­voir un finan­ce­ment poli­tique public.

    Je prends la défi­ni­tion de Wiki­pe­dia, celles du TLFi et de l’Aca­dé­mie française étant encore plus larges :

    Un parti poli­tique est une orga­ni­sa­tion poli­tique qui cherche à influen­cer une poli­tique gouver­ne­men­tale, en nommant ses propres candi­dats et en tentant d’ob­te­nir des mandats poli­tiques.

    Plus géné­ra­le­ment, la notion de parti poli­tique possède deux défi­ni­tions. La première, d’ordre idéo­lo­gique, est presque syno­nyme de faction : il s’agit, pour reprendre les termes de Benja­min Cons­tant, d’une « réunion d’hommes qui professent la même doctrine poli­tique »1.

    La seconde, d’ordre insti­tu­tion­nel, le tient pour un élément essen­tiel du jeu démo­cra­tique : « elle consiste à saisir le parti poli­tique en tant que forme poli­tique, struc­ture d’or­ga­ni­sa­tion de la démo­cra­tie »2.

    En France, un parti poli­tique est une asso­cia­tion loi de 1901.

    Il va falloir argu­men­ter sévère pour affir­mer que ça ne corres­pond pas à la situa­tion, autant dans la défi­ni­tion géné­rale que dans les deux défi­ni­tions parti­cu­lières. Tout au plus la France Insou­mise peut dire qu’elle n’est pas un parti poli­tique mais un grou­pe­ment poli­tique. La diffé­rence est pure­ment litté­raire.

  • Contra­dic­tions inter­nes… vote blanc et absten­tion

    Il n’y ici aucune injonc­tion à quoi que ce soit. Mon choix est déjà fait. J’es­père forcé­ment que vous ferez le même mais ce n’est pas de ça dont on parlera ici. 


    France insou­mise a orga­nisé ces derniers jours une consul­ta­tion à propos du second tour de l’élec­tion prési­den­tielle. […] cette consul­ta­tion a permis l’ex­pres­sion de 243128 insou­mis.es et donne à voir des avis parta­gés :
    – 87818 insou­mis.es, soit 36,12%, pour un vote blanc ou nul;
    – 84682 insou­mis.es, soit 34,83%, pour un vote Emma­nuel Macron;
    – 70628 insou­mis.es, soit 29,05%, en faveur d’une absten­tion.

    D’après les réponses qu’on m’a faites, c’était une consul­ta­tion en ligne ouverte unique­ment aux adhé­rents et avec unique­ment ces trois options.

    Je trouve quand même très ironique qu’un partimouve­ment qui a à son programme la recon­nais­sance du vote blanc dans les suffrages expri­més… ne permette pas le vote banc dans sa propre consul­ta­tion interne.

    Rien de grave mais je m’au­to­rise à trou­ver ça amusant, ironique même.

    Fixer le droit de vote à 16 ans, instau­rer le vote obli­ga­toire et la recon­nais­sance du vote blanc comme suffrage exprimé et géné­ra­li­ser la repré­sen­ta­tion propor­tion­nelle

    Plus loin dans l’iro­nie, au programme de la France Insou­mise on trouve « instau­rer le vote obli­ga­toire » au chapitre de l’Ur­gence démo­cra­tique.

    Bref, je trouve aussi amusant de voir qu’on peut vouloir instau­rer le vote obli­ga­toire aux élec­tions mais soi-même souhai­ter s’y abste­nir. Ils sont quand même 29% à ne pas y voir de contra­dic­tion. Ce n’est pas une anec­dote.

    On pour­rait d’ailleurs penser que les mili­tants actifs qui promeuvent le vote obli­ga­toire seront plus volon­taires que la moyenne pour parti­ci­per aux consul­ta­tions internes de leur propre mouve­ment. La parti­ci­pa­tion est en réalité de seule­ment 55%, ce qui est plutôt très bas. Ironie quand tu nous tiens…

    * * *

    Les mauvaises langues diront que permettre le vote blanc à la consul­ta­tion aurait risqué de mettre en valeur le choix qui n’était pas proposé, celui de Marine Le Pen.

    Il faut dire que 20% des votants de Jean-Luc Mélen­chon prévoient de voter pour elle au second tour. Je sais que tous les votants ne sont pas des adhé­rents mais on peut suppo­ser que le chiffre n’au­rait pas été nul. 20% de votes blanc à une consul­ta­tion où le seul choix manquant était de voter FN, ça aurait été assez déran­geant.

    J’avoue que l’ab­sence de ce vote blanc est du coup une esquive un peu facile.

    Étant donné l’at­ta­che­ment profond de la France insou­mise aux prin­cipes d’éga­lité, de liberté et de frater­nité, le vote Front Natio­nal ne consti­tuait pas une option de la consul­ta­tion.

    Invoquer les valeurs du mouve­ment aurait pu être perti­nent… s’il n’y avait pas eu exac­te­ment la même contra­dic­tion en propo­sant l’abs­ten­tion au second tour. Là il y a une diffé­rence de trai­te­ment diffi­cile à expliquer.

    Et puis… propo­ser le choix de Marine Le Pen et montrer qu’il était non signi­fi­ca­tif aurait juste­ment eu une sacré classe qui aurait coupé la chique à tous ceux qui reprochent au mouve­ment de parti­ci­per à l’élec­tion du FN.

  • Vous avez choisi de me rendre encore plus riche

    Je ne sais plus qui, je ne sais plus où, mais je retrans­cris l’es­prit auquel j’adhère plei­ne­ment :

    Je me suis battu pour que les gens comme moi payent plus d’im­pôts afin qu’on augmente la soli­da­rité envers les moins aisés. À cette élec­tion vous avez choisi de vous serrer la cein­ture pour me rendre encore plus riche.

  • Je sais pour qui voter (seconde édition)

    Le climat aujourd’­hui est détes­table. Impos­sible de dire quoi que ce soit sans être agressé. Il y a un achar­ne­ment mili­tant jusqu’à l’over­dose. On en vient à espé­rer que les proches ne parlent pas poli­tique. 

    J’ai pensé ne pas publier ce billet, pour ne pas ajou­ter à la pola­ri­sa­tion mili­tante ambiante. Je me rends compte aujourd’­hui combien je trouve l’idée de l’auto-censure gênante, dange­reuse même. Il s’agit de lais­ser les into­lé­rants nous empê­cher de réflé­chir et d’échan­ger. Il s’agit de les lais­ser nous dicter quels sujets doivent leur être réser­vés, simple­ment par fatigue.

    Alors je publie tout de même. Je ne convain­crai certai­ne­ment personne mais ce n’est de toutes façons pas le but. Je publie pour moi, pour me libé­rer, pour réflé­chir à haute voix. Je publie pour parta­ger, pour contri­buer, pour enri­chir les réflexions des autres comme lire les autres enri­chit les miennes. Pas plus.

    Votez ce que vous voulez, ou ne votez pas si vous ne le voulez pas. Je ne dicte­rai pas vos choix. Je dis juste que le mien est fait.

    Je sais que je vais voter

    Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus ques­tion de vote stra­té­gique ou de vote de confiance. Il n’est pas ques­tion de faire une sélec­tion. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

    Leurs choix sont si diffé­rents qu’il me parait inima­gi­nable de dire que « ça revien­dra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choi­sir.

    Ne pas assu­mer mon choix, me draper derrière une virgi­nité, dire que je laisse les autres assu­mer leurs choix de premier tour… j’au­rais l’im­pres­sion d’être lâche. Comment puis-je espé­rer construire quelque chose si je ne suis même pas capable de traver­ser une diffi­culté de vote entre deux candi­dats ?

    Les pauvres ou les étran­gers

    Il y a une sacré force dans le slogan et un fond de vérité quelque part.

    Les mots ne sont que des images, mais tout le monde voit bien ce qu’il y a derrière ces images là. On ne parle pas que des étran­gers, on parle des autres, ceux qui ne corres­pondent pas au stéréo­type valide blanc quaran­te­naire hété­ro­sexuel catho­lique parlant sans accent. Cela dit on ne parle pas non plus des pauvres, on parle aussi des non-favo­ri­sés, de ceux en diffi­culté, de ceux qui n’ont pas les moyens, pas le rela­tion­nel, pas la chance, pas la connais­sance ou simple­ment pas l’op­por­tu­nité.

    Parfois ces gens sont les mêmes, souvent, et ce n’est pas un hasard. Je ne crois pas que Marine Le Pen défen­dra parti­cu­liè­re­ment les pauvres si ce n’est pas pour les oppo­ser aux pauvres qui sont hors du stéréo­types. Cela dit je ne crois pas qu’Em­ma­nuel Macron défen­dra parti­cu­liè­re­ment les étran­gers si ce n’est pas au béné­fice du système écono­mique.

    Je ne crois pas ou je ne crois plus qu’ex­clure les uns soit mieux qu’ex­clure les autres. Aucun ne mérite plus ou ne mérite moins. Exclure, stig­ma­ti­ser et mettre au banc de la société peut dans les deux cas, en plus de l’im­pact sur les popu­la­tions concer­nées pendant le mandat lui-même, avoir des effets long terme très domma­geables pour la société, de l’ex­clu­sion à la haine.

    Je comprends que celui qui se sente plus pauvre puisse voir en Marine Le Pen une alter­na­tive moins drama­tique pour sa vie. De même que je comprends que celui qui se fait systé­ma­tique­ment renvoyer à son extra-terri­to­ria­lité poten­tielle ou sa mino­rité réelle ou suppo­sée puisse voir en Emma­nuel Macron une alter­na­tive moins dange­reuse pour sa vie, peut-être même un espoir de liberté.

    Ne vivant aucune des deux situa­tions, je serais bien illé­gi­time à le repro­cher à un quel­conque des deux.

    Et pour­tant je sais pour qui voter

    Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les mino­ri­tés tandis que l’autre se contente de négli­ger ceux qui ne sont pas de sa caste préfé­rée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la grada­tion des dommages n’a rien à voir.

    Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’er­reur, l’un croit que son programme appor­tera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmen­ter.

    Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souf­france des autres à celle qui distil­lera la haine.

    Certains disent que c’est choi­sir entre la peste et le choléra. D’une part je ne le crois pas. D’autre part, si on devait m’ino­cu­ler un des deux, la lecture des fiches wiki­pe­dia des deux mala­dies me laisse peu de doutes sur ma volonté de choi­sir. Oui, on peut choi­sir entre deux options dont aucune n’est idéale.

    Malgré tout ce que je reproche à la vision humaine et écono­mique d’Em­ma­nuel Macron, à son modèle de société, je n’ai aucun doute sur ce que je préfère.


    Je suis inté­ressé par ce que vous pour­riez penser sur le même sujet. Publiez, Je vous lirai avec inté­rêt si vous expliquez votre chemi­ne­ment et vos choix. 

    Excep­tion­nel­le­ment, cepen­dant, les commen­taires sont fermés et j’ai­me­rais que vous ne répon­diez pas direc­te­ment aux tweets ou toots annonçant le lien.

    Publiez, mais faites-le chez vous, de votre côté. Faites-le pour parta­ger et pas pour détrom­per, critiquer, poin­ter combien j’ai tort ou montrer à quel point je n’ai rien compris. Faites-le indé­pen­dam­ment de moi et de mon texte.

  • [Poli­tique] Je sais pour qui voter

    Je pense que l’im­por­tant est dans l’hu­main, ses condi­tions de vie, à la démo­cra­tie, aux liber­tés civiles et à l’ou­ver­ture à l’autre plus que dans l’en­tre­prise, l’éco­no­mie, l’iden­tité natio­nale, l’ordre et la sécu­rité. Je crois qu’au­trui est aussi impor­tant que soi-même, et donc à l’im­por­tance du collec­tif. Je crois que l’éco­lo­gie est une urgence aujourd’­hui pour ne pas être un désastre demain.

    Il parait que ça s’ap­pelle être de gauche mais c’est plus complexe que ça.

    Même s’il est de droite côté écono­mique, j’ai des affi­ni­tés avec François Bayrou en ce qu’il a toujours placé l’hu­main au centre.

    Inver­se­ment je n’ai pas d’adhé­sion avec Manuel Valls et Emma­nuel Macron. Le premier fait passer l’ordre et la police avant les liber­tés civiles, le second l’ef­fi­ca­cité et l’éco­no­mie avant tout le reste en plus d’avoir une vision presque roya­liste des insti­tu­tions.

     

    * * *

    J’ai des affi­ni­tés fortes avec l’es­sen­tiel des points mis en avant dans le programme de Benoit Hamon. Je le vois avec les même prio­ri­tés que moi.

    Il ne semble y avoir aucune chance pour que Benoit Hamon soit élu mais au moins je vais voter pour ce que je crois, et montrer qu’il y a des gens qui veulent ce trip­tyque huma­nisme, écolo­gie et Europe.

    On se moque mais même s’il ne faisait que 7 ou 8%, c’est plus qu’é­nor­mé­ment de candi­dats de prési­den­tielles dans le passé, Jean-Luc Mélen­chon compris. Bref, moi ça ne me semble pas vain.

    J’ai hésité à voter utile. Pas contre Marine Le Pen – tous gagne­ront contre elle au second tour – mais juste­ment pour parti­ci­per à choi­sir qui sera éven­tuel­le­ment contre elle, et donc indi­rec­te­ment qui sera élu.

    J’ai hésité à voter utile avec Jean-Luc Mélen­chon. Ses chances ne sont pas nulles et ses prio­ri­tés corres­pondent assez bien à celles de mon premier para­graphes. Il est plus cultivé et intel­li­gent que ses discours parfois radi­caux ne le laissent voir. J’ai plein de points de diver­gences, par exemple son protec­tion­nisme, mais surtout je tiens trop à l’Eu­rope et à la paix qu’elle apporte. Ajouté à mon manque de confiance dans la personne elle-même et ce qu’il pour­rait faire… ça ne colle pas.

  • Chaque fois qu’on me dit « je ne vote pas, la poli­tique ça ne sert à rien »

    Je lis une suite de tweets qui commence par « Chaque fois qu’on me dit ‘je ne vote pas, la poli­tique ça ne sert à rien’ ». C’est telle­ment évident aujourd’­hui qu’on oublie combien la poli­tique a formé notre quoti­dien.

    La poli­tique c’est – en vrac – l’abo­li­tion de l’es­cla­vage, le droit de vote des femmes, les congés payés, la sécu­rité sociale, la retraite, le temps de travail, les droits au chômage, la fin de la peine de mort, l’édu­ca­tion gratuite et obli­ga­toire, le droit à l’avor­te­ment et à la contra­cep­tion ou l’Union euro­péenne.

    Vrai­ment ? tout ça n’au­rait servi à rien ?

    C’est trop facile de se dire que tout ça est ancien et qu’aujourd’­hui c’est diffé­rent. Louis-Napo­léon Bona­parte était empe­reur de France il y a moins de 150 ans. La dernière aboli­tion de l’es­cla­vage date de 1848. Tout ce que nous tenons pour acquis est en réalité très récent, souvent nos plus anciens s’en souviennent encore.

    Nous avons fait beau­coup et pour­tant tout reste à faire. Des gens meurent de faim ou de froid en France. D’autres fuyant la guerre sont refou­lés à la fron­tière ou meurent en tentant d’y arri­ver. Les condi­tions de travail provoquent des suicides et nous avons toute une caté­go­rie de travailleurs pauvres qui ont du mal à vivre au jour le jour. Les discri­mi­na­tions sur le genre, le faciès ou la reli­gion sont telle­ment fréquentes qu’elles sont parfois portées en éten­dard par nos élus.

    Nous avons même eu des élus qui ces derniers temps montent au créneau contre l’État de droit, contre la consti­tu­tion ou contre l’obli­ga­tion de respec­ter la conven­tion euro­péenne des droits de l’hu­main.

    Diffi­cile d’ima­gi­ner plus essen­tiel comme débat.

    On peut dire que la poli­tique ne sert à rien. On peut ne pas s’im­pliquer et lais­ser faire. Effec­ti­ve­ment, ainsi nous ne réali­se­rons rien, créant une sorte de prophé­tie auto-réali­sa­trice.

    Ou alors, malgré toutes nos décep­tions, même sans croire que les choses bouge­ront de notre vivant, on peut au moins ne pas aban­don­ner, parce que c’est impor­tant de lais­ser ça survivre pour nos enfants.


    Comme l’au­teur de la série de tweets, je ne vise pas ceux qui s’abs­tiennent de voter, par convic­tion et par acti­visme poli­tique. Ceux là font de la poli­tique, la font vivre.

    Je m’adresse à tous ceux qui aban­donnent, laissent tomber, ne votent pas simple­ment parce qu’ils n’y croient plus ou que ça demande un peu d’ef­fort sans garan­tie de résul­tat, ceux qui attendent d’avoir un envi­ron­ne­ment poli­tique parfait pour pouvoir donner leur voix : Impliquez-vous.