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Politique et société

Des putains de gestion­naires

Quand un poli­tique répond « on ne peut pas, c’est trop cher », il se fout de notre gueule. Désolé du langage mais j’ai fait pire dans le titre.

Éven­tuel­le­ment « on ne veut pas, parce que c’est trop cher » mais ça n’a plus rien à voir. Ça n’a plus rien à voir parce que la discus­sion se déplace du « est-ce qu’on a les sous ? » à « que veut-on ? ».

Là ça devient inté­res­sant. Ça implique qu’on se pose la ques­tion de ce qu’on veut au lieu de se résoudre à ce qu’on nous décrit comme la seule solu­tion possible. On commence à discu­ter de modèle de société et de la direc­tion qu’on souhaite prendre au lieu de se concen­trer sur la faisa­bi­lité de l’objec­tif dès aujourd’­hui.

À croire qu’on n’a jamais le choix, que toutes les déci­sions sont dictées par la situa­tion, qu’on ne peut pas, on finit par ne plus faire que de la gestion de crise. Ça ne vous rappelle rien ? Nos poli­tiques sont deve­nus des putains de gestion­naires qui n’in­ter­viennent qu’en urgence avec le mot d’ordre « nous n’avons pas d’autre choix que… ». Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils n’osent pas, ou veulent restreindre le sujet à une absence de choix.

Or nous avons le choix. Nous avons toujours le choix. Parfois certains choix demandent de chan­ger des choses en profon­deur, ou de renon­cer à d’autres. Parfois ce sont des mauvais choix, mais centrer le débat sur ce qu’on croit pouvoir faire sans rien remettre en cause c’est aban­don­ner la poli­tique, ni plus, ni moins.

Même quand on vous dit « ça coûte trois fois le budget de l’État » la réponse n’est pas « on ne peut pas » mais « est-ce qu’on veut aller dans cette direc­tion ? ». Si oui alors on trou­vera un moyen. Peut-être sera-ce de tripler le budget de l’État. Peut-être qu’on trou­vera autre chose. Peut-être que nous renon­ce­rons parce que ça nous coûte trop cher par rapport à ce qu’on en attend, mais au moins on se sera posé la bonne ques­tion.


Ne lais­sez pas nos poli­tiques deve­nir de simples gestion­naires écono­miques. À défaut on va finir par faire passer l’iner­tie écono­mique des entre­prises devant l’amé­lio­ra­tion de l’hu­ma­nité, par dire que payer les femmes comme les hommes serait insou­te­nable pour les entre­prises, et ne voir personne autour s’en offusquer.

Souve­nez-vous. La sécu­rité sociale, les retraites, l’in­ter­dic­tion du travail des enfants, le temps de travail à 39h puis 35h, les congés payés… tout ça était « impos­sible écono­mique­ment, ça serait trop cher ».

9 réponses sur « Des putains de gestion­naires »

Tu peux même remonter à l’esclavagisme, etc. tout cela était sûrement trop cher.

Après, ils vont te répondre qu’avec l’endettement, on ne peut pas, toussaaaaaaaa… c’est rigolo, car pendant des années, ils ont fait de la politique sans gérer, et maintenant, la conséquence, c’est qu’ils gèrent sans faire de politique.

Qu’on ne se méprenne pas, je suis 100% raccord avec ton propos : ça ne résonne plus qu’en termes de gestion (oui, ils doivent bien gérer, ça serait démago de leur demander de ne pas le faire !), pas en terme de projet de société, de cap, etc. en gros, en terme de politique.

C’est pas Mitterand qui disait : « Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables. » ?

A noter que Christophe Barbier n’est pas un homme politique mais un journaliste il me semble, partisan d’un conservatisme assez crasse visiblement. Marrant ce qu’il dit sur Mélenchon : « c’est bien ça fait avancer l’humanité mais on ne peut pas ». Tout est dit :)

Oui, cet exemple n’est pas d’un élu (*) mais cet exemple se rapproche pour moi tout à fait de tous ces élus qui déclarent que ce serait important à faire humainement mais qu’on ne peut pas avoir des hôpitaux, soigner des étrangers, accueillir des réfugiés, etc. alors que c’est simplement qu’ils ne veulent pas faire des croix sur d’autres budgets pour investir dans ceux-là.

Et si on présentait le débat dans « on a des gens qui crèvent devant notre frontière, on peut les accueillir mais on préfère mettre nos sous dans […] » j’ai tendance à penser que le débat serait tout différent, et que certains élus n’oseraient pas avoir les mêmes positions.

(* on sort du sujet mais quelque part je considère que ces éditorialistes et chroniqueurs sont bien des hommes politiques même s’ils ne parlent pas au nom d’un parti : leur activité principale est de créer, commenter et participer aux débats publiques et politiques)

Ton point de vue est intéressant. C’est vrai que le parti pris (souvent lié à un parti) des chroniqueurs est à discuter dans nos sociétés. Sur le reste j’adhère, il faut peut-être revenir à ça et se faire l’éducateur autour de nous (et plus) reposer les questions sous un angle de choix de société. Cela dit j’ai peur du cynisme et de l’égoïsme des masses dans ce genre de cas.

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