Catégorie : Politique française

  • [Commen­taire] Le contrat

    Pour cela je voudrais que l’on mette en place un système qui semble fonc­tion­ner dans à peu près tous les corps de métiers : le contrat. […]

    C’est pourquoi je propose que pour être élu, un candi­dat doit présen­ter un contrat listant ses promesses. […] Si le contrat est rompu, comme pour tout contrat, une suite pénale sera donc envi­sa­gée. C’est aussi simple que cela.

    — Blog de Delta­kosh

    Nous n’avons pas de mandat impé­ra­tif dans les insti­tu­tions françaises, unique­ment des mandats repré­sen­ta­tifs… et pour de très bonnes raisons.

    Imagi­nons donc plusieurs cas. Je fais une promesse de dimi­nuer les impôts. Je suis élu pour quatre ans à l’As­sem­blée natio­nale :

    1-  Le contexte change : Je suis franc, honnête, je n’ai pas changé de valeurs ou de direc­tion mais le contexte écono­mique et social a changé entre mon élec­tion et la mise en œuvre du projet. Bais­ser les impôts serait désor­mais une folie, ne pas le faire me rendrait coupable devant mon enga­ge­ment. Que faire ?

    2– On me confronte au tout ou rien : Le gouver­ne­ment propose les lois, je les amende et je les vote. Le gouver­ne­ment ont proposé et fait arri­ver une baisse des impôts mais le texte contient aussi d’autres dispo­si­tions inac­cep­tables, et peut-être même des baisses bien trop impor­tantes. J’ai proposé des amen­de­ments mais ils n’ont pas remporté la majo­rité suffi­sante. Même si je conti­nue à être pour une baisse des impôts, voter ce texte précis serait dange­reux. Que faire ?

    3– D’autres prio­ri­tés inat­ten­dues : Nous travaillons sur un projet mais l’ac­tua­lité s’im­pose à nous. Il y aura eu de vrais problèmes à régler côté agri­cul­ture, une vague de terro­risme, le gouver­ne­ment aura changé deux fois. Le projet n’a pas pu abou­tir dans les délais malgré toute la bonne volonté. Oh, nous aurions pu le faire arri­ver mais ça aurait été au détri­ment de l’in­té­rêt géné­ral, et ça aurait été un texte bâclé poten­tiel­le­ment pire que la situa­tion actuelle. Que faire ?

    4– Je ne décide pas seul : Je travaille, j’amende, je vote. Je ne suis pas seul à déci­der au parle­ment. La majo­rité en décide autre­ment et nous aurons une hausse des impôts. Comment me tenir respon­sable ?

    5– Compro­mis et équi­libres : J’ai aussi fait la promesse d’aug­men­ter le budget de la justice, drama­tique­ment en besoin. Les deux sont réali­sable conjoin­te­ment mais je ne travaille pas seul. Pour faire arri­ver les projets il faut faire des compro­mis. Je peux soit conti­nuer comme prévu avec le risque de finir en mino­rité sur les deux textes, soit faire un compro­mis afin de garan­tir le succès à au moins un des deux textes. Que faire ?

    6– Pas en contrôle : Entre temps le Président a été élu, avec une autre majo­rité, ou au moins le gouver­ne­ment nommé n’a plus les mêmes prio­ri­tés. Le gouver­ne­ment contrôle l’es­sen­tiel de l’agenda parle­men­taire et les niches à l’ini­tia­tive du parle­ments sont trop réduites pour faire arri­ver tout ce qui était envi­sagé.

    7– Nouveaux éléments : Pour faire notre travail sérieu­se­ment nous avons mené des études préa­lables. Le contexte écono­mique et social n’a pas réel­le­ment changé mais nous avons décou­vert des effets néga­tifs signi­fi­ca­tifs impré­vus. Mieux vaudrait ne pas mettre en œuvre ce qui était prévu. Que faire ?

    8– Meilleure solu­tion : Pour faire notre travail sérieu­se­ment nous avons mené des études préa­lables. Le contexte écono­mique et social n’a pas réel­le­ment changé mais nous avons décou­vert une solu­tion pour redon­ner du pouvoir d’achat aux français sans faire bais­ser les recettes fiscales de l’État pour autant. C’est encore mieux que prévu mais ce n’était pas notre enga­ge­ment. Que faire ?

    9– Trahir l’es­prit, respec­ter l’écrit : Je vois l’échéance arri­ver. J’ai été de bonne volonté mais nous n’avons pas fait signi­fi­ca­ti­ve­ment bais­ser les impôts. Heureu­se­ment j’ai la solu­tion : bais­ser les impôts et à la place augmen­ter les taxes et coti­sa­tions indi­rectes. Ce serait sabor­der le pays mais moi ça m’évi­te­rait tout risque. Que faire ?

    9– Mesu­rer et évaluer : Je vois l’échéance arri­ver. Nous avons fait ce que nous pensions le mieux en rapport avec nos enga­ge­ments mais il y a vingt statis­tiques diffé­rentes. Suivant comment on lit et quelle statis­tique on regarde, on va pouvoir dire que les impôts ont augmenté ou qu’ils ont dimi­nué. Que faire ?

    Bonne chance.

    * * *

    Il y a certai­ne­ment 50 autres cas. Le truc c’est de se rappe­ler que nos élus ne maitrisent pas grand chose. Quand ils avancent sans tenir compte de tout le reste, ils réalisent souvent le pire, même si ça colle avec des enga­ge­ments élec­to­raux.

    Si j’ai besoin de prendre un repré­sen­tant, c’est juste­ment parce que je lui donne une direc­tion mais qu’en­suite il devra prendre une déci­sion en fonc­tion d’un contexte, de consul­ta­tions, d’ex­per­tises, de rapports, de docu­men­ta­tions, d’un travail que je n’ai pas fait, et d’autres élus. Même si je sais où j’ai­me­rais aller à priori, lui dicter la déci­sion avant que tout ça soit fait ou connu serait tota­le­ment imbé­cile.

    Plus simple­ment, si j’étais capable de déci­der lors du vote, pourquoi aurais-je besoin d’un repré­sen­tant pour prendre la déci­sion ? Il suffi­rait de regar­der les votes lors de l’élec­tion et de publier direc­te­ment au jour­nal offi­ciel. Nous aurions une démo­cra­tie directe. Pourquoi pas, mais élire un repré­sen­tant pour lui dire que de toutes façons sa conduite est dictée, ça n’a stric­te­ment aucun inté­rêt à mon avis. Pire, ça peut amener les mêmes effets néga­tifs que n’im­porte quel contrat d’objec­tif.

    Les groupes de réflexion sur la démo­cra­tie explorent même l’exact opposé. On tire l’as­sem­blée au sort, on ne choi­sit même plus l’élu, donc hors de ques­tion de lui donner un contrat sur quoi et comment voter.

    * * *

    Le lecteur atten­tif remarquera qu’il en va de même pour les contrats. Il est rare qu’on réalise un contrat sur plus de 2 ans sans prévoir de clauses de sorties ou une capa­cité d’adap­ta­tion. Le cas échéant, si les deux parties travaillent dans le même sens, il est possible de faire des avenants, de réorien­ter le contrat en fonc­tion de ce qu’on trouve. Dans tous les cas les contrats qui se réalisent dans des envi­ron­ne­ments peu contrô­lés ou dont les détails ne sont pas connus sont souvent des enga­ge­ments de moyen et pas des enga­ge­ments de résul­tat.

    Le lecteur atten­tif remarquera aussi que l’élu se rapproche beau­coup plus d’un employé qui est là pour parti­ci­per à la direc­tion de la collec­ti­vité que d’un pres­ta­taire à qui on demande un service avec enga­ge­ment de résul­tat. Au plus on peut le voir comme un consul­tant.

    Étran­ge­ment je n’ai jamais entendu dire qu’un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ait demandé un tel contrat au président qu’il nomme. Il en va de même pour les consul­tants qu’on embauche. Il y a parfois des primes de réus­site et on ne renou­velle pas celui qui ne donne pas satis­fac­tion, mais jamais on n’a imagi­ner le rendre respon­sable devant la justice de ne pas être arrivé à tenir des objec­tifs.

    Je dis étran­ge­ment parce que vous pensez bien que si ça avait le moindre sens, ça fait long­temps que les donneurs d’ordre divers et variés auraient cher­ché à obte­nir ces garan­ties. Non, ils ont simple­ment compris qu’em­bau­cher quelqu’un pour prendre des déci­sions impliquait forcé­ment de lui lais­ser une capa­cité d’ap­pré­cia­tion et d’adap­ta­tion.

    * * *

    Quoi alors ? Et bien juste­ment, utili­sons ce qui existe dans le milieu des entre­prises pour ces cas là. Donnons droit à l’ins­tance supé­rieure de renver­ser une déci­sion, de révoquer celui qui ne donne pas satis­fac­tion. Mieux, défi­nis­sons le cadre de l’en­ga­ge­ment : impo­sons une vali­da­tion lors des déci­sions stra­té­giques de grande impor­tance.

    Pour le milieu des entre­prises il s’agit des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion et autres conseils de surveillance, en session ordi­naire ou extra-ordi­naire.

    Pour l’État ça pour­rait être un méca­nisme de réfé­ren­dum pour révoquer le parle­ment ou pour vali­der certaines déci­sions (entre autres celles touchant à la consti­tu­tion, mais pas forcé­ment unique­ment).

    Là je dis oui.

  • [Lecture] Un convoi britan­nique d’aide aux migrants refoulé à Douvres par la France

    « Un camion de 38 tonnes rempli d’aide a réussi à passer mais la plupart des 250 voitures indi­vi­duelles l’ac­com­pa­gnant ont été refou­lées. C’est la France qui nous empêche de passer », […]

    La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, avait pris mercredi, au nom de « l’ordre public », un arrêté inter­di­sant la circu­la­tion du convoi vers Calais, où se trouve le plus grand bidon­ville de France dans lequel s’en­tassent entre 4 000 et 5 000 migrants. Un arrêté simi­laire a égale­ment été pris vendredi par la préfec­ture du Nord, dépar­te­ment voisin qui abrite un autre camp, celui de Grande-Synthe, où vivent un peu moins de 800 réfu­giés, prin­ci­pa­le­ment des Kurdes.

    Les auto­ri­tés françaises ont expliqué l’in­ter­dic­tion de ce convoi par la « très forte mobi­li­sa­tion des forces de sécu­rité » pour la lutte anti­ter­ro­riste et pour le main­tien de l’ordre à l’ap­proche du match France-Suisse pour l’Euro 2016, dimanche à Lille (Nord). De ce fait, « les forces de l’ordre ne pour­ront être mobi­li­sées en nombre suffi­sant » à Calais, arguent-elles, redou­tant des « troubles graves à l’ordre public ».

    Le Monde

    Nous n’in­ves­tis­sons pas les moyens pour gérer les réfu­giés chez nous et nous arri­vons à empê­cher d’autres pays d’ap­por­ter l’aide néces­sai­re… parce qu’on a l’Euro de foot.

    Nous sommes vrai­ment malades. Il est plus que temps de se rappe­ler que l’hu­main doit passer avant tout, y compris avant une mani­fes­ta­tion de sport.

  • Toute une concep­tion de la démo­cra­tie

    Où la solu­tion c’est gouver­ner par ordon­nance (c’est à dire sans le parle­ment, en déci­sion unila­té­rale par le gouver­ne­ment non élu), dans l’été, expli­ci­te­ment pour éviter que la popu­la­tion ne soit en mesure de réagir.

    On peut critiquer Copé ou la droite mais ce serait se trom­per de cible. C’est un mouve­ment géné­ral de nos élus que de croire que les assem­blées et le peuples sont des empê­cheurs de déci­der ce qui est le mieux pour le pays. La démo­cra­tie est un concept bien loin­tain, il ne va pas tarder à rejoindre les droits de l’Homme au placard.

  • [Commen­taire] Nuit debout : Alain Finkiel­kraut chassé de la place de la Répu­blique

    « J’ai été expulsé d’une place où doivent régner la démo­cra­tie et le plura­lisme, donc cette démo­cra­tie c’est du bobard, ce plura­lisme c’est un mensonge.

    Il y a sur la place un mouve­ment de citoyens qui veulent entre autres se réap­pro­prier l’es­pace poli­tique. Ils avancent effec­ti­ve­ment les notions de démo­cra­tie et de plura­lisme.

    Ils ne sont cepen­dant pas la démo­cra­tie et le plura­lisme. Ils parti­cipent à la démo­cra­tie en tentant de la faire vivre, et au plura­lisme en ouvrant la discus­sion à d’autres que les person­na­li­tés média­tiques habi­tuelles. La nuance est impor­tante parce qu’ils n’ont aucune obli­ga­tion – pas même morale – de repré­sen­ter quiconque à part eux-mêmes, juste le devoir de porter leur voix dans un espace qui accueillera aussi celle des autres.

    Cet espace, la France, accueille déjà large­ment Alain Finkiel­raut, bien plus large­ment que 99,99% de la popu­la­tion. On ne peut pas dire que la démo­cra­tie et le plura­lisme soient morts en ne lui donnant pas le micro place de la Répu­blique.

    Europe 1 rapporte qu’il a pu écou­ter sans être gêné quand il était à côté de l’AG. L’in­ci­dent a eu lieu quand il s’en est écarté, de l’autre côté de la place où des groupes dispa­rates traînent, en marge des débats.

    Bref, rien qui ne puisse vrai­ment être imputé au mouve­ment lui-même. J’ose penser que Jean-Luc Mélan­chon à un rassem­ble­ment popu­laire LR ou Marine Le Pen à un rassem­ble­ment popu­laire de gauche auraient été bien plus chahuté qu’ici, où il n’y a eu que des invec­tives orales.

    Même si c’est un événe­ment lié à des indi­vi­dus et pas au mouve­ment lui-même, j’y vois juste­ment le plein exer­cice de la démo­cra­tie et de la liberté d’ex­pres­sion :

    xkcd 1357

    Alain Finkiel­raut c’est la figure oppo­sée à la plupart des courants qui animent le mouve­ment. Au delà, c’est celui qui théo­rise que la foule mène au tota­li­ta­risme. Bref, l’an­ti­thèse de ce que les rassem­blés à la place de la Répu­blique tentent de construire.

    Nous ne sommes pas ici dans une opinion diver­gente menant à débat, mais dans l’op­po­si­tion même à l’idée de construire le débat sur la place.

    D’au­tant que je ne venais que pour écou­ter, je ne venais même pas pour inter­ve­nir et pour faire valoir mes idées mais on a voulu puri­fier la place de la Répu­blique de ma présence et donc j’ai subi cette puri­fi­ca­tion, avec mon épouse »

    Le choix des termes n’est pas un hasard. Quelqu’un d’ha­bité à lancer des polé­miques, qui croit profon­dé­ment que ces rassem­ble­ments sont dange­reux et ne sont pas un espace de débat… étran­ge­ment il en sort une polé­mique et une posi­tion dans laquelle il peut dire qu’il est victime de la foule, que le rassem­ble­ment n’est pas sain.

    Chacun a joué le jeu qu’on atten­dait de lui, et tout le monde y a perdu. Je ne dis pas qu’il y a de quoi être fier de ce qu’il s’est passén ou que ces insultes et invec­tives sont accep­tables. De là à trans­for­mer le pyro­mane en victime, il ne faudrait pas trop se lais­ser abuser.

    Le prin­cipe même que ce léger fait divers fasse l’ac­tua­lité montre que quelque chose cloche bien plus profond.

    Sérieu­se­ment, on est en train de faire la une de tous les médias parce que quelqu’un s’est fait insulté en marge d’une mani­fes­ta­tion poli­tique ?

    Il semble surtout que ce soit un sujet parce que c’est lui, qu’il appar­tient aux person­na­li­tés et aux sphères média­tiques, et que leur montrer une oppo­si­tion à eux, que de ne pas les consi­dé­rer au centre du débat, voire les en exclure eux, ça c’est scan­da­leux. Ne serait-il pas plutôt le sujet ?

    Fina­le­ment tout ça est diable­ment inté­res­sant, mais à condi­tion de ne pas s’ar­rê­ter au premier degré du fait divers.

  • « Ces conser­va­teurs qui n’ont pas encore 20 ans »

    Sauf que ces jeunes ne sont pas conser­va­teurs, ils sont progres­sistes.

    On voir le recul tempo­rel sur nous-même qui rase les pâque­rettes. Si on regarde sur une échelle de quelques mois, ces jeunes sont effec­ti­ve­ment conser­va­teurs, ils refusent le chan­ge­ment. Si on regarde d’un peu plus haut, c’est juste qu’ils s’op­posent à un retour en arrière et voudraient au contraire conti­nuer sur la voie du progrès. Poli­tique­ment ce sont des progres­sistes, ils mani­festent pour ça.

    Le rapport des forces a changé. Les conser­va­teurs ne se contentent plus de frei­ner le progrès. Ils ont désor­mais assez de force pour diri­ger les réformes et reve­nir sur les progrès acquis. Ça n’in­verse pas les rôles pour autant.

    Quand moder­ni­ser revient à dire qu’on recule de plusieurs dizaines d’an­nées… dommage alors qu’il y a de vrais enjeux de moder­ni­sa­tion à enta­mer, notam­ment sur la ques­tion des auto-entre­pre­neurs qui tendent à rempla­cer les sala­riés sans gagner en indé­pen­dance.

    Quand réfor­mer devient plus impor­tant que le contenu de la réfor­me… agir, quitte à aller dans le mauvais sens, et railler ceux qui refusent de suivre le mouve­ment.

  • Archaïsme des lois du travail

    On oppose une vision réfor­ma­trice du XXIe siècle à l’ar­chaïsme du XXe et du XIXe. J’ai­me­rai bien qu’il en soit si simple.

    Le XIXe c’est l’in­ter­dic­tion du travail des jeunes enfants et la limi­ta­tion horaire pour les plus grands. C’est le droit de grève, l’in­dem­ni­sa­tion et la respon­sa­bi­lité patro­nale des acci­dents du travail. C’est l’ins­pec­tion du travail et la liberté syndi­cale – rien que ça.

    Le XXe c’est la jour­née de repos hebdo­ma­daire obli­ga­toire, les congés payés, la sécu­rité sociale, des ampli­tudes raison­nables de travail, les allo­ca­tions fami­liales, la consti­tu­tion­na­li­sa­tion du droit de grève…

    S’il y a bien deux siècles réfor­ma­teurs au niveau du droit du travail ce sont bien ces deux là. Tout a été créé, tout ce qui nous semble non seule­ment évident mais aussi fonda­men­tal.

    À l’époque on luttait contre le conser­va­tisme et l’ar­chaïsme libé­ral, contre ceux qui parlaient d’as­sis­ta­nat, de liberté d’en­tre­prendre bafouée, de règles inap­pli­cables.

    Aujourd’­hui, comme à l’avant-guerre, les libé­raux reviennent avec les mêmes argu­ments, pour reve­nir à l’ex­ploi­ta­tion des masses via le travail comme au XIXe siècle, juste­ment.

    Quand on veut permettre de dépas­ser les 11h par jour de travail, on souhaite ni plus ni moins retour­ner aux règles d’avant 1900. Rien que ça. L’ar­chaïsme n’est pas où l’on croit.

    Media­part a aussi un bel article sur ce sujet.

  • Quand le Conseil Natio­nal du Numé­rique va trop loin

    « Il nous semble parti­cu­liè­re­ment stupé­fiant qu’une insti­tu­tion dite indé­pen­dante, dépen­dant inté­gra­le­ment du budget de l’Etat et donc d’argent public pour rému­né­rer ses colla­bo­ra­teurs et assu­rer son fonc­tion­ne­ment, utilise ces moyens pour défendre des propo­si­tions rele­vant d’in­té­rêts privés et contraires aux arbi­trages et posi­tions défen­dues par le gouver­ne­ment. »

    SACD, « Quand le Conseil Natio­nal du Numé­rique va trop loin »

    Oui, un syndi­cat privé, en la voix de son lobbyiste offi­ciel, se plaint qu’une auto­rité indé­pen­dante puisse expri­mer une opinion diffé­rente des choix du gouver­ne­ment en place.

    Je passe sur l’ac­cu­sa­tion de défendre des inté­rêts privés. Pour la SACD tout ce qui est voulu par ses affi­liés est de fait l’in­té­rêt public et les posi­tions contraires des inté­rêts privés. On en est à la cari­ca­ture où c’est l’in­té­rêt public de quelques dizaines de milliers d’af­fi­liés contre l’in­té­rêt privé des 65 millions de citoyens.

    Quand une posi­tion publique échappe au contrôle des lobbyistes du droit d’au­teur, c’est telle­ment excep­tion­nel qu’on a le droit à des lettre ouvertes pour se plaindre à la maîtresse au premier ministre. Ça veut tout dire.

    Trop loin le Conseil du Numé­rique ? Disons qu’il casse le mono­pole des syndi­cats privés sur le sujet.

  • Alain Juppé – Ses vingts propo­si­tions clés

    Parce qu’en ne parlant pas, on peut parfois appa­raitre comme l’homme de la situa­tion… jusqu’à ce qu’on expose son programme. Atten­tion, A. Juppé est loin d’être le modéré réflé­chi qu’on croit.

    De l’inu­tile, du contre-produc­tif, du pré-exis­tant.

    Le 3 est juste idiot consi­dé­rant que ces aména­ge­ments ont un taux de réci­dive bien infé­rieur à la prison – quand ils sont exécu­tés – et qu’on n’a pas la place dans les prisons pour les exécu­ter de toutes façons. Même avec la propo­si­tion 5 de construire 10 000 places de plus on est déjà loin des besoins actuels.

    Je passe sur la propo­si­tion 4 qui est pure­ment idéo­lo­gique et dont il a été montré qu’elle ne servait à rien à part flat­ter l’image « ferme » des poli­tiques qui la soutiennent.

    La 6 est sympa­thique. On créé donc une divi­sion spécia­li­sée en plus au lieu d’avoir une police judi­ciaire poly­va­lente comme actuel­le­ment. Non seule­ment ça n’aide pas à l’op­ti­mi­sa­tion des ressources mais il va falloir expliquer comment ça cadre avec l’idée de simpli­fi­ca­tion de la première propo­si­tion. D’au­tant qu’il va falloir y affec­ter des gens, forcé­ment pris sur les divi­sions exis­tantes (ou sur les 4 500 de la première propo­si­tion). Sur la 6 comme la 1, on ne décharge pas la police, on dédie des gens à des tâches spéci­fiques, renforçant l’ad­mi­nis­tra­tif du « toi tu es affecté à ça et unique­ment à ça ». Au final le travail reste à la charge de poli­ciers ou des person­nels affec­tés à la police.

    Le 7 relève tota­le­ment de l’exé­cu­tif, c’est assez bien mécon­naitre la sépa­ra­tion des pouvoirs (ou faire semblant de l’ou­blier, parce que Alain Juppé sait très bien comment ça fonc­tionne). Pure­ment popu­liste donc.

    La 8 est une igno­mi­nie pour les droits de l’Homme. Condi­tion­ner la vie de famille à un emploi perma­nent. On ajoute à ça la jolie légende des étran­gers qui ne font que profi­ter des aides sociales. Donc Mme A réfu­giée poli­tique ne pourra pas faire venir son conjoint et ses enfants, qui devront rester dans le pays d’ori­gine, suivant qu’elle a ou pas un emploi. Quand la gauche de plaint de ne pas avoir de valeurs, la droite ne semble plus s’en émou­voir.

    Le 9 on s’est déjà fait condam­ner pour ça par la Cour euro­péenne des droits de l’Homme. Comme si on n’avait pas déjà assez de boulets au pieds sur ce sujet.

    La liste prévue au 10 existe déjà, et ça fonc­tionne telle­ment bien qu’y figurent des dicta­tures et des pays en guerre. C’est dire combien l’idée est géniale. Propo­ser à l’État de défi­nir offi­ciel­le­ment une liste des pays sûrs, c’est y mêler la diplo­ma­tie et les inté­rêts poli­tiques ou écono­miques inter­na­tio­naux. Si on y vend des Rafales, les réfu­giés n’en sont pas accep­tés. Magni­fique, non ?

    Je refor­mule la 11 : un enfant né en France ayant toujours vécu unique­ment en France et tota­le­ment inté­gré pourra se voir refu­ser sa natio­na­lité, non pas suivant ce qu’il fait ou qui il est lui, mais comme peine annexe de ce que ses parents ont pu vivre ou non. Condam­ner les enfants pour toucher les parents. Ça fait toujours envie ?

    Refor­mu­lons aussi la 12 : Vous avez un problème, il faudra attendre d’en être au point d’ap­pe­ler le SAMU pour avoir droit aux soins. Outre l’igno­mi­nie d’une telle mesure, il est connu que de telles poli­tiques coûtent au final bien plus cher que le rembour­se­ment des soins en temps et en heure. Là aussi, le seul béné­fice c’est flat­ter l’idéo­lo­gie xéno­phobe qui croit que les étran­gers ne sont que des gouffres à fric.

    Pour le 13 j’ai­me­rai qu’on me pointe en quoi c’est contraire à la laïcité. Je rappelle que les lois concer­nées font au contraire porter une obli­ga­tion pour l’État de permettre à chacun de vivre sa reli­gion (oui, en public aussi). Bref, exac­te­ment le contraire de ce qui est proposé.

    Puisqu’on en parle, au 14 il s’agit bien de permettre à l’État d’in­fluen­cer ou de donner des règles sur qui est nommé au niveau reli­gieux ? S’il y a une atteinte à la laïcité c’est bien celle là. C’est de plus tota­le­ment mécon­naitre – ou faire semblant de mécon­naitre – le fonc­tion­ne­ment des imams musul­mans, qui ne sont pas hiérar­chi­sés dans un clergé comme les catho­liques, et qui rend cette idée tota­le­ment hors sujet.

    Le 17 est juste idiot. Non seule­ment on mélange celui qu’on surveille pour savoir ce qu’on doit en penser et celui qui est un risque avéré, mai en plus on tue immé­dia­te­ment l’objet de la fiche S en aver­tis­sant ainsi les concer­nés.

    Faut-il encore débattre du 18 et rappe­ler qu’a­bais­ser les condi­tions de vie des familles suffi­sam­ment en diffi­culté pour ne plus tenir leurs enfants ne va certai­ne­ment pas aider à reprendre la bonne route ? que c’est même un peu le contraire en fait. Hors cela, on péna­lise les pauvres qui ont ces aides et pas les riches qui n’en profitent pas. Qu’on m’ex­plique. Si on veut mettre des amendes, faisons des amendes, au moins ça sera clair.

    Le 19 est encore pur popu­liste, les poli­ciers n’ont jamais perdu leur légi­time défense. On peut même consi­dé­rer que dans les faits on leur accorde plus faci­le­ment le béné­fice du doute vu le nombre de poli­ciers condam­nés pour coups et bles­sures en Fran­ce…

    Le 20 a la prime du ridi­cule. On fait quoi s’ils n’ont pas 100 euros sur eux ? (non parce qu’à part les ministres, tous ne se promènent pas avec 100 euros). Surtout si on parle de mineurs. L’idée même que la consom­ma­tion de canna­bis soit un problème spéci­fique des mineurs (puisqu’on parle d’in­for­ma­tion à la famille) montre qu’on est encore une fois dans les légendes urbaines.

  • Jean-Jacques Urvoas évoque certaines « mesures dispro­por­tion­nées »


    Etat d’ur­gence : Jean-Jacques Urvoas évoque…

    On parle de pompier pyro­mane, là c’est le pyro­mane qui veut endos­ser l’uni­forme du pompier quand il se rend compte que la presse n’aime pas les incen­dies.

    D’un certain côté c’est peut être posi­tif, si ça veut dire qu’ils se rendent compte qu’ils vont trop loin. Ou très néga­tif, si ça montre leur naïveté totale de ce qu’ils votent et mettent en œuvre.

    S’il y en a un qui devrait être humble, du fait de ses posi­tions passés sur les pouvoirs donnés à l’État hors contrôle judi­ciaire, c’est peut être lui.

  • La classe poli­tique, victime colla­té­rale du terro­risme

    En plus de cette faiblesse patho­lo­gique des poli­tiques, qui n’osent plus agir alors que c’est leur cœur de métier, nous avons aussi assisté au bal des ambi­tions comme jamais. […] Sa seule préoc­cu­pa­tion, depuis vendredi, est d’ins­tru­men­ta­li­ser les évène­ments pour sa carrière. Aucun sens du long terme, de l’in­té­rêt géné­ral, et même de la décence.

    […]

    Plus que le terro­risme, qui m’inquiète beau­coup, le vide poli­tique au sommet me terri­fie. Nous n’au­rons pas de véri­table solu­tion à nos problèmes sans un renou­vel­le­ment profond de nos élites poli­tiques. Soit elles s’adaptent et modi­fient radi­ca­le­ment leur manière de travailler, soit il faudra les virer. Parce que là, ce n’est plus possible.

    — Authueil

    Le terro­risme exacerbe parce que ça ressort autant dans le fond que dans la forme, mais le problème est pré-exis­tant.

    J’ai long­temps cru qu’il suffi­sait de s’im­pliquer. Je ne sais pas si c’est notre classe poli­tique qui se dégrade ou moi qui me réveille, mais là il y a un ménage à faire. Je ne suis pas convaincu qu’il ne s’agisse que d’un renou­vel­le­ment profond, le système favo­rise ces compor­te­ment, il est même limite prévu ainsi et pour ça.

    Qu’on parle de renou­ve­ler les gens ou le système, on s’y attache comment ? J’ai tenté des choses, mais j’en sors avec un senti­ment d’im­puis­sance doublé de l’im­pres­sion d’être ultra-mino­ri­taire dans mon juge­ment.