Auteur/autrice : Éric

  • Vidéo­sur­veillance : ce n’est pas parce que les camé­ras ne servent à rien qu’il ne faut pas en rajou­ter

    Suivant qui fait les comptes, une caméra c’est entre 0,3 et 0,8 inter­pel­la­tions par an. L’his­toire ne dit pas si les inter­pel­la­tions auraient quand même pu être possible même sans la caméra.

    Le Royaume Uni, précur­seur sur la mise en place de la vidéo­sur­veillance urbaine en avait déjà fait le constat : ça ne fonc­tionne pas et ça coûte outra­geu­se­ment cher. Il faut dire qu’il faut faire les bran­che­ments, la main­te­nance, avoir une pièce d’où faire la surveillance, des gens derrière les écrans, et une force d’in­ter­pel­la­tion présente sur le terrain pour faire le relai. Ça commence à faire beau­coup.

    Malgré tout, ça peut donner un senti­ment de sécu­rité aux voisins proche (et un senti­ment d’in­sé­cu­rité aux autres). Le résul­tat c’est que pour la vidéo­sur­veillance : ce n’est pas parce que les came­ras ne servent à rien qu’il ne faut pas en rajou­ter.

    L’ar­ticle fait un premier résumé mais n’hé­si­tez pas à fouiller un peu plus. Je me rappelle par exemple un repor­tage TV où l’équipe avait donné pour défi de repé­rer un collègue déguisé en énorme canari jaune accom­pa­gné d’une pompom girl qui s’agi­taient devant les camé­ras, en vain.

    Repé­rer une agres­sion sur un machin comme ça ? il faudrait avoir énor­mé­ment de chances pour arri­ver à temps et que les images servent à quelque chose. D’ailleurs, que ce soit dans le métro pari­sien ou dans les petites villes, une bonne partie des camé­ras ne sont en fait reliées à aucun écran ou aucun enre­gis­tre­ment. Certaines sont même des fausses.

    Par contre, outre le coût qui se chiffre faci­le­ment en millions, ces bêtes là ouvrent la voie plus tard à des systèmes connec­tés bien plus dange­reux. La recon­nais­sance faciale est tech­nique­ment à portée de main. Une fois que nous serons habi­tués à ces outils, la vision d’Or­well ne sera plus très loin. Nous aurons juste 30 ou 35 ans de retard sur 1984.

     

  • What’s an app anyway ?

    Je sais, c’est une vidéo, et personne n’a le temps de lire une vidéo. Moi non plus.

    Toute­fois, si vous êtes sur le point de réali­ser une appli­ca­tion native Android ou iOS, vous devriez prendre un peu de temps pour écou­ter What’s an app anyway ?, la suite du texte Mobile apps must die (à lire aussi).

    C’est encore plus vrai si vous avez une nouvelle acti­vité qui se monte. Plani­fiez sur l’ave­nir : Utili­sez le web. Ça sera certes un peu plus long, mais vous allez jouer avec pour des années, vous n’au­rez pas à faire un redé­ve­lop­pe­ment sur chaque plate­forme, et vous trou­ve­rez bien plus de gens pour faire évoluer vos logi­ciels.

    Pour faire du natif, aujourd’­hui, il faut une bonne raison. Êtes-vous certains de l’avoir ?

    Boot to Gecko peut vous donner un avant gout de ce qui se prépare pour plus tard.

  • Lutte contre le pira­tage et la contre­façon – Award de la pub la plus pour­rie de l’an­née

    La contre­façon c’est le mal. On n’ar­rête pas de nous le dire, même si on persiste à nous parler de pira­tage et de vol pour mieux marquer les esprits.

    Dans la lutte contre le pira­tage et la contre­façon, l’award de la pub la plus pour­rie de l’an­née a été trouvé par Korben. Alors voilà, quand vous avez un DVD piraté vous encou­ra­gez le trafic de drogue, la violence des gang, le travail des enfants dans les ateliers clan­des­tins, et je suis certain que je n’ai pas tout dit.

    Ce genre de vidéos de propa­gande dégou­line de mauvaise foi. Non seule­ment c’est telle­ment gros­sier qu’à mon sens ça fait contre-usage, mais en plus : Un des argu­ments contre la contre­façon est le respect de la loi, l’hon­nê­teté, l’éthique. Quand c’est ce qui vous motive, hors de ques­tion de prendre le parti de ceux qui font ce type d’as­si­mi­la­tion et de discours. Ces gens là on m’a entraîné toute ma vie à les fuir.

    Le plus désas­treux c’est qu’ils font ça avec les sous de l’État. Bon, cette fois ce n’est pas notre état, mais notre tour vient déjà assez souvent.

  • Échec du Rafale en Suisse : peut-on se fâcher avec ses clients ?

    On se plaint suffi­sam­ment que parfois la France n’ose pas parler des droits de l’homme quand elle va négo­cier avec la Chine, pour ensuite ne pas se plaindre quand cela a des effets.

    Mais .. avec l’échec du Rafale en Suisse : peut-on se fâcher avec ses clients ? À croire certains commen­taires il faut simple­ment se taire, et faire passer les contrats (privés) avant toute autre ques­tion.

    On ne peut se réjouir d’avoir été écarté pour avoir trop parler, mais on ne parle pas ici de la parole d’un commer­cial et de son busi­ness privé. On parle d’un État qui a été fondé par une décla­ra­tion de valeur et sur la base de règles communes. C’est très diffé­rent d’une entre­prise qui a le béné­fice comme objec­tif prin­ci­pal.

    Nous ne pouvons pas deman­der à l’État de dimi­nuer ses préten­tions sur les valeurs et le respect des règles, sinon nous nions les fonde­ments même de notre État et sa légi­ti­mité. Si cela veut dire avoir moins de contrats, alors ayons moins de contrats. Cela implique que nous y perdrons écono­mique­ment, que cela aura des consé­quences sur l’em­ploi, sur les impôts, et globa­le­ment si cela devient courant cela aura un impact néga­tif sur la société.

    Malgré tout ça, les valeurs ne doivent pas être aban­don­nées. Sinon … en auto­ri­sant le travail des enfants, l’es­cla­vage, les charges héré­di­taires, soyez certains qu’on fera de sacrées écono­mies. La ques­tion n’est pas là, parce que ce nous avons choisi un modèle de société, tenons-le.

    Là où je suis étonné, c’est que ce genre de problèmes ne soit pas plus fréquent, et fina­le­ment c’est peut être là le disfonc­tion­ne­ment.

  • sslh : Couteau suisse contre les PALC

    Les PALC (proxy à la con) sont ces horreurs qu’on trouve parfois dans les grandes socié­tés. Ils filtrent, sans trop qu’on sache pourquoi, des pans entiers d’In­ter­net, avec des règles haute­ment scien­ti­fiques qui filtrent à peu près tout ce qui serait utile à consul­ter avec un applomb excep­tion­nel.

    PALC vrai­ment ALC

    Je vous laisse lire les quelques premiers liens sur le web, c’est édifiant. C’est d’au­tant plus crétin que plus c’est filtré, plus ça encou­rage le person­nel à trou­ver des moyens alter­na­tifs. J’ai eu une mission dans un service de l’état où tout le service infor­ma­tique avait un réseau paral­lèle avec un wifi à demi pirate et des postes portables person­nels pour complé­ter le dispo­si­tif.

    Là c’était assumé, mais chaque entre­prise a ses bidouilles, ou ses renon­ce­ments. Les PALC empêchent de travailler tout bon infor­ma­ti­cien, et soit on monte ses bidouilles soit on renonce et c’est l’en­tre­prise qui gagne des infor­ma­ti­ciens démo­ti­vés, inca­pables d’exé­cu­ter leur travail sans faire appel à des consul­tants externes, et tota­le­ment dépas­sés par les nouvelles tech­no­lo­gies.

    Les PALC sont les terreurs de ces consul­tants et autres pres­ta­taires. On arrive, on se retrouve à devoir résoudre des problèmes sans docu­men­ta­tion, sans aide, et parfois sans même pouvoir accé­der à ses propres mails ou contac­ter le réseau d’ex­pert des collègues. Plus que contre­pro­duc­tif, ça met sérieu­se­ment à risque la capa­cité à exécu­ter le contrat qui nous lie.

    La solu­tion

    La solu­tion de percer le proxy et outre­pas­ser les règles de sécu­rité de l’en­tre­prise. C’est mal, je ne vous recom­mande pas de le faire. Je vous décon­seille même de le faire. Si vous déclen­chez des problèmes, ça vous retom­bera dessus et vous l’au­rez bien cher­ché.

    Quelques règles toute­fois : 1– unique­ment quand c’est néces­saire et 2– unique­ment de l’en­tre­prise vers l’ex­té­rieur, jamais de lien qui permette d’injec­ter du trafic non demandé vers l’in­té­rieur de l’en­tre­prise (si vous faites ça, quelle qu’en soit la raison, vous méri­tez tout ce qui peut vous arri­vez ensuite).

    Main­te­nant quasi­ment tous les consul­tants d’ex­per­tise tech­nique que j’ai vu avaient leur solu­tion. La mienne c’était le tunnel SSH sur port 443. On me dit que certains proxy savent le bloquer ou le repé­rer mais en pratique ça ne m’est jamais arrivé malgré un nombre de situa­tions diffé­rentes très élevé.

    Not(l’état de l’art a peut être évolué depuis, je ne donne aucune garan­tie). Si ça ne fonc­tionne pas il y a d’autres méthodes plus complexes, moins détec­tables, mais pas aussi pratiques. Toujours est-il que ça a été indis­pen­sable plus d’une fois.

    Simple à mettre en oeuvre si vous avez un serveur qui tourne quelque part sur Inter­net, ça vous permet de faire tran­si­ter à peu près n’im­porte quoi comme trafic : web, messa­ge­rie, contrôle à distance, etc. Pour moi ça allait de consul­ter les sites tech­niques inter­dits par mauvais filtrage au chat avec mes collègues pour poser des ques­tions tech­niques en passant par l’ac­cès à mon webmail pro (et perso) ou par la protec­tion de données que je ne souhai­tais pas lisible par l’en­tre­prise d’ac­cueil.

    Le gadget supplé­men­taire

    Il y a deux défauts au tunnel SSH sur le port 443 : 1– Le dit port est utilisé avec SSH et ne peut plus renvoyer du HTTPS comme on le souhai­te­rait. 2– Si l’ad­mi­nis­tra­teur repère un gros volume vers votre serveur sur ce port il testera et verra qu’au­cun site HTTPS ne répond (ça ne m’est jamais arrivé, mais prévoyons).

    Le gadget magique c’est sslh. J’avais un mauvais code source en C qui faisait ça avant mais sslh fera ça bien mieux et plus complè­te­ment. Ce démon prend la place sur le port 443 et sait repé­rer si on tente d’uti­li­ser du HTTPS, du SSH, de l’OpenVPN, ou du XMPP. Il redi­ri­gera le trafic vers le bon service en fonc­tion des premiers octets de la connexion.

  • Comptes et combines au Conseil consti­tu­tion­nel

    Ce n’est pas la première fois qu’on parle des comptes et combines au Conseil consti­tu­tion­nel. On a déjà vu passer des affir­ma­tions sur des vali­da­tions de comptes de campagne liti­gieuses mais réali­sées quand même « pour le bien commun ». Il y a peu je me faisais l’écho d’une solu­tion large­ment contes­table de report d’ef­fet dans le temps qui semblait poli­tique.

    De plus en plus le Conseil Cons­ti­tu­tion­nel semble prendre des déci­sions juri­dique. C’est déjà gênant en soi mais dans ce que nous rapporte Jules, ici on serait allé jusqu’au faux alors que la néces­sité publique était plus que contes­table. Les faits, s’ils sont avérés, peuvent rele­ver de quinze ans de prison. Il ne s’agit pas que d’un simple laissé faire. Au final on a échangé la vrai­sem­blance d’un candi­dat à une élec­tion pour les soupçons sur le garant suprême de notre consti­tu­tion. Fran­che­ment je doute que la démo­cra­tie y ait gagné.

    Et le fait est que la justice rendue par le Conseil consti­tu­tion­nel a parfois pu donner des raisons de douter de son impar­tia­lité ; ou tout du moins, de son imper­méa­bi­lité à la contin­gence poli­tique.

    Que les raisons de douter soient fondées ou non, que les actes soient réels ou non, la simple accu­mu­la­tion de doutes face à des alertes et des déci­sions liti­gieuses est en soi un réel problème.

    Et puis ici, ce n’est pas une décla­ra­tion anonyme d’un sombre inconnu, on parle d’un profes­seur en droit, ancien membre du Conseil consti­tu­tion­nel. On ferait diffi­ci­le­ment mieux.

    La solu­tion est connue : il suffit de limi­ter le pouvoir des poli­tiques dans le proces­sus de nomi­na­tion des membres du Conseil. Mieux encore, d’as­su­rer leur inamo­vi­bi­lité, comme tout juge indé­pen­dant qui se respecte.

    J’ajou­te­rai : Qu’une instance telle que celle-ci se cache derrière le secret des déli­bé­ra­tions pour ne pas rapor­ter un tel acte (d’au­tant qu’il s’agit d’une obli­ga­tion spéci­fique pour les membres d’une auto­rité publique) me semble mora­le­ment très fragile. D’ailleurs Jacques Robert vient de casser ce secret, c’est bien qu’il juge qu’il en avait devoir si ce n’est le droit. L’obli­ga­tion de secret ayant léga­le­ment la même force aujourd’­hui qu’hier.

    Même si je sais qu’il est facile de juger après coup alors qu’on ne partage aucun des enjeux et aucune des contraintes qui furent et sont les siennes, cette décla­ra­tion il aurait du la faire à l’époque. Il y aurait eu scan­dale, mais le scan­dale aurait été ponc­tuel et événe­men­tiel. Là c’est l’hon­nê­teté et la confiance dans une insti­tu­tion indis­pen­sable qui s’ef­frite. Le danger est bien plus grave, même si moins visible.

  • Excep­tion cultu­relle française : liseuse, la catas­trophe lexi­cale

    J’ai commenté longue­ment mais fina­le­ment je me dis qu’un billet est bien plus adapté à propos de l’excep­tion cultu­relle française et du terme de liseuse, catas­trophe lexi­cale selon Nico­las.

    Lais­sons la langue vivre, profi­tons de l’an­glais

    Je déteste cette mode de tout fran­ci­ser et j’ai le cédé­rom en horreur. J’aime bien quelques ovnis comme le terme de cour­riel mais plus à regar­der de loin qu’à utili­ser.

    De nombreux mots qui nous reviennent d’outre atlan­tique sont en fait des mots français qui ont d’abord été impor­tés là bas avant de reve­nir défor­més ou avec une conno­ta­tion diffé­rente. Les langues sont perméables et c’est très bien ainsi, elles sont faites pour vivre.

    Plus que ça : Une langue est faite pour se comprendre et si on me comprend mieux avec un terme importé de l’an­glais, alors je l’uti­li­se­rai sans remord. Tout au plus je tente souvent de véri­fier si un terme adapté n’exis­te­rait pas chez nous, qui au final serait plus courant et compré­hen­sible malgré l’usage récent de l’an­glais dans tel ou tel jargon.

    Liseuse ? e-reader ? késaco ?

    Nico­las semble trou­ver le terme de liseuse peu signi­fi­ca­tif et moche à l’oreille. J’au­rai tendance à faire de même avec e-reader. La personne qui n’a pas touché au livre numé­rique ne saura pas plus ce qu’est un e-reader qu’une liseuse élec­tro­nique. E-book reader ou lecteur e-book ne sera pas mieux puisqu’on ne fait que repor­ter le problème sur « e-book », tout en reti­rant la diffé­ren­cia­tion entre les tablettes et les liseuses (la tablette aussi est un lecteur pour les e-book).

    Comme dit Nico­las, il nous faut un mot. Là où je ne le suis pas, c’est que, à terrain vierge, parler de liseuse n’est pas plus un entê­te­ment que de vouloir parler de e-Reader.

    L’Ita­lie n’est pas la France, s’il était besoin de le préci­ser (il y fait bien moins chaud)

    D’autres pays, d’autres usages. L’Al­le­magne et l’Ita­lie auraient gardé le terme anglais. Je ne connais pas les usages alle­mands mais l’Ita­lie embarque souvent des termes étran­gers d’une façon qui lui est propre. On y  dit « compu­ter » et « mouse » pour « ordi­na­teur » et « souris ». La pronon­cia­tion est anglaise mais il y a un je ne sais quoi sur la façon de pronon­cer qui fait un peu « italique dans le texte ». On retrouve un peu cela quand on entend parler arabe avec des morceaux français. Rien à voir avec un français qui utilise un mot anglais importé.

    Cet usage italien est un réel non-argu­ment pour le terme français. Ils utilisent d’ailleurs ailleurs des termes italiens là où nous avons importé de l’an­glais, preuve que ce n’est pas une ques­tion d’ex­cep­tion cultu­relle

    La langue se déter­mine par l’usage

    Le terme adapté est simple­ment le premier qui gagnera l’usage et qui sera retenu par les gens. Amazon et Kobo, à qui on peut diffi­ci­le­ment prêter l’in­ten­tion d’une fran­ci­sa­tion à tout prix, commu­niquent autour du terme de « liseuse ». Je suppose, j’es­père, qu’ils ont du tester un peu les termes avant de choi­sir.

    À en croire mes lectures et les commu­ni­ca­tions au grand public, c’est bien le terme de « liseuse » qui semble gagner cet usage … et c’est donc donc vouloir conti­nuer ou se battre avec « e-Reader » qui serait un entê­te­ment.

    Mais pour une fois le gagnant n’était pas si diffi­cile à devi­ner. Contrai­re­ment à quelques horreurs produites récem­ment par l’Aca­dé­mie, le terme de liseuse sonne bien français depuis long­temps et on l’uti­lise encore aujourd’­hui. Il désigne entre autres des fauteuils de lecture, des lampes de lecture, et pas mal de tableaux plus ou moins répu­tés comme celui de Frago­nard.

    Un terme français, court, simple à rete­nir parce que déjà connoté lecture, nul doute qu’il allait gagner face à un terme anglais qui ne se prononce pas du tout comme il s’écrit. Mieux, les e-bidule et autres i-machin ont en France une conno­ta­tion tech­nique asso­ciée à du maté­riel hi-tech voire complexe. Ici tout le monde cherche à appuyer le côté confort de lecture et simpli­cité. Ce serait tuer le discours que de cher­cher à expliquer à ma grand-mère ce qu’est un e-Reader. Tandis qu’une liseuse, fut-elle élec­tro­nique, là ça reste imagi­nable.

    Main­te­nant chacun fait comme il veut, juste évitons de nous faire dire qu’u­ti­li­ser le terme de liseuse est une ques­tion de refus de l’an­glais ou d’ex­cep­tion cultu­relle, ce serait juste­ment passer à côté d’une langue qui vit et qui ne fait pas que fusion­ner avec ses voisines.

  • Mes livres sont des désirs. Le numé­rique, c’est de la porno­gra­phie…

    Si les livres sont des désirs et le numé­rique de la porno­gra­phie, je saute de joie. Oui, tout simple­ment parce que ça implique que le marché du numé­rique va décol­ler encore plus vite que prévu.

    Plus sérieu­se­ment j’aime bien la réflexion et elle cache des choses inté­res­santes. Oui le livre enrobe la lecture et la trans­forme en un objet qu’on chérit et qu’on mani­pule en lui-même. Même quand la lecture est mauvaise, le livre conti­nue à être traité avec respect.

    À l’in­verse le livre numé­rique propose la lecture et unique­ment la lecture. Il ne cherche pas à masquer ou à l’en­ro­ber, il l’af­fiche et la met en avant. Pour moi c’est un grand pas dans la bonne direc­tion, parce que l’im­por­tant dans le livre ce n’est pas la couver­ture, c’est ce qu’il y a d’écrit sur les pages.

    Je fais très atten­tion à essayer de parler plus souvent de lecture numé­rique et moins souvent de livre numé­rique, parce que fina­le­ment l’enjeu est là : l’au­teur, le texte et le lecteur. Le reste n’est qu’ar­ti­fice. Le livre est un moyen et s’il devient un but c’est que nous nous sommes four­voyés.

    Je ne sais plus si j’ai entendu Karl Dubost ou François Bon le dire mais je suppose que les deux ont du le penser : Fina­le­ment le livre numé­rique n’est qu’une tran­si­tion, l’ave­nir c’est la lecture web. Et non, ça n’im­plique pas forcé­ment votre ordi­na­teur portable de 3 Kg avec son navi­ga­teur web avec plein de boutons et toute la complexité de l’in­for­ma­tique. C’est bien tout ça l’enjeu juste­ment : mettre en avant la lecture sans la faire entrer de force dans un outil.

  • Déci­sion de justice atten­due sur le plagiat univer­si­taire

    Si vous travaillez dans le domaine univer­si­taire, l’ar­ticle de Lucie Delo­porte dans Media­part, à propos d’une déci­sion de justice atten­due sur le plagiat univer­si­taire devrait être éclai­rante.

    On y trouve un maître de confé­rence à l’uni­ver­sité de Paris VIII qui fait des recherches sur le plagiat. Il se rend compte que de nombreux travaux sont partiel­le­ment et parfois entiè­re­ment consti­tués de copier-coller. Cela met en cause des étudiants, mais aussi des ensei­gnants.

    Il n’y a là rien de fina­le­ment très éton­nant. Ce qui l’est plus c’est la réac­tion du corps ensei­gnant et de l’ad­mi­nis­tra­tion. On y voit rapi­de­ment que personne ne souhaite que tout ça appa­raisse au grand jour, au risque de montrer au grand jour que le jury attri­bue des thèses avec féli­ci­ta­tions sur de grands copiés-collés, voire des reco­pies traduites avec un outil de traduc­tion auto­ma­tique. Plus que les étudiants, dont on attend bien qu’ils le tentent, c’est ce corps ensei­gnant qui risque d’être écla­boussé.

    Quand on connaît un peu le milieu ce n’est pas si éton­nant, mais si on commence à avoir des éléments indis­cu­tables tendant à prou­ver que les thèses sont attri­bués à des travaux qui n’ont rien d’ori­gi­naux et qui ne sont proba­ble­ment même pas lus (on vous a dit que des thèses de recherche de plusieurs centaines de pages sont parfois rendues au jury une semaine avant ? croyez-vous vrai­ment qu’elles sont lues en entier ? sans même parler d’être étudiées ?).

    Mais je crois que le plus amusant c’est l’ar­gu­ment du « sanc­tion­ner serait injuste par équité avec ceux qui ne se feraient pas prendre ». Il faudrait un bon coup dans la four­mi­lière et rien que pour ça j’es­père bien que ces travaux feront du bruit.

    Par contre je déteste cette réac­tion qui veut qu’on traite de déla­teur celui qui dénonce, comme s’il faisait là un acte des plus mauvais. Il y a un jour il faudra se rendre compte que celui qui dénonce un problème rend aux inté­rêts communs contre des inté­rêts parti­cu­liers. S’il le fait avec le bien commun en objec­tif c’est un acte qui mérite des féli­ci­ta­tions et non l’op­probre.

    Dernier rebon­dis­se­ment, le maitre de confé­rences en ques­tion vient d’être blan­chit d’une accu­sa­tion de diffa­ma­tion. Diffi­cile pour ses collègues de se faire poin­ter comme plagieurs, mais ils vont avoir désor­mais la vie encore plus diffi­cile main­te­nant que la justice a refusé de leur donner raison.

     

  • Mais… pourquoi des DRM ?

    On parle de petites maisons d’édi­tion avec les Éditions Métaillié, mais d’éditeurs qui voient juste. Il semble éton­nant que ce soit ces petites maisons d’édi­tion qui ont le plus à perdre et qui risquent toute la société qui avancent le plus rapi­de­ment pour jeter les DRM.

    Ça ne sert à … rien

    Mais en même temps, quand on nous parle de DRM on oublie trop que … ça ne sert à rien : Il faut cinq minutes montre en main pour cracker les DRM Adobe ou Amazon après une brève recherche sur Inter­net. Mieux, on trouve des modules inté­grables à Calibre, l’ou­til de gestion de biblio­thèque numé­rique person­nelle. Une fois instal­lés, on mani­pule les livres sous DRM comme s’ils étaient sans DRM. Le verrou étant retiré de façon trans­pa­rente quand on y touche la première fois.

    Autant dire que ça ne bloque pas les « pirates », ceux qui veulent faire de la contre­façon de masse par p2p ou megau­pload, ceux dont on nous parle à la télé­vi­sion pour nous faire peur.

    Mais alors on s’en moque ?

    Le problème c’est que si ça ne gêne en aucune façon les « pirates », les honnêtes gens souffrent, eux. On les empêche d’ex­traire les para­graphes qu’ils trouvent inté­res­sant, de lire leur contenu sur leur télé­vi­sion, de parta­ger un livre à leur fils ou leur parent, et, ce qui suffi­rait en soi, on rend la procé­dure d’ins­tal­la­tion horri­ble­ment complexe. Un part impor­tante des retours et des appels au support tech­nique des libraires numé­rique vient de là : Les DRM.

    Encore plus gênant et bien connu, on restreint les usages en anni­hi­lant toute péren­nité aux conte­nus.Si les DRM sont simples à suppri­mer aujourd’­hui pour les malhon­nêtes, il n’est pas dit que cela reste ainsi quand la ques­tion de la péren­nité se posera vrai­ment.

    Comme si cela ne suffi­sait pas, ces solu­tions coûtent plusieurs dizaines de milliers d’eu­ros unique­ment en mise en place, et ajoutent un surcoût à chaque livre supé­rieur à l’aug­men­ta­tion de TVA tant décriée sur le livre papier.

    Mais alors pourquoi ?

    Les pirates savent casser le système, les éditeurs savent qu’il n’offre aucune protec­tion, les auteurs savent que c’est une plaie pour les lecteurs, et ces derniers commencent à comprendre que tout cela se fait à leur détri­ment. Le tout est de comprendre pourquoi nous jouons toujours à ce jeu.

    Le problème c’est qu’il reste quelques acteurs pour faire perdu­rer le système, tout en affi­chant une commu­ni­ca­tion de façade anti-DRM légè­re­ment rési­gnée. Je parle là des deux gros acteurs domi­nants que sont Amazon et Apple.

    Ils sont les seuls à y gagner, et à encore faire perdu­rer le système. Il suffi­rait qu’A­ma­zon commence à faire payer la mise en place du DRM (comme Adobe le fait) afin de compen­ser les pertes de valeur, l’aug­men­ta­tion du coût du support tech­nique et simple­ment les inves­tis­se­ments de R&D corres­pon­dants, pour que d’un coup les éditeurs y réflé­chissent à deux fois. Il suffi­rait que l’un des deux fasse pres­sion comme ils l’ont fait sur la musique pour ne plus accep­ter que des formats ouverts, pour que les éditeurs finissent pas l’ac­cep­ter, même s’ils renâ­cle­raient quelques temps.

    À la place ils préfèrent spon­so­ri­ser le système en offrant le DRM en cadeau qu’on n’ose pas refu­ser (sinon n’im­porte quel pira­tage devien­dra la faute du respon­sable qui a pris cette déci­sion). Leur modèle est celui du client captif et le système du DRM ne fait qu’as­soir ce modèle.  Le DRM et l’in­com­pa­ti­bi­lité fait partie de leur valeur ajou­tée et de leur renta­bi­lité, au point qu’ils tentent d’im­po­ser les DRM l’air de rien tout en préten­dant lutter contre et offrir le choix.

    Main­te­nant vous savez.

    C’est dommage parce qu’au moins Amazon fait beau­coup pour le livre numé­rique, et y réus­sit très bien. Il suffi­rait qu’ils cherchent l’in­té­rêt du lecteur… mais pour l’ins­tant ce n’est pas leur propre inté­rêt.