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  • « Je peux faire sans »

    J’aime bien l’ap­pli­ca­tion de l’effet Dunning Kruger à la gestion des dépen­dances externes dans la program­ma­tion.

    On commence par inclure un peu tout et n’im­porte quoi sans trop y réflé­chir avant. Avec l’ex­pé­rience on réalise les risques et on se prend quelques méchants murs. À cette étape les plus techos finissent vite avec un « je refais tout moi-même, après tout il n’y a rien de magique et je sais faire ».

    Cette phase de crise est appe­lée « vallée de l’hu­mi­lité » dans les graphiques de l’ef­fet Dunning Kruger. À propos de la gestion des dépen­dances c’est tout le contraire : une crise d’égo. On se croit meilleur que tout le monde. On croit pouvoir tout faire soi-même, et que ce sera mieux.

    La sagesse vient de se rendre compte qu’on va faire moins bien, pour avoir au final les mêmes problèmes, mais après avoir dépensé tout son temps pour rien. Là on commence alors à réuti­li­ser de nouveau des briques tierces. On fait juste plus atten­tion à quoi, quand, comment, et surtout au cycle de vie de ce qu’on intègre.


    Oui vous savez faire, mais vous ne ferez proba­ble­ment pas aussi bien, faute de temps, faute de relec­teurs, faute d’ex­pé­rience. Vous ferez des erreurs. Vous oublie­rez des cas. Vous ne verrez pas certains problèmes de sécu­rité. Vous n’im­plé­men­te­rez pas toutes les fonc­tions utiles.

    Ce n’est pas que l’au­teur de la biblio­thèque de code trou­vée sur inter­net est meilleur que vous, c’est qu’il a choisi de se concen­trer sur un ou deux problèmes là où vous en avez bien d’autres à gérer. Ce n’est pas qu’il fera moins d’er­reurs, c’est qu’il béné­fi­ciera des correc­tions de tiers. Ce n’est pas qu’il a plus de temps ou plus de connais­sances, c’est que lui ne sera pas tout seul.

    Ce n’est pas forcé­ment vrai aujourd’­hui, mais avec le temps les projets communs gagnent forcé­ment sur les projets indi­vi­duels, pour ces raisons. Et si vous pensez avoir le temps et l’ex­per­tise pour faire mieux ou pour corri­ger le code déjà en ligne, contri­buez afin d’en­ri­chir pour les autres. Ayez juste l’hu­mi­lité de voir que vous ne pouvez le faire que sur un nombre limité d’items. Sur le reste il sera préfé­rable de réuti­li­ser ce que d’autres auront réalisé.

  • Un peu de Pixel­fed

    Je voulais voir depuis un moment comment faire inter­agir mon site photo ou mon compte Masto­don photo avec Pixel­fed.

    TL;DR: Ça commu­nique, mais ça reste deux espaces distincts. Masto­don sera le seul à avoir les messages pur texte, Pixel­fed le seul à avoir les story.

    Par rapport à Insta­gram

    Les story sont limi­tées à une photo telle quelle. Il n’y a pas de widgets à ajou­ter, pas de possi­bi­lité d’y mettre du texte, pas de possi­bi­lité de réfé­ren­cer une publi­ca­tion exis­tante ou un compte exis­tant.

    De la même façon, il n’y a pas de « publi­ca­tion à la une » permet­tant de donner une péren­nité à certaines story. Il semble aussi que la suppres­sion manuelle des story avant leur expi­ra­tion ne soit pas encore implé­men­tée.

    Sur le fond, sinon, au moins du point de vue des publi­ca­tions du flux stan­dard, ça semble très simi­laire.

    Accé­der aux conte­nus Masto­don

    Je peux, depuis Pixel­fed, m’abon­ner à des comptes Masto­don. Je verrai alors dans mon flux toutes les nouvelles images publiques qui seront publiées depuis l’abon­ne­ment.

    Je vois aussi les réponses publiques faites depuis Masto­don, qu’elles soient faites à des publi­ca­tion Masto­don ou des publi­ca­tions Pixel­fed.

    Enfin, je vois les messages privés qui me sont envoyés depuis Masto­don, et peux y répondre.

    Je ne vois cepen­dant pas les messages texte publics des comptes Masto­don. Je ne vois non plus aucun contenu « réservé aux abon­nés » publié sur un compte Masto­don, même si j’y suis abonné. Enfin, je ne vois pas les like faits pas des comptes Masto­don sur les publi­ca­tions Masto­don. Plus éton­nant, Pixel­fed ne voit même pas les photos de profils des comptes Masto­don.

    Accès depuis Masto­don

    Ça fonc­tionne aussi dans l’autre sens.

    Depuis Masto­don je peux m’abon­ner à un compte Pixel­fed, y voir les publi­ca­tions du flux stan­dard et les réponses qui y sont faites. Je peux aussi voir les réponses ou likes de Pixel­fed sur mes propres conte­nus, ainsi que les messages privés qui me sont envoyés.

    Je ne vois cepen­dant pas les story publiées. Je m’at­ten­dais à les voir sous forme de message effacé au bout de 24h.


    Et alors ?

    Alors, sauf à utili­ser les story, je vois mal l’in­té­rêt de Pixel­fed pour celui qui publie. Mieux vaut se lais­ser toutes les possi­bi­li­tés ouvertes par Masto­don, et une compa­ti­bi­lité agran­die quant aux inté­rac­tions. Ce serait dommage de louper un utili­sa­teur Masto­don qui nous inter­pelle en public, l’in­ter­face Pixel­fed n’en montrera rien.

    Je vois par contre l’in­té­rêt de l’in­ter­face Pixel­fed pour la lecture de tiers avec une navi­ga­tion pure­ment photo, surtout pour un habi­tué d’Ins­ta­gram.

    Je me demande pourquoi Pixel­fed n’a pas été conçu comme un front-end aux serveurs Masto­don exis­tants, plutôt qu’en réim­plé­men­tant un serveur moins complet à côté.

  • « POSSE » pour les photo­graphes

    Tumblr, Face­book, Twit­ter, Insta­gram, 500px et autres. Les condi­tions changent, les comptes sont suppri­més parfois arbi­trai­re­ment, le modèle écono­mique devient un peu trop pesant. Ça a déjà eu lieu, et ça recom­men­cera. Le problème n’est pas celui de choi­sir la bonne plate­forme, mais de s’en rendre dépen­dant.

    Publish (on your) Own Site, Syndi­cate Elsew­here

    POSSE, Indie­web

    POSSE c’est le mantra d’In­die­web.

    Publiez chez vous

    L’idée c’est d’avoir un espace à vous, pérenne, où vous êtes tota­le­ment libre. Quoi qu’il se passe, c’est votre point de réfé­rence.

    D’un point de vue tech­nique c’est une adresse, un espace et un contenu :

    • L’adresse web c’est ce que vous tapez dans la barre d’adresse du navi­ga­teur, l’équi­valent de « insta­gram.com ». On trouve des noms de domaine (c’est ainsi que ça s’ap­pelle) pour entre 3 et 15 euros par an.
    • L’es­pace c’est le serveur et le disque. Les coûts sont variables suivant ce dont vous avez besoin. Ça va du gratuit, parfois inclut avec le nom de domaine, jusqu’à quelques dizaines d’eu­ros par an.
    • Pour gérer votre contenu le choix est vaste. Il y a plein de possi­bi­li­tés gratuites comme Piwigo ou Word­press, et les payantes ne sont pas forcé­ment meilleures.

    Tout ça est un peu tech­nique mais vous trou­ve­rez des pres­ta­taires avec des solu­tions tout-en-un pour quelques dizaines d’eu­ros par an. Le cas échéant il y a souvent un ami infor­ma­ti­cien qui sera prêt à vous aider dans ce type de démarche de prise d’in­dé­pen­dance plutôt que de vous réins­tal­ler une énième fois votre impri­mante.

    Véri­fiez juste que le nom de domaine vous appar­tient et que vous pour­rez le redi­ri­ger ailleurs si un jour vous souhai­tez chan­ger de pres­ta­taire.

    Sur votre tout nouveau site il n’y a qu’une seule chose indis­pen­sable : Le flux RSS. C’est un proto­cole qui permet à des tiers de s’abon­ner à votre site et de suivre ce que vous y publiez, souvent asso­cié à une petite icône orange. Word­press et quasi­ment tous les logi­ciels de gestion de contenu en ont un. Si un ami vous fait votre site à la main, deman­dez-lui d’en faire un.

    Mettez en avant l’adresse de ce flux RSS pour que les gens suivent votre fil pérenne plutôt que les comptes vola­tiles que vous avez sur les plate­formes.

    Je laisse les lecteurs propo­ser des pres­ta­taires en commen­taire.

    Diffu­sez partout

    On est d’ac­cord, votre site web ne suffira proba­ble­ment pas. Il n’y a rien de mal à cher­cher une présence sur les diffé­rentes plate­formes.

    L’idée est juste de consi­dé­rer que ce que vous postez n’est qu’un lien vers la page corres­pon­dante de votre site, éven­tuel­le­ment avec une image ou une copie du contenu pour s’in­té­grer à la plate­forme.

    On vous supprime un contenu ou un compte sur une plate­forme ? Tout le monde a déjà le lien vers votre site web, partout. Ils pour­ront éven­tuel­le­ment retrou­ver votre nouveau compte à partir de là. Certains vous suivront déjà par votre site et ne verront même pas la diffé­rence.

    Profi­tez des plate­formes décen­tra­li­sées

    Si vous cher­chez à dimi­nuer la main mise des plate­formes tout en cher­chant une alter­na­tive « sociale », je vous encou­rage à trou­ver une instance Pixel­fed. C’est un réseau simi­laire à Insta­gram mais décen­tra­lisé. Vous avez aussi Masto­don, en alter­na­tive à Twit­ter.

    Si un serveur se met à avoir un compor­te­ment qui ne vous corres­pond pas, il suffira d’en chan­ger. Vous pour­rez toujours inter­agir, like commen­taires et repar­tages, avec les gens situés sur d’autres serveurs.

    Ok, il faudra recons­truire un réseau d’abon­nés et ces plate­formes ont globa­le­ment moins d’ins­crits, et pas forcé­ment qui vous cher­chez, mais on ne sortira pas de la dépen­dance aux plate­formes centra­li­sées sans faire un effort.

    Si vous suivez le prin­cipe de POSSE il ne s’agit pas d’aban­don­ner les anciennes plate­formes, juste de faire l’ef­fort de four­nir une alter­na­tive pour amor­cer la pompe. Votre effort compte aussi.

  • Et si on jouait au loto ?

    « Combien faudrait-il gagner au loto pour assu­rer une rente à vie à toute la famille et oublier les contraintes finan­cières ? »

    La ques­tion de ce midi

    Oui, parfois j’ai des occu­pa­tions étranges.

    Bon, forcé­ment, ça dépend de la durée de la vie, du montant de la rente, du montant de l’in­fla­tion, du taux d’in­té­rêt net qu’on peut attendre du capi­tal, et de l’âge actuel du capi­taine.

    TL;DR: Il faut gagner bien plus que je ne l’an­ti­ci­pais.

    Pour une rente égale au revenu médian pour chaque adulte (40 ans aujourd’­hui) et la moitié pour les enfants (un, 10 ans aujourd’­hui), une infla­tion moyenne de 2%, un taux d’in­té­rêt net de 1%, et une vie jusque 100 ans, ça demande quand même un capi­tal de 7 millions d’eu­ros.

    Si on s’amuse à pous­ser les curseurs ça peut monter très très vite.

    En imagi­nant 3 reve­nus médians au lieu d’un seul (si on gagne au loto, c’est bien pour vivre dans le confort, faire des voyages et en profi­ter), un taux d’in­té­rêt net plus conser­va­teur de 0,5% (évitons les mauvaises surprises) et une vie jusque 120 ans (soyons très opti­mistes mais ce serait dommage de tomber à court avant d’être mort), ça monte à 39 millions d’eu­ros.

    Le point posi­tif c’est qu’un grand gagnant à l’euro-millions a encore de quoi payer une grande villa avant de mettre en place sa rente.


    Si ça vous amuse de jouer vous aussi, vous pouvez cloner cette feuille de calcul et modi­fier les valeurs des cases en jaune sur la première page.

  • Licen­cie­ment écono­mique ou rupture conven­tion­nelle ?

    On vous dira que les indem­ni­tés de licen­cie­ment sont iden­tiques. C’est vrai mais ça ne dit que la moitié de l’his­toire. La réalité est toute autre.

    Le licen­cie­ment écono­mique est très protec­teur en France. Si on vous le propose et que vous avez au moins un an d’an­cien­neté, ce n’est évidem­ment pas une bonne nouvelle en soi mais ça l’est par rapport aux alter­na­tives. Si on ne vous le propose pas et qu’il y a un motif écono­mique, vous avez proba­ble­ment inté­rêt à lever vous-même la ques­tion, voire à l’exi­ger.

    Quelques points de diffé­rence avec un licen­cie­ment clas­sique (ruptures conven­tion­nelles incluses) :

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Indem­nité de licen­cie­mentstan­dardstan­dard
    Indem­nité négo­ciéepossiblepossible
    Durée d’at­tente4 à 5 semaines
    pas de préavis
    21 jours
    (hors prépa­ra­tion employeur)
    pas de préavis
    Délai de carence7 jours à 6 moisaucun
    Indem­ni­sa­tion chômage57%75%
    Prime de reclas­se­mentnonjusqu’à 5 mois de salaire

    TL;DR:

    • Si tu as plus d’un an d’an­cien­neté et que tu penses mettre entre 1 et 24 mois pour commen­cer un nouvel emploi ou un projet de créa­tion d’en­tre­prise, il est très probable que le licen­cie­ment écono­mique soit bien plus avan­ta­geux pour toi.
    • Dans le cas contraire il y a un calcul à faire. Il est possible que l’in­té­rêt d’un licen­cie­ment écono­mique soit faible ou nul, mais il reste peu probable que le solde finan­cier soit néga­tif.

    Pour toute la suite je pendrais un exemple de déve­lop­peur logi­ciel, cadre conven­tion collec­tive syntec dans une petite entre­prise avec un salaire brut de 48 k€ annuels et 4 ans d’an­cien­neté. Il lui reste envi­ron moitié de congés non pris au comp­teur (4 RTT + 12 CP). Il commen­cera un poste dans les 4 mois.

    NDLA 1 :Aucun des calculs ne se prétend exact, ils sont unique­ment là pour illus­trer le scéna­rio en donnant un ordre de gran­deur. Faites-moi signe si vous voyez des erreurs ou des oublis.

    NDLA 2 : Je ne suis pas expert du sujet et ce n’est pas mon métier. Je ne prétends pas à plus que donner une infor­ma­tion et vous inci­ter à vous rensei­gner plus avant si ça vous semble impor­tant pour vous. Faites-moi cepen­dant signe si vous voyez des erreurs ou des oublis.s

    Indem­ni­tés de licen­cie­ment

    L’em­ployeur vous mettra en avant l’in­dem­nité de licen­cie­ment. Elle est effec­ti­ve­ment iden­tique dans les deux cas, et assez réduite :

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique⅓ de mois de salaire
    si > 2 ans d’an­cien­neté
    ⅓ de mois de salaire
    si > 2 ans d’an­cien­neté
    Exemple5 300 € (bruts)5 300 € (bruts)
    Indem­ni­tés de licen­cie­ment

    Dans les deux cas vous êtes libres de négo­cier une indem­nité supé­rieure avec votre employeur.

    Le supplé­ment, l’in­dem­nité extra-légale, sera cepen­dant conver­tie les délais de carence du Pole Emploi. Vous n’avez donc inté­rêt à en négo­cier une que si vous pensez réem­bau­cher avant la fin des délais de carence du Pole Emploi.

    Durée d’at­tente

    Dans les deux cas, vous n’ef­fec­tue­rez pas le préavis de 3 mois prévu au contrat. Les durées d’at­tente corres­pondent aux temps de réflexion ou de vali­da­tion des procé­dures.

    Pour la rupture conven­tion­nelle, il y a un délai de rétrac­ta­tion de deux semaines, plus un délai de vali­da­tion de la direccte de deux semaines, plus un ou deux jours au milieu. Comp­tez 5 semaines. Ajou­tez-y un premier entre­tien formel avant de pouvoir contrac­tua­li­ser l’offre. Si c’est l’em­ployeur qui vous le propose il faudra aussi comp­ter quelques jours pour que vous réflé­chis­siez, donc 1 mois et demi au total.

    Pour le licen­cie­ment écono­mique vous avez 21 jours de délai entre la noti­fi­ca­tion et le licen­cie­ment lui-même, plus la prépa­ra­tion en amont côté employeur.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique4 semaines
    + entre­tien préa­lable
    21 jours
    + prépa­ra­tion employeur
    (0 à plusieurs mois)
    Exemple1 mois et demi1 mois du point de vue sala­rié
    + 2 semaines à 1 mois
    de prépa­ra­tion côté employeur
    Délais d’at­tente

    La prépa­ra­tion côté employeur est variable suivant qu’il s’agit d’une procé­dure indi­vi­duelle ou collec­tive, suivant la taille de l’en­tre­prise, et suivant la bonne volonté des instances repré­sen­ta­tives le cas échéant.

    Un licen­cie­ment écono­mique indi­vi­duel dans une petite entre­prise ne demande pas un délai de prépa­ra­tion vrai­ment signi­fi­ca­tif par rapport à une rupture conven­tion­nelle (même si souvent l’em­ployeur en fera une montagne pour vous en dissua­der, et parfois en y croyant lui-même). Au final l’un ou l’autre sont assez simi­laires sur le délai.

    Un licen­cie­ment écono­mique collec­tif dans une grande entre­prise peut effec­ti­ve­ment prendre plusieurs mois (mais si vous lisez mon billet pour savoir quoi négo­cier, vous n’êtes proba­ble­ment pas dans ce cas).

    Délai de carence

    On entre dans la partie « Pole Emploi » et c’est là que se logent les diffé­rences.

    Sur une rupture conven­tion­nelle vous avez déjà un délai de 7 jours francs, puis un différé d’in­dem­ni­sa­tion corres­pon­dant au nombre de congés non pris payés par votre employeur à votre départ. Ce sont autant de jours qui ne vous seront pas indem­ni­sés par l’em­ployeur (23 jours dans notre exemple, soit ¾ de mois d’in­dem­ni­tés chômage).

    Si vous avez négo­cié une indem­nité de licen­cie­ment extra-légale, elle génè­rera un différé d’in­dem­ni­sa­tion supplé­men­taire elle-aussi, suivant une formule assez peu avan­ta­geuse pour les gens bien payés. Vous n’y aurez rien gagné (sauf à trou­ver un nouveau job avant la fin de ce différé d’in­dem­ni­sa­tion).

    Sur un licen­cie­ment écono­mique vous êtes indem­nisé dès le premier jour, sans carence ni différé. Simple et effi­cace. Les éven­tuels congés payés vont direc­te­ment sur votre compte en banque.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique7 jours
    + solde de CP et RTT
    Aucun
    Exemple23 jours de non indem­ni­sa­tion23 jours d’in­dem­ni­sa­tion
    (~ 2 250 €)
    Délai de carence

    Si vous ne pensez pas commen­cer immé­dia­te­ment un nouveau poste dans le mois, vous venez déjà de perdre litté­ra­le­ment plusieurs milliers d’eu­ros en accep­tant la rupture conven­tion­nelle.

    Indem­ni­sa­tion chômage

    Là c’est plus simple. L’in­dem­ni­sa­tion brute est de 57% du salaire brut de réfé­rence dans le cas de la rupture collec­tive. Dans le cadre d’un contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle (ce à quoi vous avez le droit dans le cadre d’un licen­cie­ment écono­mique et plus d’un an d’an­cien­neté), la première année est indem­ni­sée à 75% au lieu de 57%. 18 points ce n’est pas rien.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique57% du salaire de réf.75% du salaire de réf.
    Exemple
    (3 mois)
    ~ 6 800 €~ 9 000 €
    Indem­ni­sa­tion

    Pour l’exemple, je compte 3 mois après les 23 jours du sous-titre précé­dent. On vient d’aug­men­ter la diffé­rence entre les deux scéna­rios de plusieurs milliers d’eu­ros supplé­men­taires.

    Outre le finan­cier, le contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle ouvert par le licen­cie­ment écono­mique vous fera proba­ble­ment aussi accé­der plus faci­le­ment à des forma­tions. Il risque aussi de vous donner un enca­dre­ment plus serré, on aime ou on n’aime pas.

    Prime de reclas­se­ment

    C’est la grande oubliée. Dans le cadre d’un contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle, si vous repre­nez un travail durable ou un projet de créa­tion d’en­tre­prise dans la première année, vous pouvez deman­der une prime de reclas­se­ment.

    Il s’agit d’une prime qui corres­pond à la moitié des indem­ni­sa­tions restant à pour­voir au titre de la première année. Si vous trou­vez un poste dans les 4 mois, on vous offre 3 mois d’in­dem­ni­sa­tion en prime (la moitié de 12 mois – 4 mois).

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique(rien)La moitié de l’in­dem­ni­sa­tion
    restante des 12 premiers mois
    Exemple09 000 €
    Prime de reclas­se­ment

    Théo­rique­ment vous pouvez deman­der à la place une compen­sa­tion de la diffé­rence entre votre nouveau salaire et votre ancien salaire. Faites le calcul mais la prime de reclas­se­ment est proba­ble­ment plus inté­res­sante.

    Note : Le conseiller Pole Emploi ne vous parlera pas forcé­ment, ou alors en ne vous propo­sant que la compen­sa­tion de diffé­rence de salaire. S’il vous en parle il ne vous le rappel­lera pas forcé­ment quand ce sera le moment, ou ne vous donnera les papiers que si vous les exigez expli­ci­te­ment vous-même. Pensez-y, d’au­tant que vous n’avez qu’un mois à comp­ter de votre embauche pour faire la demande.

    Un petit calcul

    Dans mon exemple, la diffé­rence entre les deux scéna­rios est d’en­vi­ron 13 500 € (bruts). Le vrai calcul dépen­dra de votre solde de congés payés et de la date à laquelle vous pensez retrou­ver un emploi ou initier un projet de créa­tion d’en­tre­prise.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Indem­nité de licen­cie­ment5 300 €5 300 €
    23 premiers jours de chômage0 €2 250 €
    3 mois suivants de chômage6 800 €9 000 €
    Reprise après 3 mois et 23 jours0 €9 000 €
    Total12 100 €25 550 €
    Diffé­rence13 450 €
    Total

    Il ne s’agit pas de rentrer systé­ma­tique­ment en confron­ta­tion avec l’em­ployeur ni de cher­cher à le faire plon­ger alors qu’il est poten­tiel­le­ment déjà en situa­tion diffi­cile. Il ne s’agit pas non plus d’igno­rer ce que ça veut dire pour le sala­rié, parce que c’est plus que signi­fi­ca­tif.

    Main­te­nant voilà, vous avez un ordre de gran­deur de la diffé­rence entre une rupture conven­tion­nelle et un licen­cie­ment écono­mique.

    Exigez le licen­cie­ment écono­mique

    Si vous accep­tez la rupture conven­tion­nelle dans une situa­tion où un licen­cie­ment écono­mique serait théo­rique­ment possible, c’est comme si vous faisiez un don de plusieurs milliers d’eu­ros à votre employeur. Dans notre exemple on parle de 13 500 € (bruts) quand même.

    Est-ce vrai­ment légi­time ? Est-ce vrai­ment ce que vous souhai­tez faire ?

    Sinon exigez le licen­cie­ment écono­mique, même si on ne vous le propose pas d’em­blée, même si on vous dit que ce sera long et compliqué (parfois l’em­ployeur le croit vrai­ment, parfois à tort), même si ça l’est vrai­ment (dans le cas d’une entre­prise de plusieurs centaines de sala­riés avec des instances repré­sen­ta­tives qui veulent bloquer).

    Souve­nez-vous que votre employeur, lui, ne vous aurait pas fait don de 13 500 € dans une situa­tion simi­laire. Il le montre d’ailleurs très clai­re­ment s’il cherche à éviter le licen­cie­ment écono­mique.

    Et si on me propose une plus grosse indem­nité ?

    « Faites le calcul » mais n’ou­bliez pas qu’une indem­nité extra-légale augmente d’au­tant le différé d’in­dem­ni­sa­tion. Ça n’a d’in­té­rêt que si vous comp­tez retrou­ver un emploi avant la fin du différé d’in­dem­ni­sa­tion. Dans le cas contraire c’est surtout Pole Emploi qui profi­tera de l’in­dem­nité, pas vous.

    Une alter­na­tive, ça se faisait beau­coup pour les cadres avant l’exis­tence des ruptures conven­tion­nelles, c’est de faire un licen­cie­ment pour faute simple tout en sachant qu’il n’est pas motivé, et de faire un accord tran­sac­tion­nel dans la foulée pour compen­ser le licen­cie­ment irré­gu­lier. Les sommes en jeu sont hors coti­sa­tions et hors différé d’in­dem­ni­sa­tion.

    Cela dit il faut qu’on vous propose une grosse sur-prime pour que ce soit inté­res­sant face à un licen­cie­ment écono­mique. C’est peu proba­ble­ment le cas (si ça coûte plus de 3 mois de salaire, l’em­ployeur a aussi bien fait de faire ce licen­cie­ment écono­mique, comme c’est détaillé plus bas).

    Le coût pour l’em­ployeur

    Ne nous le cachons pas, ce n’est pas équi­valent non plus pour l’em­ployeur. Il y a un coût de prépa­ra­tion et un coût d’exé­cu­tion.

    La prépa­ra­tion pour une petite entre­prise ça veut peut-être dire payer 1 000 € de conseil juri­dique pour bien confir­mer et appliquer la procé­dure.
    Pour une entre­prise de plusieurs centaines de sala­riés qui fait une procé­dure collec­tive, il y a un coût interne d’oc­cu­pa­tion des ressources RH et légales ainsi que le coût humain d’une négo­cia­tion avec les instances repré­sen­ta­tives. C’est diffi­ci­le­ment mesu­rables mais c’est impor­tant.

    Ensuite c’est en partie l’em­ployeur qui finance le contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle proposé par le Pole Emploi. Au lieu de vous payer à exécu­ter votre préavis, l’em­ployeur verse le même montant au Pole Emploi (3 mois de salaire brut dans notre exemple).

    Ce n’est pas l’exact équi­valent mais, pour faire court, si l’ex sala­rié gagne plus, c’est que l’em­ployeur paye plus, avec un ordre de gran­deur simi­laire.

    Mais la boite risque de couler !

    Est-ce vrai­ment le cas ? unique­ment à cause des 3 mois de salaire qu’elle versera en plus à Pole Emploi ?

    Possible, mais aussi peu probable malgré tout ce qu’on vous dira (nous sommes en période de covid, c’est encore moins probable en ce moment vue la faci­lité à avoir des aides sous forme de prêt pour juste­ment éviter les dépôts de bilan). L’en­tre­prise est-elle vrai­ment à ça du dépôt de bilan ? de « situa­tion accep­table » à « on met la clef sous la porte » ?

    Et si c’est le cas (soyez-en vrai­ment certains, ne vous conten­tez pas des dires de l’em­ployeur, même si vous avez confiance en lui), êtes-vous prêts à faire un don de 10 à 15 000 euros pour que lui éviter ça ? Est-ce votre rôle plutôt que celui des action­naires de la société ?

    Et si vrai­ment la boite est à ça près, et que vous avez les moyens de donner cet argent néces­saire, et que vous seul pouvez le faire (pfiou, vous cumu­lez quand même, hein ?) : Est-ce que vous ne devriez pas ensuite en déte­nir une partie, soit pour récu­pé­rer des béné­fices quand elle en fera dans le futur, soit pour revendre ces parts plus tard quand la faillite sera évitée, soit pour, au pire, ne rien en faire mais avoir un droit de regard sur le futur ?

    Bref, faites un licen­cie­ment écono­mique puis donnez ensuite, si vous le souhai­tez, la somme que vous voulez à l’en­tre­prise, sous forme de prêt ou d’achat de capi­tal. C’est quand même plus honnête et plus clair pour tout le monde.

    La seule règle à rete­nir

    Ne signez pas de rupture conven­tion­nelle ou d’ac­cord sans avoir fait vos comptes et avoir tous les éléments. Ne signez pas tant que vous n’êtes pas certain de vouloir le faire, avec tous les éléments en tête.

    Prenez votre temps, prenez des conseils de tiers, démar­chez un syndi­cat ou un repré­sen­tant du person­nel si besoin.

    Quelle que soit l’ur­gence qu’on vous donne, vous ne devriez pas faire un gros cadeau à votre employeur sous la pres­sion. Si vous le faites, faites le en conscience, volon­tai­re­ment, à tête repo­sée. Deman­dez du temps si vous en avez besoin.

    Tant pis si vous vous êtes à moitié engagé avant de lire tout ça, ne signez pas juste parce que vous avez donné un accord oral auprès de quelqu’un qui ne vous a pas donné toutes les clefs de compré­hen­sion.

    Même si vous avez signé, vous avez encore 15 jours de délai de rétrac­ta­tion. Utili­sez-les, ils sont faits pour ça. Ce n’est pas une trahi­son : c’est l’uti­li­sa­tion légi­time d’un temps de réflexion prévu à la procé­dure. L’em­ployeur n’au­rait, lui, aucun remord à utili­ser un temps prévu pour, comme il le fait (à raison) quand il met fin à une période d’es­sai.

  • La reli­gion dans la rue

    Je ne vois pas la diffé­­rence entre une opinion reli­­gieuse et une opinion vesti­­men­­taire. […] Tant qu’on ne parle que de la foi elle-même, savoir si mon inter­­­lo­­cu­­teur est catho­­lique ou musul­­man m’in­­té­­resse presque autant que de savoir s’il préfère les t-shirt ou les chemises. Le voir exer­­cer son culte me concerne autant que de savoir s’il porte la chemise dont on vient de parler.

    Apathéiste

    Plus exac­te­ment, je ne fais pas de diffé­rence entre quelqu’un qui prie dans la rue et quelqu’un qui y fait son exer­cice de yoga.

    Je ne fais pas non plus de diffé­rence entre quelqu’un qui me tend une invi­ta­tion à une céré­mo­nie reli­gieuse ou un extrait de je ne sais livre sacré et quelqu’un qui me tend une invi­ta­tion à un meeting poli­tique ou pros­pec­tus à propos du nucléaire.

    Je ne fais pas de diffé­rence entre quelqu’un qui choi­sit d’ex­clure le porc de son assiette pour des ques­tions reli­gieuses et quelqu’un qui choi­sit de l’ex­clure pour des ques­tions éthiques vis à vis des animaux, qui exclut les produits de l’agri­cul­ture inten­sive sur des croyances sani­taires, ou qui exclut les OGM par peur des consé­quences long terme.

    Je ne fais pas de diffé­rence entre quelqu’un qui choi­sit une robe noire longue pour des ques­tions reli­gieuses et quelqu’un qui choi­sit la même robe parce que ça colle avec son affi­lia­tion gothique, ou une mini-jupe parce que ça colle avec sa vision de la libé­ra­tion de la femme.

    Je ne fais pas de diffé­rence entre qui propose une loi qu’il croit inti­me­ment souhai­table parce que c’est ensei­gné ainsi dans sa reli­gion et qui la propose en la croyant inti­me­ment souhai­table pour d’autres raisons morales ou éthiques.

    Ce n’est pas que je n’ai pas d’avis sur tout ça, mais que le motif de la personne soit reli­gieux ou non n’entre pas en consi­dé­ra­tion. C’est sa conscience, pas la mienne.


    Si nous avons des règles spéci­fiques sur le fait reli­gieux, c’est essen­tiel­le­ment pour des raisons histo­riques. Parce qu’il le faisait par le passé et parce qu’il a un rôle parti­cu­lier qui lui permet d’im­po­ser ou d’in­ter­dire, il a fallu contraindre l’État. Il a fallu à la fois le contraindre à garan­tir la liberté de culte et lui inter­dire de prendre parti.

    La laïcité c’est ça (et des ques­tions pratiques sur comment opérer une sépa­ra­tion entre l’état et l’église, un peu comme la gestion des biens et des enfants après un divorce). Rien de plus.

    La prière dans la rue n’est pas inter­dite (et c’est une bonne chose). Prêcher la bonne parole non plus (idem). La reli­gion n’a pas plus à rester privée qu’une quel­conque autre opinion.

    Il s’agit de sépa­rer le tempo­rel et le spiri­tuel, pas d’in­ter­dire ou de limi­ter ce dernier, y compris dans l’es­pace public.

    On inter­dit par contre les discri­mi­na­tions, la violence envers autrui, la contrainte sur autrui. C’est ça qui est inter­dit, peu importe que ce soit pour des raisons reli­gieuses ou non.

    Ce qui est dit c’est simple­ment que votre reli­gion ne vous ouvre aucun droit en plus, ne justi­fie rien ni en plus ni en moins aux yeux de la loi. Votre opinion reli­gieuse n’est pas plus proté­gée des critiques qu’une quel­conque autre. On s’as­sure juste que vous ayez le droit de l’avoir et pas de contrainte spéci­fique à l’exer­cer.


    J’irai même plus loin. La croyance que dieu n’existe pas est une croyance reli­gieuse (liée au rapport au divin). Je la traite exac­te­ment de la même façon que celles qui veulent qu’un ou plusieurs dieux existent.

    Vouloir empê­cher autrui de prier, de s’ha­biller, d’ex­pri­mer sa croyance, me semble aussi domma­geable que vouloir forcer la prière, l’ha­bit, ou l’ex­pres­sion d’une croyance.

  • Verba­lisé parce que (seconde édition)

    J’avais fait un premier inven­taire qui a pas mal circulé en avril. J’ai fini par l’ar­rê­ter, faute de temps, parce que les pratiques s’étaient (rela­ti­ve­ment) calmées quand la presse a commencé à s’en faire le relai.

    J’ai aussi arrêté parce que mon objec­tif commençait à être mal inter­prété. Mon but n’était pas de créer une base exhaus­tive. Il aurait fallu trier en enquê­tant sur chaque cas. Le nombre, le nom de certains des auteurs, la diver­sité et la crédi­bi­lité de certains témoi­gnages me suffi­saient à atti­rer l’at­ten­tion sur l’exis­tence d’un phéno­mène.

    L’exer­cice n’était pas plai­sant. Je ne pensais pas le recom­men­cer. Et là je tombe sur suffi­sam­ment exas­pé­rant pour au moins en faire quelques lignes. Cette fois-ci pas de débat, pas de petite histoire de la cousine sur twit­ter, mais ce n’en est que pire.



    Pour­tant être dans un super­mar­ché, s’il y a une chose de certaine, c’est bien que le dépla­ce­ment est justi­fié au titre du confi­ne­ment. Bon, ils n’ont pas auto-attesté qu’ils étaient là où on les a contrôlé alors ça ne compte pas. C’est bien ça l’im­por­tant, non ?

    Vous admi­re­rez la synchro­ni­sa­tion des préfec­tures de Loire-Atlan­tique et du Morbi­han, et la fierté d’icelles au point d’en faire une opéra­tion de commu­ni­ca­tion. Diffi­cile d’ar­guer d’un simple déra­page des agents locaux.


    Note : Contrai­re­ment à ce que le poli­cier dit sur la vidéo, les rassem­ble­ments reven­di­ca­tifs sont expli­ci­te­ment auto­ri­sés.

  • Je ne comprends pas

    Je pour­rais encore et encore me scan­da­li­ser des sorties de nos repré­sen­tants en réac­tion au meurtre récent, toutes plus stupides et dange­reuses les unes que les autres, et certaines fonciè­re­ment racistes ou xéno­phobes. Je pour­rais expliquer et mili­ter, encore et encore.

    Mais surtout je ne comprends pas. Vrai­ment. Je ne comprends pas cette esca­lade.

    Même en agré­geant une décen­nie d’at­ten­tats en France, nous arri­vons à peine à quelques centaines de morts et rien — à part nos propres réac­tions poli­tiques — qui ait réel­le­ment mis à mal nos liber­tés ou notre sécu­rité, du moins pas au regard des autres enjeux et des autres risques.

    Ce n’est pas rien, ça mérite toute notre atten­tion, mais des morts et des scènes horribles on en a eu d’autres. Une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint, avec plus d’une centaine de viols par jour, rien qu’en France, plus d’un demi-million sur la décen­nie. Cette mort là est parti­cu­liè­re­ment barbare mais ce n’est pas non plus unique, malheu­reu­se­ment.

    Pour autant c’est ici que nous passons en mode bull­do­zer écra­sant tout sur son passage. Nous faisons fi de toute raison ou de tout dommage colla­té­ral.

    Trai­tez-moi d’in­sen­sible ou de déta­ché mais vous auriez tort. Ce n’est pas un froid rela­ti­visme à partir d’une naïve compa­rai­son de chiffres. Je ne cherche pas quel est le pire ni ne rejette l’hor­reur sous prétexte qu’il y a pire. Ça n’au­rait aucun sens.

    Si je remets en contexte c’est que je ne comprends simple­ment pas comment nous justi­fions des discours d’un tel renon­ce­ment à toute mesure, à nos liber­tés et à nos valeurs. Je ne comprends pas l’em­bal­le­ment de ces jours ci.

    Notre président a plusieurs fois dit « nous sommes en guerre » par le passé. Nous venons effec­ti­ve­ment de passer dans une logique de guerre, où tout devient possible, où la fin justi­fie les moyens, et où on accepte de mettre nos prin­cipes au placard.

    Peut-être que ça va se calmer d’ici quelques jours. Je le souhaite. Je l’es­père. Même dans ce cas, nous avons passé des lignes que je ne pensais pas voir de la part des personnes au pouvoir.

  • On a du se plan­ter quelque part

    Un simple tweet de JL Mélen­chon suite aux annonces de couvre feu du gouver­ne­ment.

    Je ne discute pas le fond. Il est un des leaders de l’op­po­si­tion, et est tota­le­ment fondé à dire ce qu’il pense des déci­sions poli­tiques, qu’on soit d’ac­cord ou pas avec lui. Il a même le droit de dire des bêtises.


    S’en suit un article de France Inter qui contre­dit le chiffre. Ce ne sont pas 60% des conta­mi­na­tions mais 60% des conta­mi­na­tions dans des clus­ters iden­ti­fiés, ce qui repré­sente en réalité une très faible part des conta­mi­na­tions totales. Vrai problème : On n’a pas d’in­di­ca­teurs sur les autres.

    Les déco­deurs du Monde font pareil moins d’une demie-heure ensuite. Leur article est déjà un peu plus déran­geant parce que les deux para­graphes de conclu­sion se basent sur des « le gouver­ne­ment estime désor­mais perti­nent de … » et « le chef de l’Etat a par ailleurs reven­diqué l’objec­tif de … », donnant un poids aux déci­sions poli­tiques juste­ment contes­tées par JL Mélen­chon, mais sans les justi­fier par un quel­conque chiffre de meilleure qualité que ceux avan­cés par JL Mélen­chon.

    Je suis assez gêné parce qu’entre un oppo­sant qui sur-inter­prête le seul chiffre dispo­nible et un gouver­ne­ment qui n’en donne aucun… on vient de sacra­li­ser la posi­tion poli­tique du gouver­ne­ment et de décla­rer l’op­po­sant comme un trublion qui ne se base pas sur les faits.

    Ces jour­naux sont dans leur plein rôle à remettre de l’ordre dans des affir­ma­tions trop rapides. Pour autant, les remises en contexte ont elles aussi un impact poli­tique à ne pas négli­ger. Le choix de ce qu’on dit ou ne dit pas n’est pas neutre.


    Ce qui me gêne vrai­ment je l’ai vu ensuite. Quelqu’un a repu­blié les dires de JL Mélen­chon en capture d’écran sur Insta­gram.

    Et là on saute dans une autre dimen­sion. La parole de l’op­po­sant poli­tique, légi­time à défaut d’être juste, se fait remettre en contexte par… un lien vers le site du gouver­ne­ment.

    J’ai un peu mal. La ques­tion n’est pas qui a raison et qui dit des bêtises, mais comment on présente et contex­tua­lise tout ça.

    Ce n’est pas comme ça que devrait se passer le débat poli­tique public. On a du se plan­ter quelque part.

  • Nous avons encore du temps, trop de temps

    Entre ceux qui hurlent au fascisme à chaque contrainte d’ur­gence sani­taire et ceux qui ne veulent pas libé­ra­li­ser le télé­tra­vail là où c’est possible pour ne pas casser le lien social mais qui sont prêts à couper toute rela­tion sociale hors du travail… je ne me retrouve nulle part.

    Ok mais si tu es contre les mesures du gouver­ne­ment, tu proposes quoi ?

    Honnê­te­ment ce n’est pas que je sois contre, juste que je n’ai vu aucun chiffre ni aucune argu­men­ta­tion qui laisse penser que ça aura un effet à la hauteur du néces­saire.

    Je sais qu’il faut viser un temps long. Notre président a parlé d’été 2021 mais même ce scéna­rio est assez opti­miste. Arrê­ter de nouveau le pays c’est une solu­tion d’ul­time recours.

    Cela dit c’est facile d’in­ter­dire des trucs au fur et à mesure de la propa­ga­tion de l’épi­dé­mie mais, si on ne veut toucher ni au travail ni aux études, ça finit par bras­ser beau­coup de vent.

    Nous avions un trimestre pour prépa­rer.


    On aurait pu se dire que subven­tion­ner le maté­riel et les infra­struc­tures qui permettent de télé­tra­vailler aux sala­riés qui le peuvent. Ça aurait été cher, mais proba­ble­ment pas plus que du chômage partiel, et ça aurait été un inves­tis­se­ment durable pour les entre­prises, donc pas perdu pour l’éco­no­mie.

    On aurait pu en faire de même pour les étudiants et les ensei­gnants, avec des équi­pe­ments infor­ma­tiques utili­sables (pas ceux d’Ile de France), et des solu­tions 4G pour la connec­ti­vité. On a roya­le­ment prévu 5 000 postes (non, il ne manque pas de 0), autant dire rien.

    On aurait pu établir un proto­cole pour faire un maxi­mum de cours à distance aux lycéens et étudiants, tout en permet­tant à ceux qui ne le peuvent pas (isole­ment très fort, manque de place à la maison, manque de maté­riel, manque de compé­tences, suivi abso­lu­ment néces­saire) de venir suivre ces cours distan­ciels dans les locaux (bien plus vides et donc moins risqués, y compris côté trans­ports pour y aller) avec quelques recru­te­ments ad-hocs supplé­men­taires pour cet accom­pa­gne­ment.

    On aurait pu faire que le télé­tra­vail soit un droit pour les sala­riés dont le travail et les condi­tions person­nelles le permettent, et les auto­ri­ser – éven­tuel­le­ment après confir­ma­tion des instances repré­sen­ta­tives – à passer outre les réti­cences des mana­gers ou de la direc­tion, voire à forcer l’en­tre­prise à inves­tir dans un VPN et des outils pour ça. Ça ne concer­ne­rait pas tout le monde mais ça sera ça de moins, y compris dans les trans­ports.

    On aurait pu renfor­cer les offres de forma­tion et de recon­ver­sion, quitte à les subven­tion­ner de façon massive. Si le travail ne tourne pas à plein régime, autant utili­ser ce temps pour inves­tir sur l’ave­nir.

    C’est vrai aussi pour toutes les indus­tries qu’on sait en déclin ou problé­ma­tiques pour le climat. Plutôt que de subven­tion­ner leur acti­vité pour la faire redé­mar­rer à l’iden­tique sur fonds publics, c’était l’oc­ca­sion de jeter les premières pierres de trans­for­ma­tion.


    On aurait proba­ble­ment pu et on peut encore proba­ble­ment plein de choses, mais non. Peut-être pas ce que je propose (je n’ai peut-être pas vu tel ou tel problème majeur dans mes para­graphes précé­dents) mais imagi­ner des solu­tions de trans­for­ma­tion.

    Les trans­for­ma­tions les plus profondes que j’ai vu passer, ce sont des pein­tures pour des pistes cyclables tempo­raires dans certaines agglo­mé­ra­tions. Je ne critique pas, j’ap­plau­dis au contraire d’avoir trans­formé plutôt que juste inter­dit ou règle­menté, mais c’est bien peu.

    Nous avions un trimestre. J’ai envie de hurler parce qu’on n’a rien préparé à part de jolis discours pour dire qu’on était prêts.

    J’ai envie de hurler mais je préfère me concen­trer sur l’ave­nir. Nous avons encore du temps, plein de temps, trop de temps en fait parce que la situa­tion risque de durer. Ce temps il serait bien de l’uti­li­ser à autre chose que déli­mi­ter ce qu’on inter­dit au fur et à mesure de la propa­ga­tion.

    Je n’ai pas l’im­pres­sion que nos réponses soient aujourd’­hui à la hauteur des enjeux.

    Sans entrer dans le poncif stupide de « trans­for­mons le désastre en oppor­tu­nité », il y avait et il y a toujours une oppor­tu­nité d’in­ves­tis­se­ment et pas juste de « dépen­sons plus ».