Sérieusement, je ne pourrai pas me passer de bloqueur de pub, mais je ne peux pas cautionner ces pratiques. Oui, vous pouvez désactiver la liste blanche, mais ce n’est pas une question de voir ou non les publicités de la liste blanche. C’est que je me refuse à donner du poids à cette extension pour qu’ensuite l’auteur le monétise de cette façon. Sur Firefox vous pouvez regarder du côté de adblock edge qui fait la même chose mais sans cette politique de rançon.
Auteur/autrice : Éric
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Bonnes pratiques API – les fichiers
J’ai eu la chance d’échanger autour des API à trois conférences récemment. Les sujets ont été globalement les mêmes mais sous des angles différents.
Mes réflexions avancent suite aux discussions et aux différents retours. Maintenant c’est à moi de travailler un peu pour ordonner tout ça et le retranscrire quelque part.
Entre temps je mets en ligne mes notes et mes présentations pour ceux que ça intéresse.
- Quelques notes sous forme de carte hiérarchique
- La présentation avec David Larlet au Mix IT de fin avril
- La présentation au Blend Web Mix de début octobre
- La présentation à Paris Web mi octobre
Je vous recommande surtout les notes et la présentation Paris-Web comme premières lectures. Normalement les trois présentations ont été enregistrées en vidéo, vous devriez les retrouver sur les pages des différents événements le temps que le montage soit terminé (mais en général ça prend du temps).
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Mansplaining
Fatiguant aussi de voir que ceux qui luttent contre le sexisme en font eux aussi dans leur réaction.
Chacun a son biais, son prisme de lecture. Vous, moi, les autres. D’un côté ceux qui, de par un historique culturel sexiste, ont du mal à se détacher totalement de certains biais malgré toute la bonne volonté du monde. De l’autre ceux qui militent et qui eux même risquent de trop facilement de faire coller ce qu’ils combattent à ce qu’ils rencontrent. Je fais probablement alternativement partie de l’un et de l’autre, suivant le contexte.
Non seulement chacun a son biais mais il est extrêmement difficile de s’en abstraire, quand bien même notre interlocuteur le pointe explicitement. Au mieux on prend souvent un autre biais, parfois l’opposé.
Personne n’a *la* vérité, pas plus les concernée que les autres (si tant est que dans la question seules les femmes sont concernées, ce qui me semble discutable vu que justement c’est aussi le comportement des hommes qu’il faut changer). Peut être même encore moins d’ailleurs. Une visite au tribunal fait vite prendre conscience que malgré toute la compassion qu’on peut avoir, la victime est rarement la meilleure conseillère sur le jugement à apporter.
Ce débat sur le féminisme avec des hommes blancs c’est rigolo, mais : fatiguant de repartir de zéro, pis j’ai un travail à faire :)
Bref, ça m’agace, et je trouve détestable ce terme de « mansplaining » et la pensée qu’il sous-tend. Wikipedia me donne « Explication faite par un homme a une femme sur ce qu’elle doit faire ou ne pas faire avec condescendance parce que cette dernière est une femme. »
Et finalement le feedback de mansplaining est une explication faite à un homme sur ce qu’il doit ou non penser sur le sujet du féminisme, faite avec condescendance, parce que ce dernier est un homme.
Si vous ne trouvez pas ça dramatiquement ironique, moi si.
Que la remarque soit justifiée ou pas, ça reste du plus beau sexisme. Si le seul feedback qu’on trouve à faire à un homme dont on trouve les idées fausses voire stupides c’est qu’il les fait parce qu’il est un homme, il ne faudra pas s’offusquer d’entendre par la suite que d’autres ont d’autres idées stupides ou sont peu capables de faire X ou Y parce qu’elles sont femmes.
Peut être qu’en disant ça certains diront que je fais moi-même du mansplaining. Ou pas. C’est bien tout l’objet du billet. Toujours est-il que je trouve le terme et son usage des plus crétins. Il existe d’autres variantes, entre autres pour le racisme, pas meilleures.
Si vous voulez me faire plaisir et avoir une écoute d’autant plus attentive, peu importe que ça ne me soit pas destiné : évitez ça en ma présence. Je suis conscient des biais de chacun, y compris des miens même si je ne les vois pas. Par contre je me refuse à écouter celui qui n’est pas prêt à considérer son interlocuteur comme intelligent et capable de réfléchir.
C’est encore pire quand c’est juste une façon de refuser une vision tierce moins radicale, mais c’est un autre débat. Considérer qu’une vision divergente est forcément stupide, non éclairée, non réfléchie ou extrêmement biaisée, c’est malheureusement commun et absolument pas spécifique au sujet.
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Paris web en une anecdote
Il y a quelques minutes : Questions réponses après une conférence technique qui débordait sur l’éthique, sur l’interaction entre la technologie et notre monde.
À deux langues de distances, l’orateur à une conférence technique répond à une question d’un malentendant. Interprète LSF-français, traduction français-anglais, en direct. Même chose dans l’autre sens. Au-dessus défile un sous-titrage automatique de tout ce qui est dit, le tout (audio, vidéo, sous-titrage) transmis en direct sur le web.
Parler d’accessibilité est une chose, le faire en est une autre.
Si je dois résumer ce qui a été créé à Paris Web et que je ne retrouve nulle part ailleurs, même en dehors de nos frontières, je crois que ce sont ces quelques minutes qui l’expriment le mieux.
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Les inégalités de salaires diminuent-elles vraiment ?
Données brutes : Le ratio entre les 10% les mieux payés et les 10% les moins bien payés a tendance à se réduire. Il était de 3,4 en 1950, presque 4,2 en 1966, et tombe maintenant en dessous des 3.
L’idée va plutôt contre les préjugés. Les classes aisées ne le sont pas tant que ça, et on bascule vite dans les déciles les plus haut.
Cette évolution s’accompagne toutefois d’une montée forte des dépenses obligatoires comme le logement ou le chauffage. Il serait intéressant de regarder si le ratio évolue dans le même sens si on ne prend en considération que le revenu après dépenses obligatoires. J’en suis moins convaincu mais je manque de chiffres.
Par contre là où l’analyse est intéressante, c’est que si ça s’écrase entre le premier et dernier décile, c’est surtout au bénéfice des derniers centiles. Les revenus et le poids des 1 à 3% les mieux payés s’envolent.
En dix ans les moins riches ont évolué un peu plus vite que les classes moyennes. La répartition est même étonnamment homogène aux alentours de 6%. Seuls les trois premiers déciles bénéficient d’un léger coup de pouce avec un gain montant jusqu’à 10%.
Là où c’est étonnant (ou pas), c’est que le gain se fait légèrement plus fort à partir des 95%, puis encore plus à partir des 98%, pour culminer à 11% pour le dernier centile. Les 2 à 3% les plus riches font une échappée difficile à justifier. Mais quand on regarde encore plus en détail, le dernier millième (les 0,1% les plus riches) augmentent eux de 28%.
Bref, l’aplatissement du ratio entre le premier et le dernier décile n’est pas forcément un bon signe, c’est juste le symptôme qu’une très faible minorité des plus riches est en train de lâcher tous les autres, qui se retrouvent dans le même bain que les classes moyennes. En regardant de loin la société semble plus égalitaire, en regardant de près c’est tout l’inverse.
1996 2006 Gain en euros Gain en % 10 % touchent un salaire inférieur à : 1 251 1 382 131 10,5% 20 %… 1 418 1 551 133 9,4% 30 %… 1 572 1 702 130 8,3% 40 %… 1756 1865 108 6,2% 50 %… 1 931 2 050 119 6,2% 60 %… 2 149 2 282 133 6,2% 70 %… 2 448 2 599 151 6,2% 80 %… 2 921 3 102 180 6,2% 90 %…* 3 905 4 146 241 6,2% 95 % … 5 102 5 471 369 7,2% 98 %… 7 133 7 725 592 8,3% 99 %… 8959 9 995 1 036 11,6% 99,9 %… 19 374 24 800 5 426 28,0% -
Une opinion est juste un fait qui fait débat
On me reproche parfois de présenter mes opinions de façon trop affirmative, sans atténuation. C’est un parti pris volontaire de ma part.
Tout ce que je dis n’est qu’opinion. Même quand ce pourrait être présenté comme un fait, finalement ce peut être sujet à débat. Le mur rouge en face de moi certains le verront peut être oranger, peut-être faudrait-il vérifier sous un autre éclairage, peut être ai-je un trouble de la vision ce matin, voire des souvenirs défaillants vis à vis de la couleur du mur.
Une opinion est juste un fait qui fait débat.
Bref, mes propos n’engagent que moi (ou ma source quand je la cite), et tant que je suis prêt à être contredit et à changer d’avis, je m’autorise à affirmer directement. Je ne vois aucune valeur ajoutée à agrémenter chaque phrase de « je pense », « je crois », « selon moi ». À chacun d’accepter d’entendre des opinions contraire sans imposer aux autres qu’elles soient mises en sourdine par mille précautions oratoires. Je m’autorise même à dire que les brocolis c’est vraiment dégueulasse, sans avoir à dire que « je n’aime pas ». C’est dire si je suis un mauvais garçon.
La nuance je la met quand mon opinion n’est pas totalement forgée, quand j’hésite, ou (malgré moi) quand je sais que ça risque d’être mal pris.
Pour aller plus loin, oui, parfois j’exprime même des opinions sans avoir toute la vérité à ma connaissance. De la même façon que je ne souhaite pas ajouter « selon moi » à chaque phrase, je ne souhaite pas ajouter « d’après ce que j’en sais » non plus. Il est évident que j’exprime une opinion uniquement en fonction de ce que je sais ; et je n’aurai de toutes façons jamais la prétention de tout savoir, quel que soit le sujet. Je m’astreins juste à ne pas rester sur mon opinion première quand j’en apprends plus.
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Retour sur terre, 50K
Petite conversation surréaliste il y a quelques jours sur twitter à propos de « gagner 50K€ par an ». Entre ceux qui ne voient que la moitié de la conversation et ceux qui ne se comprennent pas, j’ai promis de mettre quelques lignes ici.
Tout d’abord les faits : Le revenu fiscal total médian est de 1474 € / mois pour une personne seule, 2410 € / mois pour un ménage. Avec un calcul grossier ça nous donne respectivement 23 K€ annuels bruts pour un célibataire et 38 K€ annuels bruts pour l’ensemble du ménage (donc le cumul des deux revenus).
Pour atteindre 50 K annuels bruts, nous sommes entre le sixième et le septième déciles. Dit autrement, si vous gagnez ça en cumulant l’intégralité des sources de revenu de la famille, vous êtes dans le tiers français le plus aisé. Si vous comptez pour un foyer d’une seule personne, vous êtes dans les 10% les mieux payés à partir de 47 K€ annuels bruts.
Entendre dire que c’est juste pour vivre ou même que ce n’est pas particulièrement confortable, c’est juste une insulte aux deux tiers des français, voire plus. Il serait temps de se réveiller un peu et de regarder autour de soi.
Il n’y a aucun mal à gagner plus, à considérer qu’on devrait gagner plus, ou à chercher à le faire. Par contre le minimum c’est de ne pas oublier ce que ça veut dire par rapport aux autres, et de se rappeler qu’on est aisé (voire riche).
Et pour ceux qui pensent qu’il en va différemment sur Paris, que là bas il faut bien 50 K€ annuels pour vivre : Le revenu fiscal médian par ménage y est de 2 835 € / mois, soit environ 45 K€ annuels bruts (cumulé pour l’ensemble du ménage). À 50 K€ cumulé sur le ménage, vous êtes au dessus de la moitié des parisiens, qui sont eux-même largement au dessus de la moyenne française. Et si vous êtes célibataire, ça reste au dessus de 75% des parisiens.
Petite note avant commentaires : Oui ce ne sont que des statistiques, mais on a l’habitude de calculer le seuil de pauvreté à partir du revenu médian, donc la statistique n’a pas aucun sens non plus dans ce cas précis.
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Entreprendre en France
Mon passage au Blend Web Mix m’a un peu secoué la caboche. Déjà je me suis vu aller dans les salles « business » et « entrepreneur », moi qui n’ai toujours juré que par la technique. Ça me fait un peu drôle.
Mais aussi j’ai entendu les orateurs dire que la France était un des meilleurs endroits pour commencer et pour placer sa R&D. Ça a commencé dès le début et ça ne s’est pas arrêté avant la fin. On ne parle pas d’un seul intervenant isolé mais de l’essentiel de la scène, avec des entrepreneurs chevronnés et business international.
Donc voilà, j’ai entendu ces gens dire que la France était un bon pays pour les startups, que les ingénieurs (informatique) n’y étaient pas chers, que nous avions de l’aide et des subventions, que nous avions en parallèle assez peu de concurrence, et de très bonnes infrastructures. Et… pour finir de mettre une baffe à ceux qui râlent continuellement sur cette France qui empêche tout business, on y a même entendu que la fiscalité y était avantageuse. Oui Messieurs-dames.
Alors quelques rappels :
- Oui on paye pas mal de charges sur les salaires, mais comparé à un salaire de développeur sur une côte des États-Unis, le coût final reste encore facile deux fois moins cher, peut être trois fois moins si on prend en compte l’environnement autour du développeur.
- Oui il est un peu plus difficile de licencier en France (un peu seulement, pour quelques poignées d’ingénieurs, on trouve des solutions) mais la loyauté est là en retour, et les employés français sont dans les plus productifs.
- Oui personne ne veut payer des impôts et taxes, et il y aura toujours un pays où ce sera moins élevé, mais en retour on a des infrastructures, un niveau d’éducation moyen et des aides que n’ont pas la plupart des pays
Visiblement amorcer aux États-Unis c’est juste un ordre de grandeur plus coûteux qu’en France si on en croit ceux qui ont essayé dans les deux pays. Voilà pour les idées reçues.
Des fois il faut aussi jeter notre côté râleur et essayer de voir un peu plus loin.
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Réjouissons-nous, un candidat FN sera élu
Il semble que candidat FN ait fait au moins 40% sur la dernière cantonale partielle dans le Var. Au lieu de crier, menacer et faire peur, ne pourrait-on pas se réjouir ?
Non, je ne parle pas de sombre calcul destiné à réveiller les consciences ou provoquer un sursaut « républicain ». Il est simplement normal qu’il y ait des élus FN, et il devrait même y en avoir beaucoup plus. Ce serait juste et bien pour notre démocratie.
Le Front National fait régulièrement 15 voire 20% aux élections nationales, avec une concentration plus forte dans le sud proche de la Côte d’Azur.Avec un ancrage local fort, le FN n’a pour l’instant qu’un seul conseiller général sur 3900, et qu’un unique député sur 577 (trois si on compte les députés apparentés à un mouvement dont les idées sont proches).
Oui, c’est le jeu des élections majoritaires, c’est ainsi. Il n’empêche que je ne peux me réjouir du résultat actuel, et qu’un élu FN de plus reste un pas important dans la bonne direction. Comment donner l’impression à ces 20% que la classe politique est à même de les représenter si un tel mouvement ne mène à rien ? Pourquoi n’y-a-t-il pas de débat d’idées au lieu de ce rejet pur et simple ?
La démocratie c’est discuter avec son voisin, et pas seulement ceux avec qui on partage les idées. Auriez-vous simplement peur de la démocratie ? Croyez-vous que la démocratie ne se fait qu’entre gens qui s’apprécient ? Et si vous pensez que les électeurs FN votent uniquement par rejet, le meilleur moyen de les faire reprendre le jeu démocratique collectif, c’est bien de leur montrer qu’ils ont autant de voix que les autres.
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Fiction amazonienne
Le parlement s’est enfin chargé du sujet brûlant des libraires. La concurrence d’Amazon commençait à les mettre à risque dangereusement.
Il faut dire qu’Amazon a un tel volume qu’il pouvait faire ce qu’aucun libraire ne peut envisager: Acheter de la surface au sol en centre ville pour y poser du stock au plus près des clients, payer des vendeurs-conseil à attendre ces clients toute la journée, et laisser ces derniers flâner et se laisser tenter sur place. Le volume de vente énorme créé par ce nouveau modèle de vente lui permet d’amortir très facilement tous ces coûts supplémentaires et de les offrir aux clients fidèles.
Les libraires historiques qui faisaient de la VPC par économie se retrouvent dépassés. Nous risquons de perdre tout notre riche réseau de libraires sur Internet si on ne les protège pas. Ceux qui ont tenté l’aventure en créant eux aussi des magasins physiques ont bien du mal à dégager une marge suffisante pour ne pas facturer les services en plus, comme l’accès au magasin, au parking privé attenant, ou à la demi-heure de conseil personnalisé par un vendeur humain.
Autant dire que l’activité d’Amazon agaçait depuis longtemps, surtout vue du point de vue du prix unique du livre. Offrir tous ces services indépendants en plus de la prestation de vente et de remise du livre acheté était considéré par beaucoup comme un détournement du prix unique du livre.
Bientôt ce sera fini, les libraires avec magasin en centre ville ne pourront plus cumuler la remise de 5% sur le prix du livre et la gratuité des services attenants au magasin physique. Les libraires historiques (vpc) pourront enfin souffler et survivre.
Ce qui est très marrant c’est qu’on peut réécrire l’histoire actuelle dans l’autre sens, et que ça fonctionne encore mieux. Le problème n’est pas celui des frais de port, c’est celui de la défense d’un ancien modèle face au seul un acteur qui a investit massivement dans un nouveau modèle pertinent, et qui acquiert en retour une masse critique dangereuse. A-t-on vraiment choisi le bon style de réponse ?
