42 pour une seule école ? ça fait 41 de trop

Bon, une nouvelle école. Quelques réac­tions :

J’ap­pré­cie l’ou­ver­ture sans trop faire atten­tion à l’âge. Les forma­tions privées sont trop souvent atta­chées au cursus avec l’obli­ga­tion d’en­chaî­ner sans s’ar­rê­ter sous peine de devoir passer dans les forma­tions conti­nues spéci­fiques pour.

J’ap­pré­cie aussi l’hon­nê­teté de faire une vraie sélec­tion, sur l’été pour lais­ser les élèves avoir une porte de sortie avec la fac. Le fait de croire dans une forma­tion de déve­lop­peur et pas que dans des chefs de projets / ingé­nieurs, ça me fait aussi plai­sir : Il faut recré­di­bi­li­ser ces postes si on veut avoir des gens compé­tents.

Tech­ni­cien expert, C++

On y forme des tech­ni­ciens, dans la pure lignée Epita / Epitech. Que ce soit un ancien Epitech qui reprenne la chose n’est pas anodin. Ce n’est ni un plus ni un moins, juste diffé­rent de beau­coup de forma­tions actuelles. Je conti­nue à voir une vraie diffé­rence entre ceux qui sont formés avec une orien­ta­tion « ingé­nieur » et ceux qui sont formés avec une orien­ta­tion « tech­ni­cien expert ».

Une école de plus avec de réels tech­ni­ciens infor­ma­tiques très poin­tus, ok, pourquoi pas, voyons plus loin.

On ne cède pas à la mode. Tout s’ap­prend par C++ dès la première année. C’est la langue obli­gée qui sert de base pour le reste si je lis bien le programme. Je dirais que ça ne fait pas de mal, que les déve­lop­peurs bas niveau sont trop peu nombreux, mais je ques­tionne la perti­nence de voir le modèle objet par le prisme de C++.

Peu de web

Par la suite il y a de nombreuses sections pour C# et les tech­no­lo­gies Micro­soft, quelques sections Java, mais pour le reste on repas­sera : 3 crédits pour apprendre toutes les tech­no­lo­gies web (Javas­cript, PHP, HTML, XML, etc.) et 3 autres pour apprendre en même temps les frame­works web et le e-commerce (Rails, Zend, Ruby, le e-commerce, les cms, les IHM web, et même l’er­go­no­mie web), ça fait fran­che­ment chiche, même pour un simple survol Si j’étais méchant je dirai qu’on comprend mieux le pourquoi des inter­faces de Free.

Peut être est-ce parce que c’est mon domaine et que j’y attache de l’im­por­tance, mais le web me semble l’objet tech­no­lo­gique majeur de ces dernières années. Bref, pour moi c’est étrange d’y consa­crer si peu. Je ne vois pas les gens apprendre Javas­cript, PHP, HTML5, Zend Frame­work, Ruby et Rails comme ça d’un coup.

Quelques points datés

Je conti­nue à tiquer sur GANTT, UML, Merise, ITIL. Je peux le comprendre dans certaines forma­tions. J’ai plus de mal dans une nouvelle forma­tion de zéro, et surtout dans celle là qui est très orien­tée pratique / tech­nique / déve­lop­pe­ment.

À l’in­verse, pour une forma­tion axée sur le projet et la mise en pratique, parler de méthodes agiles en dernière année ça me semble un peu du gâchis.

Point global sur le programme

Bon, mais fina­le­ment tout ce qui précède reste assez cohé­rent. On forme des tech­ni­ciens experts, plutôt bas niveau, dont le haut du panier saura proba­ble­ment inter­ve­nir partout avec aisance et compé­tence.

Tout juste le programme laisse-t-il appa­raître beau­coup de noms de tech­no­lo­gies et j’au­rais aimé y voir plus d’al­go­rith­mie ou de théo­rie, mais il est tout à fait possible que ce soit abordé à l’oc­ca­sion des projets.

Je ne vais pas dire que c’est ce que j’au­rais choisi en créant une forma­tion, mais ça ne me semble pas méri­ter toutes les critiques que j’ai vues.

Enro­bage marke­ting

Non, moi ce qui me fait prendre de la distance c’est l’en­ro­bage. Ça pue le mauvais marke­ting au point que ça en est néga­tif. J’ai l’im­pres­sion de retrou­ver l’EPITA en 97 : tutoie­ment, on met en avant la créa­tion de virus, une épreuve de sélec­tion « ultime et redou­table » (qui élimine 2/3 à 3/4 des candi­dats, donc bien moins que la plupart des concours ou proces­sus de sélec­tion, dans l’édu­ca­tif ou non), le but est plus d’en mettre plein les yeux que d’ap­pa­raître sérieux.

On retrouve aussi cet enro­bage dans le super marke­ting « pas de diplôme, l’im­por­tant ce sont les compé­tences ». Sauf que le diplôme en France c’est essen­tiel­le­ment un certi­fi­cat indiquant que tu as suivi une certaine forma­tion. Au lieu d’in­diquer « diplôme de master à xxxx » les élèves indique­ront « suivi forma­tion complète à xxx ». S’ils ne le font pas c’est mauvais signe pour la répu­ta­tion de la forma­tion en ques­tion.

Pas de diplôme

Au final ça ne chan­gera donc rien. Ou plutôt si, ça rendra impos­sible certains emplois publics ou diffi­cile certaines embauches à l’étran­ger, ça sera irréa­liste d’en­chaî­ner sur d’autres études supé­rieures comme la recherche ou un MBA en gestion/commerce pour la double compé­tence, et ça empê­chera les échanges par équi­va­lence de diplôme/compé­tence en Europe.

Je note d’ailleurs que le parcours du DG[*] avec un MBA à HEC ne peut proba­ble­ment pas être fait dans cette nouvelle école (sauf à reprendre de zéro la prépa HEC) juste­ment à cause du manque de diplôme. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Tout ça pour quoi, un effet de manche marke­ting ?

En fait là aussi ça me fait beau­coup penser à l’EPITA qui à l’époque se défen­dait de trou­ver un inté­rêt à avoir un diplôme reconnu par la CTI mais qui tentait régu­liè­re­ment de la demande (et se fera reje­ter jusqu’en 2007).

Je me dis que l’ab­sence de diplôme en sortie est proba­ble­ment dû à l’ab­sence de pré-requis du bac en entrée (ça empêche proba­ble­ment de faire recon­naître le niveau ensuite par l’État) mais ça aurait été plus honnête de l’ex­pri­mer ainsi.

[*] D’ailleurs, c’est moi ou il y a un couac ? Dans son profil Linke­din le DG en ques­tion est ingé­nieur EPITA depuis 92 alors que cette dernière ne délivre de diplôme reconnu que depuis 2007. Même chose pour la préci­sion du master EPITECH 2005 alors que l’école n’est habi­li­tée que depuis 2007. Pire, parce que là il indique une forma­tion entre 1999 et 2005 alors qu’il a fondé l’école et en était le DG à ce moment là (ça me parait un peu incom­pa­tible avec l’idée d’en sortir diplômé pour moi). On voit qu’ef­fec­ti­ve­ment tout n’est pas clair côté diplômes, et ça n’ins­pire pas confiance (Je me souviens un peu trop de l’am­bi­guité entre­te­nue concer­nant le titre ingé­nieur à l’EPITA avant qu’ils n’ob­tiennent l’ha­bi­li­ta­tion).

Forma­tion

Je retrouve encore EPITA dans l’idée qu’ils forment des archi­tectes tech­niques, des chefs de projets et des experts. J’ai bien parlé de tech­ni­cien expert plus haut, mais c’est plus pour faire la diffé­rence avec nombre de forma­tions de tech­ni­ciens basiques. Il reste que faire miroi­ter qu’être archi­tecte ou expert en sortie d’école c’est trom­per les élèves. À mon époque certains EPITA croyaient valoir deux fois le salaire d’em­bauche moyen telle­ment on leur montait la tête à ce niveau (je parle d’EPITA mais ce n’étaient pas les seuls).

Et là où je bip c’est quand je vois parler d’école peer-to-peer. Outre le mot clef marke­ting pour les élèves en manque, ça me rappelle ce que j’ai vu dans d’autres orga­nismes de forma­tion où ce sont les élèves qui donnent les cours aux autres élèves. Ça peut fonc­tion­ner, mais ça a aussi de graves manques. C’est aussi juste infai­sable au départ.

Si on ajoute que monter une promo de 1000 élèves en une seule année est quasi­ment infai­sable en arri­vant à une bonne qualité de forma­tion, j’ai tendance à croire que les cinq premières promo passe­ront à la trappe et qu’on s’en moque.

Epita / Epitech / 42

Au final voilà juste une EPITA / EPITECH de plus, fondée par la même personne, avec la même orien­ta­tion de tech­ni­cien expert, la même philo­so­phie vis à vis des diplôme (affir­mer que c’est inutile jusqu’à enfin réus­sir à avoir l’ha­bi­li­ta­tion), le même danger sur la forma­tion en partie assu­rée par les élèves. Faire des écoles en série ne m’ins­pire pas tant confiance que ça. La forma­tion n’est cepen­dant pas aussi critiquable que ne le laissent entendre quelques geeks.

Côté résul­tat, comme les EPITA / EPITECH, il peut en sortir du mauvais comme du bon. Et comme dans les deux autres, il en sortira proba­ble­ment quelques-uns de très bons, comme une masse qui n’est pas excep­tion­nelle pour autant. Bref, comme partout : La valeur des gens dépend plus des gens que de la forma­tion.

Vus le système, la promo immense et le côté marke­ting un peu forcé, je conseille tout de même au moins de ne pas faire partie des premières promos qui risquent de payer les pots cassés.

7 commentaires

  1. À signaler, un autre « fork gratuit » d’Epitech : http://www.zupdeco.org/webacademie/

    Ici encore, l’idée est belle et ambitieuse, mais je ne peux m’empêcher de tiquer sur « [une formation] labellisée EPITECH, une référence sur le marché« . Je vois mal les élèves Epitech, qui ont payé 35K€ pour 5 années de formation, apprécier être placés au même niveau que des étudiants non-bacheliers ayant suivi une formation d’intégrateur/dev web. J’ai peur que le mélange des genres puisse être défavorable à tout le monde.

  2. Il reste que c’est une bonne nouvelle d’avoir une école de plus qui forme des gens qui savent coder. Quand Niel dit que le privé fait le boulot que l’Éducation National n’a pas fait, il a pas tort.

    J’ai eu la chance d’intégrer une petite école d’ingénieur qui apprenait à coder dès la 1ère année et ce pendant 5 ans, jusqu’à ce que la CTI impose (pour garder le diplôme) d’avoir une prépa de 2 ans et demi en science classique avant une spécialisation réelle en informatique; Au prétexte, à l’époque (2002-2003 je crois), que de toute façon, le développement plus tard se ferait en Inde ou ailleurs, et qu’il fallait former des gens pour gérer les projets plutôt. On voit le résultat aujourd’hui, un marché de l’emploi tendu qui constitue un vrai frein à la croissance du secteur…

    1. En même temps tu as choisi une filière d’ingénierie longue. Je suis assez d’accord avec le fait qu’apprendre à coder d’y est pas forcément la meilleure option. Ce n’est pas ce qu’on attend généralement d’une formation ingénieur. J’ai l’habitude de séparer le « apprendre à comprendre et savoir faire » du « apprendre à faire ». Au mieux elle se destine surtout à l’informatique et bourre de math au départ, apprend beaucoup de théorie ensuite. La syntaxe même du langage et les bibliothèques standard, c’est moins l’objectif.

      Ca n’empêche pas qu’il manque d’écoles pour développeurs, mais ce sont plutôt des formations courtes en trois ans, comme celle ci d’ailleurs. En voir arriver des pas mal serait effectivement une bonne chose.

      Par contre là aussi je bloque quand je vois l’idée qu’il fait le boulot de l’ÉN. Je sais que le bashing du public est à la mode mais il est amusant que ce sont souvent les mêmes qui tentent de dire que tout doit être dévolu au privé et que le public ne doit pas faire concurrence, et qui se plaignent que le public n’assume pas son rôle. Alors voilà, le rôle principal de l’enseignement public français c’est d’assurer la connaissance. C’est ainsi qu’est organisée la fac initialement. Ca a évolué avec le chômage et l’envie des politiques de professionnalisé tout ça mais si tu as envie d’avoir une formation spécifique à une activité professionnelle particulière, tu peux l’avoir en privé. Bref, Niel ne fait pas le rôle du public, il fait son rôle.

      > On voit le résultat aujourd’hui, un marché de l’emploi tendu qui constitue un vrai frein à la croissance du secteur…

      Plus que le marché tendu (vu le nombre d’informaticiens ou ingénieurs au chomage), je parlerai d’un mauvais placement social du développeur et de la non-valorisation du développement comme choix de carrière. J’en veux beaucoup aux SSII pour les deux problèmes, bien plus qu’aux écoles et formations.

    2. Pour la référence à l’EN, ce que je voulais dire c’est que j’ai jamais compris pourquoi il n’y a pas eu la volonté par l’État de construire à un moment une vraie industrie du numérique, avec effectivement différent types d’écoles (apprendre à comprendre vs apprendre à faire comme tu dis). Les deux sont nécessaires, mais le discours à l’époque c’était que les chinois feront pour nous (je caricature). C’est en cela où je trouve que oui le privé (là avec 42 mais avant avec EPITA/EPITECH) a comblé quelque chose que l’EN n’a pas fait.

  3. @olivier : « une bonne nouvelle d’avoir une école de plus qui forme des gens qui savent coder. »

    Cela reste à démontrer pour l’instant. :) Et le programme PDF est trop succint pour savoir ce qui est offert. Comme par définition, il n’y a pas encore d’anciens pour permettre d’évaluer, nous sommes en pleine illusion.

    Ce que j’aimerais voir d’une école qui forme les gens à coder. La première année, les personnes sélectionnées après un mois d’introduction aux différents métiers informatiques passent deux mois dans une entreprise à découvrir les réalités du terrain, puis reviennent en cours pour passer à de l’apprentissage.

    Un bon codeur n’est pas seulement un bon technicien, c’est aussi une personne qui va travailler au sein d’une équipe. Je suis aussi d’accord avec Eric que de ne pas connaître les détails des parseurs, réseaux, protocoles, etc. est un gros manque. Je ne pense qu’un seul cours pour le Web permettent cela. Il y a également tout ce qui est question de performances et notamment d’informatique « sociale » c’est à dire que le code que l’on développe se retrouve confronter à des dynamiques non contrôlées. Voir l’histoire des parseurs HTML, de la couche HTTP, etc où il est important de comprendre ce qu’est le mustUnderstand où correction d’erreurs à la volée.

    J’aimerais aussi que le codeur-apprenant puisse faire un tour du monde dans différents domaines de l’informatique et différents pays. Les contraintes mobile-réseau en Afrique ne sont pas les mêmes en Afrique qu’au Japon.

    Mais ce qui me dérange beaucoup c’est le message militaro-testotérone de l’école.

    1. Sur le discours militaro-testotérone : d’accord. Ce serait une révolution d’intégrer un cursus qui ne soit pas réservé aux mecs.

  4. Je crois aussi que les premières promos pourront demander des cours « à la carte » plus que suivre le programme. Ils pourront co-inventer le cursus.

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