Catégorie : Politique française

  • Cessons les ambi­guï­tés et arrê­tons de tortiller du cul

    Ces décla­ra­tions ambi­guës du « aucun vote pour Marine Lepen » tout en lais­sant la porte ouverte à l’abs­ten­tion sont juste lâches.

    C’est savoir que les deux ne se valent pas du tout, le dire, mais quand accep­ter de lais­ser la pire contrô­ler le pays pour cinq ans histoire de ne pas avoir à expli­ci­te­ment soute­nir Macron.

    Certaines person­na­li­tés poli­tiques jouent à ce petit jeu. Ils connaissent pour­tant l’im­pact de leur parole, ce qu’im­pliquent de tels propos ambi­guës et les consé­quences qu’ils entrainent.

    Ne pas se mouiller c’est le privi­lège de pureté du privi­lé­gié qui fina­le­ment ne subira pas trop les consé­quences du mauvais choix. Tant pis pour les autres. On pourra dire « pas ma faute, je n’ai pas voté pour le pire, moi je reste dans mon drap blanc » en feignant d’ou­blier que l’inac­tion pour­rait bien avoir la même consé­quence.

    Malheu­reu­se­ment, contrai­re­ment à d’autres élec­tions passées, cette année l’is­sue du scru­tin n’est pas actée à l’avance. Tout peut encore arri­ver.

    Les élec­teurs feront bien ce qu’ils veulent. Je n’ai jamais vrai­ment aimé les consignes de vote mais si on choi­sit d’en faire et qu’on a l’im­pact qu’ils ont quand ils font une décla­ra­tion publique, alors on évite ce genre de fausse pudeur.


    La ques­tion n’est pas de savoir si Emma­nuel Macron mérite notre vote, s’il s’ex­cuse du passé, améliore sa poli­tique ou donne des gages à sa gauche. Ce n’est pas de savoir tout ce qu’il fait ou a fait de mal (et il y a pour­tant pas mal de choses à dire).

    On a un seul choix posé et il est magni­fique­ment simple : Est-ce qu’on préfère la poli­tique d’Em­ma­nuel Macron ou celle de Marine Lepen pour diri­ger le pays dans les cinq ans à venir. Tout le reste est digne d’une cours d’école et de batailles d’égos.

    Peu importe que nous ayons déjà joué au barrage il y a cinq ans. Peu importe que ce même choix se répète encore, et pour­rait se répé­ter de nouveau à l’ave­nir. Avoir cinq ans de Marine Lepen n’y chan­gera rien dans le bon sens, au contraire.

    Celui qui sait répondre à la ques­tion posée n’a qu’à prendre 30 minutes dimanche 22 avril pour mettre un bout de papier dans une enve­loppe. Est-ce vrai­ment au-delà de notre capa­cité ou des efforts à four­nir pour la direc­tion du pays ? En face on parle de la vie des gens autour de nous.


    Si vous me lisez, j’es­père que vous savez déjà que non, malgré toutes les critiques légi­times de la poli­tique d’Em­ma­nuel Macron, il n’y a aucun doute que l’al­ter­na­tive soit bien pire.

    Vu leurs décla­ra­tions, les têtes de parti à gauche le savent aussi, sinon ils n’iraient pas quali­fier le vote Lepen comme la ligne à ne pas fran­chir.

    J’ai beau­coup de mal à imagi­ner qu’on se pose vrai­ment la ques­tion à gauche mais, si c’est votre cas, Florent en parle bien mieux que moi même s’il ne donne qu’un petit échan­tillon :


    Acces­soi­re­ment, je trouve très déplacé d’avoir entendu certains à la limite de l’injure récla­mer que tout le monde s’aligne derrière eux au nom du vote utile malgré de très fortes diver­gences (et globa­le­ment les élec­teurs de gauche l’ont fait, moitié de l’élec­to­rat de Jean-Luc Mélen­chon l’a fait au nom du vote utile et pas soutien) jouer désor­mais les prudes à faire de même quand on en est au choix final.

  • Pour qui voter

    Ça n’a jamais été une ques­tion facile pour moi mais ça l’est encore moins cette année. Je n’ai aucun candi­dat qui me semble suffi­sam­ment proche de mes aspi­ra­tions et valeurs, personne qui me donne envie de voter pour lui.

    Du coup j’ai deux possi­bi­li­tés. Soit je vote pour essayer de faire gagner le moins pire, soit je vote pour donner du poids à mes attentes et les marquer dans les statis­tiques.

    Note : Ceci n’est pas une conclu­sion mais une réflexion à haute voix, qui peut évoluer du tout au tout, d’au­tant que la réponse géné­rale reste « je ne sais pas et je ne vois aucun bon choix ».

    Voter pour donner du poids à mes attentes

    J’ex­clus évidem­ment d’of­fice tous les prêcheurs de haine et ceux qui sont prêts à s’y asso­cier : Lepen, Zemmour, Dupont-Aignant, Pécresse.

    Macron ça ne fait aucun secret que je ne suis pas aligné avec sa poli­tique, ni sur le fond ni sur la forme. Je ne me vois pas envoyer un message de soutien ou de caution.

    Rous­sel a fait un choix stra­té­gique de jouer le beauf réac de gauche, et honnê­te­ment je ne vois rien à soute­nir ici.

    Hidalgo et Jadot ne se distinguent pas vrai­ment de la poli­tique de Macron. J’ai récem­ment vu le second décrit comme Macron qui fait du jardi­nage et ça corres­pond plutôt bien. Rous­seau aurait fait une nette démar­ca­tion poli­tique, lui non. Le côté climat/écolo­gie est essen­tiel pour moi mais EELV n’y est pas toujours très crédible non plus donc je dis oui plus par prin­cipe. Bref, je préfère m’ajou­ter au statis­tiques de Jadot qu’à celles de Macron, mais ça ne va pas chan­ger grand chose.

    Reste Poutou, parce qu’il pousse un discours radi­cal qui mérite d’être dit et entendu à défaut de méri­ter de le mettre au pouvoir. Oui, ça fait faible.

    Il y a enfin Mélen­chon. J’ai beau­coup hésité. Le programme de LFI/LAEC n’est pas mauvais. C’est d’ailleurs le travail le plus sérieux de la poli­tique française côté programmes, de loin, indé­pen­dam­ment de ce qu’on pense des choix pris. Je ne suis pas aligné avec tout et il me manque des choses impor­tantes mais je ne suis pas non plus très éloi­gné d’une majo­rité des points présents. Bref, pour donner du poids au premier tour ça pour­rait être oui.

    Il me manque un Benoit Hamon ou une Isabelle Attard, avec les valeurs qu’il faut, suffi­sam­ment de radi­ca­lité mais tout en restant ouverts, raison­nables et prag­ma­tiques.

    Mélen­chon ou Jadot donc, peut-être plus Mélen­chon s’il faut faire poids pour porter un message qui ne soit pas un consen­sus mou. Ce serait d’au­tant plus inté­res­sant que Mélen­chon est le seul du lot à avoir un petit espoir de second tour, et donc faire un avoir un vote qui porte un poids ensuite dans les analyses poli­tiques.

    Je parle de premier tour seule­ment, parce que…

    Voter pour faire gagner le moins pire

    J’ex­clus là aussi évidem­ment d’of­fice tous les prêcheurs de haine et ceux qui sont prêts à s’y asso­cier : Lepen, Zemmour, Dupont-Aignant, Pécresse.

    Dans ceux qui ont une chance de passer au second tour, il me reste donc Mélen­chon et Macron.

    Si j’ai dit du posi­tif du programme, et qu’il n’y a aucun doute que ce programme se trouve bien plus proche de mes aspi­ra­tions que de ce qu’a mis en œuvre Macron, je n’ai abso­lu­ment aucune confiance dans la personne de Mélen­chon, mais alors vrai­ment aucune.

    Je ne suis pas du tout aligné avec la poli­tique de Macron mais je sais que je vais garder une gestion du pouvoir avec un facteur de risque plus faible : je sais d’avance à quel point ça va être pourri, tout en sachant que je ne risque pas de m’ali­gner sur des dicta­tures, de sabrer toute la poli­tique inter­na­tio­nale, de partir sur une dérive auto­cra­tique pire que l’ac­tuelle.

    À l’op­pose, les prises de posi­tion person­nelles de Mélen­chon n’ont pas toujours été très claire ni toujours aligné avec le programme qu’il repré­sente. Mon manque de confiance en sa personne est tel que le risque me semble trop élevé.

    Pour le dire autre­ment : Je ne veux pas d’un Trump de gauche. Je préfère perdre 5 ans de progrès social, ça sera moins diffi­cile à rattra­per qu’un président incon­trô­lable.

    On parle de risque, sur une personne, dont je ne vois qu’une petite frange par les média et les polé­miques. C’est donc forcé­ment très subjec­tif, très diffi­cile à esti­mer, et peut-être que je dis une grosse conne­rie sur laquelle je revien­drai dans un mois (et peut-être pas).

    Les choses auraient été très diffé­rentes avec une person­na­lité prag­ma­tique et ouverte à la tête du programme LAEC mais est-ce que ça aurait même fonc­tionné alors que la base attend de la radi­ca­lité et que le mouve­ment s’est fondé sur le rejet de la caste actuelle ? On peut diffi­ci­le­ment refaire l’his­toire.

    Et alors ?

    Et alors je ne sais pas, je partage mes réflexions à haute voix. Peut-être Mélen­chon au premier tour et Macron au second, si tant est que les deux arrivent en face à face, ce qui ne semble pas le plus probable.

    Peut-être que non, que je ne ferai pas Mélen­chon -> Macron mais Jadot -> Macron, ou Poutou -> Macron, ou Jadot -> Mélen­chon, ou même Mélen­chon -> Mélen­chon.

    Je doute de voter blanc, parce que je préfère toujours un moins pire qu’un des affreux haineux, et que ma voix compte pour dire ça.

  • Diffu­sion d’in­for­ma­tion, partages et confiance

    Je trouve inté­res­sant tout ce qu’il s’est passé récem­ment. Je suis le fil de ma pensée mais les propos l’ani­ma­teur eux-même ne sont pas ce que je veux abor­der ici..

    Il y a eu un témoi­gnage précis, de première main, sur un fait d’in­té­rêt public. À cette étape là personne n’en sait plus.

    Ce témoi­gnage s’est signi­fi­ca­ti­ve­ment diffusé. 2000 partages en 24h. On est très loin de ce qu’on peut quali­fier de buzz sur Twit­ter, mais ce n’est pas rien non plus.

    Il a fallu une ving­taine d’heures pour que les jour­na­listes et les services du ministre recoupent suffi­sam­ment les faits puis montrent que le témoi­gnage était faux.

    Après avoir été confronté à ses dires par son enca­dre­ment, l’ani­ma­teur est publique­ment revenu sur ses décla­ra­tions en disant qu’il avait été induit en erreur.

    S’en­suit une mini-polé­mique sur la diffu­sion de fausses infor­ma­tions.

    Il est toujours bon de reve­nir en arrière pour en tirer les leçons en vue d’une prochaine fois. De ce que j’en lis autour de moi, on a toute­fois tendance à juger les partages du témoi­gnage d’ori­gine à l’aune de la révé­la­tion du faux.

    C’est là qu’à mon avis on fait erreur. Ce sont deux types d’in­for­ma­tion diffé­rents, à des niveaux diffé­rents.


    Le premier niveau d’in­for­ma­tion c’est l’exis­tence du témoi­gnage et son contenu. Cette exis­tence est une infor­ma­tion à part entière. Même si ce n’est pas le scan­dale du siècle, elle est à priori d’in­té­rêt public.

    C’est ainsi que dans la presse vous trou­vez des brèves repre­nant une décla­ra­tion offi­cielle, révé­lant un PV, poin­tant un fait qui pose ques­tion, etc. On les recon­nait en ce qu’elles utilisent géné­ra­le­ment des guille­mets pour marquer qu’il s’agit d’une reprise.

    Parfois la décla­ra­tion offi­cielle est fausse ou trom­peuse. Parfois les propos que rapportent le PV sont faux. Parfois la ques­tion posée a une réponse tout à fait légi­time.

    C’est malheu­reux quand ça arrive, on essaye de l’évi­ter, mais ça ne retire en rien l’in­té­rêt public d’avoir relayé cette infor­ma­tion en fonc­tion de sa crédi­bi­lité et de l’in­té­rêt public à ce moment là.


    Ce qu’il s’est passé sur Twit­ter n’est pas diffé­rent. Il n’y a quasi­ment eu que des cita­tions, avec ou sans commen­taire. Les tiers ont tous vu les propos origi­naux, écrits au nom de cet anima­teur inconnu.

    Tous ont pu se faire leur propre idée de la crédi­bi­lité du témoi­gnage. Personne n’a été induit en erreur sur le fait que c’était un témoi­gnage d’un inconnu et rien de plus.

    Nulle part il n’y a eu présen­ta­tion comme venant d’une source offi­cielle, ou d’une quelqu’un ayant véri­fié ou accré­dité l’in­for­ma­tion.

    Il n’y a pas eu trom­pe­rie ou fake news. Il y a juste eu le relai d’une infor­ma­tion d’in­té­rêt public, celle d’un témoi­gnage poten­tiel­le­ment crédible mettant en cause une opéra­tion de commu­ni­ca­tion.


    Le second niveau d’in­for­ma­tion est venu de la presse. Je crois que c’est France Info qui a fait le premier article d’ana­lyse (mis à jour depuis).

    Ils ont fait ce qu’on attend d’eux. Ils ont véri­fié, contacté les services du ministre, peut-être le camp de vacances. Les éléments rele­vés contre­disent direc­te­ment les décla­ra­tions de l’ani­ma­teur.

    On n’a toujours pas d’autres sources que les services du premier ministre concer­nant l’ori­gine du dessin, mais on en a assez pour consi­dé­rer que le récit de l’ani­ma­teur était faux. Pas besoin d’al­ler plus loin sauf à ce que nouveaux témoi­gnages appa­raissent.

    Cette infor­ma­tion est diffé­rente de la première. On n’in­forme pas du témoi­gnage, on va véri­fier le fond.

    Les deux niveaux ne se fusionnent pas et ne s’op­posent pas forcé­ment. Il est toujours vrai que l’ani­ma­teur a fait ce (faux) témoi­gnage, que ce témoi­gnage semblait suffi­sam­ment crédible et d’in­té­rêt public pour être repris. Il est tout aussi vrai qu’on sait désor­mais que les éléments prin­ci­paux du témoi­gnage étaient faux, et que donc il ne faut plus diffu­ser le témoi­gnage d’ori­gine ou ce qu’il préten­dait.


    Pourquoi est-ce impor­tant ? Parce qu’en assi­mi­lant les deux niveaux d’in­for­ma­tion on laisse penser que parta­ger le premier témoi­gnage revient à créer une fausse infor­ma­tion. On oublie qu’il y a deux infor­ma­tions, à deux niveaux bien distincts.

    Fallait-il attendre la véri­fi­ca­tion sur le fond avant choi­sir de parta­ger l’exis­tence du témoi­gnage ?

    Si dans l’idéal on ne peut être que d’ac­cord, c’est oublier que la véri­fi­ca­tion n’a eu lieu que parce qu‘il y a eu cette diffu­sion signi­fi­ca­tive préa­lable. Jamais ni les jour­na­listes ni les services du ministre ne seraient inter­ve­nus sans le micro-buzz. Jamais les services du premier ministre n’au­raient répondu à un citoyen non jour­na­liste profes­sion­nel qui aurait voulu véri­fier l’in­for­ma­tion.

    Empê­chez le premier niveau d’in­for­ma­tion tant que la presse de métier n’a pas offi­ciel­le­ment étudié le fond, vous coupe­rez aussi énor­mé­ment de faits avérés qui n’au­raient jamais eu la visi­bi­lité suffi­sante. Tiens, toute l’af­faire Benalla vient d’un buzz simi­laire sur une courte vidéo à la place de la contre-escarpe, et dont certains avaient contesté la légi­ti­mité d’en faire un buzz à l’époque.

    On ne peut pas espé­rer que ces buzz initiaux ne se fassent que sur des faits qui se révèlent vrais. Ça revient à dire aux gens « agis­sez mais ne vous trom­pez pas ». Ça ne fonc­tionne pas.

    Il n’y a aucun compor­te­ment qui permet à la fois de mettre en lumière le vrai et de lais­ser sous silence le faux. On fait forcé­ment des erreurs des deux côtés, tout est une ques­tion de posi­tion­ner le curseur intel­li­gem­ment.


    Il ne reste du coup que le juge­ment de chacun : Est-ce que l’in­for­ma­tion me semble à la fois assez crédible et assez inté­res­sante pour être parta­gée ?

    Visi­ble­ment 2000 personnes ont pensé que oui. Ça a suffit pour qu’un jour­na­liste s’en empare (ce qui est déjà éton­nant, 2000 partages twit­ter ce n’est pas grand chose) et qu’on ait le fin mot de l’his­toire sur le fond.

    J’ai ensuite vu les correc­tifs et articles de presse large­ment diffu­sés. Rien que ça est assez propre à Twit­ter. Si les correc­tifs sont bien souvent bien moins visibles que les polé­miques de départ, ils le sont toujours beau­coup plus sur Twit­ter que sur la plupart des autres médias.

    C’est malheu­reux quand on diffuse du faux mais quelque part tout s’est passé comme ça aurait du, ou pas loin.

    Nulle part le témoi­gnage initial n’a été présenté comme autre chose qu’un témoi­gnage unique. Il n’y a pas eu retrai­te­ment, il n’y a pas eu masquage de la source, il n’y a pas eu présen­ta­tion faus­sée. Le correc­tif lui-même est arrivé dans un temps rela­ti­ve­ment rapide et la diffu­sion du faux s’est immé­dia­te­ment arrê­tée.

    On est là dans un espace tota­le­ment diffé­rent de celui de la fake news. Il n’y a d’ailleurs proba­ble­ment même pas eu inten­tion de trom­per de la part de l’au­teur d’ori­gine.


    Et donc, puisqu’on fait un retour arrière : Ce témoi­gnage était-il suffi­sam­ment crédible pour méri­ter une diffu­sion ?

    On entre dans le subjec­tif. Je ne peux que donner mon propre avis, forcé­ment biaisé.

    Dans l’his­toire récente on a entendu des élus et hauts fonc­tion­naires mentir sous serment devant une commis­sion d’enquête. On a une porte-parole du gouver­ne­ment qui a dit assu­mer de mentir pour proté­ger le président. On a un procu­reur qui a fait une fausse décla­ra­tion offi­cielle pour éviter de contre­dire les propos du président. On a des ministres, élus et repré­sen­tants de tous bords qui font des pirouettes verbales à la limite de la mauvaise foi pour justi­fier tout et n’im­porte quoi. On a des opéra­tions de commu­ni­ca­tion à gogo, et les mises en scène n’y sont pas si rares.

    De fait, les paroles offi­cielles sont assez peu fiables dès qu’on est dans l’opé­ra­tion de commu­ni­ca­tion. C’est malheu­reux, grave pour notre démo­cra­tie, pas spéci­fique au gouver­ne­ment ou au parti au pouvoir, mais c’est ainsi.

    On était juste­ment dans une opéra­tion de commu­ni­ca­tion. Croire qu’on ait pu prépa­rer une belle image à présen­ter à la presse n’est pas tota­le­ment déli­rant au regard de ce qui précède. Impos­sible de savoir si c’était vrai sans faire un travail de jour­na­liste, mais c’était crédible et vrai­sem­blable.

    Le reste du récit, le vrai mpte person­nel pas créé pour l’oc­ca­sion ni réservé au mili­tan­tisme, la façon de racon­ter, les détails sur d’autres points, disons qu’il n’y avait pas beau­coup de voyants au rouge.


    À mon avis, si vous avons un problème majeur à régler, ce n’est pas tant de limi­ter la diffu­sion de fausses infor­ma­tions que de restau­rer la confiance dans ce qui vient de nos élus, de notre admi­nis­tra­tion et des personnes en posi­tion d’au­to­rité.

    Les deux sont liés. Si on ne peut plus croire ces sources là, on finit par ne plus rien croire, douter de tout ou prêter foi à tout, ce qui revient au même.

    Malheu­reu­se­ment restau­rer la confiance va être diffi­cile et long, parce qu’aujourd’­hui les pratiques sont au plus bas. Elles ont plutôt tendance à enta­mer ce qui reste de confiance qu’à restau­rer ce qui manque.

  • Petite revue de presse pour faire peur

    Ou pour prendre conscience et cher­cher comment (ré)agir. Édition du 3 juillet 2019.

    Je ne sais pas vous mais je commence à ne plus rigo­ler du tout.

    On parle là de droits fonda­men­taux, et de problèmes qui ne sont plus des petits déra­pages indi­vi­duels.

    On parle de problèmes struc­tu­rels sur toute la chaîne de la repré­sen­ta­tion publique, du poli­cier sur le terrain jusqu’au préfet et au ministre.

    On parle de ce qui ne peut plus être autre chose que l’ex­pres­sion de direc­tives et d’une volonté. Même le simple lais­ser faire conscient n’est plus crédible.

  • Droite, gauche, tout ça

    Nous ne sommes pas un parti d’ex­trême droite

    Un ou une respon­sable du Rassem­ble­ment Natio­nal, récem­ment à la radio

    Le jour­na­liste a répliqué que si. J’ai eu la même réac­tion dans ma tête mais y réflé­chir c’est loin d’être aussi évident.

    Factuel­le­ment, sur mes trois critères intui­tifs pour défi­nir l’axe droite / gauche, le RN me parait bien à droite, mais nette­ment moins que LR. L’étiquette d’ex­trême droite ne corres­pond pas à une droite extrême et ça me dérange quelque part.

    Droite, gauche, extrême, tout ça n’est pas si simpliste et ça me fait me poser des ques­tions.

    C’est quoi la droite ?

    Je vous ai demandé ce qui quali­fiait pour vous l’axe droite gauche. Je refor­mule ici quelques réponses :

    Gauche : Utili­ser la dette pour inves­tir pour tous (Keynes)

    Droite : Pas de dette, pas d’in­ves­tis­se­ment car ruis­sel­le­ment (Smith

    https://twit­ter.com/trac­ta­taire/status/114650327993486951

    Gauche : On veut chan­ger le monde, créer une société nouvelle que l’on croit meilleure

    Droite : On accepte le monde tel qu’il est, ou on souhaite le faire reve­nir à un état passé

    https://twit­ter.com/bumble­bee_fr/status/1146506586623545345

    Gauche : Huma­nisme et soli­da­rité

    Droite : Conser­va­tisme et respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle

    https://twit­ter.com/zemoko/status/114650483640335564

    Gauche : Tend à recher­cher une société juste, quitte à boule­ver­ser l’ordre établi

    Droite : Tend à préser­ver l’ordre établi, les tradi­tions, au nom de « valeurs » histo­riques

    https://mamot.fr/@peti­te­vieille/10237931506933507

    Gauche : Idée forte de l’éga­lité des indi­vi­dus. Aucun indi­vidu n’a par nature une valeur moindre (que ce soit sa vie, sa santé, etc…), ne mérite moins qu’un autre

    Droite : Présup­posé du genre « X, par ce qu’il est/fait/ ne fait pas, n’est pas assez méri­tant pour tel truc »

    (compte privé)

    Gauche : Un État qui laisse les gens libre/progres­siste sur les aspects socié­taux, mais control freak sur les aspects écono­miques / entre­prise.

    Droite : Un État qui laisse libre sur les aspects écono­miques / entre­prise, mais conser­va­teur / control freak sur les ques­tion de société

    https://twit­ter.com/Modj0r/status/1146525377340346368

    Gauche : Se préoc­cupe du bien être de tous

    Droite : Se préoc­cupe du succès indi­vi­duel

    https://twit­ter.com/anthony_ricaud/status/1146545870084685836

    Gauche : Croit en l’in­di­vidu. La gran­deur de la France passe par le bonheur des français

    Droite : Croit en un État fort. Le bonheur des français passe par la gran­deur de la France

    https://twit­ter.com/nico­las­sing/status/1146531514311745538 et suivant

    Gauche : Avan­cée collec­tive

    Droite : Mérite indi­vi­duel

    (compte privé)

    Gauche : La réus­site du groupe permet la survie des indi­vi­dus

    Droite : Les réus­sites des indi­vi­dus permettent la survie du groupe

    https://twit­ter.com/simple­mentNat/status/1146698809575202817

    Tout ça n’est pas si loin de mes trois critères person­nels :

    Gauche : Respon­sa­bi­lité collec­tive, protec­tion des indi­vi­dus, progres­sion des liber­tés civiles

    Droite : Respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle, protec­tion de l’éco­no­mie, conser­va­tion ou retour à l’ordre moral

    On me dit que la caté­go­ri­sa­tion droite / gauche n’a plus lieu d’être mais fina­le­ment les réponses données forment un tout assez cohé­rent.

    Si certains critères semblent très diffé­rents (écono­miques, sociaux, espé­rance de chan­ge­ment) et que tout n’est pas aussi binaires, tout ça semble quand même assez lié.

    Une des réponses qu’on m’a fait a l’avan­tage de trou­ver une géné­ri­cité à tout ça :

    Gauche : Pense plus le sujet comme un être social et iden­ti­fie alors des struc­tures d’échelles et des liens consti­tu­tifs à la fois des sujets et de la société, dans un projet global (on parle de holisme)

    Droite : S’iden­ti­fie à la notion d’ordre ; place cet enjeu dans un cadre moral géné­ra­le­ment fort, voir coer­ci­tif, dont le centre est le sujet (iden­tité, citoyen­neté, respon­sa­bi­lité, croyance, mérite, etc.).

    (réponse privée)

    Mais alors les extrêmes ?

    Si l’ex­trême gauche se retrouve toujours aussi plus ou moins dans la gauche extrême, ce n’est pas vrai pour l’ex­trême droite actuelle

    On y ajoute un autre axe. Intui­ti­ve­ment je lis des ques­tions de natio­na­lisme ou globa­le­ment de consti­tu­tion d’un « nous » et d’un « eux » — peu importe qui est le « nous » et qui est le « eux ».

    On y trouve rapi­de­ment l’au­to­ri­ta­risme comme réponse pour poli­cer, chas­ser ou exclure le « eux », la défiance aux autres, la radi­ca­li­sa­tion, le complo­tisme ; et du popu­lisme pour légi­ti­mer cette posture auto­ri­taire.

    À droite ça prend la forme du natio­na­lisme voire de la xéno­pho­bie, avec une réponse qui va de la mili­ta­ri­sa­tion et répres­sion jusqu’au racisme et au fascisme.

    Extrême centre

    Mon problème avec ce double critère c’est qu’il n’est pas simple. Rien qu’aujourd’­hui, trois articles de presse me font très peur.

    Auto­ri­ta­risme, mili­ta­ri­sa­tion, répres­sion, protec­tion d’un nous État + police contre un eux mani­fes­tants et étran­gers, au risque de dépas­ser allè­gre­ment les droits fonda­men­taux.

    Et pour­tant, nous n’avons pas un gouver­ne­ment d’ex­trême droite. Personne ici ne le quali­fie­rait comme tel.

    Bref, quelque chose manque encore dans mes clas­si­fi­ca­tions, ou alors nous refu­sons de voir ce qui est en face de nous.

    Certains parlent d’ex­trême centre. Si la clas­si­fi­ca­tion d’ex­trême n’est pas liée au posi­tion­ne­ment sur l’axe droite – gauche, ce n’est peut être pas une mauvaise déno­mi­na­tion.

  • De la démo­cra­tie en France

    Démo­cra­tie : Régime poli­tique, système de gouver­ne­ment dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’en­semble des citoyens.

    TLFi, via le CNRTL

     

    Le terme démo­cra­tie (du grec ancien δημοκρατία / dēmo­kratía, combi­nai­son de δῆμος / dêmos, « terri­toire » (de daies­thai, « parta­ger ») puis « peuple », et kratein, « comman­der »), désigne le plus souvent un régime poli­tique dans lequel les citoyens ont le pouvoir.

    Wiki­pe­dia

    Sommes-nous (vrai­ment) en démo­cra­tie ?

    Si vous avez déjà lu quelque chose à ce sujet en dehors de la télé­vi­sion, des discours poli­tiques et des livres d’école, vous savez déjà que non. On peut argu­men­ter que nos systèmes sont les plus perti­nents qu’on ait imaginé jusqu’a­lors, qu’une démo­cra­tie pure est irréa­li­sable ou non souhai­table, mais le fait est que nous nous n’en sommes pas une. Il n’y a d’ailleurs pas grand débat à ce sujet.

    Que nous nous dési­gnions régu­liè­re­ment de démo­cra­tie repré­sen­ta­tive n’y change rien. Les régimes marxistes-léni­nistes se dési­gnaient sous le terme de démo­cra­tie popu­laire, et la Chine comme la Corée du nord se voient toujours comme telles. On peut se gaus­ser mais ça montre bien que le nom qu’on se donne ne vaut que pour les beaux discours, et au moins démo­cra­tie popu­laire a le bon goût de ne pas rele­ver de l’oxy­more. On ne peut pas en dire autant chez nous.


    Une déci­sion peut-elle être prise quand bien même il appa­rait clair que le peuple ou sa majo­rité est contre ? À l’in­verse, quand il appa­rait clair que le peuple souhaite une déci­sion donnée, est-il possible qu’elle ne soit pas prise ?

    S’il est possible de répondre oui à une des deux ques­tions, alors le peuple n’a pas vrai­ment le pouvoir. Le reste n’est qu’ar­gu­men­ta­tion pour éviter de regar­der la vérité en face.


    S’ils ne peuvent être pris comme des sources de vérité abso­lue et que chaque ques­tion porte ses propres biais, les insti­tuts de sondages nous montrent quand même des exemples à loisir. Dans les discus­sions préa­lables à ce billet, on m’a par exemple rappelé que s’il avait fallu suivre l’opi­nion du peuple, nous n’au­rions proba­ble­ment pas mis fin à la peine de mort en 1981.

    Dans l’es­sen­tiel des démo­cra­ties occi­den­tales, le peuple n’a éven­tuel­le­ment le pouvoir qu’au moment des élec­tions. Ensuite il le confie à des élus qui en jouissent jusqu’à la prochaine élec­tion. Le peuple lui-même n’a de pouvoir qu’une jour­née de temps en temps, et encore : En France il n’a quasi­ment le pouvoir que de choi­sir à qui le confier, ou de répondre à des ques­tions que d’autres auront choisi de lui poser. Diffi­cile de prétendre que le peuple exerce le pouvoir.

    En fait les systèmes élec­to­raux français sont tels que même lors des élec­tions, même en se restrei­gnant au choix des élus, il est diffi­cile d’af­fir­mer que le choix réalisé repré­sente le peuple.

    Plus que de savoir si nous en sommes une, ce qui m’in­ter­pelle est plutôt de savoir si nous voulons en être une. Moi oui, mais je suis loin d’être certain que cette opinion soit parta­gée.

    Voulons-nous (vrai­ment) de la démo­cra­tie ?

    Vous avez d’un côté un diri­geant éclairé avec une vision pour l’ave­nir. Il est accom­pa­gné d’un groupe d’ex­perts qui travaille avec le terrain pour élabo­rer ce qu’ils pensent être les meilleures déci­sions. Parfois ils peuvent se trom­per, parfois ils ne voient pas la réalité du terrain, parfois le choix dépend aussi ou surtout des valeurs du diri­geant ou des experts, mais prenons pour hypo­thèse que cet ensemble recherche et tend vers les meilleures déci­sions.

    De l’autre côté vous avez le peuple et un moyen d’ex­pri­mer collec­ti­ve­ment notre déci­sion. Parfois il est diffi­cile de déga­ger une volonté dans un ensemble complexe d’opi­nions et il peut même y avoir des erreurs. Parfois le peuple prend une déci­sion sans en comprendre les tenants et abou­tis­sants, change avec le temps, voire se fait mani­pu­ler, mais prenons pour hypo­thèse qu’un moyen d’ex­pres­sion permet d’ex­pri­mer au mieux possible notre déci­sion collec­tive.

    S’il y a désac­cord, qui souhai­tez-vous suivre ?

    Dit autre­ment et en cari­ca­tu­rant, préfé­rez-vous une prison dorée ou un enfer libre ? La démo­cra­tie c’est l’en­fer libre. C’est peut-être prendre les mauvaises déci­sions mais pouvoir en déci­der nous.


    Le futur selon #GiletsJaunes?#RIC:Réfé­ren­dum d’ini­tia­tive citoyenne 2019
    ??Suppres­sion de la #CSG:89% de oui
    ??Camps de réten­tion des fichés S:72% de oui
    ??Aucune limi­ta­tion de vitesse:65% de oui
    ??Réta­blis­se­ment de la peine de mort:61% de oui
    ??Démis­sion de #Macron:55% de oui

    — Olivier Duha­mel (@o_duha­mel) 15 décembre 2018

    Moi aussi les réponses à ces sondages me font peur. Elles ne sont repré­sen­ta­tives que des sondés mais je ne suis pas forcé­ment convaincu que toutes les réponses seraient diffé­rentes pour un réfé­ren­dum natio­nal. Je suis pour­tant person­nel­le­ment très inquiet par le courant qui veut que le peuple soit trop igno­rant ou trop imbé­cile pour déci­der lui-même de son avenir et qu’il faut qu’un élite décide à leur place.

    En creux dans les propos cités, on dit qu’une mino­rité de 10 à 40% a raison et doit garder le pouvoir pour que surtout les choix de la majo­rité ne soient pas exécu­tés. Bien évidem­ment c’est cette même mino­rité qui s’érige en juge et décide de quels propos sont justes et de quels propos sont dange­reux. Son seul droit à le faire c’est qu’elle est déjà au pouvoir, depuis bien long­temps.

    Plus que les réponses au sondage, ce sont les propos du respon­sable LREM qui me font peur. Il est en train de justi­fier qu’il faut que lais­ser les gouver­nants gouver­ner seuls parce que seuls eux ont une opinion valable, et surtout pas lais­ser le peuple déci­der. On est à la limite de souhai­ter une dicta­ture éclai­rée.

    Que la poli­tique actuelle les favo­rise depuis long­temps ne doit être qu’une coïn­ci­dence, ne croyez-vous pas ? Eux-même sont proba­ble­ment les premiers à trai­ter les anciens régimes commu­nistes de détes­table dicta­ture alors que c’est la mise en appli­ca­tion la plus pure de ces prin­cipes là : Une qui élite dirige le peuple en son nom. La seule diffé­rence c’est que ce n’est pas la même élite qui est au pouvoir.


    Moquez-vous si vous voulez des gouver­nants anglais qui tentent contre vents et marées d’exé­cu­ter la sortie de l’Eu­rope malgré tout ce que cela va leur coûter, mais quelque part ils auraient des leçons de démo­cra­tie à nous donner.

    De notre côté, après le « non » au réfé­ren­dum sur le traité établis­sant une consti­tu­tion pour l’Eu­rope (Rome II), nos élus ont acté ensuite le traité de Lisbonne qui conte­nait grosso modo la même chose refor­mulé autre­ment (sans réfé­ren­dum cette fois). Peut-être était-ce la meilleure déci­sion — je vous en laisse juge — mais c’est large­ment discu­table du point de vue démo­cra­tique. En France nous glori­fions même l’idée du gouver­nant vision­naire et ferme, qui sait prendre des déci­sions impo­pu­laires. Impo­pu­laire ça veut aussi dire « contre la volonté du peuple ». En terme de démo­cra­tie ça se pose là.

    Tout au plus on peut se deman­der si le peuple du Royaume Uni n’a pas changé d’avis depuis son vote pour le Brexit. C’est d’ailleurs là un point inté­res­sant. Nos systèmes sont faits pour assu­rer une stabi­lité et pouvoir mettre en œuvre des poli­tiques cohé­rentes qui se déploient mal s’il faut systé­ma­tique­ment chan­ger de direc­tion. Mais du coup, si le peuple ne peut pas chan­ger de direc­tion, exerce-t-il encore le pouvoir ?

    Amélio­rer (vrai­ment) la démo­cra­tie française

    À défaut de parler de démo­cra­tie directe, ou de la vouloir, la France est quand même très loin du concept de démo­cra­tie. Trop loin même.

    Au mini­mum, ce qu’il manque est un système permet­tant au peuple de s’ex­pri­mer quand il le souhaite. Il y en a trois simples : 1– La possi­bi­lité de révoquer des gouver­nants, 2– Les réfé­ren­dums ou déci­sions d’ori­gine popu­laire, et 3– le renou­vel­le­ment court des mandats.


    La révo­ca­tion des mandats permet­trait au peuple de chan­ger d’avis ou de mettre fin à un élu qui agirait autre­ment que ce qui était prévi­sible au moment des élec­tions. Ça semble du bon sens mais c’est aussi assez risqué. Il est facile de fédé­rer contre un élu, mais pas forcé­ment d’avoir un consen­sus pour un remplaçant.

    La révo­ca­tion n’a pour moi de sens qu’au sein d’une assem­blée propor­tion­nelle et pour toute l’as­sem­blée dans son ensemble, ou alors excep­tion­nel­le­ment à titre indi­vi­duel mais alors avec un quorum extrê­me­ment élevé, genre 50% des élec­teurs, ou 2/3 des votants (blancs inclus).


    Le vrai enjeu est proba­ble­ment celui des réfé­ren­dums d’ori­gine popu­laire. Vous vous souve­nez de mes deux ques­tions pour défi­nir une démo­cra­tie ? Ça se résume en « si la volonté du peuple est claire, est-elle suivie ? » Le réfé­ren­dum d’ori­gine popu­laire est unique­ment ça, forma­li­ser une volonté claire, et la rendre exécu­table. Toute la diffi­culté c’est de défi­nir qui et sous quelles condi­tions peut lancer un tel réfé­ren­dum.

    La voie qui semble être prise en ce moment est qu’il faut que ça vienne des dépu­tés – ce qui inva­lide tout le propos démo­cra­tique – et que les soutiens popu­laires se fassent de façon publics – ce qui pose bien d’autres problèmes de vie privée et de liberté de conscience pour les plus expo­sés.

    Il y a encore beau­coup de choses à imagi­ner. C’est faisable mais ça va être long à s’im­po­ser telle­ment notre classe diri­geante a peur de lais­ser la main directe au peuple.

    le droit de vote c’est dange­reux (1789)
    le suffrage univer­sel c’est dange­reux (1848)
    le bulle­tin secret c’est dange­reux (1851)
    le parle­men­ta­risme c’est dange­reux (1875)
    le vote des femmes c’est dange­reux (1945)
    le réfé­ren­dum d’ini­tia­tive citoyenne c’est dange­reux (2018)

    Jean Massiet (@JeanMas­siet) 17 décembre 2018

    Pour ceux qui ont vrai­ment trop peur de lais­ser le peuple s’ex­pri­mer, on peut commen­cer par avoir une capa­cité de refe­ren­dum d’ori­gine popu­laire unique­ment sur de la censure (marquer le refus à une loi ou une mesure qui vien­drait d’être votée). Ça permet­trait unique­ment de refu­ser une évolu­tion contre l’ac­cord du peuple. Pas grand danger à part celui d’un status quo mais si on appré­cie un mini­mum l’idée de démo­cra­tie il serait logique de ne pas pouvoir impo­ser quelque chose de nouveau au peuple si ce dernier arrive à expri­mer son désac­cord.


    Le renou­vel­le­ment des mandats a l’air tota­le­ment irréa­liste mais c’est ce qui me semble le plus viable à court terme. Par le passé nous avions le Sénat qui fonc­tion­nait ainsi : mandat de neuf ans renou­ve­lable par tiers. Imagi­nez un vote perma­nent, tous les six mois, pour renou­ve­ler 1/8ème de l’As­sem­blée natio­nale. Nos dépu­tés garde­raient un mandat de 4 ans, leur permet­tant d’ap­prendre et se montrer effi­caces. Le renou­vel­le­ment par (petite) partie permet de ne pas reprendre tout à zéro en perma­nence, tout en permet­tant à la popu­la­tion de chan­ger la repré­sen­ta­tion natio­nale progres­si­ve­ment en cours d’ac­tion.

    Par là le peuple met même une pres­sion perma­nente sur les élus natio­naux, avec la crainte de perdre ou gagner des sièges s’ils prennent des déci­sions impo­pu­laires (c’est à dire « contre le peuple »). Non seule­ment on permet au peuple d’in­fluen­cer sa repré­sen­ta­tion en conti­nue, mais en plus on donne un peu plus de pres­sion pour que cette repré­sen­ta­tion prenne en compte l’avis du peuple. Ça ne corrige pas tout, mais c’est déjà ça.

    Et, bien évidem­ment, pour que ça fonc­tionne, il faudra quit­ter notre système majo­ri­taire à deux tours découpé par circons­crip­tion et passer par des listes natio­nales (même si rien n’em­pêche de mettre des règles complexes assu­rant une repré­sen­ta­ti­vité aux diffé­rents terri­toires et d’en faire sortir des élus locaux). Si on peut en profi­ter pour que ça passe par de la propor­tion­nelle ce serait encore mieux d’un point de vue démo­cra­tique mais on peut tout à fait passer à du renou­vel­le­ment continu sans ça.

  • 100 € de plus par mois en 2019

    Notre président annonce que les sala­riés au SMIC auront 100 € de plus par mois dès janvier 2019. Je prends la plume par ce que cette histoire me met hors de moi.

    Alors déjà je conchie très forte­ment tous les édito­ria­listes et poli­tiques qui disent que 100 € par mois ce n’est rien. 100 € par mois pour quelqu’un au smic c’est juste énorme. Vu le niveau de dépenses contraintes, ça peut être la diffé­rence entre une fin de mois diffi­cile et une fin de mois où on épargne un peu. Ça peut aussi ne pas couper le chauf­fage ou pouvoir faire un cadeau sympa au gamin à Noël. Critiquer 100 € par mois montre une décon­nexion que même Emma­nuel Macron n’a jamais affi­ché.

    Le problème est ailleurs. Atten­tion c’est long mais ça fait mal.

    Mise à jour : Quand on se plante il faut le dire. C’est donc dit (et je me suis bien planté, d’au­tant en plus ça a beau­coup été diffusé rapi­de­ment sans que personne ne me corrige).
    Il y a un joli effet d’an­nonce qui ne me plait pas de la part de l’Ély­sée mais ce n’est pas malhon­nête au point que j’ai initia­le­ment décrit. Pas plus que d’or­di­naire dans les commu­ni­ca­tions poli­tiques quoi (*) 

    Il reste que très peu de gens vont voir cette augmen­ta­tion de 100 €. Entre autres :

    • 20 € concernent l’aug­men­ta­tion légale du SMIC pour rattra­per l’in­fla­tion, sans coup de pouce. Oui il y aura 20 € nets de plus sur la fiche de salaire de janvier 2019. Non ça ne repré­sente aucun pouvoir d’achat supplé­men­taire par rapport à janvier 2018 (en fait c’est le contraire, c’est tous les autres mois de 2018 où il y a eu une perte de pouvoir d’achat à cause de l’in­fla­tion).
    • 20 € concernent la baisse des coti­sa­tions sala­riales. Ce ne sera pas valable pour tout le monde (coucou mes amis du public ?)
    • Enfin 30 + 20 + 20 € viennent d’une anti­ci­pa­tion d’aug­men­ta­tion de la prime d’ac­ti­vité. C’est le montant maxi­mum de la hausse avant appli­ca­tion des coef­fi­cients pour les personnes à charge. Si vous gagnez plus que le SMIC ou si le conjoint a aussi des reve­nus, ça peut vite bais­ser ou passer à zéro. 
      L’aug­men­ta­tion était déjà actée et on ne fait que l’an­ti­ci­per. C’est surtout qu’elle était en échange d’un gel de l’ali­gne­ment sur l’in­fla­tion sur 3 ans. J’ai toujours consi­déré qu’an­non­cer un plan­ning de hausse de la main droite tout en gelant l’ali­gne­ment sur l’in­fla­tion de la main gauche était de la commu­ni­ca­tion malhon­nête, même si le solde est posi­tif. À une infla­tion de 2% par an vous pouvez consi­dé­rer que vous perdrez ensuite quelque chose comme 4 € par an à euros constants.

    Annoncé
    À € constant
    Nouveau ?
    SMIC + 1,8%
    + 20 €
    0 €
    non
    baisse coti­sa­tions sociales
    + 20 €
    + 20 € pour le privé
    non
    hausse prime acti­vité
    + 70 €
    + 70 € gelés 3 ans
    anti­cipé

    On me signale toute­fois que la prime d’ac­ti­vité est prise en compte dans le calcul des APL donc que pour ceux qui béné­fi­cient d’APL (géné­ra­le­ment ce sont les mêmes) l’aug­men­ta­tion réelle pour­rait donc être en partie compen­sée par une dimi­nu­tion des APL.
    À véri­fier, je veux bien une confir­ma­tion sour­cée de quelqu’un qui connait le sujet.

    (*) L’er­reur de calcul était sur la prime d’ac­ti­vité (ceux qui ont exploré les modes de calcul de cette prime compren­dront). L’aug­men­ta­tion d’oc­tobre a été plus faible en ce qu’elle compre­nait en même temps un chan­ge­ment de taux. J’ai (bête­ment) repro­duit ce même calcul pour toutes les années alors que le taux ne change évidem­ment qu’une seule fois.


    L’ef­fet kiss cool c’est toute­fois qu’on conti­nue dans l’idéo­lo­gie de la « valeur travail » : On ne cible que les gens avec un emploi. On préfère conti­nuer à croire que s’il y a du chômage c’est parce que les gens ne veulent pas travailler, et donc qu’il faut récom­pen­ser ceux qui ont trouvé un emploi.

    On ne change rien à la répar­ti­tion travail/capi­tal vu que ce qu’on donne sera pris sur le budget public et donc les impôts (et pan les gilets jaunes qui mili­taient en grande partie contre la pres­sion fiscale et le trop de taxes), mais aucun effort parti­cu­lier n’est demandé aux entre­prises. On (nos impôts) est en train de spon­so­ri­ser les travailleurs bons marché auprès des entre­prises.

  • Se donner une belle image de mili­tant quand on fait tout le contraire

    Superbe opéra­tion de commu­ni­ca­tion de la part du gouver­ne­ment et du parti LREM en faveur de Nutri-score. Plusieurs ministres y vont de leur propre vidéo.

    Et là… on comprend que l’im­por­tant c’est la commu­ni­ca­tion.

    Il faut dire l’obli­ga­tion d’af­fi­chage du Nutris­core a été rejeté dans la loi il y a à peine un mois… sur avis défa­vo­rable du gouver­ne­ment et après le vote néga­tif du groupe LREM.

    D’un côté on fait en sorte que ça n’ar­rive pas, et de l’autre on prend une jolie posture de mili­tant face à l’opi­nion publique. Du double jeu même pas caché.


    Le pire je trouve c’est cette vidéo là, qui rejette la faute sur l’Eu­rope. C’est facile, ça ne coûte pas cher et ça fonc­tionne toujours. Malheu­reu­se­ment la Commis­sion euro­péenne a au contraire expli­ci­te­ment noti­fié à la France l’au­to­ri­sa­tion d’uti­li­ser Nutris­core. La vraie raison du rejet elle se trouve encore faci­le­ment dans les articles de presse du mois dernier : LREM a refusé l’uti­li­sa­tion de Nutris­co­re… pour ne pas faire fuir les annon­ceurs publi­ci­taires.

    Et aujourd’­hui ils osent se donner le beau rôle…

    Et si nous ne les lais­sions pas faire ? si nous en parlions ?

  • « la poli­tique raison­nable et humaine que nous menons »

    J’avais commencé à lister un histo­rique de ces dernières années mais je vais vous dire autre chose.

    J’ai honte.

    J’ai­me­rais ne plus avoir honte. On peut avoir des diver­gences fortes sur la poli­tique à mener, mais j’ai­me­rais ne plus avoir honte de ma police, de comment elle met en œuvre cette poli­tique.

    Je ne veux plus entendre que notre police confisque duvets et couver­tures à des personnes qui dorment dehors en plein hiver. C’est illé­gal mais c’est aussi inhu­main.

    Je ne veux plus entendre que notre police lacère ou jette des tentes de personnes sans domi­ciles. Ces tentes sont peut-être elles-mêmes anor­mal mais fragi­li­ser ces gens dehors en plein hiver n’est pas justi­fiable pour autant.

    Je ne veux plus entendre qu’on enferme illé­ga­le­ment, qu’on créé des centres de réten­tion arti­fi­ciels sans leur en donner le nom et le statut.

    Je ne veux plus entendre qu’on traite des enfants légè­re­ment et qu’on les laisse à la rue, parce que c’est plus simple, en se défaus­sant sur leurs parents, ou simple­ment en leur niant leur mino­rité.

    Je ne veux plus lire des récits qui me font honte dans les commu­niqués d’ONG au dessus de tout soupçon de partia­lité et jusque dans la presse inter­na­tio­nale. C’est toute la France qui devrait avoir honte, honte au point de ne pas oser faire une quel­conque décla­ra­tion inter­na­tio­nale avant de régler ça.

    J’ai honte et c’est grave.

    C’est grave parce que ce sont des actions de forces de l’ordre qui se croient au dessus de la loi, qui font justice eux même. On a là un terreau fertile pour les déra­pages les plus graves.

    C’est grave parce que ce sont des fonc­tion­naires qui acceptent des ordres illé­gaux et inhu­mains, et ça doit faire réflé­chir vu le passé de la France.

    C’est grave parce que sont des respon­sables poli­tiques qui cautionnent voire qui soutiennent. Pire, ils vont vanter le trai­te­ment humain alors qu’ils ont des alertes cohé­rentes et persis­tantes d’ac­teurs incon­tes­tables. Bref, pour montrer leur fermeté ils renforcent le senti­ment que tout est permis.

    J’ai honte, c’est grave et j’ai peur.

    J’ai désor­mais peur quand je vois la police, celle qui devrait me proté­ger. Je n’ima­gine plus parti­ci­per à une mani­fes­ta­tion légale, décla­rée et paci­fique sans craindre de reve­nir avec des héma­tomes voire mutilé par une grenade.

    J’ai peur d’une police ivre de son pouvoir et qui n’a plus aucune limite. Même quand il y a mort après inter­pel­la­tion, on lit ensuite dans la presse qu’il n’y a rien eu d’anor­mal ou de répré­hen­sible de la part des forces de l’ordre, limite que le passé du décédé justi­fie bien ce qui lui est arrivé.

    Élevé dans le respect de l’ordre et dans l’idée que la police est là pour moi, à toute occa­sion, aujourd’­hui je change de trot­toir si je le peux pour éviter toute rencontre avec la police. On ne sait jamais, parce que je n’ai plus aucune confiance.

    J’ai honte, c’est grave, j’ai peur et je veux du chan­ge­ment.

    Je crève d’en­vie de deman­der la démis­sion de ministres, préfets et autres personnes à respon­sa­bi­lité dans toute cette chaîne défaillante mais je veux surtout du chan­ge­ment.

    Je veux un ministre qui trace clai­re­ment les limites de l’inac­cep­table. Je suis prêt à ne pas faire atten­tion s’il prend plein de précau­tions oratoires, s’il dit que ce sont des faits isolés alors qu’il est désor­mais évident que ce n’est pas le cas, mais je veux qu’il le fasse, clai­re­ment.

    Je veux que derrière il y ait des enquêtes et des sanc­tions. Je veux qu’il y ait des syndi­cats qui reprennent voix pour dire qu’ils s’op­po­se­ront aux ordres illé­gaux et immo­raux. Je veux des poli­ciers qui s’ex­priment, même anony­me­ment.

    Je veux qu’on margi­na­lise l’inac­cep­table, que ça rede­vienne inac­cep­table. Je veux pouvoir être fier de mon pays et de sa police.

    J’ai honte, c’est grave, j’ai peur, je veux du chan­ge­ment et c’est urgent.

    Si j’ai peur, moi qui ai toujours défendu la police pendant toute ma vie, j’ima­gine ce qu’il doit en être pour ceux qui n’ont pas une situa­tion aussi privi­lé­giée que la mienne.

    On va ramer pour retrou­ver de la confiance, pour retrou­ver du lien entre le citoyen et les forces de l’ordre. Ce ne sont pas des belles paroles qui vont chan­ger des choses. Il faut du visible, du poing sur la table, et pas qu’un peu, pas juste pendant une opéra­tion de commu­ni­ca­tion de quelques jours.

    Même ainsi ça va prendre du temps, des années peut-être, mais si on ne le fait pas rapi­de­ment ça risque vite de deve­nir trop tard. J’es­père que ça ne l’est pas déjà.

    C’est main­te­nant qu’il y a un train à prendre, pour qu’un jour je ne pleure pas de dégoût quand j’en­tends parler de « la poli­tique raison­nable et humaine que nous menons » à la radio.

  • [poli­tique] Ils préfèrent foutre le bordel (que de faire 7h de train par jour pour aller travailler)

    Il y a tout un monde entre la théo­rie sur le papier et la réalité sur le terrain. Le problème c’est quand celui en charge se permet d’être hautain avec les gens sur le terrain.

    Il suffit de quelques mots d’un concerné pour se rendre compte combien les mots d’hu­meur à l’ori­gine de la polé­mique sont ceux de quelqu’un décon­necté du terrain.

    Mention spéciale à notre ministre Gérard Collomb dont les propos sont rappor­tés par Marianne. Lui n’a même plus de limites dans son statut de privi­lé­gié, ou alors il a conscience de ce qu’il dit et c’est encore pire :

    « C’est pas le problème de 180 kilo­mètres », assure Gérard Collomb, qui estime que les deux points se relient en trois coups d’ac­cé­lé­ra­teur : « Si vous êtes relié par une auto­route ou une voie ferrée qui peut y aller… Je viens de Lyon, j’ai pas de problème pour venir chez vous. »

    Ça permet d’ailleurs à Marianne de rappe­ler que ces 180 km prennent plus de temps qu’un Paris-Lyon, que ce soit en voiture ou en train – entre 5 et 7 heures aller-retour, rien que ça, pour du quoti­dien c’est un peu diffi­cile –, et de rappe­ler l’état de la poli­tique d’in­fra­struc­tures hors des liai­sons pour cadres qui vont sur Paris :

    Comme semble l’igno­rer Gérard Collomb, la desserte des terri­toires ruraux est de fait en déliques­cence. La SNCF a récem­ment supprimé quatre arrêts à la gare de La Souter­raine, alors que le nombre de voya­geurs y a augmenté de 60% en sept ans. Et A Ussel, la situa­tion n’est guère meilleure. « Ussel est coin­cée », pointe Frédé­ric Cueille de la CGT des chemi­nots limou­sins, qui déplore dans La Montagne un « encla­ve­ment » des zones rurales : « L’objec­tif de la SNCF est de fermer vingt-deux des vingt-sept points de vente. Ussel et Égle­tons sont mena­cées… ».