Je sais pour qui voter (seconde édition)

Le climat aujourd’hui est détestable. Impossible de dire quoi que ce soit sans être agressé. Il y a un acharnement militant jusqu’à l’overdose. On en vient à espérer que les proches ne parlent pas politique. 

J’ai pensé ne pas publier ce billet, pour ne pas ajouter à la polarisation militante ambiante. Je me rends compte aujourd’hui combien je trouve l’idée de l’auto-censure gênante, dangereuse même. Il s’agit de laisser les intolérants nous empêcher de réfléchir et d’échanger. Il s’agit de les laisser nous dicter quels sujets doivent leur être réservés, simplement par fatigue.

Alors je publie tout de même. Je ne convaincrai certainement personne mais ce n’est de toutes façons pas le but. Je publie pour moi, pour me libérer, pour réfléchir à haute voix. Je publie pour partager, pour contribuer, pour enrichir les réflexions des autres comme lire les autres enrichit les miennes. Pas plus.

Votez ce que vous voulez, ou ne votez pas si vous ne le voulez pas. Je ne dicterai pas vos choix. Je dis juste que le mien est fait.

Je sais que je vais voter

Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus question de vote stratégique ou de vote de confiance. Il n’est pas question de faire une sélection. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

Leurs choix sont si différents qu’il me parait inimaginable de dire que « ça reviendra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choisir.

Ne pas assumer mon choix, me draper derrière une virginité, dire que je laisse les autres assumer leurs choix de premier tour… j’aurais l’impression d’être lâche. Comment puis-je espérer construire quelque chose si je ne suis même pas capable de traverser une difficulté de vote entre deux candidats ?

Les pauvres ou les étrangers

Il y a une sacré force dans le slogan et un fond de vérité quelque part.

Les mots ne sont que des images, mais tout le monde voit bien ce qu’il y a derrière ces images là. On ne parle pas que des étrangers, on parle des autres, ceux qui ne correspondent pas au stéréotype valide blanc quarantenaire hétérosexuel catholique parlant sans accent. Cela dit on ne parle pas non plus des pauvres, on parle aussi des non-favorisés, de ceux en difficulté, de ceux qui n’ont pas les moyens, pas le relationnel, pas la chance, pas la connaissance ou simplement pas l’opportunité.

Parfois ces gens sont les mêmes, souvent, et ce n’est pas un hasard. Je ne crois pas que Marine Le Pen défendra particulièrement les pauvres si ce n’est pas pour les opposer aux pauvres qui sont hors du stéréotypes. Cela dit je ne crois pas qu’Emmanuel Macron défendra particulièrement les étrangers si ce n’est pas au bénéfice du système économique.

Je ne crois pas ou je ne crois plus qu’exclure les uns soit mieux qu’exclure les autres. Aucun ne mérite plus ou ne mérite moins. Exclure, stigmatiser et mettre au banc de la société peut dans les deux cas, en plus de l’impact sur les populations concernées pendant le mandat lui-même, avoir des effets long terme très dommageables pour la société, de l’exclusion à la haine.

Je comprends que celui qui se sente plus pauvre puisse voir en Marine Le Pen une alternative moins dramatique pour sa vie. De même que je comprends que celui qui se fait systématiquement renvoyer à son extra-territorialité potentielle ou sa minorité réelle ou supposée puisse voir en Emmanuel Macron une alternative moins dangereuse pour sa vie, peut-être même un espoir de liberté.

Ne vivant aucune des deux situations, je serais bien illégitime à le reprocher à un quelconque des deux.

Et pourtant je sais pour qui voter

Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les minorités tandis que l’autre se contente de négliger ceux qui ne sont pas de sa caste préférée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la gradation des dommages n’a rien à voir.

Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’erreur, l’un croit que son programme apportera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmenter.

Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souffrance des autres à celle qui distillera la haine.

Certains disent que c’est choisir entre la peste et le choléra. D’une part je ne le crois pas. D’autre part, si on devait m’inoculer un des deux, la lecture des fiches wikipedia des deux maladies me laisse peu de doutes sur ma volonté de choisir. Oui, on peut choisir entre deux options dont aucune n’est idéale.

Malgré tout ce que je reproche à la vision humaine et économique d’Emmanuel Macron, à son modèle de société, je n’ai aucun doute sur ce que je préfère.


Je suis intéressé par ce que vous pourriez penser sur le même sujet. Publiez, Je vous lirai avec intérêt si vous expliquez votre cheminement et vos choix. 

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