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Présidentielle 2017

Je sais pour qui voter (seconde édition)

Le climat aujourd’­hui est détes­table. Impos­sible de dire quoi que ce soit sans être agressé. Il y a un achar­ne­ment mili­tant jusqu’à l’over­dose. On en vient à espé­rer que les proches ne parlent pas poli­tique. 

J’ai pensé ne pas publier ce billet, pour ne pas ajou­ter à la pola­ri­sa­tion mili­tante ambiante. Je me rends compte aujourd’­hui combien je trouve l’idée de l’auto-censure gênante, dange­reuse même. Il s’agit de lais­ser les into­lé­rants nous empê­cher de réflé­chir et d’échan­ger. Il s’agit de les lais­ser nous dicter quels sujets doivent leur être réser­vés, simple­ment par fatigue.

Alors je publie tout de même. Je ne convain­crai certai­ne­ment personne mais ce n’est de toutes façons pas le but. Je publie pour moi, pour me libé­rer, pour réflé­chir à haute voix. Je publie pour parta­ger, pour contri­buer, pour enri­chir les réflexions des autres comme lire les autres enri­chit les miennes. Pas plus.

Votez ce que vous voulez, ou ne votez pas si vous ne le voulez pas. Je ne dicte­rai pas vos choix. Je dis juste que le mien est fait.

Je sais que je vais voter

Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus ques­tion de vote stra­té­gique ou de vote de confiance. Il n’est pas ques­tion de faire une sélec­tion. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

Leurs choix sont si diffé­rents qu’il me parait inima­gi­nable de dire que « ça revien­dra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choi­sir.

Ne pas assu­mer mon choix, me draper derrière une virgi­nité, dire que je laisse les autres assu­mer leurs choix de premier tour… j’au­rais l’im­pres­sion d’être lâche. Comment puis-je espé­rer construire quelque chose si je ne suis même pas capable de traver­ser une diffi­culté de vote entre deux candi­dats ?

Les pauvres ou les étran­gers

Il y a une sacré force dans le slogan et un fond de vérité quelque part.

Les mots ne sont que des images, mais tout le monde voit bien ce qu’il y a derrière ces images là. On ne parle pas que des étran­gers, on parle des autres, ceux qui ne corres­pondent pas au stéréo­type valide blanc quaran­te­naire hété­ro­sexuel catho­lique parlant sans accent. Cela dit on ne parle pas non plus des pauvres, on parle aussi des non-favo­ri­sés, de ceux en diffi­culté, de ceux qui n’ont pas les moyens, pas le rela­tion­nel, pas la chance, pas la connais­sance ou simple­ment pas l’op­por­tu­nité.

Parfois ces gens sont les mêmes, souvent, et ce n’est pas un hasard. Je ne crois pas que Marine Le Pen défen­dra parti­cu­liè­re­ment les pauvres si ce n’est pas pour les oppo­ser aux pauvres qui sont hors du stéréo­types. Cela dit je ne crois pas qu’Em­ma­nuel Macron défen­dra parti­cu­liè­re­ment les étran­gers si ce n’est pas au béné­fice du système écono­mique.

Je ne crois pas ou je ne crois plus qu’ex­clure les uns soit mieux qu’ex­clure les autres. Aucun ne mérite plus ou ne mérite moins. Exclure, stig­ma­ti­ser et mettre au banc de la société peut dans les deux cas, en plus de l’im­pact sur les popu­la­tions concer­nées pendant le mandat lui-même, avoir des effets long terme très domma­geables pour la société, de l’ex­clu­sion à la haine.

Je comprends que celui qui se sente plus pauvre puisse voir en Marine Le Pen une alter­na­tive moins drama­tique pour sa vie. De même que je comprends que celui qui se fait systé­ma­tique­ment renvoyer à son extra-terri­to­ria­lité poten­tielle ou sa mino­rité réelle ou suppo­sée puisse voir en Emma­nuel Macron une alter­na­tive moins dange­reuse pour sa vie, peut-être même un espoir de liberté.

Ne vivant aucune des deux situa­tions, je serais bien illé­gi­time à le repro­cher à un quel­conque des deux.

Et pour­tant je sais pour qui voter

Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les mino­ri­tés tandis que l’autre se contente de négli­ger ceux qui ne sont pas de sa caste préfé­rée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la grada­tion des dommages n’a rien à voir.

Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’er­reur, l’un croit que son programme appor­tera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmen­ter.

Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souf­france des autres à celle qui distil­lera la haine.

Certains disent que c’est choi­sir entre la peste et le choléra. D’une part je ne le crois pas. D’autre part, si on devait m’ino­cu­ler un des deux, la lecture des fiches wiki­pe­dia des deux mala­dies me laisse peu de doutes sur ma volonté de choi­sir. Oui, on peut choi­sir entre deux options dont aucune n’est idéale.

Malgré tout ce que je reproche à la vision humaine et écono­mique d’Em­ma­nuel Macron, à son modèle de société, je n’ai aucun doute sur ce que je préfère.


Je suis inté­ressé par ce que vous pour­riez penser sur le même sujet. Publiez, Je vous lirai avec inté­rêt si vous expliquez votre chemi­ne­ment et vos choix. 

Excep­tion­nel­le­ment, cepen­dant, les commen­taires sont fermés et j’ai­me­rais que vous ne répon­diez pas direc­te­ment aux tweets ou toots annonçant le lien.

Publiez, mais faites-le chez vous, de votre côté. Faites-le pour parta­ger et pas pour détrom­per, critiquer, poin­ter combien j’ai tort ou montrer à quel point je n’ai rien compris. Faites-le indé­pen­dam­ment de moi et de mon texte.

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