Catégorie : Politique et société

  • Livret A, l’en­tour­loupe!

    Je ne connais pas assez les tenants et abou­tis­sants du livret A pour avoir un avis sur le fond de l’aug­men­ta­tion ou non des taux d’in­té­rêts. Par contre, en lisant livret A, l’en­tour­loupe, je suis encore une fois agacé par la propen­sion du pouvoir actuel, de consi­dé­rer qu’ils sont fina­le­ment au dessus des lois et des règle­ments et que leur senti­ment doit prendre le pas sur leurs obli­ga­tions légales. Un peu comme si fina­le­ment la loi était là pour proté­ger le pouvoir du peuple, et pas pour gérer la société au nom du peuple.

    N’ou­blions pas : Ce qui fonde une dicta­ture ce n’est pas l’ab­sence d’élec­tions ou la malveillance des diri­geants. Des dicta­teurs éclai­rés ou des dicta­teurs élus il y en a eu et il y en aura encore. Le propre de la dicta­ture par rapport à la démo­cra­tie c’est l’ab­sence de respect de la volonté du peuple via le renon­ce­ment aux règles, lois et prin­cipes fonda­teurs souhai­tés par le peuple pour sa société.

  • Face à l’hy­po­cri­sie puri­taine, défen­dons les « arts du lit » !

    Partagé sans commen­taire, parce que je renonce à tenter d’ex­pli­ci­ter ce que j’en pense. Le risque d’être compris partiel­le­ment est trop impor­tant et le sujet trop polé­mique.

    Face à l’hy­po­cri­sie puri­taine, défen­dons les « arts du lit » !

  • Bande de fainéants

    J’avais déjà sorti des chiffres pour tordre le cou à cette formi­dable idée reçue mais la une du Figaro me donne l’oc­ca­sion de remettre le couvert : D’après une superbe étude, les français travaille­raient l’équi­valent de six semaines de moins que les alle­mands, 1674 heures contre 1904.

    En réalité le problème est inversé : D’après les commu­nistes de l’OCDE le français travaille en moyenne 1554 heures en 2009 (chiffre OCDE repris de l’INSEE) alors que l’al­le­mand a travaillé 1390 heures sur la même année. 2009 n’a rien d’ex­cep­tion­nel, le français travaillait déjà plus que l’al­le­mand en 2000. Si je reprend le lissage idiot du Figaro, d’après l’OCDE, c’est l’al­le­mand qui travaille 6 semaines de moins que le français (et en plus nous sommes plus produc­tifs que les alle­mands par heure de travail).

    Ils travaillent de moins en moins

    En fait l’écart entre la France et l’Al­le­magne n’a fait que s’agran­dir depuis au moins 2000 (je n’ai pas les données anté­rieures), en passant de 8% en 2000 à presque 12% en 2009. L’ar­ri­vée des 35h en France n’a pas réduit et encore moins inversé cet écart.

    C’est même encore plus inté­res­sant puisque l’OFCE indique que si en France il s’agit majo­ri­tai­re­ment d’une baisse légale, en Alle­magne il s’agit d’un passage à du temps partiel subi. Je vous laisse choi­sir mais la méthode française, qui de plus a visi­ble­ment permis de moins bais­ser la durée du travail qu’en Alle­magne, a ma préfé­rence.

    Même quand COE-Rexe­code note que le taux d’em­ploi est meilleur en Alle­magne, l’OFCE conteste la conclu­sion qui en est faite (il faut privi­lé­gier le temps partiel) en rappe­lant que sur la même période la France a créé plus d’em­ploi et a moins réduit sont temps de travail moyen que l’Al­le­magne.

    Bidouilles et ajus­te­ments

    Tiens d’ailleurs, l’étude de COE-Rexe­code ne prend en compte que les sala­riés à plein temps. Comme on l’a vu, l’ajus­te­ment en Alle­magne est juste­ment passé par du temps forcé de plus en plus fréquent. Tout ça n’ap­pa­rait pas alors que la baisse du temps de travail par les 35h est elle bien visible sur les plein temps. Tout dépend ce que l’on mesure mais là c’est fran­che­ment biaisé.

    En fait même limité aux plein temps, tout ça est une bataille de chiffres. L’étude du Figaro vient de COE-Rexe­code, qui lui-même se base sur des chiffres d’Eu­ro­stat, mais en les tripa­touillant beau­coup. Ils sont partis du nombre d’heures par semaine, puis ont retiré les congés payés, les fériés, les périodes de forma­tion, les congés mala­die, deuil et gros­sesse, et même les démé­na­ge­ments. Au total 9 semaines et demies … pour le français. Pour le travailleur alle­mand étran­ge­ment COE-Rexe­code n’a retiré que 5 semaines et 1 jour, soit moins que le nombre de jours offi­ciel­le­ment chômés (non seule­ment il n’est jamais malade, en forma­tion ou en gros­sess, mais en plus il travaille pendant ses congés payés). Quand on sait que les congés mater­nité et pater­nité sont bien plus long en Alle­magne, ça fait sourire.

    COE-Rexe­code parle aussi de la baisse énorme du temps de travail en France entre 1999 et 2010. Mais là ils se font encore reprendre, par l’INSEE cette fois, qui indique que la méthode de calcul a changé en 2003, et que juste­ment ce chan­ge­ment de méthode intro­duit une baisse arti­fi­cielle impor­tante. En gros ils comparent des choux et des carottes.

    Alors ?

    Bref, l’étude est d’un sérieux à toute épreuve. Vous vous en serez doutés, COE-Rexe­code est un insti­tut privé détenu par des grandes entre­prises françaises et sans contrôle public. On s’en moque, le Figaro a pris parti depuis long­temps, et personne ne discute plus son objec­ti­vité.

    Ceci dit, il y a quand même une infor­ma­tion : Pour Euro­stat, on travaille effec­ti­ve­ment un peu plus en Alle­magne qu’en France. Rien à voir avec une diffé­rence de six semaines ceci dit.

  • From the Mail­bag

    Notre société est malade de procé­dures et de règle­ments. On demande des choses sans se poser la ques­tion du bon sens, sans prendre du recul, sans s’au­to­ri­ser à faire des excep­tions.

    Réflé­chir est dange­reux, parce qu’une mauvaise déci­sion serait impla­ca­ble­ment répri­mée et repro­chée. Du coup trop de gens jouent la stra­té­gie du para­pluie et appliquent la procé­dure, bête­ment. Il y a des consé­quences, mais pour les autres, et tant pis si tout le monde y perd, « ce n’est pas ma faute ».

    En plus de déres­pon­sa­bi­li­ser tout le monde, ce qui forcé­ment joue dans le bien être global et dans la valo­ri­sa­tion qu’on ressent de son travail, c’est une très bonne façon de ne pas pouvoir arri­ver à un niveau de qualité correct et pour détruire toute capa­cité d’amé­lio­ra­tion ou d’in­no­va­tion.

    La solu­tion : Une petite struc­ture, où les procé­dures sont encore inexis­tante ou faibles parce qu’il n’y en a pas encore besoin … ou le droit à l’échec, voire la valo­ri­sa­tion de celui qui essaie et prend des initia­tives indé­pen­dam­ment de la réus­site. Ce qui importe c’est d’es­sayer et que les moti­va­tions, réflexions et choix soient faits selon des bases sensées. Le reste ça fait partie du risque inhé­rent à chaque prise de déci­sion.

    Si vous n’êtes pas prêts à échouer, vous n’êtes pas prêts à réus­sir.

    Dit autre­ment, en repre­nant une formule bien connus :

    Si vous pensez qu’es­sayer et se trom­per est cher, regar­dez combien coûte de ne pas le faire.

    Ah, et du coup je n’ai même pas partagé mon lien inso­lite du jour qui motive cette réflexion: From the Mail­bag

  • Le calme à 1€

    Nos respon­sables marke­ting sont formi­dables. On pour­rait donner des leçons de commerce aux améri­cains.

    Le voyage en train est parfois pénible, bruyant. c’est encore plus vrai depuis que les télé­phones portables sont bana­li­sés. Bien sûr la SNCF a tenté de faire un peu de commu­ni­ca­tion pour  amélio­rer la situa­tion, mais en vain. Le problème ce n’est pas la SNCF, c’est le voya­geur, et celui là on le chan­gera diffi­ci­le­ment.

    Si le service est mauvais que peut-on faire ? et bien on peut lui offrir le calme à 1 €, en option. Bref, four­nir un mauvais service devient un argu­ment pour faire payer des options. Plus le service est mauvais, plus l’op­tion devien­dra atti­rante et donc fera entrer des sous dans les caisses. Génial. En plus on ne peut plus râler puisque derrière ça sera « vous n’aviez qu’à prendre l’op­tion, 1 € ce n’est pas grand chose ».

    Bien entendu en fait l’op­tion c’est juste pour se retrou­ver avec d’autres qui ont pris l’op­tion. Rien ne garan­tit qu’ils seront silen­cieux, et si beau­coup finissent par prendre l’op­tion, on peut prédire que certains ne seront pas si silen­cieux au final. Pas grave : se retrou­ver avec les quelques uns qui ont choi­sit de ne pas prendre l’op­tion et donc qui seraient consciem­ment bruyants serait encore pire.

    Ça ne peut que fonc­tion­ner, sauf si on passe le point du raz le bol.

  • Valse des étiquettes dans les grandes surfaces

    Rien de neuf dans la valse des étiquettes dans les grandes surfaces. Les prix augmentent régu­liè­re­ment. L’in­té­res­sant dans l’ar­ticle de France Info c’est la diffé­rence de point de vue entre les chiffres de l’INSEE et ceux de l’UFC.

    Les deux se basent sur des compa­rai­sons objec­tives et des chiffres concrets. Le tout est de savoir ce qu’on mesure.

    Pas la peine d’être un devin pour devi­ner que si on se contente d’aug­men­ter nos reve­nus et pres­ta­tions suivant les chiffres de l’INSEE, notre niveau de vie dimi­nuera chaque année.

    C’est en fait très simple, l’INSEE mesure à produits constants entre deux années. Si il y a une augmen­ta­tion de 10% en 10 ans (chiffre fictif), c’est qu’a­vec 10% de plus, nous pouvons ache­ter la même chose qu’il y a 10 ans. Sauf que personne n’achète la même chose qu’il y a 10 ans. Nous voulons des voitures plus sûres, des télé­vi­sions plus grandes, des télé­phones portables plus perfor­mants, ou un accès Inter­net plus rapide qu’il y a 10 ans.

    Mes exemples sont peut être mauvais. Certains pour­raient dire au contraire que désor­mais nous voulons des boites de mais en conserve sans sucre (oui, elles sont plus chères, oui, avant, et toujours main­te­nant, il y a du sucre dans la plupart) ou des légumes bio parce que nous savons que cela a des consé­quences sur la santé. D’une manière ou d’une autre la société évolue et nous évoluons avec.

    Du coup, forcé­ment, sauf à lais­ser la société évoluer seule et vivre comme il y a 20 ans ou plus, les chiffres d’aug­men­ta­tion des prix de l’INSEE sont assez peu repré­sen­ta­tifs de la réalité. Je ne parle même pas du problème de l’aug­men­ta­tion de la part des dépenses obli­ga­toires dans le budget qui, en lais­sant encore moins de choix dans nos finances, renforce encore l’im­pres­sion d’en avoir de moins en moins.

     

  • EDF sait-elle vrai­ment déman­te­ler ses centrales nucléaires ?

    Combien coûte une centrale ? Pour construire, pour exploi­ter, on commence à le savoir. Pour l’ar­rê­ter ou la déman­te­ler, c’est le flou le plus total. Il est d’ailleurs ahuris­sant qu’on consi­dère le nucléaire comme peu cher sans même chif­frer « l’après ». Comme vision court terme on fait diffi­ci­le­ment mieux.

    D’ailleurs, EDF sait-elle vrai­ment déman­te­ler ses centrales nucléaires ? Je ne peux me rete­nir de parta­ger un extrait :

    Sur les 10 réac­teurs arrê­tés [en France depuis le début du nucléaire], aucun n’a donc encore encore été complè­te­ment déman­telé. […] Seules 22 [petits réac­teurs et accé­lé­ra­teurs expé­ri­men­taux desti­nés à la recherche] ont été offi­ciel­le­ment déman­te­lées. Cepen­dant, aucune de ces instal­la­tions nucléaires civiles « n’a atteint le stade dit du « retour à l’herbe »

    Bref, nous n’avons pas déman­telé un seul réac­teur à usage réel pour l’ins­tant. Mais le meilleur c’est pour la fin, pour faire passer la ques­tion des retraites pour du pipi de chat :

    Pour déman­te­ler ses 68 réac­teurs, EDF a provi­sionné 10,8 milliards d’eu­ros. […] Au Royaume-Uni, le déman­tè­le­ment de 10 réac­teurs, et son lot de sites de stockage des déchets et de centres de retrai­te­ment, est estimé à 100 milliards d’eu­ros par l’au­to­rité en charge du déman­tè­le­ment (Nuclear Decom­mis­sio­ning Autho­rity).

    Je passe sur le fait que l’au­to­rité en charge a proba­ble­ment inté­rêt à sous-esti­mer un peu quitte à reve­nir à la charge plus tard, vu qu’elle est contrô­lée par le pouvoir poli­tique. Je me conten­te­rai d’une règle de trois :

    Avec l’es­ti­ma­tion du Royaume Uni, pour déman­te­ler nos 68 réac­teurs, il faudrait avoir provi­sionné 680 milliards d’eu­ros au lieu de 10,8. Nous sommes presque à deux ordres de gran­deur de diffé­rence. Avec de tels chiffres, il devient diffi­cile de croire qu’in­ves­tir quelques dizaines de milliards dans les éner­gies renou­ve­lables serait une mauvaise idée. Diffi­cile aussi d’ac­cep­ter la légende sur le fait qu’é­co­no­mique­ment le nucléaire est bien moins cher.

  • Les vœux amers des prési­dents de tribu­naux

    Les vœux amers des prési­dents de tribu­naux me font reve­nir à l’es­prit quelques billets lus chez Maitre Eolas il y a pas mal de temps à l’oc­ca­sion d’un raz le bol de quelques magis­trats ou gref­fiers. On y voyait la réalité, où certains espèrent des stylos pour écrire, du chauf­fage pour l’hi­ver, ou pouvoir payer les factures de l’an­née N-2 avec l’avance de budget de l’an­née N+1.

    La flemme de cher­cher la compa­rai­son du pour­cen­tage de PIB inves­tit dans la justice en France et à l’étran­ger, ou la compa­rai­son des délais de trai­te­ment des dossiers, mais un pays qui consi­dère la justice comme un domaine à lais­ser tout juste survivre peut diffi­ci­le­ment se récla­mer d’objec­tifs nobles.

    Quand les magis­trats parlent, eux qui ont parfois beau­coup de réserves, c’est que la situa­tion n’est pas bien heureuse. On ne parle pas de salaire, de condi­tion de travail ou d’ho­raires, ces espoirs là ne semblent même pas effleu­rer les récla­ma­tions. On parle simple­ment des moyens pour pouvoir faire correc­te­ment leur travail indis­pen­sable.

    Bien entendu le problème est finan­cier, mais pas que. Il y a un gros problème de gestion poli­tique, et ça c’est encore moins accep­table.

  • Une lote­rie pour gagner… un trai­te­ment vital

    Fran­che­ment, comment ne pas paraitre scan­da­lisé quand une clinique réalise une lote­rie pour gagner… un trai­te­ment vital. Celui qui gagne aura droit aux soins et pourra survivre. Les autres non.

    Ça se passe aux États-Unis, mais on aurait tort de critiquer trop rapi­de­ment. Du point de vue de la clinique qui réalise la lote­rie, c’est bien un acte de charité. Ces gens là ont déjà été reje­tés par les autres hôpi­taux. Il s’agit de faire un don à quelqu’un, tous prio­ri­taires et néces­si­teux. La lote­rie peut paraitre inhu­maine mais fina­le­ment croire choi­sir entre 100 personnes en risque vital, c’est aussi assez inhu­main.

    Bref, fina­le­ment on peut aussi voir ça comme un acte de frater­nité et d’aide désin­té­ressé. Tout dépend si on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide.

    Le problème n’est pas celui de la lote­rie ou de la clinique, mais celui du système qui accepte que des hommes et des femmes puissent être lais­sés pour compte faute de pouvoir se payer des soins vitaux. Nous jugeons tous ça inac­cep­table, mais contri­buons à un système qui le permet.

    Je me permets de dire « nous » parce que si cet exemple est aux États Unis, en France nous dérem­bour­sons de plus en plus. Nous augmen­tons en même temps les parti­ci­pa­tions symbo­liques et fran­chises, tout en plafon­nant les prises en charge. Au final, la dernière étude confirme que plus d’un français sur trois renonce à des soins pour des raisons finan­cières.

    Nous parlons dans l’étude française de tous les soins, mais il serait éton­nant qu’il en soit diffé­rem­ment pour quelqu’un qui doit commen­cer un trai­te­ment lourd sur le long terme. Mourir coûte moins cher, et évite d’en­det­ter la famille.

    Je ne sais pas si c’est la société que nous souhai­tons, mais sous couvert de réduc­tion des défi­cits et de ratio­na­li­sa­tions, c’est la société que nous créons.

  • Are Greeks Lazy?

    Les alle­mands sont travailleurs, les grecs sont-ils fainéants ? Il parait que ça explique la réus­site de l’éco­no­mie alle­mande mais … et si fina­le­ment c’était l’in­verse ?

    On the natio­nal level the reverse happens—the richer Germans get, the less they work.

    On entre­voit pas mal de légendes sur le fait que la pauvreté vient du manque de travail, ou que les français ne travaillent pas assez par rapport à leurs voisins. Dans la réalité les alle­mands travaillent moins que les autres, et les français plutôt plus.

    The truth is that coun­tries aren’t rich because their people work hard. When people are poor, that’s when they work hard.