Catégorie : Démocratie et institutions

  • L’im­pact réel des hommes poli­tiques sur la vie écono­mique d’un pays est de plus en plus limité. Heureu­se­ment.

    Les entre­prises, surtout inter­na­tio­nales, ont des moyens de plus en plus vastes et elles ont acquis, en Europe, la capa­cité de jouer la concur­rence entre les États. (…) L’im­pact réel des hommes poli­tiques sur la vie écono­mique d’un pays est de plus en plus limité.
    Heureu­se­ment.
    attri­bué à Bernard Arnault, dans son livre La passion créa­tive

    Je crois que tout ça résume au mieux comment est vécue la démo­cra­tie par les grands chefs d’en­tre­prise, et pourquoi il est urgent de stop­per tout ce qui peut permettre aux entre­prises d’avoir une force plus grande que celle des États, le TTIP/TAFTA en tête.

    Parce que ne nous leur­rons pas, la ques­tion n’est pas celle de l’im­pact d’une mino­rité hommes poli­tiques sur l’éco­no­mie, mais que c’est du coup une autre mino­rité qui est au contrôle ; cette dernière travaillant très offi­ciel­le­ment unique­ment dans son seul inté­rêt.

  • Voting Machines Running Block­chain Tech­no­logy Are No Longer Just A Theory

    On me pointe un article sur la block­chain pour les votes élec­tro­niques. J’ai peur qu’on se retrouve avec les deux mêmes dilemmes habi­tuels : Non fiable et au choix soit non véri­fiable soit non secret (ici c’est le secret qui est sacri­fié).

    Pour rappel, le vote doit être libre (je vote ce que je veux), secret (corol­laire du précé­dent, je vote sans contrainte et sans peur). Le résul­tat doit être fiable (le compte doit corres­pondre aux votes réels avec une marge d’er­reur non signi­fi­ca­tive) et véri­fiable (je n’ai pas à faire confiance, je peux m’as­su­rer que la fiabi­lité est réelle).

    The current plan is to keep the voting machine discon­nec­ted from the Inter­net. Further­more, all ballots are burned to a DVD before connec­ting the machine to the Inter­net, crea­ting a physi­cal backup of all votes just in case.

    Tout est dans ce simple para­graphe. tout d’abord on parle d’un ordi­na­teur hors-ligne. Contrai­re­ment à ce qui est annoncé plus haut dans l’ar­ticle, on ne pourra pas suivre en temps réel depuis Inter­net (ni même voter depuis Inter­net d’ailleurs).

    Avec les infor­ma­tions que donne l’ar­ticle, le résul­tat de la machine est tota­le­ment non véri­fiable. Jusqu’au moment où le DVD est gravé en fin de vote, le système n’est qu’une gigan­tesque boite noire à laquelle il faut faire confiance les yeux bandés. Je ne sais pas si le vote qu’il me dit avoir pris en compte sera bien ajouté au bon candi­dat, ni que les données ne seront pas modi­fiées d’ici au gravage du DVD. Rien ne le garan­tit, nulle part. Ouille.

    Il peut y avoir des erreurs ou failles de sécu­rité (volon­taires ou non) dans le code source du logi­ciel de vote, dans les biblio­thèques de code utili­sées ou dans le système d’ex­ploi­ta­tion. Il peut y avoir du code mali­cieux injecté dans le binaire du logi­ciel de vote, dans le système d’ex­ploi­ta­tion, ou même dans le bios de l’or­di­na­teur. Récem­ment on a même vu des vers trans­por­tés dans des firm­wares de disques durs, donc virtuel­le­ment indé­tec­tables. Aie.

    Some people might wonder how Block­chain Tech­no­lo­gies Corp. plans to keep the voting process tamper-proof, as block­chain tech­no­logy requires an inter­net connec­tion.

    La block­chain, sauf si je manque quelque chose dans la retrans­crip­tion de l’ar­ticle, n’a aucun inté­rêt dans tout le proces­sus tant que les votes ne sont pas parta­gés dans le réseau et vali­dés par tout un chacun (sur quelle base ? comment savent-ils que le compte est bon avant de l’en­té­ri­ner sur les réseaux ?).

    Bref, c’est juste pour faire joli et tech­nique à la mode, mais ça n’a aucun inté­rêt. Pffff.

    Their propo­sed process is simple, elegant, and conve­nient in its own way. Voting ballots would remain the same, other than three QR codes at the bottom. The first code repre­sents a block­chain address; the second one repre­sents the ballot ID, and the final code is the elec­tion ID. These QR codes would then be scan­ned once the ballot is depo­si­ted into the voting machine, and auto­ma­ti­cally trans­fer “vote units” to the appro­priate candi­date;

    Aie. Donc chaque bulle­tin contient non seule­ment le contenu du vote mais aussi un iden­ti­fiant secret appar­te­nant au votant. Comment cet iden­ti­fiant est-il créé ou trans­mis ? Avec quelle sécu­rité est-il gardé par l’élec­teur ? La véri­fia­bi­lité du système est basé là dessus.

    Proba­ble­ment que ces iden­ti­fiants (l’adresse block­chain) sont attri­bués par l’or­ga­ni­sa­teur du vote (l’État). Ce dernier aurait alors capa­cité à faus­ser le vote, ou savoir qui a voté quoi. Oups.

    Dans tous les cas, le résul­tat n’est toujours pas véri­fiable. Chacun peut véri­fier son propre vote, mais pas le résul­tat global. On peut imagi­ner que ça fonc­tionne si tout le monde véri­fie (et sait véri­fier) son propre vote, mais c’est une garan­tie assez faible : Que se passe-t-il si un groupe assez signi­fi­ca­tif conteste le résul­tat ? Personne ne saura s’ils sont de bonne foi ou non. Tout repose sur la confiance, pas la trans­pa­rence ni la véri­fia­bi­lité. Argh.

    It is not common to see the combi­na­tion of block­chain tech­no­logy with a paper trail. Howe­ver, in light of the sensi­tive nature of voting results, Block­chain Tech­no­logy Corp. prefers to take no risks. In a way, the paper trail can be used as an arbi­tra­tor in case the block­chain data and/or DVD data don’t match up.

    Atten­tion, Voilà l’étape de véri­fi­ca­tion, la vraie. La source de vérité est une simple impres­sion incré­men­tale sur un papier à chaque vote.

    Elle n’a de sens que si le votant voit son vote s’ins­crire en temps réel, de façon intel­li­gible, et que le papier reste à tout moment visible.

    Très proba­ble­ment on se retrouve avec un jour­nal papier ordonné de tous les votes, et c’est la fin du secret (l’ordre de passage est celui du papier, on sait qui vote quoi). Malgré ce secret éventé, on ne saura pas quoi faire si un groupe de taille signi­fi­ca­tive déclare que son vote n’a pas été correc­te­ment pris en compte.

    Dans le meilleur des cas il y a un système méca­nique de mélange après impres­sion. Par exemple si la machine qui scanne notre bulle­tin, écrit ensuite un nouveau bulle­tin devant nos yeux, en cache ou masque le contenu du vote mais garde visible le papier lui-même jusqu’au dépouille­ment de véri­fi­ca­tion s’il est demandé. Tiens, ce pour­rait être fait en le mettant dans une enve­loppe qui tombe dans une urne trans­pa­rente, tout ça sous les yeux des scru­ta­teurs tiers (ça me rappelle quelque chose, pas vous ? :-)

    The current plan is to keep the voting machine discon­nec­ted from the Inter­net.

    Et avec tout ça on parle d’un ordi­na­teur de vote local, donc toujours pas de vote par Inter­net (qui ajou­te­rait mille problèmes de sécu­rité et empê­che­rait une partie des solu­tions trou­vées par l’im­plé­men­ta­tion décrite ici).

    Même si tout fonc­tion­nait à merveille et qu’on trou­vait une solu­tion au problème initial de la boite noire (je vous dis un secret : on ne trou­vera pas), trop peu de citoyens seraient capables de comprendre comment tout ça fonc­tionne et de le garan­tir. Il faudra faire confiance à l’or­ga­ni­sa­teur du vote, ce qui est bien la dernière chose qu’on souhaite sur une élec­tion natio­nale orga­ni­sée par le pouvoir en place… Bref, c’est inadapté.

    Je ne peux m’em­pê­cher de trou­ver tout ça bien compliqué par rapport aux isoloirs non élec­tro­niques, pour un gain large­ment discu­table.

    Tout ça pour ça…

    D’ailleurs c’est assez assumé dans l’article d’ori­gine sur Vice.com :

    The open source code combi­ned with the paper, DVD, and block­chain audit trails may not comple­tely elimi­nate fraud in the voting process, but it will be a step in the right direc­tion. Espe­cially compa­red to the 10–15 year old, buggy elec­tro­nic voting machines we use today

    En gros : Ça ne garan­tit pas vrai­ment contre la fraude, mais c’est mieux que les machines à voter d’il y a 15 ans sur lesquelles ont a réussi à chan­ger les votes des élec­teurs précé­dents, faire voter pour un non-candi­dat, avoir plus de votes que de votants, faire chan­ter l’hymne natio­nal en plein vote, et j’en passe des meilleures.

    Ailleurs dans l’ar­ticle il est assumé que ça ne protège seule­ment qu’à peu près le secret du vote. Ni fiabi­lité ni secret : on est très loin d’une solu­tion.

    Je serai très ravi de voir une vraie solu­tion de vote élec­tro­nique satis­fai­sante (ne parlons pas de parfait, satis­fai­sante suffi­rait). Un jour peut-être, mais c’est peu probable.

    La problé­ma­tique n’est pas vrai­ment une problé­ma­tique tech­nique. Elle est dans la trans­pa­rence du proces­sus, qui ne pourra jamais être atteinte par une puce (dont par prin­cipe on ne voit pas le fonc­tion­ne­ment) sans atteindre au secret des votes.

    Entre temps, appe­ler à la mise en place d’un vote élec­tro­nique, connais­sant l’état de l’art sur le sujet et sauf à vouloir sacri­fier le secret du vote, c’est sacré­ment dange­reux quand même.

  • Un élec­teur sur deux favo­rable au vote sur inter­net

    Je pour­rais vous dire que tous les essais de vote élec­tro­nique ont montré des erreurs ou des failles de sécu­rité nette­ment plus impor­tantes que ce qui est possible sur des votes papier.

    Je pour­rais vous dire que l’es­sen­tiel des pays qui ont étudié la ques­tion voire qui ont mis en pratique le vote élec­tro­nique ont ou sont en train de faire marche arrière.

    Je pour­rais vous dire qu’en l’état de nos connais­sances, sachant que les États savent infec­ter les firm­wares de carte mère ou même ceux des disques durs pour créer des chevaux de troie extrê­me­ment complexes, il est en pratique impos­sible de s’as­su­rer de quel logi­ciel tourne effec­ti­ve­ment sur le serveur inter­net ou la machine à voter, et donc d’avoir confiance dans le résul­tat.

    Je pour­rais vous dire que même si ce n’était pas le cas, le citoyen lambda est tota­le­ment inca­pable de véri­fier le fonc­tion­ne­ment ou la sécu­rité d’un système de vote élec­tro­nique, et que cette capa­cité de véri­fi­ca­tion est le socle de la confiance et du vote démo­cra­tique.

    En fait je vais simple­ment vous dire qu’aujourd’­hui, malgré toutes les intel­li­gences qui s’y sont penchées, nous ne savons pas faire un vote élec­tro­nique qui ait à la fois un résul­tat véri­fiable et des votes anonymes. C’est soit l’un soit l’autre, même si nous arri­vions à sécu­ri­ser tota­le­ment le système. Malheu­reu­se­ment les deux sont tota­le­ment indis­pen­sables au proces­sus.

    Que notre secré­taire d’État au numé­rique envi­sage le vote par Inter­net comme solu­tion à l’abs­ten­tion aux élec­tion relève soit de l’im­pro­vi­sa­tion complète au point de n’en avoir parlé avec aucun conseiller, soit de la malhon­nê­teté à propo­ser une solu­tion dont on connait la dange­ro­sité extrême.

    Rien que cette sortie poli­tique au lende­main du lance­ment de la campagne de finan­ce­ment de La Quadra­ture du Net, justi­fie de vite faire un don. Nous jouons le futur de notre démo­cra­tie, rien que ça.

    Le site est vieux, moche, mais ordi­na­teurs-de-vote contient une multi­tude d’in­for­ma­tions pour ceux qui veulent en savoir plus.

  • Leaked: EPO Prio­ri­tises Work for Large Foreign Corpo­ra­tions, Discri­mi­na­tion Not Acci­den­tal But Centrally Plan­ned

    It is propo­sed to start a pilot for ten major appli­cants, world­wide, lasting one year (1.4.2015–1.4.2016). The appli­cants will be selec­ted by DG1 but taking into consi­de­ra­tion input from PA, PDQM and DG5. This will be based around strong exis­ting contacts. 5 liai­son direc­tors will be selec­ted to deal with two major appli­cants each. They will be in regu­lar contact with these appli­cants and will have at least one face to face meeting during the year of the pilot.

    […]

    Histo­ri­cally missions were orga­ni­sed on a direc­to­rate and clus­ter level with little coor­di­na­tion beyond that. Moreo­ver, they did not always target he largest appli­cants, but more often the “nicer” loca­tions. With the deploy­ment of the Coor­di­na­tion Tool for Exter­nal Contacts and with more direc­tio­nal input from the PDs, along with the expe­rience from the liai­son direc­tors it is guaran­teed that DG1 missions will be more focus­sed on our major appli­cants and deli­ve­ring a better service to them.

    — via Techrights

    Dit autre­ment, l’of­fice euro­péen des brevets favo­rise très offi­ciel­le­ment en interne une douzaine de multi­na­tio­nales en leur offrant un circuit prio­ri­taire et une colla­bo­ra­tion suivie.

    Le détour­ne­ment ne semble même plus être masqué, il s’af­fiche au grand jour. L’of­fice ne travaille plus pour l’in­no­va­tion ou la publi­ca­tion des connais­sances, mais pour elle-même, à favo­ri­ser ses gros clients indus­triels au détri­ment des jeunes inno­vants. Est-ce vrai­ment sa mission ?

  • Consul­ta­tion Répu­blique Numé­rique – parti­ci­per

    Il y a plein de choses à dire sur la consul­ta­tion actuelle de Répu­blique Numé­rique. Proba­ble­ment que l’ef­fet sera minime, que le prin­cipe même est contes­table, mais au moins on ne pourra pas nous repro­cher de ne pas avoir joué le jeu. Essayons une fois. Il ne reste que deux jours pour cela, c’est urgent.

    C’est long, il y a des milliers de propo­si­tions et de votes possibles. Pour guider il suffit de regar­der les inter­ven­tions et votes des asso­cia­tions et groupes qui vont dans le bon sens. Pas pour voter les yeux fermés, mais pour voir le premier filtre qu’ils ont fait, souvent voter pareil, parfois s’abs­te­nir, excep­tion­nel­le­ment être en désac­cord. Gardez votre propre sens critique en toute occa­sion. Voici ma liste de profils à explo­rer (bien aller jusqu’en bas des pages où il y a aussi les votes) :

    De manière inté­res­sante, ça fonc­tionne aussi dans l’autre sens si vous trou­vez des repous­soirs : Person­nel­le­ment j’ai par exemple le syndi­cat natio­nal de l’édi­tion (SNE), qui en lui-même est très impor­tant mais qui se à toujours prendre des posi­tions pour l’ex­ten­sion du droit d’au­teur et contre la libre circu­la­tion.

    Bien entendu, vous pouvez aussi aller plus vite vu que j’ai déjà fait la collecte de tout ça en regar­dant direc­te­ment mes propres votes et inter­ven­tions. Ça évite de cliquer plusieurs fois sur le même lien si diffé­rents acteurs sont inter­ve­nus dessus. Par contre vous pouvez manquer les quelques rares inter­ven­tions où je me suis abstenu de voter parce que quelque chose me gênait (ou parce que je n’avais pas le recul néces­saire pour avoir un avis assez intel­li­gent).

    Il y aussi un docu­ment réca­pi­tu­la­tif de quelques points prin­ci­paux réalisé par quelques unes des asso­cia­tions citées, et quelques autres qui n’ont pas parti­cipé direc­te­ment sur Répu­blique Numé­rique. Vous trou­ve­rez aussi le docu­ment de LQDN, celui du CNN, et la sélec­tion de Tris­tan Nitot.

  • Embassy cables reveal 34 nations pres­su­red by UK to oppose Scot­tish inde­pen­dence

    Diplo­ma­tic cables reveal the extent of the British Govern­ment’s collu­sion with foreign powers to damage the Scot­tish Govern­ment, under­mine inter­na­tio­nal confi­dence in Scot­land’s economy, and to usurp the demo­cra­tic process of the refe­ren­dum on inde­pen­dence. […]

    Offi­cial diplo­ma­tic cables prove conclu­si­vely that even as Came­ron told the coun­try the choice was up to the Scot­tish people and that he would play no part in it, he was pres­su­ring other nations leaders […]

    “… [T]he FCO has contac­ted the govern­ments of China, Russia, the US, New Zealand, Austra­lia, Canada and the 28 EU nations about the Scot­tish refe­ren­dum in a global search for allies who might oppose inde­pen­dence.

    — We ourselves

    Tant que l’ac­cès complet et immé­diat à tout ce qui se passe dans nos états et nos gouver­ne­ments ne devien­dra pas la norme – et le secret l’ex­cep­tion – nos états auront forcé­ment tendance à d’abord proté­ger leur struc­ture, leur fonc­tion­ne­ment et leur inté­grité, au lieu de travailler dans l’in­té­rêt du peuple et de la nation. Si on ajoute les inté­rêts person­nels des élus et les inté­rêts collec­tifs des partis, c’est le béné­fice pour le citoyen devient au mieux un moyen, plus proba­ble­ment un effet colla­té­ral.

    Le plus marrant – mais moins scan­da­leux – est cité dans un autre billet, toujours basé sur des extraits de câbles révé­lés par Wiki­leaks :

    Prime Minis­ter David Came­ron met with Sony Pictures repre­sen­ta­tives 2 1/2 months before indy­ref to discuss the impen­ding release in Britain of the Outlan­der series, accor­ding to WIKILEAKS. The series premier broad­cast was inex­pli­ca­bly delayed here until after the refe­ren­dum.

    The Outlan­der series is set in Scot­land in 1743 and it explores among other things the rela­tion­ships and atti­tudes of British occu­pying mili­tary forces toward the local popu­la­tion. The picture pain­ted is often one of British repres­sion and bruta­lity borne of visce­ral contempt for Scots.

  • Fiché

    Par le hasard de la sous-trai­tance de sous-trai­tance, j’ai été amené un jour à inter­ve­nir sur le site Web d’un très grand groupe privé, pour mettre en place leur système de publi­ca­tion.[…]

    Un matin, le client a bruta­le­ment rompu le contrat avec le pres­ta­taire qui travaillait sur le site, sans préavis ni la moindre expli­ca­tion. Je n’ai jamais vu un projet se finir aussi abrup­te­ment.[…]

    Quelques années plus tard, j’ai croisé un ancien collègue côtoyé sur ce projet, et eu le fin mot de l’his­toire. Quelqu’un, chez le client, s’était rensei­gné sur mon compte, avait décou­vert que j’étais un infâme gauchiste, et avait provoqué la rupture du contrat pour écar­ter la menace que je repré­sen­tais à leurs yeux.[…]

    Je n’avais pas de casier, pas de présence en ligne, rien qui aurait pu permettre de décou­vrir léga­le­ment la teneur de mon acti­visme. Quelqu’un, au sein d’une entre­prise privée, a pu avoir accès à des infor­ma­tions. Quelqu’un, au sein des « services » qui déte­naient ces rensei­gne­ments, les a lais­sées fuiter. […]

    Cette histoire n’a rien d’ex­cep­tion­nel, j’ai eu connais­sance d’autres témoi­gnages de même teneur, comme celui d’un came­ra­man membre de la LCR, pas vrai­ment une orga­ni­sa­tion révo­lu­tion­naire, qui, a peine embau­ché par une antenne locale de FR3, a été « dénoncé » à son rédac­teur en chef par les RG locaux […]

    — Esquisses

    À titre de rappel, le projet de loi sur le rensei­gne­ment ne concerne pas que la lutte contre le terro­risme mais aussi les inté­rêts écono­miques et scien­ti­fiques (donc dès que ça concerne une grosse entre­prise), les enga­ge­ments inter­na­tio­naux ou euro­péens (donc si vous mili­tez pour ou contre un élément sur lequel la France a signé un jour une conven­tion), ou les violences liées à l’ordre public (et fran­che­ment là dedans vient quasi­ment toute mani­fes­ta­tion ou acti­visme un peu fort)… pas que les faits avérés, mais la préven­tion de faits poten­tiels : Pas besoin d’avoir fait quoi que ce soit.

  • Reli­sons la notice

    [Je] lis les mêmes argu­ments, varia­tions autour du thème “la sécu­rité est la première des liber­tés” et “point de liberté sans sécu­rité”. Mon poil de juriste, que j’ai dru hormis sur le crâne, se hérisse aussi­tôt. Et je m’en vais faire mien cet apoph­tegme bien connu des infor­ma­ti­ciens : RTFM, qui peut se traduire par “Diantre, et si nous reli­sions la notice ?”

    […]

    La réponse est à l’ar­ticle 2 [de la décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen] : Le but de toute asso­cia­tion poli­tique (dans le sens d’État, et non de parti poli­tique comme cela pour­rait être compris aujourd’­hui) est la conser­va­tion des droits natu­rels et impres­crip­tibles de l’Homme. Voilà le but et l’objet de l’Etat : proté­ger nos liber­tés. Avouez que ça ne semble plus aller de soi.

    Deuxième ques­tion : quels sont ces droits ? Ils sont énumé­rés juste après : Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résis­tance à l’op­pres­sion.

    […]

    clari­fions un point essen­tiel tout de suite : la sûreté n’est pas la sécu­rité que nous promettent nos élus pour peu que nous renon­cions à toute garan­tie de notre vie privée. La sûreté qui préoc­cu­pait les révo­lu­tion­naires de 1789 n’est pas la certi­tude de vivre toute sa vie indemne de tout mal, pensée absurde dans la France de 1789, mais, et c’est là la pensée révo­lu­tion­naire : la protec­tion de l’in­di­vidu face à la puis­sance de l’État, que ce soit un roi ou tout autre diri­geant.

    […]

    Ainsi, ceux qui disent que la sécu­rité est la première des liber­tés se trompent et prennent le problème à l’en­vers. La sécu­rité est bien sûr essen­tielle, mais car elle four­nit le cadre d’une appli­ca­tion sereine et entière des droits de l’homme. L’in­voquer pour limi­ter ces droits est donc une trahi­son et une forfai­ture.

    — Jour­nal d’un avocat

    À lire en entier, parce que le style de Maître Eolas est toujours un plai­sir, mais aussi comprendre d’où on vient, combien la dérive actuelle est dange­reuse, tota­le­ment contraire à l’es­prit fonda­teur de notre État.

  • Une affaire d’es­pion­nage fait tomber le gouver­ne­ment

    La cheffe du gouver­ne­ment péru­vien Ana Jara a été renver­sée après des révé­la­tions sur l’es­pion­nage de parle­men­taires, jour­na­listes, hommes d’af­faires par les services de rensei­gne­ment.

    — 24 heures

    Nous allons voter ces jours ci une loi qui donne des outils jamais vus à notre service de rensei­gne­ment, avec un contrôle quasi­ment inexis­tant.

    À l’ex­té­rieur les exemples se multi­plient pour montrer combien il est évident que ce sera non seule­ment inef­fi­cace mais aussi extrê­me­ment dange­reux.

    Avez-vous confiance dans votre service de rensei­gne­ment ? dans les élus et admi­nis­tra­tions qui le dirigent ? Sur quelles garan­ties est basée cette confiance sachant qu’ils opèrent actuel­le­ment illé­ga­le­ment ?

    Ce sont autant d’ou­tils que nous donnons pour les élus de demain, sans savoir qui ils seront, ni nous rendre capables de les contrô­ler ou de les limi­ter. Il n’y a aucune raison objec­tive pour croire que ces dérives ne pour­ront pas avoir lieu chez nous, ou que les contrôles prévus les limi­te­ront en quoi que ce soit. Aucune.

    Nous sommes fous.

  • Au moins, dans un système tota­li­taire, on sait à quoi on a affaire

    L’idée qu’il y a des trajec­toires normales sur Inter­net et d’autres, anor­males. C’est ce qu’on appelle le « nomi­na­lisme dyna­mique » : les indi­vi­dus, à partir du moment où ils savent qu’ils sont clas­si­fiés, même s’ils ne savent pas quels sont les critères de clas­si­fi­ca­tion, vont adap­ter leur compor­te­ment à ce qu’ils pensent qu’on attend d’eux.

    Et ce n’est pas rien. Les États qui tendent dans le tota­li­taire n’ont pas forcé­ment des millions d’op­po­sants en prison. Ils ont surtout des millions de citoyens qui ont peur, peur de sortir des normes, d’avoir un compor­te­ment analysé comme déviant.

    L’auto-censure est un réel enjeu, autant que la censure elle-même. C’est vers ça que nous mènent la traque des terro­ristes via des algo­rithmes en boite noire, qui analysent tous nos compor­te­ments sur Inter­net. La peur est d’au­tant plus raison­nable quand on voit la démarche impla­cable et aveugle que peut avoir l’anti-terro­risme dans l’af­faire de Tarnac.

    Ça me pose ques­tion sur les droits et liber­tés fonda­men­taux. Parce qu’il me semble qu’ils ne sont pas là pour proté­ger les formes de vie, d’ex­pres­sion, de compor­te­ments, banales, normales, stan­dar­di­sées… Au contraire, ils sont là pour proté­ger les prises de posi­tion qui, sans être jugées illé­gales, sont jugées déviantes, malsaines, voyeu­ris­tes…

    Les droits de l’homme jouent le rôle d’auto-subver­sion de la norme juri­dique par elle-même.

    J’ai un peu peur que ce type de projet de loi érode progres­si­ve­ment, sans qu’on s’en rende compte, cette signi­fi­ca­tion fonda­men­ta­le­ment anti-tota­li­taire des droits et liber­tés fonda­men­taux.

    Parce que ces algo­rithmes ne peuvent faire que poin­ter les compor­te­ments a-normaux (ceux qui n’agissent pas comme tout le monde) ou faire des amala­games (ceux qui agissent comme d’autres suspects).

    Celui qui n’agit que dans la norme majo­ri­taire n’a pas besoin de protec­tion parti­cu­lière, son compor­te­ment n’est pas spécia­le­ment en danger. Ces compor­te­ments anor­maux ou mino­ri­taires sont juste­ment et exac­te­ment ceux que l’État de droit et les droits de l’Homme doivent proté­ger.

    En instau­rant ce filet d’al­go­rithme on nie tota­le­ment notre droit et nos valeurs fonda­men­tales. Rien que ça.

    Et comme dit plus loin dans l’ar­ticle, la présomp­tion sera forte. Pour qu’un juge, un fonc­tion­naire ou un poli­tique ose contre­dire un algo­rithme qu’il ne connait pas et qu’il ne comprend pas, il va lui falloir un sacré courage. S’il se trom­pe… autant dire que la présomp­tion ne sera plus à l’in­no­cence une fois qu’on sort de la case prévue par l’al­go­rithme.

    Je m’ex­plique : on croit avoir accès à des caté­go­ries non-biai­sées, mais on ne se soucie plus du tout des causes. Un algo­rithme qui aide à la déci­sion d’em­bauche, par exemple, pour­rait évin­cer auto­ma­tique­ment des candi­dats venant d’une certaine partie d’une ville, parce que statis­tique­ment, ces gens-là restent moins long­temps embau­chés que les autres… Ça paraît parfai­te­ment objec­tif.

    Sauf qu’il se peut que les raisons pour lesquelles ces indi­vi­dus restent moins long­temps embau­chés tiennent à des préju­gés raciaux de la part des employeurs, et que ces indi­vi­dus sont en majo­rité d’ori­gine nord-afri­caine. Donc il y a une sorte de masquage des réali­tés socio-écono­miques et cultu­relles par le chiffre.

    Là est le danger de toute dicta­ture par les chiffres. Même les humains les plus malins ont du mal à déga­ger la cause de la consé­quence. L’al­go­rithme lui ne le pourra jamais. Il ne regarde que ce qui est. Et à regar­der ce qui est, on peut surtout renfor­cer les injus­tices, les discri­mi­na­tions, les stéréo­types et conti­nuer à brimer les plus faibles. Il y a un vrai danger, bien au delà du débat de la lutte contre le terro­risme.

    Il n’est pas anodin que la plupart des infor­ma­ti­ciens ont peur de ces systèmes, et que seuls ceux qui n’y comprennent goute cherchent à les appliquer.

    À lire en entier sur Rue89, par Xavier de La Porte et Andréa Fradin.