Catégorie : Démocratie et institutions

  • De la majo­rité de la majo­rité

    De la majo­rité de la majo­rité

    Je sais comment nous en sommes arri­vés là, mais je me résous à ne plus me consi­dé­rer en démo­cra­tie.

    Le mot est fort, mais à force de peur d’inef­fi­ca­cité et peur des extrêmes, nous avons aban­donné toute repré­sen­ta­ti­vité natio­nale.

    S’il ne fallait qu’un seul symp­tôme : Une sensi­bi­lité qui regroupe près de 20% de la popu­la­tion n’a qu’à peine plus de 0,3% de la repré­sen­ta­tion à l’As­sem­blée.

    On dit que la démo­cra­tie peut être la dicta­ture de la majo­rité. Le problème c’est que ça se voit un peu quand on muselle les voix diver­gentes. On a trouvé pour ça un système magique : On fonc­tionne par repré­sen­ta­tion.

    Prenez 10 personnes pour le rouge, 8 pour le bleu, 4 pour le vert, 4 pour le noir. Faites un scru­tin pour élire des repré­sen­tants. Il y aura une alliance, mettons rouge et vert. Résul­tat de l’élec­tion : 2 rouges 1 vert. Faites désor­mais voter les déci­sions par les repré­sen­tants : Les rouges déci­de­ront de tout, et les verts ne seront que rare­ment diver­gents (au risque de ne plus faire partie de l’al­liance et de ne plus avoir du tout d’in­fluence). On aura l’im­pres­sion d’un consen­sus. 

    Si c’est moins binaire que ça, il suffit d’em­pi­ler les repré­sen­ta­tions. À la fin les voix diver­gentes n’au­ront quasi­ment plus aucun pouvoir de nuisance, le tout avec un joli verni démo­cra­tique vu qu’on aura utilisé des élec­tions.

    Majo­rité de majo­rité

    À l’As­sem­blée natio­nale, on ne prend que le candi­dat majo­ri­taire de chaque petite circons­crip­tion. Le système est quasi­ment fait pour que le parti prin­ci­pal rafle tout, ou qu’à la limite deux partis à force égales se battent entre eux. Les autres ne doivent leur présence qu’à des jeux d’al­liance ou des anoma­lies géogra­phiques.

    Au Sénat c’est encore plus simple. On prend les gagnants des élec­tions pour choi­sir la repré­sen­ta­tion. Une voix non majo­ri­taire n’a quasi­ment aucune chance d’être visible.

    Dans un cas comme dans l’autre, c’est un système qui fait fonc­tion­ner la majo­rité de la majo­rité. Autant dire que les voix mino­ri­taires sont muse­lés par le prin­cipe même.

    Majo­rité de majo­rité de majo­rité

    Pour renfor­cer encore ce système, on y siège par groupes qui votent quasi­ment en bloc (le « quasi­ment » est même de trop au Sénat où le chef de groupe vote pour tout le monde).

    Au niveau des partis, les petits doivent se soumettre ou perdre des droits ou du finan­ce­ment public : Ces derniers sont atta­chés à la consti­tu­tion d’un « groupe », c’est à dire déjà vingts élus. Bien évidem­ment, les deux repré­sen­tants du FN à l’As­sem­blée natio­nale n’ont pas de groupe. Les 20% du peuples se sont trans­for­més en 0,3% des repré­sen­tants, et ces derniers n’ont même pas autant de pouvoir ou de finan­ce­ment que les autres.

    Au niveau des indi­vi­dus ce n’est pas mieux. Comme rien ne peut exis­ter hors des partis majo­ri­taires, chacun doit se soumettre au groupe, voter avec le groupe s’il veut pouvoir concou­rir aux prochaines élec­tions. Ce n’est pas aussi binaire, mais ça revient bien à ça.

    Qui décide pour le groupe ? dans le meilleur des cas la majo­rité. On en était à la majo­rité de la majo­rité, on passe donc à la majo­rité de la majo­rité de la majo­rité (ouf).

    Majo­rité de majo­rité de majo­rité de majo­rité

    Mais ne nous arrê­tons pas là. Si le groupe a une certaine auto­no­mie, le parti reste quand même essen­tiel. C’est lui qui a les finan­ce­ments pour les prochaines élec­tions, lui qui décide qui portera l’étiquette (c’est à dire dans une majo­rité des cas, qui est éligible).

    Un noyau dur décide d’à peu près tout, surtout quand le gouver­ne­ment, le président et l’As­sem­blée sont du même bord.

    C’est ce noyau au niveau du parti qui a une énorme influence voire pres­sion sur le groupe parle­men­taire, lui-même qui décide de ce que sera le vote à l’As­sem­blée, élue sur la base des majo­ri­tés locales. Ouf, on a donc une majo­rité de majo­rité de majo­rité de majo­rité. Déli­re…

    Qui dirige la majo­rité de majo­rité de majo­rité de majo­rité ?

    On pour­rait aller plus loin et voir, quand il y a un président fort, ou un premier ministre charis­ma­tique ou un leader impor­tant, que ces derniers dirigent quasi­ment le noyau dur du parti.

    Fran­che­ment, que ce soit à ce niveau ou au précé­dent, on a un tout petit groupe de quelques indi­vi­dus qui décident de tout. Bien évidem­ment le groupe parle­men­taire peut se rebel­ler, les parle­men­taires peuvent faire séces­sion, et la popu­la­tion peut tout à fait voter en masse d’un coup pour un nouveau parti.

    En théo­rie. Au niveau du groupe ou des parle­men­taires c’est un peu l’arme atomique donc ça reste géné­ra­le­ment au niveau des menaces ou du bras de fer.

    Au niveau de la popu­la­tion en raison des finan­ce­ments publics et de la peur des extrêmes ou du « vote utile », c’est diffi­cile. Ce serait du même ordre d’im­por­tance qu’une révo­lu­tion. Une révo­lu­tion non violente, mais une révo­lu­tion quand même, qui détruit le système pour en construire un autre.

    Démo­cra­tie ? foutaises

    Ce n’est pas pour rien qu’on met désor­mais en avant le terme de répu­blique : La struc­ture se protège derrière ce terme en faisant croire que les démo­cra­tie et répu­blique vont ensemble.

    Oh, nous n’en sommes pas à une méchante-dicta­ture. On trou­vera des exemples pour faire peur et pour dire « nous ne sommes pas comme eux ». Mais en pratique le peuple n’a plus le pouvoir au quoti­dien depuis long­temps. Il n’a plus que le pouvoir de se rebel­ler. Pas de pouvoir au peuple, pas de démo­cra­tie ; c’est aussi simple que ça.

    J’ai encore espoir qu’on puisse se réveiller et faire cette révo­lu­tion non violente des insti­tu­tions pour recom­men­cer du bon pied.

     

    Je ne sous-estime tout de même pas la résis­tance du système à sa propre évolu­tion. Cette révo­lu­tion ne pourra pas venir de ceux qui sont déjà dans la logique actuelle, elle se fera même proba­ble­ment contre eux, même quand ils sont de bonne volonté.

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-SA par Clint McMa­hon

  • L’ab­sence de trans­pa­rence sur le patri­moine des parle­men­taires

    Comment rendre (volon­tai­re­ment) inex­ploi­table l’exer­cice de trans­pa­rence voulu par la popu­la­tion suite au scan­dale Cahu­zac.

    Les décla­ra­tions de patri­moine ne pour­ront être ni repro­duites, ni copiées, et seuls les élec­teurs pour­ront les consul­ter en présence d’un agent. Photos ou prise de notes seraient ainsi inter­dites, empê­chant toute analyse globale.

    En clair, pour connaître le patri­moine d’un élu, il faudra être élec­teur de sa circons­crip­tion, puis prendre rendez-vous en préfec­ture. Une fois sur place, on pourra le consul­ter quelques instants, en étant accom­pa­gné, et sans pouvoir prendre la moindre note ou photo­gra­phie. Rappe­lons aussi que la presse n’a pas le droit de mention­ner le fameux patri­moine, sous peine d’une amende.

    Oh comme nous sommes loin des pays nordiques où n’im­porte qui peut deman­der commu­ni­ca­tion de n’im­porte quel docu­ment, de la note de frais d’un élu au CV d’un candi­dat à un poste public…

    Je note aussi la détes­table déviance qui voudrait que le député ne soit rede­vable que devant sa circons­crip­tion. On oublie que si le vote est local, le mandat est natio­nal. Je n’ai pas « un » député, j’en ai 577. Ils me repré­sentent tous, et j’ai moti­va­tion à me sentir concerné par chacun. De manière plus réaliste, c’est juste une solu­tion pour empê­cher toute compa­rai­son et toute statis­tique.

    Il est vrai­ment temps de mettre un coup de pied dans la four­mi­lière et d’avoir des mesures radi­cales sur le fonc­tion­ne­ment de la vie publique. Aucun repré­sen­tant n’y a inté­rêt, malgré les belles décla­ra­tions. C’est à nous de l’im­po­ser.

  • Vote élec­tro­nique

    J’en vois encore qui pour­suivent le mythe du vote élec­tro­nique plus simple qui débloquera la démo­cra­tie. Y compris des ingé­nieurs qui travaillent dans les réseaux.

    Sauf que rempla­cer le papier est loin d’être évident. Le système papier est simple, diffi­cile à corrompre, et diffi­cile à tracer. Ça fait beau­coup. Mais surtout tout le proces­sus est trans­pa­rent ainsi que véri­fiable par le citoyen, ce qui est un pré-requis essen­tiel.

    Pour le vote élec­tro­nique il faut garan­tir :

    1. Que le logi­ciel fait ce qu’on attend de lui (sans défaut)
    2. Que le maté­riel fait ce qu’on attend de lui (sans défaut)
    3. Que le logi­ciel n’est pas mali­cieux ou corrompu
    4. Que le maté­riel (micro­codes inclus) n’est pas mali­cieux ou corrompu
    5. Que le logi­ciel exécuté soit celui prévu, que le maté­riel prenne bien en compte le logi­ciel demandé, que personne n’a été capable d’injec­ter un autre logi­ciel, que personne n’a pu modi­fier le logi­ciel avant ou pendant le vote
    6. Que le maté­riel utilisé (micro­codes inclus) soit celui prévu, que personne n’a été capable de le modi­fier avant ou pendant le vote
    7. Que les données de vote résul­tat sont celles produites par le logi­ciel et le maté­riel prévus
    8. Que personne n’est capable de tracer les votes pour les rendre nomi­na­tifs
    9. Que s’il y a une quel­conque anoma­lie, elle puisse être détec­tée et/ou limi­tée dans son effet

    Aucun de ces points n’est réel­le­ment véri­fiable par le citoyen moyen.

    À vrai dire même les profes­sion­nels ne se risque­raient pas à donner une quel­conque garan­tie. En réalité on ne va même pas jusque là. Au mieux, ce qu’ils font aujourd’­hui c’est certi­fier qu’ils n’ont pas iden­ti­fié de problème majeur, ce qui est nette­ment diffé­rent.

    Si on y met vrai­ment les moyens, les points 1 et 3 peuvent être véri­fiés avec un niveau de confiance pas si décon­nant mais ça n’aura de toutes façons aucune utilité tant qu’ont est tota­le­ment à poil devant les risques 4 et 5 et qu’on doit faire une confiance aveugle à ceux qui certi­fient les diffé­rentes parties de la chaîne.

    Même le point 6, sécu­ri­ser plus de 150 000 machines depuis leur concep­tion jusqu’à leur répar­ti­tion dans près de 70 000 empla­ce­ments diffé­rents en France et à l’autre bout du monde, est loin d’être évident. Si tant est qu’il soit possible de le faire en se proté­geant contre des orga­ni­sa­tions de la taille d’États, c’est typique­ment invé­ri­fiable par le citoyen moyen et demande de faire confiance à une entité qui contrô­lera tout ça (aie, qui ? pas le gouver­ne­ment en place j’es­père).

    Dit autre­ment : Vous n’avez aucune garan­tie que le résul­tat du vote tel que publié corres­ponde aux inten­tions de vote des élec­teurs, ou que les opéra­tions de vote aient été anonymes. Aucune.

    Personne n’a à ce jour et à ma connais­sance trouvé une solu­tion à ce problème dans le cadre d’un vote élec­tro­nique. Si c’était le cas ça aurait déjà fait grand bruit rien que par le nombre de personnes qui se seraient atte­lées à véri­fier le système et par le nombre d’études et papiers de recherche le confir­mant.

    Gênant, quand même.

    Et si vous pensez avoir la solu­tion, après avoir avec humi­lité consi­déré que si ça vous semble simple c’est proba­ble­ment que vous vous trom­pez quelque part vu le nombre de personnes très intel­li­gentes qui sont déjà passées sur le sujet, je vous invite à faire une grande commu­ni­ca­tion publique dans la presse avec le détail de mise en œuvre que tout le monde pourra véri­fier pour confir­mer.

    Vous voulez des exemples ?

    Les machines utili­sées ces dernières années étaient très mal sécu­ri­sées. Si vous cher­chez sur Inter­net vous trou­ve­rez une univer­sité qui a réussi à faire chan­ter un hymne natio­nal à une machine de vote, de nombreuses personnes qui montrent comment modi­fier la machine dans l’iso­loir du bureau de vote, des machines à voter qui donnent plus de votes que d’élec­teurs ou même qui élisent des gens qui n’étaient pas dans les candi­dats, des résul­tats illi­sibles, des machines qui conte­naient déjà des votes avant le début de l’élec­tion, des résul­tats objec­ti­ve­ment faux (genre « tous les votes pour un candi­dat qui fait quelques pour­cents ailleurs »), et je passe de meilleures histoires encore.

    Le pire c’est que tout ce qu’on a vu sur ces ordi­na­teurs de vote est assez gros­sier, souvent résul­tat de défauts de concep­tion ou d’or­ga­ni­sa­tion tout aussi gros­siers.

    En réalité le problème n’est pas un manque de moyen, c’est que le système est objec­ti­ve­ment quasi­ment impos­sible à garan­tir et à sécu­ri­ser. Je serai très heureux que vous trou­viez une solu­tion mais des gens meilleurs que nous s’y sont cassés les dents plus d’une fois.

    Toutes les solu­tions entre­vues jusqu’à présent soit mettent à mal le secret du vote, soit ne sont qu’une auto­ma­ti­sa­tion mineure et peu perti­nente du système papier actuel.

    Et surtout, pourquoi ?

    Parce que fina­le­ment, le coût des élec­tions papier est énorme, mais les machines à voter ont coûté encore plus cher.

    Le seul défaut théo­rique du papier tient dans la lenteur pour obte­nir des résul­tats, c’est à dire quelques heures. Est-on prêt à mettre en danger nos élec­tions pour ne plus attendre quelques heures une fois par an en moyenne ?

  • Non, je n’ai pas voté pour toi

    Si je regarde le projet, la gestion actuelle de la ville – puisque vous êtes l’équipe sortante – ou même la couleur poli­tique, j’au­rai voté pour vous, pour toi maire de ma ville  (tu permets que je tutoie ? c’est l’usage ici, et de toutes façons je doute que tu me lises).

    Sauf que non.

    Tu occupes une fonc­tion exécu­tive ici depuis 25 ans main­te­nant, 1989 exac­te­ment. Ça date (et bien entendu vous étiez déjà dans le sérail aupa­ra­vant, entre autres en tant qu’as­sis­tante parle­men­taire). Même si on se contente du poste de maire, on parle de 15 ans, 1999.

    Vingt-cinq ans ! Qu’on ne me fasse pas croire qu’il était impos­sible de faire émer­ger des gens compé­tents et perti­nents pour prendre la suite.

    D’au­tant que visi­ble­ment ce sont déjà d’autres qui font le travail de tous les jours, manque de temps oblige : L’ex­press t’at­tri­bue 21 dans son clas­se­ment des cumuls, soit un sur-cumul équi­valent de plus de deux plein temps. Eux n’ont retenu que 5 mandats publics mais il faut ajou­ter 4 mandats d’ad­mi­nis­tra­trice (OPAC, centre hospi­ta­lier, fonds d’amé­na­ge­ment urbains, hospices civils), et 5 autres mandats dans des struc­tures poli­tiques et sociales connexes (Obser­va­toire de la laïcité, Conseil natio­nal de l’ha­bi­tat, comité de suivi du DALO, conseil social de l’USH) dont un en tant que prési­dente et un en tant que vice-prési­dente.

    Ce sont 14 mandats dans des struc­tures publiques ou sociales, et pas des petits ou en second plan ! auquels il faudrait bien entendu ajou­ter les éven­tuelles rôles secon­daires (comme les direc­tions de commis­sions) et les éven­tuelles occu­pa­tions à titre privé. N’en jetez plus !

    Bref, le travail semble bon, j’au­rai voté pour le succes­seur, pour la même liste mais avec de nouvelles têtes en haut. Pas ici, je ne veux plus de ce carrié­risme poli­tique.

    (et je publie ça après l’élec­tion, parce que l’objec­tif n’est pas de faire campagne)

  • Vote blanc pour tirage au sort

    Je n’aime pas le vote blanc, et encore moins l’illu­sion que lui donner plus de valeur résou­dra quoi que ce soit. Je n’ai pas non plus grand chose pour ou contre le tirage au sort, c’est un outil tech­nique qui peut être inté­gré dans une solu­tion qui est déjà démo­cra­tique à la base, mais pas une solu­tion en soi.

    Par contre pour les aficio­na­dos de l’un ou de l’autre, j’ai vu une propo­si­tion passer qui ne me semble pas déli­rante, qui donne une voie inté­res­sante aux deux parties et qui semble même assez logique au final :

    Le vote blanc repré­sente un élu ou une liste tirés au sort parmi les élec­teurs (éven­tuel­le­ment autant de fois que néces­saire pour trou­ver quelqu’un qui accepte).

    Ça donne un sens au vote blanc sans en faire un vote de refus (parce que sinon il est toujours plus simple de dire « non » que de dire « oui »). Danger : gérer le tirage au sort pour qu’il ne puisse être faussé.

  • Démo­cra­tie tirée au sort

    Démo­cra­tie tirée au sort

    Démo­cra­tie, litté­ra­le­ment « le peuple au pouvoir ». Qui diable a instauré l’idée que le tirage au sort serait une procé­dure démo­cra­tique ?

    Lors d’un tirage au sort le peuple dans son ensemble, ne décide de rien, n’in­flue sur rien, ne choi­sit même rien. Il n’a aucun pouvoir, ni avant, ni pendant, ni après le mandat.

    La procé­dure du tirage au sort est équi­table dans le sens que tout le monde a la même chance d’être nommé, mais elle n’est en rien démo­cra­tique, pas plus que ne l’est une monar­chie. Dans le premier cas c’est le hasard qui décide, dans le second cas c’est Dieu (ou le hasard de la nais­sance pour ceux qui n’y croient pas) : la diffé­rence est tenue.

    Si nos démo­cra­ties repré­sen­ta­tives repré­sentent déjà un fort compro­mis, le tirage au sort est lui à l’op­posé total du terme.

    Qu’on ne se méprenne pas : Le tirage au sort est une très bonne procé­dure en soi. Il est très utile par exemple pour les assem­blées où il est requis de n’avoir aucune posi­tion préa­lable, voire aucune compé­tence parti­cu­lière. L’élec­tion des jurés d’as­sise par tirage au sort est très adap­tée. L’élec­tion d’une assem­blée consti­tuante peut l’être aussi si l’objec­tif n’est que la produc­tion d’un travail préa­lable, qui sera ensuite discuté par le peuple à qui revien­dra la déci­sion finale.

    Mais le tirage au sort pour déci­der au nom d’une collec­ti­vité ? repré­sen­ter le peuple lors des déci­sions poli­tiques ? quelle idée ! Même une très mauvaise élec­tion avec un choix limité et une oppo­si­tion muse­lée donne un pouvoir plus grand au peuple. Le résul­tat n’en sera pas meilleur, mais au moins cette élec­tion tronquée pour­rait se récla­mer d’une parcelle du terme démo­cra­tie que le tirage au sort n’aura jamais.

    Même la repré­sen­ta­ti­vité, qui intui­ti­ve­ment semble parfaite, sera une catas­trophe à défaut d’un corpus élu suffi­sant pour limi­ter les aléas : On recon­nait un tirage vrai­ment aléa­toire au fait qu’il n’a juste­ment que très peu de chances d’être repré­sen­ta­tif de l’en­semble de départ.

    Le système poli­tique actuel a fini par en dégou­ter plus d’un, mais de là à imagi­ner le tirage au sort comme l’apo­gée de la démo­cra­tie, nous sommes arri­vés bien bas.

  • Vote blanc = chèque en blanc

    Vote blanc = chèque en blanc

    Encore un appel au vote blanc. Ne vous lais­sez pas leur­rer : Ce n’est pas vote blanc ou chèque en blanc, c’est vote blanc *et* chèque en blanc.

    Appe­ler au vote blanc c’est vous appe­ler à ne pas choi­sir, à juste­ment lais­ser les autres diri­ger et leur faire un chèque en blanc. Et ne croyez pas que la blan­cheur de votre vote soula­gera le montant qui sera fina­le­ment inscrit sur le chèque en ques­tion.

    Personne ne vous repré­sente ? Tous mauvais ? Tous pour­ris ? Vous ne caution­nez pas ? Vous ne croyez pas en la repré­sen­ta­ti­vité en démo­cra­tie ? Vous reje­tez le système ?

    Peu importe, ce n’est pas la ques­tion. Indé­pen­dam­ment de tous vos senti­ments, une liste de personnes diri­gera votre commune demain. Vous pouvez aider à ce qu’elle soit la meilleure possible – ou la moins mauvaise, suivant votre vision.

    Vous pouvez aussi lais­ser les autres choi­sir, mais à priori ceux qui choi­si­ront n’ont pas forcé­ment votre façon de voir. Vous ne faites que leur lais­ser un chèque en blanc et ils risquent d’élire un conseil qui vous corres­pond encore moins que prévu.

    Et ne croyez pas ceux qui vous disent qu’un décompte des votes blancs ou qu’une forte propor­tion de votes blanc chan­gera quoi que ce soit. L’abs­ten­tion grimpe chaque année un peu plus pour atteindre des sommets. Ça n’a jamais changé quoi que ce soit dans le bon sens :

    Le nombre de vaches qui regardent passer les trains sans bouger n’a jamais changé la desti­na­tion des dits trains.

  • Reprendre la main sur notre monde poli­tique

    Reprendre la main sur notre monde poli­tique

    Je vois telle­ment de gens rési­gnés par la poli­tique… des gens qui semblent pour­tant se sentir concer­nés par leur prochain. Comment en est on arri­vés là ?

    Ce doit être horrible de vivre en se disant qu’on ne peut rien y faire, alors qu’il a fallu des siècles pour permettre nos démo­cra­ties. Elles sont encore impar­faites, et c’est un faible mot, mais elles ne seront jamais meilleures que l’in­ves­tis­se­ment qu’on y met.

    D’autres avant nous avaient toutes les raisons d’être rési­gnés et d’avoir l’im­pres­sion d’être impuis­sants. Nous avons tant d’ou­tils et de possi­bi­li­tés de plus qu’eux. Ne jouons pas les enfants gâtés parce que c’est diffi­cile

    Ça me fait d’au­tant plus mal que d’autres peuples se battent en ce moment pour ce que nous dédai­gnons parce que ça demande un peu d’ef­forts.

    Même avec l’im­pres­sion d’im­puis­sance : n’aban­don­nons pas, ni pour nous ni pour les suivants. J’ai un enfant, quel monde lui laisse-je si laisse la démo­cra­tie à l’aban­don simple­ment parce ce que ça demande des efforts ?

    Ne nous lais­sons pas avoir par les débats sur les repré­sen­tants poli­tiques pour­ris, non repré­sen­ta­tifs, sur la non prise en compte du vote blanc et toutes ces excuses. Tout ça n’a d’im­por­tance que parce que nous lais­sons faire.

    Personne n’a dit que c’était facile, que ça se ferait en un jour, mais les choses ne peuvent chan­ger que si nous les repre­nons en main, si nous ne décla­rons pas forfait et que nous n’y inves­tis­sons pas un mini­mum de nous-mêmes.

    Nous avons un peu de démo­cra­tie, nous ne la perdrons que si nous ne l’uti­li­sons pas.

  • Publi­cité des scru­tins publics à l’As­sem­blée natio­nale

    Quand on râle, il faut aussi saluer les pas dans la bonne direc­tion, aussi petits soit-ils.

    Derniè­re­ment l’As­sem­blée natio­nale a fait évoluer ses règles quant aux votes. Désor­mais au aura le détail de votes par scru­tin public, nomi­na­ti­ve­ment, et c’est une bonne chose. Nous n’au­rons malheu­reu­se­ment toujours pas de distingo entre les votes réels et les délé­ga­tions.

  • Deux asso­cia­tions autour des ques­tions poli­tiques

    Si vous voulez que la poli­tique soit un jour meilleure, je vous propose de soute­nir deux asso­cia­tions : Anti­cor et Regards Citoyens. Les deux s’oc­cupent du contrôle des élus, la première contre les dérives, la seconde pour redon­ner le pouvoir aux citoyens sur leur repré­sen­ta­tion et leurs insti­tu­tions.