Catégorie : Démocratie et institutions

  • Dépu­tés, la polé­mique sur les statis­tiques d’ab­sen­téisme est de votre faute

    Les statis­tiques de nosde­putes.fr montrent des problèmes clairs de repré­sen­ta­tion démo­cra­tique et de fonc­tion­ne­ment du parle­ment. Pour autant la réac­tion des dépu­tés est à la néga­tion, et ça ne date pas d’aujourd’­hui.

    Alors oui, la sanc­tion finan­cière en cas d’ab­sence répé­tée dans les commis­sions perma­nentes du mercredi matin est inap­pro­priée : Le problème n’est pas finan­cier à la base. Le seul objet de la sanc­tion est de symbo­li­ser le problème en le mettant en lumière. Une visi­bi­lité publique effi­cace fait large­ment le même travail.

    Mais en même temps tout ceci est bien de votre faute messieurs les dépu­tés. Je cite Alain Néri : « Ne sommes-nous pas arri­vés à cette situa­tion parce que certains de nos collègues sont deve­nus plus assi­dus à la salle des quatre colonnes, et devant les camé­ras de télé­vi­sion, que dans les salles de commis­sions, se faisant par les complices de la statis­tique ? »

    L’élu rend compte aux citoyens, dont il est le repré­sen­tant

    Il est légi­time pour le citoyen de deman­der des comptes à ses repré­sen­tants. Le vote doit se baser sur ces éléments, pas les rempla­cer en une sorte de plébis­cite ou de vali­da­tion morale.

    Dès lors, à défaut d’autre chose, le citoyen faut avec ce qu’il a : des statis­tiques tronquées, incom­plètes, et qui ne donnent qu’un aperçu gros­sier ou faussé de votre travail. Il fera aussi pres­sion pour que soient prises des mesures sur la base des faibles statis­tiques qu’il a, quitte à ce que ces sanc­tions soient aveugles et peu perti­nentes. Il fera pres­sion à chaque fait divers et vous devrez un jour les accep­ter quand le fait divers coïn­cide mal avec l’agenda poli­tique ou élec­to­ral.

    La balle est dans votre camp

    C’est ce qu’il s’est passé, ni plus, ni moins. Mais ne l’ou­bliez pas, vous avez encore la possi­bi­lité de corri­ger le tir. En prenant des mesures coura­geuses contre les excès et en publiant sous un format clair et exploi­table tout ce qui est néces­saire pour un contrôle citoyen, vous auriez la lati­tude de défi­nir vous-même ce qui est un excès et comment y remé­dier. Vous pour­riez mettre en avant ce qui est d’après vous repré­sen­ta­tif de votre travail et de vos actions. Bref, vous auriez la main pour donner l’image du parle­ment, de son travail et de ses élus qui vous semble la plus perti­nente.

    Au lieu de ça, tant que vous lutte­rez contre ces « révé­la­tions », tant que vous tente­rez de frei­ner, limi­ter ou empê­cher la trans­pa­rence et le regard des citoyen sur votre acti­vité, vous ne pour­rez que subir ces statis­tiques, et déplo­rer de mauvaise foi qu’elles sont fran­che­ment biai­sées et peu repré­sen­ta­tives.

    Nous n’at­ten­dons que vous

    Bref, tout ceci est de votre faute, mais vous avez la main. Sinon nous ferons sans vous et malgré vous, parce que c’est ça la démo­cra­tie. Ça pren­dra juste plus de temps et ça sera fran­che­ment désa­gréable pour tout le monde en atten­dant.

  • Comment les dépu­tés voient les règles contre l’ab­sen­téisme en commis­sion

    Les statis­tiques de nosde­putes.fr ont le mérite d’avoir déclen­ché des discus­sions. C’est d’ailleurs l’objec­tif assumé au départ et rien que pour ça, leur article mérite d’avoir été publié et diffusé. L’at­ti­tude de certains de nos dépu­tés reste à mes yeux incom­pré­hen­sible ou inac­cep­table, c’est suivant.

    Pour mieux comprendre le déca­lage entre la vision des citoyens et celle des dépu­tés sur le sujet, le mieux est d’al­ler lire les minutes de la séance du 21 octobre 2009. Quel que soit votre avis sur la perti­nence des statis­tiques d’ab­sen­téisme, la lecture est primor­diale.

    Quelques cita­tions

    Pour Jean-Claude Guibal « Nous [deputes] n’avons pas à rendre des comptes aux média », ce qui m’ap­pa­rait person­nel­le­ment une drôle de concep­tion de la notion de repré­sen­tant du peuple, ou de celle des medias don’t le rôle est de collec­ter et diffu­ser l’in­for­ma­tion.

    D’autres comme Jean-Michel Bouche­ron militent tout simple­ment pour que moins d’in­for­ma­tions soient publiées, par exemple que « la mention du nombre des ques­tions posées par chacun des dépu­tés dispa­raisse ». Pour­tant la publi­cité du travail d’un élu est la base même du système repré­sen­ta­tif, sinon on ne peut pas juger de ce travail et cela devient un simple concours de publi­cité le temps de chaque l’élec­tion.

    Pour André Schnei­der tout cela est très dange­reux : « Déjà, certains s’in­té­ressent à nos dépenses ». La séance date pour­tant d’à peine quelques mois après le scan­dale des notes de frais du parle­ment du Royaume Uni. L’im­por­tance pour les citoyens de contrô­ler les finances et les dépenses aurait du sauter aux yeux. Vu les récents déboires actuels au Sénat, on voit bien que la France n’a pas une fron­tière magique contre les déra­pages.

    Henriette Marti­nez va même jusqu’à trou­ver logique, si on sanc­tionne les absences du mercredi matin, d’ « attri­buer un bonus lorsqu[‘ils] assistent à des réunions hors mercredi matin ». Je n’ose penser qu’elle croit être payée pour une demi-jour­née et que les réunions du reste de la semaine compensent ou justi­fient les absences aux commis­sions perma­nentes du mercredi matin.

    Le plus bel exemple du problème vient d’Alain Cousin qui note « Je suis président du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Ubi­france, charge que j’es­saie de remplir le plus conscien­cieu­se­ment possible, mais qui m’amène à être souvent occupé les mercredi matins [pour les commis­sions parle­men­taires perma­nentes où il faut émar­ger] ».  S’il fallait une illus­tra­tion de l’en­ga­ge­ment de nos dépu­tés et de leurs prio­ri­tés, je crois que c’est désor­mais chose faite. Je me demande quelle serait la réponse de cet admi­nis­tra­teur si les employés faisaient absence tous les mercre­dis pour remplir d’autres enga­ge­ments privés, ou pour leur cours hebdo­ma­daire de piscine.

    L’exemple précé­dent a toute­fois la concur­rence de Henri Pagnol qui note que « Sinon [si la mesure de sanc­tions en cas d’ab­sence est appliquée], je ne vois plus l’in­té­rêt d’être député. » Que ceux qui comprennent que le mandat de député n’a d’in­té­rêt que parce qu’on n’a aucun compte à rendre sur son travail et qu’on peut y être absent lèvent la main. Les autres peuvent utili­ser les commen­taires pour m’ex­pliquer ce qu’ils en ont compris.

    Des problèmes et des solu­tions

    Clai­re­ment, il y a un agace­ment de tout ce monde d’être surveillé. Il s’agit là d’un gros problème de démo­cra­tie. Que le repré­sen­tant souhaite une opacité sur ses actions est inima­gi­nable, et pour­tant c’est bien ce qui arrive ici.

    Plusieurs dépu­tés vivent mal la possi­bi­lité d’être pris en faute « à cause des excès de certains ». Mais en même temps, vu que le parle­ment a la totale maîtrise de son fonc­tion­ne­ment et de ses règle­ments, pourquoi ne pas avoir agit plutôt si ces excès sont connus de tous ? Et en quoi les excès de certains justi­fient-ils les liber­tés moins impor­tantes des autres ?

    Enfin, il y a ceux qui discutent de la non-perti­nence de la statis­tique, qui ne prend en compte que le mercredi matin, qui ne montre pas le travail effec­tué, ou qui pour­rait comp­ter les inter­ven­tions sans en noter l’uti­lité. Malheu­reu­se­ment la solu­tion de nos dépu­tés semble être de vouloir cacher les infor­ma­tions au lieu de les détailler pour permettre au citoyen de faire une réelle analyse plus sérieuse.

    Il est peut être temps de faire avan­cer les menta­li­tés : Dépu­tés, ces sanc­tions stupides sont de votre faute. Vous avez encore la main mais si vous n’avan­cez pas, nous le ferons sans vous.

  • Les dépu­tés inutiles sont absents, tout est normal

    Le fossé se creuse chaque année entre la classe poli­tique et le peuple. D’ailleurs le simple fait de parler de classe poli­tique et de la sépa­rer du peuple est en soi un symp­tôme assez grave pour une démo­cra­tie.

    Cette semaine le collec­tif Regards Citoyens publie son étude annuelle sur l’ab­sen­téisme des dépu­tés en commis­sion et aux votes solen­nels en hémi­cycle. Le résul­tat laisse appa­raître que l’ab­sence de nombreux dépu­tés, et certains même qui n’ont jamais fait acte de présence dans leurs commis­sions.

    La démo­cra­tie est bien comprise

    Bien entendu les premières défenses fusent avec « vous n’avez rien compris à la démo­cra­tie » ou « ce n’est pas le travail d’un député ».

    J’ose penser que dans une démo­cra­tie c’est au peuple de juste­ment défi­nir ce que ses repré­sen­tants doivent faire et qu’elles en sont les fonc­tions. Dire au peuple qu’il n’a rien compris à la démo­cra­tie ou que ses repré­sen­tants savent mieux que personne comment inter­pré­ter la notion et leur rôle, c’est une contra­dic­tion fonda­men­tale.

    Le peuple peut ne rien comprendre, mais ce qu’il exprime est forcé­ment démo­cra­tique, par défi­ni­tion.

    Le député inutile

    On trouve plusieurs excuses aux absences des dépu­tés mais celle qui m’agace le plus est celle des parti­sans d’Ar­naud Monte­bourg : Siéger ne sert à rien puisqu’il est dans l’op­po­si­tion et que toutes les lois de l’op­po­si­tion sont de toutes façons reje­tées.

    On me dit que cette inuti­lité date de la réforme du parle­ment, qu’il a forte­ment combat­tue. Le site nosde­putes.fr ne relève en effet pas son nom dans le premier listing qui date d’avant le chan­ge­ment. Ceci dit, s’il pense réel­le­ment être inutile dans son rôle de député, qu’il en prenne acte et démis­sionne.

    Compre­nons bien que de nombreux autres dépu­tés de l’op­po­si­tion, moins en vue, ont eux une présence respec­table dans leurs attri­bu­tions au parle­ment. Est-ce à dire qu’ils viennent unique­ment pour la lumière ou le chauf­fage ?

    Le rôle du député

    Selon ses défen­seurs Arnaud Monte­bourg se trou­ve­rait plus utile à mili­ter et faire émer­ger des idées. Exac­te­ment, il fait campagne. L’ac­ti­vité est utile, respec­table, et il est tout à fait quali­fié pour cela.

    L’idée est inté­res­sante, sauf qu’il n’est pas néces­saire d’être député pour faire émer­ger des idées ou mili­ter. D’au­tant que trois ans de campagne (2009–2010, 2010–2011, et le 2011–2012 à venir) sur cinq ans de mandat, on ne peut consi­dé­rer cela comme une façon accep­table de remplir son mandat.

    L’élu a un rôle de repré­sen­ta­tion et s’il est une bonne chose qu’il ait des idées, on ne lui en a pas délé­gué la respon­sa­bi­lité. C’est un rôle qu’il peut tenir dans le parti, ou même en dehors. J’ose même avan­cer que l’As­sem­blée Natio­nale est proba­ble­ment le mauvais endroit pour faire émer­ger des idées qui n’ont pas été pensées et débat­tues ailleurs.

    Le rôle des dépu­tés est, d’après la consti­tu­tion, de voter les lois, de contrô­ler l’ac­tion du gouver­ne­ment, et d’éva­luer les poli­tiques publiques. Les notions de mili­tan­tisme ou d’émul­sion d’idées sont tota­le­ment absentes de l’ar­ticle 24 de la consti­tu­tion.

    Le finan­ce­ment

    Le député perçoit un salaire, un titre qui lui ouvre des portes, des rembour­se­ments pour ses dépla­ce­ments, le finan­ce­ment de ses colla­bo­ra­teurs. Rien d’anor­mal et même rien d’ex­tra­va­gant contrai­re­ment aux colpor­tages des mauvais jour­naux.

    Si on ne vote pas parce que c’est inutile pour l’op­po­si­tion, et qu’on ne siège pas en commis­sion sont réali­sés les travaux de contrôle et d’éva­lua­tion, ce finan­ce­ment est fina­le­ment utilisé à des fins tierces, qui ne sont pas celles du mandat de député.

    Je n’irai pas jusqu’à vouloir y coller l’étiquette d’abus de biens sociaux mais ce qui est certain c’est que ça me gêne person­nel­le­ment. L’émer­gence des idées et le mili­tan­tisme (et à fortiori encore plus si c’est faire campagne pour une élec­tion suivante) le parti ou d’autres grou­pe­ments peuvent le finan­cer. Si cela peut faire partie des acti­vi­tés du député, cela n’est pas sa fonc­tion et cela ne peut être l’oc­cu­pa­tion essen­tielle.

    Le nombre

    Si l’ex­cuse des parti­sans d’Ar­naud Monte­bourg m’agace d’au­tant plus c’est que ce dernier est à l’ori­gine de beau­coup de propo­si­tions sur la réforme de nos insti­tu­tions. Le simple fait qu’il puisse abuser des insti­tu­tions actuelles me freine du coup d’au­tant plus pour lui faire confiance (et c’est dommage parce que beau­coup de ces pistes m’ap­pa­raissent comme perti­nentes).

    Arnaud Monte­bourg, vos idées valent mieux que l’exemple que vous donnez au parle­ment. Chan­gez d’at­ti­tude (il ne vous reste qu’un an à tenir) ou, si vrai­ment comme vous l’avez dit hier vous ne pensez pas avoir d’autre rôle que celui de potiche, démis­sion­nez. Personne ne vous oblige à garder un mandat que vous ne remplis­sez plus. Pour quelqu’un qui souhaite un renou­veau de poli­tique c’est assez peu compré­hen­sible.

    Mais en même temps, je n’ou­blie pas qu’il n’est pas seul, et qu’à la limite il y a pire. Que, par exemple, Laurent Fabius ne soit que pour signer le registre sans même être présent aux commis­sions me gêne fina­le­ment encore plus parce qu’il y a un problème d’hon­nê­teté et de trans­pa­rence. La droite n’est pas plus à l’abris de ces ques­tions, c’est d’ailleurs plus lié aux personnes qu’aux partis ou aux idées.

    Dépu­tés, la polé­mique sur ces statis­tiques est de votre faute. Vous avez encore la main mais si vous n’avan­cez pas, nous le ferons sans vous.

  • Comp­ta­bi­li­ser le vote blanc

    Il y a peu, un parti poli­tique majeur a appelé à voter blanc sur plusieurs scru­tins non négli­geables. De l’autre côté on a des mili­tants qui appellent à la comp­ta­bi­li­sa­tion, à la recon­nais­sance et à la légi­ti­mité du vote blanc. C’est à ne rien y comprendre.

    Le vote blanc est comp­ta­bi­lisé

    Tout d’abord tordons le cou à une première idée reçue : Le vote blanc est comp­ta­bi­lisé, dans le détail.

    Il suffit de parti­ci­per à un dépouille­ment pour s’en aper­ce­voir. On note dans le détail chaque enve­loppe, qu’elle soit affec­tée à un candi­dat, nulle, vide ou avec un bulle­tin blanc. Dans le cas de nuls, vides et blancs, il y a même un détail pour distin­guer les diffé­rents cas de nullité.

    J’en veux beau­coup à ceux qui font la promo­tion du vote blanc en deman­dant sa comp­ta­bi­li­sa­tion parce que ça veut dire qu’ils n’ont de leur côté jamais parti­cipé au dépouille­ment. Je trouve la situa­tion très hypo­crite pour des gens qui prétendent vouloir amélio­rer le fonc­tion­ne­ment des votes.

    Une enve­loppe vide est comp­ta­bi­lisé comme un vote blanc

    Sauf erreur de ma part,  il n’y a pas de défi­ni­tion précise du vote blanc dans les textes. On consi­dère qu’il s’agit d’un vote qui ne porte aucune mention de liste ou de candi­dat (et qui n’est pas nul pour une autre raison par ailleurs, donc qui ne porte aucune mention tout court).

    Savoir si l’ab­sence de bulle­tin dans l’en­ve­loppe satis­fait à cette défi­ni­tion non expli­cite m’im­porte peu : Au final, au niveau du comp­tage, une enve­loppe vide atter­rit bien dans la même case qu’une enve­loppe avec un bulle­tin blanc.

    C’est d’ailleurs heureux parce que je ne crois avoir jamais vu de bulle­tin blanc sans aucune mention et aux bonnes dimen­sions lors des dépouille­ments. Des enve­loppes vides (donc comp­tées avec les blancs), oui. Des bulle­tins vierges, jamais. Si ça arrive, je ne peux que croire que c’est vrai­ment rare. Conclu­sion hâtive basée sur l’ex­pé­rience : ceux qui veulent voter blanc votent avec une enve­loppe vide.

    Ceux qui vous affirment qu’il faut abso­lu­ment un bulle­tin papier vierge n’ont proba­ble­ment eux non plus pas fait de dépouille­ment. Cela n’au­rait même pas d’in­fluence pour la promo­tion du vote blanc : Ceux qui voudront mesu­rer l’im­por­tance du blanc regar­de­ront le compte incluant les enve­loppes vides.

    À l’heure actuelle personne n’est capable de faire le distin­guo entre les vides et les blancs, même une esti­ma­tion gros­sière. Vous n’avez donc pas besoin de vous bala­der avec un bout de papier blanc du bon gram­mage et des bonnes dimen­sions pour réali­ser un acte citoyen et faire recon­naître le vote blanc en haut lieu.

    Les votes nuls sont rare­ment des erreurs de vote

    Les votes blancs et nuls sont distin­gués au dépouille­ment, on pour­rait même diffi­ci­le­ment faire plus précis. Ils sont toute­fois agré­gés lors de la publi­ca­tion des résul­tats offi­ciels. C’est le seul point factuel que j’ac­corde aux promo­teurs du vote blanc au sujet de la comp­ta­bi­li­sa­tion.

    Certains en déduisent une non recon­nais­sance du vote blanc, parce qu’il est fusionné ainsi à des erreurs de vote ou des votes nuls ayant un objec­tif tiers. L’idée paraît sensée mais elle ne résiste pas à l’ana­lyse.

    Dans les votes nuls, outre les blancs et vides, on trouve :

    • des bulle­tins barrés ou déchi­rés (proba­ble­ment des « je ne veux pas de … »),
    • des bulle­tins diffé­rents dans la même enve­loppe (proba­ble­ment soit des « je n’ar­rive pas à choi­sir » soit des « ils sont tous les mêmes »),
    • des bulle­tins anno­tés (vu les anno­ta­tions il s’agit clai­re­ment de volonté qu’ils ne soient pas décomp­tés, pas d’er­reurs de vote),
    • des bulle­tins avec un nom de personne ou de mouve­ment qui n’était pas dans ceux propo­sés au vote.

    Ces diffé­rents cas passent diffi­ci­le­ment pour des erreurs de vote. Le nul, sauf cas excep­tion­nel, n’est pas plus une erreur de vote que le vote blanc. J’irai même à penser qu’une enve­loppe vide, comp­tée donc comme un blanc, a plus de chances d’être une erreur de vote que deux bulle­tins diffé­rents, un bulle­tin annoté ou un bulle­tin d’un non-candi­dat.

    Dans tous les dépouille­ments que j’ai fait, je n’ai pas souve­nir d’avoir jamais vu un bulle­tin qui ait vrai­sem­bla­ble­ment été une erreur de vote. Ça a certai­ne­ment pu arri­ver, ça arrive certai­ne­ment dans d’autres circons­crip­tions, mais si j’en crois mon expé­rience c’est extrê­me­ment rare.

    Le vote blanc n’est pas un vote nul, mais ils ne sont pas diffé­rents

    Blancs et nuls sont, sauf excep­tion, tous deux le résul­tat d’une volonté et d’une expres­sion. Cette expres­sion peut cepen­dant être multiple et diffi­cile à inter­pré­ter.  Je l’in­ter­prète sous un chapeau global de « la volonté de parti­ci­per au vote mais de ne pas effec­tuer un des choix propo­sés ».

    Parler aussi des nuls est d’au­tant plus impor­tant que nous avons fina­le­ment peu de votes blancs, même en comp­tant les enve­loppes vides. Pour autant que je me souvienne, parmi les votes comp­ta­bi­li­sés nuls, j’ai eu une faible propor­tion d’en­ve­loppes vides à mes tables, et jamais de bulle­tin blanc. L’es­sen­tiel des refus de choi­sir ou des mécon­ten­te­ments ont bien été des nuls, pas des blancs (mais ce n’est que mon expé­rience).

    Blancs et nuls ne sont pas distin­gués dans les résul­tats, mais c’est fina­le­ment plutôt posi­tif pour le mouve­ment de promo­tion du vote blanc : on évite de sépa­rer en deux un même mouve­ment pour des raisons pure­ment arti­fi­cielles de clas­si­fi­ca­tion.

    Tout au plus pour­rait-on prétendre sépa­rer les erreurs de vote du reste, mais non seule­ment cela ne chan­ge­rait pas signi­fi­ca­ti­ve­ment le compte des blancs et nuls et risque d’être bien diffi­cile à inter­pré­ter dans certains cas. Dans des pays où les erreurs de votes invo­lon­taires sont signi­fi­ca­tives, cela peut avoir du sens. En France, j’en doute.

    Tout au plus, et je rejoins là les défen­seurs du vote blanc, peut-on regret­ter que le détail des votes fait au dépouille­ment ne soit pas publié au jour­nal offi­ciel. C’est une infor­ma­tion qui peut être utile à certain, et ça ne coûte­rait pas cher. Ceci dit c’est une infor­ma­tion admi­nis­tra­tive exis­tante, je suis certain qu’elle doit être acces­sible pour qui veut avec une requête après de la CADA. Si quelqu’un souhaite publier ces infor­ma­tions, ce n’est pas si complexe, il suffit de se bouger.

    On se moque de la notion de suffrages expri­més

    Enfin, les votes blancs et nuls sont comp­tés en tant que suffrages non-expri­més. Derrière cette phrase qui ressemble à un « ça compte pour du beurre » se cache simple­ment un « ils n’in­fluent pas le gagnant de l’élec­tion ». La notion de suffrage exprimé ne sert qu’à ça, pas à dire si le vote blanc est impor­tant ou pas.

    On peut d’ailleurs trou­ver un cas où aller voter mais poser un bulle­tin blanc a un effet : Voter blanc plutôt que pour un oppo­sant peut empê­cher un candi­dat d’être élu au premier tour, puisqu’il faut qu’il y ait eu au mini­mum 25 % des inscrits en suffrages expri­més. Ca reste cepen­dant pour l’anec­dote et ne pas voter du tout a tech­nique­ment le même effet.

    Plus concrè­te­ment, dans ces chiffres offi­ciels de la dernière prési­den­tielle on vous dit qu’il y a eu 84 % de votants pour 16 % d’abs­ten­tion, sur les votants 96 % de votes expri­més pour 4 % de nuls en blancs, sur les votes expri­més 53 % pour un candi­dat et 47 % pour l’autre. Rien ne manque, d’au­tant qu’on a aussi à chaque fois à côté le nombre de bulle­tins en valeur abso­lue.

    Reprendre les mêmes chiffres offi­ciels pour avoir la répar­ti­tion en comp­tant le blanc est l’af­faire d’une règle de trois si on utilise les pour­cen­tages ou d’une divi­sion si on utilise les chiffres en valeurs abso­lue. Dans notre exemple le premier candi­dat a eu 43 % des inscrits, 51 % des votants et 53 % des suffrages non nuls ou blancs. Si on présente les chiffres selon la première forme c’est parce que c’est ainsi qu’est déter­miné le gagnant de l’élec­tion, ni plus ni moins.

    Il s’agit juste d’une affaire de présen­ta­tion des résul­tats. Donner ces mêmes résul­tats sous une autre forme est acces­sible à tous, et à fortiori d’un jour­na­liste si cela avait du sens à être annoncé ainsi, avec des calculs du niveau de l’école primaire. J’ose espé­rer qu’une simple divi­sion n’est pas une diffi­culté signi­fi­ca­tive au point de limi­ter l’in­for­ma­tion.

    Cette notion de suffrage exprimé ne cache rien. Si vos JT mettent en valeur les pour­cen­tages par rapport aux suffrages expri­més et pas par rapport aux votants ou par rapport aux inscrits (voire par rapport à la popu­la­tion en capa­cité de voter), c’est simple­ment parce que c’est ce qui a le plus de sens selon eux. À vous de commu­niquer autre­ment si vous le souhai­tez, mais ce n’est pas un problème de comp­ta­bi­li­sa­tion ou de l’État.

    Moti­va­tion, effet et prise en compte

    Je n’ai parlé que de comp­ta­bi­li­sa­tion, en écar­tant super­be­ment les moti­va­tions et comment le vote blanc peut ou pas être prise en compte ensuite. Ce billet est déjà assez long ainsi.

    Mon propos n’est pour l’ins­tant que de remettre au propre une discus­sion que j’ai trop souvent face aux gens qui appellent à une comp­ta­bi­li­sa­tion des votes blancs : elle existe, impar­faite mais large­ment suffi­sante pour ce qu’on veut (éven­tuel­le­ment) en faire.

    Je vous remer­cie de vous restreindre à cette ligne direc­trice dans les commen­taires et de réser­ver vos inter­ven­tions sur la moti­va­tion ou la prise en compte du vote blanc pour un futur billet à venir (ou à les faire chez vous plutôt que chez moi).