Auteur/autrice : Éric

  • [Commen­taire] La culture est-elle « struc­tu­rel­le­ment » un bien commun

    Je vous laisse lire le texte de Cali­maq – il est inté­res­sant en soi – mais je retiens l’idée de parler de droit d’usage et non d’ex­cep­tions au droit d’au­teur.

    Les usages, l’équi­libre entre le public et l’au­teur, c’est inhé­rent au droit d’au­teur. Ça n’est pas une excep­tion, ça en fait partie.

    Vouloir restreindre le droit d’au­teur à une simple propriété exclu­sive et sans restric­tions c’est effec­ti­ve­ment oublier les débats à son origine, mais aussi oublier que tous nos codes ne sont que des équi­libres entre les droits des uns et des autres. Quelqu’un oserait-il dire que le passage piéton est une excep­tion au droit de circu­la­tion des auto­mo­biles et qu’il faut arrê­ter d’en ajou­ter ?

    Bref, droit d’usage ça me parle bien, et c’est fina­le­ment ce que c’est. Je regrette juste que le domaine public ne soit pas appe­ler les droits du public. Il serait alors bien plus diffi­cile de soute­nir une vision maxi­ma­liste du droit d’au­teur.

    Je n’ou­blie pas. La langue est poli­tique.

  • [Retour sur vécu] Casino va permettre aux annon­ceurs de piocher dans ses 50 millions de profils cross-devices

    Plutôt discret jusque-là dans la bataille qui oppose les géants du retail français aux Gafa, le groupe Casino passe à l’of­fen­sive. Le groupe de distri­bu­tion français vient d’an­non­cer le lance­ment d’une plate­forme data bapti­sée rele­vanC dans laquelle les annon­ceurs pour­ront consul­ter « la base de données la plus massive, complète et quali­ta­tive sur les consom­ma­tions des Français, leurs inten­tions et compor­te­ments d’achat ». La plate­forme propo­sera à terme près de 50 millions de profils et 1 100 segments d’au­dience.

    Jour­nal Du Net

    Entre ça et Gravity, C’est un peu la course à « regarde, moi aussi je sais mettre fin en masse à la vie privée des gens ».

    Ça me rappelle des discus­sions avec des entre­pre­neurs dans des solu­tions marke­ting. Naïve­ment j’ai fait remarquer une ou deux fois que les données récol­tées leur permet­traient au mieux une analyse statis­tique sur des visites.

    On m’a répondu, sourire en coin, qu’il existe des services qui complètent les profils à partir de données incom­plètes ou anonymes. Il suffit d’une IP, d’un iden­ti­fiant de tracker web, parfois d’un nom avec une donnée supplé­men­taire. On vous renvoie un profil complet, souvent avec iden­tité et coor­don­nées, mais aussi les habi­tudes, les caté­go­ri­sa­tions, les inté­rêts person­nels.

    C’est visi­ble­ment un secret de poli­chi­nelle, et si j’ima­gine que ce n’est pas parfait, ça semble suffi­sant et assez fiable pour inves­tir dans du marke­ting.

    Parfois les coor­don­nées ne sont pas parta­gées : Il faut deman­der l’en­voi du mailing au déten­teur des données. Sur le papier c’est un peu mieux mais ça n’ap­porte en réalité aucune protec­tion. C’est unique­ment pour rester en inter­mé­diaire et moné­ti­ser plus long­temps vos données person­nelles.

    * * *

    Rien qu’en écri­vant ces souve­nirs, je me rappelle qu’une société pour laquelle je travaillais indi­rec­te­ment reven­dait les coor­don­nées de livrai­son, noms, adresse, âge et email de ses clients. Malaise quand je l’ai appris via une connais­sance et un spam du loueur de la base (coucou Loca­dresses).

    Quand je l’ai fait remon­ter naïve­ment, ils se sont préoc­cu­pés des pratiques de spam de leur loueur. Tel que je l’ai inter­prété, ils voulaient surtout éviter que n’im­porte qui reçoive en spam le fait qu’ils relouent les coor­don­nées de leurs clients. Revendre ces infor­ma­tions ne leur faisait par contre visi­ble­ment ni chaud ni froid.

  • [Lecture] Dette: la sonnette d’alarme est tirée

    Rien, en effet, n’ex­prime mieux la faillite de la gouver­nance mondiale que d’avoir aban­donné la gestion des consé­quences de la crise à ceux qui avaient contri­bué à en créer les condi­tions par une poli­tique moné­taire systé­ma­tique­ment biai­sée en faveur de l’injec­tion de monnaie.

    « Appren­tis sorciers », les diri­geants des prin­ci­pales banques centrales, à commen­cer par la Réserve fédé­rale des États-Unis, appa­raissent surtout comme des pompiers pyro­manes. Leur réponse à la crise d’un modèle de crois­sance fondé sur l’en­det­te­ment expo­nen­tiel des prin­ci­paux agents écono­miques, publics et privés, aura été de doubler ou tripler la mise, les préten­dus « gardiens de la monnaie » trans­for­mant en quelques années les bilans de leurs véné­rables insti­tu­tions en gigan­tesques fonds spécu­la­tifs, gorgés d’ac­tifs de qualité souvent douteuse (voir graphique ci-dessous). De 2007 à 2017, les actifs des banques centrales des pays du G7 ont bondi de 3 000 à près de 15 000 milliards de dollars. « La dimen­sion de la bulle créée par la poli­tique de taux d’in­té­rêts néga­tifs et d’as­sou­plis­se­ment quan­ti­ta­tif a conduit Bill Gross à compa­rer la situa­tion finan­cière actuelle à l’émer­gence d’une super­nova, l’ex­plo­sion massive qui se produit à la fin du cycle de vie d’une étoile », écrivent les auteurs.

    « La pompe à phynance » du G7. © yardeni.com

    Toute­fois, la dette n’est que virtuelle, de même que la valo­ri­sa­tion des actifs. Tout ça n’est que du papier.

    Notre société est riche. Riche en compé­tence, en savoir faire, mais  aussi en produc­tion et en ressources.

    La dette, fina­le­ment, c’est surtout une préoc­cu­pa­tion par peur de faire écla­ter le système en cours. Par quoi le rempla­ce­rait-on ? Qui y gagne­rait ? Il est certain que les plus riches et ceux qui maîtrisent actuel­le­ment la gouver­nance ont tout à y perdre. Il est évident que la tran­si­tion vers autre chose se fera dans la douleur pour tous, et peut-être encore plus pour les plus faibles.

    On peut tenter d’y réflé­chir, ou attendre d’être au pied du mur.

  • [Lecture] The impos­sible dream of USB-C

    I love the idea of USB-C: one port and one cable that can replace all other ports and cables. It sounds so simple, straight­for­ward, and unified. In prac­tice, it’s not even close.

    Marco Arment

    Pour faire court, il y a des câbles qui peuvent faire passer de la donnée et de la puis­sance, certains que de la donnée, certains que de la puis­sance. Même dans ce cas, ceux qui font passer de la donnée ne le font pas tous à la même vitesse, et ne supportent pas tous thun­der­blot. Ceux qui font passer de la puis­sance ne le font pas tous assez pour rechar­ger un laptop, ou pas n’im­porte quel laptop.

    C’est la même chose pour les appa­reils entre les câbles. Parfois le port usb sert à la fois pour la donnée et pour la puis­sance. Parfois c’est l’un, ou l’autre. Parfois la donnée ne supporte pas thun­der­bolt. Parfois la puis­sance peut aller dans les deux sens et parfois non. Parfois le même appa­reil a des spéci­fi­ca­tions diffé­rentes suivant le port qu’on utilise.

    Même quand on a un câble et des appa­reils qui trans­portent correc­te­ment la donnée ou la puis­sance, ça ne fonc­tion­nera plus si on les connecte dans un sens ou dans un ordre diffé­rent.

    Sauf à l’avoir noté préci­sé­ment lors de l’achat, vous n’au­rez aucun moyen de savoir ce que suppor­tera tel appa­reil ou tel câble avant d’es­sayer et d’échouer.

    Je ne sais si je dois confir­mer ma première impres­sion du délire USB-C ou espé­rer que tout ça se tassera avec le temps comme ça l’a fait avec l’USB-A.

  • [Lecture] The whole web at maxi­mum FPS: How WebRen­der gets rid of jank

    Proba­ble­ment le meilleur article que j’ai vu sur le fonc­tion­ne­ment d’un navi­ga­teur moderne avec les diffé­rentes étapes et l’uti­li­sa­tion du GPU, par Lin Clark. À lire.

  • [poli­tique] Ils préfèrent foutre le bordel (que de faire 7h de train par jour pour aller travailler)

    Il y a tout un monde entre la théo­rie sur le papier et la réalité sur le terrain. Le problème c’est quand celui en charge se permet d’être hautain avec les gens sur le terrain.

    Il suffit de quelques mots d’un concerné pour se rendre compte combien les mots d’hu­meur à l’ori­gine de la polé­mique sont ceux de quelqu’un décon­necté du terrain.

    Mention spéciale à notre ministre Gérard Collomb dont les propos sont rappor­tés par Marianne. Lui n’a même plus de limites dans son statut de privi­lé­gié, ou alors il a conscience de ce qu’il dit et c’est encore pire :

    « C’est pas le problème de 180 kilo­mètres », assure Gérard Collomb, qui estime que les deux points se relient en trois coups d’ac­cé­lé­ra­teur : « Si vous êtes relié par une auto­route ou une voie ferrée qui peut y aller… Je viens de Lyon, j’ai pas de problème pour venir chez vous. »

    Ça permet d’ailleurs à Marianne de rappe­ler que ces 180 km prennent plus de temps qu’un Paris-Lyon, que ce soit en voiture ou en train – entre 5 et 7 heures aller-retour, rien que ça, pour du quoti­dien c’est un peu diffi­cile –, et de rappe­ler l’état de la poli­tique d’in­fra­struc­tures hors des liai­sons pour cadres qui vont sur Paris :

    Comme semble l’igno­rer Gérard Collomb, la desserte des terri­toires ruraux est de fait en déliques­cence. La SNCF a récem­ment supprimé quatre arrêts à la gare de La Souter­raine, alors que le nombre de voya­geurs y a augmenté de 60% en sept ans. Et A Ussel, la situa­tion n’est guère meilleure. « Ussel est coin­cée », pointe Frédé­ric Cueille de la CGT des chemi­nots limou­sins, qui déplore dans La Montagne un « encla­ve­ment » des zones rurales : « L’objec­tif de la SNCF est de fermer vingt-deux des vingt-sept points de vente. Ussel et Égle­tons sont mena­cées… ».

  • [extrait] Les ultra­riches paient très peu d’im­pôts: la preuve!

    Connu, archi-connu, mais visi­ble­ment pas assez vu qu’on vient encore d’al­lé­ger la fisca­lité pour les mêmes quelques ultra-riches :

    Plus on monte dans l’échelle des reve­nus, plus le taux moyen d’im­po­si­tion de l’im­pôt sur le revenu progresse lente­ment, pour culmi­ner à 27,9 % pour les contri­buables dont le revenu fiscal de réfé­rence est compris entre 700 000 et 800 000 euros par an. Mais ensuite, lente­ment, de manière non linéaire, le taux moyen d’im­po­si­tion baisse quand on arrive dans les caté­go­ries les plus richis­simes.

    C’est ainsi que le taux moyen d’im­po­si­tion s’ef­fondre à 21,6 % pour les 36 foyers fiscaux dont les reve­nus fiscaux de réfé­rence sont compris entre 7 et 8 millions d’eu­ros. Et il baisse même encore un peu, à 21,4 % pour les 163 foyers fiscaux dont les reve­nus fiscaux de réfé­rence sont supé­rieurs à 9 millions d’eu­ros.

    CQFD ! Pour les ultra­riches, l’im­pôt sur le revenu est dégres­sif. Et les prin­ci­paux milliar­daires français sont assujet­tis à un impôt sur le revenu qui est beau­coup plus léger, en propor­tion, que pour les cadres supé­rieurs.

    — sur Media­part

  • Brigitte Liso, LREM — Comment on desti­tue un député aujourd’­hui ?

    Voilà l’état de la poli­tique en France. Les dépu­tés qui votent sans aucun travail préa­lable, qui ont juste entendu parler comme tout un chacun de la loi avant d’ar­ri­ver au vote, et qui se font une idée sur le moment, dans l’hé­mi­cycle, en enten­dant la majo­rité et l’op­po­si­tion se répondre, soit disant que ça donne une vue d’en­semble.

    Sérieu­se­ment ? Oui, elle parle de poli­tique autre­ment, j’en viens presque à regret­ter les précé­dents.

    On voit à la fin de la vidéo les éléments de langage appris par cœur puis oubliés, qu’on va recher­cher sur la messa­ge­rie pour répondre aux ques­tions sans les comprendre, et l’ab­sence totale de pensée ou d’avis en l’ab­sence de ces éléments de langage.

    Quand on en est là, autant direc­te­ment avoir 10 personnes à l’As­sem­blée, chacun avec un nombre de voix diffé­rent. Ici Brigitte Liso est dans le groupe LREM mais je n’ai pas forcé­ment plus d’es­time pour certains dépu­tés d’autres groupes. Ils sont souvent plus enga­gés et moins apathiques, mais n’ont pas pour autant forcé­ment plus de réflexion person­nelle.

    Bref, indé­pen­dam­ment des opinions portées, n’y a-t-il donc aucun moyen de rele­ver de ses fonc­tions un député qui avoue expli­ci­te­ment ne pas les exécu­ter avec sérieux ?

    À défaut, un parti sérieux devrait au moins exclure la dépu­tée concer­née de son groupe à l’As­sem­blée. Visi­ble­ment ce n’est pas le cas, pas plus à LREM qu’ailleurs. Ça en dit long sur les crédos de nos partis poli­tiques.

    Le parle­ment est ce qui symbo­lise notre démo­cra­tie, le pouvoir du peuple et son contrôle sur l’État. Voilà l’état de notre démo­cra­tie, et ce n’est pas très relui­sant.

  • [Lecture] Inside the CIA’s black site torture room

    Oui ça ne date pas d’aujourd’­hui mais on aurait tort de lais­ser l’in­for­ma­tion sous le tapis à cause de cela. Les faits ne sont connus qu’a­près quelques années, les enquêtes en mettent encore plusieurs autres. La tran­sac­tion judi­ciaire liée à ce passé vient juste d’être soldée.

    À l’heure où on est sur le point d’em­pi­ler encore une loi renforçant l’exé­cu­tif, les pouvoirs de police police et le rensei­gne­ment en France, il n’est pas inutile de rappe­ler de quoi nos démo­cra­ties sont capables. Il est illu­soire de croire que ça n’au­rait pas pu arri­ver en France. Je n’irai même pas jusqu’à affir­mer que nous n’avons rien eu du même style.

    Le repor­tage est long mais bien fait, détaillé, factuel, expli­ca­tif : Inside de CIA’s black site torture room, The Guar­dian. Aujourd’­hui les vrais respon­sables, poli­tiques et donneurs d’ordre, sont toujours chez eux.

    In his pre-trial depo­si­tion, Jessen insis­ted that the inter­ro­ga­tion methods he and Mitchell first propo­sed to defeat this resis­tance inclu­ded no physi­cal pres­sures and were consistent with the Geneva Conven­tions. But by April, Jessen was craf­ting an “Exploi­ta­tion Draft Plan” that inclu­ded holding captives in sound­proof cells in secret faci­li­ties that were beyond the reach of the Red Cross, the press, and US and foreign obser­vers. A few months later, “Jim and I went into a cubicle,” as Jessen recal­led during his depo­si­tion. “He sat down at a type­wri­ter, and toge­ther we wrote out a list” that became the CIA’s enhan­ced inter­ro­ga­tion tech­niques.

    […]

     

    Novem­ber 2002:  Rahman wearing only socks and diaper; super­vi­sor has concern regar­ding hypo­ther­mia

    Rahman subjec­ted to 48 hours of sleep depri­va­tion, rough treat­ment, cold shower and other measures but remai­ned noncom­pliant.

    Subjec­ted to cold condi­tions and mini­mum food and sleep… confu­sed due to dehy­dra­tion and fatigue.

    Cable recom­mends future use of conti­nued envi­ron­men­tal depri­va­tions with inter­ro­ga­tions 18 out of 24 hours daily

    Linguist asks ques­tions about the tempe­ra­ture at which hypo­ther­mia occurs […]

    Novem­ber 20,
    04:00 hrs guard check – Rahman is alive.
    08:00 hrs guard check – Rahman is alive.
    10:00 hrs guard check – Rahman is dead.

     

     

     

     

  • [Lecture] Opti­cal Effects in User Inter­faces (for True Nerds)

    Une bonne illus­tra­tion vaut mieux qu’un long discours mais ce n’est qu’un petit exemple au milieu d’un océan de discus­sions autour des aligne­ments et des effets visuels.

    Ça se trouve sur Opti­cal Effects in User Inter­faces (for True Nerds), Slava Shes­to­pa­lov, Muzli. (via)