Auteur/autrice : Éric

  • Diffu­sion d’in­for­ma­tion, partages et confiance

    Je trouve inté­res­sant tout ce qu’il s’est passé récem­ment. Je suis le fil de ma pensée mais les propos l’ani­ma­teur eux-même ne sont pas ce que je veux abor­der ici..

    Il y a eu un témoi­gnage précis, de première main, sur un fait d’in­té­rêt public. À cette étape là personne n’en sait plus.

    Ce témoi­gnage s’est signi­fi­ca­ti­ve­ment diffusé. 2000 partages en 24h. On est très loin de ce qu’on peut quali­fier de buzz sur Twit­ter, mais ce n’est pas rien non plus.

    Il a fallu une ving­taine d’heures pour que les jour­na­listes et les services du ministre recoupent suffi­sam­ment les faits puis montrent que le témoi­gnage était faux.

    Après avoir été confronté à ses dires par son enca­dre­ment, l’ani­ma­teur est publique­ment revenu sur ses décla­ra­tions en disant qu’il avait été induit en erreur.

    S’en­suit une mini-polé­mique sur la diffu­sion de fausses infor­ma­tions.

    Il est toujours bon de reve­nir en arrière pour en tirer les leçons en vue d’une prochaine fois. De ce que j’en lis autour de moi, on a toute­fois tendance à juger les partages du témoi­gnage d’ori­gine à l’aune de la révé­la­tion du faux.

    C’est là qu’à mon avis on fait erreur. Ce sont deux types d’in­for­ma­tion diffé­rents, à des niveaux diffé­rents.


    Le premier niveau d’in­for­ma­tion c’est l’exis­tence du témoi­gnage et son contenu. Cette exis­tence est une infor­ma­tion à part entière. Même si ce n’est pas le scan­dale du siècle, elle est à priori d’in­té­rêt public.

    C’est ainsi que dans la presse vous trou­vez des brèves repre­nant une décla­ra­tion offi­cielle, révé­lant un PV, poin­tant un fait qui pose ques­tion, etc. On les recon­nait en ce qu’elles utilisent géné­ra­le­ment des guille­mets pour marquer qu’il s’agit d’une reprise.

    Parfois la décla­ra­tion offi­cielle est fausse ou trom­peuse. Parfois les propos que rapportent le PV sont faux. Parfois la ques­tion posée a une réponse tout à fait légi­time.

    C’est malheu­reux quand ça arrive, on essaye de l’évi­ter, mais ça ne retire en rien l’in­té­rêt public d’avoir relayé cette infor­ma­tion en fonc­tion de sa crédi­bi­lité et de l’in­té­rêt public à ce moment là.


    Ce qu’il s’est passé sur Twit­ter n’est pas diffé­rent. Il n’y a quasi­ment eu que des cita­tions, avec ou sans commen­taire. Les tiers ont tous vu les propos origi­naux, écrits au nom de cet anima­teur inconnu.

    Tous ont pu se faire leur propre idée de la crédi­bi­lité du témoi­gnage. Personne n’a été induit en erreur sur le fait que c’était un témoi­gnage d’un inconnu et rien de plus.

    Nulle part il n’y a eu présen­ta­tion comme venant d’une source offi­cielle, ou d’une quelqu’un ayant véri­fié ou accré­dité l’in­for­ma­tion.

    Il n’y a pas eu trom­pe­rie ou fake news. Il y a juste eu le relai d’une infor­ma­tion d’in­té­rêt public, celle d’un témoi­gnage poten­tiel­le­ment crédible mettant en cause une opéra­tion de commu­ni­ca­tion.


    Le second niveau d’in­for­ma­tion est venu de la presse. Je crois que c’est France Info qui a fait le premier article d’ana­lyse (mis à jour depuis).

    Ils ont fait ce qu’on attend d’eux. Ils ont véri­fié, contacté les services du ministre, peut-être le camp de vacances. Les éléments rele­vés contre­disent direc­te­ment les décla­ra­tions de l’ani­ma­teur.

    On n’a toujours pas d’autres sources que les services du premier ministre concer­nant l’ori­gine du dessin, mais on en a assez pour consi­dé­rer que le récit de l’ani­ma­teur était faux. Pas besoin d’al­ler plus loin sauf à ce que nouveaux témoi­gnages appa­raissent.

    Cette infor­ma­tion est diffé­rente de la première. On n’in­forme pas du témoi­gnage, on va véri­fier le fond.

    Les deux niveaux ne se fusionnent pas et ne s’op­posent pas forcé­ment. Il est toujours vrai que l’ani­ma­teur a fait ce (faux) témoi­gnage, que ce témoi­gnage semblait suffi­sam­ment crédible et d’in­té­rêt public pour être repris. Il est tout aussi vrai qu’on sait désor­mais que les éléments prin­ci­paux du témoi­gnage étaient faux, et que donc il ne faut plus diffu­ser le témoi­gnage d’ori­gine ou ce qu’il préten­dait.


    Pourquoi est-ce impor­tant ? Parce qu’en assi­mi­lant les deux niveaux d’in­for­ma­tion on laisse penser que parta­ger le premier témoi­gnage revient à créer une fausse infor­ma­tion. On oublie qu’il y a deux infor­ma­tions, à deux niveaux bien distincts.

    Fallait-il attendre la véri­fi­ca­tion sur le fond avant choi­sir de parta­ger l’exis­tence du témoi­gnage ?

    Si dans l’idéal on ne peut être que d’ac­cord, c’est oublier que la véri­fi­ca­tion n’a eu lieu que parce qu‘il y a eu cette diffu­sion signi­fi­ca­tive préa­lable. Jamais ni les jour­na­listes ni les services du ministre ne seraient inter­ve­nus sans le micro-buzz. Jamais les services du premier ministre n’au­raient répondu à un citoyen non jour­na­liste profes­sion­nel qui aurait voulu véri­fier l’in­for­ma­tion.

    Empê­chez le premier niveau d’in­for­ma­tion tant que la presse de métier n’a pas offi­ciel­le­ment étudié le fond, vous coupe­rez aussi énor­mé­ment de faits avérés qui n’au­raient jamais eu la visi­bi­lité suffi­sante. Tiens, toute l’af­faire Benalla vient d’un buzz simi­laire sur une courte vidéo à la place de la contre-escarpe, et dont certains avaient contesté la légi­ti­mité d’en faire un buzz à l’époque.

    On ne peut pas espé­rer que ces buzz initiaux ne se fassent que sur des faits qui se révèlent vrais. Ça revient à dire aux gens « agis­sez mais ne vous trom­pez pas ». Ça ne fonc­tionne pas.

    Il n’y a aucun compor­te­ment qui permet à la fois de mettre en lumière le vrai et de lais­ser sous silence le faux. On fait forcé­ment des erreurs des deux côtés, tout est une ques­tion de posi­tion­ner le curseur intel­li­gem­ment.


    Il ne reste du coup que le juge­ment de chacun : Est-ce que l’in­for­ma­tion me semble à la fois assez crédible et assez inté­res­sante pour être parta­gée ?

    Visi­ble­ment 2000 personnes ont pensé que oui. Ça a suffit pour qu’un jour­na­liste s’en empare (ce qui est déjà éton­nant, 2000 partages twit­ter ce n’est pas grand chose) et qu’on ait le fin mot de l’his­toire sur le fond.

    J’ai ensuite vu les correc­tifs et articles de presse large­ment diffu­sés. Rien que ça est assez propre à Twit­ter. Si les correc­tifs sont bien souvent bien moins visibles que les polé­miques de départ, ils le sont toujours beau­coup plus sur Twit­ter que sur la plupart des autres médias.

    C’est malheu­reux quand on diffuse du faux mais quelque part tout s’est passé comme ça aurait du, ou pas loin.

    Nulle part le témoi­gnage initial n’a été présenté comme autre chose qu’un témoi­gnage unique. Il n’y a pas eu retrai­te­ment, il n’y a pas eu masquage de la source, il n’y a pas eu présen­ta­tion faus­sée. Le correc­tif lui-même est arrivé dans un temps rela­ti­ve­ment rapide et la diffu­sion du faux s’est immé­dia­te­ment arrê­tée.

    On est là dans un espace tota­le­ment diffé­rent de celui de la fake news. Il n’y a d’ailleurs proba­ble­ment même pas eu inten­tion de trom­per de la part de l’au­teur d’ori­gine.


    Et donc, puisqu’on fait un retour arrière : Ce témoi­gnage était-il suffi­sam­ment crédible pour méri­ter une diffu­sion ?

    On entre dans le subjec­tif. Je ne peux que donner mon propre avis, forcé­ment biaisé.

    Dans l’his­toire récente on a entendu des élus et hauts fonc­tion­naires mentir sous serment devant une commis­sion d’enquête. On a une porte-parole du gouver­ne­ment qui a dit assu­mer de mentir pour proté­ger le président. On a un procu­reur qui a fait une fausse décla­ra­tion offi­cielle pour éviter de contre­dire les propos du président. On a des ministres, élus et repré­sen­tants de tous bords qui font des pirouettes verbales à la limite de la mauvaise foi pour justi­fier tout et n’im­porte quoi. On a des opéra­tions de commu­ni­ca­tion à gogo, et les mises en scène n’y sont pas si rares.

    De fait, les paroles offi­cielles sont assez peu fiables dès qu’on est dans l’opé­ra­tion de commu­ni­ca­tion. C’est malheu­reux, grave pour notre démo­cra­tie, pas spéci­fique au gouver­ne­ment ou au parti au pouvoir, mais c’est ainsi.

    On était juste­ment dans une opéra­tion de commu­ni­ca­tion. Croire qu’on ait pu prépa­rer une belle image à présen­ter à la presse n’est pas tota­le­ment déli­rant au regard de ce qui précède. Impos­sible de savoir si c’était vrai sans faire un travail de jour­na­liste, mais c’était crédible et vrai­sem­blable.

    Le reste du récit, le vrai mpte person­nel pas créé pour l’oc­ca­sion ni réservé au mili­tan­tisme, la façon de racon­ter, les détails sur d’autres points, disons qu’il n’y avait pas beau­coup de voyants au rouge.


    À mon avis, si vous avons un problème majeur à régler, ce n’est pas tant de limi­ter la diffu­sion de fausses infor­ma­tions que de restau­rer la confiance dans ce qui vient de nos élus, de notre admi­nis­tra­tion et des personnes en posi­tion d’au­to­rité.

    Les deux sont liés. Si on ne peut plus croire ces sources là, on finit par ne plus rien croire, douter de tout ou prêter foi à tout, ce qui revient au même.

    Malheu­reu­se­ment restau­rer la confiance va être diffi­cile et long, parce qu’aujourd’­hui les pratiques sont au plus bas. Elles ont plutôt tendance à enta­mer ce qui reste de confiance qu’à restau­rer ce qui manque.

  • On change d’ap­pa­reil

    J’ai craqué.

    Ou plutôt on a craqué pour moi sur un prétexte de fêter ma nais­sance il y a quelques dizaines d’an­nées. Je passe d’un vieux réflex APS-C d’ama­teur à un hybride plein format moderne et de haute qualité.

    Hier j’ai eu ma première vraie séance photo sur du nouveau maté­riel. Et donc j’ai pris les ¾ de mes photos sans le viseur, à partir de l’écran arrière, à 800 ISO, en ouvrant à souvent à f/3.2 ou moins.

    Avec le passage au plein format, je suis passé du 35mm au 55mm pour avoir le même cadrage avec la même distance au modèle. Je ne l’avais pas anti­cipé mais pour garder la même profon­deur de champ dans cette situa­tion il va aussi falloir que j’ar­rête d’ou­vrir à f/2.2. Je vais gagner un stop avec la montée en ISO, mais je vais aussi le reperdre sur l’ou­ver­ture. Un peu frus­trant.

    Le passage du viseur à l’écran est ma décou­verte prin­ci­pale.

    Mon dieu que c’est confor­ta­ble…

    J’ai toujours regardé avec doutes ceux qui prenaient les photos ainsi mais main­te­nant que j’ai un appa­reil prévu pour, je ne sais pas si je revien­drai en arrière. Pourquoi donc coller mon œil à ce truc ?

    Le confort c’est aussi des réglages simples et direc­te­ment visibles. Même après une unique séance, j’ai moins peur d’ou­blier de restau­rer un réglage tempo­raire.

    Le passage du point de focus auto­ma­tique au point de focus manuel est lui un véri­table plai­sir. Je n’ai pas besoin de choi­sir un des deux modes.

    Tout n’est pas magique

    Chan­ger de maté­riel c’est tous les réflexes et les repères à reprendre. Quelle ouver­ture pour la profon­deur de champ que je souhaite ? Quelle vitesse puis-je m’au­to­ri­ser avec cette montée en ISO et la stabi­li­sa­tion du capteur ? La lumière est-elle accep­table ou trop faible ?

    Je n’ai pas encore regardé en détail mis je m’at­tends à beau­coup d’er­reurs et de déchets, des erreurs que je ne faisais plus depuis long­temps avec mon réflex habi­tuel.

    Ne pour­rait-on pas avoir un stan­dard pour les flash ?

    J’ai surtout shooté sans mon flash. J’ai l’ha­bi­tude de choi­sir ma lumière, ou au moins de compen­ser à loisir la lumière natu­relle avec un petit flash cobra déporté.

    Le précé­dent se contrô­lait, déclen­che­ment et puis­sance, à l’aide du petit flash d’ap­point interne au boitier.

    Niet. Je n’ai plus de flash interne au boitier, et le contrôle à distance est de toutes façons propre à chaque marque. Me voilà reparti pour rache­ter un flash déporté, et en plus devoir ache­ter un système de commande à distance.

    Le système offi­ciel de Sony est hors de prix. Il va falloir regar­der Cactus ou Godox. Bien entendu tous ces systèmes sont incom­pa­tibles entre eux et mon fidèle Metz Nikon est bon pour une revente d’oc­ca­sion.

    Je trouve juste scan­da­leux que ni les menus de contrôle ni le module radio ne soient de série sur des boitier de cette gamme. Même mon vieux D90 avait ça.


  • Ce qui vous parait évident

    Petit rappel que même ce qui vous semble évident socia­le­ment ne l’est pas forcé­ment pour d’autres (moi inclus).

    L’im­pli­cite et l’ex­pli­cite, les conven­tions sociales, la façon d’être, les inter­ac­tions, c’est parfois bien plus complexe qu’il n’y parait.

    https://twit­ter.com/edasfr/status/1150074744202510337

    Je suis inca­pable de comprendre l’im­pli­cite et l’usage. Je n’ai pas honte de parler de handi­cap à ce niveau.

    Le « mais Éric, on en a parlé pendant dix minutes ! » n’a aucun sens pour moi. Je sais, ça le fait à tout le monde mais moi c’est tout le temps, sur tout. Oui on a dit qu’on allait à la gare, mais on a aussi dit le contraire. Tout le monde a compris dans la discus­sion que fina­le­ment on allait à la gare. Moi pas.

    Vous allez me dire qu’il me suffit de deman­der. En réalité c’est plus complexe que ça. Est-ce qu’on va à la gare ? Comment ? Avec qui est-ce que je pars en voiture ? Et les bagages on mutua­lise ou c’est chacun dans son coffre ? Et quelle taille de bagages d’ailleurs pour ce type de trajet ? Faut-il que j’y mette une serviette ? De toutes façons je ne sais pas avec qui je pars ; est-ce qu’il faut que je demande qui veut de moi ? Celui qui a prévu de m’em­barquer va le prendre mal si je cherche quelqu’un d’autre, et puis je vais être ridi­cule parce que si ça se trouve on ne part pas.

    Vous n’ima­gi­nez pas un seul instant.

    Sur les rela­tions sociales c’est encore pire. J’en­vie les enfants en mater­nelle qui osent dire « est-ce que tu es mon ami ? ».

    Je ne sais pas me posi­tion­ner. Je ne sais pas comment réagir. Je ne sais pas ce qui est accep­table ou non. Je fais une faute gros­sière une fois sur deux, voire plus. Oui, ça le fait à tout le monde mais moi c’est tout le temps, sur tout, même avec des amis vieux de dix ans.

    Ou pas d’ailleurs : Je ne sais pas si eux me consi­dèrent comme un ami, d’au­tant que j’ai toujours l’im­pres­sion d’être à côté. Dois-je donner des nouvelles ou est-ce que cela sera inop­por­tun ? et pour y dire quoi ? ça fait égocen­trique quand même… mais en même temps ils commencent proba­ble­ment à en avoir marre que je ne demande que si « ça va », sans savoir quoi dire d’autre. Du coup autant ne rien dire, non ? Sauf que si je ne dis rien je vais passer pour un rustre, ou simple­ment m’éloi­gner pas à pas. En même temps tout ça se base sur l’idée que j’ai une rela­tion d’ami­tié forte alors que ce n’est pas forcé­ment partagé.

    Vous m’avez déjà entendu dire « s’il te plait, dit ce que tu penses, expli­ci­te­ment, fran­che­ment sans peur de bles­ser ou d’être nunuche, parce que je ne serai pas capable de les perce­voir autre­ment ».

    Sérieu­se­ment, faites-le.

    Faites-le. Ça m’aide sur le moment, beau­coup, même si ça ne résout pas tout.

    Si vous êtes expli­cite une fois, dois-je alors inter­pré­ter ce que vous ne dites pas comme quelque chose d’inexis­tant ou de forcé­ment faux ? Vous ne m’avez pas remer­cié forte­ment et expli­ci­te­ment alors peut-être que vous ne voulez pas venir boire un verre fina­le­ment, vous n’ac­cep­tez peut-être que par obli­ga­tion. Pour­tant vous n’avez pas non plus dit expli­ci­te­ment que vous ne souhai­tez pas venir. Me voilà coincé et c’est toujours, tout le temps. Même en cher­chant à être expli­cite vous lais­sez 99% dans l’im­pli­cite, parce que c’est évident pour vous via le contexte ou l’usage social.

    Je sais que ces 99% me sont cachés alors je tente d’in­ter­pré­ter, de surin­ter­pré­ter, de cher­cher des signaux ou de les provoquer. Vous les voyez les « ça va ? », « es-tu sûr·e ? » ? Oui il y a des tics mais c’est plus que ça, bien plus que ça.

    Je n’ai pas l’usage, je ne connais pas la limite sociale. Je suis capable d’être enfermé et de ne rien oser, terri­fié à l’idée de gêner et de passer une limite qui m’est tota­le­ment invi­sible. Et en même temps parfois c’est le contraire, faute de savoir, et parce que parfois rester en retrait serait aussi une faute sociale. Je tente de lire, d’in­ter­pré­ter, et souvent je me trompe.

    N’y voyez pas d’ai­sance, c’est tout le contraire.

    Ma malé­dic­tion c’est d’ailleurs parfois de sembler avoir des faci­li­tés. Oui je parle en public. Oui je sais parfois m’im­po­ser, débattre, parfois trop d’ailleurs. Oui j’adore l’hu­mour à tiroirs, le second degré et le sarcasme. Je suis juste inca­pable de le détec­ter chez les autres.

    Parfois je donne l’im­pres­sion d’une grande aisance mais ça me demande un effort gigan­tesque en interne. Je m’épuise en réalité sur une simple conver­sa­tion de machine à café. Vous jugez le résul­tat d’un travail de 15 ans sur moi-même. Vous jugez un expert à être quelqu’un d’autre, celui qu’on oublie et qu’on ne voit pas.

    Parfois certains points sont effec­ti­ve­ment rela­ti­ve­ment simples pour moi mais n’en tirez pas de conclu­sion pour autant. Chacun a ses propres diffi­cul­tés et les miennes ne viennent pas forcé­ment dans le même ordre que les vôtres. J’ai bien plus de diffi­cul­tés dans une conver­sa­tion amicale qu’à soute­nir un débat public complexe avec plusieurs centaines de personnes. L’enjeu n’est pas le même, c’est moins person­nel, plus objec­tif. J’ai moins besoin de lire les autres et les conven­tions à respec­ter sont beau­coup plus formelles.

    Je n’ai pas la solu­tion à tout ça.

    Je ne peux pas repor­ter mes diffi­cul­tés sur vous. Quand bien même vous le voudriez, je ne saurais pas quoi vous deman­der.

    Je n’ai que deux choses :

    1. Ne jugez pas les inten­tions et réac­tions des autres au regard de ce qui vous semble évident, impli­cite ou expli­cite.
    2. Ne jugez pas ces inten­tions et réac­tions au regard de ce qui vous semble diffi­cile ou facile à vous.

    Excu­sez les autres, expliquez, soyez patients, gardez votre empa­thie, deman­dez, même quand votre inter­lo­cu­teur semble faire une faute grave et évidente à vos yeux. Peut-être peine-t-il plus que vous ne l’ima­gi­nez, malgré toutes les bonnes inten­tions du monde. Ne jugez pas sans connaitre la personne et… soyez expli­cites.

  • « Les pires sont toujours ceux qui pensent que ce qui leur arrive ou ce qui leur est arrivé les rend légi­times à faire le mal envers les autres. »

    Parce que dans ces cas là, la raison n’est d’au­cune aide. Ils croient que rien ne s’ap­plique à eux, que eux c’est diffé­rent, que eux c’est justi­fié, parce que eux ont sont légi­times. Ça s’ex­plique, ça se comprend, mais ça n’est pas une raison pour l’ac­cep­ter pour autant.

  • « La souf­france des uns, ne dimi­nue pas la souf­france des autres. »

    Faire un concours de souf­frances n’a aucun sens. Ce qu’a vécu quelqu’un est unique­ment rela­tif à lui-même. Ce qui peut se passer ailleurs ne dimi­nue aucu­ne­ment sur ce que lui peut vivre ou avoir vécu, ni ne mérite de le reje­ter.

  • « Les maux s’ad­di­tionnent toujours les uns aux autres. Ils ne se compensent ni ne s’an­nulent entre eux. »

    Je croyais l’avoir déjà gravé ici, désor­mais ce sera fait.


    Je l’avais effec­ti­ve­ment déjà écrit en mars :

    Il ne sert à rien de compa­­rer les violences. Les unes ne justi­­fient jamais celles des autres. Les violences ne s’an­­nulent pas l’une l’autre, elle s’ad­­di­­tionnent.

    Ça fonc­­tionne avec n’im­­porte quels préju­­dices, n’im­­porte quelles actions malveillantes, n’im­­porte quelles trahi­­sons, …

    Les maux ne s’an­­nulent pas les uns les autres, ils s’ad­­di­­tionnent entre eux.

  • Petite revue de presse pour faire peur

    Ou pour prendre conscience et cher­cher comment (ré)agir. Édition du 4 juillet 2019, après celle d’hier.

    « Avant, personne n’au­rait jugé « radi­cal » de sauver quelqu’un en train de se noyer »

    François, Méde­cin sans Fron­tière, via Libé­ra­tion

    « On est dans un renver­se­ment [de valeurs]. Avant, on n’au­rait pas consi­déré comme « radi­cal » de sauver quelqu’un qui est en train de se noyer. Quiconque fait preuve de soli­da­rité est aujourd’­hui consi­déré comme un crimi­nel. […] »

    Libé­ra­tion, 4 juillet 2019 via @libe sur Twit­ter
  • Petite revue de presse pour faire peur

    Ou pour prendre conscience et cher­cher comment (ré)agir. Édition du 3 juillet 2019.

    Je ne sais pas vous mais je commence à ne plus rigo­ler du tout.

    On parle là de droits fonda­men­taux, et de problèmes qui ne sont plus des petits déra­pages indi­vi­duels.

    On parle de problèmes struc­tu­rels sur toute la chaîne de la repré­sen­ta­tion publique, du poli­cier sur le terrain jusqu’au préfet et au ministre.

    On parle de ce qui ne peut plus être autre chose que l’ex­pres­sion de direc­tives et d’une volonté. Même le simple lais­ser faire conscient n’est plus crédible.

  • Droite, gauche, tout ça

    Nous ne sommes pas un parti d’ex­trême droite

    Un ou une respon­sable du Rassem­ble­ment Natio­nal, récem­ment à la radio

    Le jour­na­liste a répliqué que si. J’ai eu la même réac­tion dans ma tête mais y réflé­chir c’est loin d’être aussi évident.

    Factuel­le­ment, sur mes trois critères intui­tifs pour défi­nir l’axe droite / gauche, le RN me parait bien à droite, mais nette­ment moins que LR. L’étiquette d’ex­trême droite ne corres­pond pas à une droite extrême et ça me dérange quelque part.

    Droite, gauche, extrême, tout ça n’est pas si simpliste et ça me fait me poser des ques­tions.

    C’est quoi la droite ?

    Je vous ai demandé ce qui quali­fiait pour vous l’axe droite gauche. Je refor­mule ici quelques réponses :

    Gauche : Utili­ser la dette pour inves­tir pour tous (Keynes)

    Droite : Pas de dette, pas d’in­ves­tis­se­ment car ruis­sel­le­ment (Smith

    https://twit­ter.com/trac­ta­taire/status/114650327993486951

    Gauche : On veut chan­ger le monde, créer une société nouvelle que l’on croit meilleure

    Droite : On accepte le monde tel qu’il est, ou on souhaite le faire reve­nir à un état passé

    https://twit­ter.com/bumble­bee_fr/status/1146506586623545345

    Gauche : Huma­nisme et soli­da­rité

    Droite : Conser­va­tisme et respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle

    https://twit­ter.com/zemoko/status/114650483640335564

    Gauche : Tend à recher­cher une société juste, quitte à boule­ver­ser l’ordre établi

    Droite : Tend à préser­ver l’ordre établi, les tradi­tions, au nom de « valeurs » histo­riques

    https://mamot.fr/@peti­te­vieille/10237931506933507

    Gauche : Idée forte de l’éga­lité des indi­vi­dus. Aucun indi­vidu n’a par nature une valeur moindre (que ce soit sa vie, sa santé, etc…), ne mérite moins qu’un autre

    Droite : Présup­posé du genre « X, par ce qu’il est/fait/ ne fait pas, n’est pas assez méri­tant pour tel truc »

    (compte privé)

    Gauche : Un État qui laisse les gens libre/progres­siste sur les aspects socié­taux, mais control freak sur les aspects écono­miques / entre­prise.

    Droite : Un État qui laisse libre sur les aspects écono­miques / entre­prise, mais conser­va­teur / control freak sur les ques­tion de société

    https://twit­ter.com/Modj0r/status/1146525377340346368

    Gauche : Se préoc­cupe du bien être de tous

    Droite : Se préoc­cupe du succès indi­vi­duel

    https://twit­ter.com/anthony_ricaud/status/1146545870084685836

    Gauche : Croit en l’in­di­vidu. La gran­deur de la France passe par le bonheur des français

    Droite : Croit en un État fort. Le bonheur des français passe par la gran­deur de la France

    https://twit­ter.com/nico­las­sing/status/1146531514311745538 et suivant

    Gauche : Avan­cée collec­tive

    Droite : Mérite indi­vi­duel

    (compte privé)

    Gauche : La réus­site du groupe permet la survie des indi­vi­dus

    Droite : Les réus­sites des indi­vi­dus permettent la survie du groupe

    https://twit­ter.com/simple­mentNat/status/1146698809575202817

    Tout ça n’est pas si loin de mes trois critères person­nels :

    Gauche : Respon­sa­bi­lité collec­tive, protec­tion des indi­vi­dus, progres­sion des liber­tés civiles

    Droite : Respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle, protec­tion de l’éco­no­mie, conser­va­tion ou retour à l’ordre moral

    On me dit que la caté­go­ri­sa­tion droite / gauche n’a plus lieu d’être mais fina­le­ment les réponses données forment un tout assez cohé­rent.

    Si certains critères semblent très diffé­rents (écono­miques, sociaux, espé­rance de chan­ge­ment) et que tout n’est pas aussi binaires, tout ça semble quand même assez lié.

    Une des réponses qu’on m’a fait a l’avan­tage de trou­ver une géné­ri­cité à tout ça :

    Gauche : Pense plus le sujet comme un être social et iden­ti­fie alors des struc­tures d’échelles et des liens consti­tu­tifs à la fois des sujets et de la société, dans un projet global (on parle de holisme)

    Droite : S’iden­ti­fie à la notion d’ordre ; place cet enjeu dans un cadre moral géné­ra­le­ment fort, voir coer­ci­tif, dont le centre est le sujet (iden­tité, citoyen­neté, respon­sa­bi­lité, croyance, mérite, etc.).

    (réponse privée)

    Mais alors les extrêmes ?

    Si l’ex­trême gauche se retrouve toujours aussi plus ou moins dans la gauche extrême, ce n’est pas vrai pour l’ex­trême droite actuelle

    On y ajoute un autre axe. Intui­ti­ve­ment je lis des ques­tions de natio­na­lisme ou globa­le­ment de consti­tu­tion d’un « nous » et d’un « eux » — peu importe qui est le « nous » et qui est le « eux ».

    On y trouve rapi­de­ment l’au­to­ri­ta­risme comme réponse pour poli­cer, chas­ser ou exclure le « eux », la défiance aux autres, la radi­ca­li­sa­tion, le complo­tisme ; et du popu­lisme pour légi­ti­mer cette posture auto­ri­taire.

    À droite ça prend la forme du natio­na­lisme voire de la xéno­pho­bie, avec une réponse qui va de la mili­ta­ri­sa­tion et répres­sion jusqu’au racisme et au fascisme.

    Extrême centre

    Mon problème avec ce double critère c’est qu’il n’est pas simple. Rien qu’aujourd’­hui, trois articles de presse me font très peur.

    Auto­ri­ta­risme, mili­ta­ri­sa­tion, répres­sion, protec­tion d’un nous État + police contre un eux mani­fes­tants et étran­gers, au risque de dépas­ser allè­gre­ment les droits fonda­men­taux.

    Et pour­tant, nous n’avons pas un gouver­ne­ment d’ex­trême droite. Personne ici ne le quali­fie­rait comme tel.

    Bref, quelque chose manque encore dans mes clas­si­fi­ca­tions, ou alors nous refu­sons de voir ce qui est en face de nous.

    Certains parlent d’ex­trême centre. Si la clas­si­fi­ca­tion d’ex­trême n’est pas liée au posi­tion­ne­ment sur l’axe droite – gauche, ce n’est peut être pas une mauvaise déno­mi­na­tion.

  • Petit mémo pour juger des peines

    Des ques­tions à se poser

    Est-ce que la peine et ses consé­quences (emploi, famille, etc.)…

    … permet au prévenu d’in­té­grer le fait qu’il a outre­passé la loi et la gravité de ses actes ? (*)

    … dissuade effi­ca­ce­ment d’une réité­ra­tion ?

    … permet la réin­ser­tion du prévenu ?

    … risque de faire croire aux tiers que la loi est sans consé­quences ou que ces consé­quences sont accep­tables au point de l’ou­tre­pas­ser ?

    (* celle là est diffi­cile, trop faible il n’y aura pas prise de conscience profonde mais une peine trop forte peut être aussi peu effi­cace, au point d’être perçue comme injuste on risque aussi de bloquer le proces­sus — ou alors il faut aller encore plus loin pour réus­sir à passer la période de rejet/contes­ta­tion)

    Et d’autres à ne pas se poser

    Est-ce que la peine et ses consé­quences (emploi, famille, etc.)…

    … est la même que celle du voisin pour des mêmes faits ? Parce que les consé­quences, la person­na­lité, le contexte, la conscience, l’in­ten­tion, la proba­bi­lité de réin­ser­tion, la person­na­lité, tout ça est forcé­ment toujours diffé­rent.

    … est cohé­rente vis-a-vis de celle du voisin pour des faits qui sont à priori moins graves ? Parce que juste­ment la peine est déter­mi­née en fonc­tion de beau­coup plus que les faits ou la peine maxi­male.

    … est plus lourde que le préju­dice créé ? Parce que la prison ou l’amende ne réparent pas le préju­dice, l’objec­tif n’est pas le même et qu’on a mis fin au oeil pour oeil dent pour dent.

    Et bien entendu

    Tout dépend du dossier, des débats, des person­na­li­tés, pas des résu­més dans la presse.