Auteur/autrice : Éric

  • Si quelqu’un dans votre réseau…

    Ça fait long­temps que poster dans un site d’an­nonce ne suffit plus à recru­ter les bonnes personnes pour des postes tech­niques dans l’in­for­ma­tique.

    On fonc­tionne par réseau et par recom­man­da­tions. Trou­ver la bonne personne demande d’avoir construit et main­tenu un réseau de qualité, d’avoir l’ex­per­tise tech­nique et humaine pour cibler la bonne personne, et d’avoir la répu­ta­tion qui permet d’être crédible en démar­chant ce poten­tiel candi­dat pour qu’il se dise prêt à sauter le pas.

    Il y a des gens dont c’est le métier. Un recru­teur payé au succès — je ne croise quasi­ment plus que ça — facture géné­ra­le­ment 20 à 25% de la rému­né­ra­tion brute annuelle de la personne recru­tée, parfois assorti d’une rému­né­ra­tion fixe supplé­men­taire quand il faut aider à défi­nir et forma­li­ser l’offre.


    La recherche et la quali­fi­ca­tion initiale sont chro­no­phages. Cons­ti­tuer un réseau et le solli­ci­ter de façon perti­nente est ines­ti­mable.

    Quand vous, recru­teurs, me deman­dez de solli­ci­ter mon propre réseau profes­sion­nel pour vous faire passer des noms de candi­dats perti­nents, vous êtes en train de vous adres­ser à un profes­sion­nel pour lui deman­der de faire une partie de votre métier.

    Faites-moi une offre commer­ciale que vous pren­driez vous-même au sérieux si un collègue vous la trans­met­tait, avec donc un partage légi­time de la rému­né­ra­tion atten­due pour ce recru­te­ment.

    C’est aussi simple que cela. Si vous trou­ve­riez insul­tant qu’un collègue vous propose 250 € ou 500 € de bons d’achats pour une recherche réus­sie, je risque de ne pas le perce­voir diffé­rem­ment (surtout si je ne vous connais ni d’Ève ni d’Adam et que vous m’avez trouvé avec une simple recherche de mots clefs).


    Dans l’im­mo­bi­lier l’usage est de rému­né­rer à 50/50 entre l’agence qui trouve l’ache­teur et celle qui trouve le vendeur, mais c’est un marché où l’offre est plus rare que la demande.

    Pour les recru­te­ment tech, la pres­ta­tion est diffé­rente mais la demande est aussi plus rare que l’offre et il s’agit de travailler en solli­ci­tant un réseau person­nel plutôt que par de simples annonces. On peut imagi­ner plusieurs choses, mais le gratuit ou le rému­néré au mieux quelques centaines d’eu­ros en bons d’achat, c’est insul­tant.

  • « Conforme à un ensemble de critères sociaux et envi­ron­ne­men­taux »

    Je fais le tour des propo­si­tions des diffé­rents groupes pour les Euro­péennes.

    Je filtre en ne rete­nant que ce qui concerne vrai­ment l’Eu­rope. Je rage chaque fois élec­tion en voyant combien même les partis qui se disent pro-euro­péens font majo­ri­tai­re­ment campagne sur des sujets natio­naux.


    J’ai à mon grand éton­ne­ment trouvé pas mal de choses inté­res­santes côté PCF. J’ai aussi trouvé une réplique magni­fique de leur candi­dat :

    — « Vous l’uti­li­sez Face­book, vous utili­sez Google […] Vous pour­riez ne pas colla­bo­rer avec ces géants
    — « Regar­dez, des tas d’édi­to­ria­listes du Figaro qui dénoncent le fonc­tion­ne­ment de la sécu­rité sociale, utilisent la sécu­rité sociale donc si vous voulez qu’on joue à ce petit jeu là […]

    PCF sur twit­ter, extrait de LCP

    La propo­si­tion qui m’in­té­resse est pour une fois de la France Insou­mise.

    « Tout produit péné­trant dans le marché commun est conforme à un ensemble de critères sociaux et envi­ron­ne­men­taux.

    La France Insou­mise, sur Twit­ter

    Ça n’a l’air de rien mais si je devais soute­nir deux pistes de travail sur l’Eu­rope, elle ferait partie des deux (l’autre serait une refonte démo­cra­tique dans les insti­tu­tions).

    Aujourd’­hui on parle de salaire mini­mum en Europe et on parle d’in­ten­tion écolo­gique, mais ça reste d’im­pact quasi­ment nul. Toute avan­cée se heur­tera forcé­ment au mur de la concur­rence mondiale.

    Dans cette vision on a l’im­pres­sion que le social et l’éco­lo­gie se font forcé­ment au détri­ment de notre inté­rêt. Malheu­reu­se­ment, s’il y a une chose que la gouver­nance euro­péenne actuelle ne semble pas prête à faire, c’est bien handi­ca­per notre posi­tion­ne­ment écono­mique.


    Si je dois voir une vraie solu­tion, c’est forcé­ment en impo­sant que toute la planète respecte les mêmes règles.

    Ça semble impos­sible mais il n’y a aucune raison sérieuse.

    On impose déjà à tous les produits et services vendus en Europe de respec­ter certaines règles, géné­ra­le­ment écono­miques et de sécu­rité. Ces règles prennent parfois en compte les impacts des produits après leur vente (sécu­rité, toxi­cité dans le temps, recy­clage, etc.).

    On ne peut pas refu­ser l’en­trée des produits construits dans des pays avec des normes sociales et écolo­giques basses. Par contre je ne vois rien qui empê­che­rait de règle­men­ter les ventes en Europe en fonc­tion de normes écolo­giques et sociales des produits — peu importe leur prove­nance — soit en consi­dé­rant une inter­dic­tion des produits et services ne respec­tant pas un mini­mum, soit avec une taxe progres­sive sur ce critère.

    Le vrai enjeu c’est de consi­dé­rer toute la vie du produit, depuis l’ex­trac­tion des matières premières jusqu’à sa vie de déchets. On ne compte donc pas que ce qui est réalisé sur le sol euro­péen mais tout ce qui concourt à la vente ou son achat sur notre sol, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment.

    Bref, on pour­rait, avec un peu de volonté.

    On peut commen­cer par des normes exces­si­ve­ment basses, qui fina­le­ment sont respec­tées quasi­ment partout en Europe. On évite­rait donc trop de débat interne.

    Voilà d’un coup que les normes écolo­giques et sociales des pays euro­péens devien­draient un avan­tage écono­mique sur leur marché (nous les respec­tons déjà, nous rédui­sons l’avan­tage concur­ren­tiel de réali­ser les mêmes biens et services sans prendre en compte les impacts écolo­giques et sociaux de façon délo­ca­lise).

    Ça favo­ri­se­raient en même temps la montée sociale et écolo­gique des autres pays au lieu de favo­ri­ser leur exploi­ta­tion (ça coute encore proba­ble­ment moins cher de produire ailleurs dans le monde, mais ça leur impose quand même d’éle­ver leurs pratiques s’ils veulent parti­ci­per, géné­rant une concur­rence vers le haut).

    Charge à nous ensuite de monter ces normes au fur et à mesure, année après année.


    De quoi je parle ?

    • Le nombre de kilo­mètre parcouru sur toute la vie du produit, matières premières incluses
    • Le carbone généré
    • Un revenu mini­mum absolu, rela­tif au prix des denrées et services primaires locaux, ou rela­tif au revenu moyen, pour tous les sala­riés et pres­ta­taires concer­nés, directs et indi­rects
    • Pour les mêmes travailleurs, des garan­ties sur l’ac­cès aux soins, les filets de sécu­rité, la non discri­mi­na­tion, la liberté syndi­cale, etc.
    • L’im­pact écolo­gique de produc­tion en terme de rejets toxiques, de trai­te­ment, de protec­tion des milieux natu­rels
    • L’im­pact écolo­gique en terme de recy­clage
    • La durée de vie moyenne du produit ou la période garan­tie
    • La répa­ra­bi­lité du produit

    Ce ne sont que des grands sujets, c’est forcé­ment très flou juste pour exemple, mais si nous arri­vons à même imagi­ner avan­cer sur un socle vrai­ment mini­mum-mini­mum qui se conver­tisse en loi euro­péenne sur tous les produits et services vendus en Europe, ça serait énorme.


    En pratique chacun auto-certi­fie ses propres actions et se charge de deman­der les mêmes certi­fi­ca­tions de la part de tous ses four­nis­seurs, qui eux-même devront faire de même pour s’auto-certi­fier.

    Évidem­ment il y aura plein de faux dans la chaine. Je ne demande même pas d’obli­ga­tion de résul­tat, juste d’obli­ga­tion de moyens et d’at­ten­tion.

    À chacun de mettre en œuvre des mesures raison­nables et crédibles pour s’as­su­rer de la véra­cité et de la vrai­sem­blance des garan­ties de ses four­nis­seurs, et être respon­sable en cas de problème mani­feste, de problème connu, ou de manque de contrôle en cas de défaillance à répé­ti­tion.

    C’est peu, mais c’est juste énorme par rapport à l’(in)exis­tant et ça ouvre la voie à des pour­suites en justice pour les maillons euro­péens qui ne jouent pas assez le jeu sur le contrôle et les garan­ties sur toute leur chaîne amont.


    Suis-je tota­le­ment à l’ouest ? Ça me parait à la fois faisable tech­nique­ment, respec­tueux des trai­tés inter­na­tio­naux pour­tant très libé­raux, béné­fique à notre écono­mie, et béné­fique à notre situa­tion sociale et écolo­gique comme à celle des pays qui sont aujourd’­hui nos poubelles à ce point de vue.

    J’ai pu louper plein de choses, y compris de l’évident, mais du coup je veux bien vos lumières.

  • Retrou­ver RSS

    Je n’ai jamais arrêté les flux de syndi­ca­tions. J’ai désor­mais deux comptes Inorea­der avec respec­ti­ve­ment 600 et 200 flux.

    Je pour­rais accep­ter leur nouveau prix mais j’ai en paral­lèle trop de flux qui deviennent illi­sibles. J’ai perdu Tumblr, Insta­gram et quelques autres.

    Bref, je cherche un nouveau serveur pour y lire mes flux. Idéa­le­ment ce devrait être un service en ligne à prix raison­nable. À défaut je peux imagi­ner auto-héber­ger une solu­tion libre ou instal­ler une appli­ca­tion locale sur mon mac.

    • Pouvoir gérer une grande quan­tité de flux (>500) avec une lecture rapide
    • Pouvoir s’abon­ner à des OPML
    • Insé­rer des scripts qui créent le RSS pour les sites qui n’en ont pas ou qui imposent un parcours web préa­lable
    • Insé­rer des filtrent sur certains flux RSS (ne rete­nir que les items d’une certaine caté­go­rie, exclure certains mots clefs)
    • Pouvoir faci­le­ment bascu­ler entre la vue web et le résumé inclus sans le RSS

    Connais­sez-vous quelque chose à me recom­man­der ?

  • Démo­cra­tie — Accep­ter de ne pas la vouloir

    Il est accep­table de souhai­ter ne pas toujours suivre la volonté du peuple. Ce peut-être que la popu­la­tion ne comprend pas, qu’elle n’a pas l’ex­per­tise, qu’il est impos­sible de toujours deman­der son avis au peuple sur chaque déci­sion, qu’il y aura toujours une majo­rité de mécon­tents quelle que soit la déci­sion prise, que les avis sont trop divers pour trou­ver un consen­sus… Choi­sis­sez vos raisons ou ajou­tez les vôtres. L’exemple qui revient le plus est l’abo­li­tion de la peine de mort à une date où le peuple aurait proba­ble­ment voté contre.

    Bref, ceci est un choix poli­tique et philo­so­phique tout à fait défen­dable. C’est même partiel­le­ment le choix de nos régimes repré­sen­ta­tifs occi­den­taux. Lors de la révo­lu­tion française démo­cra­tie était presque un gros mot, au même titre que déma­go­gie aujourd’­hui.

    Par contre, si vous assu­mez ce choix de ne pas toujours suivre le peuple en tout point et en tout moment, accep­tez d’en­tendre que les déci­sions qui en découlent ne sont pas démo­cra­tiques, que le régime qui le permet n’est pas plei­ne­ment démo­cra­tique.

    Peut-être qu’une démo­cra­tie pure et abso­lue n’est pas réaliste, ou même pas souhai­table. Ce n’est pas horrible. Il faut juste l’as­su­mer, et savoir mettre les mots dessus. Ça permet de prendre du recul pour savoir quoi amélio­rer, ou pour déci­der de la direc­tion à prendre.

  • Démo­cra­tie — Quelques pensées

    Je place là quelques notes de discus­sions récentes et moins récentes.


    Démo­cra­tie : Régime poli­tique, système de gouver­ne­ment dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’en­semble des citoyens

    Défi­ni­tion via le CNRTL

    Choix arbi­traire de défi­ni­tion, expli­cité ailleurs, mais je n’ai pas vu de source d’au­to­rité avec un sens vrai­ment diffé­rent.

    Reprendre le sens des mots est essen­tiel si on veut avoir le moindre recul.


    Si on réduit la démo­cra­tie à la volonté du peuple, on n’au­rait pas mis fin à la peine de mort

    On l’a fait. C’était une bonne chose. Ça n’en fait pas pour autant une déci­sion démo­cra­tique (à l’époque) pour autant si une part majo­ri­taire de la popu­la­tion était contre.

    Une bonne déci­sion n’est pas forcé­ment démo­cra­tique. Une déci­sion démo­cra­tique n’est pas forcé­ment bonne.

    Il faut juste accep­ter de faire descendre le concept de démo­cra­tie de son piédes­tal. Oui dans une pure démo­cra­tie on aurait proba­ble­ment mis plus de temps à arrê­ter la peine de mort en France.

    Peut-être que la réponse est que nous ne voulons pas d’une démo­cra­tie parfaite, tout simple­ment.


    Si on réduit la démo­cra­tie à la volonté du peuple, ça peut donner l’Al­le­magne Nazie, l’an­ti­sé­mi­sitme, [etc].

    Je n’ai pas l’ex­per­tise sur cette époque pour prétendre savoir quelle est la part de volonté du peuple et quelle est la part de prise de pouvoir.

    Pour autant oui. Le concept de démo­cra­tie n’est aucu­ne­ment lié à un quel­conque sujet éthique ou moral. Que le peuple ait le pouvoir implique qu’il puisse tout à fait déci­der des pires horreurs, de répres­sions et régres­sions sans précé­dent. Il peut aussi toute­fois déci­der de bien­veillance, de respect des liber­tés, de progres­sion sociale et de bonheur collec­tif.

    C’est d’ailleurs proba­ble­ment vrai quel que soit le régime, démo­cra­tie ou pas. La poli­tique c’est déci­der ce qu’on fait du pouvoir qu’on a.


    Atten­tion à ne pas confondre démo­cra­tie et dicta­ture de la majo­rité

    Dans toutes les défi­ni­tions que j’ai trouvé, on parle de pouvoir au peuple sans défi­nir comment on déter­mine cette volonté dans un peuple qui n’a pas qu’une seule opinion.

    Dans notre vision élec­tive, on traduit ça par une majo­rité de 50% + 1 mais ce n’est pas limi­ta­tif. On pour­rait très bien imagi­ner une majo­rité aux 2/3, ou même un consen­sus qui n’im­plique pas d’ac­cord mais juste une absence de rejet.

    Non la démo­cra­tie n’est pas la dicta­ture de la majo­rité dans sa défi­ni­tion. Savoir comment mettre en place un système démo­cra­tique concret qui ne puisse pas tour­ner en dicta­ture de la majo­rité est une vraie ques­tion inté­res­sante et je n’ai pas la réponse.

    Je note toute­fois deux points :

    1– Notre système actuel, bien qu’ayant fait des compro­mis, ne nous garan­tit rien non plus contre la dicta­ture de la majo­rité. Pire, notre système permet la dicta­ture de la plus grande mino­rité, ce qui est encore moins glorieux.

    2– S’il est diffi­cile de savoir où s’ar­rête la démo­cra­tie et où commence la dicta­ture de la majo­rité, il est toute­fois simple de dire que s’il n’y a pas d’as­sen­ti­ment d’au moins la majo­rité, les déci­sions prises ne peuvent être quali­fiées de démo­cra­tique. Dit autre­ment : L’as­sen­ti­ment de la majo­rité n’est pas forcé­ment suffi­sant mais il est clai­re­ment néces­saire.


    Il y a eu vote démo­cra­tique

    Le vote est un outil, la démo­cra­tie est un régime poli­tique. Le vote peut nous aider à créer un système de gouver­nance qui nous mènera à un régime démo­cra­tique (ou à un régime qui cherche à l’être), mais il n’y est ni néces­saire ni suffi­sant.

    Démons­tra­tion par l’ab­surde : Il est tout à fait possible d’ima­gi­ner une monar­chie élec­tive, avec un roi ayant les pleins pouvoirs jusqu’à sa mort, et une élec­tion à sa mort pour dési­gner un nouveau roi. Ce ne serait pas une démo­cra­tie (le peuple n’au­rait pas le pouvoir) mais il y aurait bien élec­tion.

    La démons­tra­tion n’est d’ailleurs pas si absurde que ça parce que si nos systèmes de gouver­nance se limi­taient à élire des repré­sen­tants, nous serions effec­ti­ve­ment dans une suite de petites dicta­tures élec­tives le temps d’un mandat. Ce qui nous fait avan­cer un peu vers la notion de démo­cra­tie c’est la sépa­ra­tion des pouvoirs, les contre-pouvoirs, la consti­tu­tion et tout ce qui permet au peuple de garder le contrôle d’une façon ou d’une autre sur les gens qu’il a élu.

    Malheu­reu­se­ment consti­tu­tion et contre-pouvoirs ne sont là aussi que des outils, pas suffi­sants en eux-mêmes (surtout si la consti­tu­tion peut-être chan­gée par une assem­blée sans en réfé­rer au peuple et si les contre-pouvoirs sont eux-mêmes action­nables unique­ment par les repré­sen­tants).


    Nous avons une consti­tu­tion, des élec­tions, les droits de l’Homme, des insti­tu­tions, n’est-ce pas ce qui fait de nous une démo­cra­tie ?

    Outre les réponses sur la consti­tu­tion et les élec­tions qui ne sont que des outils et pas consti­tu­tifs d’un régime parti­cu­lier, et la ques­tion des droits de l’Homme qui repré­sentent plus une ques­tion de morale qu’une ques­tion de régime poli­tique, l’en­semble décrit une orga­ni­sa­tion où le pouvoir est partagé, règle­menté.

    La défi­ni­tion d’un telle orga­ni­sa­tion c’est la répu­blique. Répu­blique et démo­cra­tie tendent à se rejoindre dans nos esprits mais ils n’ont pas à l’être. La répu­blique quali­fie sa struc­ture, la démo­cra­tie quali­fie sa fina­lité et qui a le contrôle dans la struc­ture.


    Ne confon­dons pas démo­cra­tie et déma­go­gie

    Cette phrase me gêne parce qu’elle est trop souvent employée pour dire « ne suivons pas la volonté du peuple ».

    Déma­go­gie :

    A. Exer­cice du pouvoir par des factions popu­laires ou par leurs meneurs, avec les abus qui en résultent; système de gouver­ne­ment corres­pon­dant.

    B. Recherche de la faveur du peuple pour obte­nir ses suffrages et le domi­ner.

    Défi­ni­tion via le CNRTL

    Dans le A, la déma­go­gie est typique­ment une prise de pouvoir par un groupe restreint. C’est le contraire de « suivre la volonté du peuple » et ça corres­pond bien plus à la capa­cité d’une personne ou d’un groupe à se faire élire pour exer­cer le pouvoir à son profit.

    Dans le B il y a effec­ti­ve­ment une recherche de popu­la­rité et donc d’ac­cé­der aux volonté du peuple mais elle est de façade ou tempo­raire pour y appliquer ensuite une domi­na­tion.

    Dans aucun des cas le fait de lais­ser le peuple déci­der n’est de la déma­go­gie. Ça c’est de la démo­cra­tie.

    Par contre, se faire élire par des promesses pour ensuite exer­cer le pouvoir à son profit, ça c’est bien la défi­ni­tion en B, quand bien même ça sera via une élec­tion à la base.

  • Démo­cra­tie — Reprendre le sens des mots.

    À brouiller les termes on empêche de prendre du recul sur ce qu’on fait et où on va. Reti­rons les fantasmes, les construc­tions mentales et amal­games. Repre­nons le sens des termes.

    Je vous propose de prendre comme base la défi­ni­tion du TLFi, claire et simple :

    Démo­cra­tie : Régime poli­tique, système de gouver­ne­ment dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’en­semble des citoyens

    Défi­ni­tion via le CNRTL

    Le choix du TLFi est forcé­ment très arbi­traire mais la défi­ni­tion corres­pond parfai­te­ment à son étymo­lo­gie (« dêmos » le peuple et « kratein » comman­der) ainsi qu’à celle de la huitième édition du diction­naire de l’Aca­dé­mie française qui parle de « forme de gouver­ne­ment où le peuple exerce la souve­rai­neté ».

    La neuvième édition rédi­gée dans les années 1980 y expli­cite « direc­te­ment ou indi­rec­te­ment » et ajoute « théo­rique­ment ou réel­le­ment ». Ce dernier ajout me gêne un peu en ce qu’il peut être inter­prété comme vali­dant des dispo­si­tifs qui ne sont démo­cra­tiques que dans la volonté affi­chée mais pas dans les faits, mais on reste dans tous les cas sur la même notion de base.

    Je n’ai pas trouvé de sources sérieuses avec une une défi­ni­tion signi­fi­ca­ti­ve­ment diffé­rente. On peut discu­ter d’autres défi­ni­tions mais en ce cas je vous deman­de­rai d’en sour­cer l’ori­gine et la légi­ti­mité.

  • Qui suis-je ?

    J’ai l’ha­bi­tude de dire que je suis discret, réservé à l’ex­trême, gêné en perma­nence.

    C’était vrai, à un point que beau­coup n’ima­ginent pas. Par le passé je n’osais pas dire bonjour, que devoir prendre contact avec quelqu’un pouvait me mettre dans un stress malsain pendant des jours.

    J’ai évolué, forcé­ment. C’est surtout vrai profes­sion­nel­le­ment où j’ai appris à me mettre en avant, à dépas­ser la timi­dité et à m’im­po­ser. Ce n’est pour autant toujours pas natu­rel, ou du moins je ne le vois pas comme natu­rel. Je sais le faire, mais comme un costume qu’on utilise consciem­ment dans des situa­tions précises, et je doute de faire illu­sion long­temps pour ceux qui me connaissent vrai­ment.


    C’est un peu ma nature, ou du moins je le croyais. Suis-je en train de m’aveu­gler ?

    En quelques semaines, deux personnes m’ont dit que je savais me mettre en avant, deux autres se sont partiel­le­ment éner­vées pour me dire que non c’est non et que je les gênait par mon insis­tance.

    Une était une rela­tion profes­sion­nelle et me mettre en avant était tout à fait légi­time mais ce n’était pas conscient. Les autres fois c’était person­nel et jamais je ne me serais permis, jamais je n’avais pour inten­tion autre chose que de respec­ter au plus strict la personne en face de moi.

    Bref, ça met une bonne claque.


    Ai-je tant changé ? Qui suis-je désor­mais ? Celui qui provoque ces retours n’est pas qui je veux être.

    Ce que je croyais être ma nature, ma façon d’être, j’y tiens malgré toutes diffi­cul­tés et les ques­tions perma­nentes que ça me pose au jour le jour. C’est presque une ques­tion de valeurs pour moi. Je ne veux pas être de ceux passent par dessus les autres. Vrai­ment, l’idée que je puisse deve­nir ainsi me fait déjà mal au ventre. Si je suis devenu celui-ci, ou si je suis en train de le deve­nir, il m’est impor­tant chan­ger au plus vite avant de ne plus me recon­naitre.

    Pour l’ins­tant ce n’est qu’une réflexion en cours suite à des retours récents mais si vous me connais­sez bien, je suis preneur de vos retours et de votre aide sur le sujet.

  • Le pouvoir de l’argent

    Le cari­ta­tif est un danger pour la démo­cra­tie.

    Oui, j’aime bien les phrases choc. C’est forcé­ment un peu plus complexe que ça mais le fond y est.

    Les dons de grandes fortunes aux resto du cœur et aux monu­ments natio­naux me laissent un arrière goût amer. Oh, je suis heureux qu’ils soient là mais on parle de palier aux manques de l’État, d’agir à sa place dans ses rôles. On parle de le faire par des gens dont on a tendance ces derniers temps à réduire leur fisca­lité et celle de leurs entre­prises.

    Ce qu’ils donnent, c’est ce qui n’est pas collecté via l’im­pôt ou les coti­sa­tions par ailleurs. On peut dire que les dons palient au manque de budget de l’État. On peut aussi dire que ces dons sont juste­ment ce qui manque au budget de l’État pour assu­rer plus direc­te­ment les mêmes missions. Le cari­ta­tif et les manques de l’État sont liés, dans les deux sens.

    Au final on peut même dire que le moyen d’ac­tion importe peu mais il s’agit d’un modèle de société, et son choix n’est pas neutre. En privi­lé­giant le cari­ta­tif sur l’im­pôt, on permet au dona­teur de choi­sir l’af­fec­ta­tion des sommes sans passer par les struc­tures démo­cra­tiques prévues pour. On est en train de dire que ceux qui ont l’argent doivent avoir un pouvoir de déci­sion plus grand que les autres dans les choix budgé­taires collec­tifs. Pas neutre, vrai­ment.

    Est-ce qu’il faut recons­truire Notre Dame ? Peut-être, peut-être pas, mais étant un bâti­ment public ce devrait être un choix collec­tif. En choi­sis­sant moins d’im­pôts et plus de cari­ta­tif, on prive la collec­ti­vité de la capa­cité de faire un tel choix, de privi­lé­gier la réfec­tion d’écoles ou de tribu­naux en ruine plutôt qu’un monu­ment touris­tique. C’est celui qui a l’argent qui décide, et ça pose un vrai problème démo­cra­tique.


    Le pire c’est quand non seule­ment on donne un tel pouvoir mais qu’on le renforce. Celui qui donne aura des exoné­ra­tions d’im­pôts. Les resto du cœur se plaignent de moindres dona­tion depuis la dispa­ri­tion de l’ISF et des inci­ta­tions fiscales affé­rentes.

    Inci­ter à donner parait une bonne idée, le fameux gagnant-gagnant. En réalité ça revient à leur donner encore plus de pouvoir. Ça revient à leur permettre de piocher dans les impôts qu’ils auraient du payer – c’est à dire dans le budget public – pour déci­der où cela sera utilisé.

    Bien entendu seuls ceux qui ont suffi­sam­ment d’argent peuvent faire ce choix. Les voilà avec un pouvoir déci­sion­naire plus fort que les autres. On est sorti du « une personne une voix ».


    Oui, chacun fait ce qu’il veut de son argent. Choi­sir de dimi­nuer les impôts et faire appel au cari­ta­tif pour des actions publiques est toute­fois un choix poli­tique. Aller jusqu’à offrir des réduc­tions d’im­pôts pour encou­ra­ger de finan­cer en dons ce qu’on ne collecte pas comme impôts l’est aussi.

    Aucune des deux formes n’est neutre poli­tique­ment ou démo­cra­tique­ment, et encore moins quand les dons sont promis par les plus riches peu après la mise en place d’une poli­tique fiscale qui leur est très favo­rable.

  • Recons­truire le passé

    Je suis atta­ché au patri­moine exis­tant, à son entre­tien, à sa protec­tion. Parfois je pleure le manque de moyens et je suis scan­da­lisé qu’on imagine faire un « loto patri­moine » plutôt que de débloquer des fonds plus direc­te­ment.

    Et pour­tant, je ne comprends pas j’en­tends parler de recons­truc­tion suite à l’in­cen­die de Notre Dame.

    C’est un peu comme une boule à neige. Elle évoque des souve­nirs, on s’y attache, on la nettoie quand elle prend la pous­sière ou on la met dans du papier à bulle pour qu’elle ne casse pas. S’il y a une fuite on peut remettre de l’eau et ajou­ter un point de colle mais ça n’a aucun sens de la recons­truire si elle casse. Ce ne sera plus la même chose, plus le même souve­nir. On va de l’avant.

    Je ne sais pas quel sens ça aurait d’avoir un faux souve­nir recons­truit. Ce ne serait plus de la sauve­garde mais de la copie. Ce ne serait plus du patri­moine, mais au mieux une attrac­tion touris­tique.


    J’ai l’im­pres­sion qu’on propose une recons­truc­tion juste parce qu’on a du mal à se déta­cher, à se dire que quelque chose a disparu. On veut recons­truire parce que ça a toujours été là et qu’on imagine mal autre chose. Peut-être faut-il juste l’ac­cep­ter, et redi­ri­ger tout cet argent vers tout le patri­moine qui lui existe toujours, argent qui y manque cruel­le­ment.

    À l’heure où tant de monu­ments encore debout sont prêts à tomber en ruine faute de budget d’en­tre­tien, un appel à une recons­truc­tion ne me semble pas anodin. À l’heure où il pleut dans les salles de classe et dans les tribu­naux, ça l’est encore moins.

  • Fâché avec la cédille

    Fran­che­ment, à première vue il a l’air bien ce nouvel agen­ce­ment du clavier azerty.

    On a enfin les guille­mets et apos­trophes typo­gra­phiques acces­sibles faci­le­ment. Les ouvrants et fermants sont côte à côte. Le ê est en accès direct et ça c’est un vrai gain.

    Le clavier sait aussi gagner en richesse pour qui le souhaite. Il reprend là quelques bonnes idées des claviers Mac et Linux : Le à devient À et le é devient É avec les bonnes combi­nai­sons. On gagne aussi plus de symboles et diacri­tiques euro­péens. Rien ne semble manquer à première vue ; les ajouts sont bien­ve­nus.

    Une chose qui semble frei­ner c’est qu’on a affaire à une vraie refonte. Ils ont préféré les place­ments intel­li­gents aux place­ments histo­riques.

    Ça peut se justi­fier pour les symboles qu’on ajoute ou qu’on change de complexité d’ac­cès mais était-ce vrai­ment néces­saire de dépla­cer ^ à – ) et quelques autres si c’est pour les lais­ser en accès direct ?

    C’est plus logique ainsi mais le chan­ge­ment d’ha­bi­tude n’est pas du tout à igno­rer dans un nouveau clavier. Éviter les dépla­ce­ments inutiles aurait à mon avis été préfé­rable à une telle refonte.

    Au delà de l’ha­bi­tude, j’ai un vrai reproche : ç et ù perdent leur accès direct alors qu’ils sont extrê­me­ment fréquents en français. Une fois tous les 2000 mots pour le ç d’après leur propre étude.

    On les a déclas­sés au profit du guille­met-apos­trophe culbuté ( ‘ ) — utilisé une fois tous les 238 000 mots en moyenne — et qui lui gagne un accès direct. C’est satis­fai­sant intel­lec­tuel­le­ment parce que son opposé était sur la touche adja­cente, mais fran­che­ment peu raison­nable du point de vue des usages. Un peu de prag­ma­tisme aurait été de bon aloi.