Auteur/autrice : Éric

  • Renou­vel­le­ment 5G

    Je lis des docs qui parlent de renou­vel­le­ment de maté­riel pour la 5G et j’ai l’im­pres­sion de retrou­ver les analyses fumeuses des cabi­nets de stra­té­gie qui se sont toujours plan­tés dans mon corps de métier.

    Ils sont tous d’ac­cord sur trois points :

    • En France, aujourd’­hui le renou­vel­le­ment des télé­phones se fait tous les 22 à 24 mois en moyenne (et j’avoue que j’au­rais plutôt parié sur 36 mois pour ma part).
    • Le marché des télé­phones tend à croitre de moins en moins vite, voire à décroître.
    • On commence à toucher 70 à 85% de la popu­la­tion âgée de 12 ans et plus (on ne se limite même pas aux adultes là).

    Alors jouons à un jeu.

    Mettons que la 5G s’ac­ti­vera partout au premier semestre ou second semestre 2021, ce qui est une hypo­thèse très favo­rable à la théo­rie d’une augmen­ta­tion du renou­vel­le­ment.

    Mettons que ceux qui sont de nature à renou­ve­ler leur maté­riel pour profi­ter de la 5G ne sont pas plus tech­no­philes que la moyenne et renou­vellent tous les 22 mois en moyenne. Ici aussi l’hy­po­thèse est favo­rable au point de ne pas en être crédible.

    Enfin, on trouve des télé­phones compa­tibles 5G dès avril 2020. Une seconde vague arrive en juillet. Pour simpli­fier je consi­dère leur dispo­ni­bi­lité en juillet, même si c’est là aussi assez favo­rable. Tout n’est pas compa­tible 5G à cette date, mais celui qui veut un compa­tible 5G le trou­vera.

    5G dispo entre
    janvier et juin
    2021
    5G dispo entre
    juillet et décembre
    2021
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre juillet et décembre 2020
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre janvier et juin 2021
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre juillet et décembre 2021
    ⚠️
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre janvier et avril 2022
    ⚠️⚠️

    On voit que même en se limi­tant à ceux qui vont effec­ti­ve­ment chan­ger leur télé­phone unique­ment pour accé­der à la compa­ti­bi­lité 5G (ce qui ne concerne évidem­ment pas tout le monde) et même avec des hypo­thèses déme­su­ré­ment favo­rable, ça va ne va concer­ner que trois cases dans mon tableau.

    Petit calcul : Si tous les utili­sa­teurs sont répar­tis équi­ta­ble­ment, les utili­sa­teurs qui auront la 5G dès le premier semestre 2021 mais qui auraient renou­velé au natu­rel­le­ment au second semestre repré­sentent envi­ron 14% de la popu­la­tion cible, et ils avan­ce­ront leur renou­vel­le­ment de 27%.
    Les deux dernières cases repré­sentent chacune 9% de la popu­la­tion. Celle de la première colonne avan­cera son renou­vel­le­ment de 50%. Celle de la seconde colonne avan­cera son renou­vel­le­ment de 23%.
    0.14 × 0.27 + 0.09 x (0.5 + 0.23) = 10%

    On obtient donc une augmen­ta­tion de 10% de la produc­tion de smart­phones sur une période de 22 mois pour la popu­la­tion qui serait de nature à chan­ger de télé­phone unique­ment pour avoir la 5G.

    Pas rien, mais pas la fin du monde non plus, même avec des hypo­thèses déme­su­ré­ment favo­rables à la théo­rie du renou­vel­le­ment anti­cipé.


    Main­te­nant cher­chons des hypo­thèses un peu plus réalistes.

    Ceux qui sont de nature à chan­ger leur smart­phone unique­ment pour avoir la 5G sont proba­ble­ment en bonne partie des tech­no­philes. Il est donc logique de penser qu’ils ont un renou­vel­le­ment plus fréquent que la moyenne (mamie change peu son télé­phone, et ne va certai­ne­ment pas chan­ger son télé­phone pour la 5G). Mettons qu’ils renou­vellent en moyenne 20% plus vite (esti­ma­tion au doigt mouillé) ça nous donne 18 mois plutôt que 22.

    On peut aussi penser qu’une partie de la popu­la­tion, surtout hors zone urbaine, ne sera pas couverte avec une 5G en haut débit dès 2021. Les plans de déploie­ment sont plus long que ça. Ajou­tons donc une colonne pour faire déri­ver au premier semestre 2022. Là aussi, c’est raison­nable, je peux parier que les déploie­ments ne seront pas finis à cette date.

    5G
    jan. à juin
    2021
    5G
    juil. à déc.
    2021
    5G
    jan à juin
    2021
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre juillet et décembre 2020
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre janvier et juin 2021
    Aurait natu­rel­le­ment renou­velé
    entre juillet et décembre 2021
    ⚠️

    Ça fait moins peur d’un coup, hein ?

    Notre 10% de tout à l’heure arrive dans les 4%. Ajou­tons que tout le monde n’est pas de nature à chan­ger son télé­phone pour de la 5G, on arrive dans les 2 à 3%.

    Avec des hypo­thèses plus réalistes, la 5G pour­rait entrai­ner une augmen­ta­tion de consom­ma­tion de smart­phone de l’ordre d’au mieux 2 à 3% pendant 18 mois, puis plus rien ensuite (le parc étant alors à son renou­vel­le­ment normal).

    Ce ne sont pas des esti­ma­tions, ce sont des ordres de gran­deur pour donner une idée.


    Vous n’y croyez pas ? Pour­tant les projec­tions de crois­sance des construc­teurs de smart­phone corres­pondent à ces résul­tats. L’his­toire de la 4G aussi.

    En même temps avec une fréquence de renou­vel­le­ment déjà très élevée et un marché occupé dans les 80%, imagi­ner un bonus de crois­sance gigan­tesque est juste mathé­ma­tique­ment impos­sible. Ce n’est pas pour rien que la crois­sance du marché s’est arrê­tée.

    Pour y arri­ver il faudrait convaincre d’un coup tous ceux qui habi­tuel­le­ment ne renou­vellent pas ou peu leur smart­phone. Problème, ce sont juste­ment les moins tech­no­philes, ceux qui ne se lais­se­ront pas faci­le­ment convaincre de faire un renou­vel­le­ment inutile sous prétexte de 5G. Il faudrait leur couper 3G et 4G pour les forcer, mais ça n’ar­ri­vera pas.


    Ok, mais alors comment des études arrivent à parler d’ef­fet majeur ? Il suffit de les lire.

    Celles que j’ai croisé regardent les projec­tions de vente de télé­phones en 5G (qui vont effec­ti­ve­ment crois­santes) et le fait que c’est un argu­ment de vente et de marke­ting de la part des opéra­teurs ou des construc­teurs, et en tirent que ça va augmen­ter les ventes. Là vu qu’on parle d’aug­men­ta­tion on tire au doigt mouillé un scéna­rio bas, un scéna­rio moyen et un scéna­rio haut. Rien de plus.

    Les plus déli­rantes vont comp­ter une explo­sion de la réalité virtuelle et de casques VR dans l’équa­tion, parce que tel ou tel forum a fait il y a quelques années une projec­tion sur ce que serait l’ave­nir 10 ou 20 ans après. Il suffit de regar­der celles d’il y a 10 ans pour voir ce que ça vaut (et même si c’était vrai, impu­ter la VR à la 5G c’est assez osé).


    Bien évidem­ment tout ceci est partiel. Il y aura aussi des usages que nous n’au­rions pas eu sans 5G, et proba­ble­ment du maté­riel pour ça. Il y aura bien une augmen­ta­tion. Elle est juste tota­le­ment impos­sible à prévoir.

    Dire « il y aura effet rebond » n’est pour l’ins­tant basé sur rien de tangible, même pas l’his­toire.

    C’est d’au­tant moins vrai que ces nouveaux usages, cette nouvelle bande passante voire ces nouveaux maté­riels vont aussi permettre des choses diffé­rentes.

    On a par exemple moins de consom­ma­tion sur les antennes. On peut imagi­ner (à long terme) plus de visio, de télé­sur­veillance et de télé­re­le­vés et donc moins de dépla­ce­ment. On peut aussi imagi­ner la 5G dans les trans­ports, donc plus d’au­to­ma­ti­sa­tion et moins de consom­ma­tion d’éner­gie.

    On peut imagi­ner plein de choses. C’est un peu plus étayé par l’his­toire et les besoins d’aujourd’­hui que les hypo­thèses d’ef­fet rebond, mais ce n’est pas plus chif­frable. Je vais donc m’en abste­nir.

    Peut-être que le solde CO2 de la 5G sera mauvais, mais ça reste encore fran­che­ment diffi­cile à autre­ment qu’en boule de cris­tal. Possible aussi qu’il se révèle très bon. Ce qui est probable, par contre, c’est que le renou­vel­le­ment des smart­phones ne jouera qu’un effet très mineur dans tout ça.


    Je vous remer­cie d’évi­ter tous les délires sur « dans ce cas on ne fait rien ? », « pffff, encore un qui croit au solu­tio­nisme tech­no­lo­gique » ou au contraire « pfff ces écolo­gistes rétro­grades ». Si vous voulez faire de l’idéo­lo­gie binaire, faites-le sans moi.

    Je vais quand même ajou­ter :
    Vous voulez faire quelque chose ?

    • Impo­sez une garan­tie maté­rielle sur 3 ans
    • Impo­sez un suivi logi­ciel actif sur 5 ans
    • Inter­di­sez le verrouillage d’Apple qui empêche les répa­ra­teurs tiers ou les pièces compa­tibles
    • Impo­sez un rempla­ce­ment de la batte­rie aisé et les spéci­fi­ca­tions néces­saires
    • Arrê­tez d’obli­ger à four­nir des oreillettes par défaut
    • Inter­di­sez de four­nir le char­geur avec le smart­phone
    • Impo­sez l’uti­li­sa­tion d’un méca­nisme de charge rapide stan­dar­disé plutôt que l’usage de blocs de charge proprié­taires

    Il y a bien plus à propo­ser mais rien que ça aura bien plus d’ef­fet que dire oui ou non à la 5G.

  • Le travail du code barre

    Comme l’a relevé avec saga­cité notre confrère belge des éditions Vies paral­lèles, le fait de ne pas mettre le code-barre à l’ex­té­rieur du livre le rend inex­ploi­table par (les robots d’) Amazon. Zones sensibles a donc décidé de placer ce code-barre en deuxième de couver­ture, au bas du colo­phon qui se trouve sur cette page, et ce à partir de notre prochaine paru­tion, Généa­lo­gie de la morale écono­mique de Sylvain Piron, prévue pour le 20 novembre. Il en sera de même pour tous nos ouvrages à venir. Cette simple et élégante solu­tion — qui permet par ailleurs d’évi­ter de ruiner le graphisme de certaines couver­tures en raison de l’iné­lé­gance du code-barre — fait que nos ouvrages ne seront donc plus commer­cia­li­sés par Amazon.

    Bye bye Amazon : “Il en va de la respon­sa­bi­lité de chaque éditeur”, via David

    J’ai la désa­gréable impres­sion qu’on se trompe de combat. Ce n’est pas contre Amazon qu’on se bat en déplaçant le code barre, c’est contre l’au­to­ma­ti­sa­tion.

    On rend plus complexe cette auto­ma­ti­sa­tion. On va devoir utili­ser des humains plutôt que des robots, et prendre plus de temps aux humains là où ils opèrent déjà.

    Ça va impac­ter les robots d’Ama­zon comme ceux de n’im­porte quel entre­pôt auto­ma­tisé, y compris ceux que gèrent quelques gros libraires. Ça va même impac­ter le petit libraire de quar­tier qui va galé­rer un peu plus à trou­ver ce code barre et perdre du temps à ouvrir le livre au final.

    Depuis quand occu­per du temps inuti­le­ment à des humains est-il une victoire ? Qu’a­vons-nous fait pour méri­ter ça ? Nous marchons sur la tête. Nous devrions au contraire nous féli­ci­ter de chaque bride d’au­to­ma­ti­sa­tion, de chaque travail épar­gné.

    Le pire c’est que comme l’ar­ticle le dit si bien, ça ne va pas faire une grande diffé­rence pour Amazon. Il y a deux caté­go­ries de personnes qui seront vrai­ment emmer­dées : le lecteur (qui ne trou­vera pas le livre là où il le pensait) et le libraire (qui en a aussi besoin de ce foutu code barre, que ce soit lors de la récep­tion ou lors de la vente).


    La problé­ma­tique est plus large. C’est devenu une habi­tude de dire qu’on refuse les caisses auto­ma­tiques pour sauve­gar­der l’em­ploi. Qu’on en vienne à consi­dé­rer comme une solu­tion posi­tive de volon­tai­re­ment alour­dir le travail des humains est juste hallu­ci­nant. L’au­to­fla­gé­la­tion a de beaux jours devant elle.

    Il y a bien des débats à avoir et des révo­lu­tions à mener. Elles sont au niveau du partage des richesses au sein d’une société qui n’est plus basée sur le plein emploi. Il y a plein de choses à imagi­ner, plein de choses à créer, mais ce devrait être une source de réjouis­sance.

    Pour ça il faut inves­tir le terrain poli­tique. Le seul candi­dat en 2017 à parler de la révo­lu­tion de l’em­ploi dans un monde auto­ma­tisé s’est retrouvé bien seul. C’est certain que c’est plus facile de dépla­cer un code barre, mais est-ce vrai­ment ça qu’on souhaite ?

  • La rela­tion client Sosh

    Bonjour Sosh

    J’écris à la place de mon beau père. Il paye actuel­le­ment 5 € pour un forfait mobile 2 h + 100 Mo.

    En réalité il paye bien plus, parce que vous faites quand même payer 50c les 10 Mo hors forfait. Oui, rien que ça est un scan­dale en 2020. Ça s’ap­pelle exploi­ter les plus pauvres.

    Soit, on va chan­ger d’offre. Sauf que… ben toutes les offres sont des offres spéciales qu’il ne peut pas sous­crire vu qu’il est déjà abonné. Du coup on appelle, ou plutôt on écrit vu que tout se passe par chat.

    Et là, on lui propose de passer à une offre à 9,99 €. Ok, pourquoi pas mais j’ai la présence d’es­prit de deman­der ce que contient l’offre et oh, elle contient… 100 Mo.

    Oui, la même chose, pour deux fois le prix actuel, c’est l’offre qu’on lui fait. Bon, il y a des commu­ni­ca­tions illi­mi­tées mais ce n’est pas là dessus qu’il y a du hors forfait. C’était moi au clavier, heureu­se­ment. Mon beau père se serait peut-être laissé avoir à accep­ter la propo­si­tion et payer le double pour aucun chan­ge­ment.

    Ok, on recom­mence, quelles offres possibles ? Aucune. Il y a plein d’offres en cours mais toutes sont réser­vées aux nouveaux abon­nés.

    Une seule solu­tion : Une option à 5 € pour 2 Go, donc 10 € au total Pour 2,1 Go. Oui, vous avez bien lu. C’est l’unique propo­si­tion, l’unique possi­bi­lité.

    Je ne cherche pas forcé­ment à avoir les promo­tions en cours, pas même un truc au niveau de la concur­rence, juste une offre stan­dard un mini­mum honnête. Non, même pas.

    Est-ce parce que la date de nais­sance de mon beau père est dans les années 50 que vous cher­chez à l’ar­naquer ainsi ? Je n’ose le penser mais je n’ai pas d’autres expli­ca­tions.

  • Télé­tra­vail progres­sif

    Je n’aime pas la pola­ri­sa­tion autour du télé­tra­vail.

    C’est facile de se moquer et de trai­ter d’idiots tous ceux qui ne lâchent pas toutes les vannes. La réalité est, comme toujours, bien plus complexe.


    Il y a des socié­tés qui ne veulent pas de télé­tra­vail autre­ment que ponc­tuel, et c’est tout à fait respec­table.

    Parfois c’est juste un choix. Certains préfèrent sortir le soir avec les collègues, faire des jeux de société, ou être sur place ensemble. Ça ne dit pas que le télé­tra­vail est mal, juste tout le monde ne souhaite pas vivre ainsi.

    Vouloir complé­ter une équipe hors du télé­tra­vail n’est pas plus illé­gi­time que complé­ter une équipe en télé­tra­vail.


    Parfois les entre­prises ne savent simple­ment pas encore tout, et en ont conscience. Passer du présen­tiel au télé­tra­vail c’est quand même une sacré révo­lu­tion.

    Elles peuvent préfé­rer y aller par étapes, se confron­ter aux problèmes au fur et à mesure avec un impact limité.

    Il y a la stra­té­gie de commen­cer par du télé­tra­vail partiel et celle de limi­ter le télé­tra­vail total à certains sala­riés plus auto­nomes, voire qui ont déjà une première expé­rience dans une entre­prise précé­dente.

    J’ai parfois dit à des candi­dats « ici le télé­tra­vail on connait déjà, ce n’est pas impro­visé », parce qu’ils prennent bien moins de risques ainsi. Ça ne m’étonne pas que des entre­prises aient la même poli­tique dans l’autre sens, et préfèrent commen­cer avec des sala­riés qui savent déjà.

    Vous pouvez penser que c’est de la défiance, j’y vois de la sagesse. Celles qui me font peur sont plutôt celles qui se lancent sans savoir, sans réflé­chir, sans comprendre. Ce sont ces dernières qu’il faut éviter de rejoindre.


    Il ne suffit pas de dire « ok, à partir de demain on fait du télé­tra­vail ». Ce serait aussi simpliste que dange­reux.

    Du point de vue de l’en­tre­prise on parle de risques psycho­so­ciaux. Comment évite-t-on que quelqu’un ressente de l’iso­le­ment ? Comment évite-t-on qu’il se mette de lui-même la pres­sion ? Comment l’aide-t-on à gérer la sépa­ra­tion pro-perso quand il travaille de chez lui ? Comment détec­ter les prémisses d’un burn-out ?

    Comment commu­niquer dans cette nouvelle orga­ni­sa­tion ? Avec quel outil ? quelles pratiques ? Quelle gestion des noti­fi­ca­tions ? Comment sait-on à quel moment on peut inter­agir avec une personne et à quel moment on risque d’em­pié­ter sur sa vie perso quand on ne peut plus se baser sur la présence au bureau ?

    Comment former les mana­gers à une nouvelle approche et de nouveaux réflexes ? Comment gère-t-on la rela­tion avec son mana­ger en visio et par écrit ? Comment faci­li­ter l’in­té­gra­tion des nouveaux ? L’or­ga­ni­sa­tion est-elle iden­tique pour les sala­riés auto­nomes et ceux qui font de l’exé­cu­tion ? La culture infor­ma­tique est-elle suffi­sante dans tous les dépar­te­ments ? Comment les dépar­te­ments basés sur l’ému­la­tion locale vont-il chan­ger de culture ? Comment évite-t-on de tout faire explo­ser si certains groupes n’avancent pas vers le télé­tra­vail à la même vitesse et génèrent des jalou­sies ou des frus­tra­tions ?

    Comment assu­rer une instal­la­tion correcte au sala­rié ? Faut-il finan­cer écran, fauteuil et bureau ? si oui comment ? avec quelle poli­tique d’uti­li­sa­tion person­nelle vu que le sala­rié ne voudra pas forcé­ment tout dupliquer chez lui ? quelle poli­tique si c’est une utili­sa­tion person­nelle qui casse quelque chose ? Faut-il impo­ser un débit de connexion mini­mum ? une pièce sépa­rée des enfants le mercredi après-midi ? Faut-il finan­cer des espaces de cowor­king ?

    Comment gère-t-on les rencontres une fois de temps en temps dans l’an­née ? Avec quel budget pour les dépla­ce­ments ? Faut-il pour cela impo­ser un temps de trajet maxi­mum pour faci­li­ter ces dépla­ce­ments ?

    Admi­nis­tra­ti­ve­ment, se limite-t-on à la France ? Sinon quelles sont les règles et les impacts ? Un français peut-il télé­tra­vailler ponc­tuel­le­ment depuis ailleurs que chez lui ? depuis l’étran­ger ? qu’en dit l’as­su­rance ?

    Que fait-on si un sala­rié vit fina­le­ment mal le télé­tra­vail ? Faut-il un bureau local pour ceux-là ? Que faire avec ceux qui ne s’adaptent pas au télé­tra­vail des autres ? Comment évite-t-on de faire des groupes étanches entre ceux en télé­tra­vail et ceux en local ? Comment est-ce qu’on quali­fie l’adap­ta­tion au télé­tra­vail d’un nouveau colla­bo­ra­teur lors de sa période d’es­sai ?

    Et du point de vue du sala­rié, comment gérer les livrai­sons de colis qui inter­rompent une réunion impor­tante ? Comment gérer l’en­fant qui pleure ou qui solli­cite sur les horaires de travail ? Faut-il d’ailleurs impo­ser quelques heures de présence communes ou être plus souple ? Que fait-on si la connexion saute ? Sait-il régler son débit pour éviter que l’ado­les­cent à côté ne prenne toute la bande passante ?


    Honnê­te­ment il y a des réponses à tout ça. Il ne s’agit pas de dire que ce sont des problèmes bloquants ou que le télé­tra­vail est fonda­men­ta­le­ment plus problé­ma­tique que la présence.

    Ce sont par contre des enjeux qui ne s’ignorent pas, ou qui ne devraient pas s’igno­rer dans la tran­si­tion.

    Malheu­reu­se­ment ça ne s’in­vente pas forcé­ment. Une partie des réponses dépend de choix très subjec­tifs et on ne peut ni ne doit se conten­ter de suivre un livre ou un consul­tant.


    Bref, critiquer les entre­prises qui ne font pas leur révo­lu­tion en un claque­ment de doigts c’est espé­rer que ces entre­prises jouent aux appren­tis sorciers.

    S’il y a des entre­prises à éviter ce ne sont pas celles qui y vont avec prudence mais réelle ouver­ture, ce sont celles qui y vont sans réflé­chir, avec un big bang naïf.

    Ça peut très bien se passer et tomber en marche sans trop y penser, surtout dans une petite struc­ture, mais ça peut aussi merder grave­ment avec des consé­quences irré­pa­rables autant pour l’en­tre­prise que pour les sala­riés. Les entre­prises recom­man­dables cher­che­ront à anti­ci­per un peu.

  • La faute de la hiérar­chie

    L’his­toire le montre : le compor­te­ment des poli­ciers dépend large­ment des ordres qui leur sont donnés, de la fermeté des rappels aux procé­dures et au droit, de l’im­pu­nité promise ou non. « Vous serez couverts », décla­rait aux poli­ciers pari­siens le préfet Maurice Papon quelques jours avant le massacre de mani­fes­tants algé­riens le 17 octobre 1961. A l’in­verse, on sait ce que l’ab­sence de drame pendant les émeutes de Mai 1968 doit aux consignes du préfet Maurice Grimaud : « Frap­per un mani­fes­tant tombé à terre, c’est se frap­per soi-même en appa­rais­sant sous un jour qui atteint toute la fonc­tion poli­cière. »

    Or, lundi, à Paris, dans un tout autre contexte, c’est un commis­saire divi­sion­naire, haut gradé de la brigade anti­cri­mi­na­lité de Seine-Saint-Denis, qui fait un croche-pied à un mani­fes­tant. C’est le préfet Lalle­ment qui couvre une opéra­tion où des hommes entraî­nés pour courir après des délinquants sont char­gés d’éva­cuer des migrants instal­lés dans des tentes et au cours de laquelle un jour­na­liste est molesté. En juillet, devant les dépu­tés, c’est Gérald Darma­nin qui déclare : « Quand j’en­tends le mot violences poli­cières, person­nel­le­ment, je m’étouffe », repre­nant le verbe utilisé à sept reprises, au cours de son agonie, par Cédric Chou­viat, ce livreur mort en janvier, à la suite d’un contrôle poli­cier.

    Édito­rial sur Le Monde, « Police : une grave crise de comman­de­ment »
  • « Je peux faire sans »

    J’aime bien l’ap­pli­ca­tion de l’effet Dunning Kruger à la gestion des dépen­dances externes dans la program­ma­tion.

    On commence par inclure un peu tout et n’im­porte quoi sans trop y réflé­chir avant. Avec l’ex­pé­rience on réalise les risques et on se prend quelques méchants murs. À cette étape les plus techos finissent vite avec un « je refais tout moi-même, après tout il n’y a rien de magique et je sais faire ».

    Cette phase de crise est appe­lée « vallée de l’hu­mi­lité » dans les graphiques de l’ef­fet Dunning Kruger. À propos de la gestion des dépen­dances c’est tout le contraire : une crise d’égo. On se croit meilleur que tout le monde. On croit pouvoir tout faire soi-même, et que ce sera mieux.

    La sagesse vient de se rendre compte qu’on va faire moins bien, pour avoir au final les mêmes problèmes, mais après avoir dépensé tout son temps pour rien. Là on commence alors à réuti­li­ser de nouveau des briques tierces. On fait juste plus atten­tion à quoi, quand, comment, et surtout au cycle de vie de ce qu’on intègre.


    Oui vous savez faire, mais vous ne ferez proba­ble­ment pas aussi bien, faute de temps, faute de relec­teurs, faute d’ex­pé­rience. Vous ferez des erreurs. Vous oublie­rez des cas. Vous ne verrez pas certains problèmes de sécu­rité. Vous n’im­plé­men­te­rez pas toutes les fonc­tions utiles.

    Ce n’est pas que l’au­teur de la biblio­thèque de code trou­vée sur inter­net est meilleur que vous, c’est qu’il a choisi de se concen­trer sur un ou deux problèmes là où vous en avez bien d’autres à gérer. Ce n’est pas qu’il fera moins d’er­reurs, c’est qu’il béné­fi­ciera des correc­tions de tiers. Ce n’est pas qu’il a plus de temps ou plus de connais­sances, c’est que lui ne sera pas tout seul.

    Ce n’est pas forcé­ment vrai aujourd’­hui, mais avec le temps les projets communs gagnent forcé­ment sur les projets indi­vi­duels, pour ces raisons. Et si vous pensez avoir le temps et l’ex­per­tise pour faire mieux ou pour corri­ger le code déjà en ligne, contri­buez afin d’en­ri­chir pour les autres. Ayez juste l’hu­mi­lité de voir que vous ne pouvez le faire que sur un nombre limité d’items. Sur le reste il sera préfé­rable de réuti­li­ser ce que d’autres auront réalisé.

  • Un peu de Pixel­fed

    Je voulais voir depuis un moment comment faire inter­agir mon site photo ou mon compte Masto­don photo avec Pixel­fed.

    TL;DR: Ça commu­nique, mais ça reste deux espaces distincts. Masto­don sera le seul à avoir les messages pur texte, Pixel­fed le seul à avoir les story.

    Par rapport à Insta­gram

    Les story sont limi­tées à une photo telle quelle. Il n’y a pas de widgets à ajou­ter, pas de possi­bi­lité d’y mettre du texte, pas de possi­bi­lité de réfé­ren­cer une publi­ca­tion exis­tante ou un compte exis­tant.

    De la même façon, il n’y a pas de « publi­ca­tion à la une » permet­tant de donner une péren­nité à certaines story. Il semble aussi que la suppres­sion manuelle des story avant leur expi­ra­tion ne soit pas encore implé­men­tée.

    Sur le fond, sinon, au moins du point de vue des publi­ca­tions du flux stan­dard, ça semble très simi­laire.

    Accé­der aux conte­nus Masto­don

    Je peux, depuis Pixel­fed, m’abon­ner à des comptes Masto­don. Je verrai alors dans mon flux toutes les nouvelles images publiques qui seront publiées depuis l’abon­ne­ment.

    Je vois aussi les réponses publiques faites depuis Masto­don, qu’elles soient faites à des publi­ca­tion Masto­don ou des publi­ca­tions Pixel­fed.

    Enfin, je vois les messages privés qui me sont envoyés depuis Masto­don, et peux y répondre.

    Je ne vois cepen­dant pas les messages texte publics des comptes Masto­don. Je ne vois non plus aucun contenu « réservé aux abon­nés » publié sur un compte Masto­don, même si j’y suis abonné. Enfin, je ne vois pas les like faits pas des comptes Masto­don sur les publi­ca­tions Masto­don. Plus éton­nant, Pixel­fed ne voit même pas les photos de profils des comptes Masto­don.

    Accès depuis Masto­don

    Ça fonc­tionne aussi dans l’autre sens.

    Depuis Masto­don je peux m’abon­ner à un compte Pixel­fed, y voir les publi­ca­tions du flux stan­dard et les réponses qui y sont faites. Je peux aussi voir les réponses ou likes de Pixel­fed sur mes propres conte­nus, ainsi que les messages privés qui me sont envoyés.

    Je ne vois cepen­dant pas les story publiées. Je m’at­ten­dais à les voir sous forme de message effacé au bout de 24h.


    Et alors ?

    Alors, sauf à utili­ser les story, je vois mal l’in­té­rêt de Pixel­fed pour celui qui publie. Mieux vaut se lais­ser toutes les possi­bi­li­tés ouvertes par Masto­don, et une compa­ti­bi­lité agran­die quant aux inté­rac­tions. Ce serait dommage de louper un utili­sa­teur Masto­don qui nous inter­pelle en public, l’in­ter­face Pixel­fed n’en montrera rien.

    Je vois par contre l’in­té­rêt de l’in­ter­face Pixel­fed pour la lecture de tiers avec une navi­ga­tion pure­ment photo, surtout pour un habi­tué d’Ins­ta­gram.

    Je me demande pourquoi Pixel­fed n’a pas été conçu comme un front-end aux serveurs Masto­don exis­tants, plutôt qu’en réim­plé­men­tant un serveur moins complet à côté.

  • « POSSE » pour les photo­graphes

    Tumblr, Face­book, Twit­ter, Insta­gram, 500px et autres. Les condi­tions changent, les comptes sont suppri­més parfois arbi­trai­re­ment, le modèle écono­mique devient un peu trop pesant. Ça a déjà eu lieu, et ça recom­men­cera. Le problème n’est pas celui de choi­sir la bonne plate­forme, mais de s’en rendre dépen­dant.

    Publish (on your) Own Site, Syndi­cate Elsew­here

    POSSE, Indie­web

    POSSE c’est le mantra d’In­die­web.

    Publiez chez vous

    L’idée c’est d’avoir un espace à vous, pérenne, où vous êtes tota­le­ment libre. Quoi qu’il se passe, c’est votre point de réfé­rence.

    D’un point de vue tech­nique c’est une adresse, un espace et un contenu :

    • L’adresse web c’est ce que vous tapez dans la barre d’adresse du navi­ga­teur, l’équi­valent de « insta­gram.com ». On trouve des noms de domaine (c’est ainsi que ça s’ap­pelle) pour entre 3 et 15 euros par an.
    • L’es­pace c’est le serveur et le disque. Les coûts sont variables suivant ce dont vous avez besoin. Ça va du gratuit, parfois inclut avec le nom de domaine, jusqu’à quelques dizaines d’eu­ros par an.
    • Pour gérer votre contenu le choix est vaste. Il y a plein de possi­bi­li­tés gratuites comme Piwigo ou Word­press, et les payantes ne sont pas forcé­ment meilleures.

    Tout ça est un peu tech­nique mais vous trou­ve­rez des pres­ta­taires avec des solu­tions tout-en-un pour quelques dizaines d’eu­ros par an. Le cas échéant il y a souvent un ami infor­ma­ti­cien qui sera prêt à vous aider dans ce type de démarche de prise d’in­dé­pen­dance plutôt que de vous réins­tal­ler une énième fois votre impri­mante.

    Véri­fiez juste que le nom de domaine vous appar­tient et que vous pour­rez le redi­ri­ger ailleurs si un jour vous souhai­tez chan­ger de pres­ta­taire.

    Sur votre tout nouveau site il n’y a qu’une seule chose indis­pen­sable : Le flux RSS. C’est un proto­cole qui permet à des tiers de s’abon­ner à votre site et de suivre ce que vous y publiez, souvent asso­cié à une petite icône orange. Word­press et quasi­ment tous les logi­ciels de gestion de contenu en ont un. Si un ami vous fait votre site à la main, deman­dez-lui d’en faire un.

    Mettez en avant l’adresse de ce flux RSS pour que les gens suivent votre fil pérenne plutôt que les comptes vola­tiles que vous avez sur les plate­formes.

    Je laisse les lecteurs propo­ser des pres­ta­taires en commen­taire.

    Diffu­sez partout

    On est d’ac­cord, votre site web ne suffira proba­ble­ment pas. Il n’y a rien de mal à cher­cher une présence sur les diffé­rentes plate­formes.

    L’idée est juste de consi­dé­rer que ce que vous postez n’est qu’un lien vers la page corres­pon­dante de votre site, éven­tuel­le­ment avec une image ou une copie du contenu pour s’in­té­grer à la plate­forme.

    On vous supprime un contenu ou un compte sur une plate­forme ? Tout le monde a déjà le lien vers votre site web, partout. Ils pour­ront éven­tuel­le­ment retrou­ver votre nouveau compte à partir de là. Certains vous suivront déjà par votre site et ne verront même pas la diffé­rence.

    Profi­tez des plate­formes décen­tra­li­sées

    Si vous cher­chez à dimi­nuer la main mise des plate­formes tout en cher­chant une alter­na­tive « sociale », je vous encou­rage à trou­ver une instance Pixel­fed. C’est un réseau simi­laire à Insta­gram mais décen­tra­lisé. Vous avez aussi Masto­don, en alter­na­tive à Twit­ter.

    Si un serveur se met à avoir un compor­te­ment qui ne vous corres­pond pas, il suffira d’en chan­ger. Vous pour­rez toujours inter­agir, like commen­taires et repar­tages, avec les gens situés sur d’autres serveurs.

    Ok, il faudra recons­truire un réseau d’abon­nés et ces plate­formes ont globa­le­ment moins d’ins­crits, et pas forcé­ment qui vous cher­chez, mais on ne sortira pas de la dépen­dance aux plate­formes centra­li­sées sans faire un effort.

    Si vous suivez le prin­cipe de POSSE il ne s’agit pas d’aban­don­ner les anciennes plate­formes, juste de faire l’ef­fort de four­nir une alter­na­tive pour amor­cer la pompe. Votre effort compte aussi.

  • Et si on jouait au loto ?

    « Combien faudrait-il gagner au loto pour assu­rer une rente à vie à toute la famille et oublier les contraintes finan­cières ? »

    La ques­tion de ce midi

    Oui, parfois j’ai des occu­pa­tions étranges.

    Bon, forcé­ment, ça dépend de la durée de la vie, du montant de la rente, du montant de l’in­fla­tion, du taux d’in­té­rêt net qu’on peut attendre du capi­tal, et de l’âge actuel du capi­taine.

    TL;DR: Il faut gagner bien plus que je ne l’an­ti­ci­pais.

    Pour une rente égale au revenu médian pour chaque adulte (40 ans aujourd’­hui) et la moitié pour les enfants (un, 10 ans aujourd’­hui), une infla­tion moyenne de 2%, un taux d’in­té­rêt net de 1%, et une vie jusque 100 ans, ça demande quand même un capi­tal de 7 millions d’eu­ros.

    Si on s’amuse à pous­ser les curseurs ça peut monter très très vite.

    En imagi­nant 3 reve­nus médians au lieu d’un seul (si on gagne au loto, c’est bien pour vivre dans le confort, faire des voyages et en profi­ter), un taux d’in­té­rêt net plus conser­va­teur de 0,5% (évitons les mauvaises surprises) et une vie jusque 120 ans (soyons très opti­mistes mais ce serait dommage de tomber à court avant d’être mort), ça monte à 39 millions d’eu­ros.

    Le point posi­tif c’est qu’un grand gagnant à l’euro-millions a encore de quoi payer une grande villa avant de mettre en place sa rente.


    Si ça vous amuse de jouer vous aussi, vous pouvez cloner cette feuille de calcul et modi­fier les valeurs des cases en jaune sur la première page.

  • Licen­cie­ment écono­mique ou rupture conven­tion­nelle ?

    On vous dira que les indem­ni­tés de licen­cie­ment sont iden­tiques. C’est vrai mais ça ne dit que la moitié de l’his­toire. La réalité est toute autre.

    Le licen­cie­ment écono­mique est très protec­teur en France. Si on vous le propose et que vous avez au moins un an d’an­cien­neté, ce n’est évidem­ment pas une bonne nouvelle en soi mais ça l’est par rapport aux alter­na­tives. Si on ne vous le propose pas et qu’il y a un motif écono­mique, vous avez proba­ble­ment inté­rêt à lever vous-même la ques­tion, voire à l’exi­ger.

    Quelques points de diffé­rence avec un licen­cie­ment clas­sique (ruptures conven­tion­nelles incluses) :

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Indem­nité de licen­cie­mentstan­dardstan­dard
    Indem­nité négo­ciéepossiblepossible
    Durée d’at­tente4 à 5 semaines
    pas de préavis
    21 jours
    (hors prépa­ra­tion employeur)
    pas de préavis
    Délai de carence7 jours à 6 moisaucun
    Indem­ni­sa­tion chômage57%75%
    Prime de reclas­se­mentnonjusqu’à 5 mois de salaire

    TL;DR:

    • Si tu as plus d’un an d’an­cien­neté et que tu penses mettre entre 1 et 24 mois pour commen­cer un nouvel emploi ou un projet de créa­tion d’en­tre­prise, il est très probable que le licen­cie­ment écono­mique soit bien plus avan­ta­geux pour toi.
    • Dans le cas contraire il y a un calcul à faire. Il est possible que l’in­té­rêt d’un licen­cie­ment écono­mique soit faible ou nul, mais il reste peu probable que le solde finan­cier soit néga­tif.

    Pour toute la suite je pendrais un exemple de déve­lop­peur logi­ciel, cadre conven­tion collec­tive syntec dans une petite entre­prise avec un salaire brut de 48 k€ annuels et 4 ans d’an­cien­neté. Il lui reste envi­ron moitié de congés non pris au comp­teur (4 RTT + 12 CP). Il commen­cera un poste dans les 4 mois.

    NDLA 1 :Aucun des calculs ne se prétend exact, ils sont unique­ment là pour illus­trer le scéna­rio en donnant un ordre de gran­deur. Faites-moi signe si vous voyez des erreurs ou des oublis.

    NDLA 2 : Je ne suis pas expert du sujet et ce n’est pas mon métier. Je ne prétends pas à plus que donner une infor­ma­tion et vous inci­ter à vous rensei­gner plus avant si ça vous semble impor­tant pour vous. Faites-moi cepen­dant signe si vous voyez des erreurs ou des oublis.s

    Indem­ni­tés de licen­cie­ment

    L’em­ployeur vous mettra en avant l’in­dem­nité de licen­cie­ment. Elle est effec­ti­ve­ment iden­tique dans les deux cas, et assez réduite :

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique⅓ de mois de salaire
    si > 2 ans d’an­cien­neté
    ⅓ de mois de salaire
    si > 2 ans d’an­cien­neté
    Exemple5 300 € (bruts)5 300 € (bruts)
    Indem­ni­tés de licen­cie­ment

    Dans les deux cas vous êtes libres de négo­cier une indem­nité supé­rieure avec votre employeur.

    Le supplé­ment, l’in­dem­nité extra-légale, sera cepen­dant conver­tie les délais de carence du Pole Emploi. Vous n’avez donc inté­rêt à en négo­cier une que si vous pensez réem­bau­cher avant la fin des délais de carence du Pole Emploi.

    Durée d’at­tente

    Dans les deux cas, vous n’ef­fec­tue­rez pas le préavis de 3 mois prévu au contrat. Les durées d’at­tente corres­pondent aux temps de réflexion ou de vali­da­tion des procé­dures.

    Pour la rupture conven­tion­nelle, il y a un délai de rétrac­ta­tion de deux semaines, plus un délai de vali­da­tion de la direccte de deux semaines, plus un ou deux jours au milieu. Comp­tez 5 semaines. Ajou­tez-y un premier entre­tien formel avant de pouvoir contrac­tua­li­ser l’offre. Si c’est l’em­ployeur qui vous le propose il faudra aussi comp­ter quelques jours pour que vous réflé­chis­siez, donc 1 mois et demi au total.

    Pour le licen­cie­ment écono­mique vous avez 21 jours de délai entre la noti­fi­ca­tion et le licen­cie­ment lui-même, plus la prépa­ra­tion en amont côté employeur.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique4 semaines
    + entre­tien préa­lable
    21 jours
    + prépa­ra­tion employeur
    (0 à plusieurs mois)
    Exemple1 mois et demi1 mois du point de vue sala­rié
    + 2 semaines à 1 mois
    de prépa­ra­tion côté employeur
    Délais d’at­tente

    La prépa­ra­tion côté employeur est variable suivant qu’il s’agit d’une procé­dure indi­vi­duelle ou collec­tive, suivant la taille de l’en­tre­prise, et suivant la bonne volonté des instances repré­sen­ta­tives le cas échéant.

    Un licen­cie­ment écono­mique indi­vi­duel dans une petite entre­prise ne demande pas un délai de prépa­ra­tion vrai­ment signi­fi­ca­tif par rapport à une rupture conven­tion­nelle (même si souvent l’em­ployeur en fera une montagne pour vous en dissua­der, et parfois en y croyant lui-même). Au final l’un ou l’autre sont assez simi­laires sur le délai.

    Un licen­cie­ment écono­mique collec­tif dans une grande entre­prise peut effec­ti­ve­ment prendre plusieurs mois (mais si vous lisez mon billet pour savoir quoi négo­cier, vous n’êtes proba­ble­ment pas dans ce cas).

    Délai de carence

    On entre dans la partie « Pole Emploi » et c’est là que se logent les diffé­rences.

    Sur une rupture conven­tion­nelle vous avez déjà un délai de 7 jours francs, puis un différé d’in­dem­ni­sa­tion corres­pon­dant au nombre de congés non pris payés par votre employeur à votre départ. Ce sont autant de jours qui ne vous seront pas indem­ni­sés par l’em­ployeur (23 jours dans notre exemple, soit ¾ de mois d’in­dem­ni­tés chômage).

    Si vous avez négo­cié une indem­nité de licen­cie­ment extra-légale, elle génè­rera un différé d’in­dem­ni­sa­tion supplé­men­taire elle-aussi, suivant une formule assez peu avan­ta­geuse pour les gens bien payés. Vous n’y aurez rien gagné (sauf à trou­ver un nouveau job avant la fin de ce différé d’in­dem­ni­sa­tion).

    Sur un licen­cie­ment écono­mique vous êtes indem­nisé dès le premier jour, sans carence ni différé. Simple et effi­cace. Les éven­tuels congés payés vont direc­te­ment sur votre compte en banque.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique7 jours
    + solde de CP et RTT
    Aucun
    Exemple23 jours de non indem­ni­sa­tion23 jours d’in­dem­ni­sa­tion
    (~ 2 250 €)
    Délai de carence

    Si vous ne pensez pas commen­cer immé­dia­te­ment un nouveau poste dans le mois, vous venez déjà de perdre litté­ra­le­ment plusieurs milliers d’eu­ros en accep­tant la rupture conven­tion­nelle.

    Indem­ni­sa­tion chômage

    Là c’est plus simple. L’in­dem­ni­sa­tion brute est de 57% du salaire brut de réfé­rence dans le cas de la rupture collec­tive. Dans le cadre d’un contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle (ce à quoi vous avez le droit dans le cadre d’un licen­cie­ment écono­mique et plus d’un an d’an­cien­neté), la première année est indem­ni­sée à 75% au lieu de 57%. 18 points ce n’est pas rien.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique57% du salaire de réf.75% du salaire de réf.
    Exemple
    (3 mois)
    ~ 6 800 €~ 9 000 €
    Indem­ni­sa­tion

    Pour l’exemple, je compte 3 mois après les 23 jours du sous-titre précé­dent. On vient d’aug­men­ter la diffé­rence entre les deux scéna­rios de plusieurs milliers d’eu­ros supplé­men­taires.

    Outre le finan­cier, le contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle ouvert par le licen­cie­ment écono­mique vous fera proba­ble­ment aussi accé­der plus faci­le­ment à des forma­tions. Il risque aussi de vous donner un enca­dre­ment plus serré, on aime ou on n’aime pas.

    Prime de reclas­se­ment

    C’est la grande oubliée. Dans le cadre d’un contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle, si vous repre­nez un travail durable ou un projet de créa­tion d’en­tre­prise dans la première année, vous pouvez deman­der une prime de reclas­se­ment.

    Il s’agit d’une prime qui corres­pond à la moitié des indem­ni­sa­tions restant à pour­voir au titre de la première année. Si vous trou­vez un poste dans les 4 mois, on vous offre 3 mois d’in­dem­ni­sa­tion en prime (la moitié de 12 mois – 4 mois).

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Théo­rique(rien)La moitié de l’in­dem­ni­sa­tion
    restante des 12 premiers mois
    Exemple09 000 €
    Prime de reclas­se­ment

    Théo­rique­ment vous pouvez deman­der à la place une compen­sa­tion de la diffé­rence entre votre nouveau salaire et votre ancien salaire. Faites le calcul mais la prime de reclas­se­ment est proba­ble­ment plus inté­res­sante.

    Note : Le conseiller Pole Emploi ne vous parlera pas forcé­ment, ou alors en ne vous propo­sant que la compen­sa­tion de diffé­rence de salaire. S’il vous en parle il ne vous le rappel­lera pas forcé­ment quand ce sera le moment, ou ne vous donnera les papiers que si vous les exigez expli­ci­te­ment vous-même. Pensez-y, d’au­tant que vous n’avez qu’un mois à comp­ter de votre embauche pour faire la demande.

    Un petit calcul

    Dans mon exemple, la diffé­rence entre les deux scéna­rios est d’en­vi­ron 13 500 € (bruts). Le vrai calcul dépen­dra de votre solde de congés payés et de la date à laquelle vous pensez retrou­ver un emploi ou initier un projet de créa­tion d’en­tre­prise.

    Rupture co.Licen­cie­ment éco.
    Indem­nité de licen­cie­ment5 300 €5 300 €
    23 premiers jours de chômage0 €2 250 €
    3 mois suivants de chômage6 800 €9 000 €
    Reprise après 3 mois et 23 jours0 €9 000 €
    Total12 100 €25 550 €
    Diffé­rence13 450 €
    Total

    Il ne s’agit pas de rentrer systé­ma­tique­ment en confron­ta­tion avec l’em­ployeur ni de cher­cher à le faire plon­ger alors qu’il est poten­tiel­le­ment déjà en situa­tion diffi­cile. Il ne s’agit pas non plus d’igno­rer ce que ça veut dire pour le sala­rié, parce que c’est plus que signi­fi­ca­tif.

    Main­te­nant voilà, vous avez un ordre de gran­deur de la diffé­rence entre une rupture conven­tion­nelle et un licen­cie­ment écono­mique.

    Exigez le licen­cie­ment écono­mique

    Si vous accep­tez la rupture conven­tion­nelle dans une situa­tion où un licen­cie­ment écono­mique serait théo­rique­ment possible, c’est comme si vous faisiez un don de plusieurs milliers d’eu­ros à votre employeur. Dans notre exemple on parle de 13 500 € (bruts) quand même.

    Est-ce vrai­ment légi­time ? Est-ce vrai­ment ce que vous souhai­tez faire ?

    Sinon exigez le licen­cie­ment écono­mique, même si on ne vous le propose pas d’em­blée, même si on vous dit que ce sera long et compliqué (parfois l’em­ployeur le croit vrai­ment, parfois à tort), même si ça l’est vrai­ment (dans le cas d’une entre­prise de plusieurs centaines de sala­riés avec des instances repré­sen­ta­tives qui veulent bloquer).

    Souve­nez-vous que votre employeur, lui, ne vous aurait pas fait don de 13 500 € dans une situa­tion simi­laire. Il le montre d’ailleurs très clai­re­ment s’il cherche à éviter le licen­cie­ment écono­mique.

    Et si on me propose une plus grosse indem­nité ?

    « Faites le calcul » mais n’ou­bliez pas qu’une indem­nité extra-légale augmente d’au­tant le différé d’in­dem­ni­sa­tion. Ça n’a d’in­té­rêt que si vous comp­tez retrou­ver un emploi avant la fin du différé d’in­dem­ni­sa­tion. Dans le cas contraire c’est surtout Pole Emploi qui profi­tera de l’in­dem­nité, pas vous.

    Une alter­na­tive, ça se faisait beau­coup pour les cadres avant l’exis­tence des ruptures conven­tion­nelles, c’est de faire un licen­cie­ment pour faute simple tout en sachant qu’il n’est pas motivé, et de faire un accord tran­sac­tion­nel dans la foulée pour compen­ser le licen­cie­ment irré­gu­lier. Les sommes en jeu sont hors coti­sa­tions et hors différé d’in­dem­ni­sa­tion.

    Cela dit il faut qu’on vous propose une grosse sur-prime pour que ce soit inté­res­sant face à un licen­cie­ment écono­mique. C’est peu proba­ble­ment le cas (si ça coûte plus de 3 mois de salaire, l’em­ployeur a aussi bien fait de faire ce licen­cie­ment écono­mique, comme c’est détaillé plus bas).

    Le coût pour l’em­ployeur

    Ne nous le cachons pas, ce n’est pas équi­valent non plus pour l’em­ployeur. Il y a un coût de prépa­ra­tion et un coût d’exé­cu­tion.

    La prépa­ra­tion pour une petite entre­prise ça veut peut-être dire payer 1 000 € de conseil juri­dique pour bien confir­mer et appliquer la procé­dure.
    Pour une entre­prise de plusieurs centaines de sala­riés qui fait une procé­dure collec­tive, il y a un coût interne d’oc­cu­pa­tion des ressources RH et légales ainsi que le coût humain d’une négo­cia­tion avec les instances repré­sen­ta­tives. C’est diffi­ci­le­ment mesu­rables mais c’est impor­tant.

    Ensuite c’est en partie l’em­ployeur qui finance le contrat de sécu­ri­sa­tion profes­sion­nelle proposé par le Pole Emploi. Au lieu de vous payer à exécu­ter votre préavis, l’em­ployeur verse le même montant au Pole Emploi (3 mois de salaire brut dans notre exemple).

    Ce n’est pas l’exact équi­valent mais, pour faire court, si l’ex sala­rié gagne plus, c’est que l’em­ployeur paye plus, avec un ordre de gran­deur simi­laire.

    Mais la boite risque de couler !

    Est-ce vrai­ment le cas ? unique­ment à cause des 3 mois de salaire qu’elle versera en plus à Pole Emploi ?

    Possible, mais aussi peu probable malgré tout ce qu’on vous dira (nous sommes en période de covid, c’est encore moins probable en ce moment vue la faci­lité à avoir des aides sous forme de prêt pour juste­ment éviter les dépôts de bilan). L’en­tre­prise est-elle vrai­ment à ça du dépôt de bilan ? de « situa­tion accep­table » à « on met la clef sous la porte » ?

    Et si c’est le cas (soyez-en vrai­ment certains, ne vous conten­tez pas des dires de l’em­ployeur, même si vous avez confiance en lui), êtes-vous prêts à faire un don de 10 à 15 000 euros pour que lui éviter ça ? Est-ce votre rôle plutôt que celui des action­naires de la société ?

    Et si vrai­ment la boite est à ça près, et que vous avez les moyens de donner cet argent néces­saire, et que vous seul pouvez le faire (pfiou, vous cumu­lez quand même, hein ?) : Est-ce que vous ne devriez pas ensuite en déte­nir une partie, soit pour récu­pé­rer des béné­fices quand elle en fera dans le futur, soit pour revendre ces parts plus tard quand la faillite sera évitée, soit pour, au pire, ne rien en faire mais avoir un droit de regard sur le futur ?

    Bref, faites un licen­cie­ment écono­mique puis donnez ensuite, si vous le souhai­tez, la somme que vous voulez à l’en­tre­prise, sous forme de prêt ou d’achat de capi­tal. C’est quand même plus honnête et plus clair pour tout le monde.

    La seule règle à rete­nir

    Ne signez pas de rupture conven­tion­nelle ou d’ac­cord sans avoir fait vos comptes et avoir tous les éléments. Ne signez pas tant que vous n’êtes pas certain de vouloir le faire, avec tous les éléments en tête.

    Prenez votre temps, prenez des conseils de tiers, démar­chez un syndi­cat ou un repré­sen­tant du person­nel si besoin.

    Quelle que soit l’ur­gence qu’on vous donne, vous ne devriez pas faire un gros cadeau à votre employeur sous la pres­sion. Si vous le faites, faites le en conscience, volon­tai­re­ment, à tête repo­sée. Deman­dez du temps si vous en avez besoin.

    Tant pis si vous vous êtes à moitié engagé avant de lire tout ça, ne signez pas juste parce que vous avez donné un accord oral auprès de quelqu’un qui ne vous a pas donné toutes les clefs de compré­hen­sion.

    Même si vous avez signé, vous avez encore 15 jours de délai de rétrac­ta­tion. Utili­sez-les, ils sont faits pour ça. Ce n’est pas une trahi­son : c’est l’uti­li­sa­tion légi­time d’un temps de réflexion prévu à la procé­dure. L’em­ployeur n’au­rait, lui, aucun remord à utili­ser un temps prévu pour, comme il le fait (à raison) quand il met fin à une période d’es­sai.