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Vote et élection

Para­doxe de Simp­son

Rien de plus louche qu’un redé­cou­page élec­to­ral fait en sous-marin, surtout quand il s’ac­com­pagne d’un chan­ge­ment de fonc­tion­ne­ment du scru­tin.

Vous pouvez être certains qu’il y a une exploi­ta­tion inten­sive du para­doxe de Simp­son.

Le para­doxe de Simp­son c’est profi­ter d’un décou­page des échan­tillons pour détour­ner le résul­tat d’un vote.

Un petit exemple graphique vaut mille discours. On part donc d’un terri­toire avec 37 votants, 16 bleus et 19 rouges, répar­tis sans dispro­por­tion exces­sive.

Forcé­ment, sur une élec­tion on se dit que les rouges vont gagner, non ?

Avec une élec­tion pure­ment propor­tion­nelle sur tout le terri­toire, ce serait le cas. Imagi­nons qu’on veuille dési­gner une assem­blée de plusieurs élus. Pour qu’elle repré­sente à la fois les élec­teurs et les régions des élec­teurs, on choi­sit de décou­per le terri­toire en 3 régions et d’élire un repré­sen­tant par région.

Imagi­nez que c’est un parti­san des bleus qui fasse le décou­page. Que croyez-vous qu’il puisse arri­ver ?

Oui, 2 régions aux bleus, une région aux rouge.

Si l’as­sem­blée fonc­tionne elle-même à la propor­tion­nelle, les bleus ont le pouvoir de tout déci­der seuls alors qu’ils sont théo­rique­ment mino­ri­taire.

Déran­geant n’est-ce pas ? Et pour­tant, ce mode d’élec­tion ne vous rappelle-t-il rien ?

Un autre arran­ge­ment aurait pu attri­buer la tota­lité des repré­sen­tants aux rouges, lais­sant les bleus sans aucun repré­sen­tant.

La seule diffé­rence tient à qui fait le décou­page.

Ne croyez pas que les exemples soient gros­siers et tirés par les cheveux. Nos circons­crip­tions élec­to­rales sont bien plus tordues que mes simples lignes droites, et leur compo­si­tion bien moins homo­gène que mon exemple.

Un système à deux tours ouvre encore plus de possi­bi­li­tés de mani­pu­la­tion. Si ça vous amuse vous pouvez mettre des rouges clairs et rouges foncés, des bleus clairs et bleus foncés pour repré­sen­ter les divi­sions au sein de chaque couleur. Clairs et foncés vote­ront chacun pour eux au premier tour mais se rassem­ble­ront au second tour.

Au final c’est juste un jeu savant à base d’énormes grilles de chiffres mais qui peut se biai­ser bien plus forte­ment que mon simple exemple ne le laisse croire.

Évidem­ment chaque redé­cou­page sera publique­ment motivé par des ques­tions démo­gra­phiques, des ques­tions de repré­sen­ta­tion de terri­toire, des équi­libre ville/campagne, etc. En réalité les critères, leur pondé­ra­tion et la façon dont on les prend en compte reste­ront guidé par nos tableaux de chiffres et le para­doxe de Simp­son.

Au mieux on peut avoir des accords entre les plus grandes forces en présence en fonc­tion de leur propre poids dans le bras de fer du moment et de leurs espoirs pour le futur.


TL;DR: Le décou­page élec­to­ral ne fait que révé­ler le choix de celui qui découpe. Le système majo­ri­taire à deux tours ne fait que lui faci­li­ter le travail.

2 réponses sur « Para­doxe de Simp­son »

Bonjour,
Une explication très claire, mais n’y aurait-il pas une petite erreur ? « Imagi­nez que c’est un parti­san des bleus qui fasse le décou­page. Que croyez-vous qu’il puisse arri­ver ? […] Oui, 2 régions aux rouges, une région aux bleus.  » → le graphe montre 2 régions aux bleus, ce qui est plus cohérent avec la première phrase…

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