Catégorie : Politique française

  • J’au­rai essayé

    J’au­rai essayé

    La nouvelle ligne en créa­tion n’était peut être ni le Paris-Lille ni l’Orient Express, mais la direc­tion choi­sie avait trouvé un écho chez moi. J’ai pris un billet, bien déter­miné à pous­ser ma part de char­bon s’il y avait besoin d’ali­men­ter la loco­mo­tive.

    Le train avance, je ne sais pas vrai­ment où il va, mais je sais que je n’adhère pas au comment il y va, et qu’en tout cas je ne saurais consi­dé­rer y être impliqué.

    Je lui souhaite bonne route, mais il va falloir passer un sacré nombre d’ai­guillage afin de réorien­ter le train sur les bons rails.

    Je ne lui souhaite que d’y arri­ver, mais je crois que je m’en sorti­rai quand même mieux à pieds. Je m’ar­rête à la prochaine gare.

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC par Diego Sevilla Ruiz

  • Ques­tion de redis­tri­bu­tion… et de modèle social

    Ques­tion de redis­tri­bu­tion… et de modèle social

    En pratique, si certaines miettes tombent en bas, les finances qu’on donne aux plus riches profitent d’abord aux plus riches. Formulé ainsi personne ne s’en étonne, mais la fable qui voudrait qu’en soute­nant les plus riches on relève toute la société a la vie dure. Elle ne s’ap­puie malheu­reu­se­ment sur rien de concret.

    Wealth doesn't trickle down. It trickles outwards - to tax havens.
    Wealth doesn’t trickle down. It trickles outwards – to tax havens.

    Le problème c’est qu’on semble inca­pable d’oser dire « stop » à la classe supé­rieure, qui demande de plus en plus.

    Aux États Unis, on se rend compte que des grands groupes payent plus en indem­ni­tés à leur PDG qu’à la commu­nauté via le fisc. Au niveau mondial ce sont 211 000 personnes qui détiennent 13% du capi­tal plané­taire, y compris les éner­gies fossiles, les loge­ments, les terres, les moyens de produc­tion… C’est 0,004% de la popu­la­tion et ce déséqui­libre va gran­dis­sant.

    Évolution du salaire moyen horaire hors inflation des salariés du secteur privé aux Etats-Unis. Baisse depuis 2011.
    Évolu­tion du salaire moyen horaire hors infla­tion des sala­riés du secteur privé aux Etats-Unis. Baisse depuis 2011.

    En France, les grands patrons ont obtenu des allè­ge­ments histo­riques de fisca­lité pour aider à leur compé­ti­ti­vité et compen­ser des bas salaires vrai­sem­bla­ble­ment trop chers. En paral­lèle pour­tant, la part des salaires dans le PIB ne fait que dimi­nuer depuis 40 ans, les salaires commencent à dimi­nuer aussi (à monnaie constante). Autant dire que non, ça ne permet pas d’amé­lio­rer l’em­ploi, ça permet surtout de conso­li­der des divi­dendes et la course à la capi­ta­li­sa­tion.

    Depuis 40 ans, la part du PIB reversée des salaires vers les dividendes représente 1,5x le PIB.
    Depuis 40 ans, la part du PIB rever­sée des salaires vers les divi­dendes repré­sente 1,5x le PIB.

    Les aides, baisses de fisca­lité et déré­gle­men­ta­tions ne font qu’a­li­men­ter le haut de la pyra­mide. Les divi­dendes explosent pendant que les PDG font la mine du chat de Shreck en mettant tout sur le dos de la crise. Ça ne s’ar­rête pas. Ils osent tout, jusqu’à vouloir dénon­cer l’obli­ga­tion de moti­ver les licen­cie­ments.

    Entre temps, rien ne s’ar­range. Les gens lais­sés sur le carreau sont de plus en plus nombreux : +44% de SDF en 10 ans. Le pire est peut être de se rendre compte que 25% d’entre eux ont pour­tant un emploi.

    Quant à la baisse des « charges » pour la compé­ti­ti­vité des entre­prises, c’est tout simple­ment une baisse des coti­sa­tions sociales, dont les caisses sont pour­tant déjà dans le rouge depuis des années. Il serait illu­soire de croire que cela ne va pas faire bais­ser le niveau de vie et se santé de ceux qui sont le plus dans le besoin.

    Les pauvres sont trop pauvres, mais ne les aidons pas avec nos impôts
    61% pour dire qu’il faut augmen­ter les minima sociaux, mais 58% pour refu­ser d’aug­men­ter les impôts à cette fin. Blocage idéo­lo­gique.

    Tout le monde est bien d’ac­cord sur le problème, mais dès qu’il s’agit de faire de la redis­tri­bu­tion autre­ment qu’en donnant plus de sous aux plus riches, il y a un blocage idéo­lo­gique. L’im­pôt c’est pour­tant la base d’un système que même les plus riches étran­gers nous envient (l’his­toire en lien me tire une larme à chaque lecture). Je crains que ça ne dure pas, parce que pour ça il faut le finan­cer et le consen­te­ment à l’im­pôt est au plus bas.

    Le travail de commu­ni­ca­tion des plus riches fonc­tionne, il obtient désor­mais le soutien même des plus pauvres : Au lieu de main­te­nir le niveau des recettes, on sabre dans les pres­ta­tions et dans la redis­tri­bu­tion. Pauvre monde, pauvre France. Nous décons­trui­sons en quelques années une dyna­mique qui a pris des dizaines d’an­nées à se former.

    La quan­tité de biens étant limi­tée, quand on allège les taxes, coti­sa­tions et impôts des plus riches, voire qu’on subven­tionne leurs acti­vi­tés, on ne fait que prendre aux plus pauvres pour cela. C’est tout bête mais bon à rappe­ler.

    Et si pour vous commen­ciez à voir d’un bon oeil tout ce qu’on vous demande de payer pour la collec­ti­vité ? La seule ques­tion est de savoir quel modèle social vous soute­nez, et si les trans­for­ma­tions en cours ont votre soutien.

    La lutte des classes existe, nous l’avons gagnée.
    — Warren Buffet

    Les « riches », eux, savent très bien où ils en sont. Je ne compte plus le nombre de fois où j’en entendu « tu devrais être pour, c’est posi­tif pour nous ». La phrase célèbre attri­buée à Warren Buffet n’a jamais été aussi vraie.

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-SA Doctor Ho

  • Et vous devriez vous en réjouir

    Le FN entre au Sénat. Et vous devriez vous en réjouir. Oui, même si le FN vous fait horreur.

    Il y a un non-événe­ment, et un vrai événe­ment.

    Le non-événe­ment c’est la montée du FN. Le FN repré­sente de manière stable 10 à 20% de la popu­la­tion depuis presque des dizaines d’an­nées.

    Ils ont 2 dépu­tés, et ont déjà été 35 à l’As­sem­blée Natio­nale (1986). Ils ont fait 18% à la prési­den­tielle de 2002 et ont même fait le meilleur score devant le PS et l’UMP aux dernières euro­péennes avec 24 dépu­tés sur 74. Dire que le résul­tat d’aujourd’­hui est syno­nyme d’une montée du FN est large­ment discu­table. Si on devait faire une bête compa­rai­son, le FN a même plutôt un très mauvais score au Sénat.

    C’est d’au­tant moins une « montée du FN » que l’élec­tion qui a eu lieu ce week-end est indi­recte. Les résul­tats ne repré­sentent pas le score du FN parmi la popu­la­tion mais acte sa repré­sen­ta­tion parmi des gens déjà élus (donc rien de neuf). Le FN serait aujourd’­hui soutenu par 1% de la popu­la­tion ou par 99%, il aurait pu faire le même score.

    Bref, pas de quoi faire même un entre­fi­let si ce n’est pour faire peur aux gens ou vendre des jour­naux (main­te­nant ça explique pourquoi ceux qui vivent de ces deux acti­vi­tés parlent encore d’une montée soudaine du FN).

    Le vrai événe­ment c’est qu’un parti qui repré­sente dura­ble­ment 10 à 20% de la popu­la­tion a pu enfin entrer au Sénat sans faire d’al­liance avec les deux gros partis histo­riques. Et ça, c’est forcé­ment bien pour la démo­cra­tie. C’est le contraire qui aurait été un scan­dale. Dans l’idéal il faudrait même qu’il ait nette­ment plus d’élus au sein des deux chambres natio­nales (vous pouvez multi­plier par 10 leurs repré­sen­tants actuels que vous seriez encore large­ment en dessous).

    Tout notre système est fait pour créer un bipar­tisme, faire peur avec les extrêmes mais empê­cher tout tiers de venir trou­bler la fête sans qu’il ne courbe l’échine en s’as­sujet­tis­sant à un des deux gros partis. Rien n’a changé à ce niveau, mais le système reste un peu perméable quand même, et ça c’est une sacré­ment bonne nouvelle.

    Si vous voulez râler, faites le contre les idées du FN, contre la popu­la­tion qui soutient le FN, mais certai­ne­ment pas dans le fait qu’ils soient repré­sen­tés dans nos insti­tu­tions. Ce, peu importe ce que vous pensez du FN : c’est hors sujet.

  • Renfor­cer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi

    Renfor­cer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi

    Je demande à @pole_emploi de renfor­cer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi
    François Rebsa­men

    Nouveau gouver­ne­ment. Chômage impor­tant. Première action et commu­ni­ca­tion.

    Parce qu’é­vi­dem­ment la cause majeure du chômage ce sont bien les chômeurs qui ne cherchent pas du travail (ou pas). Sinon tout serait résolu (ou pas). Il est urgent d’y répondre, il n’y avait rien de plus impor­tant à faire comme action pour le ministre du chômage.

    Le pire c’est que non seule­ment le Pôle Emploi ne fait déjà plus que ça (pape­ras­se­rie admi­nis­tra­tive, enre­gis­tre­ment et contrôles ; se rappe­ler du temps qu’ils ont pour chaque chômeur) mais en plus on renforce ici l’idée que ceux qui sont chômeurs ne sont que de vils profi­teurs.

    La stig­ma­ti­sa­tion c’est aussi ce qui rend plus diffi­cile de retrou­ver un emploi. L’idée (fausse) que la France est un pays d’as­sis­tés c’est ce qui dimi­nue la proba­bi­lité d’in­ves­tis­se­ment.

    Bref, c’était clai­re­ment le plus impor­tant à faire pour la relance du gouver­ne­ment et la confiance de la base socia­liste en ceux qu’elle a élu.

    Elle se voit suffi­sam­ment l’iro­nie là ?

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-ND par Kevin Sr.

  • Marke­ting écono­mique

    Marke­ting écono­mique

    À mettre en regard du précé­dent billet. Lu sur Le Monde :

    M. Gattaz avait déjà profon­dé­ment irrité François Hollande en décla­rant en juillet que la situa­tion écono­mique du pays était « catas­tro­phique ». « Il y a un problème de langage, ce langage-là doit chan­ger. A un moment, il faut que le patro­nat pense à ses propres inté­rêts et qu’il y ait la confiance [dans l’éco­no­mie] », lui avait rétorqué le chef de l’Etat.

    Des infor­ma­tions, une vision du pays ? non, si vous aviez encore des illu­sions, voilà l’im­por­tant dans la poli­tique : La commu­ni­ca­tion, envoyer des messages posi­tifs.  Une vraie croyance dans le fait qu’à force de dire que tout va bien les gens vont y croire et l’éco­no­mie va reprendre. Une sorte de méthode coué.

    Photo d’en­tête sous licence CC BY-NC-ND par Rajesh Pamnani

  • Comment la France veut contrer Netflix

    On note déjà par le titre que la France n’a pas pour objec­tif de four­nir un service meilleur ou aussi bon, ni de profi­ter d’une acti­vité écono­mique nouvelle, mais unique­ment de contrer et empê­cher quelque chose de neuf, et d’amé­ri­cain.

    Déjà ça part mal, et quand on aura dépassé ce stade, alors peut être qu’on pourra parler de French Tech, d’in­no­va­tion et de muta­tion numé­rique.

    Il [le CNC, centre natio­nal du cinéma, organe géré par le gouver­ne­ment] préco­nise des rappro­che­ments pour abou­tir à des offres visant l’au­dience la plus large possible ou un public plus restreint, dites offres de niche, afin de redy­na­mi­ser le secteur. Objec­tif : éviter que Netflix ne prenne une avance trop forte par rapport aux acteurs français.

    […]

    La première option des pouvoirs publics était la plus évidente : favo­ri­ser un rappro­che­ment, dans ce domaine, entre Orange et Canal+, deux des trois prin­ci­paux acteurs de la VoD en France (avec TF1). Cette option pouvait même appor­ter une solu­tion au cas Daily­mo­tion. Mais les négo­cia­tions ont échoué (lire ci-dessous). Le CNC a donc iden­ti­fié plusieurs entre­prises qui pour­raient servir de tête de pont face à Netflix. AlloCiné figure en tête.

    Bref, ça se confirme, et la méthode prévue c’est créer un masto­donte orga­ni­sa­tion­nel. La seule chose qu’on est capable de voir dans Netflix c’est la taille. Parler d’ex­pé­rience utili­sa­teur, de cible diffé­rente, d’ap­proche client ? Certai­ne­ment pas. On va juste créer une entité qui rapproche quelques énormes entre­prises et croire que d’un coup ça va appor­ter une solu­tion. Comme si c’était le problè­me…

    Quand c’est qu’on met des gens qui réflé­chissent à la tête des subven­tions gérées par l’État ?

  • Faire table rase, et cacher le passé

    C’est malheu­reu­se­ment habi­tuel, mais je ne peux m’em­pê­cher de secouer la tête à chaque fois.

    Le gouver­ne­ment ou l’élu change, la première action publique juste après la confé­rence de presse est toujours suppri­mer très très vite le site web précé­dent pour mettre quelque chose de neuf, quasi­ment vide au départ.

    La première. C’est urgent.  Pas juste mettre une nouvelle version, chan­ger les noms, biogra­phies et attri­bu­tions, mais suppri­mer le contenu du précé­dent. Qu’on fasse semblant de ne pas savoir qu’il y avait un précé­dent. Qu’on retire toute réfé­rence à ce qu’il a fait.

    Vous voulez réfé­ren­cez un contenu publié par l’an­cien président, l’an­cien gouver­ne­ment ? oubliez, il a été supprimé. Dans le meilleur des cas il sera remis en ligne ailleurs, bien caché dans des archives et sans redi­rec­tion à partir de l’an­cienne adresse.

    Il est hors de ques­tion que le site puisse parler d’autre chose que LE nouveau président ou LE nouveau gouver­ne­ment et faire de l’ombre à leur personne. Vous devriez avoir honte d’y avoir pensé.

    Même si on n’a aucun contenu à y mettre et juste un PDF à lier en page d’ac­cueil, même quand il y a conti­nuité dans le gouver­ne­ment avec la même couleur poli­tique et nombre d’in­chan­gés, même les pages d’aides, même les pages sur les insti­tu­tions elles-mêmes, non, on supprime tout.

    On peut rigo­ler, expliquer, justi­fier, person­nel­le­ment je n’y vois qu’une person­ni­fi­ca­tion désas­treuse des élus. Ils n’en­dossent pas un rôle ou ne prennent pas une charge, ils deviennent le nouveau roi. Il est temps d’ar­rê­ter tout ça. Le SIG joue le jeu, et c’est bien dommage (désolé, je ne peux pas faire de lien vers la page web du SIG, elle a été suppri­mée avec tout le reste, elle était sur l’an­cien site du gouver­ne­ment…).

  • Non, je n’ai pas voté pour toi

    Si je regarde le projet, la gestion actuelle de la ville – puisque vous êtes l’équipe sortante – ou même la couleur poli­tique, j’au­rai voté pour vous, pour toi maire de ma ville  (tu permets que je tutoie ? c’est l’usage ici, et de toutes façons je doute que tu me lises).

    Sauf que non.

    Tu occupes une fonc­tion exécu­tive ici depuis 25 ans main­te­nant, 1989 exac­te­ment. Ça date (et bien entendu vous étiez déjà dans le sérail aupa­ra­vant, entre autres en tant qu’as­sis­tante parle­men­taire). Même si on se contente du poste de maire, on parle de 15 ans, 1999.

    Vingt-cinq ans ! Qu’on ne me fasse pas croire qu’il était impos­sible de faire émer­ger des gens compé­tents et perti­nents pour prendre la suite.

    D’au­tant que visi­ble­ment ce sont déjà d’autres qui font le travail de tous les jours, manque de temps oblige : L’ex­press t’at­tri­bue 21 dans son clas­se­ment des cumuls, soit un sur-cumul équi­valent de plus de deux plein temps. Eux n’ont retenu que 5 mandats publics mais il faut ajou­ter 4 mandats d’ad­mi­nis­tra­trice (OPAC, centre hospi­ta­lier, fonds d’amé­na­ge­ment urbains, hospices civils), et 5 autres mandats dans des struc­tures poli­tiques et sociales connexes (Obser­va­toire de la laïcité, Conseil natio­nal de l’ha­bi­tat, comité de suivi du DALO, conseil social de l’USH) dont un en tant que prési­dente et un en tant que vice-prési­dente.

    Ce sont 14 mandats dans des struc­tures publiques ou sociales, et pas des petits ou en second plan ! auquels il faudrait bien entendu ajou­ter les éven­tuelles rôles secon­daires (comme les direc­tions de commis­sions) et les éven­tuelles occu­pa­tions à titre privé. N’en jetez plus !

    Bref, le travail semble bon, j’au­rai voté pour le succes­seur, pour la même liste mais avec de nouvelles têtes en haut. Pas ici, je ne veux plus de ce carrié­risme poli­tique.

    (et je publie ça après l’élec­tion, parce que l’objec­tif n’est pas de faire campagne)

  • Reprendre la main sur notre monde poli­tique

    Reprendre la main sur notre monde poli­tique

    Je vois telle­ment de gens rési­gnés par la poli­tique… des gens qui semblent pour­tant se sentir concer­nés par leur prochain. Comment en est on arri­vés là ?

    Ce doit être horrible de vivre en se disant qu’on ne peut rien y faire, alors qu’il a fallu des siècles pour permettre nos démo­cra­ties. Elles sont encore impar­faites, et c’est un faible mot, mais elles ne seront jamais meilleures que l’in­ves­tis­se­ment qu’on y met.

    D’autres avant nous avaient toutes les raisons d’être rési­gnés et d’avoir l’im­pres­sion d’être impuis­sants. Nous avons tant d’ou­tils et de possi­bi­li­tés de plus qu’eux. Ne jouons pas les enfants gâtés parce que c’est diffi­cile

    Ça me fait d’au­tant plus mal que d’autres peuples se battent en ce moment pour ce que nous dédai­gnons parce que ça demande un peu d’ef­forts.

    Même avec l’im­pres­sion d’im­puis­sance : n’aban­don­nons pas, ni pour nous ni pour les suivants. J’ai un enfant, quel monde lui laisse-je si laisse la démo­cra­tie à l’aban­don simple­ment parce ce que ça demande des efforts ?

    Ne nous lais­sons pas avoir par les débats sur les repré­sen­tants poli­tiques pour­ris, non repré­sen­ta­tifs, sur la non prise en compte du vote blanc et toutes ces excuses. Tout ça n’a d’im­por­tance que parce que nous lais­sons faire.

    Personne n’a dit que c’était facile, que ça se ferait en un jour, mais les choses ne peuvent chan­ger que si nous les repre­nons en main, si nous ne décla­rons pas forfait et que nous n’y inves­tis­sons pas un mini­mum de nous-mêmes.

    Nous avons un peu de démo­cra­tie, nous ne la perdrons que si nous ne l’uti­li­sons pas.

  • Immu­nité – vote à main levée

    Certains méca­nismes insti­tu­tion­nels peuvent sembler lourds ou exagé­rés, mais ils sont là pour garan­tir nos liber­tés et notre démo­cra­tie en des jours plus sombres.

    Malgré tout le mal que je pense de la non-levée de l’im­mu­nité de Serge Dassault, la dernière chose qu’il faudrait c’est lever le secret du vote du bureau du Sénat ou reti­rer globa­le­ment l’im­mu­nité des séna­teurs.

    Votes à bulle­tins secrets

    L’im­mu­nité doit proté­ger des pres­sions, et là c’est ce qu’on vit. Cela m’in­cite encore plus à m’op­po­ser au vote à main levée – Cathe­rine Procac­cia.

    N’ou­blions pas que nous parlons ici de corrup­tion et même de meurtre pour faire taire les alertes. Malgré tout nous sommes aujourd’­hui dans un contexte rela­ti­ve­ment calme. Le jour où nous aurons à juger un problème de plus grand ampleur encore, où les séna­teurs auront poten­tiel­le­ment peur pour leur vie, n’ai­me­rions-nous pas qu’ils puissent voter à bulle­tins secrets ? J’irai même plus loin à deman­der que la répar­ti­tion des votes elle-même soit confi­den­tielle dans le bureau.

    Si aujourd’­hui nous insti­tuons un vote à main levée par trans­pa­rence, nous y perdons sur le long terme. Juger de nos procé­dures à l’aune des jours où tout est calme est de bien mauvais conseil.

    La trans­pa­rence de la part des élus n’est en soi pas illé­gi­time, mais dans ce cas il faut leur permettre d’avoir de la force, et donc ici de voter en assem­blée plénière (et sans votes de groupe). Il est bien plus diffi­cile de faire taire person­nel­le­ment par la menace physique 348 séna­teurs qu’une poignée de gens dans un bureau.

    Immu­nité

    L’im­mu­nité part du même prin­cipe. Elle garan­tit la repré­sen­ta­tion du peuple contre l’ar­bi­traire poli­cier ou judi­ciaire. Aujourd’­hui c’est un non-risque et nous devrions lever les immu­ni­tés assez faci­le­ment sur simple demande raison­na­ble­ment justi­fiée – ce qui malheu­reu­se­ment n’a pas été fait.

    Demain il est possible que ce soit la seule alter­na­tive pour éviter que des dépu­tés de l’op­po­si­tion soient d’un coup mis en garde à vue oppor­tu­né­ment avant un vote impor­tant, ou que coller des procès longs soient une manière de faire pres­sion sur un repré­sen­tant pour l’ex­clure ou le discré­di­ter.

    Pensez à l’Égypte et à tous ces pays qui ont fait leur révo­lu­tion récem­ment, à ceux qui voient leurs dépu­tés empri­son­nés. Ce n’est pas une ques­tion pure­ment rhéto­rique, cela arrive dans d’autres pays et il s’agit d’un méca­nisme pour limi­ter les problèmes si un jour notre pays est moins calme qu’aujourd’­hui.

    Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Même si cela nous coûte aujourd’­hui, donne parfois un peu d’injus­tice ou quelques déra­pages, voire des scan­dales comme celui de Serge Dassault, ils ne sont que tempo­raires et bien moins grave que ce que nous risquons à reti­rer cette immu­nité.

    Et alors ?

    Tout n’est pas beau dans le meilleur des mondes. Le système fonc­tionne si nos repré­sen­tants agissent avec honnê­teté, sérieux et droi­ture.

    Je n’ose­rai pas deman­der qu’ils laissent l’as­pect parti­san de côté, mais c’est toujours Cathe­rine Procac­cia qui nous montre qu’il y a problème de ce côté là :

    Cela m’in­cite encore plus à m’op­po­ser au vote à main levée, car on ne regar­dera plus le dossier mais si c’est quelqu’un de droite ou de gauche qu’on protège.

    Le secret du vote est un compro­mis vis à vis des exigences d’un repré­sen­tant du peuple de façon à le sécu­ri­ser contre les pres­sions insur­mon­tables. Ici on est juste en train de dire soit que le jeu des partis est une pres­sion insur­mon­table pour la démo­cra­tie – ce qui en soit est sacré­ment grave si c’est vrai, et méri­te­rait qu’on les dissolve rapi­de­ment – soit que les dépu­tés préfèrent agir par inté­rêt poli­tique person­nel  avant toute autre consi­dé­ra­tion même face à des problé­ma­tiques qui impliquent corrup­tions massives et meurtres – ce qui est fina­le­ment tout aussi grave et méri­te­rait qu’on change immé­dia­te­ment l’in­té­gra­lité des dépu­tés et séna­teurs.

    La remarque de Cathe­rine Procac­cia est d’au­tant moins perti­nente qu’à une ou deux excep­tions près, il est presque acquis que le vote s’est bien joué dans une oppo­si­tion droite – gauche quand bien même le sujet ne s’y prêtait pas du tout et malgré le secret du vote.

    Donc voilà notre problème : Nos repré­sen­tants ont oublié leur rôle et leur charge, et se croient dans un jeu télé­visé où l’objec­tif est de gagner person­nel­le­ment puis par équipe.

    Solu­tions ?

    Reti­rer leur immu­nité ou leur impo­ser une trans­pa­rence des votes fera légè­re­ment recu­ler certains symp­tômes mais ne règlera en rien le problème de fond.

    Une première solu­tion serait de refondre certains systèmes qui donnent une trop forte prime au parti gagnant, et plus globa­le­ment aux très grands partis. Plus de partis implique plus de sensi­bi­li­tés diffé­rentes, plus d’op­tions pour à la fois suivre son opinion et suivre son groupe.

    Mais surtout limi­ter les mandats devient sacré­ment urgent, autant dans le cumul que dans la durée. Nous avons fait un premier pas, il est essen­tiel d’al­ler encore plus loin. Il faut reti­rer des inci­ta­tions à voter en groupe et dans un inté­rêt person­nel de réélec­tion toujours gran­dis­sant.

    Il y a d’autres mesures, comme regar­der de plus près les conflits d’in­té­rêts, surveiller les renvois d’as­cen­seur pour les nomi­na­tions, limi­ter les para­chu­tages lors des candi­da­tures aux élec­tions, et plus globa­le­ment reti­rer un maxi­mum de possi­bi­li­tés de s’as­su­rer une carrière au détri­ment de l’in­té­rêt natio­nal.

    Ce sera un combat perma­nent et jamais gagné, mais nous avons déjà des choses évidentes par lesquelles commen­cer. À commen­cer peut être déjà par arrê­ter d’élire tous ceux qui se contentent de voter en fonc­tion du critère majo­rité / oppo­si­tion et pas en fonc­tion du contenu des textes.