Catégorie : Politique française

  • Conces­sions Vinci

    L’idéo­lo­gie néoli­bé­rale semble dire que l’État n’est pas perti­nent, qu’il coûte trop cher, qu’il faut abso­lu­ment déchar­ger l’État via des parte­na­riats public-privé ou des conces­sions externes.

    Petit docu­ment très rapide pour commen­cer à y réflé­chir :

    Vinci: les concessions représentent 13,9% du chiffre d'affaire et 8% des effectifs, mais 58,8% du résultat net

    Vous prenez ça comme vous voulez, mais j’ai du mal à entendre l’idée que ce système est rentable pour quiconque d’autre que l’ac­tion­naire de Vinci.

  • Nouvelle donne

    Je commente les posi­tions de chacun mais j’évite en géné­ral de recom­man­der tel ou tel mouve­ment. Je préfère parler des propo­si­tions et des sujets eux-mêmes. Le débat d’idées est bien plus impor­tant que le jeu des person­na­li­tés et des partis.

    Main­te­nant il faut aussi le dire quand on voit des projets inté­res­sants. Je vous invite à décou­vrir les propo­si­tions du comité Roose­velt et celles du nouveau parti Nouvelle Donne.

    Vous êtes invi­tés à commen­ter ici ces diffé­rentes propo­si­tions, tant qu’on parle concret et pas idéo­lo­gie.

  • Pourquoi apprendre l’en­tre­preu­na­riat à l’école est une idée, et qu’on se moque qu’elle soit de gauche

    Quand je lis « Pourquoi apprendre l’en­tre­preu­na­riat à l’école est une idée de gauche » je me dis qu’il y a un problème avec l’ap­proche de notre classe poli­tique.

    Parler du pourquoi l’en­tre­pre­na­riat à l’école, de comment on va mettre en place l’idée – et le défi est là – ou de la perti­nence de commen­cer en 6ème, là ça serait plus qu’in­té­res­sant. Le billet parle en fait à peine de ces ques­tions, le sujet de fond semble plus être de convaincre les tiers que l’idée est compa­tible avec « la gauche » que de savoir si c’est en soi une bonne idée.

    Il faut quand même que notre démo­cra­tie soit bien malade pour que la ques­tion prin­ci­pale soit celle là, que la ques­tion soit celle du « qui » (quel élu, quel parti, quelle mouvance) et pas celle du « quoi ».

    Nos élus donnent l’im­pres­sion de croire qu’ils ne sont crédibles que quand ils sont unis derrière leur bannière. Lais­sez-moi leur dire dire : Vous devien­drez crédibles quand vous discu­te­rez le fond au lieu de voter et vous expri­mer en fonc­tion de la couleur atta­chée à la mesure débat­tue. On aura fait un grand pas pour notre pays. Que ce soit l’ha­bi­tude au parle­ment et que le billet soit écrit par un colla­bo­ra­teur parle­men­taire n’est peut être pas un hasard. On ne mesure pas tout le mal que font pour la percep­tion de la démo­cra­tie ces atti­tudes de godillot ou la procé­dure de vote de groupe du Sénat.

    Puisqu’on parle du monde de l’en­tre­pre­na­riat : dans le monde des star­tup on dit souvent qu’une idée ne vaut pas grand chose, c’est la mise en oeuvre qui compte. Parfois la phrase est racon­tée autre­ment : l’idée c’est moins de 1% de la valeur, le reste c’est la réali­sa­tion.

    Alors, si, au lieu de regar­der d’où vient l’idée, on discu­tait de pourquoi et comment la mettre en oeuvre ?

    Et au final, si l’en­tre­pre­na­riat à l’école était une idée de droite, ça chan­ge­rait quoi ? Elle devien­drait de fait une mauvaise idée à combattre ?

  • Décla­rons notre patri­moine, et voyons l’inu­ti­lité

    La décla­ra­tion de patri­moine de Jean-Noël Guérini est magni­fique. Elle nous offre un très bon exemple de l’ab­sur­dité de tout le système :

    Notre élu gagne 94 250 € par an. Il faut y rajou­ter des probables très fortes indem­ni­tés de repré­sen­ta­tions et autres aides diverses liées à sa fonc­tion.

    En sortie il n’y a pas de mutuelle (le Sénat y pour­voit), peu de frais de trans­port (train gratuit, avion peu cher), pas de frais de loge­ment (le premier a été hérité, le second est déjà remboursé – proba­ble­ment depuis facile une quin­zaine d’an­nées vu la date d’achat. Bref, il y a la vie courante et tout ce qu’on a envie de se payer pour son plai­sir, et éven­tuel­le­ment des écono­mies.

    Donc avec quasi­ment aucune sortie impor­tante, et des entrées de l’ordre de 100 000 euros au moins… On compte moins de 30 000 € de posses­sions, 20 000 € de parti­ci­pa­tion à une société qu’il a proba­ble­ment créée (vu que non cotée) et … moins 4 000 € de liqui­di­tés. C’est tout, pas d’as­su­rance vue, d’épargne, d’ac­tions en bourse, rien.

    Quel inté­rêt d’avoir de telles décla­ra­tions de reve­nus ? Vous imagi­nez qu’a­vec de tels reve­nus on enre­gistre si peu de posses­sions et des liqui­di­tés + épargne qui ne repré­sentent qu’un demi revenu mensuel hors indem­ni­tés ?

    Autant dire qu’au mieux tout fuit immé­dia­te­ment dans les posses­sions fami­liales grâce à des accords, et que tout ceci n’a aucun sens. Au mieux.

    Donc au mieux on vient de prou­ver par l’exemple la complète absur­dité de ces décla­ra­tions si elles ne sont pas éten­dues au moins à la famille. Sauf que la famille n’a rien demandé et on voit mal au nom de quoi on leur impo­se­rait des contraintes. 

    Quand bien même nous étudie­rions ce scéna­rio le moins repro­chable, il serait on ne peut plus inté­res­sant de se poser la ques­tion du « pourquoi, actuel­le­ment, orga­ni­ser la fuite de la tota­lité des capi­taux vers d’autres personnes ? ». Donc plus que savoir si untel est riche ou pas, ce dont je me moque tota­le­ment, on voit bien qu’il y a de quoi réflé­chir et de quoi inquié­ter nos poli­tiques.

  • L’im­plo­sion du système Dassault pour ceux qui ont raté le début

    Le tireur présumé, en fuite, s’ap­pelle Younès B. Son nom a fuité très vite. L’homme serait un proche de Serge Dassault d’après Le Point et le Canard enchaîné, qui déroule son CV :

    • chauf­feur du colis­tier de Serge Dassault, qu’il a rencon­tré en 1995 ;
    • emploi-jeune à la mairie de Corbeil ;
    • créa­teur d’une entre­prise en affaires avec la ville ;
    • homme de main de l’an­cien maire, dans les dépla­ce­ments, les soirées élec­to­rales et pour les missions plus discrètes :

    […]

    La victime, elle, fait partie (toujours selon le Canard), des jeunes de cités qui ont dénoncé en 2010 l’achat de votes par Serge Dassault, avant de se rétrac­ter.

    Si le scan­dale Dassault se confirme, je ne peux qu’es­pé­rer qu’il fasse élec­tro­choc.

    « – Je veux vous remer­cier tous de ce que vous avez fait, car c’est vrai que c’est en grande partie grâce à vous et je le sais. Les collages la nuit, etc.

    – De toute façon, pour nous monsieur le maire c’était clair et net, nous on voulait que ça soit Serge Dassault. Parce que nous on est une géné­ra­tion de personnes qui avons grandi avec vous. […] Lui il souhaite monter quelque chose en restau­ra­tion, moi c’est ma licence de taxi, on souhaite savoir si vous pouvez nous aider. […]

    – D’ac­cord. Pratique­ment pour vous aider c’est 30 000 euros ? Et vous aussi ?

    – Fran­che­ment l’idéal, moi je vous le dis, j’ai pas osé tout à l’heure, mais main­te­nant j’ose vous le dire, mais fran­che­ment la somme idéale c’est de commen­cer avec 80 000 euros.

    – Et moi mon frère, il a l’am­bi­tion de créer une société de trans­port inter­na­tio­nal. Et ça repré­sente une somme de 100 000 euros. […]

    – Mais si vous dispa­rais­sez tous, moi après j’ai plus personne !

    – Devant vous vous avez sept jeunes qui sont prêts à rele­ver leurs manches. Ils seront toujours actifs sur Corbeil parce qu’on a tous grandi à Corbeil. On ne va pas vous aban­don­ner comme vous avez vu monsieur. »

  • L’in­ter­dic­tion du cumul des mandats va être repous­sée en 2016–2017

    Le problème pour les réformes du système poli­tique, c’est qu’il faut forcé­ment frois­ser des inté­rêts person­nels d’élus. Si on ajoute la crainte de perdre, il y a à chaque fois de bonnes raisons de recu­ler.

    Du coup…. 2016 – 2017 pour l’in­ter­dic­tion du cumul des mandats, et même proba­ble­ment un peu plus parce qu’il n’y a pas de raisons qu’on ne recule pas encore une fois.

  • France: le site elysee.fr pris d’amné­sie

    Sérieu­se­ment je commen­ce­rai à croire que nos élus pensent à leur fonc­tion avant leur personne quand ils arrê­te­ront de donner tous les symp­tômes du contraire.

    Que trouve-t-on sur le site de l’Ély­sée ? Des infor­ma­tions sur la prési­dence ? non, des infor­ma­tions sur le président. La nuance est impor­tante que « le » président ne désigne que l’ac­tuel, en excluant tous les autres.

    Bref, ce n’est pas le site de l’Ély­sée mais le site person­nel du président, à fins promo­tion­nelles. Malheu­reu­se­ment un président ça se change, et on perd donc toute l’his­toire de la fonc­tion, tout ce que devrait être ce site : une archive et une source d’in­for­ma­tion. C’est dommage en plus parce que le nouveau site basé sur une notion de calen­drier chro­no­lo­gique aurait été parfait pour cela.

    Il faut dire que le précé­dent avait fait pareil et avait forte­ment person­na­lisé le site à sa personne. Main­te­nant l’ex­cuse du manque de moyens pour repro­duire cette erreur, c’est un peu diffi­cile à avaler. Un site effi­cace avec reprise des archives et fait pour durer plusieurs prési­dences, c’est un budget négli­geable dans les dorures du budget prési­den­tiel qui dépassent la centaine de millions d’eu­ros annuels.

     

  • Accoyer prend posi­tion contre le cumul des mandats

    La presse nous donne chaque jour de quoi appré­cier l’hon­nê­teté et la cohé­rence poli­tique. Aujourd’­hui Bernard Accoyer prend posi­tion contre le cumul des mandats (enfin certains cumuls, pas tous) :

    [Il] juge que le cumul d’un mandat natio­nal avec un mandat local est « une de ces lour­deurs qui para­lysent le pays ».

    […]

    « Je suis favo­rable au main­tien du cumul de mandats sans respon­sa­bi­lité exécu­tive locale, c’est-à-dire conseiller muni­ci­pal, conseiller géné­ral. Mais une respon­sa­bi­lité exécu­tive crée une confu­sion, et nous sommes le seul pays à avoir cela ? »

    […]

    Il a jugé que la « levée de boucliers » des parle­men­taires à l’époque était notam­ment due au fait que beau­coup d’entre eux cumu­laient avec des mandats locaux. Le projet dimi­nuant les recettes des collec­ti­vi­tés locales, les dépu­tés le refusent puisqu’ils sont souvent, à la fois élu natio­nal et élu local. […] pour 5 milliards d’eu­ros au moins chaque année, [l’État] supporte cette ambi­guïté, ce conflit d’in­té­rêts »

    La posi­tion est vu comme « moderne », même si elle accepte encore un cumul entre local et natio­nal. Éton­nam­ment l’élu affiche bien depuis main­te­nant vingt ans le cumul des fonc­tion natio­nales de député et des fonc­tions exécu­tives locales de maire d’An­necy-le-vieux. Mieux, en paral­lèle il a même été président du groupe majo­ri­taire à l’As­sem­blée pendant trois ans et président de l’As­sem­blée pendant cinq, cumul proba­ble­ment encore plus diffi­cile à tenir, au point d’ailleurs de puiser dans sa réserve de président de l’As­sem­blée pour finan­cer un projet de sa commu­nauté de commune.

    Donc il agit consciem­ment et sans visi­ble­ment y trou­ver à redire avec une action propre à para­ly­ser le pays et en créant ambi­guité & conflit d’in­té­rêt.

    Alors quoi ? Je vous propose de choi­sir :

    • Propo­si­tion 1 : Il ne croit pas un instant ce qu’il dit, mais ça donne une bonne image de lui dans l’opi­nion
    • Propo­si­tion 2 : Il ne croit pas un instant ce qu’il dit mais c’est une bonne opéra­tion poli­tique pour mettre X ou Y en diffi­culté ou se déta­cher de X ou Y groupe d’in­fluence
    • Propo­si­tion 3 : Il croit ce qu’il dit, mais consi­dère que ça ne s’ap­plique pas à lui
    • Propo­si­tion 4 : Il croit ce qu’il dit, mais consi­dère qu’il en « a le droit » et qu’il est là pour profi­ter au plus possible, pas pour être gentil

    Notez que les propo­si­tions ne sont pas toutes exclu­sives les unes des autres, mais qu’au­cune ne me donne envie de lui pour me repré­sen­ter.

  • Ministre, un trem­plin royal

    La rumeur vient sans doute du fait que l’on m’avait proposé d’être garde des Sceaux.

    J’ai refusé parce que j’avais dit que je serais candi­date à la prési­dence de l’As­sem­blée natio­nale.

    J’au­rais dû accep­ter : le fait d’être ministre m’au­rait aidée à gagner l’élec­tion légis­la­tive.

    Qu’une ancienne candi­date à la prési­den­tielle du parti actuel­le­ment au pouvoir se permette de dire ça en dit long sur nos repré­sen­tants et leurs objec­tifs. À ce point c’est tout de même arri­ver bien bas. Heureu­se­ment, après qu’on ait pensé à elle pour l’Ins­ti­tut du monde arabe (allez savoir sur quelles quali­fi­ca­tions), elle a un poste bien au chaud sur la toute nouvelle banque d’in­ves­tis­se­ment. [Il est où le point d’iro­nie sur ce clavier ?]

    Que ça ne fasse pas plus scan­dale que ça et que ce soit VSD qui arrive à s’en faire écho, là ça fait mal à ma presse. Vu l’his­to­rique entre les deux on peut penser à un bidon­nage mais le fait que ce soit repris partout sans être démenti en fait douter. Possible aussi que ce soit un propos volon­tai­re­ment lâché pour faire parler d’elle, qu’il soit vrai ou non – probable même vu le maga­zine choisi – mais ce ne serait pas beau­coup plus glorieux ou plus récon­for­tant pour notre classe poli­tique.

  • Trans­pa­rence de l’IRFM

    Toujours poli­tique, s’il fallait un argu­ment pour prou­ver qu’il faut vite mettre un coup de pied dans la four­mi­lière des rému­né­ra­tions du parle­ments, ce sont les parle­men­taires qui le donnent eux-mêmes :

    Actuel­le­ment, les dépu­tés reçoivent chaque mois une indem­nité parle­men­taire de 7 100 euros, soumise à l’im­pôt, et une Indem­nité repré­sen­ta­tive de frais de mandat (IRFM) de 6 400 euros, tota­le­ment exoné­rée. Le problème est que cette IRFM ne fait en pratique l’objet d’au­cun contrôle, et s’ap­pa­rente à un complé­ment de revenu : en gros, les dépu­tés doublent leur salaire, sans le dire, et sans payer les impôts corres­pon­dants.

    […]

    Or le nouveau président de l’As­sem­blée, Claude Barto­lone, vient de réaf­fir­mer qu’il était hors de ques­tion de chan­ger ce régime, car il faudrait compen­ser les dépu­tés français du fait qu’ils seraient rela­ti­ve­ment peu rému­né­rés en Europe.

    Dans le genre « je me tire une balle dans le pied pour expliquer que je ne sais pas viser » c’est un argu­ment assez inté­res­sant. En gros on vient de nous dire que le détour­ne­ment des de l’in­dem­nité pour frais de mandat est telle­ment insti­tu­tion­na­lisé que si on commençait à véri­fier ce qui en est fait, il faudrait compen­ser la perte (?!?) en augmen­tant les salaires.

    Je vais être gros­sier mais bordel, on parle des repré­sen­tants du peuples ! qui font les lois ! et ça ne les gêne pas une seconde de déci­der unila­té­ra­le­ment qu’ils ne sont pas assez payés et donc qu’il ont le droit de détour­ner des sommes à leur propre usage, nettes d’im­pôts, sans justi­fi­ca­tion. Et c’est une réponse qui veut justi­fier le non-contrôle des indem­ni­tés de frais et des rému­né­ra­tions annexes ? Je crois qu’il y a un déca­lage avec la vie réelle qui n’est même plus mesu­rable là.