Droite, gauche, tout ça

Nous ne sommes pas un parti d’ex­trême droite

Un ou une respon­sable du Rassem­ble­ment Natio­nal, récem­ment à la radio

Le jour­na­liste a répliqué que si. J’ai eu la même réac­tion dans ma tête mais y réflé­chir c’est loin d’être aussi évident.

Factuel­le­ment, sur mes trois critères intui­tifs pour défi­nir l’axe droite / gauche, le RN me parait bien à droite, mais nette­ment moins que LR. L’étiquette d’ex­trême droite ne corres­pond pas à une droite extrême et ça me dérange quelque part.

Droite, gauche, extrême, tout ça n’est pas si simpliste et ça me fait me poser des ques­tions.

C’est quoi la droite ?

Je vous ai demandé ce qui quali­fiait pour vous l’axe droite gauche. Je refor­mule ici quelques réponses :

Gauche : Utili­ser la dette pour inves­tir pour tous (Keynes)

Droite : Pas de dette, pas d’in­ves­tis­se­ment car ruis­sel­le­ment (Smith

https://twit­ter.com/trac­ta­taire/status/114650327993486951

Gauche : On veut chan­ger le monde, créer une société nouvelle que l’on croit meilleure

Droite : On accepte le monde tel qu’il est, ou on souhaite le faire reve­nir à un état passé

https://twit­ter.com/bumble­bee_fr/status/1146506586623545345

Gauche : Huma­nisme et soli­da­rité

Droite : Conser­va­tisme et respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle

https://twit­ter.com/zemoko/status/114650483640335564

Gauche : Tend à recher­cher une société juste, quitte à boule­ver­ser l’ordre établi

Droite : Tend à préser­ver l’ordre établi, les tradi­tions, au nom de « valeurs » histo­riques

https://mamot.fr/@peti­te­vieille/10237931506933507

Gauche : Idée forte de l’éga­lité des indi­vi­dus. Aucun indi­vidu n’a par nature une valeur moindre (que ce soit sa vie, sa santé, etc…), ne mérite moins qu’un autre

Droite : Présup­posé du genre « X, par ce qu’il est/fait/ ne fait pas, n’est pas assez méri­tant pour tel truc »

(compte privé)

Gauche : Un État qui laisse les gens libre/progres­siste sur les aspects socié­taux, mais control freak sur les aspects écono­miques / entre­prise.

Droite : Un État qui laisse libre sur les aspects écono­miques / entre­prise, mais conser­va­teur / control freak sur les ques­tion de société

https://twit­ter.com/Modj0r/status/1146525377340346368

Gauche : Se préoc­cupe du bien être de tous

Droite : Se préoc­cupe du succès indi­vi­duel

https://twit­ter.com/anthony_ricaud/status/1146545870084685836

Gauche : Croit en l’in­di­vidu. La gran­deur de la France passe par le bonheur des français

Droite : Croit en un État fort. Le bonheur des français passe par la gran­deur de la France

https://twit­ter.com/nico­las­sing/status/1146531514311745538 et suivant

Gauche : Avan­cée collec­tive

Droite : Mérite indi­vi­duel

(compte privé)

Gauche : La réus­site du groupe permet la survie des indi­vi­dus

Droite : Les réus­sites des indi­vi­dus permettent la survie du groupe

https://twit­ter.com/simple­mentNat/status/1146698809575202817

Tout ça n’est pas si loin de mes trois critères person­nels :

Gauche : Respon­sa­bi­lité collec­tive, protec­tion des indi­vi­dus, progres­sion des liber­tés civiles

Droite : Respon­sa­bi­lité indi­vi­duelle, protec­tion de l’éco­no­mie, conser­va­tion ou retour à l’ordre moral

On me dit que la caté­go­ri­sa­tion droite / gauche n’a plus lieu d’être mais fina­le­ment les réponses données forment un tout assez cohé­rent.

Si certains critères semblent très diffé­rents (écono­miques, sociaux, espé­rance de chan­ge­ment) et que tout n’est pas aussi binaires, tout ça semble quand même assez lié.

Une des réponses qu’on m’a fait a l’avan­tage de trou­ver une géné­ri­cité à tout ça :

Gauche : Pense plus le sujet comme un être social et iden­ti­fie alors des struc­tures d’échelles et des liens consti­tu­tifs à la fois des sujets et de la société, dans un projet global (on parle de holisme)

Droite : S’iden­ti­fie à la notion d’ordre ; place cet enjeu dans un cadre moral géné­ra­le­ment fort, voir coer­ci­tif, dont le centre est le sujet (iden­tité, citoyen­neté, respon­sa­bi­lité, croyance, mérite, etc.).

(réponse privée)

Mais alors les extrêmes ?

Si l’ex­trême gauche se retrouve toujours aussi plus ou moins dans la gauche extrême, ce n’est pas vrai pour l’ex­trême droite actuelle

On y ajoute un autre axe. Intui­ti­ve­ment je lis des ques­tions de natio­na­lisme ou globa­le­ment de consti­tu­tion d’un « nous » et d’un « eux » — peu importe qui est le « nous » et qui est le « eux ».

On y trouve rapi­de­ment l’au­to­ri­ta­risme comme réponse pour poli­cer, chas­ser ou exclure le « eux », la défiance aux autres, la radi­ca­li­sa­tion, le complo­tisme ; et du popu­lisme pour légi­ti­mer cette posture auto­ri­taire.

À droite ça prend la forme du natio­na­lisme voire de la xéno­pho­bie, avec une réponse qui va de la mili­ta­ri­sa­tion et répres­sion jusqu’au racisme et au fascisme.

Extrême centre

Mon problème avec ce double critère c’est qu’il n’est pas simple. Rien qu’aujourd’­hui, trois articles de presse me font très peur.

Auto­ri­ta­risme, mili­ta­ri­sa­tion, répres­sion, protec­tion d’un nous État + police contre un eux mani­fes­tants et étran­gers, au risque de dépas­ser allè­gre­ment les droits fonda­men­taux.

Et pour­tant, nous n’avons pas un gouver­ne­ment d’ex­trême droite. Personne ici ne le quali­fie­rait comme tel.

Bref, quelque chose manque encore dans mes clas­si­fi­ca­tions, ou alors nous refu­sons de voir ce qui est en face de nous.

Certains parlent d’ex­trême centre. Si la clas­si­fi­ca­tion d’ex­trême n’est pas liée au posi­tion­ne­ment sur l’axe droite – gauche, ce n’est peut être pas une mauvaise déno­mi­na­tion.

Rejoindre la conversation

1 commentaire

  1. Les actualités dont tu parles sont liées à l’exercice du pouvoir. On distingue alors classiquement les gouvernants et les gouvernés, avec un rapport de force entre les deux plus ou moins développé selon le moment de l’histoire. Le fait ici va au-delà de la différence gauche/droite : c’est le rapport au pouvoir d’un côté, et le principe de gouvernance de l’autre, nécessaire au premier, à tel point que la violence lui est permise.

    A ma connaissance, le seul mouvement politique qui s’est chargé de dissoudre ce problème est l’anarchisme, notamment via une réduction radicale des échelles (à noter au passage que les volontés de changement constitutionnels pour une « démocratie participative » sont des tentatives de réponse à ce problème universel).

    Entre ce qui concerne le « nous » et « eux », c’est une constitution sociale. Très schématiquement, elle est nourrie par une conscience de classes ou par des références identitaires. La première est éminament politique : elle est fondamentalement liée à la question du pouvoir et à son accès ; c’est l’intervalle de la démocratie représentative.

    La seconde constitution a un caractère beaucoup plus anthropologique. Plus superficielle politiquement, elle est pourtant profonde du point de vue historique et culturelle. Elle est un « mouvement de pays » qui répond au bouleversement d’un clivage total (spatial et temporel) entre mondialisation et vie quotidienne.

    On ne peut donc pas vraiment mélanger ces deux phénomènes pour la raison qu’ils manifesteraient tous deux des séparations. Mais on peut peut-être remarquer que ce sont dans les deux cas des enjeux de pouvoir à des échelles hors de portée qui les animent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À propos de ce site, du contenu, de l'auteur
Je poste parfois ici des humeurs ou des pensées. Parfois je change, parfois je me trompe, parfois j'apprends, et souvent le contexte lui-même évolue avec le temps. Les contenus ne sont représentatifs que de l'instant où ils ont été écrits. J'efface peu les contenus de ce site, merci de prendre du recul quand les textes sont anciens. Merci

À toutes fins utiles, ce site est hébergé par Scaleway, ONLINE SAS, joignable par téléphone au +33 (0)1 84 13 00 00 et joignable par courrier à l'adresse BP 438 - 75366 Paris Cedex 08.