Catégorie : Politique française

  • Copé dément trou­ver « minables » les parle­men­taires « qui se contentent de 5000€ »

    « Tu comprends si on n’a que des gens ici qui se contentent de 5000 euros par mois, on n’aura que des minables. »

    Jean François Copé dément trou­ver « minables » les parle­men­taires « qui se contentent de 5000€ », mais la cita­tion est le reflet bien trop criant de la façon dont on perçoit la rela­tion de nos repré­sen­tants avec les salaires et le patri­moine.

    C’est loin d’être la première fois qu’on ressent ce déca­lage énorme entre la réalité de la popu­la­tion et le senti­ment de nos repré­sen­tant. Bien peu d’entre eux seraient même capable d’ima­gi­ner vivre avec moins de trois fois le smic. Forcé­ment, ce qui va de soi pour eux, ce qui leur semble impor­tant ou pas, prend forcé­ment des tour­nures diffé­rentes. Comment voulons-nous qu’ils comprennent la gravité d’un gréviste qui demande une augmen­ta­tion de 50 euros par mois ? Forcé­ment, quand on gagne 5 000 fois ça par mois, on peut avoir l’im­pres­sion que la grève est juste pour le plai­sir.

    Mise en pers­pec­tive : En 2009 le dernier décile est à 35 000 euros par an, soit 2 900 euros par mois. Seuls 10 % des gens gagnaient plus que ça. Autant dire qu’il est peu probable que ceux qui se contentent de 5 000 soient tous des minables, même quand ils ont les compé­tences pour être à très haut niveau.

  • “Fadettes” : Orange veut attaquer l’Etat en justice

    Je termine une petite série sur la télé­pho­nie mobile et la sécu­rité qu’on y porte avec l’af­faire des fadettes. Rien de neuf pour ceux qui suivent l’ac­tua­lité. L’État s’est affran­chit des règles en récla­mant trop faci­le­ment aux opéra­teurs des dizaines de milliers de demandes d’in­for­ma­tion.

    Ces demandes permettent de connaitre l’iden­tité des titu­laires, leur compte en banque, leur adresse, la liste de leurs posi­tions géogra­phiques dans le temps, les numé­ros appe­lés ou reçus. Bref, une intru­sion magni­fique dans la société de surveillance que 1984 abor­dait tout juste.

    Bien évidem­ment on s’en sert vite pour gérer le pouvoir et espion­ner les jour­na­listes ou les juges. Bien évidem­ment tout ceci est illé­gal. Bien évidem­ment, ceux qui en sont à l’ori­gine ne sont même pas suspen­dus de leurs fonc­tions.

    L’ac­tua­lité est toujours une source d’hu­mour noir. “Fadettes” : Orange veut attaquer l’Etat en justice. Ils répondent à 10 à 15 000 demandes par mois (multi­pliez par 3 pour obte­nir les chiffres tous opéra­teurs confon­dus). Ça coûte cher et l’État aurait un arriéré de 50 millions d’eu­ros à payer. Dans sa grande magna­ni­mité, il propose de n’en régler que la moitié, ce que bien évidem­ment Orange ne peut accep­ter.

    Mais outre le chiffre de 15 000 demandes par mois rien que pour Orange ou le montant fara­mi­neux de la dette pour payer ces demandes, il est inté­res­sant de noter un chiffre : Ce sont 160 personnes qui travaillent à temps plein chez Orange unique­ment pour inter­cep­ter factures détaillées, dont au moins une partie est réali­sée hors contexte légal au profit du pouvoir en place.

    Ne comp­tons pas sur les opéra­teurs mobiles pour signa­ler le scan­dale d’eux même. Dans notre société l’éthique a peu d’im­por­tance. Par contre, dès qu’on parle de sous… Il faut dire qu’une société de surveillance à la 1984, ça coûte cher.

  • Affi­chage publi­ci­taire : Paysages de France fait condam­ner l’État pour la 54e fois

    Quand, au sujet de l’affi­chage publi­ci­taire : Paysages de France fait condam­ner l’État pour la 54e fois, ce n’est pas tant la ques­tion de l’af­fi­chage sauvage qui me préoc­cupe, mais l’en­tê­te­ment des repré­sen­tants de notre état à consi­dé­rer que fina­le­ment la loi ne s’ap­plique pas qu’à leur bon vouloir, alors qu’elle est d’abord là pour défendre le citoyen et non l’État. Je m’inquiète encore plus quand l’as­pect commer­cial est consi­déré comme ayant la primauté sur quasi­ment tout le reste.

    C’est vrai ici, mais aussi dans beau­coup de déci­sions de justice, de lois, ou simple­ment de déci­sions de tous les jours. C’est à croire que notre État est là pour les entre­prises, et que c’est seule­ment ensuite qu’on orga­nise les citoyens en ce qu’il est néces­saire des les lais­ser vivre dans un certain confort pour remplir ces entre­prises.

    Il y a comme un problème de prio­ri­tés.

  • HADOPI : la gadge­to­phrase de l’Ely­sée qui fait tâche

    Des fois il y a des croi­se­ments amusants.

    Premier acte, le gouver­ne­ment tente d’agir contre la contre­façon en prenant des moyens détour­nés qui lui évitent d’avoir à prou­ver quoi que ce soit : Si votre adresse IP est repé­rée sur des serveurs de télé­char­ge­ment et liée à des conte­nus proba­ble­ment illi­cites, vous voilà aver­tis puis inter­dit de connexion Inter­net. Le prétexte offi­ciel c’est le défaut de sécu­ri­sa­tion de la connexion. L’ar­gu­ment offi­ciel c’est que votre adresse IP suffit à vous attri­buer la faute.

    Second acte, un petit malin monte un site qui tente de lister les télé­char­ge­ments P2P faits à partir de votre adresse IP. Là on peut tenter des adresses de l’Ély­sée et rire d’y trou­ver des conte­nus contre­faits. Il est diffi­cile de savoir si l’adresse IP a été injec­tée dans les serveurs P2P par un petit malin ou si réel­le­ment quelqu’un a télé­chargé des conte­nus illi­cites à partir de l’Ély­sée. Les deux hypo­thèses semblent peu crédibles et nous ne saurons jamais laquelle est la bonne.

    C’est le troi­sième acte qui est amusant avec une décla­ra­tion de l’Ély­sée. HADOPI, la gadge­to­phrase de l’Ely­sée qui fait tâche :

    « les adresses IP ne sont pas fiables car elles peuvent être pira­tées. »

    C’est le fonde­ment même de toute la poli­tique du gouver­ne­ment via la Hadopi qui est pour­tant basé sur la soli­dité des repé­rages par adresse IP. Bref, ça fonc­tionne pour les autres, mais pas pour eux.

    Bien évidem­ment, nous sommes dans la réalité et il ne faut pas cher­cher de la cohé­rence. Cela ne remet bien entendu pas du tout en cause le côté répres­sif de la Hadopi qui fonc­tionne sur ce prin­cipe, ou les millions d’eu­ros qui y sont dédiés. Faudrait pas rigo­ler trop long­temps.

  • Marine Le Pen veut créer « une natio­na­lité à points » – Laïcité

    Oubliez le fait qu’on parle de Marine Le Pen. N’im­porte quel poli­tique peut dire n’im­porte quoi, et quand on parle de natio­na­lité ou de laïcité, aucun parti n’est à l’abri d’im­bé­ciles. Mais voilà, quand Marine Le Pen veut créer « une natio­na­lité à points », elle consi­dère qu’il faut se soumettre aux grands prin­cipes de la France, dont la laïcité. Et là ça me fait mal.

    Ça ne me fait pas mal sur les grands prin­cipes ou sur la laïcité, mais sur la soumis­sion à la laïcité. Nous faisons telle­ment de cas de ce grand prin­cipe que nous en arri­vons à l’in­ver­ser tota­le­ment.

    C’est le peuple et le citoyen de natio­na­lité française qui soumet l’état à un prin­cipe de laïcité. Le citoyen, lui, a au contraire un grand prin­cipe de liberté de son exer­cice et de son expres­sion reli­gieuse, garanti et par la consti­tu­tion et par la conven­tion des droits de l’homme.

    Compre­nons nous bien, la laïcité est un attri­but de l’état

    et, par exten­sion, de ses repré­sen­tants. On peut trou­ver anor­mal que le Président de la Répu­blique assiste offi­ciel­le­ment à une messe catho­lique. On peut consi­dé­rer comme une erreur grave qu’il accepte et vienne se faire remettre une charge reli­gieuse comme le titre de chanoine. On peut même trou­ver anti­cons­ti­tu­tion­nel que ce président parle de remettre la reli­gion au coeur de la vie de la cité. Tout ceci est une atteinte grave à la laïcité de l’État.

    Par contre quand on parle de soumettre un citoyen nouvel­le­ment français au prin­cipe de laïcité je ne comprends plus. Ce prin­cipe ne s’ap­plique pas à lui, il est à son entière béné­fice. Lui a le droit d’ex­pri­mer sa reli­gion publique­ment, de l’exer­cer sans autre limi­ta­tion que la loi. On peut à la limite consi­dé­rer qu’il doit s’abs­te­nir de signes exté­rieurs osten­ta­toires quand il a un rôle public lié à l’État comme un rôle d’ac­cueil en mairie ou d’en­sei­gnant. On peut même (bien que je le digère mal), consi­dé­rer que ces signes doivent aussi être reti­rés dans quelques situa­tions très spéci­fiques comme le milieu éduca­tif où cela serait une pres­sion sur autrui trop impor­tante. Ça s’ar­rête là.

    J’ai­me­rai bien qu’on puisse me dire dans quelle situa­tion un citoyen, en tant que citoyen, pour­rait faire une entorse au prin­cipe laïcité. Nulle part ça ne s’ap­plique à lui.

    La Laïcité ce n’est pas la dispa­ri­tion des reli­gions, c’est l’in­dif­fé­rence totale par rapport à la ques­tion. Quand un poli­tique, en son rôle public parlant de poli­tique de l’État, cherche à mili­ter contre telle ou telle mani­fes­ta­tion reli­gieuse en usant du terme de laïcité, ce qu’il fait est exac­te­ment opposé au prin­cipe de laïcité. Du coup je retire un point au permis de natio­na­lité française de Marine Le Pen. Il en reste combien ?

  • Les maladresses d’une inter­view sur un nouveau média

    Petite polé­mique entre Rue89 et Alain Lipietz. Le premier publie un article après un déjeu­ner en tête à tête avec le second. Alain Lipietz réagit en consi­dé­rant qu’on a trahit ses propos et manqué de déon­to­lo­gie. Le rédac chef s’ex­prime à son tour pour défendre le papier publié.

    Je vous conseille de lire les deux derniers. Le premier article n’a lui-même que peu d’in­té­rêt dans l’his­toire. Person­nel­le­ment c’est le dernier qui me fait réagir.

    Il est diffi­cile de pouvoir juger quoi que ce soit, faute d’avoir été présent au déjeu­ner, d’avoir vu les notes de la jour­na­liste, ou d’avoir lu la version envoyée avant publi­ca­tion à Alain Lipietz. Toute­fois, dans la réponse du rédac chef, je vois trop de choses contes­tables pour accep­ter la posi­tion de Rue89. (suite…)

  • Aujourd’­hui, Coluche serait avec Marine Le Pen

    Je n’ai aucune envie de savoir si aujourd’­hui Coluche serait avec Martine Le Pen ou non. La ques­tion contient en elle-même la réponse qu’elle cherche à provoquer, peu importe si cette réponse a du sens.

    Par contre je ne peux m’em­pê­cher, à chaque fois que j’en­tends de vieux sketchs, et pas que de Coluche, que ces comiques seraient aujourd’­hui mis au ban de la société. Je suis même convaincu qu’ils fini­raient proba­ble­ment pour beau­coup dans les extrêmes, à force de rejet. Les extrêmes sont les seuls espaces où il est possible d’ac­cep­ter des gens dont les idées sont reje­tées par les autres. Ceux qui refusent de se plier au consen­suel finissent forcé­ment soit par se taire soit par s’y faire plus ou moins happer, même si les idées ne s’y assi­milent pas..

    Ce n’est pas qu’une ques­tion de contexte social, ou le racisme étaient moins jugé inac­cep­table et donc encore sujet à l’hu­mour, c’est un enjeu plus large de capa­cité à s’ex­pri­mer sur tous les sujets. Nous avons plus de tabous, et nous n’ac­cep­tons plus aucune pensée hors du consen­sus. C’est très dange­reux pour notre avenir. C’est ainsi que la société peut se faire embri­ga­der, contrô­ler, ou simple­ment qu’elle s’em­pêche d’évo­luer et progres­ser.

  • Joue-la comme Copé à la télé, en douze leçons

    Rien de neuf, les poli­tiques font de la langue de bois. Rue89 s’amuse à jouer comme Copé à la télé et à repé­rer les manœuvres. Il est vrai qu’en ce moment c’est peut être lui qui joue le plus de mauvaise foi (rôle de porte parole du parti domi­nant oblige ?) mais ça pour­rait tout à fait se faire avec la plupart des poli­tiques actuels.

    Et si le problème était plutôt dans l’ab­sence de vrais jour­na­listes pour insis­ter et contrer ces systèmes de commu­ni­ca­tion éculés ? C’est plutôt là notre problème en France. Si on subit ce genre de commu­ni­ca­tion, c’est parce que nulle part on ne l’em­pêche. Il ne tient qu’à nous d’avoir de vrais jour­na­listes comme dans les pays qui ont un vrai débat poli­tique, et de boycot­ter les autres.

  • Si Copé n’exis­tait pas, faudrait-il l’in­ven­ter ?

    Si Copé n’exis­tait pas, faudrait-il l’in­ven­ter ? Je passe le fond de l’ar­ticle, même si je colle assez bien au contenu : Une ques­tion qui se discute au premier sujet de plusieurs 20h d’af­filé peut diffi­ci­le­ment être quali­fiée de non-démo­cra­tique dans notre système actuel. Elle l’est même bien plus que la plupart des autres, donc la dernière augmen­ta­tion de TVA annon­cée alors que personne n’en avait discuté aupa­ra­vant en public.

    Bon, nous sommes dans le jeu poli­tique et J.F. Copé a visi­ble­ment accepté de se griller person­nel­le­ment pour faire passer tous les messages qu’on lui dirait de faire passer pour le bien du parti. Le fond est peu impor­tant ici.

    Au nom de la France

    Par contre sur la forme, le « au nom de la France » est ce qui me choque. Il y a de plus en plus une confu­sion entre le parti majo­ri­taire et le pouvoir, comme si ce dernier repré­sen­tait lui-même la France. C’est une dérive des plus dange­reuses pour la repré­sen­ta­ti­vité et le prin­cipe même de démo­cra­tie où tout le monde à sa voix, et pas que ceux du parti majo­ri­taire.

    Non, l’UMP ne parle pas « au nom de la France ».

  • Le jour­na­lisme est-il à la hauteur ?

    À lire : Le jour­na­lisme est-il à la hauteur ?

    Fran­che­ment, j’ai trop souvent l’im­pres­sion de voir des atta­chés presse à la place des jour­na­listes poli­tiques en France. Côté télé­vi­sion je rejoins ce que je lis chez Philippe Bilger : Si nous avons parfois des jour­na­listes acides ou agres­sifs, le fond est creux. Nous ne voyons pas de jour­na­liste contes­tant les chiffres donnés, refu­sant les réponses qui tournent autour du pot, ou poin­tant avec préci­sion les inco­hé­rences. Les réponses sont accep­tées, comme si de rien n’était. Au mieux on relance une fois, et puis c’est bon. Il semble que le jour­na­liste consi­dère que son rôle s’ar­rête à poser les ques­tions, et pas à discu­ter du fond. Sur papier ce n’est guère mieux. Si nous avons des édito­riaux et des articles qui parlent du fond, la parole offi­cielle n’est pas vrai­ment mise en défaut, ou si peu.

    Pire, de nombreux articles sont plus ou moins le reflet des commu­niqués de presse et des conte­nus prémâ­chés des agences de commu­ni­ca­tion. On leur donne des images, l’angle d’ap­proche, la date à laquelle commu­niquer, et parfois même une demande de ne pas diffu­ser telle ou telle infor­ma­tion avant le futur point presse mis au bon moment. Si les contre­feux média­tiques fonc­tionnent si bien, c’est parce que trop de nos jour­na­listes ne sont que des rédac­teurs qui refor­mulent ce qu’on leur donne, ni plus ni moins. C’est au point ou l’UMP s’était même éner­vée une fois l’an­née dernière parce que la presse n’avait pas repris un de ses commu­niqués (qui n’ap­por­tait pour­tant rien de neuf). C’est dire à quel point d’au­to­ma­ti­sa­tion nous sommes.

    Heureu­se­ment nous avons des jour­na­listes comme à Media­part, mais d’ici à ce que ces derniers soient auto­ri­sés à inter­vie­wer nos poli­tiques, il risque de couler de l’eau sous les ponts.