https://twitter.com/edasfr/status/1247068173163266051
Catégorie : Politique et société
-
La véracité du récit
Quand vous écrivez à propos d’un fait vécu, il y a le contexte tel que vous l’avez vécu, l’intention que vous aviez dans ce contexte, le contexte perçu par votre interlocuteur, l’intention perçue par votre interlocuteur dans ce contexte, comment votre interlocuteur l’interprète, sa propre intention, ce qu’il veut en dire, ce qu’il en dit, ce que vous entendez, ce que vous en comprenez, comment vous l’interprétez, comment vous vous en souvenez, ce que vous voulez en dire et pourquoi, comment vous le retranscrivez, ce que les lecteurs en comprendront, ce qu’ils interpréteront, etc.
Il y a non seulement de la perte à chaque étape — vous avez déjà joué au jeu du téléphone à plusieurs quand vous étiez enfant ? essayez quand en plus vous êtes sous le coup d’une forte émotion — mais aussi de l’humain.
Parfois quelqu’un en rajoute pour appuyer son propos, parfois inconsciemment, parfois sans forcément avoir l’intention de tromper pour autant.
Ces erreurs ne démentent pas forcément le propos et le message qu’il porte. Pour ne rien gâcher, il y a l’angle de vue, et des histoires totalement différentes peuvent être aussi vraies en même temps.
-
Ce soir je porte le deuil
Non, personne n’est mort, ou plutôt si mais pas dans mes proches.
En bon privilégié, j’ai le loisir de me préoccuper de choses qui semblent plus immatérielles. Cela dit ça risque de ne pas être immatériel si longtemps. Les conséquences de tout ça sont tout ce qu’il y a de plus concret.
Aujourd’hui la Hongrie vient de démissionner de la démocratie.
Ce soir la France vient d’abandonner l’idée même de politique publique budgétaire et y préférer l’arbitraire individuel de la charité.
Je crois que si nous ne profitons pas de tout ça pour reconstruire « autre chose » nous-même, on court au désastre. La direction n’était pas déjà bonne, mais là on vient en plus de se mettre en courir en se bandant les yeux.
-
Verbalisé (parce que)
Préambule : J’inclus dans cet inventaire des PV arbitraires ou abusifs, moralement ou légalement. Au delà de la subjectivité dans l’appréciation, ce n’est qu’une collection de liens publics, qui ne se veut même pas exhaustive. Je me contente d’éviter ce qui me parait contestable ou litigieux. Mes critères de base sont soit une citation dans la presse de métier, soit un message en ligne public par un témoin direct en son nom propre et via une identité établie (donc pas de propos rapportés, pas de comptes de réseaux sociaux créés il y a deux semaines ou sans interactions personnelles solides).
Pour autant, cela ne constitue pas un travail de journaliste et ne doit pas être considéré comme tel. Entre autres, je ne contacte pas les personnes concernées ou les autorités, et ne recherche pas d’éventuels témoins. Vous êtes donc invités à garder votre esprit critique et faire vous-même les vérifications si vous les jugez importantes.
Vous êtes plus que les bienvenus à m’aider en me proposant d’autres liens à inclure (nouveaux témoignages publics, confirmations ou correctifs par des journalistes, etc.).
Comme je vois des gens qui me citent avec un message politique que je ne soutiens pas forcément : J’ai forcément des opinions sur tout ça, je m’autorise des commentaires d’humeur, mais ne me prêtez aucune intention ni aucun message politique que je n’aurais moi-même explicitement exprimé. En particulier, cet inventaire n’est *pas* un appel à mettre fin au confinement, à lutter contre la police, à braver les règles, ou à quoi que ce soit d’autre (ni tout ça ni l’opposé de tout ça).
Le droit de faire les courses, mais pas d’y inclure des paquets de gâteaux
Même si votre déplacement est motivé, on risque de fouiller vos courses pour déterminer ce qui semble pertinent ou pas comme achat de nourriture…
Précisions :
Le coca-cola non plus
Non, le chariot ne contient pas que du coca-cola.
Les serviettes hygiéniques non plus
Je n’ai pas l’information, mais on parie combien que le policier était un homme qui aurait considéré le savon ou le gel hydroalcoolique comme de nécessité ?
La baguette ok, mais uniquement par deux
A Sanary-sur-Mer, comme le racontait notre correspondante dans le Var, c’est deux baguettes sinon… un PV. Le maire a en effet pris un arrêté obligeant ses concitoyens à restreindre leurs déplacements chez le boulanger. « Toute personne sortant d’une boulangerie avec une seule baguette sera verbalisée », prévenait [le maire] Ferdinand Bernhard.
Le Parisien « Confinement : ces PV contestés par les Français », 24 mars 2020Bon, en fait non, pas la boulangerie
Elle est ouverte, mais il ne faut pas y aller
A Parmain (Val-d’Oise), un habitant pourtant muni de son attestation a justement pris une amende alors qu’il se rendait à la boulangerie, comme il le rapportait au Parisien. « J’avais coché la deuxième case du formulaire : déplacement pour effectuer des achats », précisait Jean-François, auquel un gendarme aurait rétorqué qu’il ne s’agissait pas d’un motif d’urgence, dressant un PV que Jean-François entend bien contester.
Le Parisien « Confinement : ces PV contestés par les Français », 24 mars 2020 ; aussi raconté le 22 mars dans « Confinement : un habitant du Val-d’Oise verbalisé après être allé acheter une baguette de pain »Et gardez bien le ticket de caisse
Parce qu’évidemment si on revient sur le trajet du supermarché le coffre plein de courses et une auto-attestation qui dit « je suis parti faire les courses », ça ne prouve rien.
A Fresnes-sur-Marne (Seine-et-Marne), Pierre a été verbalisé vendredi en rentrant de Lidl, où il venait de faire ses courses. C’est sa mère qui raconte pour lui. Pierre est handicapé mental. « Asperger, précise Michelle, sa maman. Il a des capacités pour certaines choses, pas pour d’autres. Excusez-moi de le dire, mais ça se voit… » Les gendarmes de la brigade locale ne l’auraient pas vu. « En poste sur un rond-point, ils lui ont demandé son motif de déplacement. Constatant les provisions dans le coffre, ils ont alors exigé le ticket de caisse, que dans l’affolement mon fils n’a pas été capable de produire… » Là encore : 135 € pour Pierre ainsi que pour son amie.
Le Parisien « Confinement : ces PV contestés par les Français », 24 mars 2020Et pas dans la ville à côté
Le drive, c’est trois jours d’attente pour la commande et il y a beaucoup de produits manquants. Et je ne voulais pas non plus m’engouffrer au Leclerc, que je savais encore bondé. J’ai donc estimé plus prudent de me rendre à l’Intermarché de Kerfichant, à Lorient, que je sais plus calme et où j’ai également mes habitudes […]
Ses courses terminées, Cyrille Le Meur a repris la voiture en direction de son domicile. Au niveau de la gare, il tombe sur un contrôle de police. « À la vue de ma domiciliation, les policiers lorientais m’ont dressé une contravention de 135 €
Le télégramme, « Une amende de 135 € pour avoir fait ses courses à Lorient plutôt qu’à Lanester », 26 mars 2020À ceux qui se demandent, la distance entre les deux supermarchés est de moins de 5 km d’après Google Maps ; la gare est à la moitié du chemin, donc 2,5 km. C’est littéralement « de l’autre côté du pont ». Visiblement à Lorient c’est « pas d’étrangers chez nous ».
Pas plus d’un kilomètre en fait
J’habite à Plougastel Daoulas, je mets exactement 4 min en voiture pour aller à Picard de chez moi (4km). Je ne croise personne. Je tombe sur un contrôle de police à la sortie du pont de Plougastel. Je ne m’inquiète pas. Je suis en règle.
Et là … je prends une contravention ! Mais pourquoi ?
Le policier me dit que je ne suis pas à 1 km de chez moi. Mais j’avais lu que cela concernait que les promeneurs de chien et les joggeurs ! Pas les courses. Je n’ai rien à 1km de chez moi à part la boulangerie et le tabac et j’imagine que nous sommes beaucoup dans cette situation d’ailleurs.
« Attestation de déplacement dérogatoire et abus de pouvoir….l’inhumanité pointe son nez », 25 mars 2020
Et j’ai vérifié partout sur le net et je n’ai vu nulle part que cette nouvelle règle concernait les courses. Puis bon je n’ai pas fait 20 bornes non plus quoi.J’ai vérifié. Le premier commerce alimentaire de proximité est à pile 950 mètres de chez moi. Je l’ai échappé belle… (et non, les décrets ne précisent de distance que pour l’exercice physique).
Et pas à vélo s’il vous plait
C’est vrai quoi, on ne va pas laisser ces trucs d’écolo-gauchistes s’installer.
Définitivement, pas de vélo, même utilitaire
Le vélo c’est mal, la voiture c’est tellement moins risqué… ou pas. On a une logique pro-voiture dans notre société que j’ai toujours du mal à comprendre. Ce n’est pertinent ni écologiquement, ni économiquement, ni même d’un point de vue sanitaire…
Et attention à l’heure
Il y a d’ailleurs un vrai sujet entre les injonctions données dans les discours, celles écrites sur le site du ministère de l’intérieur, et ce qu’il y a dans les décrets. Problème : Les policiers vont se baser sur ce qu’ils entendent et interprètent, pas sur les décrets.
Et laissez les bébés dans la voiture
Je reste sans voix…
Puisqu’on vous dit de laisser les enfants seuls !
« À chaque fois que je veux faire un drive, l’application ne fonctionne pas, le site est saturé […] ça faisait quatre jours que j’essayais sans succès, je n’avais pas d’autre choix que de me déplacer » […]
Pour cette sortie, sa fille âgée de quatre ans et demi l’accompagne, « je n’ai aucun moyen de la faire garder pendant le confinement », affirme la mère célibataire. Lundi 23 mars au matin, munie de son papier, obligatoire pour chaque sortie, la jeune maman se rend donc dans l’hypermarché le plus proche de chez elle, soit le Leclerc de Jonchery-sur-Vesle.
[…] À son retour, le vigile confirme : « il n’y a pas le droit aux enfants. Le directeur accepte exceptionnellement juste pour aujourd’hui de vous laisser passer, mais ça ne sert à rien de revenir, car c’est la seule et unique fois », cite Mathilde. « Le vigile m’a dit la prochaine fois ce sera non », raconte-t-elle d’un ton las.
France 3 régions, « En allant faire des courses accompagnée de sa fille de 4 ans, une mère célibataire a été informée qu’elle ne pourrait plus revenir dans l’hypermarché de sa commune. La raison : les mesures prises par le magasin dans le cadre de la crise du covid-19, limitant l’accès à une personne maximum. », 24 mars 2020L’appel de la rédaction de France 3 a permis à la direction du magasin d’assouplir sa politique.
On a dit pas d’hygiène
C’est tellement surfait quand on parle de lutter contre la maladie. Le fait que la laverie soit un des cas explicitement autorisés par le site du ministère de l’intérieur n’y change rien.
Un trentenaire de Pontivy (Morbihan) s’est fait verbaliser devant une laverie, malgré son attestation de déplacement. Il n’a pas de lave-linge chez lui et laver ses vêtements est une nécessité professionnelle : il est agent d’entretien. Il a interpellé la préfecture du Morbihan et le gouvernement.
[…] J’avais une attestation de sortie sur moi. Je l’ai montrée aux gendarmes, je leur ai expliqué ma situation : je n’ai pas de machine à laver chez moi, je vis dans un petit logement de 20 m2. Comment font les gens qui ont ni les moyens d’avoir un lave-linge ni la place chez eux pour en avoir un ?
[…] Je travaille dans le nettoyage, je dois donc laver mes vêtements très régulièrement. Mon métier exige une bonne hygiène personnelle, encore plus avec le coronavirus : je nettoie des bureaux occupés par des personnes qui évidemment ne souhaitent pas être en contact avec le virus inutilement. Vu le contexte actuel, la bonne hygiène semble vraiment essentielle. Je ne comprends pas que l’on puisse me donner une contravention…
« Sans machine à laver chez lui, il est verbalisé en allant à la laverie à Pontivy », 25 mars 2020Le test de grossesse ce n’est pas essentiel
À ranger dans la même case « moi je n’en ai pas besoin donc ça doit être inutile »…
Les courriers administratifs urgents peuvent attendre
Même si on fait pourtant venir les postiers pour ça
Le coup de colère du jour nous vient des bords du lac d’Annecy, d’un habitant de Veyrier-du-Lac verbalisé par la gendarmerie, samedi 21 mars au matin, sur le retour du bureau de poste où il était allé déposer des courriers urgents, attestation en poche.
[…] « J’ai été contrôlé devant la mairie par un jeune gendarme qui ne connaissait pas Veyrier, j’ai présenté mon attestation et je lui ai dit que j’habitais à 700 mètres mais il n’a pas voulu me croire […] Il m’a dit que j’étais à plus de 500 mètres
« Je vais produire les copies des courriers que j’ai envoyés pour le compte de deux familles, adressées à la Caisse d’allocations familiales (CAF), des lettres urgentes découlant d’une erreur commise par l’organisme. Je n’ai pas grand espoir mais je veux prouver ma bonne foi et qui sait… »
Le Dauphiné, « Haute-Savoie : verbalisé à 700 mètres de chez lui après avoir posté des courriers urgents », le 24 mars 2020Pas deux dans la même voiture
Ce matin, je me rends en courses au supermarché à côté de chez moi. J’ai mon attestation dûment remplie et signée, mes papiers d’identité.
Ma femme m’accompagne parce qu’elle doit faire les courses pour ses parents de 88 ans. Elle a son attestation et ses papiers, comme moi.
La règle dans le supermarché : 1 personne = 1 caddie. Normal. Donc nous allons faire nos courses à 2.Contrôle de gendarmerie : je me suis fait sanctionner parce que je ne respecterais pas les consignes de confinement !
Patrice V, Facebook, 26 mars 2020
Eh oui, le gendarme a décidé que nous devions être seuls chacun dans une voiture… ou alors il a entendu trop de fake news.Le site officiel du gouvernement indique pourtant explicitement l’autorisation de prendre la voiture à plusieurs, et même de faire du co-voiturage.
Le droit à l’exercice physique mais uniquement si on court
Parce que ça change tout (ou pas) à la contagion, au fait de se dégourdir les jambes quand on habite dans un petit studio. Les mauvaises langues diront que la même chose dans les beaux quartiers plutôt qu’à Ménilmontant aurait probablement mené à une autre issue.
Et on ne court pas en jean !
Repris par David Dufresne dans son signalement 904.
Et pas de pause hein…
Parce que même à 78 ans, l’exercice, pourtant indispensable, doit se faire d’une traite. On ne sait jamais.
La presse ? celle qui suit les manifs ? ah non ! (foutu crayon de papier)
Ce matin, le téléphone sonne. Ô joie ! Une commande pour un magazine. Ce genre d’appel est devenu, à l’instar du pangolin, une espèce en voie de disparition… J’enfourche mon vélo et rejoins les abords de l’hôpital Saint-Antoine à Paris pour photographier une charmante épidémiologiste.
[…]
Moi : Oui, mais la carte de presse suffit vous savez….
Lui : J’m’en fous, je veux l’attestation et votre pièce d’identité
Moi, en bon petit soldat (et oui, on est en guerre qu’il a dit le chef) j’ai prévu l’attestation dérogatoire ET une lettre de mission du journal.
Moi : Voici l’attestation.
[…]
Lui : Ah les journalistes… Vous faites quoi là d’ailleurs ?
Je lui explique et ajoute, avec toute ma compassion, que c’est compliqué pour tous ceux qui doivent continuer à faire leur travail dans ces conditions.
Lui : Ouais, comme quand vous venez faire des photos en manif, hein, ça vous savez faire, surtout pour faire des photos des policiers.
[…]
Lui : Je vais vous verbaliser
Seb Lelan, Facebook, 30 mars 2020
Moi : Pardon ? Et pour quel motif ?
Lui : La date, sur votre attestation dérogatoire est écrite au crayon de papier
Moi : Monsieur, la carte de presse suffit à justifier mon déplacement comme je vous l’ai déjà indiqué, l’attestation est simplement accessoire, je l’ai imprimée car on me l’a déjà demandée lors de contrôle et que cela accélère le processus.Aller, sur demande des pompiers, récupérer quelqu’un ayant eu un accident n’est pas un motif valable
Qu’elle rentre à pied après son accident ! (et en courant, parce que sinon ils alignent aussi, mais moins de 1 km parce que sinon…)
Ce jeudi encore, il était aux alentours de 14 heures lorsque, circulant sur l’autoroute A86 à hauteur d’Alfortville (Val-de-Marne), Lena, 19 ans, percute un autre véhicule. Le sien est réduit à l’état d’épave. Elle n’est que légèrement blessée. « Les pompiers m’ont dit d’appeler un proche pour qu’il vienne me chercher, raconte la jeune femme. J’ai téléphoné à mon copain, qui est venu avec son frère. »
Le Parisien « Confinement : ces PV contestés par les Français », 24 mars 2020
Les deux jeunes prennent soin de se munir au préalable de leur attestation. Pas suffisant aux yeux des policiers, qui sont arrivés entre-temps sur le lieu de l’accident. « Les CRS leur ont demandé ce qu’ils faisaient là. Leurs explications n’ont pas suffi. Ils ont écopé chacun de 135 € », soupire Lena, dépitée. Elle-même rentrait de son travail. Léna est hôtesse de caisse dans un supermarché Leclerc.Gérer les animaux, mais pas donner à boire aux chevaux
Au Pouliguen (Côtes-d’Armor), une adolescente de 16 ans a été verbalisée jeudi alors qu’elle transportait, selon sa mère, plusieurs bidons d’eau pour abreuver ses chevaux, situés à 500 m de chez elle. « Les fonctionnaires, dans une voiture bleue, lui ont expliqué que ce n’était pas vital », a dénoncé la maman dans Ouest-France, avant que les policiers de La Baule démentent ce mardi soir toute verbalisation. « Qui, alors, l’a verbalisé ? » interrogeait en retour le quotidien.
Le Parisien « Confinement : ces PV contestés par les Français », 24 mars 2020
Au pire on vous donnera un motif d’aller à l’hôpital
il est dans les environs de 16 h lorsqu’elle sort faire des courses près de son domicile à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). […] Sur le chemin du retour, alors qu’elle ne se trouve plus qu’à quelques mètres de chez elle, une patrouille de police décide de contrôler son attestation de dérogation de sortie, dans le cadre du confinement lié à la propagation du coronavirus Covid-19.
« Coronavirus en Seine-Saint-Denis. Elle est tasée et frappée pour ne pas avoir montré son attestation », 24 mars 2020
A la suite de ce contrôle musclé, la jeune femme se voit prescrire cinq jours d’incapacité temporaire totale (ITT).Revenir avec les courses c’est sortir pour un bon motif. Tout ce qu’on peut reprocher c’est un défaut de papier. Même s’il y avait altercation, cinq jours d’ITT est-ce bien raisonnable comme proportion pour une sortie motivée mais potentiellement un défaut administratif ?
Oh, c’est la Seine Saint Denis, elle est noire et voilée. Oui je le précise parce que c’est loin d’être neutre dans les explications possibles.
Non, on ne rigole pas
Même durée mais il ne s’agit pas du même cas qu’au-dessus. Je n’ai mis que ces deux là car les autres vidéos soit ne sont pas datables facilement soit on ne sait pas si ça parle d’attestation de sortie, mais il y a d’autres cas qui tournent
Vraiment… c’est dangereux
L’histoire est aussi racontée illustrée. Je ne recopie pas tout ici et je vous laisse suivre le lien :
Ne courrez pas (enfin si, mais pas ici)
Besoin d’en parler : je viens d’être témoin de ma première violence policière (gendarmière en fait) et ça fait vraiment bizarre… 🥺
Un groupe de gendarmes contrôlaient les gens qui marchaient dans ma rue sous mon balcon, tout se passait « normalement ».
Plus grand monde dans la rue, ils repartent dans le fourgon, font 50 m et sortent le mégaphone pour crier à un type qui marchait dans l’autre sens sur le trottoir opposé : « gendarmerie nationale, arrétez-vous, présentez votre attestation ».
Le gars hésite un instant, hausse les épaules et se mets à marcher plus vite. 5 gendarmes sortent du fourgon en courant, il se mets alors à courir, mais pas très vite.
L’un deux arrive vite à son niveau et le projette très violemment contre la vitre d’un restaurant, à tel point que la vitre se casse. Le gars est par terre, ne bouge pas, ne se débat pas, ils se jettent sur lui à 4 avec une grande violence pour le mettre face contre terre. (Objectivement, je crois que c’est cette partie qui m’a le plus choqué car certains gestes me paraissaient vraiment gratuits, pire qu’au cinéma et le gars avait vraiment l’air « normal » et ne protestait pas, ne se débattait pas.)
Il ne bouge plus, il est blessé, il leur dit dit qu’il n’avait juste pas d’attestation et pas envie de payer 135€. Ils s’éloignent de lui, appelent le samu qui après l’avoir examiné sors le brancard, lui mets une minerve, lui déchire le jean pour lui mettre bandages et immobilisation aux jambes.
Et en route pour l’hôpital sur un brancard. Voilà.
Au-delà de la disproportion de la violence de l’arrestation qui m’a enfin fait voir ce qu’on a entendu dans les manifestations de ces deux dernières années, je suis choqué de voir qu’une ambulance et des services hospitaliers soient mobilisés pour ça en ce moment…
Cyril R., message Facebook du 22 mars 2020
Et la vitre du restaurant va coûter plus que 135€.Toujours les mêmes ciblés
On y voit Ramatoulaye, 19 ans, entourée de six policiers, avec un chariot de courses pas loin. Elle raconte qu’elle allait “faire les courses pour [son] enfant de 7 mois, accompagnée de [son] petit frère ». « Je marquais un arrêt parce que mon caddie était lourd »,
[…]
On y entend Ramatoulaye crier, dans un mouvement de recul, provoqué selon elle par « un coup de taser ». Elle est ensuite mise à terre.
La vidéo cesse sans que l’on puisse constater ce qu’il s’est produit par la suite. Elle raconte avoir été “jetée dans le fourgon”. À partir de là, “ça a été encore pire”, soupire Ramatoulaye. « En pleurs », elle aurait été « giflée plusieurs fois » et un policier aurait tenu des propos racistes.
[…]
Sur le certificat d’incapacité émis par les services d’urgences médico-chirurgicales qui nous a été transmis, cinq jours d’interruption de travail
[…]
une plainte pour « violences volontaires ayant entraîné une ITT inférieure à dix jours, en réunion, avec arme, par personnes dépositaires de l’autorité publique, et violence en présence d’un mineur de moins de 15 ans ».
France Inter, « Confinement : plusieurs personnes affirment avoir été brutalisées et insultées lors de contrôles de police », 5 avril 2020
L’important c’est le papier
Parce qu’on n’est pas la France pour rien. Que le motif soit bon, s’il n’y a qu’un seul papier le prouvant sans ambiguité et pas en plus une auto-attestation, mieux vaut mettre 2x 135€. D’autant plus aux soignants qui se déplacent vu les conditions d’exercice en ce moment…
En colère, Christophe Blondel, secrétaire du syndicat CGT au sein du centre hospitalier Béthune-Beuvry : « Deux collègues ont été verbalisés ce matin. Une patrouille de police les a contrôlés. Ils avaient leur justificatif de déplacement professionnel, mais avaient oublié de remplir l’attestation de déplacement dérogatoire ! C’est ridicule ! Ils avaient leur justificatif d’employeur pour la santé ! » L’infirmière et le personnel soignant ont donc reçu une amende de 135 euros.
L’avenir de l’Artois, « Béthune : deux personnels soignants verbalisés pour leur attestation de déplacement », 19 mars 2020Vraiment… il faut ce papier
Et ce n’est pas une exception, il y a d’autres témoignages similaires.
Et imprimé s’il vous plaît
Et l’attestation pour aller au taxiphone alors ? On ne me retirera pas facilement de l’esprit que cette situation n’aurait jamais eu lieu dans un beau quartier (d’autant que les taxiphones n’y sont pas légion).
Faut dire qu’à la main il ne faut rien oublier
Ce qui est non seulement idiot, inutile, mais aussi contraire aux instructions officielles qui disent qu’on peut se contenter de la ligne utile.
Recopiez tout on vous dit !
Pas même la date de naissance
L’histoire qui suit est relayée par un journaliste professionnel qui dit avoir fait les vérifications nécessaires.
H. travaille pour Santé Publique France dans le 94. En mission #COVID19, il peut être appelé à n’importe quelle heure. Un laissez-passer lui a été délivré par employeur pour rejoindre le centre à n’importe quelle heure. Jeudi soir, H. est appelé en urgence dans la nuit.
Au moment de quitter son domicile en voiture, une patrouille le klaxonne. Contrôle. « Rien ne te dérange ? Tu fous quoi dehors ? » lui lance un policier avant de lui demander son attestation. H. lui présente donc son attestation et le laissez-passer de son employeur
Le policier regarde le laissez-passer avant de lui jeter à travers la fenêtre. Dans l’urgence, H. a oublié de mettre son année de naissance sur l’attestation mais celle-ci était inscrite sur l’autre doc. Le policier lui lance : « t’es con, t’as pas mis ton année de naissance »
« Il l’a même pas regardé mon laissez-passer » me dira H, hier soir au téléphone, encore sous le choc.
Il était alors à peine plus de minuit, basculant donc à vendredi. Le policier poursuit : « ton attestation est pas bonne, elle date d’hier ». Il décide de le verbaliser. La voiture de police bloque la voiture de H. sur sa place de parking.
Le policier devient alors virulent : « maintenant bouge, casse toi ! ». H. lui indique que la voiture bloque la sienne et fait preuve, de son propre aveu, de mauvaise foi. 15 mn plus tard, le policier revient vers lui.
« Tu n’as plus que 5 pts sur ton permis ». H. en a pourtant 12. Le policier lui dit : « non tu en as 5. Tu viens d’en perdre 7 pour usage du téléphone au volant » et relève deux autres « infractions ». H. était garé sur son parking, à l’arrêt.
H. conteste. Réponse : « ça sera ta parole contre la notre ». Sentant les choses mal tourner, le jeune homme sort son téléphone pour tenter de filmer ou enregistrer ce qu’il peut, sur snapchat. Un autre véhicule est contrôlé à quelques mètres.
Le troisième policier s’approche de la fenêtre de H. « Il surveillait ce que je faisais avec mon téléphone. J’ai eu peur que ça tourne mal donc j’ai lâché mon téléphone » me raconte ce jeune habitant d’Aulnay.
« Oh sale arabe, maintenant tu dégages ou je t’embarque ». Les insultes racistes fusent. H. s’exécute. « Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de moi. J’étais leur pute » poursuit H. Arrivé sur son lieu de travail, il en fait part à Santé Publique France.
L’Agence nationale contestera l’amende de 135€. H. a déposé une pré plainte en ligne et va saisir l’IGPN.
« Je me suis dis… ça existe encore ça en France ? » conclura H au téléphone. Et oui, malheureusement ça existe encore. Et c’est dramatique.
Relayé par Brice Ivanovic, le 28 mars 2020La victime a depuis témoigné en vidéo :
Et aussi retracé sur le Bondyblog le 2 avril 2020.
Et ne groupez pas les motifs
En venant consulter sa psychiatre, un patient au RSA écope d’une amende de 135 euros pour avoir « mal rempli » son attestation de sortie. Témoignage circonstancié du médecin qui dénonce une police autoritaire.
[…] Je me présente à l’agent, lui expliquant que je suis le médecin avec qui le jeune homme verbalisé avait rendez-vous, souhaitant ainsi attester de sa bonne foi. Elle me répond : « Non mais vous avez vu comment elle est remplie son attestation ? » Elle est manuscrite, et mon patient, par égarement, avait coché deux cases, la raison de santé et l’exercice physique. Je reconnais tout cela et c’est le motif de ma présence, clarifier et justifier le déplacement, c’est-à-dire l’objet de l’attestation. L’agent n’en a cure : « Si tout le monde commence à faire comme ça ! C’est bon, il suffit de cocher une case. » J’avais prévenu mon patient (« nous ferons profil bas de toute façon ») et j’explique à l’agent qu’il s’agit d’un patient qui vient consulter un psychiatre, il est donc dans un moment de fragilité et il lui a été compliqué de remplir l’attestation. Elle me rétorque : « Vous êtes en train de dire que les gens comme ça, qui vont voir un psychiatre, ne sont pas capables de remplir cette feuille ! »
Libération, « La policière, l’attestation, et « les gens comme ça » », 30 mars 2020
Bon, ça dépend évidemment de qui vous êtes
On le voyait déjà venir les premiers jours. Quand les mêmes journaux montraient des quais de Seine intra-muros en promenade tranquille mais annonçaient en même temps fièrement que 10% des amendes venaient de Seine Saint Denis, on voyait bien que la réaction des forces de l’ordre n’était pas la même partout.
Plus il y a d’arbitraire, plus les biais habituels tendent à ressortir.
Le thème du racisme et du focus sur des « jeunes de banlieue » ressort d’ailleurs bien sur certains témoignages, surtout les plus violents.
Les SDF aussi
L’histoire des SDF est plus complexe. Je préfère que vous lisiez l’enquête de CheckNews au complet plutôt que de faire des citations difficiles à comprendre.
Dans les faits, ont été verbalisés :
- Des familles « ne parlent pas forcément la langue » trimbalées d’hôtels sociaux en hôtels sociaux tous les trois à quatre jours par le SAMU social, verbalisées en se déplaçant d’un lieu à l’autre.
- Six personnes dans différents arrondissements de la métropôle lyonnaise, qui se sont déclarées SDF sur le PV mais dont la police pense qu’ils ne le sont pas. « Nous connaissons les SDF de nos arrondissements »
- Au moins 1 SDF à Bayonne et 3 SDF attendant de se doucher devant l’accueil de jour, tous quatre reconnus comme tels mais verbalisés sous prétexte d’attitude virulente en réaction au contrôle d’attestation.
Je ne sais pas vous mais moi une famille que le SAMU social change deux fois d’hébergement d’urgence, j’appelle bien ça des sans domicile fixe. Et au moins moralement, les verbaliser quand ils se déplacent pour joindre leur logement suivant…
Quand aux autres SDF, si je prends au mot les déclarations officielles de la police, ils connaissent parfaitement les SDF de leurs localité mais… en contrôlent quand même les attestation (puisque c’est lors des contrôles qu’il y a eu attitude agressive).
Au mieux (ou au pire, suivant), nos forces de l’ordre détournent arbitrairement l’amende pour défaut d’attestation pour sanctionner une attitude virulente. On est bel et bien en plein dans les « PV arbitraires ou abusifs, moralement ou légalement » que je liste ici.
Des faux ? Pas impossible, mais n’en faisons pas un présupposé
Il n’est pas impossible qu’une partie des témoignages soient montés de toute pièce. J’écarte toutefois déjà les on-dit et les comptes qui semblent trop frais ou trop anonymes, et pour certain on a même des vidéos.
Il n’est pas non plus impossible qu’une partie de ces gens aient été de vraies victimes d’arnaques par de faux policiers ou faux gendarmes. Pour certains on voit toutefois des uniformes ou des voitures de fonction dans la vidéo, pour d’autres ça transparaît dans le témoignage. Attention donc à ne pas y voir une explication trop facile.
Dans tous les cas, ne payez rien sur place et attendez l’amende officielle par courrier, à payer par des biais officiels (ou à contester le cas échéant).
D’un point de vue légal
Sur proposition de Me Franciscot, je relaie aussi l’appel de Me Eolas qui cherche copie des PV reçus.
Hors périmètre mais qui mérite d’être mentionné quand même :
Au Royaume Uni aussi
Dozens of people, including those considered vulnerable by the Government guidelines, accused the police of being overzealous with their approach.
[… ] « Serious breaches should attract fines, but news reports of over-enforcement by police and public are deterring the timid from exercising even the limited freedoms they have. »
[…] « This is overzealous enforcement and a misreading of the rules. »
[…] Mr Lowman added: « In the cases where officers have challenged retailers and shoppers in this way, it’s brought confusion, distracted retailers in the busiest weeks of their lives, and increased the interactions between people at a time when the Government is trying to minimise them. »
An ACS spokesman said about four convenience stores reported that they had been « wrongly » told by council environmental health officers to stop selling certain items which they deemed as non-essential.
The Telegraph, « ‘Overzealous’ police use coronavirus powers to charge shoppers for buying ‘non-essential items’ », 30 mars 2020La sortie d’hélicoptère
Décidément le délire sécuritaire nantais ne s’arrange pas. À l’heure où les hôpitaux font des appels à dons publics, ils ont fait venir un hélicoptère de Rennes pour traquer les sortes sans attestation. Le coût probable est de plusieurs milliers d’euros.
À la clef, trois personnes verbalisées pour une sortie en voiture, avec un scénario qui ressemble à un mauvais film.
Nantes Révoltée le 20 mars 2020, relayé par David Dufresne, le tout recoupé avec Ouest France.
L’appel à dons
Et puisqu’on parle des appels à dons…
Je suis furieux. Ces gens sont justement chargés d’organiser la redistribution et l’effort collectif, de tous en fonction des moyens. En organisant un appel aux dons pour un besoin primaire, en tant que ministre de l’action et des comptes public, il vient juste de démissionner de sa fonction de base.
Désormais l’idée est que les finances viennent de ceux qui se sentent concernés plutôt que de ceux qui en ont les moyens. La charité plutôt que l’impôt. La fin de la politique publique choisie collectivement par les citoyens et le règne de l’individuel.
Surveillance numérique
Le défenseur des droits se dit, dans un entretien à « L’Obs », inquiet de l’utilisation de la géolocalisation pour lutter contre la pandémie de Covid-19, sans débat parlementaire.
Le Monde, « Surveillance numérique contre le coronavirus : Jacques Toubon s’inquiète de possibles dérives », 30 mars 2020, qui relaie l’Obs, « Jacques Toubon : « Géolocalisation, je dis : attention ! » » du 30 mars 2020 aussi.La dérive hongroise
Je ne sais pas encore où on va, mais ça n’a pas l’air très tentant.
À propos de l’espace de commentaires qui suit : N’hésitez pas à me donner des liens publics pour que je les intègre. Mes critères sont explicités en préambule et je ne publierai donc pas les témoignages rédigés directement en commentaire ici. Si vous jugez votre témoignage essentiel au débat public, publiez les quelque part pour m’en donner le lien ou contactez un journaliste professionnel qui saura respecter votre anonymat.
De même, cette page a été citée par David Dufresne et, forcément, les trolls viennent. J’ai le privilège d’un espace personnel. Comme d’habitude ici, je ne publie donc que les commentaires qui me semblent avoir un intérêt pour mes lecteurs. Si je ne publie pas vos opinions ou remarques, vous avez la liberté de les publier ailleurs.
-
Forts et faibles, vie privée et vie publique
Le débat à propos des pseudonymes sur les réseaux sociaux n’est qu’une facette de l’opposition entre les forts et les faibles. Certains pourraient même dire de la lutte des classes.
Non, je ne rigole pas.
Les puissants et privilégiés sont protégés par leur statut ou leurs relations. Tout ça est intrinsèquement lié à leur identité. C’est en s’en réclamant qu’ils peuvent avoir toute la protection de leur position, de leurs privilèges et de leur pouvoir. Devenir anonyme c’est à la fois perdre cette protection mais aussi perdre l’impact qu’ils ont quand ils s’expriment.
On voit quotidiennement des politiques, des chefs de grandes entreprises, des artistes connus ou des chroniqueurs TV avoir des propos intolérables ou d’un mépris que peu de gens pourraient se permettre publiquement. C’est leur célébrité et leur position qui les protège.
Pour les autres, c’est le relatif anonymat qui les met à l’abri. C’est ce qui permet…
- … à Emma, ado, de se chercher et discuter sexualité sans craindre l’intolérance de ses parents ou le harcèlement de ses camarades de classe ;
- … à Gabriel de se renseigner sur le droit du travail face à ce qu’il vit sans forcément subir une mise au placard de la part de son employeur ;
- … à Jade de parler de sa séropositivité sans craindre de voir ses connaissances s’écarter par peur et ignorance ;
- … à Raphaël de pratiquer libertinage ou relations libres via internet sans devenir la cible des quolibets au travail ;
- … à Louise de discuter de possible grossesse sans perdre espoir pour son renouvellement de CDD par son employeur ;
- … à Léo d’échanger à propos de son mal-être de couple voire de séparation sans que tous les amis soient au courant ;
- … à Alice, travaillant dans le public d’exprimer une opinion politique forte et participer à la démocratie de son pays sans qu’on ne lui reproche un manque de neutralité ;
- … à Louis de chercher un psy sans que son concierge ne le qualifie de malade mental et ne lance plein de rumeurs à son sujet ;
- … à Chloé de parler avortement avec des gens qui sont passés par là sans que son futur enfant ne lise tout ça 10 ans plus tard et n’en tire de mauvaises conclusions qui le poursuivront toute sa vie ;
- … à Lucas, avocat, de s’exprimer légalement sur son métier même s’il ne donne aucun cas concret ;
- … à Lina, de simplement discuter de tout et de rien sans être surveillée par son ex et le voir intervenir partout ;
- … à Arthur, médecin, d’avoir une vie privée sans forcément mettre ses patients au courant de tout et en gardant une certaine distance professionnelle ;
- … à Léa, en dépression ou burn out, de vider son sac, oser s’épancher et obtenir de l’aide sans forcément arrêter de maintenir une façade qui la protège le reste du temps ;
- … à Adam, qui s’appelle en réalité Mohamed, de pouvoir participer à la vie politique sur les réseaux sans être systématiquement renvoyé à l’origine supposée de son prénom, au terrorisme, à l’islamisme, ou disqualifié sans son expression à cause de ça ;
- … à Rose de réfléchir à une reconversion professionnelle ou un changement de travail avec des personnes qui l’ont déjà fait sans que ça ne soit un choix définitif qui lui bloque toute opportunité à son emploi actuel ;
- … à Jules d’exprimer des positions relativement acceptables socialement aujourd’hui mais qui pourraient lui porter tort dans un futur inconnu 5 ou 10 ans plus tard, surtout si elles sont reprises ou comprises sans le contexte d’origine, ou simplement s’il a évolué depuis ;
- … à Anne, trans, de ne pas subir les assauts de tiers qui vont jusqu’à son domicile, contacter ses proches, essayer de la faire licencier auprès de son employeur ;
- … à Hugo de communiquer sur des faits délictueux ou problématiques qu’il a vu sans se mettre lui-même en danger ou sans avoir à forcément « assumer » en chamboulant toute sa vie ;
- … à Mila d’avoir des contacts dans plusieurs milieux distincts, pouvoir parler macramés dans ses loisirs sans forcément qu’on lui parle de ses engagements politiques ou de ses problématiques professionnelles, et inversement ;
- … à Maël de recommencer sa vie sans abandonner toute vie sociale en ligne ni que son passé ne refasse systématiquement surface à chaque échange.
(je vais m’arrêter là, vous avez compris le principe)
Alors oui, certains font le choix de s’exprimer à leur nom, parfois ou tout le temps. C’est respectable et légitime mais ça doit rester un choix personnel, aucunement un attendu particulier de la part de tiers.
Le pseudonyme est un des éléments primordiaux à la fois pour protéger la liberté d’expression et pour éviter le repli des personnes les plus vulnérables. S’en couper c’est mettre à risque à la fois la vie démocratique et celle des individus.
En réalité, même si elles l’oublient facilement, les personnalités publiques tiennent elles aussi beaucoup à l’anonymat et aux pseudonymes.
Ils sont tous exclus de l’annuaire, avec le masquage du numéro sur téléphone portable, et des pseudonymes et noms de scène quand ils peuvent se le permettre pour garder une identité civile privée. On a eu des litiges pour savoir s’il était raisonnables de publier le vrai nom de certains artistes dans la presse ou sur Wikipedia.
S’ils considèrent les pseudonymes sur les réseaux sociaux différemment, c’est que pour eux le réseau social est un espace publicitaire, pas un espace de vie. Ils n’y conçoivent donc que leur vie publique et appliquent aveuglément le même principe aux autres. Tant qu’on reste bloqué sur un schéma d’internet très vertical et dédié à la vie publique, c’est certain qu’on ne peut qu’en tirer de mauvaises conclusions.
Pour autant, même pour ceux qui assument leur identité publique, il ne viendrait à l’esprit de personne d’empêcher leurs enfants d’utiliser un pseudonyme ou le nom du conjoint sur les réseaux sociaux, pour se dissocier d’un parent trop connu et reconnu.
Revenons à la question de lutte entre les forts et les faibles. L’idée de base c’est qu’on a simplement un intérêt opposé entre la minorité publique ou privilégiée et les autres.
Si la question semble faire relatif consensus auprès des personnalités publiques et personnes détenant un peu de pouvoir, de notoriété ou d’autorité, ce n’est pas qu’il y a consensus tout court mais uniquement qu’ils partagent un contexte commun. Ils militent simplement avec un angle de vue qui leur est propre.
Ils sont pour la levée de l’anonymat parce qu’ils croient ne pas en avoir besoin — ils sont plus protégés par leur statut et leur identité publique — mais aussi parfois parce qu’imposer l’identité publique aux autres qui n’en profitent pas permet de les brider (pas dans le sens « éviter les abus » mais dans le sens « ferme ta gueule sinon… », même si c’est parfois inconscient).
Oui c’est une lutte, essentiellement celle des forts contre les faibles. Quand les uns et les autres parlent de protéger la vie privée, ils ne parlent simplement pas de la même chose, et ne protègent pas les mêmes intérêts.
Oui mais au moins ça mettra fin à l’agressivité sur les réseaux sociaux ?
Même pas.
L’intuition laisse croire que l’identité civile responsabilise, et qu’implicitement autrui n’oserait pas assumer la haine s’il devait communiquer en son nom réel. En réalité la haine n’a jamais attendu les pseudonymes.
Il y a eu des études de faites. Le phénomène fonctionne en fait dans l’autre sens. Les commentaires avec un nom public sont même légèrement plus agressifs que les commentaires anonymes. (résumé, anglais, étude, confirmation par seconde étude)
Rien d’étonnant quand on prend un peu de recul. Le pseudonyme est une vraie protection pour sa propre vie privée mais n’est d’aucune aide quand il s’agit d’attaquer les autres. La justice saura de toutes façons remonter à l’auteur des propos quand elle le souhaite.
À l’opposé, les propos agressifs qui ont de la force sont ceux qui sont crédibles et/ou diffusés massivement. Pour ça avoir une identité publique est un outil, l’anonymat un boulet.
Nous avons d’ailleurs des prêcheurs de haine bien identifiés qui officient quotidiennement chez nos élus, nos intellectuels et nos chroniqueurs TV. Assumer leur identité ne leur pose aucun problème, c’est même ça qui donne de la force à leur propos et leur permet de vivre.
Une autre façon de voir les choses c’est que l’agressivité est souvent là pour attaquer ce qui sort de la norme sociale ou de l’historique social. Il n’y a pas de crainte à avoir pour soi quand on défend la norme ou ce qu’on croit être la norme, quand on pense être dans le camps des forts et des nombreux.
Ceux qui ont besoin de la protection du pseudonyme ce sont ceux qui sont en position de faiblesse ou de minorité, ou qui ont le sentiment de pouvoir l’être un jour. Eux sont par nature principalement les cibles.
Forts ou faibles, puissants ou gens qui ne sont rien, le combat se situe encore et toujours là. Laissons les uns utiliser leur identité publique et les autres ne pas le faire, à leur choix, tout simplement.
-
117 milliards d’euros
— La fortune de Bernard Arnault est estimée à 117 milliards. Vous vous rendez compte de combien ça fait ? Ça permet de redistribuer […] euros à […] pendant […] ans !
— Ça n’est pas comparable ! Ça ne permet pas de manger. On ne mange pas des actions !
Diable ! Bien sûr que ça se compare. C’est même tout le principe de la monnaie.
Non on ne mange pas les actions, pas plus qu’on ne mange les billets et les pièces (enfin pas moi). On est juste en train de définir une valeur d’échange commune qui permettra ensuite d’obtenir de la bouffe (ou autre chose).
C’est un peu comme la fameuse comparaison de 1 kg de plomb à 1 kg de plumes. Certes ça fait beaucoup de plumes, mais on peut bien comparer les deux et ça pèse bien autant.
Ici c’est la même chose. La monnaie c’est la mesure pivot. Si on a pour 117 milliards d’euros d’actions, ça « vaut » par définition autant que 117 milliards d’euros de petits pois ou 117 milliards d’euros en résidences secondaires. C’est exactement ce que ça veut dire.
Tant qu’il y a à la fois des gens qui veulent vos actions et des gens qui veulent se séparer de bouffe, réfrigérateurs, machines à laver & co, l’économie permet d’échanger tout ça.
— Ce sont des titres, pas des espèces ! Ça n’a rien à voir !
Je crois que c’est la réponse la plus WTF qu’on m’ait faite.
Nous payons avec des titres tous les jours, pour acheter le pain à la boulangerie ou nos légumes au marché.
Ça fait longtemps que la manipulation d’espèces n’est plus le seul moyen de paiement. Aujourd’hui on utilise massivement des CB, encore un peu des chèques, mais aussi des tickets restaurants, des bons d’achat, des cartes prépayées, etc.
Tout ça est lié à des comptes en banques, qui eux même ne sont pas des gros coffres avec la même valeur en billets et en pièces.
Et d’ailleurs, même quand on paye avec des billets et des pièces, ce n’est plus la valeur du papier ou du métal qui compte, mais ce qu’il y a écrit dessus. Oui, on a bien un titre, qui peut être échangé ailleurs contre autre chose.
Refuser de considérer la valeur des titres dans notre société moderne, c’est vraiment un argument insensé. On peut éventuellement appliquer une décote liée l’absence de liquidité mais on parle là uniquement d’un coefficient sur la valeur qu’on attribue au patrimoine, ça ne remet nullement en question le principe.
— On ne peut pas acheter du pain et du fromage avec !
Non, on ne peut pas, ou pas facilement. L’époque du troc est terminée depuis longtemps.
Par contre on peut vendre une action à quelqu’un qui veut l’acheter, et acheter du pain et du fromage avec ce qu’on a eu en échange. La monnaie et l’économie moderne c’est exactement ça.
Est-ce qu’on peut vendre 117 milliards d’euros d’actions ? Le volume d’échange trimestriel est bien au-delà de 30 000 milliards d’euros. Ça passe inaperçu.
Est-ce qu’on peut vendre les 117 milliards d’euros d’actions LVMH de Bernard Arnault ? En considérant que tout est en actions LVMH, ce qui est probablement faux, ça représente la 50% de la société. En une fois ça parait impossible.
Il s’échange toutefois 60 milliards d’euros d’actions LVHM chaque année. Mettons qu’on peut augmenter les échanges de 5% sans provoquer une panique, on peut tout solder en 40 ans. Évidemment on peut aller plus vite si on accepte d’avoir une influence notable sur les cours (certainement à la baisse).
Maintenant, si on veut s’acheter du pain et du fromage, on peut aussi se contenter des dividendes. De 2012 à 2018 LVMH a distribué des dividendes chaque année, pour une somme représentant quelque chose comme 3,5% de la valeur moyenne de l’action sur l’année (je n’ai pas le chiffre exact, j’ai un ordre de grandeur moyen calculé au jugé à partir de courbes).
Sur 117 milliards ça fait 4 milliards par an, en espèces sonnantes et trébuchantes cette fois ci. Un sacré plateau de fromages.
— Mais c’est volatile, ça peut ne rien valoir demain !
Les investisseurs n’étant pas fous, ils tiennent compte de ça dans la valorisation qui fonde leurs intentions d’achat et vente, donc dans le cours de bourse. Bref, c’est déjà intégré dans le calcul (en même temps que les espoirs de gains, parce qu’en ce moment LVMH semble plutôt au contraire croitre vite).
Mais, surtout, allez dire ça aux fonctionnaires qui voient leur point d’indice gelé. Ils vous expliqueront que même les euros n’ont pas une valeur si constante que ça en vue d’une conversion en pains et fromages.
Allez aussi voir les Espagnols, qui vous expliqueront la variation de la valeur de leur maison. Allez voir les Chypriotes, qui ont vu une ponction massive sur tous leurs comptes en banque pour éviter la faillite de ces dernières. Tiens, parlez aussi aux grecs (d’un peu tout).
Bref, oui, les valeurs associées aux choses changent avec le temps. La bourse est plus volatile que certains autres biens ou services mais ce n’est pas comme si le reste était stable. Les probabilités sont différentes mais les espoirs aussi. Comme nous disions, la valorisation tient déjà compte de tout cela.
Et bon, on parle de vendre, donc les risques futurs concernent surtout les acheteurs, pas le vendeur. Si vraiment ça ne valait rien, je suppose que de toutes façons Bernard Arnault n’aurait pas de quoi se plaindre si on l’en spoliait ;-)
Note : Bien entendu qu’on ne propose concrètement pas de spolier Bernard Arnaud et liquider arbitrairement son patrimoine de 117 milliards d’euros là comme ça de but en blanc. La citation générique d’origine permet de prendre conscience de ce que représentent les nombres, puis discuter de répartition et accumulation des richesses, de mérite individuel, et du modèle de société que nous voulons.
-
Usage des données personnelles par France Info et France Télévision
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous permettre de partager du contenu via les boutons de partage de réseaux sociaux, pour vous proposer des publicités ciblées adaptées à vos centres d’intérêts et pour nous permettre de mesurer l’audience.
Bandeau en haut de page sur meta-media.frPardon ? Ai-je bien lu ?
Alors j’ai fouillé et ce n’est pas beau à voir. Chaque point est à ma connaissance une violation du RGPD.
Les fautes sont graves et massives. Elles nécessitent probablement au moins de supprimer toutes les données dont on ne peut pas prouver qu’elles ont été obtenues sans vice de consentement. Il est aussi possible que considérant l’ampleur des données concernées, un signalement officiel de l’anomalie à la CNIL soit nécessaire de la part du responsable de traitement.
Ce qui suit concerne France Info et France Television, et probablement une majorité des sites du même groupe.
1/ Manque de consentement préalable
Lors de l’accès à la page d’accueil de France Info, sans réaliser aucune interaction clavier ni aucune interaction souris (pas de clic, pas de déplacement de souris au dessus d’éléments, pas de défilement de la page), le site fait des appels à xiti, chartbeat, urbanair, et facebook avec des identifiants uniques.
Cela veut dire qu’ils opèrent au minimum des collectes et traitements de mesures d’audience (et probablement des collectes en vue de personnalisation futures) avant d’avoir un quelconque consentement, qu’il soit implicite ou explicite.
Depuis mai 2018, le RGPD impose pourtant un consentement préalable avant tout traitement de données personnelles, hors certains cas légitimes qui ne peuvent pas inclure la mesure d’audience ou la personnalisation de contenus, ni la participation à du pistage par des tiers (Facebook).
Je ne prends pas en compte ici les appels aux régies de publicité et autres bases de données de relation client. Il est possible (voire probable) que ces services fassent du pistage et/ou de la personnalisation mais je ne peux pas m’en assurer.
2/ Manque de consentement explicite
Un bandeau apparait à la première visite avec l’information suivante :
« En poursuivant votre navigation sur ce site de France Télévisions, vous acceptez l’utilisation de cookies et traceurs servant à mesurer l’audience, à personnaliser votre expérience et vous consentez à recevoir de la publicité et des offres adaptées à votre profil. »
Sur meta-media.fr j’ai un message similaire :
« En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous permettre de partager du contenu via les boutons de partage de réseaux sociaux, pour vous proposer des publicités ciblées adaptées à vos centres d’intérêts et pour nous permettre de mesurer l’audience. »
Tout ou partie des usages décrits nécessitent un consentement explicite et éclairé de la part des personnes concernées depuis la mise en place du RGPD en mai 2018.
La poursuite de navigation ne peut être considérée comme un consentement explicite et éclairé suivant les termes du RGPD. Les collectes correspondantes sont donc viciées.
3/ Impossibilité de refus de consentement
Quand on souhaite configurer ses consentements, l’outil proposé n’offre pas de refus possible pour la catégorie « réseaux sociaux », quand bien même ils sont « susceptibles d’identifier les données de connexion et de navigation de l’internaute ».
Cette information a été confirmée par les conseillers gérant le compte twitter :
Cette impossibilité de refuser des traitements annexes les met là aussi très certainement en violation du RGPD mais ce n’est pas tout :
4/ Faux à l’enregistrement des consentements
Si l’utilisateur ne se voit pas proposer d’option pour refuser le consentement, cette option est bien présente. Elle est juste cachée.
Comme elle est activée par défaut, la validation de la page de consentement, même pour ceux qui ont consciencieusement tout désactivé, enverra un consentement positif explicite au registre des consentement.
Plus qu’une absence de choix explicite, France Television produit un faux consentement positif. On dépasse à mon sens les erreurs d’implémentations. Il y a là tromperie et production de faux.
5/ Absence d’information
Vous ne pouvez pas vous opposer au traitement des réseaux sociaux dans l’outil, il enregistrera tout de même un consentement positif explicite alors que vous ne l’avez pas donné, mais il y a une information qu’on pourrait s’opposer à certains de ces cookies sur la page « politique de gestion des cookies et sdk ».
Sur cette longue page, on voit effectivement en défilant qu’il existe un « sdk » pour Twitter. Aucun lien ou procédure n’est toutefois donné pour s’y opposer.
Ce défaut d’information est d’autant plus gênant que les équipes connaissent ces liens et savent les donner quand une personne sait que c’est un problème et le signale :
6/ Collecte et traitement malgré refus de consentement
Après avoir refusé explicitement tous les consentements sur les interfaces, France Info et France Television continuent pourtant la collecte et le traitement des données.
Ainsi, bien que les mesures d’audience soient explicitement refusées, des appels partent encore à Xiti, New Relic (la partie audience et mesures), Global Stats counter, Outbrain et Google Tag.
Ici encore, je ne prétends pas faire une liste exhaustive et je ne prends pas en compte plusieurs prestataires du domaine publicitaire dont il m’est impossible de confirmer s’ils font ou pas du pistage par identifiant unique et/ou de la personnalisation (même si c’est probable).
Le DPO de France Television a été informé par email.
Mouais… Pauvre Benoît Pelletier… Il y a un peu de différence entre l’autopromotion et la réalité. Réponse de France Television
J’ai eu une réponse le 14 février. Je ne vais pas dire que c’est rapide, mais j’ai tellement de réponses qui prennent parfois 2 mois quand je parle données personnelles, que j’en viens presque à trouver ça positif.
La réponse l’est moins. Extrait :
Les décalages observés dans la gestion des cookies et autres traceurs sur les sites visés (meta-media.fr, francetvinfo.fr, francetelevisions.fr) par rapport aux nouvelles lignes directrices de la CNIL en la matière ont bien été identifiés, et les corrections nécessaires intégrées à notre plan de mise en conformité dans les délais requis par la CNIL.
Lors de la présentation de son plan d’action sur le ciblage publicitaire pour l’année 2019–2020, la CNIL a en effet indiqué que son ancienne recommandation du 5 décembre 2013 relative aux cookies et autres traceurs était devenue obsolète suite à l’entrée en application du RGPD, en ce qu’elle permettait le recueil du consentement de l’utilisateur via la simple poursuite de sa navigation. Sa délibération du 4 juillet 2019 prévoit ainsi la fin de la poursuite de la navigation comme moyen d’expression du consentement. Afin toutefois de laisser aux éditeurs de sites le temps nécessaire à l’adaptation technique de leurs sites, la CNIL prévoit une période de mise en conformité à ses nouvelles règles, qui prendra fin à l’expiration d’un délai de six mois suivant l’adoption définitive de sa recommandation sur les modalités pratiques de recueil du consentement, dont le projet est actuellement soumis à consultation publique jusqu’au 25 février 2020.Cette position de la CNIL est un vrai problème. Elle n’a aucun pouvoir ni législatif ni judiciaire et son pouvoir administratif ne l’autorise en rien à donner un sauf-conduit sur l’application de la loi française ou européenne (et donc du RGPD qui est applicable depuis mai 2018 au niveau européen et entériné dans la loi française en juin 2018).
Ce qui est en violation du RGPD reste illégal et punissable auprès des tribunaux, quand bien même la CNIL renoncerait à faire diligence sur sa propre mission administrative.
Malheureusement les éditeurs se servent des lenteurs de la CNIL et d’un texte de 2013, pré-RGPD, comme paravent pour s’exonérer de leurs obligations. Ces fumisteries doivent prendre fin très rapidement !
Je ne compte même pas la mauvaise foi :
Dans cet intervalle, nous continuons à travailler sur l’amélioration de la gestion des traceurs utilisés sur nos sites. Celle-ci se heurte à certaines contraintes techniques imposées par des tiers comme Facebook, dont les cookies font l’objet d’une information des utilisateurs sur les moyens de s’opposer à leur utilisation via les liens présents dans notre politique de gestion des cookies, et non directement dans notre gestionnaire de cookies.
Je tiens aussi à vous informer que pour remédier à certaines de ces difficultés, et protéger davantage les données personnelles de nos utilisateurs, nous avons pris la décision de mettre un terme à l’usage du « social login » (le dispositif permettant de créer un compte utilisateur via son compte de réseau social) avec Facebook et Google sur les sites francetvinfo.fr et france.tv.
Il y a peu de chances que le retrait des création de compte via un fournisseur d’identité tiers (Facebook, Google) ait été motivé pour limiter la collecte de données personnelles. En tout cas retirer une fonctionnalité qui ne peut être que ponctuelle, volontaire et explicite de la part du visiteur et en parallèle laisser les traceurs invisibles de la même source sans donner de moyen simple de s’y opposer… j’appelle ça être hypocrite.
-
Vie privée : Chiffrement des disques
On parle tant des mots de passe qu’on en oublie l’essentiel.
Quiconque a accès à votre disque dur a accès à toute votre vie numérique, vos logiciels et vos documents.
Il peut relire votre l’attestation de sécu téléchargée le mois dernier, votre feuille de calcul avec votre compta, vos photos de vacances mais aussi celles que vous gardez privées, la lettre à mamie, le testament de grand père, votre carnet d’adresse complet.
Il a accès aussi à votre historique de navigation internet des 30 ou 90 derniers jours, votre compte facebook, votre compte email avec l’intégralité de vos échanges passés.
Si vous êtes enregistré sous Google et que vous avez un Android, il y a toutes les chances qu’il puisse accédez à tout l’historique de géolocalisation et retracer dans le détail tous vos déplacements depuis plusieurs mois.
Via le navigateur il a aussi accès à tous les sites sur lesquels vous êtes enregistré, ceux pour lesquels vous avez enregistré le mot de passe. Vu qu’il a accès à vos emails, il pourra de toutes façons réinitialiser les mots de passe qu’il lui manque.
Si on parle de votre téléphone, ça inclut aussi tous vos SMS, votre historique d’appel, vos conversations snapchat, whatsapp et autres outils de communication.
Ça fait peur, non ?
Ça arrivera si quelqu’un de malveillant vous en veut personnellement, mais aussi vous êtes la cible aléatoire d’un cambriolage, que ce soit par le cambrioleur ou par la personne chez qui se retrouve avec votre disque une fois remis en circulation.
Non, il n’y a pas besoin de votre mot de passe de session windows ou mac pour cela. Il suffit d’accéder au disque directement. Tout est dessus, en clair.
Ok, comment on chiffre le disque alors ?
Sous Windows ça s’appelle BitLocker. Sous Mac ça s’appelle FileVault. Sous Android ça s’appelle simplement « Chiffrer l’appareil » ou « Chiffrez vos données » quand ce n’est pas activé par défaut, et vous avez en plus un « Cryptage de la carte SD » pour la carte SD si vous en avez ajouté une.
Vous trouverez ça à chaque fois dans la section « sécurité » des préférences de votre système.
La procédure est normalement assez simple (windows, mac). Assurez-vous simplement de ne pas oublier votre mot de passe.
Voilà, c’est fait. Toutes vos données sont chiffrées, illisibles par un tiers.
Bien entendu ça ne fonctionne que si vous avez aussi activé un déverrouillage manuel obligatoire au réveil de votre PC et de votre téléphone, et que vous n’avez pas laissé le mot de passe sur un post-it juste à côté. Il ne sert à rien d’avoir une porte qui ferme à clef si vous laissez la clef sous le paillasson ou si vous la laissez toujours ouverte.
C’est quoi le piège ?
Désormais votre cambrioleur ne peut pas accéder à vos données sans le mot de passe. Votre voisin ne peut pas accéder à vos données sans le mot de passe.
Vous non plus… Le piège est là. Sans le mot de passe vos données sont perdues, même pour vous.
Apple vous propose de retenir une clef chez lui et de la sécuriser avec votre compte Apple. Je crois que Microsoft fait pareil. Sur Android à ma connaissance il n’y a rien de tout cela.
En réalité ça n’est qu’un (mauvais) filet de sécurité.
1/ N’oubliez pas le mot de passe.
2/ Faites de sauvegardes (même si vous avez le mot de passe, le disque lui-même peut casser, et au pire vous pourrez récupérer vos données sur la sauvegarde)
3/ Donnez un moyen à vos proches d’accéder aux données qui les concernent (photos de famille par exemple) si jamais il vous arrive quelque chose.
-
[retraites] « les femmes seront les grandes gagnantes »
Les femmes seront les grandes gagnantes » de la réforme, a assuré Philippe. Le nouveau système accordera notamment « des points supplémentaires pour chaque enfant, et ce dès le 1er enfant, et non à partir du 3ème comme aujourd’hui
Le Premier ministre, via l’AFPJe déteste ce qui m’apparait comme de la mauvaise foi.
Aujourd’hui
Il y a effectivement une majoration des points/pensions de 10%, uniquement pour ceux qui ont eu trois enfants ou plus (plafonné à 1000 € côté complémentaire pour l’Agirc et pour l’Arrco).
Ne parler que de ça c’est pourtant de mauvaise foi. La vraie mesure, aujourd’hui, c’est qu’un enfant donne droit à 4 trimestres au moment de la naissance, plus 4 autres pour l’éducation des premières années.
Si vous aviez déjà toutes vos annuités au moment de partir en retraite, chaque trimestre cotisé en plus vous offre une surcote de 1,25% le trimestre. Si vous n’aviez pas toutes vos annuités, ça vous évite une décote de 1,25% par trimestre.
8 × 1,25%, on parle donc de 10% de pension en plus, par enfant, dès le premier enfant.
Ce n’est pas tout ! Aujourd’hui le système ne garde que les 25 meilleures années. Il est donc possible de passer à temps partiel pour quelques années et accompagner l’éducation d’un enfant sans que ça ne se voit exagérément au moment de liquider la retraite (ça se verra sur les points des retraites complémentaires, mais pas sur la pension du régime de base).
1 enfant + 10 % + invisibilisation des temps partiels temporaires 2 enfants + 20 % + invisibilisation des temps partiels temporaires 3 enfants + 40 % + invisibilisation des temps partiels temporaires 4 enfants + 50 % + invisibilisation des temps partiels temporaires Le seul point où mon tableau est faux, c’est pour les femmes qui continuent à travailler jusqu’à l’âge limite de départ à taux plein, 67 ans aujourd’hui, sans avoir leurs annuités malgré les trimestres offerts. Là l’impact n’est pas le même.
Proposition de réforme
Qu’est-ce que prose donc la nouvelle réforme pour que « les femmes [soient] les grandes gagnantes » ?
Simple : Une majoration de 5% des points au moment de la liquidation, par enfant, dès le premier enfant. On se positionne sur un système proportionnel, donc 5% de points c’est 5% de pension.
Un temps partiel, même temporaire, implique moins de points cotisés et jouera proportionnellement sur le montant de la pension au moment de sa liquidation.
1 enfant + 5 % 2 enfants + 10 % 3 enfants + 15 % 4 enfants + 20 % Je vous laisse comparer les deux tableaux et savoir si on vous a pris pour des imbéciles.
Références :
- Majorations de trimestres et de pension par enfant dans le système actuel
- Surcotes par trimestre en plus
- Décotes par trimestre en moins
Évidemment, toute correction est bienvenue. Pour des raisons de simplification, je ne donnerai cependant pas les détail de tel ou tel régime ou cas particulier. Vous êtes libres de le faire chez vous et de mettre un lien en commentaire.
-
Société Générale et données personnelles
Ma banque m’a forcé la communication de certaines informations personnelles que j’ai trouvé fortement intrusives et à priori inutiles à l’exécution du contrat ou des mécanismes anti-blanchiment (entre autres détail de mes employeurs et de mes rémunérations, alors que mes salaires et comptes actifs sont gérés par une autre banque). Cette demande était accompagnée par une référence à des articles de loi qui n’imposaient nullement cette communication.
8 novembre 2019 : J’ai me suis donc fendu d’une demande d’information formelle au titre du RGPD (oui, je suis ainsi).
Je l’ai fait de bonne foi, pour avoir l’information, la fouiller et la comprendre. Je pensais les banques carrées sur la gestion des données personnelles et ne doutais pas qu’ils aient un fondement à toute demande et tout stockage. Je cherchais lequel. J’en ai été pour mes frais.
J’ai un accusé de réception de ma demande le 12 novembre. Ils me font suivre un extrait des conditions générales qui parle des données personnelles, me signalent la possibilité d’accéder à certaines données depuis l’espace personnel en ligne, et me confirment qu’ils me répondront sous un mois (le délai légal) à ma demande explicite.
En attendant cette réponse promise, je vérifie les deux éléments reçus :
L’extrait des conditions générales semble volontairement noyer le poisson. Un premier article liste toute une série de données personnelles, de l’identité civile jusqu’à l’enregistrement des appels et mes habitudes de vie (!!). Un second article liste toutes les finalités possibles et leur durée de vie maximum. Aucun moyen de savoir quelle finalité est associée à quelle donnée, ce qu’ils stockent vraiment combien de temps et pourquoi.
L’extrait est tout de même éclairant puisque les données personnelles auxquelles je fais référence n’y sont pas listées, ou alors sous un des multiples « etc. » très vagues. Gênant.
Je vais aussi vérifier la rubrique adéquate de l’espace personnel en ligne. Ce qu’on m’y présente est incomplet et ne répond pas à ma demande. On ne m’y liste par exemple pas les informations personnelle qu’on m’a forcé de remplir début novembre et sur lesquels portent explicitement ma demande. Je vois au moins deux autres manques flagrants dans les données (maigres) auxquelles on me donne accès. Malaisant.
La réponse semble avoir été rédigée par un humain et non par un robot, ils me confirment que j’aurai une réponse plus tard. J’attends donc avec confiance.
Et… rien.
Un mois après, aucune réponse malgré leur accusé de réception.
- Données incomplètes dans leurs mécanismes d’accès ;
- Mentions légales d’information incomplètes et inutiles en ce qu’elles ne permettent pas d’attacher une finalité et une durée de conservation à une donnée, ni de connaitre exactement l’exhaustivité des données récoltées ;
- Refus implicite de communication à ma requête.
Moi qui pensais les banques carrées…
Je relance donc le 9 novembre 2019 explicitant leur refus de réponse et demandant à être contacté dans les quelques jours pour régler la situation. Je n’aurai aucune réponse, ni par téléphone ni par email.
Après le presque doublement du délai légal, le 6 janvier 2020, je tente un autre canal de communication et j’interpelle la société sur Twitter
Bon @SocieteGenerale @SG_etvous après deux mois j’ai attendu assez longtemps. Comment se fait-ce que vous refusiez de répondre aux requêtes RGPD dont vous accusez pourtant réception ?
https://twitter.com/edasfr/status/1213427075769655297J’obtiens là un humain en quelques heures. Ne pas respecter la loi est une chose, laisser un message public sans réponse en est une autre.
Après confirmation de mon identité et rappel des échanges : « Nous rapprochons de nos interlocuteurs en interne afin qu’un point soit fait au plus vite à ce sujet ».
J’attends donc de nouveau
Une semaine après, le 13 janvier 2020, rien de neuf. Ni par téléphone, ni par email, ni par twitter. Je relance donc le compte Twitter vu que c’est le seul canal sur lequel j’ai des réponses.
Bonjour Eric, nous sommes navrés de cette situation et des complexités techniques rencontrées pour apporter une réponse à vos demandes. Les équipes en charge nous ont bien confirmé les avoir prises en charge. Nous faisons le point avec elles et vous tenons informé.
Message privé twitter par @SG_etvousS’il y a une complexité technique telle qu’il faille plus de deux mois pour répondre à une simple demande d’information pour laquelle ils ont légalement un mois pour répondre… C’est inquiétant.
Échaudé par les absences de réponse répétées, j’insiste pour avoir un délai. Je l’obtiens le lendemain, mardi 14 janvier 2020 :
Bonjour Eric, les équipes en charge nous ont assuré vous apporter une réponse d’ici la fin de cette semaine au plus tard.
J’attends donc (de nouveau)
Nous sommes désormais le jeudi 23 janvier (je mets à jour le billet ce jour), presque 10 jours plus tard, et je n’ai rien de neuf.
Au moins je sais que ma demande a été reçue et prise en traitement, plusieurs fois. Je ne peux pas considérer autre chose qu’un refus de réponse volontaire, illégal. Pire, j’ai l’impression qu’on me prend pour un imbécile.
Je ne sais pas pourquoi j’ai temps attendu avant de rédiger une plainte officielle pour non respect de mes droits. Je vais corriger ça cette semaine et cette fois ci je ne remettrai pas la chose à plus tard sur la base d’un énième « on vous répondra plus tard ». Soit j’ai une réponse adéquate et écrite à ma requête initiale, soit je ne l’ai pas. Le reste ne m’intéresse plus.
Tout ça n’a pas l’air clair et très propre du côté de la Société Générale. Je vous incite donc à faire la même procédure auprès de votre banque.