Catégorie : Politique et société

  • Un cade­nas pour mon vélo (2022)

    J’avais déjà un peu écrit en 2017, et tout ce qui y était est toujours vrai : Mis à part le futur HipLock D1000, aucun anti­vol ne résiste plus de quelques dizaines de secondes à une disqueuse portable.

    La solu­tion ultime

    Oui, elle semble exis­ter. Le HipLock D1000 est un anti­vol U qui semble résis­tant aux disqueuses. Les tests en ligne montrent qu’il faut plusieurs dizaines de minutes avec de nombreux disques diamants pour décou­per l’an­ti­vol à la disqueuse dans de bonnes condi­tions en atelier. Autant dire que le voleur aura proba­ble­ment aban­donné avant.

    Même avec ça, la sécu­rité sera toujours du même niveau que son maillon le plus faible. Tous les points d’at­tache ne résis­te­ront pas à une disqueuse et un voleur pourra souvent quand même récu­pé­rer votre vélo dans une camion­nette pour décou­per l’an­ti­vol plus tard chez lui.

    Person­nel­le­ment je n’aime pas les solu­tions ultimes. N’im­porte quel gamin pourra mettre un chewing-gum dans la serrure par jeu ou par malice et je ne pour­rai plus moi non plus récu­pé­rer mon vélo. Gênant…

    Le lieu sécu­risé

    La solu­tion plus réaliste pour moi c’est d’at­ta­cher le vélo dans un lieu où la découpe d’un anti­vol U risque de faire inter­ve­nir des tiers pour l’em­pê­cher de repar­tir avec le vélo.

    Il faut un anti­vol U haut de gamme, ceux qui mettent au moins 30 secondes à être décou­pés.

    Pour le lieu, la pleine rue ne fonc­tionne malheu­reu­se­ment pas. Les passants n’in­ter­vien­dront proba­ble­ment pas, la police n’aura pas le temps d’ar­ri­ver jusque là même si elle était à deux blocs de là.

    Il faut un lieu privé, avec des personnes qu’on connait, ou une commu­nauté à laquelle on appar­tient. Un parking privé peut aussi faire l’af­faire si un vigile est juste devant (il peut inter­ve­nir en moins de 30 secondes) ou s’il peut bloquer les sorties.

    Les fameux parkings sécu­ri­sés avec juste des camé­ras ou plusieurs sorties libres ne servent pas à grand chose. On aura une vidéo d’un homme avec une capuche ou une casquette, mais plus de vélo.

    Deux anti­vols plutôt qu’un

    Parce que deux c’est toujours mieux qu’un mais aussi parce que deux U haut de gamme c’est autant à décou­per. Si le temps est un facteur impor­tant et que mon vélo n’est pas hors de prix, le voleur préfé­rera prendre celui d’à côté. L’autre avan­tage c’est aussi que ça permet de sécu­ri­ser les deux roues du vélo.

    Un anti­vol de cadre peut aussi être un bon anti­vol secon­daire à côté du U haut de gamme. Ça demande un peu plus de préci­sion à la disqueuse, proba­ble­ment trop pour que ce soit inté­res­sant. Il faut un gros coupe boulon à côté et ça met de côté les vols rapides avec un seul outil.

    Pour la même raison, un anti­vol à câble en plus du U est poten­tiel­le­ment une bonne idée. Ça ne sert à rien seul — ça se coupe instan­ta­né­ment — mais ça demande un outil diffé­rent de la disqueuse. Ça ne coûte (et ne pèse) rien à ajou­ter.

    La seule option qui me fait un peut douter, c’est le second U de faible section. Celui qui coupe un U haut de gamme aura déjà une disqueuse avec des disques adap­tés et un mauvais U lui pren­dra à peine 10 secondes de plus. Si le vélo vaut le coup, ça ne le gênera pas vrai­ment plus qu’un câble (et peut-être moins s’il n’a qu’une disqueuse à sa dispo­si­tion).

    Un anti­vol U haut de gamme

    À défaut, s’il n’y a qu’un seul anti­vol, le U de meilleure sécu­rité de n’im­porte quelle bonne marque connue devrait faire l’af­faire. Ce n’est pas le meilleur en résis­tance mais le Elops U 900 de Décath­lon a proba­ble­ment le meilleur rapport qualité/prix.

    Certaines assu­rances ne couvri­ront le dommage qu’a­vec une facture nomi­na­tive pour l’achat d’un U certi­fié 2 * par l’ART, 2 roues par la FUB, ou Gold par SoldSe­cure.

    Il faut juste penser à reti­rer les attaches rapides sur les roues si on ne peut pas sécu­ri­ser les deux. Un axe anti­vol est encore mieux. Certains attachent d’ailleurs un câble à leur U pour aller sécu­ri­ser la seconde roue. C’est une option peu chère aussi.

    Un anti­vol autre qu’un U haut de gamme

    « U » ne veut pas dire magique. Un mauvais U ou une mauvaise chaîne ne sont pas beau­coup mieux qu’un gros câble.

    Et, juste­ment, les anti­vols à câble ou les petites chaînes ne valent pas grand chose. Ça se découpe instan­ta­né­ment avec le bon outil.

    Les anti­vols plats pliants type Bordo ont la répu­ta­tion de se faire casser rela­ti­ve­ment faci­le­ment sans outils bien qu’A­bus en note certains à 15/15 en résis­tance. Par prin­cipe de précau­tion, je les mets dans la case « à éviter ».

    Et des acces­soires

    En plus des axes anti­vol, on peut aussi reti­rer l’at­tache rapide pour la selle. Tout ce qui s’at­tache avec une vis sur le cadre peut aussi proba­ble­ment être sécu­risé avec un bête serflex. Tout ça permet­tra au moins d’évi­ter les vols d’op­por­tu­ni­tés par quelqu’un de non équipé.

    Et le bicy­code

    Il est là d’of­fice sur les vélos de 2022 mais parfois il s’agit d’une bête étiquette. Un passage à la gravure opère poten­tiel­le­ment une meilleure dissua­sion chez ceux qui ne sont pas des profes­sion­nels du vol (oui, juste une dissua­sion, ça n’em­pêche pas le vol, ça rend juste légè­re­ment moins facile la revente des vélos de qualité).

    Faites graver vos anciens vélos. Pour 5€, ça serait dommage de se priver.

  • Démo­cra­tie des partis poli­tiques

    Je lis un article de Thomas Guénolé sur l’ab­sence de démo­cra­tie interne à La France Insou­mise.

    Il y a plein de choses inté­res­santes à explo­rer là dedans, sur ce que ça dit des diri­geants du parti, ou de pourquoi les mili­tants ont l’im­pres­sion de vivre du parti­ci­pa­tif alors que les déci­sions sont prises par une oligar­chie, et si cette disso­nance n’est pas le ver dans le fruit.

    Pour autant il y a un fond qui ne semble pas exploré : Je ne crois pas que la démo­cra­tie interne soit un élément néces­saire pour un parti poli­tique.

    L’enjeu d’un parti c’est de propo­ser un plan et une personne pour mettre en œuvre ce plan. La démo­cra­tie c’est de déci­der tous ensemble de ce qu’on choi­sit.

    Savoir comment ce plan a été élaboré et cette personne dési­gnée n’est fina­le­ment pas un enjeu démo­cra­tique à notre échelle. Ce peut-être l’œuvre d’un indi­vidu seul dans le train à son retour de vacances. Ce peut-être l’œuvre d’un collec­tif démo­cra­tique dans un long travail sur plusieurs années éclairé par des experts. Peu importe, c’est le résul­tat qui sert de base au choix démo­cra­tique et sur lequel se fonde notre système poli­tique actuel.


    Je ne cache pas mes affi­ni­tés avec le Parti Pirate qui a lui fait le choix d’avoir une struc­ture avec une démo­cra­tie interne très pous­sée. Ce n’est pas le seul choix possible, pas forcé­ment le meilleur, et d’ailleurs pas forcé­ment le plus effi­cace. Ça corres­pond juste a son ADN et ses aspi­ra­tions.

    Que LFI, LREM et d’autres, fassent le choix d’une autre démarche n’est en rien anti-démo­cra­tique en soi. Tout au plus ça peut permettre d’ou­vrir le débat avec les diri­geants de ces mouve­ments pour comprendre comment ils voient l’exer­cice du pouvoir.

  • La fin, les moyens, et la démo­cra­tie

    J’ai attendu un peu avant d’écrire ce billet sinon il risquait d’être inau­dible.

    Je sors mal à l’aise des moyens de lutte contre le vote d’ex­trême droite autour de moi. Des argu­ments liti­gieux contre la candi­date d’ex­trême droite, des trom­pe­ries pour espé­rer vicier le vote de ses élec­teurs, et des appels à ne pas corri­ger les critiques liti­gieuses envers elle, ou à ne pas poin­ter les problèmes chez son oppo­sant.

    La fin justi­fie-t-elle les moyens ?

    On ne peut pas sauver la démo­cra­tie en viciant l’élec­tion. Cher­cher à ce que certains élec­teurs votent de façon erro­née ou sur la base de mauvaises infor­ma­tions c’est forcé­ment cher­cher à sortir de la légi­ti­mité démo­cra­tique.

    Est-on prêt à usur­per le pouvoir, rompre à avec la démo­cra­tie, si ça permet d’évi­ter le fascisme ?

    Je laisse chacun répondre à cette ques­tion, tant qu’on ne se voile pas la face.

    Ce qui est certain pour moi c’est que dans ce cas on devrait au moins s’abs­te­nir de dire qu’on veut sauver ou défendre la démo­cra­tie. Dans ce cas on devrait au moins s’abs­te­nir de dire que ceux qu’on combat sont un danger pour la démo­cra­tie, la consti­tu­tion ou l’État de droit, parce qu’on ne ferait pas mieux de ce point de vue.

    Mon malaise vient de là : Les mêmes qui prétendent défendre la démo­cra­tie semblent accep­ter d’en sortir eux-mêmes, parce qu’eux ont raison et que les autres risquent d’être majo­ri­taires à avoir tort.

  • Comp­ta­bi­li­ser le vote blanc… mais pas plus

    Encore une péti­tion pour la comp­ta­bi­li­sa­tion du vote blanc. Je ne comprends toujours pas. L’idée de départ est sédui­sante mais dès qu’on fouille…

    Il faudrait comp­ta­bi­li­ser le vote blanc !

    Il l’est. Au dépouille­ment chacun pourra le consta­ter. On décompte aussi préci­sé­ment les votes blancs que les autres votes, avec un compte séparé, public, publié, au vote près.

    Ok, mais comme il n’y a pas de bulle­tin blanc, on ne peut pas voter blanc !

    On peut mettre son propre papier blanc, mais surtout on peut mettre une enve­loppe vide. Une enve­loppe vide est un vote blanc, compté comme tel. Sur les ordi­na­teurs de vote (il en reste malheu­reu­se­ment), le vote blanc fait expli­ci­te­ment partie des choix propo­sés.

    Ok, ils sont comp­ta­bi­li­sés, on peut voter blanc, mais à la TV ils présentent des pour­cen­tages sans les votes blancs !

    Oui, souvent, quoi qu’on voit passer de plus en plus de repré­sen­ta­tions pour mesu­rer l’abs­ten­tion. Le vote blanc est géné­ra­le­ment moins inté­res­sant car assez faible. S’il était de 10 % la TV en parle­rait certai­ne­ment plus.

    Les chiffres sont publics, au vote près. Il est possible à chacun de faire une repré­sen­ta­tion incluant les blancs, ou l’abs­ten­tion, ou ce qu’on veut. J’en ai d’ailleurs vu plusieurs passer.

    Toujours est-il que les chaines de TV sont libres et font bien les analyses avec les répar­ti­tions qu’elles souhaitent. Le problème n’est là ni dans le vote blanc ni dans sa comp­ta­bi­li­sa­tion.

    Oui mais il ne fait pas partie des suffrages expri­més !

    Il est dans les suffrages, comp­ta­bi­lisé. La notion de « suffrage exprimé » est juste une caté­go­ri­sa­tion arbi­traire qui veut dire « suffrages sans les blancs et les nuls ». Dire que ça n’in­clut pas les blancs, c’est une tauto­lo­gie. C’est un peu comme si on se plai­gnait que quelqu’un n’in­clut pas le PCF dans la répar­ti­tion des suffrages de droite.

    Mais du coup il ne sert à rien dans l’élec­tion !

    Oui. C’est même son rôle : Permettre à quelqu’un de ne pas s’ex­pri­mer (mais quand même aller voter, parce qu’on garan­tit le secret de ce choix de vote).

    Si on veut s’ex­pri­mer, il y a des bulle­tins avec des choses expri­mées dessus (pas forcé­ment ce qu’on veut, mais ça c’est discuté plus bas)

    Sauf qu’il exprime quelque chose, il devrait empê­cher l’élec­tion si [le blanc est majo­ri­taire] !

    Ah ? Mais si un élec­teur vote blanc, pourquoi imagi­ner qu’il exprime forcé­ment une volonté de recom­men­cer l’élec­tion ?

    Certains votent blanc par rejet du système lui-même, d’autres par rejet des choix propo­sés, d’autres parce qu’ils ne savent pas se déci­der, d’autres parce qu’ils n’ont pas d’avis, d’autres parce qu’ils ont un avis mais que plusieurs candi­dats leur vont, d’autres parce qu’ils ont une pres­sion sociale pour aller au bureau de vote mais n’ont pas envie de s’ex­pri­mer pour autant, d’au­tres…

    Prêter une inten­tion unique et spéci­fique au vote blanc c’est le prendre pour un bulle­tin avec quelque chose de précis écrit dessus. Ce n’est pas le cas.

    À dire vrai, si quelque chose devait relan­cer l’élec­tion, ce serait plutôt le décompte des votes nuls, soit parce qu’une majo­rité d’er­reurs de vote dénote un problème avec l’élec­tion, soit si on avait une majo­rité de votes expri­mant effec­ti­ve­ment quelque chose de commun même si ce n’est pas dans les choix propo­sés.

    Il faut juste une élec­tion avec de nouveaux candi­dats, ceux là n’ont pas su créer une adhé­sion.

    Outre le problème expli­cité dans le bloc précé­dent : Avec qui ? Qu’est-ce qui fait penser que ces nouveaux candi­dats auront plus d’adhé­sion ?

    Les candi­dats de l’élec­tion sont ceux qui ont gagné les primaires, ou ont eu le soutien de groupes de grande taille, ou sont sortis comme les plus propices dans les sondages dans leur base élec­to­rales. Ce sont objec­ti­ve­ment les meilleurs possibles pour porter les diffé­rentes voix. Pas les seuls, mais objec­ti­ve­ment parmi les meilleurs. Recom­men­cer avec d’autres c’est recom­men­cer avec ceux qui n’at­tei­gnaient même pas ces jalons, qui sont objec­ti­ve­ment moins bons à rempor­ter l’élec­tion et obte­nir l’adhé­sion. Selon toutes proba­bi­li­tés, ils auraient eu des scores encore plus faibles. Ne parlons même pas des élec­teurs qui vote­ront blanc la seconde fois parce qu’ils préfé­raient les candi­dats du premier vote, ou parce qu’ils sont contre l’idée de recom­men­cer l’élec­tion.

    Au bout d’un moment il y aura peut-être rési­gna­tion des élec­teurs à ne pas faire de rejet et à accep­ter un candi­dat, mais si c’est à la seconde ou à la troi­sième élec­tion, le candi­dat de ce moment là sera-t-il vrai­ment meilleur que celui qu’on aurait eu au premier tour et qui avait assez de soutien et d’adhé­sion pour se présen­ter à ce moment là ? Proba­ble­ment pas.

    Mais on ne peut pas accep­ter l’élec­tion d’un candi­dat majo­ri­tai­re­ment rejeté !

    Alors déjà on ne peut pas dire qu’il est majo­ri­tai­re­ment rejeté. Le blanc est loin d’être signi­fi­ca­tif aujourd’­hui, et même s’il l’était on ne sait toujours pas quelle propor­tion de ces blancs exprime un rejet. Juste­ment parce que ces votes sont… blancs.

    Ensuite c’est vicié, surtout sur une élec­tion à deux tours. On trou­vera toujours une coali­tion majo­ri­taire pour empê­cher le favori de gagner. Ça ne veut pas dire que cette coali­tion dégage un avis majo­ri­taire pour quoi que ce soit.

    Oui mais si on ne veut rien dans les choix propo­sés ?

    Comme il y a des opinions très diverses dans la popu­la­tion, tout le monde ne peut pas être en phase avec le choix final et c’est normal.

    La péti­tion actuelle en est une bonne illus­tra­tion. Elle tente de fédé­rer sur le mode « les résul­tats du second tour ne nous conviennent pas ». Soit, mais quand il y a 12 candi­dats au premier tour et 2 au second tour, c’est normal qu’une bonne partie des élec­teurs auraient préféré autre chose. Ça n’est pas une justi­fi­ca­tion pour bloquer le système.

    Si on est mino­ri­taire, alors on prend son mal en patience, et on donne sa voix à celui qui se reproche le plus de ses opinions, même s’il en est très loin (ça sera toujours mieux que quelqu’un qui est encore plus loin). Vous pouvez aussi ne pas voter ou voter blanc, si pour vous le résul­tat ne change rien.

    Si on appar­tient à un courant majo­ri­taire ou qui peut l’être, alors… on présente un candi­dat et on le fait arri­ver au second tour. Si c’est vrai­ment un courant majo­ri­taire, alors pourquoi ne pas le faire ? Les dates d’élec­tion sont connues à l’avance, il y a tout le temps de s’y prépa­rer.

    On aurait pu gagner si on avait été au second tour mais on n’a pas su s’unir…

    Le problème n’est alors pas le vote blanc et le recom­men­ce­ment de l’élec­tion mais le fonc­tion­ne­ment du scru­tin. Il y a de vraies initia­tives pour corri­ger le problème de la disper­sion des voix et du vote utile, dont la propo­si­tion d’uti­li­ser un scru­tin par vote majo­ri­taire.

    Et si on veut vrai­ment tout chan­ger, renver­ser la caste au pouvoir ?

    Réfor­miste ou révo­lu­tion­naire ?

    Réfor­miste, vous vous fédé­rez et faites élire votre candi­dat qui chan­gera tout, via les méca­nismes prévus pour chan­ger le système lui-même.

    Révo­lu­tion­naire, ben il faudra faire la révo­lu­tion, d’une façon ou d’une autre. Faire un vote blanc, recom­men­cer l’élec­tion puis quand même élire le premier à la seconde itéra­tion de l’élec­tion, ça ne va pas trop faire un révo­lu­tion.


    Et même avec tout ça, même si on comp­tait le vote blanc dans les suffrages expri­més, avec une propriété élimi­na­toire s’il arri­vait en tête, avec un blanc qui peine à atteindre 2 ou 5% aujourd’­hui, il est très discu­table d’ima­gi­ner qu’on ait réel­le­ment une majo­rité d’élec­teurs qui voudraient recom­men­cer avec d’autres candi­dats incon­nus, et qui préfé­re­raient ces nouveaux candi­dats. Rien ne le démontre aujourd’­hui, pas même un sondage. L’exemple de la Colom­bie, qui a ce vote blanc élimi­na­toire, ne pousse pas en ce sens.

    Il faut peut-être juste accep­ter qu’on se trouve dans la mino­rité, et jouer le jeu de la démo­cra­tie même quand les déci­sions prises ne sont pas les notres.

  • Cessons les ambi­guï­tés et arrê­tons de tortiller du cul

    Ces décla­ra­tions ambi­guës du « aucun vote pour Marine Lepen » tout en lais­sant la porte ouverte à l’abs­ten­tion sont juste lâches.

    C’est savoir que les deux ne se valent pas du tout, le dire, mais quand accep­ter de lais­ser la pire contrô­ler le pays pour cinq ans histoire de ne pas avoir à expli­ci­te­ment soute­nir Macron.

    Certaines person­na­li­tés poli­tiques jouent à ce petit jeu. Ils connaissent pour­tant l’im­pact de leur parole, ce qu’im­pliquent de tels propos ambi­guës et les consé­quences qu’ils entrainent.

    Ne pas se mouiller c’est le privi­lège de pureté du privi­lé­gié qui fina­le­ment ne subira pas trop les consé­quences du mauvais choix. Tant pis pour les autres. On pourra dire « pas ma faute, je n’ai pas voté pour le pire, moi je reste dans mon drap blanc » en feignant d’ou­blier que l’inac­tion pour­rait bien avoir la même consé­quence.

    Malheu­reu­se­ment, contrai­re­ment à d’autres élec­tions passées, cette année l’is­sue du scru­tin n’est pas actée à l’avance. Tout peut encore arri­ver.

    Les élec­teurs feront bien ce qu’ils veulent. Je n’ai jamais vrai­ment aimé les consignes de vote mais si on choi­sit d’en faire et qu’on a l’im­pact qu’ils ont quand ils font une décla­ra­tion publique, alors on évite ce genre de fausse pudeur.


    La ques­tion n’est pas de savoir si Emma­nuel Macron mérite notre vote, s’il s’ex­cuse du passé, améliore sa poli­tique ou donne des gages à sa gauche. Ce n’est pas de savoir tout ce qu’il fait ou a fait de mal (et il y a pour­tant pas mal de choses à dire).

    On a un seul choix posé et il est magni­fique­ment simple : Est-ce qu’on préfère la poli­tique d’Em­ma­nuel Macron ou celle de Marine Lepen pour diri­ger le pays dans les cinq ans à venir. Tout le reste est digne d’une cours d’école et de batailles d’égos.

    Peu importe que nous ayons déjà joué au barrage il y a cinq ans. Peu importe que ce même choix se répète encore, et pour­rait se répé­ter de nouveau à l’ave­nir. Avoir cinq ans de Marine Lepen n’y chan­gera rien dans le bon sens, au contraire.

    Celui qui sait répondre à la ques­tion posée n’a qu’à prendre 30 minutes dimanche 22 avril pour mettre un bout de papier dans une enve­loppe. Est-ce vrai­ment au-delà de notre capa­cité ou des efforts à four­nir pour la direc­tion du pays ? En face on parle de la vie des gens autour de nous.


    Si vous me lisez, j’es­père que vous savez déjà que non, malgré toutes les critiques légi­times de la poli­tique d’Em­ma­nuel Macron, il n’y a aucun doute que l’al­ter­na­tive soit bien pire.

    Vu leurs décla­ra­tions, les têtes de parti à gauche le savent aussi, sinon ils n’iraient pas quali­fier le vote Lepen comme la ligne à ne pas fran­chir.

    J’ai beau­coup de mal à imagi­ner qu’on se pose vrai­ment la ques­tion à gauche mais, si c’est votre cas, Florent en parle bien mieux que moi même s’il ne donne qu’un petit échan­tillon :


    Acces­soi­re­ment, je trouve très déplacé d’avoir entendu certains à la limite de l’injure récla­mer que tout le monde s’aligne derrière eux au nom du vote utile malgré de très fortes diver­gences (et globa­le­ment les élec­teurs de gauche l’ont fait, moitié de l’élec­to­rat de Jean-Luc Mélen­chon l’a fait au nom du vote utile et pas soutien) jouer désor­mais les prudes à faire de même quand on en est au choix final.

  • À quoi ressemblent vos feuilles de dépouille­ment

    Si vous avez déjà parti­cipé au dépouille­ment (*), vous avez proba­ble­ment eu dans les mains une feuille pour vous aider à faire les comptes de chaque vote.

    Hier soir j’ai décou­vert que ces feuilles ne sont pas norma­li­sées et qu’elles sont diffé­rentes partout.

    Je suis donc curieux. À quoi ressemble la votre ? En avez-vous une photo ? et sinon, pour­riez-vous la prendre en photo lors du dépouille­ment du second tour dans deux semaines ?


    Trois exemples d’hier mais visi­ble­ment ce ne sont pas les seuls :


    (*) Si vous n’avez jamais fait de dépouille­ment, propo­sez-vous dans deux semaines. Il suffit d’en parler au bureau de vote. Il n’y a aucun autre pré-requis admi­nis­tra­tif que d’être élec­teur de la commune.

    Comme c’est un second tour avec juste deux noms, ce sera assez rapide et ça vous permet­tra de voir comment fonc­tionne notre proces­sus démo­cra­tique, et pourquoi on ne peut pas rempla­cer le papier par l’élec­tro­nique sans dégra­der beau­coup le système.

    C’est vrai­ment quelque chose à faire au moins une fois. Consi­dé­rez ça comme un devoir démo­cra­tique.

  • Pour qui voter

    Ça n’a jamais été une ques­tion facile pour moi mais ça l’est encore moins cette année. Je n’ai aucun candi­dat qui me semble suffi­sam­ment proche de mes aspi­ra­tions et valeurs, personne qui me donne envie de voter pour lui.

    Du coup j’ai deux possi­bi­li­tés. Soit je vote pour essayer de faire gagner le moins pire, soit je vote pour donner du poids à mes attentes et les marquer dans les statis­tiques.

    Note : Ceci n’est pas une conclu­sion mais une réflexion à haute voix, qui peut évoluer du tout au tout, d’au­tant que la réponse géné­rale reste « je ne sais pas et je ne vois aucun bon choix ».

    Voter pour donner du poids à mes attentes

    J’ex­clus évidem­ment d’of­fice tous les prêcheurs de haine et ceux qui sont prêts à s’y asso­cier : Lepen, Zemmour, Dupont-Aignant, Pécresse.

    Macron ça ne fait aucun secret que je ne suis pas aligné avec sa poli­tique, ni sur le fond ni sur la forme. Je ne me vois pas envoyer un message de soutien ou de caution.

    Rous­sel a fait un choix stra­té­gique de jouer le beauf réac de gauche, et honnê­te­ment je ne vois rien à soute­nir ici.

    Hidalgo et Jadot ne se distinguent pas vrai­ment de la poli­tique de Macron. J’ai récem­ment vu le second décrit comme Macron qui fait du jardi­nage et ça corres­pond plutôt bien. Rous­seau aurait fait une nette démar­ca­tion poli­tique, lui non. Le côté climat/écolo­gie est essen­tiel pour moi mais EELV n’y est pas toujours très crédible non plus donc je dis oui plus par prin­cipe. Bref, je préfère m’ajou­ter au statis­tiques de Jadot qu’à celles de Macron, mais ça ne va pas chan­ger grand chose.

    Reste Poutou, parce qu’il pousse un discours radi­cal qui mérite d’être dit et entendu à défaut de méri­ter de le mettre au pouvoir. Oui, ça fait faible.

    Il y a enfin Mélen­chon. J’ai beau­coup hésité. Le programme de LFI/LAEC n’est pas mauvais. C’est d’ailleurs le travail le plus sérieux de la poli­tique française côté programmes, de loin, indé­pen­dam­ment de ce qu’on pense des choix pris. Je ne suis pas aligné avec tout et il me manque des choses impor­tantes mais je ne suis pas non plus très éloi­gné d’une majo­rité des points présents. Bref, pour donner du poids au premier tour ça pour­rait être oui.

    Il me manque un Benoit Hamon ou une Isabelle Attard, avec les valeurs qu’il faut, suffi­sam­ment de radi­ca­lité mais tout en restant ouverts, raison­nables et prag­ma­tiques.

    Mélen­chon ou Jadot donc, peut-être plus Mélen­chon s’il faut faire poids pour porter un message qui ne soit pas un consen­sus mou. Ce serait d’au­tant plus inté­res­sant que Mélen­chon est le seul du lot à avoir un petit espoir de second tour, et donc faire un avoir un vote qui porte un poids ensuite dans les analyses poli­tiques.

    Je parle de premier tour seule­ment, parce que…

    Voter pour faire gagner le moins pire

    J’ex­clus là aussi évidem­ment d’of­fice tous les prêcheurs de haine et ceux qui sont prêts à s’y asso­cier : Lepen, Zemmour, Dupont-Aignant, Pécresse.

    Dans ceux qui ont une chance de passer au second tour, il me reste donc Mélen­chon et Macron.

    Si j’ai dit du posi­tif du programme, et qu’il n’y a aucun doute que ce programme se trouve bien plus proche de mes aspi­ra­tions que de ce qu’a mis en œuvre Macron, je n’ai abso­lu­ment aucune confiance dans la personne de Mélen­chon, mais alors vrai­ment aucune.

    Je ne suis pas du tout aligné avec la poli­tique de Macron mais je sais que je vais garder une gestion du pouvoir avec un facteur de risque plus faible : je sais d’avance à quel point ça va être pourri, tout en sachant que je ne risque pas de m’ali­gner sur des dicta­tures, de sabrer toute la poli­tique inter­na­tio­nale, de partir sur une dérive auto­cra­tique pire que l’ac­tuelle.

    À l’op­pose, les prises de posi­tion person­nelles de Mélen­chon n’ont pas toujours été très claire ni toujours aligné avec le programme qu’il repré­sente. Mon manque de confiance en sa personne est tel que le risque me semble trop élevé.

    Pour le dire autre­ment : Je ne veux pas d’un Trump de gauche. Je préfère perdre 5 ans de progrès social, ça sera moins diffi­cile à rattra­per qu’un président incon­trô­lable.

    On parle de risque, sur une personne, dont je ne vois qu’une petite frange par les média et les polé­miques. C’est donc forcé­ment très subjec­tif, très diffi­cile à esti­mer, et peut-être que je dis une grosse conne­rie sur laquelle je revien­drai dans un mois (et peut-être pas).

    Les choses auraient été très diffé­rentes avec une person­na­lité prag­ma­tique et ouverte à la tête du programme LAEC mais est-ce que ça aurait même fonc­tionné alors que la base attend de la radi­ca­lité et que le mouve­ment s’est fondé sur le rejet de la caste actuelle ? On peut diffi­ci­le­ment refaire l’his­toire.

    Et alors ?

    Et alors je ne sais pas, je partage mes réflexions à haute voix. Peut-être Mélen­chon au premier tour et Macron au second, si tant est que les deux arrivent en face à face, ce qui ne semble pas le plus probable.

    Peut-être que non, que je ne ferai pas Mélen­chon -> Macron mais Jadot -> Macron, ou Poutou -> Macron, ou Jadot -> Mélen­chon, ou même Mélen­chon -> Mélen­chon.

    Je doute de voter blanc, parce que je préfère toujours un moins pire qu’un des affreux haineux, et que ma voix compte pour dire ça.

  • Il faut augmen­ter (très vite) notre produc­tion élec­trique

    J’en ai un peu marre de voir l’op­tion « sobriété éner­gé­tique » sortie rapi­de­ment pour propo­ser d’évi­ter d’aug­men­ter notre produc­tion élec­trique.

    L’éner­gie élec­trique repré­sente grosso modo 25% de notre consom­ma­tion éner­gé­tique. Le reste est essen­tiel­le­ment de la combus­tion d’éner­gie fossile et c’est ça qu’il faut élimi­ner le plus rapi­de­ment possible.

    Alors je vous propose un petit calcul :

    • On prend l’hy­po­thèse d’une poli­tique de sobriété excep­tion­nelle et on arrive à divi­ser par deux notre consom­ma­tion éner­gé­tique. Je n’y crois pas une seconde, vous non plus, mais faisons semblant d’ar­ri­ver à cet exploit. On divise par deux la consom­ma­tion d’élec­tri­cité, et par deux la consom­ma­tion non élec­trique.
    • Il reste encore beau­coup de combus­tion d’éner­gie fossile. On peut profi­ter d’un mix élec­trique très peu produc­teur de CO2 et utili­ser de l’élec­tri­cité à la place. Mettons qu’on arrive à rempla­cer la moitié de la combus­tion d’éner­gie fossile restante par de la consom­ma­tion d’éner­gie élec­trique. C’est là aussi une hypo­thèse assez peu réaliste mais imagi­nons, pour l’exer­cice.

    Même avec ces deux hypo­thèses très peu attei­gnables, nous voilà avec un besoin d’aug­men­ter notre produc­tion élec­trique de 25%.

    Je vous laisse imagi­ner un scéna­rio avec des hypo­thèses plus réalistes et refaire le calcul. La réalité c’est qu’il faudrait doubler notre produc­tion élec­trique, et que même avec ce double­ment, ça deman­de­rait aussi d’énormes efforts de sobrié­tés. Les deux ne s’op­posent pas.

    Ne comp­ter que sur la sobriété c’est déjà échouer.

    https://twit­ter.com/AEffon­dre­ment/status/1507664997748547585
  • On ne fera pas l’éco­no­mie de parler distance des loge­ments

    On parle beau­coup prix de l’es­sence, climat, et tran­si­tion de la voiture vers d’autres modes de dépla­ce­ment comme le vélo ou les trans­ports en commun.

    Ces discus­sions arrivent régu­liè­re­ment à l’objec­tion « je suis loin, sans alter­na­tive, la voiture m’est indis­pen­sable », comme si la distance était une donnée externe intan­gible.

    La distance est pour­tant un choix. C’est parfois un choix de confort, pour ne pas démé­na­ger, ou au contraire pour gagner en surface et en confort. C’est toujours un choix collec­tif d’or­ga­ni­sa­tion urbaine, avec des pôles rési­den­tiel éloi­gnés des pôles indus­triels et des centres villes.

    La distance a été consi­dé­rée comme un para­mètre acces­soire parce qu’on pouvait se repo­ser sur la voiture et l’in­fra­struc­ture routière.


    Le parti pris c’est qu’on ne fera pas l’éco­no­mie de remettre ce choix en cause. Trop de gens dépendent de la voiture sans alter­na­tive. Si on veut pouvoir réduire la circu­la­tion auto­mo­bile, il faut aussi réduire là où elle est néces­saire.

    On ne peut pas mettre tout le monde en centre ville. Il n’y a simple­ment pas la place. On ne peut pas construire un réseau de trans­port en commun qui circule loin, partout, à une fréquence qui permet de se repo­ser dessus. Ou plutôt on pour­rait mais on n’est proba­ble­ment pas prêt à en payer le coût.

    L’al­ter­na­tive qui nous reste c’est de repen­ser à la fois l’or­ga­ni­sa­tion collec­tive et nos propres choix indi­vi­duels.

    Ça veut dire inci­ter les bureaux à se disper­ser au lieu de les concen­trer dans un centre d’af­faire ou au centre ville.

    Ça veut dire arrê­ter le modèle pavillon­naire où les plus aisés s’éloignent pour trou­ver leur maison indi­vi­duelle et leur jardin.

    Ça veut dire parfois démé­na­ger du coin qu’on aime ou du coin où on a habité histo­rique­ment pour suivre les contraintes de distance au travail ou aux acti­vi­tés, y compris si ça veut dire quit­ter la ville pour la campagne ou quit­ter la campagne pour la ville, ou d’autres compro­mis comme la surface ou le confort acces­sibles au même prix.

    Ça veut dire, pour ceux qui ont la chance de choi­sir leur travail, de le choi­sir aussi en fonc­tion de la distance aux loge­ments qu’on peut envi­sa­ger derrière.

    Ça peut vouloir dire moins d’énormes métro­poles centra­li­sées et de petits villages où il n’y a rien, pour plus de villes et zones urbaines de moyenne impor­tance qui sont rela­ti­ve­ment auto­nomes au niveau loge­ment / travail / acti­vi­tés.

    Ça veut dire moins de maisons indi­vi­duelles et plus de petits immeubles et loge­ments en co-propriété.

    Ça veut dire des zones urbaines d’abord pensées pour se dépla­cer et y vivre sans voiture, au lieu d’être essen­tiel­le­ment pensées pour y circu­ler en voiture.


    Oui, ça ne veut pas dire que des choses atti­rantes.

    On a construit un modèle de société où le rêve est d’ha­bi­ter dans une maison indi­vi­duelle sans vis-a-vis avec un grand jardin, avec une ou plusieurs grosse voitures et une route large qui nous amène à une grande ville juste à côté.

    C’est ce modèle qu’il nous faut dépas­ser, et ça pren­dra bien plus que quelques années, que ce soit au niveau chan­ge­ment des menta­li­tés ou au niveau de l’or­ga­ni­sa­tion urbaine.

    Amélio­rer les trans­ports en commun et construire des pistes cyclables en zone urbaine dense c’est indis­pen­sable mais ça n’est que le mini­mum faisable à court terme. Ça ne suffira pas.

  • Casque vélo, quelques chiffres et sources

    Ça parle d’obli­ga­tion de casque à vélo pour les adultes. J’ai voulu lire pour me faire une opinion, et je colle ici de que j’ai trouvé, peu importe dans quel sens ça va.

    Atten­tion toute­fois aux convic­tions de bon sens et appels à l’évi­dence. Parfois c’est contre-intui­tif. Du coup je ne retiens que les chiffres, les études, et les affir­ma­tions d’ex­perts ou d’au­to­ri­tés.


    Résumé très rapide

    Effet indi­vi­duel : Porter un casque prévient des dommages graves. Nous avons tous inté­rêt, indi­vi­duel­le­ment, à porter un casque à vélo : Portez un casque et inci­tez les autres à faire de même.

    Effet collec­tif : La sécu­rité à vélo dépend plus du nombre que du port du casque. Instau­rer le port du casque comme un critère obli­ga­toire pour l’ac­cès au vélo dimi­nue l’usage du vélo et se révèle contre-produc­tif.

    Diffi­cile de mieux illus­trer que par ce graphique :


    Résumé moins rapide

    1. Le casque réduit forte­ment la sévé­rité des acci­dents impliquant des bles­sures à la tête.

    Le casque est utile, portez un casque à vélo.

    2. En pratique, quand ça a eu lieu dans les autres pays, l’obli­ga­tion du casque à vélo a eu peu ou pas d’im­pact sur la morta­lité ou les commo­tions céré­brales.

    Si porter le casque est utile, avoir une obli­ga­tion géné­rale n’a aucun effet. Il y a d’autres facteurs en jeu, construire une poli­tique publique demande de prendre en compte ces facteurs.

    3. Dans les exemples étran­gers, l’obli­ga­tion du casque a généré une baisse d’usage des vélos, ou un arrêt de la crois­sance quand on était sur une dyna­mique de crois­sance exis­tante.

    Rien ne permet de penser qu’il en sera diffé­rem­ment en France.

    4. Si l’ac­ci­den­to­lo­gie est peu corré­lée à l’obli­ga­tion du port du casque, il est démon­tré qu’elle est très forte­ment corré­lée au nombre.

    Le nombre entraine de la visi­bi­lité, des habi­tudes, des infra­struc­tures, et ces trois points dimi­nuent très forte­ment les risques.

    Plus il y a de vélos et moins la pratique du vélo est à risque. On parle d’un facteur expo­nen­tiel. Mieux vaut beau­coup de cyclistes pas tous casqués que peu de cyclistes tous casqués.

    5. Le résul­tat des points précé­dents c’est que si le casque est utile à vélo et que nous devrions tous en porter un, le rendre obli­ga­toire serait contre-produc­tif car ça frei­ne­rait l’usage du vélo, qui a beau­coup plus d’im­pact que le casque sur l’ac­ci­den­to­lo­gie cycliste.

    Autre­ment dit : Une poli­tique publique c’est plus compliqué que la somme des inté­rêts indi­vi­duels. Même s’il est protec­teur indi­vi­duel­le­ment, l’obli­ga­tion géné­ra­li­sée du casque à vélo est une mauvaise idée.


    Pour ceux qui veulent tout le détail avec les cita­tions des études :

    Quelques préa­lables

    Atten­tion aux lectures statis­tiques trop simplistes.

    Compa­rer les popu­la­tion sans prendre en compte qu’elles ont des compor­te­ments diffé­rents amène toujours à de faux résul­tats. Les parti­sans de l’obli­ga­tion comme ses détrac­teurs s’y laissent prendre assez faci­le­ment dans le débat public.

    Parmi les casqués on trouve les personnes qui ont des compor­te­ments à risque et qui le savent, dont les enfants et les spor­tifs. Cela peut faus­ser les statis­tiques en intro­dui­sant un taux d’ac­ci­dent ou une propen­sion à la gravité plus impor­tants dans cette popu­la­tion sans que ce ne soit lié à la présence du casque elle-même.

    Inver­se­ment, parmi les casqués on trouve aussi les personnes les plus prudentes, qui auront natu­rel­le­ment moins d’ac­ci­dents mais sans que ça ne soit lié à la présence ou à l’ab­sence de casque.

    De la même façon, dans les non casqués on retrouve les occa­sion­nels moins équi­pés, ceux qui font quelques rares balades ou qui utilisent ponc­tuel­le­ment le libre service. On peut imagi­ner qu’ils sont moins expé­ri­men­tés que les régu­liers, donc peuvent avoir moins de maitrise ou moins de bons réflexes, avec plus d’ac­ci­dents sans que ce ne soit lié à la présence ou à l’ab­sence du casque.

    La prise en compte des biais possibles est ce qui diffé­ren­cie les études sérieuses de vous ou moi qui lisons des statis­tiques sur un coin de table.

    Atten­tion à la compa­rai­son avec les pratiques spor­tives

    Cadrer le besoin quoti­dien sur la pratique spor­tive revient à récla­mer des arceaux, des fauteuils baquets, des cein­tures quatre points et des casques sur la voiture de tous les jours parce que c’est ce dont les pilotes de rallye ont besoin.

    Il en va de même pour les compa­rai­sons avec le vélo­tou­risme ou la moto. On tombe pas de la même manière entraîné par le poids d’une moto de 150 kg qu’a­vec un cadre de vélo de 15 kg.

    Chaque pratique a ses propres contraintes. Les clubs vélo spor­tif imposent déjà le casque. Les enfants de moins de 12 ans qui ont un crâne moins solide ont eux aussi déjà une obli­ga­tion de casque.

    Je porte un casque

    Je porte un casque à vélo depuis au moins 15 ans, date de mon premier voyage à vélo avec tente sur le porte-bagage. Je le porte à chaque trajet, même court. Je recom­mande à tous de porter un casque, sans excep­tion.

    Ma pratique person­nelle et ma recom­man­da­tion ne sont toute­fois pas le sujet si on parle de défi­nir une obli­ga­tion.

    Est-ce impor­tant ?

    Il y a de plus en plus de morts à vélo

    Entre juin et septembre, le nombre de décès de cyclistes a augmenté par rapport à la même période en 2019, passant de soixante-dix-huit à quatre-vingt-quatorze. Pour le seul mois de septembre, trente-sept décès ont été recen­sés, soit « la morta­lité la plus élevée de ces dix dernières années » , affirme la Sécu­rité routière.

    Ouest France, Pourquoi le nombre de morts à vélo progresse autant ?

    Mais c’est proba­ble­ment parce que l’usage lui-même augmente beau­coup

    « Il est évident que l’aug­men­ta­tion très impor­tante du trafic cycliste est la prin­ci­pale cause de la hausse de la morta­lité », affirme Marie Gautier-Melle­ray, délé­guée inter­mi­nis­té­rielle à la Sécu­rité routière.

    Ouest France, Pourquoi le nombre de morts à vélo progresse autant ?

    Le casque réduit forte­ment la sévé­rité des bles­sures à la tête lors des acci­dents

    Des cher­cheurs de l’Uni­ver­sité de Tucson en Arizona ont établi un lien direct entre port du casque à vélo et l’in­ci­dence des trau­ma­tismes crâniens. Porter un casque à vélo dimi­nue de 58% le risque de trau­ma­tisme crânien sévère. L’éven­tua­lité de décès est réduite de 59%.

    Perier avocats : Sécu­rité routière, pratique du vélo, trau­ma­tisme crânien

    Une étude TECVU (2017) indique que :

    – le risque de frac­ture crânienne serait divisé par deux, et les lésions neuro­lo­giques par vingt, pour un empor­tié­rage pratiqué à une vitesse de 15 à 25 km/h ;
    – le risque de frac­ture du crâne est divisé par trois lors d’un heurt laté­ral par un véhi­cule de tourisme roulant à 45 km/h.

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    Une étude (2017) londo­nienne a confirmé que le port du casque dimi­nue le risque de lésions intra­crâ­niennes en géné­ral, d’hé­ma­tome sous-dural en parti­cu­lier, et celui de frac­ture du crâne mais pas d’autres bles­sures extracrâ­niennes spéci­fiques. Cela suggère que les casques de vélo protègent contre les bles­sures causées par un impact direct sur la tête.

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    Une étude récente (2019) faite à New-York, portant sur 6621 des 11192 bles­sures en 66 mois ayant impliqué un vélo (base de données TARN), la morta­lité brute à 30 jours était signi­fi­ca­ti­ve­ment plus élevée chez les non-casqués (5,6%) par rapport aux cyclistes casqués (1,8%) et ils ont eu moins de lésions céré­brales trau­ma­tiques graves (TCC) (19,1% contre 47,6%), moins besoin de soins inten­sifs (19,6% contre 27,1%) et d’in­ter­ven­tion neuro­chi­rur­gi­cale (2,5% contre 8,5%)

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    Helmets provide a 63 to 88% reduc­tion in the risk of head, brain and severe brain injury for all ages of bicy­clists. Helmets provide equal levels of protec­tion for crashes invol­ving motor vehicles (69%) and crashes from all other causes (68%). Inju­ries to the upper and mid facial areas are redu­ced 65%.

    Helmets for preven­ting head and facial inju­ries in bicy­clists

    In conclu­sion, the evidence is clear that bicycle helmets prevent serious injury and even death.

    Bicycle helmet effi­cacy: a meta-analy­sis

    D’après nos résul­tats basés sur des acci­den­tés, il est inté­res­sant de consta­ter que parmi les cyclistes bles­sés qui ne sont pas touchés à la tête/face, le port du casque est égale­ment de 26%, c’est-à-dire équi­valent au taux de port dans la popu­la­tion des cyclistes circu­lants. En revanche, pour les cyclistes bles­sés à la tête/face, le taux de port du casque est plus faible : 19%. De même, le taux de port du casque pour les usagers de deux-roues à moteur est infé­rieur pour les victimes atteintes de lésions crânio-faciales (83%) que pour les autres victimes (90%). Deux études précé­dentes menées sur le Registre ont confirmé l’uti­lité du casque pour proté­ger les cyclistes (Amoros et al., 2012) et les usagers de deux-roues moto­ri­sés (Moskal et al., 2008) de lésions à la tête, sans pour autant montrer d’ef­fet délé­tère sur une autre zone.

    Trau­ma­tismes crânio-faciaux consé­cu­tifs à un acci­dent de la route : Analyse des données du registre du Rhône 2005 – 2014

    Le risque grave à vélo est prin­ci­pa­le­ment hors des villes, à cause de la vitesse des voitures

    Cyclistes des villes et cyclistes des champs sont loin d’être logés à la même enseigne. Si le cita­din peut se sentir vulné­rable en slalo­mant entre les voitures, les motos et les bus, soyons clairs : les acci­dents sont moins graves en ville qu’à la campagne. Le cycliste est blessé légè­re­ment dans 70 % des cas en zone urbaine, contre 32 % hors agglo­mé­ra­tion. La vitesse des autres véhi­cules sur les grands axes n’y est pas pour rien, 80 % des personnes tuées en milieu rural le sont hors inter­sec­tion, toujours selon la Sécu­rité routière.

    Le Pari­sien : Cyclisme : la carte des zones les plus dange­reuses à vélo
    Le Pari­sien : Cyclisme : la carte des zones les plus dange­reuses à vélo

    Selon l’IFSTTAR, l’ef­fet protec­teur du casque est plus marqué pour les bles­sures sérieuses à la tête (réduc­tion de 70 %), mais moins marqué en agglo­mé­ra­tion que hors agglo­mé­ra­tion

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    La vitesse repré­sente le prin­ci­pal danger dans les envi­ron­ne­ments ruraux. Un cas typique d’ac­ci­dent : un cycliste qui se fait percu­ter de côté, sur une route dépar­te­men­tale par exemple. En 2019, « la gravité hors agglo­mé­ra­tion (quatorze cyclistes tués pour cent cyclistes bles­sés) était six fois plus élevée que celle en agglo­mé­ra­tion. Les voiries en agglo­mé­ra­tion concentrent 84 % des acci­dents impliquant un cycliste, mais 49 % de la morta­lité » , révèle la Sécu­rité routière.

    Ouest France, Pourquoi le nombre de morts à vélo progresse autant ?

    Et en pratique ?

    L’obli­ga­tion du casque dans d’autres pays n’y a pas accé­léré la baisse des commo­tions céré­brales

    Un rapport de l’IRTAD (2018) estime que les pays ayant commencé à rendre obli­ga­toire le casque béné­fi­cient d’une réduc­tion de la morta­lité de 53 %, contre 45 % dans les pays sans régle­men­ta­tion, mais ce sont aussi géné­ra­le­ment des pays qui déve­loppent les pistes cyclables et la préven­tion.

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    In contrast to the fall in all road inju­ries in South Austra­lia coin­ci­ding with helmet legis­la­tion, percen­tages of cyclists with concus­sion and other head or face inju­ries show gene­rally decli­ning trends, espe­cially for concus­sion, but no clear response when helmet wearing increa­sed substan­tially. Falls in concus­sions were also noted for other road users and explai­ned by: “The proce­dure for patients with a short episode of concus­sion has chan­ged in that such patients are not now admit­ted routi­nely.”

    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son
    Head inju­ries among cyclists admit­ted to hospi­tals in South Austra­lia
    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son
    Head inju­ries among cyclists and other road users admit­ted to hospi­tal in Western Austra­lia
    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son

    In New South Wales, enfor­ce­ment increa­sed adult use of helmets from 26% in 1990 to 77% and 85% in 1991 and 1992.9 w5 Here again the rate of decline of head inju­ries did not change. Offi­cial analyses of data from Victo­ria in the three years after legis­la­tion came into force also found no alte­ra­tion in the trend for decrea­sing inju­ries.

    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son

    In Hali­fax, Nova Scotia, use of helmets increa­sed from below 40% in 1995 and 1996 to 75% in 1997 and over 80% in 1998 and 1999.w7 There was a non-signi­fi­cant reduc­tion in the percen­tage of head inju­ries (P = 0.06) that appa­rently star­ted before the law.

    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son

    Au Canada, le port du casque est obli­ga­toire dans cinq provinces : la Colom­bie-Britan­nique, l’Al­berta, l’On­ta­rio, chez les moins de dix-huit ans seule­ment, le Nouveau-Bruns­wick et la Nouvelle-Écosse. Une étude statis­tique a relevé une dimi­nu­tion de 52 % de la morta­lité de jeunes cyclistes en Onta­rio après le passage de la loi rendant obli­ga­toire le port du casque chez ces derniers.

    Mais l’ori­gine de cette baisse est contro­ver­sée : dans le même temps, au Québec, le nombre de victimes cyclistes a aussi forte­ment dimi­nué (sans casque obli­ga­toire, et alors que le nombre de cyclistes augmen­tait).

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    En Espagne, le port du casque est obli­ga­toire depuis 2005 sur le réseau de routes natio­nales, hors agglo­mé­ra­tion, avec une dispense possible par grande chaleur. Selon les données de la Direc­tion du trafic espa­gnole et de l’uni­ver­sité poly­cli­nique de Valen­cia pour 2004 à 2007, la part de cyclistes portant un casque parmi les victimes d’ac­ci­dent de la circu­la­tion est passée de 28 % à 48 %, mais le taux de bles­sés hospi­ta­li­sés touchés au crâne n’a pas varié.

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    Les taux d’hos­pi­ta­li­sa­tion à la tête ne sont pas corré­lés à la présence du casque mais à l’état des infra­struc­tures

    Helmet legis­la­tion was not asso­cia­ted with hospi­ta­li­sa­tion rates for brain, head, scalp, skull, face or neck inju­ries.
    Conclu­sions: These results suggest that trans­por­ta­tion and health poli­cy­ma­kers who aim to reduce bicy­cling injury rates in the popu­la­tion should focus on factors rela­ted to increa­sed cycling mode share and female cycling choices. Bicy­cling routes desi­gned to be physi­cally sepa­ra­ted from traf­fic or along quiet streets fit both these crite­ria and are asso­cia­ted with lower rela­tive risks of injury.

    BMJ : Bicy­cling injury hospi­ta­li­sa­tion rates in Cana­dian juris­dic­tions: analyses exami­ning asso­cia­tions with helmet legis­la­tion and mode share

    Porter un casque peut même intro­duire des risques annexes plus élevés

    Une étude scien­ti­fique publiée mi-novembre 2018 démontre qu’il serait plus risqué de circu­ler à vélo sur la route en portant un casque plutôt que rien sur la tête…

    Une affir­ma­tion surpre­nante qui peut en toute logique paraître à première vue inco­hé­rente. Pour clari­fier de suite le thème de cette étude trai­tant de sécu­rité routière impliquant les cyclistes, les auteurs Ian Walker et Doro­thy Robin­son ont effec­tué des recherches sur une consta­ta­tion première précise : les auto­mo­bi­listes qui rasent les cyclistes lors d’un dépas­se­ment.

    […]

    « L’écart entre auto­mo­bile et vélo lors d’un dépas­se­ment est en moyenne 8,5 cm plus faible pour un cycliste casqué »

    Velo­chan­nel : Le port du casque ampli­fie­rait-il le danger sur la route ?

    L’étude a été démen­tie, puis le démenti a été contesté, l’étude repro­duite, puis de nouveau discu­tée comme dépen­dante du pays (ayant des compor­te­ments diffé­rents)

    This analy­sis confirms that drivers did, overall, get closer when the rider wore a helmet. The distri­bu­tion of over­ta­king events shif­ted just over one-fifth of a stan­dard devia­tion closer to the rider – a poten­tially impor­tant beha­viour if, as theo­re­ti­cal frame­works suggest, near-misses and colli­sions lie on a conti­nuum.

    Bicycle helmet wearing is asso­cia­ted with closer over­ta­king by drivers: A response to Olivier and Walter, 2013 (preprint)

    Une étude de Barbara Schmidt et al, publiée en 2019 a comparé le compor­­te­­ment et l’état
    d’ac­­ti­­vité du cerveau de deux groupes de personnes, l’un portant un casque de vélo pendant
    l’ex­­pé­­ri­­men­­ta­­tion, l’autre non, dans un jeu de hasard à l’écran. Les deux groupes présentent la même
    varia­­bi­­lité indi­­vi­­duelle et la même moyenne quant aux prises de risques, mais ils diffèrent
    signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment sur l’adap­­ta­­tion au niveau de risque. Le groupe avec casque garde le même
    compor­­te­­ment quand le risque augmente ou dimi­­nue, alors que le groupe non casqué change de
    compor­­te­­ment : il privi­­lé­­gie l’op­­tion la moins risquée quand la diffé­­rence entre les deux options est très
    élevée, et à l’in­­verse il tend à privi­­lé­­gier l’op­­tion plus risquée quand la diffé­­rence de risque est faible

    Surmor­­ta­­lité des cyclistes casqués en agglo­­mé­­ra­­tion : données
    statis­­tiques et hypo­­thèses expli­­ca­­tives

    ce type de message simpli­fi­ca­teur [sur le port du casque] s’avère contre-produc­tif : il conduit à mini­mi­ser l’im­por­tance des autres facteurs de sécu­rité active, contri­buant à éviter les acci­dents, au profit d’un seul facteur de sécu­rité passive, contri­buant seule­ment à dimi­nuer la gravité des dégâts. Cela pour­rait renfor­cer l’ef­fet « anes­thé­siant » du phéno­mène d’in­dif­fé­rence aux risques lié au port du casque

    Surmor­ta­lité des cyclistes casqués en agglo­mé­ra­tion : données
    statis­tiques et hypo­thèses expli­ca­tives

    We found images of cyclists wearing helmets or safety vests to have a higher proba­bi­lity of being selec­ted as less human compa­red to images of cyclists wearing no safety equip­ment.

    The effect of safety attire on percep­tions of cyclist dehu­ma­ni­sa­tion

    Il faut plus de vélos si on veut réduire les risques

    Via @GlmMrt

    As with over­seas data, the expo­nen­tial growth rule fits Austra­lian data well. If cycling doubles, the risk per kilo­metre falls by about 34%; conver­sely, if cycling halves, the risk per kilo­metre will be about 52% higher. Poli­cies that adver­sely influence the amount of cycling (for example, compul­sory helmet legis­la­tion) should be revie­wed.

    Safety in numbers in Austra­lia: more walkers and bicy­clists, safer walking and bicy­cling, D L Robin­son

    On a pu consta­ter un lien direct entre la fréquence des acci­dents impliquant un tiers et la propor­tion des dépla­ce­ments urbains effec­tués à vélo : plus les cyclistes sont nombreux, moins les acci­dents (par cycliste) sont nombreux et moins ils sont graves. Réci­proque­ment, lorsque le nombre de cyclistes dimi­nue, il appa­raît un seuil en dessous duquel le risque d’ac­ci­dent avec un tiers (géné­ra­le­ment moto­risé) augmente signi­fi­ca­ti­ve­ment, ainsi que la gravité des bles­sures.

    Ce double phéno­mène a pu être quan­ti­fié dans diffé­rents pays euro­péens entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 2000 : après une période d’usage massif du vélo comme moyen de dépla­ce­ment indi­vi­duel, la voiture s’est impo­sée sous l’in­fluence de la crois­sance du pouvoir d’achat et des poli­tiques d’en­cou­ra­ge­ment menées par diffé­rents gouver­ne­ments dans les années 1960 et 1970 (notam­ment en France). En paral­lèle, la dange­ro­sité des dépla­ce­ments à vélo a augmenté, avec le nombre de tués à vélo (rapporté au nombre de cyclistes). Depuis la fin des années 1980, la part modale de la bicy­clette augmente de nouveau, et les statis­tiques semblent montrer une baisse du nombre de cyclistes tués (toujours rapporté au nombre de pratiquants).

    Wiki­pe­dia : Acci­dent de vélo

    Safety-in-numbers denotes the tendency for the number of acci­dents to increase less than in propor­tion to traf­fic volume.

    Safety-in-numbers: An upda­ted meta-analy­sis of esti­mates, Rune Elvik

    Nearly all regres­sion coef­fi­cients showing the rela­tion­ship between traf­fic volume and the number of acci­dents indi­cate a safety-in-numbers effect for cyclists and pedes­trians.

    Safety-in-numbers: An upda­ted meta-analy­sis of esti­mates, Rune Elvik

    If all 167 Euro­pean cities achie­ved a cycling mode share of 24.7% over 10,000 prema­ture deaths could be avoi­ded annually.

    Health impact assess­ment of cycling network expan­sions in Euro­pean cities
    Via @GlmMrt

    En l’état (sans obli­ga­tion) le vélo apporte plus de béné­fices que de risques pour la santé

    Car la pratique régu­lière du vélo est excel­lente pour la santé. Loin des idées reçues, qui font de la bicy­clette un « moyen de dépla­ce­ment dange­reux », l’Ob­ser­va­toire régio­nal de santé d’Ile-de-France (ORS), un orga­nisme financé par l’État et la région, a publié la semaine dernière une étude montrant que les béné­fices de la pratique du vélo étaient vingt fois supé­rieurs aux risques. Oui, 20 fois.

    Le Monde, Ne pas faire de vélo, c’est dange­reux pour la santé

    2745 vies épar­gnées. Après avoir présenté ces résul­tats, Mme Praz­noczy s’est amusée, si l’on peut dire (et on espère pour elle), à calcu­ler les effets sur la morta­lité de la popu­la­tion fran­ci­lienne d’une progres­sion de la propor­tion de cyclistes. Si, en 2020, 20% des Fran­ci­liens se déplaçaient à vélo (contre 2% aujourd’­hui), on sauve­rait 2745 personnes grâce aux seuls bien­faits en matière de mala­dies. On « gagne­rait » égale­ment entre 4 et 24 vies grâce à l’apai­se­ment de la circu­la­tion auto­mo­bile. On comp­te­rait en revanche davan­tage de tués par acci­dent, 7 cyclistes mais aussi 9 piétons.

    Le Monde, Ne pas faire de vélo, c’est dange­reux pour la santé

    Le vélo prévient envi­ron 6500 décès chaque année, et les Néer­lan­dais ont une espé­rance de vie plus longue due 6 mois grâce au vélo. Ces avan­tages pour la santé corres­pondent à plus de 3 % du produit inté­rieur brut néer­landais.

    Rue de l’ave­nir, Cyclisme aux Pays-Bas : la pratique du vélo prévient envi­ron 6500 décès chaque année

    Less than 0.5 percent of Dutch cyclists wear helmets, which is one in 200 people on bikes. And that’s really just the sport cyclists. Virtually every­body else, from chil­dren to old people, doesn’t even think about helmets. It’s just not present in their culture, because they’ve ulti­ma­tely deci­ded that it’s far more impor­tant to build this culture of every­day cycling, and to build safe streets, instead of requi­ring people to protect them­selves.

    Vox, No helmets, no problem: how the Dutch crea­ted a casual biking culture

    Nos enfants ont perdu en 40 ans un quart de leurs capa­ci­tés cardio-respi­ra­toires. L’inac­ti­vité physique serait respon­sable de 9% des décès en France.

    Huffing­ton­post, La séden­ta­rité est une épidé­mie insi­dieuse, qui nous tue et handi­cape nos enfants, réagis­sons!

    Le casque freine l’usage du vélo

    Before helmet laws, cycling was increa­sing. Austra­lian census data show cycling to work increa­sed by 47%, from 1.1% in 1976 to 1.6% in 1986. This trend conti­nued in states without enfor­ced helmet laws, where the average propor­tion cycling to work increa­sed in 1991, contras­ting with an average decline for other states. By 1996, when all states had enfor­ced laws, only 1.2% cycled to work, with a simi­lar propor­tion in 2001.

    Thus all avai­lable long and short term data show cycling is less popu­lar than would have been expec­ted without helmet laws.

    No clear evidence from coun­tries that have enfor­ced the wearing of helmets, D L Robin­son

    Plus de deux décen­nies après avoir rendu le casque de vélo obli­ga­toire, l’Aus­tra­lie songe à annu­ler cette loi qui a fait chuter consi­dé­ra­ble­ment les dépla­ce­ments sur deux roues. […] l’usage du vélo par les écoliers a chuté de 47 % après la loi sur le port du casque. Chez les étudiantes de niveau collé­gial, c’est encore pire : 90 % de celles qui se rendaient à l’école à vélo ont renoncé à cause du casque obli­ga­toire.

    Le Devoir, L’Aus­tra­lie songe à renon­cer au casque de vélo obli­ga­toire

    Il faut penser aux enfants !

    Je finis par là même si c’est hors sujet dans le débat (le casque est déjà obli­ga­toire pour les moins de 12 ans) parce que c’est l’ar­gu­ment « émotion » qui est beau­coup apparu dans les échanges.

    Le casque réduit bien les trau­ma­tismes crâniens ;
    ces trau­ma­tismes sont fréquents chez les enfants (moins de 15 ans).

    En cas d’ac­ci­dent à vélo, la tête est touchée plus d’une fois sur trois. Pour ces acci­dents, 3 décès sur 4 sont dus à un trau­ma­tisme crânien.

    Le port du casque est un élément impor­tant pour la sécu­rité, notam­ment du cycliste et des pratiquants de glisse urbaine.

    Il réduit de 80 % la gravité des trau­ma­tismes crâniens.

    Deux tiers des acci­dents surviennent chez les moins de 15 ans.

    Minis­tère de l’éco­no­mie et des finances >  DGCCRF > Trau­ma­tisme crânien

    L’étude française SERAC (Suivi des enfants réani­més à la suite d’un acci­dent de la circu­la­tion) de 2006 conte­nait 139 cas d’en­fants cyclistes : tous lors de l’ac­ci­dent étaient non-casqués (sauf peut-être un pour lequel l’in­for­ma­tion sur le casque n’était pas connue).

    Wiki­pe­dia : Casque de vélo

    Le casque est déjà obli­ga­toire pour les enfants en France (moins de 12 ans)

    I. – En circu­la­tion, le conduc­teur et le passa­ger d’un cycle, s’ils sont âgés de moins de douze ans, doivent être coif­fés d’un casque conforme à la régle­men­ta­tion rela­tive aux équi­pe­ments de protec­tion indi­vi­duelle. Ce casque doit être atta­ché.

    Article R431–1–3 du code de la route

    Mais en pratique ça a eu peu d’ef­fet dans les autres pays

    In 2005 Sweden intro­du­ced a helmet law for cycling chil­dren. Manda­tory helmet laws have been contro­ver­sial in that they seem to have a limi­ted effect on the number of head inju­ries,

    Euro­pean Cyclists Fede­ra­tion : What happens when you mandate helmet-wearing among young Swedish cyclists?
    Euro­pean Cyclists Fede­ra­tion : What happens when you mandate helmet-wearing among young Swedish cyclists?

    Par contre ça désin­cite à l’uti­li­sa­tion du vélo

    Howe­ver there does seem to be another effect of helmet laws, namely a decline in cycling among school chil­dren. In 1983 57% of chil­dren aged 7–9 had permis­sion from their parents to bike to school without adult compa­nion, and for the age group 10–12, 94% had such permis­sion. By the year 2007 this had decrea­sed to 25% and 79% respec­ti­vely. Bearing in mind, the helmet law was intro­du­ced in 2005,

    Euro­pean Cyclists Fede­ra­tion : What happens when you mandate helmet-wearing among young Swedish cyclists?

    So the data does show a decline in cycling, but without annual surveys it’s hard to be sure of a corre­la­tion. Howe­ver, a Danish report made the same link between decli­ning cycling to school and helmet promo­tion and safety/scare campai­gns. They deter­mi­ned that half the decline in cycling was caused by these campai­gns

    Euro­pean Cyclists Fede­ra­tion : What happens when you mandate helmet-wearing among young Swedish cyclists?

    Correc­tifs et contra­dic­tions

    Le vélo ne provoque pas plus de dommages à la tête que d’autres pratiques pour lesquelles on n’ima­gi­ne­rait pas impo­ser un casque

    J’ai initia­le­ment réfé­rencé les deux jeux de données suivants. Il est possible qu’ils ne repré­sentent pas ou qu’ils ne repré­sentent plus la réalité aujourd’­hui.

    Via @GlmMrt

    Le second serait même proba­ble­ment une mauvaise refor­mu­la­tion de données tierces mal inter­pré­tées.

    Via Le Monde

    Ces données sont en effet contre­ba­lan­cées par les suivantes :

    Trau­ma­tismes crânio-faciaux consé­cu­tifs à un acci­dent de la route : Analyse des données du registre du Rhône 2005 – 2014
    Trau­ma­tismes crânio-faciaux consé­cu­tifs à un acci­dent de la route : Analyse des données du registre du Rhône 2005 – 2014

    Les dernières illus­tra­tions sont plus récentes mais faites à partir d’un jeu de données plus restreint que la première. Elles sont aussi faites sur des trau­ma­tismes incluant les trau­ma­tismes légers (AIS 2+) et pas unique­ment les trau­ma­tismes graves (AIS 3+).

    La dernière analyse ajoute elle-même aussi que le Rhône étant un dépar­te­ment urbain, il présente moins de gravi­tés que la moyenne française. On ne sait pas si cette parti­cu­la­rité joue diffé­rem­ment suivant les modes de trans­port (mais c’est probable puisque les vélos chutent souvent seuls et que la diffé­rence de vitesse ville/campagne est moindre à vélo qu’en voiture).

    L’in­ci­dence moyenne annuelle des séquelles majeures consé­cu­tives à une bles­sure de la tête (IIS3+) a été esti­mée pour la France à 6,8 pour 100 000. Comme attendu, elle était plus élevée que dans le Rhône, du fait du carac­tère urbain de ce dépar­te­ment où les acci­dents y sont plutôt moins graves que sur l’en­semble du terri­toire français

    Trau­ma­tismes crânio-faciaux consé­cu­tifs à un acci­dent de la route : Analyse des données du registre du Rhône 2005 – 2014

    Il est donc possible qu’il n’y ait aucune contra­dic­tion mais, ne sachant pas conclure et voyant l’évo­lu­tion du dernier graphique, il me semble préfé­rable de donner plus foi aux chiffres plus récents du dépar­te­ment du Rhône et d’ex­clure ce point de l’ar­gu­men­ta­tion.

    On conti­nue toute­fois de noter que la voiture et les piétons sont tous les deux sources de trau­ma­tismes crâniens d’un ordre de gran­deur simi­laire en valeur abso­lue.


    Autres liens

    Enquête auprès de 900 usagers de vélo ; utili­sa­tion du casque et
    des équi­pe­ments de conspi­cuité