Catégorie : Démocratie et institutions

  • Open Data ou les dérives de l’in­gé­nuité numé­rique

    À l’ori­gine, l’idée est excel­lente

    Comprendre : C’est idée est tota­le­ment crétine.

    Le problème, c’est qu’a­veu­glé par cet enthou­siasme, aucun des promo­teurs du projet n’a vu venir la révo­lu­tion que celui-ci risque de provoquer et les menaces consi­dé­rables qu’il repré­sente déjà  pour le respect de la vie privée.

    […]

    Aussi devons-nous, par exigence civique, les rappe­ler sans ména­ge­ment à leurs respon­sa­bi­li­tés ! Peut-on accep­ter que quiconque puisse dispo­ser de ces données, les retrai­ter et les exploi­ter sans qu’aient été préa­la­ble­ment fixées les règles néces­saires pour garan­tir la protec­tion des personnes rendues vulné­rables par l’Etat lui-même au mépris des lois qu’il a fait voter et qu’il s’ef­force de faire respec­ter par les entre­prises privées ?

    Le fond (non reco­pié ici) n’est pas tota­le­ment idiot. Il est vrai que le jour où la trans­pa­rence des données sera la règle, bien qu’a­no­nymes, il sera peut être possible de faire des recou­pe­ments divers pour iden­ti­fier des noms sur les données. Plus simple­ment, de mauvaises agré­ga­tions permettent parfois d’ob­te­nir plus d’in­for­ma­tions que l’on ne devrait. Imagi­nons par exemple qu’on puisse (ce n’est pas le cas) inter­ro­ger le salaire moyen des profes­sions médi­cales libé­rales d’une ville, et que la ville n’ait qu’un seul méde­cin.

    Main­te­nant pour résoudre ces problèmes il faut s’y atte­ler, et commen­cer à publier. Pas n’im­porte comment, mais en avançant. C’est ce qui est fait, et les précau­tions sont plutôt faites deux fois plutôt qu’une. Bien évidem­ment l’ano­ny­mi­sa­tion est déjà la règle, c’est un mini­mum mais qui n’est pas idéal non plus (comment puis-je cher­cher un juge­ment connu par le nom des oppo­sants s’ils ont disparu du juge­ment ?).

    Le problème c’est qu’en appe­lant à l’ar­rêt tant qu’un cadre juri­dique sur la vie privée n’est pas arrêté, on met simple­ment toute l’idée aux oubliettes. Quel cadre ? sur quelles bases ? Les règles de base de vie privée existent déjà et il sera bien impos­sible de défi­nir une limite objec­tive à toute publi­ca­tion alors que juste­ment tout dépend de la donnée, de son contexte et de ce qu’on peut en faire.

    Le séna­teur n’au­rait pas été actif que j’au­rai cru à un mauvais vécu des opéra­tions de trans­pa­rence démo­cra­tiques de Regards Citoyens (qui passent pas l’Open Data mais dont la problé­ma­tique est à mon humble avis diffé­rente, et encore plus essen­tielle). La notion de vie privée est un peu trop mise en avant pour combattre toute capa­cité pour le citoyen de contrô­ler ses élus, même si pour­tant on s’adresse juste­ment la vie publique de l’élu et non à sa vie privée.

  • Du courage poli­tique

    Je m’abs­tien­drai. Ce n’est pas un refus de choi­sir, mais une absten­tion mili­tante et enga­gée

    J’ai envie de dire que ça se passe de commen­taires mais j’ai du mal à ne pas en ajou­ter. L’abs­ten­tion c’est le plus haut courage de nos poli­tiques, qui n’osent jamais avouer être en accord avec une propo­si­tion du parti adverse, et qui osent encore moins voter en leur âme et conscience quand le parti a un avis contraire.

    L’abs­ten­tion c’est le courage du faible : botter en touche. Ça peut se justi­fier, en parti­cu­lier quand il est trop diffi­cile de faire le tri entre les avan­cées et les dangers, mais croire qu’il s’agit d’une action mili­tante et enga­gée en dit long sur la vision de l’en­ga­ge­ment.

  • Renta­bi­li­ser les données publiques en les reti­rant du public

    Par souci de « renta­bi­lité » et pour « proté­ger ses inves­tis­se­ments », l’État et les collec­ti­vi­tés publiques ont de plus en plus tendance à vouloir restreindre l’ac­cès aux données publiques.

    Je crois que nous avons simple­ment oublié, à force de tout vouloir moné­ti­ser pour dimi­nuer les coûts, que ces struc­tures ont pour rôle l’in­té­rêt public, pas d’être des sources de recettes.

    Le pire dans cette utopie de vouloir renta­bi­li­ser et monnayer ces accès, c’est que dans l’en­semble les tenta­tives de moné­ti­sa­tions coutent souvent plus cher que ce que ça ne rapporte, sans même comp­ter les béné­fices indi­rects que peuvent rappor­ter la publi­ca­tion libre des données et leur réuti­li­sa­tion.

  • Publi­cité des votes à l’As­sem­blée natio­nale

    Regards Citoyens propose récem­ment de rendre public les votes de nos dépu­tés.

    Regards Citoyens c’est un collec­tif qui cherche à simpli­fier et élar­gir l’ac­cès aux insti­tu­tions publiques. Un réel exer­cice de démo­cra­tie appliquée. C’est par exemple eux qui ont mis en place nosde­putes.fr, le site qui tente de collec­ter et mettre à dispo­si­tion du publique des infor­ma­tions sur l’ac­ti­vité parle­men­taire.

    Il faut dire que la publi­cité du vote des repré­sen­tants dans une démo­cra­tie est un réel enjeu. La notion de repré­sen­ta­tion n’a de sens que si le citoyen est éclairé dans son choix et donc qu’il a toutes les infor­ma­tions néces­saires pour cela. Les votes passés réali­sés en son nom sont bien le mini­mum en ce sens. Avoir un repré­sen­tant qui dit blanc tout en votant noir serait un grand risque.

    Il faut savoir qu’ac­tuel­le­ment la plupart des votes se font à main levée sans traça­bi­lité. Il existe aussi des votes formels, plus rares, réali­sés par un dispo­si­tif élec­tro­nique. Dans le plus courant de ces votes formels, seuls les votes des diffé­rents groupes parle­men­taires sont connus, avec éven­tuel­le­ment la mention des rebelles dans ces groupes. Impos­sible pour le public de savoir qui s’est abstenu pour éviter de suivre le groupe (s’abs­te­nir est la façon la plus courante de s’op­po­ser à son groupe pour un député, le courage poli­tique étant ce qu’il est), ou qui n’a voté que via une délé­ga­tion (autre forme d’op­po­si­tion pas très coura­geuse, surtout en ce qu’elle ne change rien au résul­tat : lais­ser un collègue voter à sa place).

    Deux notes :

    • J’ai peur que la proba­bi­lité de réus­site soit proche de zéro tant qu’il n’y aura pas une réelle pres­sion popu­laire : Nos dépu­tés n’ont aucune envie de rendre des comptes.
    • Le côté public des votes (même si la publi­cité est restreinte à l’As­sem­blée elle-même comme actuel­le­ment dans les votes à main levée) a tendance à encou­ra­ger les dépu­tés à voter comme leur groupe (et au mieux s’abs­te­nir si vrai­ment ils ne veulent pas s’y asso­cier) au lieu de voter en leur âme et conscience. Loin d’être idéal aussi.
  • De la condam­na­tion des lanceurs d’alerte

    Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’ai souve­nir des fuites dans la magis­tra­ture ou dans l’ad­mi­nis­tra­tion française qui avaient mené aux mêmes problèmes : L’of­fi­cier de CIA qui avait révélé le nom du respon­sable en charge des tortures a été empri­sonné. Le respon­sable dont le nom a été révélé et qui lui a fait quelque chose de bien plus grave n’est lui pas inquiété. En paral­lèle le jour­na­liste qui publie la liste des probables frau­deurs fiscaux que la Grèce aurait été « égarée » est arrêté, les frau­deurs toujours pas pour­sui­vis.

    Les admi­nis­tra­tions, entre­prises, collec­ti­vi­tés se défendent elles-mêmes contre les possibles fuites. L’ap­par­te­nance et la survie du groupe devient plus impor­tante que tout, au risque d’ar­ri­ver à proté­ger les plus graves dérives. Je ne parle même pas de l’his­toire de Wiki­pe­dia.

    Nous *devons* avoir un protec­tion parti­cu­lière pour qui dénonce un fait illé­gal. Ce n’est pas bien complexe, on peut même y inscrire une néces­sité de propor­tion entre le besoin de l’alerte et le délit ou le crime révélé. Le problème c’est que pour ça il faut que nos poli­tiques et en parti­cu­lier l’État acceptent que ça s’ap­pliquent à eux aussi.

  • Les dépu­tés rejettent la fisca­li­sa­tion d’une partie de leur indem­nité

    Sans rire, prétex­ter qu’au­to­ri­ser le contrôle d’une indem­nité pour frais sur un poste public sous prétexte que ça viole­rait la vie privée des élus, il fallait oser.

    On parle d’une somme allouée aux frais de mandats publics. Il s’agit peut être de la fonc­tion la plus « publique » en France dans le sens où il s’agit de repré­sen­ter direc­te­ment le peuple. Comment imagi­ner que l’uti­li­sa­tion des fonds dédiés relève de la vie privée ?

    Tout ce qui est fait avec une indem­nité de mandat relève de la sphère publique par défi­ni­tion, ou le devrait. Le simple fait d’ima­gi­ner que le contrôle des fonds puissent poser une problé­ma­tique de vie privée montre la confu­sion privé/public et l’ur­gence d’un contrôle. Il faut se croire en totale impu­nité pour avan­cer de tels argu­ments tout de même…

    Je ne sais pas ce qu’il en est chez vous, mais je vous incite à dépo­ser une note de frais profes­sion­nels sans en donner le détail, justi­fiant cette absence par le respect de votre vie privée. N’ou­bliez pas de filmer la réac­tion de votre direc­tion ensuite pour envoyer la vidéo à votre député.

    Le pire c’est que là il n’était même pas demandé à ce que les éléments de contrôles soient forcé­ment rendus publics. Dans d’autres pays n’im­porte quel citoyen peut obte­nir sur simple demande et en moins de 24h n’im­porte quelle note de frais de n’im­porte quel fonc­tion­naire ou élu. Ici le simple fait d’avoir à justi­fier l’uti­li­sa­tion des fonds pose problème. Ques­tion de concep­tion de la démo­cra­tie et de la hiérar­chie entre élu et citoyen je pense.

    Les dépu­tés rejettent la fisca­li­sa­tion d’une partie de leur indem­nité, mais fina­le­ment person­nel­le­ment plus que la fisca­li­sa­tion ou non (s’ils ont besoin de la somme et qu’on fisca­lise, il faudra augmen­ter d’au­tant), c’est l’ab­sence de contrôle et les efforts déployés pour que ces sommes restent tota­le­ment sous l’usage arbi­traire du député qui est inac­cep­table.

    Plus de détails sur la rému­né­ra­tion des dépu­tés et l’en­semble des indem­ni­tés perçues.

  • Pas de ministres aux légis­la­tives

    Je ne sais pas quand ça a pu commen­cer, mais cette histoire de légi­ti­mer un ministre nommé par l’élec­tion aux légis­la­tives est un non sens complet. Et pourquoi pas le président pendant qu’on y est ?

    Un ministre ne se légi­time pas avec 50 000 votants choi­sis

    L’ab­surde de la chose se voit par le désis­te­ment de Najat Vallaud Belka­cem des légis­la­tives. Elle s’était présen­tée dans une circons­crip­tion fonda­men­ta­le­ment à droite, diffi­cile à gagner, et préfère renon­cer pour ne pas être prise au piège. Elle se serait présen­tée dans une autre circons­crip­tion, plus tour­née à gauche, elle aurait proba­ble­ment gagné faci­le­ment.

    Les légis­la­tives se font par circons­crip­tions de 110 000 habi­tants, moitié moins de votants, répar­tis poli­tique­ment de façon très hété­ro­gène. Prise indi­vi­duel­le­ment aucune circons­crip­tion n’est repré­sen­ta­tive de la France, ni même ne s’en approche. C’est l’as­sem­blage de toutes ces spéci­fi­ci­tés qui forme la repré­sen­ta­tion natio­nale.

    Si on ne prend que quelques circons­crip­tions arbi­traires pour juger de la légi­ti­mité d’une poignée de ministres, il ne reste plus aucune repré­sen­ta­ti­vité, ça devient pure­ment arbi­traire. Le choix de la circons­crip­tion a parfois quasi­ment plus d’im­por­tance que le candi­dat lui-même tant qu’il est soutenu par le parti.

    La seule « légi­ti­mité » qui sorti­rait pour le ministre serait celle d’être issu d’une circons­crip­tion sans risque, ou d’avoir su s’y faire dési­gner par le parti en passant devant les locaux et les autres cadres du parti.

    Un député si, enfin norma­le­ment

    Mais encore plus idiot : Le ministre ne pourra pas prendre son siège de député, il y a incom­pa­ti­bi­lité totale. C’est son second qui pren­dra le poste. Quelle est alors la légi­ti­mité de ce député remplaçant qui siègera à l’As­sem­blée natio­nale si c’est la légi­ti­mité du ministre qui est l’objet de l’élec­tion ?

    Ce n’est pas une petite ques­tion, l’As­sem­blée natio­nale est sensée repré­sen­ter les français.

    Même pour le ministre lui-même, pour peu qu’il perde son poste rapi­de­ment et récu­père son siège, quelle légi­ti­mité aura-t-il en tant que député si l’élec­tion a jugé ses compé­tences de ministre ? Les deux charges sont très diffé­rentes, les expé­riences et compé­tences néces­saires le sont aussi. Un homme peut très bien excel­ler aux deux, mais pour quel poste l’a-t-on choisi ?

    Et si on respec­tait la consti­tu­tion ?

    L’équi­libre des pouvoir n’est pas issu d’une pochette surprise. Même s’il est impar­fait, il a tout de même été pensé à la base. Le ministre repré­sente l’état, et est donc nommé par ce dernier. L’As­sem­blée natio­nale repré­sente les français, et est donc élue par ces derniers. Ensuite, les français (l’As­sem­blée natio­nale) valide la gouver­nance de l’État (le gouver­ne­ment).

    Tout ça est déjà prévu. Nulle part il n’est prévu ou même envi­sagé que les ministres ne se fassent élire. Je ne connais d’ailleurs aucun pays où ce soit le cas. Il y a des raisons à tout cela.

    Nous sommes en train de casser la repré­sen­ta­ti­vité et la légi­ti­mité du parle­ment qui repré­sente les français pour satis­faire la volonté popu­liste du pouvoir en place. C’est quand même très court terme comme vision.

    Alors quoi ?

    Alors le vrai chan­ge­ment, au lieu de dire « si vous perdez l’élec­tion, il faut démis­sion­ner », ne serait-il pas plutôt de dire « si vous vous présen­tez c’est pour assu­mer le mandat que vous briguez, et il faudra démis­sion­ner de votre poste actuel si vous êtes élu » ?

    Parce que fina­le­ment le choix est plutôt là : il faut être ministre ou député, pas les deux. Si quelqu’un se présente aux légis­la­tive ce doit pour être député, rien d’autre. L’élec­tion ne concerne que ça.

    Ce à quoi il faut mettre fin ce sont surtout ces élec­tions fantômes, ces réser­va­tions de places et chaises musi­cales avec les remplaçants pour assu­rer ses arrières et autres histoires d’égo ou de gros sous.

  • Vote par valeur

    Il y a toujours quelqu’un pour décou­vrir qu’il existe d’autres procé­dés de vote que nos votes à scru­tin majo­ri­taire. Parfois ça fait buzz aux élec­tions, mais ne nous leur­rons pas : Il n’y a rien de neuf, et rien de mira­cu­leux.

    Le pseudo-miracle de cette prési­den­tielle serait le vote par valeur. Il s’agit de voter pour chaque candi­dat, indé­pen­dam­ment, par exemple entre –2 (surtout pas) et +2 (génial). Ce système a pour moi trois avan­tages majeurs :

    1. Il répond à l’émiet­te­ment des voix, qui effec­ti­ve­ment est le problème majeur du mode d’élec­tion de notre président. Trois candi­dats avec des idées proches mais qui ont une majo­rité s’ils sont grou­pés ne risquent pas de faire gagner un concur­rent.  C’est vrai que ce seul défaut à notre élec­tion actuel mérite qu’on réflé­chisse aux alter­na­tives.
    2. Il prend en compte non seule­ment d’adhé­rence mais aussi le rejet. Surtout pour une prési­den­tielle, l’im­por­tant est le consen­sus. Je préfère celui qui n’a la préfé­rence de personne mais que tout le monde accep­te­rait avec plai­sir, à celui qui est le préféré de la majo­rité mais qui provoque un très franche rejet de tous les autres (toute ressem­blance avec des faits passés ne serait pas tota­le­ment le fruit du hasard).
    3. Il permet aux élec­teurs de s’ex­pri­mer plus en détail. Peu importe si cela a un effet diffé­rent au final, ça reste une bonne chose pour la légi­ti­mité de l’élec­tion et la paix sociale.

    Vulné­ra­bi­lité aux votes tactiques

    Malheu­reu­se­ment pour ses promo­teurs, il n’est pas parfait. S’il répond à l’émiet­te­ment des voix, il reste très sensible aux votes tactiques. En cas de résul­tat serré, un mili­tant aurait inté­rêt à noter un rejet imagi­naire des prin­ci­paux concur­rents.

    Ce sujet est complè­te­ment écarté par le site de promo­tion du vote par valeur. Il y est même consi­déré que le vote mili­tant doit être préservé parce que celui qui a le plus de mili­tants doit avoir une avance. Cette idée me semble contra­dic­toire non seule­ment avec le prin­cipe de démo­cra­tie (un mili­tant ne doit pas avoir plus de poids qu’un autre) mais aussi avec le fonde­ment même du vote par valeur. Dans les mêmes pages on affirme que la prise en compte du rejet est une forme de protec­tion de la cohé­sion sociale (et je suis d’ac­cord), que plusieurs critères de sélec­tion du mode de scru­tin sont écar­tés pour pouvoir donner de l’uti­lité au rejet. Si de l’autre côté on se rend compte que les rejets sont en fait des votes mili­tants non sincères, ce sont deux de mes trois avan­tages ci-dessus qui sont à jeter, et tout l’ar­gu­men­taire du vote de valeur qui tombe en lambeaux.

    Mais plus gênant encore : Le vote tactique est un danger d’au­tant plus grand que toutes les commu­nau­tés ou popu­la­tions n’ont pas la même propen­sion à les utili­ser. Les popu­la­tions les plus à même à utili­ser un vote tactique auront un poids bien plus impor­tant. Ainsi, les mieux éduqués et mieux infor­més auront un avan­tage par rapport aux popu­la­tions qui vote­ront naïve­ment. De même, les radi­caux et extré­mistes auront un avan­tages par rapport à ceux qui s’as­treignent à être modé­rés ou objec­tifs dans leur vision. Ce biais est loin d’être neutre, et risque de faus­ser tout le résul­tat.

    Sensi­bi­lité aux mani­pu­la­tions d’opi­nion

    La vulné­ra­bi­lité aux votes tactiques est d’au­tant moins à écar­ter, qu’elle prend tout son sens dans les mani­pu­la­tions d’opi­nion : Imagi­nons les candi­dats A, B et C. Votre préfé­rence va nette­ment à A, puis à B et à C, dans cet ordre.

    • Les médias vous disent que A et B sont au coude à coude, C plus loin derrière : La tactique sera donc d’as­su­rer la victoire en votant +2 pour votre candi­dat A et –2 pour son concur­rent B.
    • Les média vous disent que B et C sont au coude à coude : La tactique sera d’évi­ter le pire et de voter un +2 à B et un –2 à C.

    Dans le premier cas, si les médias avaient raison, vous venez, en simu­lant un rejet, de faire élire A alors que B aurait peut être été un meilleur candi­dat pour la nation.

    Mais surtout vous avez peut être été mani­pulé. En vous faisant passer de l’un à l’autre on modi­fie votre voix et on peut tout à fait contrô­ler l’élec­tion de B. Certes, c’est un risque qui existe déjà sur le mode d’élec­tion actuel avec l’émiet­te­ment des voix, mais qui reste bien visible à tous pour l’ins­tant et qui sera bien plus caché et diffi­cile à combattre dans un vote de valeur.

    Le risque du nombre de candi­dats

    L’émiet­te­ment des voix est un des facteurs limi­tants pour le nombre de candi­dats actuels. Ne nous lais­sons pas leur­rer par les pleurs du FN qui simule chaque année une diffi­culté pour obte­nir 500 signa­tures. Si des petits candi­dats réus­sissent à chaque fois à se quali­fier avec des scores de moins de 1 %, c’est que la candi­da­ture est raison­na­ble­ment simple.

    S’il n’y a pas de risques à multi­plier les candi­dats, nous en aurons plus. Les maires donne­ront aussi plus faci­le­ment leurs signa­tures. Même pour les grands partis, pourquoi ne pas présen­ter 5 ou 10 candi­dats ? quels risques ?

    Avoir même 25 candi­dats serait diffi­cile à gérer, mais on en risque plutôt 50 si on en fait rien. Il y a forcé­ment des solu­tions à ces problèmes, mais aucune ne sera parfaite, toutes auront des effets large­ment discu­tables et indui­ront des biais. Je me refuse à évaluer le vote par valeur si on ne me propose pas en même temps des solu­tions à ce problème qu’il créé.

    Secret du vote

    Si nous avons même 15 candi­dats, le nombre de combi­nai­sons possibles dépasse de plusieurs milliers de fois le nombre de votants dans un seul bureau de vote. Pour peu qu’un vote soit « étrange », il devient faci­le­ment unique. Il devient donc réaliste de donner des instruc­tions de vote à des tiers et de pouvoir véri­fier si elles ont été respec­tées. Le secret du vote est donc à risque.

    Pour palier ce risque la seule solu­tion envi­sa­gée est de sépa­rer le vote en plusieurs bulle­tins, un par candi­dat. Le site de promo­tion du vote par valeur propose de sépa­rer le bulle­tin après vidage de l’urne, mais c’est déjà trop tard si on veut éviter une relec­ture par des tiers : Cette sépa­ra­tion doit être faite par l’élec­teur lui-même.

    Quinze candi­dats, c’est quinze votes, quinze enve­loppes, quinze urnes, ne pas se trom­per d’en­ve­loppe et d’urne, iden­ti­fier l’élec­teur à chaque étape, puis vider les quinze urnes pour faire quinze dépouille­ments qui chacun seront un peu plus long que l’ac­tuel pour faire le compte final.

    Je passe le fait qu’il faut cocher des cases et que pour garder un anony­mat on propose un poinçon. Ceux qui ont suivi les débats sur l’élec­tion de Georges W. Bush aux États Unis doivent se rappe­ler que cette solu­tion est juste­ment celle qui a provoqué tant de débats lors des dépouille­ments là bas.

    Simpli­cité

    Certains ont du mal à l’ima­gi­ner, mais le vote actuel est déjà à consi­dé­rer comme diffi­cile. Certains ne comprennent pas le rôle de l’en­ve­loppe, certains n’entrent pas dans l’iso­loir, certains mettent plusieurs bulle­tins, d’autres ne prennent qu’un seul bulle­tin avant de se rendre dans l’iso­loir, on en voit repo­ser les bulle­tins non utili­sés sur la table… j’en passe et des meilleures. Là dessus il faut penser que certains recon­naissent le bulle­tin parce qu’ils ne savent pas lire, et je vous laisse imagi­ner la diffi­culté d’un vote secret pour un non voyant.

    Imagi­nons ensuite qu’il ne faut pas que choi­sir, il va falloir cocher ou poinçon­ner. Combien coche­ront deux cases ou entre les cases parce que c’est « entre 1 et 2 » ? Combien ne compren­dront pas le fonc­tion­ne­ment ? Comment aider ceux qui voient mal ou lisent mal ?

    Le résul­tat très clair des États Unis, c’est que les cartons plein de votes, c’est n’est fran­che­ment pas simple.

    Même en dehors du vote lui même, un procédé de vote complexe c’est la source d’in­nom­brables débats sur la légi­ti­mité de tel ou tel candi­dat qui aura eu moins de votes posi­tifs mais aussi moins de votes néga­tifs, alors que tel autre n’a fina­le­ment eu des rejets que parce qu’il y a eu un appel à vote mili­tant… Le scru­tin actuel est haute­ment criti­cable, mais au moins le résul­tat laisse peu de place au débat.

    Alors oui, on répond à l’émiet­te­ment des candi­dats, mais on est encore trop loin d’une bonne solu­tion pour que le chan­ge­ment vaille le coup à mon avis. C’est d’au­tant plus vrai que les défauts du vote par valeur sont bien moins évidents, et donc bien moins trans­pa­rents.

  • Le logi­ciel de télé­pho­nie mobile qui défie le contrôle des États

    On avance lente­ment, lente­ment. Côté infor­ma­tique cela fait des années que tout devrait être chif­fré et décen­tra­lisé. On sait faire, il ne reste qu’à passer quelques limi­ta­tions admi­nis­tra­tives désuètes et mettre un peu de promo­tion.

    Serval est inté­res­sant mais fina­le­ment il y aurait plus effi­cace à mettre en œuvre à court terme : un chif­frage de bout en bout de la commu­ni­ca­tion.

    Mail, messa­ge­rie, télé­pho­ne… plus rien ne devrait être sans chif­frage. Les risques de dérive on les connait et on les a subit maintes et maintes fois. Les « terro­ristes » eux, savent déjà faire, ce n’est pas le problème.

    Le logi­ciel de télé­pho­nie mobile qui défie le contrôle des États

  • La direc­trice de cabi­net de Frédé­ric Mitter­rand à la FNAC : conflit d’in­té­rêts ?

    Le 12 mars 2012 était promul­guée une loi qui inter­dit de revendre de façon régu­lière des billets de spec­tacles sans y être auto­risé par les produc­teurs ou orga­ni­sa­teurs. Un mois plus tard, la direc­trice de cabi­net de Frédé­ric Mitter­rand quit­tait le minis­tère pour prendre la direc­tion de France Billet au sein de la FNAC et du groupe PPR.

    Fran­che­ment la ques­tion n’est pas que ce soit lié ou non. Le problème c’est que ça casse toute notion de confiance dans les insti­tu­tions. Tant qu’on n’aura pas plus de trans­pa­rence, il est simple­ment impos­sible d’ac­cep­ter ce genre de faits.

    Dans la notion de conflit d’in­té­rêt le problème ce n’est pas que quelqu’un ait abusé de sa posi­tion, sinon c’est de l’abus de confiance, de la corrup­tion ou que sais-je encore. Il s’agit unique­ment d’avoir des inté­rêts diver­gents ou une situa­tion qui rend diffi­cile l’exer­cice d’un poste. Il m’est diffi­cile de dire si ce cas est inter­dit ou pas, mais il devrait l’être.

    La direc­trice de cabi­net de Frédé­ric Mitter­rand à la FNAC : conflit d’in­té­rêts ?