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Démocratie et institutions

Démo­cra­tie tirée au sort

Démo­cra­tie, litté­ra­le­ment « le peuple au pouvoir ». Qui diable a instauré l’idée que le tirage au sort serait une procé­dure démo­cra­tique ?

Lors d’un tirage au sort le peuple dans son ensemble, ne décide de rien, n’in­flue sur rien, ne choi­sit même rien. Il n’a aucun pouvoir, ni avant, ni pendant, ni après le mandat.

La procé­dure du tirage au sort est équi­table dans le sens que tout le monde a la même chance d’être nommé, mais elle n’est en rien démo­cra­tique, pas plus que ne l’est une monar­chie. Dans le premier cas c’est le hasard qui décide, dans le second cas c’est Dieu (ou le hasard de la nais­sance pour ceux qui n’y croient pas) : la diffé­rence est tenue.

Si nos démo­cra­ties repré­sen­ta­tives repré­sentent déjà un fort compro­mis, le tirage au sort est lui à l’op­posé total du terme.

Qu’on ne se méprenne pas : Le tirage au sort est une très bonne procé­dure en soi. Il est très utile par exemple pour les assem­blées où il est requis de n’avoir aucune posi­tion préa­lable, voire aucune compé­tence parti­cu­lière. L’élec­tion des jurés d’as­sise par tirage au sort est très adap­tée. L’élec­tion d’une assem­blée consti­tuante peut l’être aussi si l’objec­tif n’est que la produc­tion d’un travail préa­lable, qui sera ensuite discuté par le peuple à qui revien­dra la déci­sion finale.

Mais le tirage au sort pour déci­der au nom d’une collec­ti­vité ? repré­sen­ter le peuple lors des déci­sions poli­tiques ? quelle idée ! Même une très mauvaise élec­tion avec un choix limité et une oppo­si­tion muse­lée donne un pouvoir plus grand au peuple. Le résul­tat n’en sera pas meilleur, mais au moins cette élec­tion tronquée pour­rait se récla­mer d’une parcelle du terme démo­cra­tie que le tirage au sort n’aura jamais.

Même la repré­sen­ta­ti­vité, qui intui­ti­ve­ment semble parfaite, sera une catas­trophe à défaut d’un corpus élu suffi­sant pour limi­ter les aléas : On recon­nait un tirage vrai­ment aléa­toire au fait qu’il n’a juste­ment que très peu de chances d’être repré­sen­ta­tif de l’en­semble de départ.

Le système poli­tique actuel a fini par en dégou­ter plus d’un, mais de là à imagi­ner le tirage au sort comme l’apo­gée de la démo­cra­tie, nous sommes arri­vés bien bas.

8 réponses sur « Démo­cra­tie tirée au sort »

Bonjour Éric,

Un des problèmes de l’élection aujourd’hui. C’est aussi que les intérêts des élus diffère des intérêts du peuple ou des intérêts commun. Avec une assemblée tirée au sort, ce conflit disparaît. (Le non renouvellement des mandats réduit ce problème également).

Mais… mais…
1- Ce sont nous qui élisons les élus. Nous n’avons qu’à choisir des gens qui ont notre ligne directrice.
2- Je suis d’accord pour dire que nous avons un sérieux problème de carrièrisme politique, mais n’oublions pas que les élus, c’est aussi nous. Ils n’appartiennent pas à une caste différente.

De ce que je perçois de ce que tu dis, la partie « intérêt particulier vs intérêt commun » (si je résume) sera vraie aussi sur du tirage au sort vu que ça s’attache au pouvoir et non au mode de désignation. J’aurai même tendance à dire que tirés au sort ils se ficheront de travailler sur l’intérêt général vu qu’ils n’auront rien à espérer de mieux que s’ils travaillent à leur propre intérêt.

Sur la seconde partie plus « les élus travaillent à leur réélection et leur carrière », je préfère effectivement beaucoup plus travailler au non cumul (en même temps, mais aussi dans le temps).

Réponse à quelques remarques par ailleurs : Certains penseurs étudient d’autres alternatives à notre structure démocratique et utilisent le tirage au sort au centre de leurs structures. Ça ne pose en soi aucun problème : Dans les documents de ces gens là les assemblées tirées au sort sont surtout là pour élaborer des documents, des travaux préalables ou des contrôles à priori mais le peuple garde un pouvoir de contrôle et de rejet direct (qu’il n’a pas actuellement sur notre système représentatif).

Bref: Aucun problème pour utiliser du tirage au sort dans un système démocratique, où le peuple exerce effectivement le pouvoir (en dehors, en parallèle, en contrôle ou au pire en validation/rejet des décisions des assemblées tirées au sort). Le tirage au sort n’est lui pas plus démocratique que le stylo utilisé par le parlementaire et penser que le tirage au sort créé la démocratie est un raccourci de gens de mauvaise foi ou qui n’ont lu qu’en diagonale les travaux qu’ils citent.

On peut développer une critique contre le tirage au sort.

Mais notons, tout de même la problématique qui a débouché sur ce principe. L’objectif était de penser que la politique n’était pas « professionnelle ».

Si dans une démocratie, le pouvoir est au peuple, il ne peut pas être confié à des représentants issus de certaines couches sociales de la population. Le pouvoir doit être exercé par des gens peuple.

Le moyen qu’ont trouvé les grecs pour éviter les « beaux parleurs », les professionnels de la politiques, les gens corrompus, c’est de garantir un cercle de « vertueux ». Pour garantir ce cercle de gens vertueux (des personnes peu ambitieuses), ils ont décidé de pratiquer le tirage au sort. L’expérience a duré 200 ans voilà tout.

A notre époque, une autre problématique s’ajoute à celle d’avoir des gens vertueux, celle de la complexité. Comment voter pour un homme ou une femme qui se fait élire selon un seul point de vue sur la société. Ses solutions ne seront utiles que pour une partie de la population et pas pour l’ensemble.

Ne vaudrait-il mieux pas imaginer une autre politique avec des points de vue multiples pratiqués par des personnes respectueuses des autres, humbles et soucieuses du bien commun ?

> Si dans une démocratie, le pouvoir est au peuple, il ne peut pas être confié à des représentants issus de certaines couches sociales de la population. Le pouvoir doit être exercé par des gens peuple.

Je ne vois pas la suite dans les arguments. Si c’est pour dire que le pouvoir ne peut être délégué, alors pourquoi pas, mais ça n’a rien à voir avec les couches sociales. S’il peut être délégué, je ne vois pas l’argument à propos des couches sociales, juste une affirmation. C’est justement la différence entre une élection où on utilise le terme « représentant » dans le sens « délégation » (qui n’a donc absolument pas à être exactement à l’image du peuple représenter, juste à faire avancer les décisions et travaux dans le sens choisi) et le tirage au sort où on l’utilise dans le sens statistique (mais où le peuple ne décide finalement pas).

> Le moyen qu’ont trouvé les grecs

Juste après avoir parlé du pouvoir qui ne doit pas être confié à certaines couches sociales de la population ? sérieusement ? Il faut arrêter avec cette idéalisation de la démocratie grecque, qui était aussi pleine de jeux de pouvoirs et luttes d’influences. La différence c’est qu’elle s’exerçait plus directement sur les personnes car dans une petite communauté. Je ne dis pas qu’ils ont fait le mauvais choix, je n’en ai pas la prétention, mais de là à l’utiliser comme simple argument pour le transposer à une démocratie de 70 millions de gens qui ne se connaissent pas et de toutes origines sociales, il y a comme un manque.

Le problème de la fin c’est le problème de l’expertise, qui se pose tous les jours. C’est pour ça que certains députés fulminent quand on montre l’hémiclycle à moitié vide : Tout le monde n’a pas d’expertise sur tout. J’ai du mal à voir en quoi un tiré au sort changera quoi que ce soit au problème (mis à part que potentiellement il n’aura même pas une expertise au départ).

Et pour la dernière phrase, je comprends qu’on puisse en avoir marre, que nos élus soient franchement sur une autre route que celle qu’on attend, mais si tu crois que nos élus dans leur ensemble ne sont pas autant respectueuses des autres, humbles et soucieuses du bien commun que monsieur et madame tout le monde, voire bien plus, tu as une vision très faussée de ce qui est.

Une idée intéressante serai de faire, à l’instar des amérindiens, une confiscation temporaire des biens (chez nous, cela se traduirait avec un salaire valant le SMIC), pour éviter des conflits d’intérêts et se concentrer sur la tâche et non l’enrichissement personnel.

> La procédure du tirage au sort est équitable dans le sens que tout le monde a la même chance d’être élu, mais elle n’est en rien démocratique, pas plus que ne l’est une monarchie.

L’alliance du tirage au sort et de ce qu’on appelle aujourd’hui « démocratie directe » (avec des castes, certes) est la définition historique de la Démocratie (http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie#Antiquit.C3.A9).

L’organe tiré au sort ne décide pas, il a un rôle administratif est le garant du bon fonctionnement de la démocratie directe. Le tirage au sort et le renouvellement fréquent sert à limiter le pouvoir de potentiels « lobbies ».

> On reconnait un tirage vraiment aléatoire au fait qu’il n’a justement que très peu de chances d’être représentatif de l’ensemble de départ.

On s’en approche quand même relativement bien avec des tailles d’échantillon faibles, et on sait calculer les marges d’erreur : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chantillon_%28statistiques%29

OK là dessus. Le côté démocratique est apporté parce qu’il y a un pouvoir direct au peuple, pas par l’instance tirée au sort, qui ne fait qu’organiser le dispositif.

Ce qui me gêne c’est cette mode à vouloir remplacer les délégations de pouvoir de nos systèmes représentatifs par du tirage au sort sans pour autant faire de la démocratie directe, croyant que ce sera plus « juste » alors qu’en réalité on dégrade pas mal un modèle déjà franchement imparfait.

> On s’en approche quand même relativement bien avec des tailles d’échantillon faibles

Oui, sur un critère, et si possible objectif. Prend une vingtaine de critères et ça devient franchement difficile. Tentes de couvrir la complexité humaine et ça devient délicat. Ajoute que tu ne tires au sort que des volontaires et que les volontaires eux-même ne sont pas une représentation homogène du corpus.

Les instituts de sondage tentent, sur des sujets relativement délimités. Ils sont obligés de faire des méthodes de quota (aie, à l’échelle du pays, faire une base de données de ce type ?) et font énormément de corrections manuelles et de compensations (ouch).

Pas impossible, mais très loin d’être aussi évident que ça. Si on savait faire il suffirait de faire un bon sondage auprès de 1000 personnes et d’arrêter la folie financière que sont les élections. Tiens, ça me rappelle des mauvais films d’anticipation ça.

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