Catégorie : Livre numérique

  • 5 – Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance

    En préa­lable à ce billet :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance

    La nouvelle géné­ra­tion baigne dans cette écono­mie d’abon­dance de conte­nus. Copier et diffu­ser se fait à coût virtuel­le­ment nul. On a accès à tout plus ou moins faci­le­ment, et il est évident qu’on ne pourra pas utili­ser tout ces conte­nus. L’enjeu n’est plus de comp­ter mais décou­vrir, de sélec­tion­ner et parta­ger, éven­tuel­le­ment de faire gros­sir encore plus le nombre de conte­nus et de les redif­fu­ser à son tour pour parti­ci­per à l’en­ri­chis­se­ment collec­tif.

    C’est d’ailleurs là que se trompent ceux qui luttent contre la contre­façon. Si la gratuité joue bien entendu un rôle, c’est toute une vision de l’ac­cès et de l’usage des conte­nus qui est diffé­rente sur la nouvelle géné­ra­tion. La lutte contre la contre­façon actuelle revient à expliquer pourquoi payer l’ac­cès au puit chaque matin à une géné­ra­tion qui ne connait que l’eau courante quasi gratuite et qui l’a toujours à portée de main. Ce n’est pas une ques­tion de mauvaise volonté, c’est juste que tout ceci leur semble natu­rel et ils ne le conçoivent proba­ble­ment même plus autre­ment. Ils peuvent s’y contraindre pour un temps, mais pas chan­ger leur façon de voir le monde.

    Être limité en nombre de copie pour un contenu acquis léga­le­ment ? Ne pas pouvoir parta­ger avec son petit ami ? Oubliez l’idée car cela leur semblera toujours illé­gi­time quand bien même on inves­ti­rait encore 10 ou même 100 millions d’eu­ros en commu­ni­ca­tion dans une seconde Hadopi.

    Les verrous seront cassés, les conte­nus copiés et tout ce qu’on obtien­dra c’est un désin­té­rêt irré­cu­pé­rable pour imagi­ner ensemble un autre modèle écono­mique. Nous devrions bien plus inves­tir pour faire muter notre société que pour frei­ner cette révo­lu­tion, car elle ne pourra en aucun cas être stop­pée.

    Il est temps de réflé­chir à notre société dans l’éco­no­mie d’abon­dance. C’est sérieux et nous dépas­sons ici large­ment le domaine du livre, c’est tout le droit d’au­teur qu’il faut à terme repen­ser.


    Dans la même série :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance
    5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance (ce billet)
    6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
  • 4 – D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance

    En préa­lable à ce billet :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare

    Ce qui diffé­ren­cie les points de vue du second billet est plus fonda­men­tal qu’il n’y paraît. N’ayons pas peur des mots, ce sont deux modèles de société qui s’op­posent (l’écoute de la vidéo est indis­pen­sable, croyez moi, et je ne me risque­rai pas à la para­phra­ser ici) : celui d’une écono­mie de la rareté et celui d’une écono­mie de l’abon­dance.

    Nous vivons cette muta­tion depuis des années dans la musique, la vidéo et la presse. Le livre n’est fina­le­ment qu’un nouveau venu dans cette bataille mais c’est aussi celui avec l’his­toire la plus stable et la plus ancrée dans la rareté. La réac­tion de rejet est donc encore plus forte, au point de feindre de ne pas connaitre l’is­sue. Là où musique vidéo et presse cherchent un modèle, le livre agit expli­ci­te­ment pour péren­ni­ser sont modèle de rareté.

    Vous n’y croyez pas ?

    Au Salon du livre il y a un mois, un repré­sen­tant des éditeurs affi­chait expli­ci­te­ment son inten­tion de main­te­nir la rareté du livre dans les offres numé­riques aux biblio­thèques publiques, pour éviter de concur­ren­cer le modèle de vente d’aujourd’­hui. La loi récente qui va gérer le cas des œuvres indis­po­nibles du XXème siècle et permettre leur numé­ri­sa­tion semble en partie avoir été conçue pour éviter d’autres alter­na­tives à diffu­sion plus large, comme entre autres la loi euro­péenne sur les œuvres orphe­lines. Et le président de la BNF dont la mission est de donner accès au plus grand nombre, de décla­rer qu’il faut éviter de donner accès gratui­te­ment au domaine public afin de sauve­gar­der les librai­ries. On pour­rait aussi parler de DRM ou d’ab­sence d’offre d’abon­ne­ment.

    Il semble que dans le livre numé­rique seuls Amazon et quelques star­tups consi­dèrent qu’il faut plani­fier l’iné­luc­table plutôt que de tenter l’ar­rê­ter. Ce n’est pas pour rien qu’A­ma­zon propose via son offre premium un noyau de ce que peut être une offre d’abon­ne­ment. Le jour où ce sera perti­nent, ils seront prêts. Entre temps ils « achètent » des auteurs pour consti­tuer un cata­logue le plus large possible dont ils contrôlent l’offre et les condi­tions, pour dépendre le moins possible d’édi­teurs tiers qui pour­raient les empê­cher de suivre un nouveau modèle.

    Si vous contrô­lez les conte­nus, vous contrô­lez l’offre. Si vous contrô­lez l’offre, vous pouvez choi­sir votre modèle écono­mique.


    Dans la même série :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance (ce billet)
    5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance
    6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
  • 3 – Le livre, cet objet rare

    Préa­la­ble­ment à ce billet :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel

    J’ai beau jeu de provoquer un peu dans le premier billet de cette série, mais avant de passer à la suite il est bon de poser les bases.

    La rareté et la valeur d’un livre (les deux sont liées) sont à tel point enra­ci­nées dans nos usages qu’il en est presque sacré : Rien qu’en corner les pages ou en user la tranche provoquera des réac­tions épider­miques chez certains déten­teurs. C’est en même temps un des rares objets qui passe de main en main même en dehors du cercle fami­lial alors que pour tout le reste on a tendance jeter et ache­ter du neuf. Trop impor­tant, trop rare. Même dans les films catas­trophe on brûle jusqu’au plan­cher avant d’en­vi­sa­ger, oh héré­sie, de se chauf­fer avec des livres.

    Mieux : Le livre on l’ex­pose. C’est d’ailleurs tout l’objet des collec­tions comme La Pléiade et je mets au défi quelqu’un de venir m’af­fir­mer que la valeur de ces objets tient dans l’er­go­no­mie de lecture. C’est dire à quel point on consi­dère l’objet comme rare malgré sa démo­cra­ti­sa­tion et la faci­lité de repu­bli­ca­tion.

    Dans ce contexte, effec­ti­ve­ment, ache­ter un livre sans le lire c’est mépri­ser le livre, son auteur ; une preuve d’ir­res­pect frôlant le sacri­lège envers la Culture et la Litté­ra­ture. Toute la chaîne de valeur, de l’au­teur jusqu’au lecteur, est basée sur cette rareté imagi­naire à la limite de la sacra­li­sa­tion. Le numé­rique joue les trou­blions mais visi­ble­ment pas au point de chan­ger l’angle de vue des diffé­rents acteurs.


    Dans la même série :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare (ce billet)
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance
    5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance
    6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
  • 2 – Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel

    En préa­lable à ce billet :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus

    Imagi­nons que je lise envi­ron deux livres par mois, pour un montant entre dix et vingt euros.

    Dans le fonc­tion­ne­ment actuel on me vend deux livres, que je me force­rai donc le plus souvent à lire jusqu’au bout. On m’ap­por­tera de la valeur ajou­tée en m’as­su­rant que je ne gâche­rai pas mon achat mensuel. On voit là l’in­té­rêt des livres en grand format à 15 € qui, quitte à ce que j’en achète un seul, m’as­surent de la qualité de l’objet mais surtout d’at­teindre le dernier texte de l’édi­teur, de la collec­tion ou de l’au­teur que j’ai déjà aimé la dernière fois. À défaut, j’au­rai tendance à tester les clas­siques ou les meilleures ventes, dans les collec­tions connues.

    En réflé­chis­sant par ce prisme, il est peu éton­nant que certains s’at­tardent à critiquer des achats en masse, sans choix préa­lable fort, et ce surtout si c’est pour en lais­ser sur l’éta­gère une bonne partie. Ce qui n’est pas lu dimi­nue la valeur de tout le marché du livre, et repré­sente une sorte de gâchis.

    Avec le numé­rique nous nous devons d’al­ler plus loin. La copie d’un livre et sa diffu­sion sont de coût quasi nul. Si je lis deux livres par mois, pour le même montant d’achat, la valeur ajou­tée sera de me donner accès à des dizaines de nouveaux titres par mois. Le résul­tat final ne sera pas bien diffé­rent. Par contre j’es­saie­rai de nouveaux genres en fonc­tion de mon humeur du jour, je décou­vri­rai de nouveaux auteurs, je ne me limi­te­rai pas aux éditeurs ou collec­tions de réfé­rence.

    L’échec sera de faible impor­tance : Un livre qui ne plait pas peut être aban­donné, un autre pren­dra la suite, éven­tuel­le­ment un connu pour se rassu­rer. Ce prisme diffé­rent est une béné­dic­tion, il permet de ne pas se limi­ter par le vécu mais de réel­le­ment tester et décou­vrir, sans rete­nue.

    Voilà pourquoi, que j’achète trente titres à 1 € pour en lais­ser 25 sur l’éta­gère n’est pas la ques­tion. La ques­tion est de savoir ce que j’ai décou­vert, ce que j’ai vécu, si j’ai aimé. Si nous parlons de richesse cultu­relle, indé­nia­ble­ment, il y a eu amélio­ra­tion.


    Dans la même série :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel (ce billet)
    3. Le livre cet objet rare
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance
    5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance
    6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
  • 1 – Ne plus comp­ter les livres non lus

    Comme d’autres, j’ai profité avec largesse d’offres promo­tion­nelles de livres numé­riques. Nous voilà avec dix, vingt ou trente livres dont parfois une majo­rité reste­ront intou­chés, délais­sés sur leur support de stockage.

    En lisant et écou­tant autour de moi je perçois agace­ment, moque­ries, dédain et mépris pour ces faux lecteurs qui stockent au lieu de lire, voire pour ces offres qui permettent aux faux lecteurs de s’adon­ner à leur glou­ton­ne­rie au lieu de profi­ter de la litté­ra­ture de façon respec­table, livre après livre, en en lisant chaque ligne.

    Mais pourquoi donc s’at­ta­cher à dénom­brer et parler des livres que je n’ai pas lus ?

    Je le comprends d’au­tant moins que des livres que je ne lis pas il en sort presque 6 000 par mois rien qu’en France. Par rapport aux 5 970 autres de ce mois là, au moins ai-je contri­bué, même symbo­lique­ment, à l’au­teur et à l’édi­teur des trente que je stocke sur mon disque. C’est à peu près la seule diffé­rence que je vois, et elle est plutôt posi­tive.

    Et si nous parlions plutôt des livres que j’ai lu, des auteurs que j’ai décou­vert, des histoires qui m’ont trans­porté, des pensées que j’ai partagé ou des réflexions qui ont émergé dans mon esprit suite à ces lectures ?

    De tous ceux que j’ai ouïe critiquer l’hé­ré­sie des lecteurs qui achètent plus de livres qu’ils n’en lisent, aucun n’a tenté d’en­ga­ger la conver­sa­tion sur les livres effec­ti­ve­ment lus, seule­ment sur ceux qui ne l’ont pas été. Si j’osais, le réel problème est plutôt là. Doit-on restreindre la litté­ra­ture à un décompte des boîtes de petits pois stockées inuti­le­ment dans le cellier ?


    Suites à ce billet :

    1. Ne plus comp­ter les livres non lus (ce billet)
    2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
    3. Le livre cet objet rare
    4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance
    5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance
    6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
  • Lisez en numé­rique qu’ils disaient…

    Mis à jour, expli­ca­tion en bas du billet

    Vous lisez une série sur papier, vous venez de finir le tome 4 et vous cher­cher le tome 5. Tout le monde vous parle de numé­rique et vous déci­dez de tester tout ça.

    Vous avez aussi bien véri­fié que le livre était « sans DRM » comme on vous a dit de le faire. Toutes les boutiques ne le précisent pas, vous avez du cher­cher un peu mais c’est bien tombé : celui là est sans DRM.

    Vous ache­tez votre ebook à 15 €. Bon, 14,99 en réalité mais on ne va pas chipo­ter. Vous avez pris l’EPUB et pas le PDF. Tout ça c’est du chinois mais comme c’est ce qu’on vous conseille partout, vous suivi ce qu’on vous disait. Vous ne compre­nez toute­fois pas bien pourquoi on tente de vous vendre l’autre s’il ne faut pas l’ache­ter mais vous faites comme si de rien n’était.

    Là les ennuis commencent. Le livre vous donne une méchante impres­sion de déjà vu. Véri­fi­ca­tion faite, c’est marqué « tome 5 » mais c’est en fait la première moitié du tome 3 que vous avez déjà lu. Vous fouillez et confir­mez votre méchante impres­sion : L’édi­teur publie chaque livre papier édition poche en deux livres numé­riques, en renu­mé­ro­tant toute la série. Malheu­reu­se­ment bien que les titres indiquent en gros « tome X », la numé­ro­ta­tion des poches et des numé­riques est diffé­rente. Il faut deux livres numé­riques pour faire un poche. Les tomes 1 et 2 numé­riques corres­pondent au tome 1 édition poche et les tomes 3 et 4 numé­riques au tome 2 édition poche. Le tome 5 numé­rique est donc la première partie du tome 3 édition poche. Rien ne le signa­lait expli­ci­te­ment, il fallait faire très atten­tion aux sous-titres pour s’en rendre compte. Ce n’est clai­re­ment pas votre faute : Les bonnes librai­ries avaient même chaîné le tome 5 édition poche avec le tome 5 numé­rique comme s’ils étaient équi­va­lents.

    Vous avez un peu l’im­pres­sion de vous être fait avoir, surtout à 2×15 € le couple d’ebook alors que le papier n’est pas à 30 €. Un doute vous prend d’ailleurs : Vous n’aviez pas payé si cher que ça les tomes précé­dents, 10 € tout au plus. Seconde méchante impres­sion. Vous véri­fiez et avec la réduc­tion de 5% appliquée presque partout, le tome 5 papier édition poche vaut seule­ment 8 € pour l’équi­valent de deux tomes numé­riques. Bon, 7,98 € mais on ne va pas chipo­ter.

    Oui, vous venez d’ache­ter un ebook qui vaut entre 3 et 4 fois plus cher que sa version papier, et qui de plus est tota­le­ment renu­mé­roté par rapport à votre lecture précé­dente.

    Sérieu­se­ment, comment le lecteur peut-il s’en sortir ?

    Oui c’est un cas réel, même si romancé. Non, pas de nom (et je ne parlais pas de Game of Throne même s’il semble d’après les réac­tions que le problème soit simi­laire), parce que ça n’ap­porte rien, que mon objec­tif n’est pas de poin­ter du doigt X ou Y, et que je veux bien croire que les concer­nés soient de bonne foi avec juste d’une mauvaise orga­ni­sa­tion. Heureu­se­ment ces cas relèvent de l’ex­cep­tion, mais la pilule doit parfois être diffi­cile à avaler.


    Mis à jour et expli­ca­tion : Le billet a été légè­re­ment modi­fié après publi­ca­tion pour tenir compte des raisons du problème. Nous avons ici trois facteurs qui se cumulent :

    Premier facteur : Tout d’abord, il arrive qu’un livre broché grand format soit publié en plusieurs tomes lorsqu’il passe en édition poche. Plus rare à ma connais­sance, il peut aussi arri­ver l’in­verse : Plusieurs tomes grand format sont réédi­tés en un seul livre poche. C’est ce qu’il s’est passé ici.

    En papier cela ne pose pas de problème majeur vu que l’édi­tion poche est éditée long­temps après l’édi­tion brochée grand format. Souvent cette dernière n’existe plus et les deux ne circulent pas en paral­lèle. Dans notre cas le premier tome de l’édi­tion poche est paru trois ans après la fin de commer­cia­li­sa­tion de l’édi­tion brochée grand format du même tome. Pris isolé­ment c’est maladroit mais tout va bien.

    Deuxième facteur : Au lieu d’in­diquer « tome 1 et 2 » sur le poche, la série a été entiè­re­ment renu­mé­ro­tée. La numé­ro­ta­tion des uns et des est indiquée assez visi­ble­ment sur la couver­ture, ce qui peut induire faci­le­ment le lecteur en erreur s’il cherche à suivre la série d’une édition à l’autre.

    Malheu­reu­se­ment ici, c’est l’édi­tion grand format qui sert de support à l’édi­tion numé­rique. Elle hérite donc de la même numé­ro­ta­tion, concur­rente à celle de l’édi­tion poche. Là aussi, pris isolé­ment c’est compré­hen­sible, mais au final les deux se retrouvent bien en vente au même moment, avec le risque que le lecteur glisse du papier au numé­rique avec une très mauvaise surprise après achat.

    Troi­sième facteur : L’édi­tion numé­rique est basée sur l’édi­tion brochée grand format. Si elle est bien déco­tée par rapport au prix origi­nal, c’est par rapport au prix de cette édition grand format que le calcul a été fait : 15 € au lieu de 19 €.

    Entre temps les poches sont sortis, avec un prix entre 8 et 10 € suivant les tomes, et le prix du numé­rique n’a pas été impacté. Chaque poche regroupe deux tomes de l’édi­tion grand format, ce qui veut dire qu’un tome édition poche à 8 € contient le même texte que deux livres numé­riques à 15 €. C’est tout de même un facteur de 3,75 entre les deux prix, en faveur du papier. Incom­pré­hen­sible pour le lecteur.

    Les prix numé­riques plus chers que l’édi­tion poche corres­pon­dante c’était assez fréquent par le passé. Désor­mais on en trouve de moins en moins. On est juste tombé sur un éditeur qui n’a pas encore fait sa tran­si­tion sur ce point là.

    Comme je le suppo­sais, plus qu’une mauvaise volonté c’est proba­ble­ment simple­ment le cumul d’une maladresse et d’un manque de coor­di­na­tion ou/et d’or­ga­ni­sa­tion commer­ciale entre la divi­sion numé­rique et la divi­sion papier.

    Le problème c’est que non seule­ment tout ça reste incom­pré­hen­sible pour le lecteur mais surtout que ce n’est pas son problème. Lui se retrouve à payer 15 € la moitié d’un titre qu’il a déjà lu alors que la version papier de ce qu’il cher­chait coute moins de 10 €. S’il revient au numé­rique plus tard c’est qu’il est sacré­ment motivé, et ce sera avec un autre libraire/distri­bu­teur. On est en train de se tirer une balle dans le pied avec ce type d’his­toires.

  • ReLire à relire

    On ne peut pas à la fois critiquer la loi sur le droit d’au­teur dans le fait qu’elle est inadap­tée au monde numé­rique, et en même temps tirer à boulets rouges sur la première initia­tive visant à essayer de trou­ver des solu­tions […] Le dispo­si­tif proposé présente au moins l’avan­tage d’of­frir une seconde vie à des ouvrages qui n’en auraient jamais eu.

    Manue, Figo­blog

    Le cas des indis­po­nibles du XXème siècle est un vrai problème. Sans rien toucher à l’équi­libre du droit d’au­teur et en se basant unique­ment sur de l’opt-in, il est peu probable qu’on puisse arri­ver à un résul­tat signi­fi­ca­tif. L’al­ter­na­tive idéale aurait été une réforme profonde du droit d’au­teur mais, consi­dé­rant la proba­bi­lité quasi-nulle d’y arri­ver, je ne peux pas tota­le­ment nier la perti­nence d’un compro­mis excep­tion­nel et forcé­ment bancal.

    D’un autre côté, peut-on accep­ter une initia­tive par le seul fait qu’elle cherche à faire un compro­mis ? Le projet ReLIRE est à mon avis person­nel trop déséqui­li­bré en faveur des éditeurs. L’au­teur y est à peine consi­déré.

    Il aurait pour­tant été aisé de modé­rer un peu toute cette histoire. Quelques propo­si­tions très simples :

    1. Préve­nir acti­ve­ment l’au­teur

    Il est juste incom­pré­hen­sible que l’édi­teur soit prévenu par recom­mandé mais que rien n’oblige ou même n’in­cite à tenter de préve­nir l’au­teur ou ses ayants droits. Pour­tant il s’agit norma­le­ment de lui rever­ser des droits lors de l’ex­ploi­ta­tion, c’est bien qu’on pense arri­ver à le joindre. C’est à se deman­der si le tenir à l’écart n’est pas volon­taire pour éviter qu’il n’ex­prime un choix conscient.

    Il appa­raît indis­pen­sable de faire porter sur l’édi­teur d’ori­gine une obli­ga­tion de mettre en œuvre les démarches raison­nables pour contac­ter l’au­teur ou ses ayants droits : par recom­mandé, lui signa­ler l’ins­crip­tion à la base ReLIRE, les impli­ca­tions, ainsi que la possi­bi­lité et les moyens de s’op­po­ser à l’ex­ploi­ta­tion numé­rique.

    • L’au­teur est injoi­gnable : L’œuvre est une œuvre orphe­line, avec les spéci­fi­ci­tés prévues en ce cas (ça méri­te­rait un billet complet, consi­dé­rons entre temps que nous ne chan­geons rien à ce que le projet prévoir ici)
    • L’au­teur ne répond pas : L’œuvre peut suivre le parcours des indis­po­nibles envi­sagé jusque là.
    • L’au­teur réfuse la gestion collec­tive : L’œuvre sort du système prévu pour les indis­po­nibles. Elle pourra, si l’au­teur le souhaite, être exploi­tée suivant des condi­tions contrac­tuelles stan­dard accep­tées par lui.

    Certains éditeurs n’existent plus, nombre d’au­teurs n’ont plus de coor­don­nées à jour ou ne répon­dront pas, mais le coût de gestion est assez faible pour que cette étape soit jugée indis­pen­sable. Cette étape sera de toutes façons néces­saire le jour où on cher­chera à leur verser leurs droits d’au­teur, donc il s’agit juste de l’an­ti­ci­per.

    2. Faci­li­ter l’op­po­si­tion de l’au­teur

    La réelle porte pour expri­mer son choix se fait ensuite. Passer d’un opt-in à un opt-out est déjà un compro­mis gigan­tesque avec le droit d’au­teur tel qu’on le conçoit actuel­le­ment. Puisque les échecs à la première étape prévue plus haut seront nombreux, il faut donner des possi­bi­li­tés réelles d’ac­cé­der à cet opt-out.

    Actuel­le­ment il existe une fenêtre de 6 mois. Si l’au­teur n’est pas informé au début de cette période, on voit mal comment quelques mois seraient suffi­sant pour prendre conscience de son inscrip­tion et y réagir.

    Le mini­mum m’ap­pa­rait que l’au­teur puisse se posi­tion­ner par avance, et sans attendre qu’un tiers déclenche sans l’aver­tir l’ins­crip­tion dans la base ReLIRE. Une simple noti­fi­ca­tion suffit et doit avoir pour effet d’em­pê­cher l’ins­crip­tion par la suite dans la base, ou d’y asso­cier auto­ma­tique­ment un refus.

    Le second point est de pouvoir expri­mer un refus à tout moment, même après le début d’ex­ploi­ta­tion. Ce refus peut inté­grer un préavis pour permettre à l’édi­teur de ne pas avoir inves­tit à perte : On peut imagi­ner un ou deux ans, mais pas les durées actuelles qui peuvent aller jusqu’à dix ans.

    Dans tous les cas, l’au­teur ou ses ayants droits doivent pouvoir s’op­po­ser à tout moment à des trans­po­si­tions numé­riques de mauvaise qualité, non inté­grales, non fidèles, ou plus large­ment non homo­thé­tiques. Si tout se fait sans l’au­to­ri­sa­tion de l’au­teur, il serait diffi­cile d’ac­cep­ter des travaux d’en­ri­chis­se­ment ou d’ex­ten­sion de l’œuvre.

    3. Pas de renver­se­ment de la charge de preuve

    Telle quelle, la loi demande à l’au­teur qui s’op­pose de prou­ver qu’il n’a pas cédé les droits numé­riques à l’édi­teur ou à des tiers. Comme toute preuve néga­tive, c’est malheu­reu­se­ment quasi­ment impos­sible à faire.

    C’est de plus tota­le­ment aber­rant vis à vis de la réalité du droit d’au­teur et de ces œuvres. On parle en effet d’œuvres non exploi­tés, donc quasi­ment toutes épui­sées dont l’au­teur peut récu­pé­rer ses droits sur simple demande, et publiées à des dates où il est extrê­me­ment peu probable une cession de droits numé­riques.

    Sur toutes ces noti­fi­ca­tions, l’au­teur ne doit avoir à faire qu’une simple noti­fi­ca­tion sur l’hon­neur. Charge à celui qui réclame avoir obtenu des droits de prou­ver l’op­posé, et dans ce sens ce sera bien plus facile à faire.

    4. Reti­rer la prio­rité de l’édi­teur papier

    Une prio­rité et un droit d’ex­clu­si­vité ont été donné à l’édi­teur papier d’ori­gine, proba­ble­ment pour récom­pen­ser le travail de décou­verte ou promo­tion fait sur la version physique. C’est toute­fois non seule­ment illé­gi­time mais dange­reux.

    C’est illé­gi­time parce que les inves­tis­se­ments et péréqua­tions ont été faites à l’époque sur une renta­bi­lité avec la version papier seule­ment. Les gains futurs liés au numé­rique ne sont qu’un bonus qui n’ap­porte aucune valeur ajou­tée ni à l’œuvre ni à l’au­teur. C’est aussi illé­gi­time car si l’édi­teur croit en l’œuvre, alors elle serait toujours exploi­tée et donc non concer­née par la base ReLIRE.

    C’est surtout dange­reux : L’édi­teur papier a inté­rêt à inscrire l’œuvre sur la base ReLIRE dans le dos de l’au­teur plutôt que le contac­ter et travailler avec lui. Pire, c’est à se deman­der s’il n’est pas possible pour l’édi­teur d’in­ter­rompre tempo­rai­re­ment l’ex­ploi­ta­tion papier le temps de faire l’ins­crip­tion dans la base et gagner l’ex­clu­si­vité numé­rique.

    Si le compro­mis de l’opt-out est un pas énorme dans le droit d’au­teur, ici c’est une réelle trans­for­ma­tion du droit d’au­teur en droit de l’édi­teur.

    Il n’y a pas lieu de donner une exclu­si­vité ou une surprime à l’édi­teur qui a choi­sit d’ar­rê­ter l’ex­ploi­ta­tion et qui a échoué dans la négo­cia­tion avec l’au­teur, ou proba­ble­ment qui l’a évitée. C’est encore plus vrai si la numé­ri­sa­tion est faite sur fonds publics, comme ça se dessine aujourd’­hui.

    On pour­rait même penser que l’édi­teur papier d’ori­gine devrait être spéci­fique­ment écarté juste­ment à cause de ce qui précède. Je n’irai pas jusque là, mais au moins on peut ne lui donner aucun droit parti­cu­lier par rapport aux autres.

  • Support EPUB 3

    Si vous voulez une grille complète de support EPUB 3 dans les lecteurs : Le Book Indus­try Stan­dard Group (BISG) a ça.

  • Blogs et EPUB

    L’EPUB c’est fina­le­ment juste un site web encap­sulé dans un conte­neur, avec quelques méta­don­nées pour le circuit de lecture. Certains voient une conver­gence entre l’EPUB et les sites web dans le futur, et pourquoi pas des sites web diffu­sés en tant qu’EPUB.

    David cite Thierry Crou­zet :

    Faire des livres, quelle que soit leur forme, me paraît soudain plus moderne que tenir un blog, simple offi­cine dans la rue des boutiques obscures. Ce qui compte, c’est publier, parta­ger, pas d’être maître chez soi.

    Un format et un outil doivent toujours être mis en regard d’usages et d’objec­tifs. Il est rare qu’un soit plus simple qu’un autre en soi, de façon univer­selle.

    Je vois deux visions à celle du « aban­don­nons le blog pour l’epub » : soit un EPUB unique pour l’in­té­gra­lité des conte­nus, soit un EPUB par billet avec éven­tuel­le­ment des pages web pour l’in­dex des archives et un flux RSS tiers.

    Dans la première vision j’ai un blog figé, qui ne bouge plus. Je ne suis pas alerté des mises à jour, je ne suis pas capable de ne télé­char­ger qu’un contenu isolé­ment du reste, et surtout je ne suis même plus capable de faire un lien vers un contenu parti­cu­lier de l’en­semble. Ce dernier point est presque le plus grave : On sort le contenu du web en rendant impos­sible les liens entrants. C’est viable pour une archive, pas pour un blog, dont la nature même est de vivre : d’avoir un ajout régu­lier de nouveau contenu et des échanges (donc les liens).

    Dans la seconde vision on revient quasi­ment à ce qu’on a actuel­le­ment sauf qu’on a remplacé les pages HTML des conte­nus unitaires par des fichiers EPUB, qui ne contiennent que la page HTML qu’on vient de rempla­cer. C’est un chan­ge­ment pure­ment tech­nique, dont j’ai du mal à voir la valeur ajou­tée. Sans comp­ter que si tout ce qui sait lire un EPUB sait aussi lire un fichier HTML direc­te­ment, l’in­verse n’est pas vrai.

    Au final il ne faut pas perdre de vue les usages et les objec­tifs. Le blog cherche à commu­niquer. David parle de partage. En étant plus terre à terre je parle­rai de mise à jour, d’ajout régu­lier de contenu, de liens et de commen­taires. Qu’ap­porte un passage à l’EPUB pour ce type d’usage ?

    Si l’EPUB a toutes les raisons de s’étendre hors du livre, il faut bien voir que ce livre a un usage bien parti­cu­lier : contenu rela­ti­ve­ment figé dans le temps, lu géné­ra­le­ment séquen­tiel­le­ment, formant le plus souvent un contenu unique bien défini. Ces attri­buts peuvent adres­ser bien des objets du web, mais proba­ble­ment pas les blogs, juste­ment.

    Pour amélio­rer les blogs parlons plutôt simpli­cité de diffu­sion, faci­lité d’écri­ture, amélio­ra­tion des discus­sions, mais tout ceci est rare­ment une ques­tion de format ou de tech­nique.

  • Apprendre EPUB gratui­te­ment avec O’Reilly

    C’est peut être vieux mais aujourd’­hui je remarque que les titres « What is EPUB 3« , « Acces­sible EPUB 3 » et « HTML 5 for publi­shers » sont gratuits chez O’Reilly, en EPUB et PDF.

    Si la concep­tion de livres numé­riques vous inté­resse, ce serait dommage de se priver.

    Pour ceux qui sont un peu plus marke­ting, il y a aussi « The Global eBook Market: Current Condi­tions & Future Projec­tions » mais qui date un peu (octobre 2011)