3 – Le livre, cet objet rare


Préa­la­ble­ment à ce billet :

  1. Ne plus comp­ter les livres non lus
  2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel

J’ai beau jeu de provoquer un peu dans le premier billet de cette série, mais avant de passer à la suite il est bon de poser les bases.

La rareté et la valeur d’un livre (les deux sont liées) sont à tel point enra­ci­nées dans nos usages qu’il en est presque sacré : Rien qu’en corner les pages ou en user la tranche provoquera des réac­tions épider­miques chez certains déten­teurs. C’est en même temps un des rares objets qui passe de main en main même en dehors du cercle fami­lial alors que pour tout le reste on a tendance jeter et ache­ter du neuf. Trop impor­tant, trop rare. Même dans les films catas­trophe on brûle jusqu’au plan­cher avant d’en­vi­sa­ger, oh héré­sie, de se chauf­fer avec des livres.

Mieux : Le livre on l’ex­pose. C’est d’ailleurs tout l’objet des collec­tions comme La Pléiade et je mets au défi quelqu’un de venir m’af­fir­mer que la valeur de ces objets tient dans l’er­go­no­mie de lecture. C’est dire à quel point on consi­dère l’objet comme rare malgré sa démo­cra­ti­sa­tion et la faci­lité de repu­bli­ca­tion.

Dans ce contexte, effec­ti­ve­ment, ache­ter un livre sans le lire c’est mépri­ser le livre, son auteur ; une preuve d’ir­res­pect frôlant le sacri­lège envers la Culture et la Litté­ra­ture. Toute la chaîne de valeur, de l’au­teur jusqu’au lecteur, est basée sur cette rareté imagi­naire à la limite de la sacra­li­sa­tion. Le numé­rique joue les trou­blions mais visi­ble­ment pas au point de chan­ger l’angle de vue des diffé­rents acteurs.


Dans la même série :

  1. Ne plus comp­ter les livres non lus
  2. Décou­vrir, cet enri­chis­se­ment cultu­rel
  3. Le livre cet objet rare (ce billet)
  4. D’une écono­mie de la rareté à une écono­mie de l’abon­dance
  5. Inéluc­table écono­mie de l’abon­dance
  6. Penser l’éco­no­mie de l’abon­dance
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Une réponse à “3 – Le livre, cet objet rare”

  1. Pour la pléïade, c’est un drôle retournement de situation. Le créateur original, Jacques Schiffrin, avait lancé la collection pour rendre la littérature accessible à un prix raisonnable au format de poche. Le marketing et les propriétaires suivants ont saccagé l’idée. Mais Schiffrin est licencié en 1940 par Gallimard… car trop juif.

    Le livre objet a en effet été un objet coûteux et très précieux. Le temps et les ressources pour produire un livre enluminé sont énormes. L’imprimerie vient détruire un peu cela. Il a fallu pourtant du temps avant que celle-ci menace vraiment les autres modes de production. On oublie souvent que Gutemberg a fini pauvre. En quelque sorte ce n’est pas tant l’invention de l’imprimerie que l’industrialisation des moyens de production du livre qui a changé le livre à cette époque.

    Peut-être un autre élément du respect des livres vient que nous sommes passés du Livre aux livres. Les textes sacrés dans une époque où la religion avait un poids considérable.

    Et puis quand on parle de livre et de son respect on parle de quel contenu. :) C’est une dimension que l’on oublie beaucoup dans l’économie du livre. Dictionnaire, catalogue, almanach, livre d’enseignements, romans, poésie, essais, etc. Tous ont des économies et des cycles de vie bien différents.

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