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Bon déve­lop­peur, ques­tion d’at­ti­tudes

Je viens de lire « Être un bon déve­lop­peur c’est aussi une ques­tion d’at­ti­tude person­nelle » chez Thomas. Ceux qui me connaissent le savent, le titre a forcé­ment un écho chez moi et je m’at­ten­dais à dire « encore un qui a tout compris, prenez-en de la graine ». Sauf qu’en fait, sans rire, le prochain qui écrit un truc pareil se retrou­vera avec une malé­dic­tion sur 15 géné­ra­tions.

Le texte de Thomas prend fonde­ment dans le fait que l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique du sala­rié n’est pas le problème de l’em­ployeur, et pour moi ça rend caduque toute l’ar­gu­men­ta­tion.

(Atten­tion c’est long)

D’abord sur le côté employeur

Votre employeur est respon­sable de réali­ser tout ce qui est néces­saire pour vous permettre de faire et de conti­nuer à faire ce pour quoi il vous a embau­ché. Si vous travaillez dans un envi­ron­ne­ment tech­no­lo­gique chan­geant ou qui demande une adap­ta­tion conti­nue, les temps de forma­tion, de veille ou de montée en compé­tence sont la respon­sa­bi­lité de l’em­ployeur.

S’il vous manque ce temps, posez-vous la ques­tion : Est-ce un travail dont le quoti­dien ne chan­gera pas d’un poil sur les quinze prochaines années, une entre­prise qui a prévu de vous jeter dans deux ans, ou un employeur qui ne comprend pas votre métier ? Aucune de ces alter­na­tives n’est de bonne augure.

L’em­ployeur a pour cela une obli­ga­tion de réser­ver un certain budget aux acti­vi­tés de forma­tion, de vous propo­ser des reclas­se­ments en cas de plan social afin d’ai­der à la recon­ver­sion si néces­saire, et d’as­su­rer votre droit indi­vi­duel à la forma­tion. Gare à l’em­ployeur qui cherche à vous licen­cier pour incom­pé­tence alors que c’est lui qui n’a pas su vous faire évoluer.

Certes je ne vous conseille pas de vous repo­ser sur ces dispo­si­tifs mais s’il fallait des éléments objec­tifs et légis­la­tifs pour prou­ver que la forma­tion du sala­rié est la respon­sa­bi­lité de l’em­ployeur : les voici. Quand vous regar­dez les deux derniers c’est même plus que compé­tence présente qu’il doit assu­rer, mais bien votre avenir dans votre propre inté­rêt.

Pour reprendre le paral­lèle de Thomas, vous en connais­sez des chirur­giens qui ne font pas de veille, d’échanges entre profes­sion­nels, forma­tions de mise à niveau ou d’ap­pren­tis­sage sur leur temps de travail ? Pourquoi employer des infor­ma­ti­ciens serait si diffé­rent ? Vous croyez vrai­ment que les méde­cins ont moins la foi ?

Sur l’in­té­rêt de l’em­ployeur

Au final, tout ça va d’ailleurs plus loin que ses obli­ga­tions : L’em­ployeur a besoin de vous main­te­nir à niveau, voire de vous voir progres­ser. C’est son inté­rêt s’il plani­fie pour l’ave­nir, son meilleur inves­tis­se­ment.  Évitez l’em­ployeur qui dit vous faire une fleur : Il ne vous fait pas une fleur, il agit dans son propre inté­rêt. Avec une telle affir­ma­tion, au mieux il vous prend pour un imbé­cile. Au pire, s’il le croit vrai­ment, c’est lui l’im­bé­cile.

Encore plus loin : Les déve­lop­peurs curieux, passion­nés, capables d’ap­prendre, les employeurs ne cherchent que ça. Son job à l’em­ployeur c’est de les moti­ver, d’en­tre­te­nir cette flamme et de les rete­nir au sein de l’en­tre­prise. Si ce qui attire ces déve­lop­peurs c’est une société qui parti­cipe à leur veille, qui leur permet de tester, de parta­ger entre collègues et évoluer, alors c’est ce qu’on va cher­cher à leur offrir. Là non plus l’em­ployeur ne rend pas un service person­nel : Il sert son inté­rêt (et c’est très bien ainsi).

Un employeur qui n’a pas compris tout ça risque un sérieux problème a long terme. Plus gênant, les employés qui l’ont suivi risquent la même chose. Les employeurs les plus avan­cés laissent un espace à la veille (mon précé­dent employeur avait offi­ciel­le­ment 20%), assure des forma­tion, favo­rise l’ému­la­tion et le partage sur le temps de l’en­tre­prise. Sans forcé­ment du temps dédié c’est aussi une atti­tude et une façon de gérer le temps et les gens.

Sur la recherche d’un employeur adapté

Plus que son problème, le main­tien à niveau et l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique des sala­riés est même un des enjeux primaires d’un employeur dans les nouvelles tech­no­lo­gies. Person­nel­le­ment je suis même bien plus inté­ressé par ce qu’un candi­dat peut apprendre avec moi que par ce qu’il sait. Ça implique forcé­ment que oui, l’ap­pren­tis­sage est aussi mon problème.

En fait ce qui me fait le plus sursau­ter dans le texte de Thomas c’est peut être même le petit dialogue de recru­te­ment et la conclu­sion qui s’en­suit.

Nous cher­chons tous ce passionné avec l’en­vie d’ap­prendre. Si ce passionné se retrouve dans une entre­prise qui n’agit pas à ce niveau, que fait-il ?

Il y a ceux qui seront actifs et qui cher­che­ront ailleurs, parce qu’ils ont de la valeur. Ce sont eux qui tien­dront le discours que Thomas retrans­crit. Il y a aussi ceux qui vont stag­ner et rester avec un contexte entre­prise de non-appren­tis­sage et de non-évolu­tion. Pas de doute, contrai­re­ment à Thomas, moi je cherche mes perles parmi les premiers.

Sur le temps de vie person­nelle

Travailler à la maison, en tant que passion­nés, on le fait tous plus ou moins. Main­te­nant si ça devient un besoin ce n’est plus une passion, et ça finit vite par lasser, s’éteindre, ou épui­ser. Le burn out n’est pas si rare dans une telle situa­tion.

Un jour vien­dra une période plus stres­sante ou plus char­gée, un enfant, une famille, ou même une volonté de parti­ci­per corps et âme à un projet open source. Peu importe, ce jour là devoir faire la veille pour son boulot commen­cera à deve­nir douce­ment et partiel­le­ment une contrainte, et si être à niveau profes­sion­nel­le­ment se base unique­ment sur l’in­ves­tis­se­ment en temps person­nel, alors nous allons dans le mur.

Je ris d’ailleurs jaune quand Thomas prend son exemple avec quatre heures de trans­port par jour. Si on ajoute sept heures quarante-cinq de travail (en consi­dé­rant que notre déve­lop­peur compte ses heures à la minute, ce qui est rare chez les bons, et ne prenne pas de pauses sur ses demies jour­nées) et trois quarts d’heures pour manger (mini­mum légal), le voilà avec douze heures trente d’am­pli­tude horaire impo­sée. Avec huit heures de sommeil, une heure le matin et une heure pour le dîner, il reste une heure trente par jour pour l’ad­mi­nis­tra­tif, les tâches quoti­diennes, la vie sociale et … la vie de famille.

Certains le font, mais de là à deman­der à ce qu’en plus on consacre ce temps de trans­port à l’évo­lu­tion profes­sion­nel­le… cela va trop loin pour moi. C’est de plus sans comp­ter que la veille et cette forma­tion demande proba­ble­ment à échan­ger et à être connecté, donc dépas­sera du temps de trans­port. Ce n’est pas ma philo­so­phie de vie (même si proba­ble­ment je passe bien plus de temps que Thomas sur mes acti­vi­tés « infor­ma­tiques »).

Du plus mauvais des modèles SSII

Ce que je crois c’est surtout que Thomas s’est laissé happé par les plus mauvaises SSII : Celles qui consi­dèrent les déve­lop­peurs comme des ressources jetables. Là, effec­ti­ve­ment, l’em­ployeur réel (le client) se moque de la forma­tion des déve­lop­peurs vu qu’il les renverra chez eux dès qu’ils seront usés ou dépas­sés. La SSII elle-même cher­chera juste un nouveau client et parfois ne verra aucun problème à voir le déve­lop­peur stag­ner ou régres­ser tant qu’il se vend et qu’on n’a pas à l’aug­men­ter. De toutes façons il y a des licen­cie­ments collec­tifs cycliques pour vider ceux qui deviennent vrai­ment une charge et qui ne finissent pas par partir d’eux même.

À ceux qui sont dans cette situa­tion : Il existe d’autres façons de vivre son travail, bien plus enri­chis­santes. Pour les plus passion­nés d’entre vous qui veulent aussi un aspect conseil (un vrai, pas un avec juste des puzzles sur Power­point), je ne saurai vous conseiller OCTO. Si vous tenez à profi­ter du modèle SII et des multiples missions, allez voir Clever-Age, Globa­lis MS, AF83, Sensio, Smile et quelques autres encore.  Ce n’est pas toujours le Pérou et les expé­riences sont très diffé­rentes suivante les agences ou les équipes, mais dans l’en­semble vous n’y retrou­ve­rez pas une atti­tude proche de celle décrite par Thomas. Si jamais c’est quand même le cas : parta­gez-le ici et chan­gez.

Quand vous en aurez marre, diri­gez-vous vers les entre­prises utili­sa­trices. Elles ont forcé­ment besoin d’in­ves­tir dans leurs équipes sur le long terme. Il y a celles qui ne l’ont pas compris, et ça se voit vite, et les autres. Dans ces dernières, même si cette forma­tion interne n’est pas forma­li­sée, jamais on ne vous sortira le texte de Thomas. D’ailleurs …. Je recrute.

Histoire de modé­rer le discours

Main­te­nant, pour modé­rer toute­fois mon discours : Nous sommes dans un métier intel­lec­tuel. Ça veut dire que vous ne pouvez pas vous conten­ter d’ar­ri­ver le matin, exécu­ter vos tâches et repar­tir le soir l’es­prit vide.

Sans en arri­ver à vivre au nom de l’en­tre­prise, si jamais rien ne vous titille sans tenir compte des heures de travail c’est soit que vous êtes bien plus effi­cace que moi pour compar­ti­men­ter, soit qu’il y a un problème. La curio­sité reste un élément essen­tiel.

Je serai très heureux de voir des déve­lop­peurs qui s’in­ves­tissent aussi person­nel­le­ment dans des projets open source, des commu­nau­tés, des projets. Je le cherche même forcé­ment dans les recru­te­ments. Par contre jamais je ne l’at­tends, ne le consi­dère comme normal et encore moins comme un dû. Mon rôle c’est de provoquer l’ému­la­tion néces­saire à ce que les déve­lop­peurs évoluent avec les tech­no­lo­gies, pas d’at­tendre que ça se fasse tout seul entre 21 et 23h.

15 réponses sur « Bon déve­lop­peur, ques­tion d’at­ti­tudes »

Merci pour ce billet et ce franc parler. J’y retrouve beaucoup de choses vues et vécues.

Je côtoie de nombreux collègues chez mon client, issus des grandes SSII (quelques peu écornées ici) et le constat est très clair, beaucoup de monde est désabusé, aigri, amer :

Pour évoluer, être augmenté, il faut démissionner, changer de boite. Les boites considèrent les développeurs / consultants comme des ressources jetables, et ceux ci on parfaitement compris le message : Le marché est « tendu », ils considèrent donc ces même boites (et par extension tout le secteur du conseil / service IT) comme jetables également. Une telle situation ne peut donner rien de bon au long terme. Le déficit d’investissement, la politique du ROI immédiat, de ces entreprises entraine par effet miroir un déficit d’investissement chez les développeurs.

Dommage que j’habite loin de Lyon, je vous aurai envoyé mon CV avec plaisir :)

Beaucoup de chose à dire sur le poste de Thomas, je partage plutôt ton point de vue.
Pour autant, je trouve que le métier est vraiment difficile sur ce point. Pour ma part, je n’y étais pas préparé, et bien que curieux techniquement, je me suis laissé guider professionnellement par mes employeurs, et au final cela ne m’a mené nul part. On peut faire bien son boulot de TMA et finalement on se grille. Il faut aussi noter que la donne a changé pour pas mal d’informaticiens, il y a moins de 10 ans, on n’utilisaient pas aussi intensivement des frameworks trouvé sur le net, car on les développaient
en interne. Désormais faut se mettre à jour constamment et ça bouge très très vite ! Sans compter le juste-termiste (cf le livre « Trop Vite » de Servan-Schreiber) qui fait que l’on en demande plus en moins de temps. Par exemple on demande des tests unitaires en plus, alors que ça n’existaient pas y’a 10 ans. On demande de tracer tes tâches au quotidien (scrum).
Autre point les employeurs se permettent de demander des réalisations sur le temps perso pour vous juger. Oui mais c’est perso, merde ! Les employeurs ne doivent pas nous juger là dessus. Désormais je demande à l’employeur de me parler de son plan de formation, et souvent il reste muet : « Faites d’abord vos preuves » ou « vous ne pouvez pas compter uniquement sur les formations professionnels pour construire votre carrière ». Au final pour la troisième année consécutive, j’irais à Paris-Web de ma poche !
Ce qui me choque c’est la formation pour se vendre. Pour moi, cela ne vient pas comme ça, si un domaine me passionne, j’irais dedans spontanément. Pas uniquement pour aligner les bons mots-clés sur un CV. Tous les recruteurs me parlent de Design-Pattern, s’ils savaient le nombre de lignes « copiée-collée » dans leur applications ! Et pourtant le copier-collé en programmation c’est le mal.
C’est bien gentil, se former par soi-même comme seul salut, mais en dehors du Java, y’en a point de salut. Y’a qu’a regarder le nombre d’offre en groovy ou en python, ça frôle l’inexistant. Quand je demande à mettre Linux sur mon poste de travail, on me met toujours en guarde, idem pour utiliser Netbeans plutôt qu’Eclipse. Mais à part cela, il faut mettre de soi dans le travail. J’ai l’impression que Thomas parle de compétition ou il faudrait s’entrainer constamment. Les sportifs ont une carrière de 10 ans, pas 43 et quelqu’un pour les entrainer ! Nous nous n’avons ni règles du jeu de la compétition, ni avantages. Car j’ai compris durement que les compétences et le salaire n’ont aucun lien !
Au final : mon opinion : Mettez du sens dans votre métier. Se former deviendra naturel et plaisant. Si en plus vous arrivez à communiquer sur cela, votre relationnel vous apportera un salaire plaisant également.
Je suis bien content d’avoir participé à cette réflexion, avec vous, je me sens plus clair désormais !

J’attendais cette réponse au texte de Thomas et je suis bien content de m’y retrouver.
La veille technologique personnelle c’est bien, mais quand ça commence à empiéter sur sa vie personnelle, c’est qu’il y a un problème quelque part dans la relation employeur/employé.

« Les développeurs curieux, passionnés, capables d’apprendre, les employeurs ne cherchent que ça. Son job à l’employeur c’est de les motiver, d’entretenir cette flamme et de les retenir au sein de l’entreprise. Si ce qui attire ces développeurs c’est une société qui participe à leur veille, qui leur permet de tester, de partager entre collègues et évoluer, alors c’est ce qu’on va chercher à leur offrir »

Bonjour,
Je ne suis pas en accord avec cette remarque.
L’obligation légale pour les entreprises de la formation des employées est uniquement applicable en France, c’est très peu le cas dans les autres pays.
Si l’entreprise choisit de maintenir de le niveau technique de ses employés, c’est uniquement parce qu’elle y trouve son intérêt. Il existe d’ailleurs de très nombreuses solutions pour palier à cette obligation.
Les employés doivent à n’importe quel niveau réfléchir à son avenir et comment maintenir son « employabilité ». Une entreprise de services informatiques qui vend de la prestation pour du développement ASP3 n’est pas responsable si le consultant développeur se déconnecte du contexte, c’est à ce consultant de ne pas rester dans cet état d’attentisme et donc à devenir proactif.
Si le consultant (ou développeur) ne trouve pas l’écho à ce besoin, c’est à lui de se demander s’il est bon pour lui de rester dans cette entreprise.

Une entreprise est là pour faire du business et gagner de l’argent dans l’intérêt de tous les acteurs de cette entreprise (actionnaires, clients, autorités légales, employés, …).

En vous souhaitant une bonne journée.
Romelard Fabrice [MVP]

En parfait accord avec toi :)

Permettre aux développeurs, ou tout autre poste d’ailleurs, de rester bons dans leur métier, ça devrait être un objectif pour les employeurs ! Ne pas le faire, c’est se limiter à une vision court terme… qui mène à de moins en moins de compétences (les technologies évoluent), de moins en moins de satisfaction et de moins en moins de qualité, donc une envie de partir… tout le monde y est perdant…

Passée la phase découverte de l’entreprise, dans cette situation le développeur accepte de perdre des compétences… de prendre du retard au fil des évolutions du monde extérieur…

Si l’équipe est en veille, si chacun a des moyens pour se former en permanence dans son travail, c’est plus de créativité, plus de nouveautés, plus de compétences, c’est une équipe plus motivée pour rester et proposer : à terme, tout le monde s’y retrouve.

Si quelqu’un décide de prendre de son temps personnel pour se former, et qu’il peut le faire, c’est très intéressant, c’est super pour lui et pour l’équipe… mais ce n’est pas un dû, c’est un choix qu’il fait.

« Mon rôle c’est de provoquer l’émulation nécessaire à ce que les développeurs évoluent avec les technologies, pas d’attendre que ça se fasse tout seul ». :)

Florent

Mmh… J’ai lu les deux billets, et je les trouve complémentaires, plutôt qu’opposés.

Oui, il y a des obligations légales côté employeur. Mais placer le débat à ce niveau fait l’effet d’un coup d’épée dans l’eau. C’est comme mettre une pointeuse parce qu’on a des employés qui comptent leurs minutes. Comme tu le dis, ce sont rarement les meilleurs.

Oui, les employeurs intelligents prennent à cœur de former leurs équipes. Les gars que j’embauche, je prends les temps de les former ; j’investis du temps et de l’argent, avec l’idée que le retour sur investissement soit conséquent et s’ancre dans la durée. Pour cela, il faut mettre en place un certain nombre de choses pour s’assurer que les connaissances soient partagées, que la motivation reste élevée, que de nouveaux horizons (techniques, manageriaux, …) soient révélés.

Mais là où Thomas a profondément raison, c’est que c’est à chacun de nous de faire ce qu’il faut pour amener notre carrière là où nous le voulons. Ce serait trop facile de dire après coup «Si je n’évolue pas, c’est parce que je n’ai pas trouvé d’entreprise qui me fasse évoluer !». Et la réponse n’est pas simplement de changer d’entreprise ; la responsabilité de notre carrière est entre nos mains.

Plusieurs raisons à cela :
– Un employeur choisira − peut-être inconsciemment − de faire évoluer ses équipes dans des directions qui servent l’entreprise à moyen terme. C’est normal. N’espérez pas recevoir une formation sur le développement d’applications Facebook si vous bossez dans un boîte qui ne fait que de l’informatique embarquée.
– Ce qui vous intéresse maintenant n’est pas la même chose que ce qui vous intéressait hier, ni que ce qui vous intéressera demain. Et si vous réfléchissez à ce que vous voulez faire de votre carrière sur le long terme, ce sera encore différent. Comment espérer qu’un patron puisse suivre tout ça ?
– Attention au côté « mercenaire » de l’informaticien qui estime qu’il n’a pas d’effort à faire, mais que son entreprise lui doit tout. Qu’il s’agisse de salaire ou de formation, on peut retrouver les mêmes philosophies. Ça ne fonctionne pas bien longtemps.
– Une formation encadrée par l’entreprise peut apporter beaucoup. Mais ça ne sera réellement bénéfique qu’à partir du moment où l’employé cherchera à faire fructifier cette formation par lui-même. Une formation ne peut pas être consommée passivement.

La différence entre un bon graphiste et un graphiste moyen, c’est que l’un des deux gribouille des croquis sans arrêt, pour améliorer sa technique. Un bon musicien cherchera perpétuellement à améliorer sa technique instrumentale et la qualité de ses compositions, sans se reposer sur ses acquis. Un chef cuisinier passe énormément de temps dans son laboratoire à tenter d’élaborer de nouvelles recettes.
Pourquoi en serait-il autrement pour les développeurs ?

Personnellement, je suis abonné à un grand nombre de flux RSS, et je les consulte sur mon téléphone dans les transports. 35 minutes le matin, autant le soir, c’est nécessaire et suffisant pour mener à bien une veille techno efficace. Je recommande à mes développeurs d’en faire autant, et nous partageons ensemble le fruit de nos veilles. Ne pas le faire serait idiot, peu professionnel, et dangereux sur le long terme.

Je suis désolé pour l’aspect « promo », mais je vais donner quelques liens vers mon blog, où j’ai déjà approfondi ces sujets :
http://www.geek-directeur-technique.com/2010/11/24/faut-il-embaucher-des-geeks
http://www.geek-directeur-technique.com/2009/07/08/la-veille-preparer-votre-futur
http://www.geek-directeur-technique.com/2009/08/31/la-rd-pour-ne-pas-confondre-developpement-et-veille-techno
http://www.geek-directeur-technique.com/2010/06/13/attention-aux-mercenaires

Dire « c’est la faute de mon employeur si je n’ai pas progressé », clairement pas, nous sommes d’accord. Par contre dire « j’ai quitté le dernier parce que je ne progressais plus et qu’on ne m’offrait pas les moyens de le faire » est une toute autre approche, et c’est bien à cette dernière formulation que j’ai réagit. Là l’employé prend bien lui même la direction de sa formation, il se contente justement de bien prendre en compte sa formation dans ses critères : il fait ce qu’il faut pour que ça fonctionne ». Qu’il se contente ou pas de ce qui se fait dans la boite, il ne me parait pas inimaginable qu’il choisisse aussi sa boite là dessus.

Pour le musicien, il est souvent à son compte ou pas loin, c’est un peu différent. Pour le chef cuisinier nous sommes un peu plus proche, même si encore une fois le chef cuisinier est plutôt sur une position d’expert décideur de son temps là où l’essentiel des développeurs sont en bas de l’échelle à subir le cadres horaires. Reste que oui, il faut passer beaucoup de temps à s’améliorer. C’est bien sur ce constat que je juge indispensable d’en faire au moins une grande partie sur son temps salarié et pas tout sur son temps perso. Si toutes les grosses boites à la mode proposent un 10 ou 20% (même si en pratique c’est moins joli que sur la plaquette), ce n’est pas qu’ils utilisent des développeurs qui attendent que tout tombe tout seul, c’est qu’ils utilisent des développeurs qui vont sélectionner leur employeur aussi sur ce critère (n’en doutez pas, le mauvais se fait sélectionner, le bon sélectionne)

Je pense qu’on se comprend, au final.

Mais les exemples du musicien ou du cuisinier restent totalement valables. Un musicien salarié d’un orchestre philharmonique aura intérêt à travailler son évolution par lui-même s’il souhaite devenir soliste ou s’il souhaite rejoindre un orchestre renommé. Un cuisinier qui commence en faisant les salades ou les desserts passera du temps à s’améliorer s’il veut un jour passer chef de brigade, puis chef tout court. L’un comme l’autre savent qu’il ne doivent pas compter uniquement sur leur employeur pour assurer leur évolution de carrière.

Encore une fois, les entreprises intelligentes font ce qu’il faut pour former leur employés, les motiver et les faire progresser. C’est comme ça qu’il seront le plus efficaces et qu’ils apporteront le plus de valeur à l’entreprise. Mais comme je le disais sur mon blog, il ne faut pas confondre veille techno et R&D.

Nous sommes d’accord sur le fait que l’attention portée à la formation doit peser dans la balance au moment de choisir une entreprise. Mais les formations dispensées en entreprise (ou payées par l’entreprise) resteront toujours qu’une des composantes d’un grand tout.

Je reste plus proche du message «Vous êtes responsable de votre carrière, faites ce qu’il faut pour évoluer» plutôt que du message «C’est à votre patron de vous faire progresser, s’il ne le fait pas, prenez le temps de le faire sans lui demander».

«  »On ressent d’ailleurs dans sa réponse un air de “syndicalisme” si bien encré dans la culture française qui a certainement sa place et que je ne critique pas, mais il est hors de propos par rapport au message que je voulais transmettre. »
J’adore les guillemets, que je ne critique pas d’ailleurs. Encré comme, au hasard, le Figaro ? Il est excellent ce Thomas, excellent.

« Prendre le contrôle ou subir « . Joli programme : There is no alternative.

« L’employeur a pour cela une obligation de réserver un certain budget aux activités de formation, de vous proposer des reclassements en cas de plan social afin d’aider à la reconversion si nécessaire, et d’assurer votre droit individuel à la formation. Gare à l’employeur qui cherche à vous licencier pour incompétence alors que c’est lui qui n’a pas su vous faire évoluer
 »
J’ai l’impression que c’est dans un monde utopique ou alors dans les annonces pour appâté

Quand tu calcules les heures restantes dans la journée ça me fais doucement sourire étant développeur car si je pouvais dormir 8h par nuit tout le temps , je serais hyper performant. Pas le temps de m’impliqué dans un projet open source alors que je le souhaite . Les technos avancent tellement vite que je doit rester à jour sur les compétences

Quand je parle d’obligation, je ne parle pas de monde utopique, je parle de légal.

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