Catégorie : Politique et société

  • La protec­tion du droit d’au­teur, fossoyeur de la liberté d’ex­pres­sion ?

    Pour la deuxième année consé­cu­tive, la France est le seul pays d’Eu­rope, le seul pays occi­den­tal (avec l’Aus­tra­lie), où RSF consi­dère qu’il y a de graves problèmes de liberté sur Inter­net.

    La carte est éclai­rante. Si elle ne vous fait pas hurler, je ne peux plus rien faire.

    La protec­tion du droit d’au­teur, fossoyeur de la liberté d’ex­pres­sion ?

  • Media­part a-t-il raison ?

    Je suis convaincu de la qualité de Media­part. J’irai même jusqu’à penser que c’est actuel­le­ment un media essen­tiel à notre démo­cra­tie car trop peu ont un posi­tion­ne­ment de fond sur la vie poli­tique et la démo­cra­tie. Je ne peux que vous inci­ter à vous abon­ner et je n’ai pas été déçu un instant depuis que je le suis.

    Derniè­re­ment Media­part a publié des entre­tiens avec les candi­dats à la prési­den­tielle, dont certains d’une qualité excep­tion­nelle dans le bruit média­tique ambiant. La rédac­tion a cepen­dant fait un choix : celui de ne pas invi­ter la repré­sen­tante du FN à s’ex­pri­mer dans leurs colonnes.

    Je n’adhère pas à cette vision de la démo­cra­tie qui voudrait que certaines opinions ne doivent pas être publiées. Le fait de faire un cas excep­tion­nel pour une opinion qui repré­sente 10 à 20 % des français est pour moi l’op­posé d’une démo­cra­tie.

    Je n’adhère pas mais je respecte. Ce choix ils ont toute légi­ti­mité pour le faire s’ils le souhaitent. Ils n’ont aucune obli­ga­tion en la matière, pas plus que je n’en ai person­nel­le­ment. Disons que j’en suis déçu de la part d’un jour­nal qui milite telle­ment pour la plura­lité des media.

    J’au­rai en effet mieux compris cette posi­tion de la part d’un jour­nal qui prend offi­ciel­le­ment parti que d’un jour­nal qui s’en cache : Faire état « contre » quelqu’un est pour moi autant engagé dans la prési­den­tielle que faire état « pour » un autre.

    Par contre je ne comprends pas la dernière réac­tion d’Edwy Plenel. Libre à eux de ne pas donner voix au FN, mais libre aussi au FN de ne pas invi­ter Media­part  en retour. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi ils le feraient. Media­part ayant choi­sit de ne pas être simple­ment un jour­nal d’in­for­ma­tion mais aussi un jour­nal d’opi­nion, le FN n’a pas à invi­ter des opinions diver­gentes à ses meetings.

    Cela ne retire en rien la valeur de Media­part, mais peut-être la rédac­tion oublie-t-elle que la liberté est à double sens, ou que le plura­lisme, la démo­cra­tie et l’in­for­ma­tion imposent parfois de donner aussi voix aux opinions des autres. Parfois on a besoin qu’on nous le rappelle, parce que personne n’est parfait.

    Et selon vous, Media­part a-t-il raison ?

  • Texto en braille

    L’in­no­va­tion peut se voir comme l’avan­cée de la majo­rité avec des nouveau­tés tech­no­lo­giques. Pour moi le texto en braille mérite cent fois plus des récom­penses d’in­no­va­tion que le smart­phone lui-même. Ouvrir de nouvelles possi­bi­li­tés c’est telle­ment plus impor­tant qu’ap­por­ter un simple confort et gadget, même si ce dernier arrive à se rendre indis­pen­sable.

  • Hôpi­tal : « Quand un infir­mier a peur de tuer un gamin, c’est qu’il y a un souci »

    Les moyens des hôpi­taux sont de plus en plus faibles.

    Débor­dés, les infir­miers voient leurs horaires s’al­lon­ger. Les vacances d’été se posent jusqu’à octobre. Le person­nel travaille trois week-ends sur quatre (au lieu de deux par mois). Marc dit n’avoir plus le temps de prendre ses pauses.

    […]

    « On est surme­nés. Une personne crevée n’est pas dans les condi­tions opti­males pour travailler. Combien de temps on va tenir ? »

    […]

    Au delà du problème d’ef­fec­tif, il pointe les « coupures budgé­taires » (rela­tives aussi à des « problèmes d’or­ga­ni­sa­tion ») : l’in­fir­mier explique que parfois, il est obligé d’al­ler piquer une compresse au service voisin pour faire un soin

    […]

    « Quand les infir­miers ont peur de tuer un gamin à la fin de la jour­née, c’est qu’il y a un souci. »

    Cela n’étonne personne, on sait tous que les 35 heures se comptent sur deux à trois jours et pas par semaine dans cette profes­sion. Quel hôpi­tal souhai­tons-nous ? Cher­chons nous un hôpi­tal public à la limite de l’exer­cice de sa mission et le privé prendre soin de la santé de ceux qui ont de l’argent ?

    « Je crois que c’est illu­soire de rendre l’hô­pi­tal rentable. On s’en fout des problèmes d’argent, on sauve des gamins ! »

    C’est toute la ques­tion. L’hô­pi­tal devra être rentable, mais peut être que son finan­ce­ment passe par l’im­pôt.

  • La Mom – an Ameri­can mom in Paris : WTF

    Il faut dire que pour quelqu’un non habi­tué à la bureau­cra­tie et à la déres­pon­sa­bi­li­sa­tion géné­rale des services euro­péens – l’im­por­tant c’est le poste, pas le service – ça peut surprendre.

    Le WTF est adapté. Je suis certain que ce n’est pas une dérive spéci­fique­ment française, mais c’est effec­ti­ve­ment un grand problème de notre société : WTF (en anglais)

  • Fraudes suppo­sées : non lieu pour Hebbadj

    Nos repré­sen­tants élus ont lapidé un homme en public. Il y a eu des accu­sa­tions de viol, de poly­ga­mie, de fraudes aux aides sociales, et proba­ble­ment deux ou trois choses que j’ai pu oublier. Pour l’his­toire de départ de niqab au volant, il y a fina­le­ment eu relaxe. Pour la poly­ga­mie, rien ne tient et il n’y a à ma connais­sance même pas eu réel­le­ment plainte. Pour l’ac­cu­sa­tion de fraudes suppo­sées : non lieu pour Hebbadj.

    Plus que les accu­sa­tions elles-mêmes, ce qui est choquant c’est l’achar­ne­ment de nos repré­sen­tants sur une personne, via les moyens de l’État, pour soute­nir une poli­tique symbole et mettre à bas celui qui a résisté. C’est au point où dès la loi sur la dissi­mu­la­tion du visage passée, il y a eu des poli­ciers devant l’école des femmes liées à Lies Hebbadj pour bien poser trois contra­ven­tions.

    Je ne parle pas de la loi elle-même, du choix de société qu’on souhaite, du soutien ou de la désap­pro­ba­tion d’un mode de vie. L’achar­ne­ment sur une personne, via des procès et accu­sa­tions illé­gi­times, n’est pas justi­fiable. L’État devient un outil d’op­pres­sion arbi­traire afin de soute­nir les choix poli­tiques d’un élu, au lieu d’être au contraire l’ou­til de défense du citoyen.

    Le problème c’est que visi­ble­ment il n’y a rien qui permette d’em­pê­cher que ça se repro­duise encore.

  • Vers où votre boucher se tourne-t-il pour votre steak haché ?

    Je ne comprends rien à la polé­mique récente sur la viande halal. Il semble­rait que de la viande halal soit vendue à tout le monde sans être étique­tée comme telle.

    Je dirai juste « et alors ? »

    Depuis quand deman­dez-vous à votre boucher si l’égor­geur de votre poulet était tourné vers la Mecque ? Cela a-t-il vrai­ment une impor­tance pour vous ? Je ne connais aucune reli­gion qui inter­dise de se tour­ner vers la Mecque pour décou­per un poulet. Suivez-vous une telle croyance ?

    Votre viande n’a rien de moins ou de plus quand elle est halal ou non. Vous ne le saviez d’ailleurs même pas jusqu’à présent. Sauf à ce que vous mili­tiez contre les méthodes d’abat­tage halal même quand la viande ne vous est pas desti­née, seul le rejet de l’autre est une justi­fi­ca­tion à une telle polé­mique.

    Qu’on ne me parle pas de laïcité. Déjà parce qu’on ne parle pas d’une action de l’État ou d’une obli­ga­tion légale – qui sont les deux seuls objets de la laïcité – mais aussi parce que jusqu’à présent personne ne râlait sur le fait de manger du pois­son le vendredi dans les cantines scolaires. Je note d’ailleurs qu’au­cun musul­man, même inté­griste, ne s’en était offusqué. Il est contra­dic­toire de repro­cher à ces derniers de ne pas faire d’ef­forts alors que le rejet vient bien de leurs oppo­sants.

    Qu’on ne me parle pas non plus de commu­nau­ta­risme. Reje­ter la viande halal non pas par ses carac­té­ris­tiques mais par le simple fait qu’elle corres­pond aux attentes de l’autre et que « c’est la viande de l’autre », *ça* c’est du commu­nau­ta­risme. Le vivre ensemble, au contraire, serait d’es­sayer de conten­ter tout le monde tant que ça ne retire rien à personne. Ce serait plutôt de faire du halal (ou casher) par défaut si ce n’est pas plus cher ni plus mauvais.

    Et si nous arrê­tions d’être xéno­phobes ? Je crois me rappe­ler qu’il y a « frater­nité » dans notre devise natio­nale.


    Note ajou­tée le 22 février au soir après coup comme il y a eu plusieurs réac­tions sur ce point : Je suis étonné qu’on parle sani­taire et je suis convaincu que pour pas mal de gens c’est une facade très simi­laire à celle de la non-dissi­mu­la­tion du visage alors que ce qui était cher­ché c’était l’in­ter­dic­tion de la burqa, une excuse.

    Ceci dit je suis d’ac­cord sur ce point avec les commen­taires : S’il y a un risque ou un problème sani­taire alors on règle­mente. J’irai même plus loin, plutôt qu’une étiquette, s’il y a un problème sani­taire, alors on arrête les déro­ga­tions et on inter­dit les mauvaises pratiques.

    S’il y a étiquette ça sera « viande abat­tue sans étour­dis­se­ment ». Sous réserve que les pratiques évoluent comme dans d’autres pays, on pourra avoir de la viande halal avec étour­dis­se­ment (prières, tourné vers la Mecque, coti­sa­tion à l’ins­ti­tu­tion reli­gieuse, etc.). Inver­se­ment on pourra avoir des viandes non halal mais avec l’étiquette.

    Ca ne règle donc pas le fond de mon discours et le sujet que je souhai­tais abor­der. Je mets donc désor­mais de côté toutes les ques­tions sani­taires qui répon­draient à cette problé­ma­tique dans les commen­taires.

    Par contre, quand bien même on irait là, ça ne chan­gera pas qu’il y aura encore les autres aspects (se tour­ner vers la Mecques, les éven­tuelles prières ou paroles rituelles – même si il semble qu’elles ne soient pas pronon­cées, et la « taxe » des insti­tu­tions reli­gieuses). Dans d’autres pays on a du halal avec ces autres aspects tout en étour­dis­sant. Bref, je m’in­té­resse à ces autres aspects et mets de côté l’as­pect sani­taire.

  • Pour en finir avec la « guerre aux pauvres »

    J’ai encore eu cette conver­sa­tion avec quelqu’un que je respecte beau­coup il y a peu : Oui il y a des fraudes, des abus, et des aides super­flues. Ceci dit taper sur ces abus est globa­le­ment se trom­per de poli­tiques. De l’aveu même des poli­tiques qui cherchent à les mettre en valeur, ces abus sont insi­gni­fiants sur la masse. S’il faut conti­nuer à les traquer, ça ne chan­gera jamais la situa­tion finan­cière globale. Le risque, et on le voit souvent, est de faire tomber beau­coup de cas légi­times pour traquer un cas illé­gi­time ou liti­gieux.

    La fraude sociale aux pres­ta­tions versées repré­sente chaque année 3 milliards d’eu­ros, soit 0,5 % du montant total des sommes versées. Selon l’UMP, les frau­deurs ne dépassent pas 1 % des assu­rés. Et bien souvent, il s’agit d’er­reurs plus que de cas avérés de fraudes. D’ailleurs, une grande majo­rité de ces montants est récu­pé­rée. La fraude fiscale (celle des riches et des très riches) repré­sente entre 25 et 30 milliards d’eu­ros par an. Près de dix fois plus.

    Pour en finir avec la « guerre aux pauvres », si nous commen­cions une réelle poli­tique ? D’au­tant que chacun a souvent l’im­pres­sion que c’est l’autre qui profite. Tout dépend du point de vue. Ceux qui abusent consciem­ment et volon­tai­re­ment du système sont rares, et n’ont fina­le­ment que peu d’in­fluence sur les résul­tats.

    Oui, le lien est vers Media­part. Media­part est payant, mais si vous deviez vous abon­ner à une source de presse, c’est peut être une des premières à envi­sa­ger.  La période d’es­sai de 15 jours est à 1€, quel risque prenez-vous ?

  • Le nucléaire est-il vrai­ment un atout en période de grand froid ?

    La ques­tion se pose, le nucléaire est-il vrai­ment un atout en période de grand froid ?

    Il faut dire qu’on ne dérange pas une centrale pour un pic de quelques heures. Les pics sont faits avec l’hy­drau­lique ou les éner­gies fossiles. Du coup on a beau se moquer de l’Al­le­magne qui ferait une bêtise à vouloir se sépa­rer du nucléaire, c’est bien nous qui leur emprun­tons de l’éner­gie dans les pics.

    Plus inté­res­sant : Leur produc­tion est à 20% renou­ve­lable et surtout eux n’ont pas encou­ragé le tout élec­trique pour consom­mer la produc­tion décla­rée « peu chère » :

    L’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maîtrise de l’éner­gie évalue ainsi à 33 % la part des rési­dences prin­ci­pales françaises équi­pées de chauf­fage élec­trique, et 80 % pour les loge­ments construits en 2009, contre moins de 4 % en Alle­magne. La France se révèle donc plus « élec­tro­sen­sible » au froid que ses voisins euro­péens : quand la tempé­ra­ture baisse de 1 °C, la consom­ma­tion augmente de 5 000 MW pour toute l’Eu­rope, avec pour la France une part de 2 300 MW, contre 600 MW en Grande-Bretagne, 500 MW en Alle­magne et 300 MW en Italie. En France, le recours au nucléaire est donc tant la consé­quence que la cause de la forte demande en élec­tri­cité.

    Fina­le­ment, n’est-ce pas simple­ment que nous nous sommes créé de toutes pièces une dépen­dance forte au nucléaire ? Et si fina­le­ment l’angle d’at­taque c’était d’abord celui là ?

  • « Des SDF, trou­vez-moi des SDF! »

    La poli­tique française est gérée comme un spec­tacle, nous le savons. Mais parfois, quand même, ça devient fran­che­ment exagéré et inac­cep­table.

    Inau­gu­ra­tion d’un centre pour sans-abri par monsieur le préfet en région lyon­naise. Comme la date n’a pas été annoncé, le jour de l’ou­ver­ture il n’y a pas de sans abris à mettre devant les camé­ras, et ça c’est problé­ma­tique.

    […]

    A 18 heures 30, donc, pas de sans-abri dans le centre d’hé­ber­ge­ment et le préfet, lui, qui va arri­ver avec les médias. Panique à bord. Tout le monde est pendu au télé­phone afin de trou­ver des SDF coûte que coûte.

    [..]

    Le listing des personnes admises dans le centre n’a été commu­niqué que dans l’après-midi et les parte­naires habi­tuels: Samu Social et Croix-Rouge n’avaient pas été préve­nus à l’avance de la date exacte d’ou­ver­ture.

    […]

    En effet, un respon­sable, fou furieux de consta­ter que les personnes qui avaient une place sans le savoir ne s’étaient pas présen­tées, dira en substance: « Je m’en­gage person­nel­le­ment à ce que les personnes qui ne sont pas venues ce soir retournent dans la rue et ne trouvent pas d’hé­ber­ge­ment… »

    Dans la foulée, le coupe­ret tombe et l’ou­kaze est trans­mis: toutes les personnes qui ne se sont pas présen­tées sont rayées de la liste du centre d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence.

    […]

    « Des SDF, trou­vez-moi des SDF! », ou pas.