Catégorie : Politique et société

  • Respon­sa­bi­lité piéton

    Il y a un légende persis­tante qui voudrait que le piéton a toujours raison, qu’il est prio­ri­taire « dans tous les cas ». Je sais que c’est ainsi que c’est vulga­risé sur plein de pages, y compris sur des sites publics, mais quand je fouille ce n’est pas ce que dit la loi.


    L’ar­ticle le plus proche du code de la route est le R415–11 :

    « Tout conduc­teur est tenu de céder le passage, au besoin en s’ar­rê­tant, au piéton s’en­ga­geant régu­liè­re­ment dans la traver­sée d’une chaus­sée ou mani­fes­tant clai­re­ment l’in­ten­tion de le faire ou circu­lant dans une aire piétonne ou une zone de rencontre.

    Article R-415–11 du code de la route

    Le mot clef est « régu­liè­re­ment » qui veut ici dire « en respec­tant les règles » (l’obli­ga­tion d’uti­li­ser un passage protégé quand il y en a un proche, le respect des feux piétons quand ils sont rouges, l’obli­ga­tion de prudence, etc.).

    Quand il s’en­gage sans respec­ter les règles, le piéton n’est pas prio­ri­taire.


    La seconde confu­sion vient parfois de la loi Badin­ter.

    C’est la L211–8 du code des assu­rances. C’est d’ailleurs là le point prin­ci­pal : Il s’agit d’une règle des assu­rances et pas d’une règle du code de la route.

    La loi Badin­ter ne défi­nit aucune respon­sa­bi­lité ni aucune prio­rité. Elle dit juste que les victimes d’un acci­dent de circu­la­tion impliquant un véhi­cule terrestre à moteur sont indem­ni­sées par les assu­rances de ces véhi­cules.

    C’est l’as­su­rance de la voiture qui paiera les soins si le piéton finit à l’hô­pi­tal ou en chaise roulante, peu importe qui est respon­sable de l’ac­ci­dent. Ça ne rend pas le piéton prio­ri­taire. Ça ne met pas l’au­to­mo­bi­liste auto­ma­tique­ment en faute.

    Deux points annexes :

    • Les trot­ti­nettes élec­triques sont des véhi­cules terrestres à moteur et une assu­rance est donc obli­ga­toire, comme le précise l’ar­ticle L211–1.
    • Les vélos ne sont pas des véhi­cules à moteur et sont donc trai­tés exac­te­ment au même niveau qu’un piéton au niveau de la loi Badin­ter.
      • Lors d’un acci­dent entre un piéton et un vélo, l’in­dem­ni­sa­tion se fait donc selon les règles habi­tuelles (le respon­sable indem­nise l’autre).
      • Lors d’un acci­dent entre une voiture et un vélo, le cycliste peut toujours deman­der une indem­ni­sa­tion inté­grale à l’as­su­rance de la voiture, peu importe sa propre respon­sa­bi­lité.
  • Ralen­tir au feu vert

    Un feu trico­lore français a trois couleurs : Rouge, Orange, Vert.

    On ne peut pas deman­der aux véhi­cules de s’ar­rê­ter immé­dia­te­ment lorsqu’un feu passe au rouge (*). On a donc une zone de batte­ment où ceux qui sont trop proches peuvent conti­nuer à passer et ceux qui sont assez loin doivent commen­cer à s’ar­rê­ter. C’est le feu orange.

    Note : Passer un feu orange là où on pour­rait s’ar­rê­ter sans diffi­culté et sans danger revient à passer un feu rouge, et est passible des mêmes peines.


    La ques­tion :
    « Doit-on ralen­tir quand on approche d’un feu vert ? »

    À vrai dire, c’est ce qu’on a appris à l’auto-école et c’est encore ce qui y est appris aujourd’­hui si on en croit les sites web concer­nés. La réponse est donc évidem­ment « oui ».

    Main­te­nant à y regar­der de plus près… si celui à 50 km/h réduit sa vitesse à 30 km/h, est-ce perti­nent de deman­der à celui qui est déjà à 30 km/h de réduire la sienne à 15 km/h ? Ça me parait d’un coup moins évident, donc je fouille.


    Le code de la route impose-t-il de ralen­tir en toute situa­tion à l’ap­proche d’un feu vert ?

    Non, ou du moins pas que je sache et je ne vois rien de tel dans la section 5 dédiée aux feux de signa­li­sa­tion lumi­neux (R412–29 à R412–33).

    Il y a une longue liste de cas où la vitesse doit être réduite à l’ar­ticle R413–17 mais l’ap­proche de feux trico­lores n’en fait pas partie. Même dans cet article, « la vitesse doit être réduite » s’in­ter­prète proba­ble­ment comme « la vitesse doit être plus faible » et pas « la vitesse doit être dimi­nuée peu importe à laquelle vous roulez », parce que ça n’au­rait pas vrai­ment de sens.


    Mais à l’auto-école on demande de ralen­tir !

    C’était il y a plus de 20 ans mais je me souviens « ralen­tir » mais aussi « moins de 70 km/h ». Repen­ser aux deux donne un peu plus de sens.

    Règle­men­tai­re­ment, un feu orange dure 5 secondes hors agglo­mé­ra­tion. La distance d’ar­rêt à 70 km/h corres­pond à 2,5 secondes de temps de trajet sur sol sec et un peu moins de 4 secondes quand il pleut.

    En gardant une marge parce qu’on n’a pas envie de faire des arrêts d’ur­gence pour un feu trico­lore, la recom­man­da­tion géné­rale s’ex­plique parfai­te­ment, surtout si on retient qu’elle perdure poten­tiel­le­ment depuis un temps où les vitesses limites étaient supé­rieures :

    On ralen­tit pour arri­ver à 70 km/h, idéa­le­ment moins

    Si on roule à entre 70 ou 80 km/h, ralen­tir à l’ap­proche d’un feu vert ne fait proba­ble­ment pas descendre à moins de 50 km/h. Est-il vrai­ment perti­nent de ralen­tir si on est déjà à 50 km/h ?

    C’est toujours bien de ralen­tir tant que ça ne devient pas une gêne inutile pour les autres.

    À 50 km/h on passe à respec­ti­ve­ment 2,1 et 3,2 secondes d’équi­valent de temps de trajet. Pour un feu à 5 secondes hors agglo­mé­ra­tion, on peut consi­dé­rer avoir une marge suffi­sante pour ne pas avoir de problème d’ar­rêt pour peu que la visi­bi­lité soit bonne.


    Et en ville ?

    En ville, règle­men­tai­re­ment, le feu orange dure 3 secondes. Il suffit de refaire les mêmes calculs.

    À 50 km/h, on a le temps de s’ar­rê­ter mais sans marge de sécu­rité si la chaus­sée est humide. Personne ne souhaite voir des frei­nages d’ur­gence à chaque feu donc il est préfé­rable de ralen­tir. La recom­man­da­tion sera d’au­tant plus forte si la géné­ra­tion qui vous apprend à conduire a vécu les 60 km/h en ville ou s’ils repro­duisent ce que cette géné­ra­tion leur a appris.

    Et si on est à 30 km/h ou moins ?

    À 30 km/h on parle respec­ti­ve­ment de 1,6 et 2,2 secondes de temps de trajet. Comme rappelé plus haut, s’il est toujours bien de ralen­tir tant que ça ne devient pas une gêne inutile pour les autres, la marge est suffi­sante pour ne pas avoir de problème d’ar­rêt.

    Dans les villes comme Lyon et Paris, ceux qui sont en dessous de la limite de vitesse de 30 km/h et qui adaptent déjà leur allure à leur visi­bi­lité comme celle des autres usagers ne devraient pas avoir à signi­fi­ca­ti­ve­ment ralen­tir à l’ap­proche d’un feu vert (ceux d’au­tant plus que les autres moto­ri­sés derrière ne respectent déjà pas tous les 30 km/h ni les distances de sécu­rité, donc ralen­tir à des vitesses trop basses dans une situa­tion où les autres ne s’y attendent pas pour­rait géné­rer plus de problèmes qu’en résoudre).

    Et à vélo ?

    Je ne connais pas les distances de frei­nage à vélo, qui dépendent non seule­ment de la chaus­sée mais aussi du type de frein (frein sur jante ou sur disque), du type de tirage (canti­le­ver ou frein disque), de la garni­ture du patin, de si la jante est mouillée, de si vous équi­li­brez au mieux ou pas les freins avant et arrière, de si vous bloquez une roue… et même du poids du cycliste.

    Toute­fois : Si vous foncez à 45 km/h, il faut proba­ble­ment ralen­tir. Si vous avez une vitesse de ville entre 15 et 25 km/h, ça passe proba­ble­ment très bien sans ralen­tir signi­fi­ca­ti­ve­ment.

    À côté de ça, si vous n’êtes pas sur une bande ou piste proté­gée, alors que vous ne savez pas ce qui est derrière vous et à quelle distance, alors que proba­ble­ment l’au­to­mo­bi­liste ou le chauf­feur de bus ne prévoit pas de ralen­tir sur un feu vert (voire risque d’ac­cé­lé­rer pour ne pas prendre le rouge), ça peut être dange­reux de ralen­tir signi­fi­ca­ti­ve­ment.


    Ils viennent d’où tes chiffres ? Je ne suis pas d’ac­cord

    On trouve plein de données diffé­rentes sur les temps d’ar­rêt, distance de frei­nage sur sol sec et distance de frei­nage sur sol mouillé. J’ai écarté celles qui se basent sur des formules mnémo­tech­niques rapides et j’ai tenté de prendre un truc qui semblait cohé­rent. Si vous avez une source d’au­to­rité, je suis preneur.

    Voici mes données sources :

    VitesseRéac­tion (1s)Frei­nage à secFrei­nage mouillé
    20 km/h 6 m2,5 m 5 m
    30 km/h 8 m 5 m 10 m
    50 km/h14 m15 m30 m
    70 km/h19 m27 m54 m
    80 km/h22 m35 m70 m
    90 km/h25 m43 m86 m

    Et ce que ça veut dire en distance d’ar­rêt total et en équi­valent de temps de trajet à la vitesse cible :

    VitesseArrêt sol mouillé Arrêt sol mouillé
    20 km/h 8 m1,5 s10 m1,9 s
    30 km/h13 m1,6 s17 m2,2 s
    50 km/h29 m2,1 s41 m3,2 s
    70 km/h46 m2,4 s68 m3,8 s
    80 km/h57 m2,6 s85 m4,2 s
    90 km/h69 m2,7 s102 m4,4 s

    C’est quoi cette asté­risque sur « On ne peut pas deman­der aux véhi­cules de s’ar­rê­ter immé­dia­te­ment lorsqu’un feu passe au rouge (*) » ?

    Les feux piétons n’ont pas de feu orange. On consi­dère qu’un piéton s’ar­rête presque immé­dia­te­ment s’il en a besoin, et arrive à faire un demi pas en arrière s’il se fait surprendre au moment même où il amorce sa traver­sée.

    Ça implique toute­fois une chose que les auto­mo­bi­listes n’ont pas toujours en tête : Un piéton peut légi­ti­me­ment être sur le passage protégé lorsque son feu est rouge pour peu qu’il ait commencé sa traver­sée au feu vert.

    C’est une situa­tion normale et ça ne sert à rien de le klaxon­ner, de l’in­sul­ter ou de lui mettre la pres­sion. Il va juste conti­nuer sa traver­sée à son rythme. Soyez patients.

  • Dis tonton, c’est quoi le problème avec le jeu antifa ?

    Il y a proba­ble­ment eu trop de lignes écrites mais j’ajoute les miennes pour savoir les retrou­ver sur un espace pérenne.

    Résumé rapide du contexte : La FNAC a retiré des ventes le jeu Antifa en réponse à une demande d’ex­pli­ca­tions d’un syndi­cat de police réputé proche de l’ex­trême droite.

    « Ce jeu est-il un appel à la violence ?

    Oui, non, ou en tout cas pas plus que la plupart des autres jeux de société.

    La plupart des actions du jeu sont plus qu’ac­cep­tables, et la méca­nique est des plus clas­siques : actions, gestion, hasard. Dans les cartes de plani­fi­ca­tion on retrouve le collage d’af­fiche, le tour­noi spor­tif, la commé­mo­ra­tion, etc. Même dans la caté­go­rie « riposte » on trouve rassem­ble­ment, mani­fes­ta­tion et occu­pa­tion des lieux.

    Liste de cartes d'activités.
- 5 petites cartes "activité" format carte de crédit avec vidéo, article, podcast, table de presse, pétition.
- 3 grandes cartes activité avec collage d'affiches, distribution de tracts, fresque murale.
- 4 cartes initiative avec concert de soutien, tournoi sportif, rencontre débat, commémoration.
- 4 cartes riposte avec manifestation, action offensive, rassemblement, blocage/occupation.
    Liste des plani­fi­ca­tions d’ac­ti­vi­tés

    J’en­tends que les dessins donne­ront des boutons aux dépu­tés du RN mais on est loin de la méca­nique décrite par ces derniers, qui était en réalité tirée de leurs fantasmes et pas tirée du jeu.

    Pour autant, oui on parle blocage/occu­pa­tion, oui il y a une carte « action offen­sive » et un élément « caca­tov ».

    « Ok donc c’est quand même violent et au moins se mettre dans la peau de personnes qui ne respectent pas la loi alors

    Je suis très étonné que ce soit un sujet. Une grande majo­rité œuvres vendues font réfé­rence à des situa­tions qui feraient passer le jeu antifa pour un jeu de Bisou­nours. Les livres et films qui nous font incar­ner un crimi­nel sont légion dans les rayon­nages.

    Même dans les jeux, on parle très souvent d’éli­mi­ner les autres joueurs. On a eu des jeux vidéos sur la guerre mondiale qui permettent aux joueurs d’in­car­ner les deux camps. Dans Coun­ter Strike on incarne aussi des terro­ristes.

    La problé­ma­tique n’est pas nouvelle. Je me rappelle aussi les contro­verses du jeu vidéo Carma­ged­don en 1997 dont l’objet est d’écra­ser le plus de passants possibles avec une voiture faite pour. C’était il y a 25 ans et Antifa aurait plutôt fait rire en compa­rai­son.

    Côté jeux de société j’ai dans mes cartons le jeu Bang! où doit tuer les autres joueurs avant d’être tué. Dans Mono­poly il faut mener l’ad­ver­saire à la banque­route. Dans Loups Garous il faut tuer des villa­geois. Dans Colt Express il faut voler un train et tirer sur les autres sans se faire prendre par le shérif. Dans Magic Maze il faut voler un super­mar­ché. Dans Sabo­teur on parle de sabo­tage. Dans Risk et dans Diplo­macy il faut faire la guerre et élimi­ner tota­le­ment le voisin. Ce n’est qu’un court extrait parmi des jeux primés ou célèbres.

    Le jeu Antifa a d’ailleurs été mis à l’hon­neur dans une sélec­tion FNAC au début du mois avec 5 autres jeux mili­tants. L’un de ces jeux orga­nise une révo­lu­tion. Un autre permet de prendre la place d’un dicta­teur.

    Diffi­cile de croire que le problème soit dans les cartes du jeu Antifa qui lui n’in­vite pas expli­ci­te­ment à la violence. Soyons honnêtes, tout ceci n’est qu’un prétexte pour autre chose.

    « Ce serait quoi le problème alors ?

    Tout est poli­tique.

    Le message qui a provoqué le retrait du jeu par la FNAC ne parle d’ailleurs pas d’in­ci­ta­tion à la haine ou à la violence. Il parle de « mettre en avant les antifa ». C’est ça le problème pour ce syndi­cat de police.

    Le fait que ce soient des dépu­tés du Rassem­ble­ment Natio­nal et un syndi­cat poli­cier proche de l’ex­trême droite qui veuillent bannir un jeu sur l’an­ti­fas­cisme n’est pas une coïn­ci­dence, c’est l’objet même de l’af­fron­te­ment.

    Qu’on y fasse droit est un problème (et que ce soit via une enseigne fondée par un anti­fas­ciste mili­tant rend la chose encore plus déli­cate).

    « Ce jeu là est donc poli­tique, ça change tout !

    C’est effec­ti­ve­ment un jeu ouver­te­ment mili­tant, dans une mouvance acti­viste qui s’au­to­rise à aller plus loin que deman­der genti­ment aux tiers d’ar­rê­ter d’être des fascistes. C’est même à l’ori­gine d’abord un maté­riel de forma­tion mili­tante réalisé sous forme de jeu. Je recom­mande l’émis­sion de David Dufresne avec l’au­teur du jeu, qui explique bien le contexte (on commence à parler du jeu à partir de la minute 45).

    Oui c’est poli­tique.

    Pour autant… On a des films poli­tiques. On a des chan­sons poli­tiques. On a des livres poli­tiques. Tout ça est souvent à la fois plus violent et bien plus expli­cite que ce jeu Antifa. On aurait pour­tant tout le monde vent debout si on imagi­nait les censu­rer. Ça s’est d’ailleurs déjà produit.

    On vend même à la FNAC des livres d’Hit­ler, de Musso­lini, de Soral et d’autres, dont certains dans des éditions à objec­tif ouver­te­ment fasciste qui là méri­te­raient poten­tiel­le­ment d’être reti­rés des ventes.

    Avoir des œuvres poli­tiques et/ou mili­tantes n’est pas le problème, et ne devrait pas l’être.

    « Mais là c’est un jeu. Un jeu n’a pas à être poli­tique !

    Vrai­ment ?

    La vraie diffé­rence est peut-être effec­ti­ve­ment liée qu’ici il s’agit d’un jeu de société et pas d’un livre ou d’un film. Dans l’ima­gi­naire c’est peut-être un terrain apoli­tique, ou du moins non-radi­cal.

    Ce serait une erreur. Je ne refe­rai pas une liste à la Prévert comme plus haut mais même l’ul­tra clas­sique Mono­poly est à l’ori­gine un jeu mili­tant anti-capi­ta­liste. Pourquoi faudrait-il bannir le message poli­tique de ces œuvres plus que d’autres ? À quel titre ?

    Je recom­mande à ce propos la lecture de Roma­ric Briand, auteur de jeux de socié­tés :« Que l’on puisse affir­mer au XXIème siècle que quelque chose comme le sport, comme le jeu-vidéo, comme le jeu de société ne doive ou ne puisse pas être poli­tique est propre­ment fasciste. » […] « La polé­mique a été analy­sée comme étant un affron­te­ment entre des fascistes et des anti­fas­ciste. L’autre affron­te­ment se trou­vait une fois de plus dans la confis­ca­tion de la parole poli­tique à un domaine de la vie publique. Hier le sport, aujourd’­hui le jeu, demain, vous verrez c’est la poli­tique qui ne sera plus poli­tique. » […] « Le désastre, c’est cette apoli­­ti­­sa­­tion rampante qui n’est qu’un autre nom du fascisme. »

    Que l’ex­trême droite veuille bannir les messages poli­tiques dans les œuvres cultu­relles ou ludiques, c’est une mauvaise chose mais c’est attendu. Qu’ils s’en prennent d’abord aux œuvres anti­fas­cistes devrait aler­ter très fort. Qu’on y fasse droit devient un problème majeur qui mérite mieux que les brèves de presse publiées jusqu’à aujourd’­hui.

  • M12

    Désolé de la redite pour ceux qui savent mais j’ai encore croisé une vidéo d’un cycliste avec bien une centaine de « oui mais tu as grillé le feu ».

    Il y a parfois un petit panneau trian­gu­laire inversé au feu rouge avec dedans un vélo jaune et une flèche de direc­tion.

    Atten­tion, il est vrai­ment petit.

    Il auto­rise les vélos à passer au feu rouge et a le consi­dé­rer comme un céder le passage.

    Photo d'un carrefour. Sur le côté droit, un feu tricolore avec au-dessus un tout petit panneau triangulaire inversé avec dedans un vélo jaune et une flèche de direction.

    Le code de ce panneau est le M12, aussi appelé « céder le passage cycliste ».

    Si vous pensez qu’un cycliste a grillé le feu, regar­dez bien. Il est fort possible qu’en fait il soit passé tout a fait légi­ti­me­ment, grâce à ce petit panneau.

    Le passage du feu rouge est auto­risé dans la ou les direc­tions indiquées par les flèches jaunes du panneau.

    Le plus fréquent permet de tour­ner à droite mais toutes les variantes existent, y compris qui auto­risent toutes les direc­tions.

    Différents panneaux M12, tous triangulaires, pointe vers le bas, avec un vélo jaune sur fond blanc et le triangle entouré en rouge. Sous le vélo jaune, une flèche jaune qui peut être vers la gauche (M12g) vers la droite (M12d), vers l'avant (M12f), en face et à droite (M12fd), en face et à gauche (M12gf), dans les trois directions (M12gfd) ou à droite et à gauche (M12gd)

    C’est la mairie qui peut poser ces panneaux, en fonc­tion de la visi­bi­lité, de la circu­la­tion, et de la situa­tion eu carre­four.

    Ils faci­litent la circu­la­tion à vélo mis c’est aussi une ques­tion de sécu­rité. S’ar­rê­ter au feu rouge est parfois plus dange­reux que de passer.

  • Distance de dépas­se­ment d’un cycliste

    Il faut lais­ser au moins 1 mètre et demi (1 mètre en agglo­mé­ra­tion) entre le bout du rétro­vi­seur et le bout du guidon lorsqu’on dépasse un cycliste.

    R414–4

    Ce n’est pas une opinion soumise à débat. C’est le code de la route.

    Si l’es­pace n’est pas suffi­sant ou que la circu­la­tion ne permet pas de se dépor­ter sur la voie de gauche, alors on ne dépasse pas et on reste derrière.

    C’est vrai aussi si le cycliste est sur une bande cyclable dédiée ou au redé­mar­rage à un feu (surtout au redé­mar­rage à un feu).

    Il est toute­fois possible de chevau­cher une ligne conti­nue pour opérer le dépas­se­ment d’un cycliste (R412–19).

    « Pas besoin d’au­tant de place, je fais atten­tion »

    Le mètre ou mètre et demi pour le dépas­se­ment c’est vrai­ment le mini­mum.

    En ville, si une voiture passe à un mètre du vélo avec un diffé­ren­tiel de vitesse de 25 km/h, on ne rigole pas du tout. Si c’est un bus, un cycliste non habi­tué risque d’en tomber de vélo.

    Hors agglo­mé­ra­tion, avec un diffé­ren­tiel de plus de vitesse de 50 km/h, un mètre et demi semblera moins que le mini­mum vital. Si c’est un camion, rien que le souffle peut vous aspi­rer et vous faire tomber sous les roues du véhi­cule suivant.

    La réalité c’est que, hors des zones limi­tées à 30 km/h, ces distances mini­males sont déjà trop faibles. On en meurt.

    Si vous le pouvez, dépor­tez-vous entiè­re­ment sur la voie d’à côté pour dépas­ser, comme si vous dépas­siez une voiture, et ne vous rabat­tez pas trop rapi­de­ment derrière.


    « Ça passe, c’est assez large… »

    En géné­ral, non.

    Un vélo stan­dard fait 65 centi­mètres de large et se situe à au moins 40 centi­mètres du trot­toir, du cani­veau ou du bord de route. Une voiture stan­dard fait envi­ron 180 centi­mètres de large et circule géné­ra­le­ment à au moins 50 centi­mètres du bord.

    En ville, il faut donc dans les 4 mètres et 30 centi­mètres pour dépas­ser un cycliste dans les règles.

    Illus­tra­tion d’un calcul simi­laire

    Une voie de circu­la­tion y fait rare­ment plus de 3 mètres (le mini­mum règle­men­taire est de 1,2 mètres, une voie d’au­to­route faite pour rouler à 130 km/h fait 3,5 mètres de largeur).

    Il est donc impos­sible pour un auto­mo­bi­liste de dépas­ser un cycliste de façon régu­lière sans dépas­ser au moins de moitié sur la voie d’à côté. N’es­sayez pas.

    Si la voie fait moins que 3 mètres de large (ce qui est fréquent) ou que le cycliste s’écarte du bord droit à cause de voitures en station­ne­ment (R412–9), l’au­to­mo­bi­liste doit se dépor­ter entiè­re­ment sur la voie d’à côté s’il veut dépas­ser le cycliste.

    Encore une fois, ce n’est pas une opinion soumise à débat. C’est un calcul mathé­ma­tique à partir des règles du code de la route.

    « C’est un sens unique ! Comment je fais moi pour doubler ? Je n’ai pas le choix ! »

    Si la place n’est pas suffi­sante, on ne double pas. C’est simple comme ça.

    On conseille d’ailleurs parfois aux cyclistes de se placer au milieu de la voie dans ces cas là juste­ment pour ça : éviter que des auto­mo­bi­listes ne tentent quand même et se ne provoquent le pire.

    « Je ne vais quand même pas rester derrière un cycliste ! »

    Si c’est néces­saire, si.

    En ville la vitesse un auto­mo­bi­liste peut faire de meilleures vitesses de pointe mais la vitesse moyenne d’un cycliste est légè­re­ment supé­rieure à celle d’un véhi­cule moto­risé.

    Vous ne perdez quasi­ment aucun temps à rester derrière le cycliste en atten­dant de retrou­ver une double voie qui vous permet le dépas­se­ment.


    Hors agglo­mé­ra­tion, le même calcul s’ap­plique. La voie peut faire jusqu’à 50 centi­mètres de plus (mais peut aussi faire bien bien moins), le cycliste peut parfois serrer plus à droite en l’ab­sence d’obs­tacle, mais il faut lais­ser 50 centi­mètres de plus pour le dépas­se­ment.

    Au final les conclu­sions sont les mêmes : Il faut se dépor­ter au moins de moitié sur la voie d’à côté.

    Là non plus, ce n’est pas soumis à débat ou inter­pré­ta­tion.

    « La circu­la­tion est dense, je ne peux pas me dépor­ter sur la voie d’à côté pour doubler ! »

    Dans ce cas, restez derrière et faites preuve de patience. Ce serait pareil avec un trac­teur ou un convoi excep­tion­nel.

    Hors agglo­mé­ra­tion, s’il voit que vous patien­ter derrière, le cycliste pourra parfois se dépor­ter sur l’ac­co­te­ment de droite et vous lais­ser l’es­pace suffi­sant le temps de dépas­ser.

  • Les vélos ne sont pas canton­nés aux pistes cyclables

    Les vélos ne sont pas canton­nés aux pistes cyclables. Ils sont aussi à leur place sur la voie géné­rale et n’ont pas à s’en justi­fier ni à déga­ger le passage.

    Ce n’est pas une opinion soumise à débat. C’est le code de la route.

    Les seules pistes et bandes obli­ga­toires sont celles annon­cées avec panneau bleu et rond (B22a), et au moment où le cycliste croise ce panneau. Le plus souvent ce n’est pas le cas. Les pistes et bandes cyclables sans panneau ou annon­cées avec un panneau carré (C113) ne sont pas obli­ga­toires.

    Même dans le cas d’une piste obli­ga­toire, il peut être légi­time de rouler sur la voie géné­rale paral­lèle. C’est en parti­cu­lier le cas en ville si on vient d’une voie perpen­di­cu­laire sans avoir croisé l’en­trée ou le panneau d’obli­ga­tion de la piste.


    « Mais pourquoi les cyclistes ne prennent-ils pas la piste cyclable ? »

    Sauf excep­tion, un cycliste préfé­rera toujours prendre la piste ou la bande cyclable quand elle est prati­cable et sûre, qu’elle soit obli­ga­toire ou non. S’il ne la prend pas, c’est norma­le­ment qu’il y a une raison.

    Liste non-exhaus­tive des raisons possibles :

    • La piste est occu­pée par des voitures, camion, camion­nettes ou motos ;
    • La piste est fermée ou bloquée par des travaux ;
    • La piste n’est pas utili­sable à cause d’un arbre, un banc, un lampa­daire ou un autre obstacle qui se retrouve au milieu ;
    • La piste est couverte de neige, de feuilles, d’eau, de détri­tus, etc. ;
    • La piste est dans un état qui ne la rend pas prati­cable correc­te­ment ;
    • La piste est parta­gée avec des piétons, voire occu­pée par ceux-ci, rendant la circu­la­tion dange­reuse ;
    • La piste s’ar­rête plus loin bruta­le­ment en impasse ;
    • La circu­la­tion des véhi­cules présents sur la piste se fait à allure plus faible et le cycliste se sent plus proche de l’al­lure des véhi­cules de la voie géné­rale (cas d’au­tant plus fréquent dans les zones limi­tées à 30 km/h) ;
    • Le cycliste est en train d’opé­rer un dépas­se­ment d’un autre cycliste qui se trouve lui sur la bande cyclable, avant d’y reve­nir ;
    • Le cycliste se prépare à tour­ner à gauche, ou à ne pas suivre la même direc­tion que la piste cyclable ;
    • Le cycliste est arrivé par une autre rue et n’a pas croisé l’en­trée de la piste ;
    • La piste est satu­rée du fait d’un trop grand nombre de cyclistes.

    Si vous ne compre­nez pas pourquoi un cycliste prend la voie géné­rale au lieu de la voie qui lui est réser­vée, vous pouvez lui poser la ques­tion poli­ment. Il y a autant de réponses que de situa­tions diffé­rentes et vous pren­drez peut-être conscience de situa­tions hallu­ci­nantes qu’on n’au­rait jamais osé lais­ser passer pour des moto­ri­sés.

    « Ok il a le droit mais il n’est pas obligé de d’emm**** les autres simple­ment parce qu’il a le droit »

    La ques­tion n’est pas d’in­ci­ter le cycliste à emmer­der les autres parce qu’il est dans son droit. La ques­tion c’est d’ar­rê­ter d’em­mer­der le cycliste en croyant qu’il ne l’est pas.

    Même si vous n’êtes pas d’ac­cord avec une raison donnée, ou que vous ne connais­sez pas la raison, ou simple­ment que le cycliste fait un choix sans raison claire, le cycliste est autant à sa place qu’un auto­mo­bi­liste qui fait le choix de prendre cette route plutôt qu’une autre.

  • Valiuz et données person­nelles

    Tout commence par Décath­lon

    Dans les paramètres de mon compte, "Utilisation des données", je découvre "Valiuz", pour "Enrichir mon compte Decathlon par mes interactions avec les autres enseigne de l'alliance Valiuz (et réciproquement)"

Mauvaise surprise, le partage de données est pré-coché (quid du RGPD ?). Decathlon se permet donc de mettre en commun vos données personnelles avec d'autres enseignes dont Auchan, Boulanger, Kiabi, LeroyMerlin ou Norauto

    Je découvre en août un message Twit­ter qui parle de partage de données par Décath­lon à un hub de données nommé Valiuz, et tout ça n’a pas l’air neuf.

    Suite à ma requête, Décath­lon m’in­forme que mes données n’ont jamais été parta­gées et que c’est une anoma­lie d’af­fi­chage.

    Note : Je pars de là mais Décath­lon a été propre du début à la fin des échanges et, pour peu qu’on croit effec­ti­ve­ment à la réponse de l’er­reur d’af­fi­chage, je n’ai stric­te­ment rien à leur repro­cher.


    Valiuz

    Par contre j’ai poussé avec Valiuz.

    Valiuz regroupe quasi­ment toutes les enseignes du groupe Muliez (Decath­lon, Auchan, Kiabi, Boulan­ger, Leroy Merlin, Boulan­ger, Norauto, etc.). Le but est (je cite) « de mettre en commun avec un groupe d’en­seignes les infor­ma­tions vous concer­nant ».

    La page « comment ça fonc­tionne » laisse peu de doutes : Ils analysent les données person­nelles de plusieurs enseignes et en tirent de nouvelles infor­ma­tions person­nelles, qu’ils repar­tagent aux diffé­rentes enseignes dont je suis client.

    À partir de mon compte Kiabi ils peuvent savoir que j’ai un fils, et le parta­ger à Décath­lon. À partir de mes achats Auchan ils peuvent savoir que j’aime les produits frais et le parta­ger à Boulan­ger qui voudra me vendre des produits de cuisine.

    À partir de mes achats chez LeroyMer­lin ils peuvent infor­mer Norauto que je suis quelqu’un qui fait ses achats le samedi en passant dans les maga­sins plutôt que par le web.

    À partir des adresses de mes livrai­sons, de mon compte utili­sa­teur ou de mes maga­sins Jules, ils peuvent dire à Elec­tro Dépôt que j’ai démé­nagé.


    Données person­nelles

    Bref, Valiuz, à son compte ou en tant que sous-trai­tant (on y revien­dra), traite des données person­nelles détaillées de prove­nance multiple, les recoupe, déter­mine des infor­ma­tions person­nelles nouvelles qu’il va repar­ta­ger à diffé­rentes enseignes.

    Valiuz joue ici le rôle du hub centra­li­sa­teur pour les données.

    Leur page « données person­nelles » indique qu’ils croisent ainsi les données person­nelles des diffé­rents acteurs dont sexe, âge et loca­li­sa­tion, les histo­riques d’achat, des éven­tuels pistages publi­ci­taires obte­nus via le web ou le mobile si vous accep­tez les cookies, mais aussi des données tierces acces­sibles en ligne et des bases de données de tiers.

    Ce n’est pas rien, et éton­nam­ment, la grande majo­rité se fait sans consen­te­ment préa­lable.


    Absence de consen­te­ment préa­lable

    Si Décath­lon me répond que l’ac­ti­va­tion par défaut de Valiuz dans mon profil utili­sa­teur est une anoma­lie d’af­fi­chage, Norauto informe eux que l’uti­li­sa­tion de Valiuz relève de leur inté­rêt légi­time, et n’est donc soumis à aucun consen­te­ment préa­lable. De fait, ils ont en effet trans­mis à Valiuz tout mon histo­rique d’achat.

    De manière très éton­nante, autant Valiuz que Norauto invoquent l’in­té­rêt légi­time des tiers comme raison du partage des données vers les autres membres de l’al­liance.

    Pour infor­ma­tion, ce partage basé sur l’in­té­rêt légi­time des membres de l’Al­liance, ne concerne que les membres qui vous connaissent déjà et pour lesquels vous ne vous êtes pas oppo­sés.

    Décla­ra­tion Norauto

    S’agis­sant de la base légale des trai­te­ments de données mis en oeuvre par Valiuz pour le compte des entre­prises parte­naires, celle-ci repose:
    – sur l’in­té­rêt légi­time de chaque entre­prise de comprendre les attentes de ses clients, de mettre à jour leurs données, et d’amé­lio­rer la perti­nence des commu­ni­ca­tions qu’elle peut leur adres­ser.

    Décla­ra­tion de Valiuz

    Le paravent de la pseu­do­ny­mi­sa­tion

    La première ligne de défense est d’es­sayer de dire que les données sont parta­gées sous forme de pseu­do­nyme [et que donc ça n’est pas bien grave].

    Votre adresse email, adresse postale ou encore votre numéro de télé­phone sont trans­for­més pour ne pas être compré­hen­sibles (prenom.nom@­mail.com deviennent 1a2b3c4d5e6f7…) et servent unique­ment à regrou­per les infor­ma­tions corres­pon­dant à un même client, de façon auto­ma­tique.

    Ces infor­ma­tions ne sont jamais trans­mises à nos parte­naires, qui vous contac­te­ront donc unique­ment si vous leur avez fourni vos coor­don­nées et donné votre accord pour être contacté(e).

    Valiuz, page « mes droits »

    NORAUTO partage à VALIUZ des données pseu­do­ny­mi­sées
    […]
    Les données trai­tées par VALIUZ sont chif­frées de sorte que VALIUZ n’est pas en mesure de vous iden­ti­fier direc­te­ment avec ces données (données “pseu­do­ny­mi­sées”).

    Norauto, charte sur les cookies et les données Person­nelles

    Malheu­reu­se­ment ça ne protège de rien du tout.

    Déjà parce que les données sont assez complètes (loca­li­sa­tion, âge, enfants, histo­rique d’achat complet, et ça croisé entre plus de 20 enseignes en ligne et en physique) mais aussi parce que l’iden­ti­fiant est un iden­ti­fiant unique partagé juste­ment fait pour lier les données des diffé­rentes enseignes entre elles.

    servent unique­ment à regrou­per les infor­ma­tions corres­pon­dant à un même client

    Valiuz, page « mes droits »

    afin que ces dernières soient analy­sées par VALIUZ après mise en commun de ces données avec celles four­nies par les membres de l’al­liance

    Norauto, charte sur les cookies et les données Person­nelles

    On a un joli paravent mais mais cette pseu­do­ny­mi­sa­tion n’em­pêche ni le croi­se­ment des données ni l’iden­ti­fi­ca­tion (on passera sur la confu­sion entre chif­fre­ment et pseu­do­ny­mi­sa­tion dans les infor­ma­tions de Norauto).

    Pire ! Vu qu’il s’agit ensuite de récu­pé­rer des infor­ma­tions person­nelles (adresse obso­lète, habi­tudes d’achat), cet iden­ti­fiant est expli­ci­te­ment fait pour permettre une ré-iden­ti­fi­ca­tion par les desti­na­taires, et ne rien masquer.

    Bref, données person­nelles en entrée, données person­nelles en trai­te­ment, données person­nelles en sortie, fait pour être des données iden­ti­fiantes par tous les acteurs qui les utilisent réel­le­ment.


    Paravent de la sous-trai­tance

    J’ai envoyé une demande d’in­for­ma­tion à Valiuz. Pour eux, sauf pour ce qui concerne le cookie publi­ci­taire, ils ne sont que sous-trai­tant des diffé­rentes enseignes. Ils ne réalisent aucun trai­te­ment à leur propre compte.

    Valiuz agit en qualité de sous-trai­tant de ses diffé­rents clients (entre­prises parte­naires)

    Décla­ra­tion Valiuz

    Valiuz agit en qualité de sous-trai­tant de Norauto

    Décla­ra­tion de Norauto

    Tous insistent que les données sources ne sont pas parta­gées à d’autres acteurs, ni même entre membres de l’al­liance

    Nous atti­rons votre atten­tion sur le fait que ces données ne sont pas trans­mises ou rendues acces­sibles aux entre­prises parte­naires de Valiuz, ni à d’autres tiers.
    […]
    Seule Valiuz a accès à l’en­semble des données trans­mises par ses entre­prises parte­naires. Concrè­te­ment, cela signi­fie par exemple que l’en­seigne X n’a pas connais­sance de vos données d’achat ou navi­ga­tion inter­net au sein de l’en­seigne Y et vice versa.

    Décla­ra­tion de Valiuz

    Seul Valiuz a accès à l’en­semble des données trans­mises par Norauto.

    Décla­ra­tion de Norauto

    Moi je veux bien mais du coup, comment les trai­te­ments mention­nés plus haut sont-ils possibles ?

    Soit c’est Valiuz qui est respon­sable de trai­te­ment. Dans ce cas il y a de leur part des fausses décla­ra­tions de sous-trai­tance, un trai­te­ment non déclaré sans consen­te­ment, et un partage d’in­for­ma­tion person­nelles ensuite aux diffé­rentes enseignes. Du point de vue des enseignes il y a aussi de fausses décla­ra­tions de sous-trai­tance, un partage de données person­nelles à un tiers sans consen­te­ment, et une collecte de données person­nelles sans consen­te­ment en retour.

    Soit c’est bien chaque enseigne qui est respon­sable de trai­te­ment, Valiuz n’est qu’un sous-trai­tant. Comme il y a expli­ci­te­ment croi­se­ment entre les données des diffé­rentes enseignes, chaque enseigne est respon­sable de son trai­te­ment, pour lequel elle accède à son compte à l’en­semble des données des autres enseignes. Il y a alors fausses décla­ra­tions sur le fait que les données ne sont pas parta­gées aux autres enseignes, et partage sans consen­te­ment de données détaillées.

    Valiuz et l’al­liance cherchent à noyer le pois­son en jouant sur les deux tableaux avec un saupou­drage de pseu­do­ny­mi­sa­tion au milieu mais en réalité ça ne tient pas, dans aucun des cas.


    La suite, la plainte

    Je vais poser mon dossier à la CNIL, avec l’en­semble des pièces. Outre les délais, ça va deman­der que la CNIL cherche réel­le­ment à comprendre et ne s’ar­rête pas sur les décla­ra­tions de surface de Valiuz et des diffé­rentes enseignes.

    Mon histo­rique avec la CNIL ne me rend pas super opti­miste si je suis seul à poser un dossier. Pour avoir toutes les chances que ça bouge, il faudrait un effet de masse.


    Et vous ?

    Vous pouvez signa­ler votre oppo­si­tion au trai­te­ment auprès de Valiuz et des diffé­rentes enseignes.

    Si vous voulez que ça bouge, je vous recom­mande cepen­dant d’abord de faire des requêtes d’in­for­ma­tion au titre du RGPD puis de porter plainte auprès de la CNIL (ça se fait faci­le­ment en ligne).

    Pour ça je vous recom­mande de NE PAS faire oppo­si­tion auprès de Valiuz ou auprès des diffé­rentes enseignes avant obten­tion par écrit de toutes les infor­ma­tions que vous souhai­tez et qui vous permet­tront de porter plainte, pour éviter qu’ils ne puissent vous dire « je n’ai plus rien sur vous ».

    Ça veut dire :

    1. Deman­der à chaque enseigne si elle a trans­mis des données vous concer­nant à Valiuz
    2. … le cas échéant la liste exhaus­tive de ce qui a pu être échangé à desti­na­tion de Valiuz ou des autres enseignes parte­naires et en prove­nance de Valiuz ou des autres enseignes parte­naires
    3. … sous quel régime cette trans­mis­sion a pu être faite (inté­rêt légi­time, consen­te­ment préa­lable, etc.) et le cas échéant la preuve de votre consen­te­ment
    4. … si pour les diffé­rents trai­te­ments décrits sur https://valiuz.com/comment-ca-fonc­tionne/ , l’en­seigne est seule respon­sable de trai­te­ment avec Valiuz en sous-trai­tant, ou si Valiuz et l’en­seigne sont co-respon­sables de trai­te­ment, ou si Valiuz est le respon­sable de trai­te­ment au sens du RGPD
    5. … dans le cas où Valiuz n’est que sous-trai­tant, les croi­se­ments néces­saires aux trai­te­ments décrits et pour lesquels l’en­seigne est seule respon­sable néces­si­tant l’ac­cès aux données des autres parte­naires, c’est l’en­seigne qui doit donc avoir léga­le­ment accès à ces données et pas unique­ment Valiuz, deman­der sous quel régime ces données ont-elles été obte­nues
    6. … de faire suivre à Valiuz une demande d’ac­cès pour l’en­semble des données déte­nues vous concer­nant

    Puis

    1. Deman­der à Valiuz les mêmes infor­ma­tions 1 à 6, en refor­mu­lant pour inver­ser la situa­tion.

    Je ne fais pas de brouillon a reco­pier, ça aura surtout du sens si ça vient de vous. Je peux aider (et proba­ble­ment d’autres en commen­taires) si vous avez des ques­tions.

    Si d’aven­ture vous n’ob­te­nez pas les mêmes réponses que moi, faites-moi signe. Ça sera inté­res­sant.

    La liste des contacts est la suivante (à contac­ter sépa­ré­ment mais si vous formu­lez bien votre demande vous pouvez faire un copier/coller pour toutes les enseignes et n’avoir une version spéci­fique que pour VALIUZ eux-même) :

    VALIUZ mesdroits@­va­liuz.com
    AUCHAN dpo@au­chan.fr
    LEROY MERLIN dpo@­le­roy­mer­lin.fr
    BOULANGER cil@­bou­lan­ger.com
    ELECTRO DEPOT dpo@e­lec­tro­de­pot.fr
    JULES dpo@­hap­py­chic­group.com
    BIZZBEE dpo@­hap­py­chic­group.com
    ROUGE GORGE rela­tion.client@­rou­ge­gorge.com
    GRAIN DE MALICE contact@­grain­de­ma­lice.fr
    ONEY donnees-person­nel­les@o­ney.fr
    NORAUTO vosdon­nees­per­son­nel­les@­no­rauto.fr
    KIABI data­pro­tec­tio­nof­fi­cer@­kiabi.com
    SAINT MACLOU contact-dpo@­saint-maclou.com
    TAPE A L’OEIL mesdon­nees­per­son­nel­les@t-a-o.com
    TOP OFFICE dpo@­top-office.com
    FLUNCH contact.cnil@­flunch.fr
    3BRASSEURS contact.cnil@­les3­bras­seurs.com
    NHOOD (Aushop­ping) dpo@n­hood.com
    DECATHLON https://www.decath­lon.fr/help/app/ask/cat_id/920
    PIMKIE dpo@­pim­kie.com
    CHRONODRIVE clients@­chro­no­drive.com
    ALINEA donnees-person­nel­les@a­li­nea.com


  • Alors les Français cesse­ront de chan­ter ce refrain terrible

    Enfants, que l’Hon­neur, la Patrie
    Fassent l’objet de tous nos vœux !
    Ayons toujours l’âme nour­rie
    Des feux qu’ils inspirent tous deux !
    Soyons unis ! Tout est possible ;
    Nos vils enne­mis tombe­ront,
    Alors les Français cesse­ront
    De chan­ter ce refrain terrible.

    Quin­zième et dernier couplet de la Marseillaise

    Je ne connais­sais pas ce dernier refrain, n’ayant je pense appris que les six premiers à l’école. Je n’ar­rive pas bien à savoir à quelle date il a été ajouté et par qui mais je le trouve inté­res­sant.

    Il donne un espoir de fin, et en même temps cette même marche est sacra­li­sée comme hymne intem­po­rel, comme si l’his­toire de France se devait de faire perdu­rer son côté guer­rier et qu’on n’était pas capables de se recons­truire sur d’autres valeurs.

    Je n’ima­gine personne aujourd’­hui avec le courage poli­tique de dire que, sans nier le passer, il serait temps de cesser de chan­ter ce refrain terrible et de lier notre nation à d’autres aspi­ra­tions.

  • Néces­site et respect des lois

    Je suis convaincu qu’on peut justi­fier des torts et des actes illé­gaux par l’ur­gence et/ou l’im­por­tance de notre objec­tif. C’est d’ailleurs le prin­cipe même de l’état de néces­sité et de la légi­time défense dans notre droit.

    Ça se retrouve aussi dans la notion de lanceur d’alerte, ou dans la légi­ti­mité de la presse à publier une infor­ma­tion qui peut faire du tort quand elle a un inté­rêt public suffi­sant.

    Je ne vois pas pourquoi il en serait autre­ment pour les actions mili­tantes. Je me vois très bien braver la loi pour porter aide à des réfu­giés, ou soute­nir ceux qui le font. Je suis convaincu que l’ur­gence clima­tique est telle qu’il faille bous­cu­ler l’ordre établi si besoin.


    Pour autant, je suis toujours prudent et souvent critique vis à vis des actions mili­tantes qui se justi­fient ainsi. Où est la limite si chacun peut s’au­to­ri­ser ce qu’il veut tant qu’il juge en son âme et conscience que sa fina­lité justi­fie les torts causés ?

    Collec­ti­ve­ment, les limites que nous nous fixons c’est juste­ment ce que nous codi­fions dans la loi. C’est vrai autant pour les prin­cipes géné­raux que pour les cas spéci­fiques.

    Il y a toujours possi­bi­lité d’ou­tre­pas­ser ce cadre mais il me parait essen­tiel que la néces­sité de la fina­lité soit d’un bon ordre de gran­deur supé­rieure aux torts causés, et surtout qu’il n’y ait pas moyen d’agir autre­ment. Souvent c’est sur ce dernier critère que le bât blesse.

    À trop faci­le­ment parler d’ur­gence, de néces­sité, de déso­béis­sance civile, nous risque­rions de simple­ment dire que la loi est option­nelle, et qui quiconque peut bien faire ce qu’il veut tant que lui le trouve justi­fié. Je doute que nous y serions gagnants.

  • Usage de jet privé et vie privée

    Pour reprendre une polé­mique récente, les ✅ ok ou ❌ ko pour moi :
    (les exemples sont fictifs)

    ok ✅ Notre premier ministre est actuel­le­ment en dépla­ce­ment à Munich, il a pris un jet privé pour faire l’al­ler-retour dans la jour­née.

    ok ✅ Qui dans les 10 célé­bri­tés les plus atten­dues a pris un jet privée pour venir monter les marches au festi­val de Cannes ?

    ok ✅ Les 10 plus grandes fortunes de France rejettent en moyenne chacun en un mois unique­ment avec leurs jets privés autant qu’un français moyen en 40 ans.

    ok ✅ 40% des PDG du CAC 40 utilisent leur jet privé pour des trajets de moins d’une heure.

    ok ✅ Sur les célé­bri­tés que nous avons étudié, nous avons même iden­tité des trajets en jet pour voir sa femme une nuit, et un aller-retour pour cher­cher une glace sur la côte à 300 km de là.

    ok ✅ Le jet privé du PDG de Geen­peace a été utilisé pour des trajets courts qui ont une alter­na­tive en train à grande vitesse.

    ko ❌ Léon Zitrone utilise deux fois plus son jet privé que l’abbé Pierre, avec deux usages par semaine.

    ko ❌ Voici les dépla­ce­ments récents du jet privé de Léon Zitrone, il est actuel­le­ment à Rodez où vit juste­ment sa fille.

    ko ❌ Léo Zitrone a fait un aller-retour de 300 km en jet privé pour manger une glace au glacier bien connu de Toulouse.


    Dans mes réflexions :

    • Est-ce une personne publique dans le cadre d’un dépla­ce­ment public ou une personne privée dans le cadre d’un dépla­ce­ment privé ou lié à une entre­prise privée ?
    • Si on est dans le domaine privée, l’in­for­ma­tion pose-t-elle un problème de respect de la vie privé ?
    • Si oui, l’in­for­ma­tion a-t-elle un inté­rêt tel dans le débat public, avec ce niveau de détail et l’iden­ti­fi­ca­tion nomi­na­tive, que ça renverse le besoin de vie privée ?

    Il n’y a pas de réponse toute faite, mais si l’idée est que ces usages de jet privé sont néfastes et à empê­cher (ce avec quoi je ne suis pas forcé­ment en désac­cord, il faut juste s’ac­cor­der sur un péri­mètre), c’est dans la loi qu’il faut agir et pas via un lynchage public extra­lé­gal.


    Le premier cas concerne une personne publique dans l’exer­cice d’un mandat public. Le second cas des célé­bri­tés avec une vie publique et une vie privée, dans le cadre d’un événe­ment qui fait partie de leur vie publique.

    Les trois cas suivants obtiennent à mon avis le même impact que les derniers au niveau du débat public (y compris celui de cibler certaines caté­go­ries de personnes) sans avoir besoin de donner des noms ou d’in­di­vi­dua­li­ser qui a fait quoi.

    Le 6ème est nomi­na­tif, précis, mais l’enjeu public me semble suffi­sant rapport au fait qu’on parle d’une asso­cia­tion qui aurait (exemple fictif) un discours contraire aux actes et qui a une place impor­tante dans ce débat public précis.

    Les trois derniers je ne vois pas ce qu’ap­porte de plus le nom ou la loca­li­sa­tion. On pour­rait obte­nir le chan­ge­ment de compor­te­ment indi­vi­duel de x ou de y quant à l’uti­li­sa­tion de leur jet privé mais même en nommant les 20 pires on aurait un impact insi­gni­fiant vis à vis du chan­ge­ment clima­tique lui-même. Le béné­fice d’in­di­vi­dua­li­ser ne me semble donc pas présent au point de géné­rer un préju­dice indi­vi­duel.

    Sauf à vouloir faire justice soi-même (ce que je ne cautionne pas), l’enjeu reste un enjeu collec­tif de chan­ge­ment des compor­te­ments ou des poli­tiques publiques et, même si on souhaite viser spéci­fique­ment les ultra-riches du fait de leur compor­te­ment exces­si­ve­ment toxique par rapport à la moyenne, ça peut être obtenu aussi bien avec des statis­tiques non nomi­na­tives.