Catégorie : Politique et société

  • Victim blaming casqué

    « Mais pourquoi tous les cyclistes râlent à chaque message de préven­tion inci­tant à porter un casque ?

    En fait le problème n’est pas dans le casque, ou pas que.

    On a le même type de réac­tion sur l’in­ci­ta­tion aux vête­ments réflé­chis­sants, la présence de cata­dioptres sur les roues et l’in­ter­dic­tion des oreillettes à vélo ⁽⁵⁾.

    Le fond c’est qu’on a un vrai problème en France concer­nant la sécu­rité des cyclistes en ville et sur les routes. Ouest France se faisait encore l’écho il y a quelques jours d’un cycliste qui, caméra à l’ap­pui, fait état en 1000 km parcou­rus, d’une mise en danger toutes les 9 minutes, 658 sur le seul mois de juin.

    Là dessus nos auto­ri­tés sont le plus souvent silen­cieuses. On adore­rait des campagnes d’af­fi­chage pour le respect bandes cyclables ⁽¹⁾ et des sas vélo ⁽²⁾, pour le respect des distances lors des dépas­se­ments, pour infor­mer de la prio­rité aux voies cyclables croi­sées lorsqu’un véhi­cule tourne à gauche ou à droite au carre­four, etc.

    À la place d’ai­der à dimi­nuer ces compor­te­ments dange­reux, nos auto­ri­tés rabâchent conti­nuel­le­ment des messages blâmant les cyclistes parce qu’ils ne se protègent pas assez.

    Forcé­ment, ça agace.

    La gestion des poids lourds en ville est une bonne illus­tra­tion de cette poli­tique. Faute de visi­bi­lité, les poids lourds renversent faci­le­ment cyclistes et piétons en ville, avec des morts à la clef. Londres et Milan ont imposé aux poids lourds d’ajou­ter des rétro­vi­seurs et des camé­ras pour reti­rer tout angle mort, avec d’ex­cel­lents résul­tats sur la morta­lité. En France on a préféré impo­ser un auto­col­lant deman­dant aux tiers de faire plus atten­tion à ne pas se faire écra­ser.

    La poli­tique de sécu­rité réduite au report de faute sur les victimes, c’est juste inac­cep­table.

    « Ok mais c’est quand même une bonne chose de faire de la préven­tion, non ?

    Ce n’est pas tant que la préven­tion sur la visi­bi­lité et les protec­tions indi­vi­duelles soit une mauvaise chose ⁽³⁾, c’est que cette préven­tion remplace une vraie poli­tique de sécu­rité.

    Un bon indi­ca­teur c’est que les messages de préven­tion actuels sont critiqués aussi par les cyclistes qui mettent effec­ti­ve­ment des casques et des vête­ments fluo ⁽⁴⁾, voire qui en font eux-mêmes la promo­tion. Les mêmes messages, au milieu d’une vraie poli­tique qui change la donne pour la sécu­rité des cyclistes, feraient bien moins de vagues.

    Cette poli­tique de report de faute sur les victimes a des effets bien connus de neutra­li­sa­tion de la culpa­bi­lité et d’in­ver­sion de respon­sa­bi­lité.

    Le problème, dans l’es­prit collec­tif, n’est plus le chauf­fard qui occupe un double-sens cyclable pour l’ar­rêt boulan­ge­rie ni celui qui fait un dépas­se­ment à moins d’un mètre, mais le cycliste qui ne porte pas de caque ou de gilet réflé­chis­sant.

    On en est au point où quand un cycliste finit avec la colonne verté­brale brisée suite à un choc avec un chauf­fard moto­risé, le jour­na­liste qui relate les faits se sent obligé d’ajou­ter si le cycliste portait ou non un casque, comme si ça aurait changé quoi que ce soit.

    C’est toute une culture qui porte quoti­dien­ne­ment atteinte à la sécu­rité des cyclistes qui a été créée, pas à pas, par cette poli­tique de « préven­tion ». Isolé­ment les messages peuvent avoir du sens. Dans le cadre actuel, ils peuvent être dange­reux. Rien de moins.


    ⁽¹⁾ Je sais que ça ne parait rien (juste­ment faute d’avoir une poli­tique de commu­ni­ca­tion adap­tée de la part de nos auto­ri­tés) mais l’oc­cu­pa­tion des bandes cyclables, y compris pour « juste deux minutes » est un vrai danger pour les cyclistes. Il impose un report sur la voie plus à gauche, avec des usagers moto­ri­sés qui souvent ne l’an­ti­ci­pe­ront pas voire cher­che­ront à avoir un compor­te­ment puni­tif à l’en­contre du cycliste. Quand c’est une bande cyclable à contre-sens, ça demande de se dépor­ter à contre-sens de la circu­la­tion, sans visi­bi­lité, et c’est un danger mortel immé­diat.

    ⁽²⁾ Le sas vélo, malgré toutes ses imper­fec­tions, permet au cycliste de démar­rer en amont des autres véhi­cules, en étant visible de ceux-ci. Il dimi­nue les acci­dents, et parti­cu­liè­re­ment vis-a-vis des véhi­cules qui veulent tour­ner à droite. C’est aussi l’es­pace qui permet aux cyclistes de se posi­tion­ner à gauche au carre­four avant de tour­ner, chose extrê­me­ment diffi­cile en circu­la­tion.

    ⁽³⁾ C’est un autre débat, mais même isolé­ment, si la plupart sont plei­ne­ment justi­fiés, certains ne sont pas perti­nents. En parti­cu­liers, l’in­ci­ta­tion au port du casque (portez-en un) n’est perti­nente que jusqu’au point où ça risque de faire renon­cer au vélo une partie des usagers. Là, même si c’est contre-intui­tif, il a été démon­tré qu’elle a un effet contre-produc­tif sur la sécu­rité réelle des cyclistes. Bref, la réalité est parfois compliqué parce qu’il y a des impacts croi­sés partout.

    ⁽⁴⁾ L’au­teur de ces lignes porte toujours un casque, a 78 (!) réflec­teurs sur son vélo en plus de ceux ajou­tés sur son casque, déjà jaune fluo à la base et de lampes avant et arrière allu­mées 24/24 même en plein jour. Il prend sans conces­sion parti pour le port du casque, pour impo­ser des lumières effi­caces la nuit… et pour­tant lutte acti­ve­ment contre la poli­tique de commu­ni­ca­tion actuelle des auto­ri­tés à ce niveau (je vous l’avais dit, parfois les choses sont compliquées).

    ⁽⁵⁾ À lire unique­ment après avoir lu le billet lui-même : L’in­ter­dic­tion des oreillettes à vélo est d’ailleurs un bon symp­tôme de l’enjeu. C’est inté­res­sant de voir que l’au­to­mo­bile a le droit d’être tota­le­ment inso­no­ri­sée et étanche aux bruits exté­rieurs. Qu’un auto­mo­bi­liste soit sourd aux simples coups de sonnette d’un vélo ne pose aucun problème. On a même l’in­ter­dic­tion pour les vélos d’ins­tal­ler un vrai klaxon pour se faire entendre. Par contre, vous trou­ve­rez mille messages de « préven­tion » et opéra­tions de verba­li­sa­tion de la police à l’en­contre des cyclistes portant des oreillettes, y compris des oreillettes à conduc­tion osseuse lais­sant donc tota­le­ment l’oreille ouverte à l’en­vi­ron­ne­ment sonore exté­rieur. De fait, le cycliste doit faire atten­tion à ceux qui risquent d’être un danger pour lui, et même l’ap­pa­rence de ne pas le faire lui sera repro­chée. L’au­to­mo­bi­liste qui repré­sente le danger, lui, n’a lui aucune obli­ga­tion de rester ouvert au seul dispo­si­tif sonore auto­risé sur un vélo. Tout ça ne dit pas qu’a­voir des oreillettes est une bonne idée mais ça illustre bien la poli­tique publique.

  • Est-ce qu’on peut rire de […]

    ✅ Oui, bien entendu, peu importe le sujet, sans excep­tion.

    Mais…

    ❌ pas forcé­ment si c’est dans l’in­ten­tion de nuire ;

    ❌ pas forcé­ment si, ce faisant, on renforce des stéréo­types discri­mi­na­toires bien établis ;

    ❌ pas forcé­ment si c’est toujours sur les mêmes ⁽¹⁾ ;

    ❌ pas forcé­ment si dans le contexte ou dans l’ac­tua­lité ça peut venir renfor­cer un message ou une action problé­ma­tique ;

    ❌ pas forcé­ment si ça réduit une personne ou un groupe de personne précis à leurs croyances, leur physique, leur origine, etc. ;

    ❌ pas forcé­ment si on se serait abstenu avec une personne qui n’au­rait pas cette croyance, ce physique, cette origine, etc. ⁽²⁾

    La liste n’est pas exhaus­tive et, de façon géné­rale :

    ❌ pas forcé­ment si l’im­pact indi­vi­duel ou socié­tal de ce trait d’hu­mour pose problème, même si c’est malgré vous.

    Il s’agit juste de prendre conscience des consé­quences de ses actions et d’évi­ter de porter inuti­le­ment préju­dice à autrui. C’est la base de la vie en société.


    « On ne peut plus rien dire, alors que Colu­che…

    Je ne vais pas prétendre savoir ce qu’au­rait pensé Coluche de votre trait d’hu­mour s’il vivait aujourd’­hui. La société évolue, le contexte aussi. Prendre comme étalon la société s’il y a un demi-siècle n’est pas forcé­ment très perti­nent.

    J’es­père qu’un jour ce qui parait discri­mi­na­toire aujourd’­hui aura disparu demain à force d’y faire atten­tion. J’es­père aussi que demain prêtera atten­tion à des discri­mi­na­tions qui sont aujourd’­hui trop souvent accep­tées.

    Tout au plus je vais répé­ter le dernier point : « pas forcé­ment si l’im­pact indi­vi­duel ou socié­tal de ce trait d’hu­mour pose problème, même si c’est malgré vous ». Coluche avait certai­ne­ment aussi ses défauts.

    Proba­ble­ment que, malgré tout, son impact sur les personnes et la société, y compris sur les discri­mi­na­tions et stéréo­types dont il jouait au second degré dans son humour, était dans l’en­semble posi­tif.

    À vous de faire en sorte qu’il en soit de même pour vos propres traits d’hu­mour. Se récla­mer de Coluche lors de propos poten­tiel­le­ment problé­ma­tiques ne suffit pas.


    ¹ : Ce y compris si ce n’est qu’une unique occur­rence de votre côté mais que ça vise une personne ou un groupe qui est déjà trop visé, auquel cas ça peut rele­ver du harcè­le­ment ou de la discri­mi­na­tion

    ² : Ce y compris si vous vous dites à tête repo­sée que, honnê­te­ment, vous auriez fait pareil avec x, y ou z mais qu’en réalité vous ne l’avez pas fait ou pas autant. Les biais incons­cients sont plus forts qu’on ne le croit.

  • COR et projec­tions erro­nées

    « Éric, j’ai lu ton dernier billet mais quand même, le COR a merdé. Le gouver­ne­ment a suivi les hypo­thèses du COR et main­te­nant on lui dit que ça ne suffi­sait pas…

    Je suis étonné qu’on reproche à une projec­tion pluri-annuelle de ne pas s’être révé­lée exacte 1 an après.

    On parle d’un système complexe, qui prend en compte entre autres le chômage, l’in­fla­tion, la crois­sance, la fisca­lité et la situa­tion macro-écono­mique.

    Quand est la dernière fois qu’on a réussi à faire une projec­tion exacte sur même 1 an sur même un seul de ces indi­ca­teurs ? Est-il vrai­ment éton­nant qu’une projec­tion qui se base sur l’in­te­rac­tion de tous ces facteurs ne soit pas exacte ? Est-ce vrai­ment le problème ?

    On parle de plus d’un rapport fait par une instance qui ne décide rien des choix de fisca­lité et d’ac­tion qui auront été pris pendant cette année.

    Repro­cher au COR de ne pas avoir fait une projec­tion exacte c’est déjà très malhon­nête

    Mais bon, c’est encore plus malhon­nête quand le gouver­ne­ment arrive à repor­ter la faute sur cette projec­tion.

    La partie inté­res­sante c’est la période rouge 2021–2027, qui n’a qu’une seule hypo­thèse. Les scéna­rios diver­gents appa­raissent unique­ment à partir de là.

    Il va sans dire que les projec­tions écono­miques ne sont jamais assez précises pour fixer avec certi­tude les 5 ans à venir. Si ces 5 ans sont fixes c’est qu’on a choisi de prendre cette période comme une contrainte à l’ori­gine. C’est d’ailleurs dit expli­ci­te­ment dans le rapport.

    Devi­nez quelles sont les hypo­thèses de cette période contrainte ? Bingo ! Ce sont celles du gouver­ne­ment. Le même qui avait, dans une certaine mesure, les moyens d’ac­tion sur ces indi­ca­teurs.

    Ces hypo­thèses étaient fausses. Elles le sont toujours. Mais voir le gouver­ne­ment venir ensuite dire que si sa réforme était inadé­quate c’est la faute de la projec­tion erro­née du rapport… c’est un peu fort de café.

  • En COR un peu plus de retraites, dans le rétro­vi­seur

    Le débat sur la reforme des retraite revient alors qu’un rapport du Conseil d’orien­ta­tion des retraites dévoile que le passage à 64 ans ne suffi­rait pas à finan­cer le système.

    C’est facile pour les tenants de la majo­rité de dire « vous voyez, on avait raison, on n’est même pas assez loin » mais ce n’est pas ce qui a été dit.

    Ça dit unique­ment que la mesure choi­sie unila­té­ra­le­ment par le gouver­ne­ment ne semble pas atteindre l’objec­tif qu’ils s’étaient fixés. Ça ne dit rien de plus.

    Aller plus loin aurait peut-être pu être une solu­tion. Peut-être, parce qu’on touche à des systèmes complexes et que recu­ler des âges a aussi des consé­quences sur l’em­ploi, la santé, les mouve­ments sociaux et plein de choses. Ça n’est pas un simple curseur qu’on bouge.

    D’autres solu­tions tota­le­ment auraient peut-être aussi été viables et perti­nentes. Le COR ne dit pas laquelle est celle à adop­ter, c’est le rôle du poli­tique, il se contente de consta­ter que celle choi­sie ne fonc­tionne pas autant qu’i­ma­giné.


    « Ok Éric mais du coup c’est quoi ta solu­tion ?

    Je ne prétends pas avoir la solu­tion. Ça ne s’ima­gine pas dans un canapé.

    Je vois par contre de vrais débats sur le modèle de société qu’on souhaite ou pas. Ces débats n’ont pas vrai­ment eu lieu.

    • Les dépenses de retraite, avec le fonc­tion­ne­ment avant réforme, ne déra­paient pas en % du PIB. La plupart des hypo­thèses montraient même une réduc­tion des dépenses en propor­tion du PIB.
    • Les recettes, elles, dimi­nuaient forte­ment, au moins à court et moyen terme.

    Bref, on a un diffé­ren­tiel entre recette et dépense à court et moyen terme, et poten­tiel­le­ment à long terme en fonc­tion des hypo­thèses rete­nues. On peut faire plein de choses :

    • En rédui­sant le niveau des pensions, pour tous ou pour certaines caté­go­ries spéci­fiques
    • En recu­lant l’âge de départ, en augmen­tant le nombre de trimestres néces­saires, ou recu­lant l’âge de départ à taux plein, pour tous ou pour certaines caté­go­ries.
    • En augmen­tant la décote en cas de départ à la retraite anti­cipé avant d’avoir son nombre de trimestres, pour tous ou pour certaines caté­go­ries.
    • En augmen­tant les coti­sa­tions sala­riales, patro­nales, la CSG, ou un mix de tout ça pour tous ou pour certaines caté­go­ries.
    • En levant un impôt ou une taxe spéci­fique dédiée aux recettes des retraites
    • En prenant dans le budget de l’État, qui devra du coup faire d’autres choix budgé­taires à recettes équi­va­lentes.
    • En prenant dans le budget de l’État, qui devra reti­rer certaines baisses de fisca­lité prévues ou réali­sées.

    Bref, il y a plein de choses possibles et le « il n’y a pas le choix » était une vaste fumis­te­rie desti­née à cacher qu’ils avaient déjà fait le choix.

    Il y avait d’ailleurs même le choix de ne rien faire, c’est à dire ponc­tion­ner les réserves (consti­tuées dans les périodes favo­rables passées) et contrac­ter de la dette (à rembour­ser dans les périodes favo­rables futures)

    Un débat inté­res­sant aurait abordé ces ques­tions, qui sont des vrais choix de société qui peuvent être réel­le­ment discu­tés par tous sans forcé­ment d’ex­per­tise. L’ex­per­tise elle n’est néces­saire qu’en­suite, pour chif­frer ce que ça veut dire en fonc­tion des leviers qu’on a choisi d’uti­li­ser.

    De mon côté, l’idée qu’il ne s’agit pas vrai­ment d’aug­men­ter les dépenses mais d’ar­rê­ter de les bais­ser emporte majo­ri­tai­re­ment mon choix. Je ne vois pas pourquoi on voudrait bais­ser le niveau des retraites en % du PIB.

    Je me serais proba­ble­ment orienté vers un mix des cinq dernières, en commençant par arrê­ter cette folie du SNU.

    Je dis « proba­ble­ment » parce que je consi­dère que je n’ai pas été correc­te­ment éclairé sur ces diffé­rents choix, donc je pour­rai tout à fait m’orien­ter diffé­rem­ment le jour où je le serai.

  • Le gilet jaune fluo à vélo

    Ce n’est pas un problème de visi­bi­lité.

    https://twit­ter.com/camil­leMAILHE/status/1660333432533024771
    https://twit­ter.com/fiets­pro­fes­sor/status/1490073619980079113
    https://twit­ter.com/Jordi_Velo/status/1600230793187426304
    https://twit­ter.com/Maitre_Eolas/status/1599107111073767425

    « Oui mais ça aide quand même ! »

    Bien entendu que ça peut aider. Mettez des éléments réflé­chis­sants là où on vous voit mal. Ayez des lumières à vélo dès le crépus­cule, y compris en ville.

    La ques­tion n’est pas là. Ce que les illus­tra­tions disent c’est que le problème sur la route n’est prin­ci­pa­le­ment pas un problème de visi­bi­lité, que se foca­li­ser là dessus c’est préfé­rer culpa­bi­li­ser la victime plutôt que de résoudre le fond.

    Le gilet ne proté­gera pas le cycliste ou le piéton face à un conduc­teur qui fait n’im­porte quoi avec son véhi­cule.

  • Illi­bé­ra­lisme, démo­cra­tie, dicta­ture, tout ça

    La France est bel et bien en train de rejoindre le camp des démo­cra­ties « illi­bé­rales »

    Jean-François Bayart, Où va la France ? – Le Temps

    Je ne suis pas fana du terme d’« illi­bé­ra­lisme » qui semble être à la mode pour décrire nos démo­cra­ties en chute.

    On a un problème de voca­bu­laire parce qu’on s’in­ter­dit de dire qu’on est dans un régime auto­ri­taire ou dans une dicta­ture. C’est un extrême impen­sable. Parce qu’on voit tout en binaire, ça veut dire qu’on est dans une démo­cra­tie, et qu’il faut tenter de trou­ver un adjec­tif derrière pour modé­rer tout ça.

    À jouer avec les compro­mis de voca­bu­laire, on s’in­ter­dit de réflé­chir sur les termes et de prendre du recul.

    Les fron­tières entre démo­cra­tie et dicta­ture sont forcé­ment un peu floues et dépendent de ce sur quoi on est strict ou non.

    Je suis convaincu que la défi­ni­tion litté­rale de la dicta­ture inclut beau­coup plus de choses qu’on ne veut bien le croire, et que la défi­ni­tion de la démo­cra­tie en inclut beau­coup moins qu’on ce qu’on dit pour se rassu­rer.

    En réalité, peu importe.

    On peut aussi tracer un axe avec deux hori­zons, d’un côté une démo­cra­tie fantas­mée qu’on n’at­tein­dra jamais parfai­te­ment — si tant est que ce soit possible — et de l’autre une dicta­ture cauche­mar­desque qu’on n’at­tein­dra jamais non plus parce qu’on pourra toujours imagi­ner pire.

    Je ne mets pas de gradua­tions à cet axe, pas de milieu qui néces­si­te­rait de débattre pendant trois siècles.

    Je ne mets que trois ques­tions :

    1. Est-ce qu’on est bien placés dans l’ab­solu par rapport à nos aspi­ra­tions et nos belles paroles ?
    2. Est-ce qu’on est bien placés rela­ti­ve­ment à nos voisins et à d’autres pays simi­laires au notre ?
    3. Est-ce qu’on évolue dans le bon sens ?

    Je n’ai pas l’im­pres­sion qu’on soit correc­te­ment placés aujourd’­hui par rapport à nos aspi­ra­tions et nos discours. C’est évidem­ment subjec­tif. En tout cas on n’y est pour moi.

    J’ai l’im­pres­sion que l’es­sen­tiel de nos voisins directs font mieux que nous, et certains voisins plus distants font vrai­ment vrai­ment mieux.

    Surtout, et c’est bien plus grave, j’ai l’im­pres­sion qu’on évolue dans le mauvais sens, à une vitesse signi­fi­ca­tive. C’est ça dont nous devrions avoir le plus peur. C’est ça dont j’ai le plus peur.

  • On vous a volé votre vélo ?

    J’en suis désolé. Je compa­tis, ça m’est arrivé aussi et je l’ai toujours mauvaise. Je redif­fu­se­rai un message avec plai­sir s’il y a moyen de le retrou­ver. Ça arrive.


    Je suis par contre très curieux d’en savoir plus, pour comprendre la réalité des vols.

    1. Avec quel(s) anti­vol(s) était-il atta­ché ? idéa­le­ment les modèle exact parce qu’il existe des U, des chaînes et des bordo de résis­tance très diffé­rentes. À défaut, au moins le type (U, chaîne, pliable, fer à cheval, boa, câble simple) et l’épais­seur.

    2. Comment l’an­ti­vol a-t-il été cassé ? Si c’est avec un coupe boulons, une disqueuse, une scie, en croche­tant, en décou­pant le support, ou encore autre chose. Si vous ne savez pas, parfois ça peut se voir sur la photo de l’an­ti­vol ouvert. Sur les pliables c’est inté­res­sant de savoir s’il a cédé à la jonc­tion ou en décou­pant dans une lame. Sur les U c’est inté­res­sant de savoir s’il y a eu besoin de deux coupes, et si on a l’im­pres­sion que ça a été pincé (coupe boulons) ou scié. Si c’est le support qui a été cassé, quel était-il ?

    3. Où était-il ? Visible ou non ? dans une ruelle ou dans une avenue passante ? à quelle heure ? Est-ce que le vol a eu lieu à la vue de tous ou caché ? Est-ce qu’il y avait d’autres vélos ? plus chers ? moins bien ou mieux atta­chés ?

    4. Quel vélo était-ce ? En terme de prix esti­ma­tif, élec­trique ou pas, en bon état ou pas, etc.

    5. Votre assu­rance a-t-elle accepté la prise en charge ? Quelle est cette assu­rance ?


    Pas de honte. On a tous une fois mal atta­ché son vélo, voire pas atta­ché du tout. Parfois par fatigue ou par erreur, parfois en étant un peu trop opti­miste. Le respon­sable sera toujours le voleur, pas vous.

    L’idée c’est d’avoir une meilleure vision des risques réels en fonc­tion des anti­vols et des condi­tions.

  • Taux de prélè­ve­ment obli­ga­toire

    J’en ai marre de voir le taux de prélè­ve­ment obli­ga­toire comme un élément horrible, voire comme un objec­tif à réduire.

    Je n’y vois aucun sens.

    Je ne vois que trois sujets : la perti­nence de la dépense, le choix entre un prélè­ve­ment obli­ga­toire et une rede­vance à l’usage, et la répar­ti­tion du prélè­ve­ment.

    Je ne dis pas que privé et public sont équi­va­lents, que la ques­tion est inin­té­res­sante, mais le taux de prélè­ve­ment public n’est pas un élément perti­nent dans la discus­sion. Le jour où on passe la moitié du prélè­ve­ment obli­ga­toire en dépense privée, on aura fait bouger ce chiffre sans rien résoudre pour autant.

  • Réunion de concer­ta­tion

    J’étais ce soir à une réunion de concer­ta­tion pour la VL 12 de Lyon.

    Je n’ose penser au temps à l’argent qu’on met là dedans. Je ne parle pas des VL elles-mêmes mais de ces réunions de concer­ta­tion obli­ga­toires.

    Ça ne sert stric­te­ment à rien. Les pas-contents sont là pour dire qu’ils ne sont pas contents, ce qu’on savait et qu’ils expriment déjà autre­ment. Les respon­sables poli­tiques font les réponses qu’ils ont déjà donné vingt fois et que les pas-contents connaissent déjà. Les très-contents disent qu’ils sont très contents, sans vraie inno­va­tion, juste pour faire contre-poids et ne pas faus­ser la repré­sen­ta­tion.

    Les vrais argu­ments posés, les études, les discus­sions avec les repré­sen­tants de x ou de y, tout ça se fait ailleurs.

    On encou­rage juste les gens à râler, mais peut-être est-ce bien l’objet : donner un espace pour que chacun s’ex­prime, histoire que ça passe et qu’ils voient qu’ils sont écou­tés.


    La métro­pole de Lyon a un espace parti­ci­pa­tif dédié en ligne, et j’ai l’im­pres­sion que c’est le même topo, avec un contenu encore moins exploi­table et encore plus chro­no­phage à dépi­ler.

    C’est obli­ga­toire mais tota­le­ment vain. Et si on mettait notre argent, notre temps et nos efforts dans plus utile ?

  • Les igno­rants sont bénis

    « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade »

    Amis joyeux, sachez que souvent je pense ça de vous (tout en vous enviant un peu quand même).

    La vérité c’est que ne pas voir à quel point le monde est pourri doit être un vrai bonheur et je n’ai pas forcé­ment envie de vous soule­ver le voile.

    « Les igno­rants sont bénis »

    Andy Wachowski, Matrix