Catégorie : Politique et société

  • A propos des métiers à la con!

    Mais plutôt que de permettre une réduc­tion massive des heures de travail pour libé­rer la popu­la­tion mondiale afin qu’elle pour­suive ses propres projets, plai­sirs, visions et idées, nous avons pu obser­ver le gonfle­ment, non seule­ment des indus­tries de “service”, mais aussi du secteur admi­nis­tra­tif, et la créa­tion de nouvelles indus­tries comme les services finan­ciers, le télé­mar­ke­ting, ou l’ex­pan­sion sans précé­dent de secteurs comme le droit corpo­ra­tiste, les admi­nis­tra­tions univer­si­taires et de santé, les ressources humaines ou encore les rela­tions publiques.

    — par David Grae­ber

    Et c’est logique. La plupart ne cher­chant qu’à maxi­mi­ser le profit. Si pour gagner un peu de marché et de renta­bi­lité il suffit d’em­bau­cher un respon­sable marke­ting… on le fait.

    Si le voisin met 40€ d’in­ves­tis­se­ment marke­ting et prend le marché, pour survivre il faut au moins mettre 20€. 50€ si on veut faire mieux. Bien entendu en jouant le jeu on parti­cipe à l’es­ca­lade.

    Autant dire que les jobs qui ne contri­buent pas vrai­ment à la produc­tion et à la vie de la société ne sont pas amme­nés à dimi­nuer. On s’amuse à la fois à tirer les coûts au mini­mum, en payant même des gens pour ça, tout en parti­ci­pant à la course à l’ar­me­ment pour vendre et promou­voir ce qu’on produit. Quand on a plus de vendeurs et d’ad­mi­nis­tra­tifs cumu­lés par rapport aux équipes de produc­tion, il y a un problème quelque part.

    Si quelqu’un avait conçu un régime de travail visant à perpé­tuer le pouvoir du capi­tal finan­cier, il aurait été diffi­cile de mieux faire. Les emplois réels, produc­tifs, sont sans cesse écra­sés et exploi­tés. Le reste est divisé en deux groupes, entre la strate des sans-emplois, univer­sel­le­ment vili­pen­dés, et une strate plus vaste de gens payés pour, en gros, ne rien faire, dans une posi­tion conçue pour qu’ils s’iden­ti­fient aux pers­pec­tives et aux sensi­bi­li­tés de la classe diri­geante (diri­geants, admi­nis­tra­teurs, etc.) et parti­cu­liè­re­ment à ses avatars finan­ciers, mais qui, en paral­lèle, produit un ressen­ti­ment envers tous ceux dont le travail possède une valeur sociale claire et indé­niable. Mani­fes­te­ment, le système n’a jamais été consciem­ment conçu. Il a émergé d’un siècle, quasi­ment, de tenta­tives et d’échecs. C’est la seule expli­ca­tion qu’on puisse donner à la raison pour laquelle, malgré nos capa­ci­tés tech­no­lo­giques, nous ne travaillons pas 3 à 4 heures par jour.

    Une solu­tion : Dimi­nuer l’in­ci­ta­tion à travailler, ou en chan­ger la néces­sité. Instau­rer un revenu de base suffi­sant pour vivre correc­te­ment, puis arrê­ter la course à l’em­ploi et la culpa­bi­li­sa­tion qui va avec.

    Oui, exac­te­ment l’op­posé de ce que nous faisons avec de plus en plus de force depuis 20 ans.

  • Bernard Laponche : “Il y a une forte proba­bi­lité d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe”

    il s’agit juste du « moyen le plus dange­reux de faire bouillir de l’eau chaude » […] Un réac­teur nucléaire n’est qu’une chau­dière […]. Cette chaleur, sous forme de vapeur d’eau, entraîne une turbine qui produit de l’élec­tri­cité. L’éner­gie nucléaire n’est donc pas ce truc mira­cu­leux qui verrait l’élec­tri­cité « sortir » du réac­teur

    […] ce moyen de produire de l’eau chaude est-il accep­table ?

    Rien que ça en géné­ral frappe les esprits de ceux qui ne savent pas vrai­ment ce que c’est qu’une centrale. On enclenche une réac­tion diffi­cile à contrô­ler et à grande iner­tie pour… chauf­fer de l’eau et faire l’équi­valent d’une turbine à vapeur.

    Vous avez beau multi­plier [les dispo­si­tifs de sécu­rité], il y a toujours des situa­tions dans lesquelles ces protec­tions ne tiennent pas. A Tcher­no­byl, on a invoqué, à juste titre, un défaut du réac­teur et une erreur d’ex­pé­ri­men­ta­tion ; à Fuku­shima, l’inon­da­tion causée par le tsunami. Au Blayais, en Gironde, où la centrale a été inon­dée et où on a frôlé un acci­dent majeur, on n’avait pas prévu la tempête de 1999. Mais on a vu des acci­dents sans tsunami ni inon­da­tion, comme à Three Mile Island, aux Etats-Unis, en 1979. On peut aussi imagi­ner, dans de nombreux pays, un conflit armé, un sabo­ta­ge…

    […] Chaque pays assure que ses réac­teurs sont mieux que les autres. Avant Fuku­shima, le discours des Japo­nais était le même que celui des Français. On en est déjà à cinq réac­teurs détruits (Three Mile Island, Tcher­no­byl, et trois réac­teurs à Fuku­shima) sur quatre cent cinquante réac­teurs dans le monde, des centaines de kilo­mètres carrés inha­bi­tables.

    Je sens poindre ceux qui vont bran­dir les compa­rai­sons de morts entre le char­bon et le nucléaire. C’est un peu passer à côté de la notion de risque, et géné­ra­le­ment ces chiffres ne sont pas mis en propor­tion avec la quan­tité d’éner­gie produite utili­sable dans le réseau.

    Oui, et comme on a fait trop de centrales nucléaires, il y a toujours eu pres­sion pour la consom­ma­tion d’élec­tri­cité, et en parti­cu­lier pour son usage le plus imbé­cile, le chauf­fage élec­trique, pour lequel la France est cham­pionne d’Eu­rope.

    […] On construit des loge­ments médiocres, l’ins­tal­la­tion de convec­teurs ne coûte rien, cela crée du coup un problème de puis­sance élec­trique globale : en Europe, la diffé­rence entre la consom­ma­tion moyenne et la pointe hiver­nale est due pour moitié à la France ! Résul­tat, l’hi­ver, nous devons ache­ter de l’élec­tri­cité à l’Al­le­magne, qui produit cette élec­tri­cité avec du char­bon…

    C’est de Bernard Laponche, Poly­tech­ni­cien, physi­cien nucléaire, ancien du Commis­sa­riat à l’éner­gie atomique, qui a parti­cipé à l’éla­bo­ra­tion des premières centrales françaises.

    Les propos sont recueillis par Tele­rama. L’in­ter­view couvre plus que ces quelques cita­tions.

    Aucun progrès tech­no­lo­gique majeur dans le nucléaire depuis sa nais­sance, dans les années 1940 et 1950. Les réac­teurs actuels en France sont les moteurs des sous-marins atomiques améri­cains des années 1950. […]

    Sans céder dans le binaire pour ou contre, surtout par rapport à la recherche, au moins serait-il temps de remettre à plat notre poli­tique, surtout que l’éner­gie nucléaire devient de plus en plus chère par rapport aux autres sources au fur et à mesure qu’on augmente la sécu­rité et que le défi de la décons­truc­tion des centrales exis­tantes s’avance.

  • The five big lies of the encryp­tion debate

    There’s just no reason to think that the FBI is having a harder time tracking crimi­nal acti­vity than it did 15 years ago.

    […] Fifteen years ago, it would have been unthin­kable to order Micro­soft to turn over a private file from a perso­nal compu­ter, or ask Veri­zon for a trans­cript of an unflag­ged phone call from three months earlier. But the shift to mobile has made those records seem much more acces­sible. Files are all in the cloud anyway, and texts are a lot easier to store than audio.

    […] Maybe you think the FBI should have access to all that data. […] If they have a warrant, it’s perfectly consti­tu­tio­nal […] But the fact is, you’d be figh­ting for a massive expan­sion of surveillance power. Saying other­wise just starts the entire conver­sa­tion out on a lie.

    — The Verge

    Histoire de remettre les choses d’aplomb pour ceux qui pensent que les nouvelles tech­no­lo­gies rendent la vie plus diffi­cile à la police et aux services de rensei­gne­ment. Soyons sérieux de minutes, même sans penser à la NSA, il est évident que c’est tout le contraire qui se passe.

    Tiens, Apple a même répondu récem­ment que non ils ne feraient rien pour affai­blir le chif­fre­ment des iPhones, mais qu’ils étaient ouverts à divul­guer ce qui est synchro­nisé sur leurs serveurs, c’est à dire par défaut à peu près tout ce dont on peut avoir besoin et même un peu plus.

    Nous entrons dans un monde de surveillance non seule­ment parce que désor­mais tout est faci­le­ment acces­sible, mais aussi parce que l’État commence à trou­ver scan­da­leux que la moindre parcelle d’in­for­ma­tion lui échappe ou lui soit compliquée à recueillir.

    J’ai regardé la série Narcos récem­ment, qui romance la lutte anti-drogue en Colom­bie dans les années 80. Inté­res­sant de voir que pour tracer des commu­ni­ca­tions il fallait un avion en survol qui inter­cepte les commu­ni­ca­tions satel­lites et des équipes au sol pour trian­gu­ler. Même avec ça on n’avait pas l’iden­tité du télé­phone. Bien évidem­ment les carnets de notes étaient codés pour être indé­chif­frables.

    Aujourd’­hui tout est iden­ti­fié et la police peut inter­ve­nir direc­te­ment sur la compa­gnie qui gère le flux satel­lite, ne parlons même pas des inter­cep­tions et géolo­ca­li­sa­tions en temps réel sur les réseaux mobiles terrestres. Le simple fait de pouvoir chif­frer ses données sur son smart­phone devient illé­gi­time pour l’État. Tout a bien changé.

    There are real problems at the heart of this debate, funda­men­tal ques­tions of liberty and secu­rity and how tech­no­lo­gi­cal progress can change that balance. There are ques­tions about the deep state and how insti­tu­tions like the FBI or NSA can be held accoun­table to the people they nomi­nally serve. We have to come up with some sort of answer for these ques­tions, and to do that, we need to be able to talk about what’s actually at stake. So far, we haven’t been able to.

  • The reso­lu­tion of the Bitcoin expe­riment

    I’ve spent more than 5 years being a Bitcoin deve­lo­per. The soft­ware I’ve writ­ten has been used by millions of users, hundreds of deve­lo­pers […]

    The funda­men­tals are broken and whate­ver happens to the price in the short term, the long term trend should proba­bly be down­wards. I will no longer be taking part in Bitcoin deve­lop­ment and have sold all my coins.

    — Mike Hearn

    On y parle un peu de ques­tions tech­niques mais on se rend compte aussi que fina­le­ment les projets sont extrê­me­ment dépen­dants des humains.

    Quel est l’ave­nir souhaité pour le projet ? Il y a-t-il un consen­sus ? Quels en sont les impacts ?

    the block chain is control­led by Chinese miners, just two of whom control more than 50% of the hash power. At a recent confe­rence over 95% of hashing power was control­led by a hand­ful of guys sitting on a single stage.

    CVhkEhtUAAAl0LH[…] Even if a new team was built to replace Bitcoin Core, the problem of mining power being concen­tra­ted behind the Great Fire­wall would remain. Bitcoin has no future whilst it’s control­led by fewer than 10 people. And there’s no solu­tion in sight for this problem: nobody even has any sugges­tions. For a commu­nity that has always worried about the block chain being taken over by an oppres­sive govern­ment, it is a rich irony.

    Rien que ça empêche assez bien d’en­vi­sa­ger un avenir, mais si vous voulez un résumé plus complet :

    Think about it. If you had never heard about Bitcoin before, would you care about a payments network that:

    • Couldn’t move your exis­ting money
    • Had wildly unpre­dic­table fees that were high and rising fast
    • Allo­wed buyers to take back payments they’d made after walking out of shops, by simply pres­sing a button (if you aren’t aware of this “feature” that’s because Bitcoin was only just chan­ged to allow it)
    • Is suffe­ring large back­logs and flaky payments
    • … which is control­led by China
    • … and in which the compa­nies and people buil­ding it were in open civil war?

    I’m going to hazard a guess that the answer is no.

  • La confé­rence des premiers prési­dents estime que le PL de réforme pénale contient des dispo­si­tions dange­reuses

    La France ne saurait sacri­fier les valeurs fonda­men­tales de sa justice, au motif qu’un manque cruel et ancien de moyens l’a affai­blie

    […]

    Elles consti­tuent un trans­fert de compé­tence de l’au­to­rité judi­ciaire vers l’au­to­rité admi­nis­tra­tive, dans la dépen­dance de l’exé­cu­tif, incom­pa­tible avec le prin­cipe de sépa­ra­tion des pouvoirs, fonde­ment de la démo­cra­tie.

    Bref, la direc­tion prise est assez dange­reuse.

  • Quand le Conseil Natio­nal du Numé­rique va trop loin

    « Il nous semble parti­cu­liè­re­ment stupé­fiant qu’une insti­tu­tion dite indé­pen­dante, dépen­dant inté­gra­le­ment du budget de l’Etat et donc d’argent public pour rému­né­rer ses colla­bo­ra­teurs et assu­rer son fonc­tion­ne­ment, utilise ces moyens pour défendre des propo­si­tions rele­vant d’in­té­rêts privés et contraires aux arbi­trages et posi­tions défen­dues par le gouver­ne­ment. »

    SACD, « Quand le Conseil Natio­nal du Numé­rique va trop loin »

    Oui, un syndi­cat privé, en la voix de son lobbyiste offi­ciel, se plaint qu’une auto­rité indé­pen­dante puisse expri­mer une opinion diffé­rente des choix du gouver­ne­ment en place.

    Je passe sur l’ac­cu­sa­tion de défendre des inté­rêts privés. Pour la SACD tout ce qui est voulu par ses affi­liés est de fait l’in­té­rêt public et les posi­tions contraires des inté­rêts privés. On en est à la cari­ca­ture où c’est l’in­té­rêt public de quelques dizaines de milliers d’af­fi­liés contre l’in­té­rêt privé des 65 millions de citoyens.

    Quand une posi­tion publique échappe au contrôle des lobbyistes du droit d’au­teur, c’est telle­ment excep­tion­nel qu’on a le droit à des lettre ouvertes pour se plaindre à la maîtresse au premier ministre. Ça veut tout dire.

    Trop loin le Conseil du Numé­rique ? Disons qu’il casse le mono­pole des syndi­cats privés sur le sujet.

  • L’is­la­mo­pho­bie est soute­nue par l’État (Raphaël Liogier)

    Manuel Valls a rappelé, lundi, à l’Ob­ser­va­toire de la laïcité qu’il ne pouvait pas « déna­tu­rer la réalité de cette laïcité ».  La critique visait Jean-Louis Bianco son président, mais aussi son bras-droit Nico­las Cadène, rappor­teur géné­ral de l’ob­ser­va­toire, qui avait regretté dans un tweet la décla­ra­tion d’Eli­sa­beth Badin­ter le 6 janvier sur France Inter, « Il ne faut pas avoir peur de se faire trai­ter d’is­la­mo­phobe« .

    […]

    le message que Manuel Valls est en train d’en­voyer c’est « on n’a pas le droit de dire qu’on est anti­sé­mite par contre, on peut légi­ti­me­ment dire qu’on est isla­mo­phobe. »

    — via France Info

    Et je ne peux que rejoindre la conclu­sion. Il n’en faudrait pas expri­mer le dixième sur une autre reli­gion pour être d’un coup inquiété par la justice et rejeté par l’opi­nion. Nous avons avalisé et légi­timé l’is­la­mo­pho­bie. Bien triste réalité de ce qu’est notre vie poli­tique.


    Raphaël Liogier : « Il ne faut pas que Manuel… par Fran­ceInfo

  • L’im­pos­sible sortie de l’état d’ur­gence

     Selon l’ar­ticle 1er de la loi de 1955, il est déclaré « en cas de péril immi­nent résul­tant d’at­teintes graves à l’ordre public ».

    En deman­dant le 18 novembre 2015 au Parle­ment de le proro­ger pour trois mois, le gouver­ne­ment de Manuel Valls évoquait « la perma­nence de la menace établie par les indi­ca­tions des services de rensei­gne­ment ainsi que le contexte inter­na­tio­nal ». « Il est indis­pen­sable, pour appro­fon­dir la lutte contre le terro­risme, que les auto­ri­tés admi­nis­tra­tives puissent recou­rir à ces mesures [celles de l’état d’ur­gence] pendant une période limi­tée mais suffi­sam­ment longue pour s’as­su­rer que les réseaux terro­ristes, au-delà des procé­dures juri­dic­tion­nelles en cours, puissent être, par des actions coer­ci­tives, mis hors d’état de nuire », écri­vait-il dans l’ex­posé des motifs trans­mis à l’As­sem­blée natio­nale.

    Quel homme poli­tique se risque­rait à procla­mer que les réseaux terro­ristes sont « mis hors d’état de nuire » ?

    Le Monde

    Avec l’his­to­rique de Vigi­pi­rate, il est clair que le risque ne s’étein­dra jamais, et qu’en consé­quence, il faudra un sacré courage pour quit­ter l’État d’ur­gence, au risque de devoir se défendre de laxisme au prochain atten­tat.

    Surtout que ça veut dire se couper de plein d’ou­tils et de pouvoirs dont l’exé­cu­tif aura bien du mal à se sépa­rer, toutes déro­ga­toires au droit commun, sans procès. C’est d’ailleurs entre autres pour ça qu’ins­crire cet État d’ur­gence dans la consti­tu­tion est un grand risque.

     

  • État d’ur­gence: « Vous avez de sales voisins… »

    Lui qui a rêvé d’être poli­cier, a monté une asso­cia­tion de préven­tion de la délinquance en parte­na­riat avec le commis­sa­riat du coin, peut citer une dizaine de briga­diers de ses rela­tions, se retrouve assi­gné à rési­dence. « Au regard de la menace terro­riste sur le terri­toire natio­nal » et « compte tenu de son compor­te­ment ». En clair, la préfec­ture voit en lui un isla­miste radi­cal à surveiller. Des soupçons nés de propos rappor­tés par des voisins.

    […] La note ne le dit pas mais on devine qu’il y a eu dénon­cia­tion. « Vous avez de sales voisins… », lui aurait glissé un gendarme lors d’une de ses visites.

    Les blogs, Le Monde

    Ce qui me choque n’est pas tant la possi­bi­lité de dénon­cia­tion mais le trai­te­ment aveugle qui en est fait, non contra­dic­toire, et l’im­pos­si­bi­lité de s’en défendre.

    au lende­main des atten­tats contre Char­lie hebdo, il fait l’objet d’une mesure de dessai­sis­se­ment et est invité à rappor­ter ses armes, « comme tous les musul­mans amateurs de tir », précise-t-il.

    […] Le 8 décembre, la préfec­ture a envoyé à Karim un nouveau cour­rier à propos de ses armes confisquées : s’il désire les récu­pé­rer, il doit produire un certi­fi­cat médi­cal, afin de juger de « l’op­por­tu­nité de [lui] resti­tuer armes et muni­tions ou de procé­der à leur saisie défi­ni­tive ».

    Un certi­fi­cat médi­cal… allez comprendre pourquoi si ce n’est le raccourci « On le lave de tout mais si on lui a retiré ses droits un moment, ce n’est pas pour rien, et puis s’il est musul­man c’est qu’il doit être un peu toqué quelque part »

  • Alain Juppé – Ses vingts propo­si­tions clés

    Parce qu’en ne parlant pas, on peut parfois appa­raitre comme l’homme de la situa­tion… jusqu’à ce qu’on expose son programme. Atten­tion, A. Juppé est loin d’être le modéré réflé­chi qu’on croit.

    De l’inu­tile, du contre-produc­tif, du pré-exis­tant.

    Le 3 est juste idiot consi­dé­rant que ces aména­ge­ments ont un taux de réci­dive bien infé­rieur à la prison – quand ils sont exécu­tés – et qu’on n’a pas la place dans les prisons pour les exécu­ter de toutes façons. Même avec la propo­si­tion 5 de construire 10 000 places de plus on est déjà loin des besoins actuels.

    Je passe sur la propo­si­tion 4 qui est pure­ment idéo­lo­gique et dont il a été montré qu’elle ne servait à rien à part flat­ter l’image « ferme » des poli­tiques qui la soutiennent.

    La 6 est sympa­thique. On créé donc une divi­sion spécia­li­sée en plus au lieu d’avoir une police judi­ciaire poly­va­lente comme actuel­le­ment. Non seule­ment ça n’aide pas à l’op­ti­mi­sa­tion des ressources mais il va falloir expliquer comment ça cadre avec l’idée de simpli­fi­ca­tion de la première propo­si­tion. D’au­tant qu’il va falloir y affec­ter des gens, forcé­ment pris sur les divi­sions exis­tantes (ou sur les 4 500 de la première propo­si­tion). Sur la 6 comme la 1, on ne décharge pas la police, on dédie des gens à des tâches spéci­fiques, renforçant l’ad­mi­nis­tra­tif du « toi tu es affecté à ça et unique­ment à ça ». Au final le travail reste à la charge de poli­ciers ou des person­nels affec­tés à la police.

    Le 7 relève tota­le­ment de l’exé­cu­tif, c’est assez bien mécon­naitre la sépa­ra­tion des pouvoirs (ou faire semblant de l’ou­blier, parce que Alain Juppé sait très bien comment ça fonc­tionne). Pure­ment popu­liste donc.

    La 8 est une igno­mi­nie pour les droits de l’Homme. Condi­tion­ner la vie de famille à un emploi perma­nent. On ajoute à ça la jolie légende des étran­gers qui ne font que profi­ter des aides sociales. Donc Mme A réfu­giée poli­tique ne pourra pas faire venir son conjoint et ses enfants, qui devront rester dans le pays d’ori­gine, suivant qu’elle a ou pas un emploi. Quand la gauche de plaint de ne pas avoir de valeurs, la droite ne semble plus s’en émou­voir.

    Le 9 on s’est déjà fait condam­ner pour ça par la Cour euro­péenne des droits de l’Homme. Comme si on n’avait pas déjà assez de boulets au pieds sur ce sujet.

    La liste prévue au 10 existe déjà, et ça fonc­tionne telle­ment bien qu’y figurent des dicta­tures et des pays en guerre. C’est dire combien l’idée est géniale. Propo­ser à l’État de défi­nir offi­ciel­le­ment une liste des pays sûrs, c’est y mêler la diplo­ma­tie et les inté­rêts poli­tiques ou écono­miques inter­na­tio­naux. Si on y vend des Rafales, les réfu­giés n’en sont pas accep­tés. Magni­fique, non ?

    Je refor­mule la 11 : un enfant né en France ayant toujours vécu unique­ment en France et tota­le­ment inté­gré pourra se voir refu­ser sa natio­na­lité, non pas suivant ce qu’il fait ou qui il est lui, mais comme peine annexe de ce que ses parents ont pu vivre ou non. Condam­ner les enfants pour toucher les parents. Ça fait toujours envie ?

    Refor­mu­lons aussi la 12 : Vous avez un problème, il faudra attendre d’en être au point d’ap­pe­ler le SAMU pour avoir droit aux soins. Outre l’igno­mi­nie d’une telle mesure, il est connu que de telles poli­tiques coûtent au final bien plus cher que le rembour­se­ment des soins en temps et en heure. Là aussi, le seul béné­fice c’est flat­ter l’idéo­lo­gie xéno­phobe qui croit que les étran­gers ne sont que des gouffres à fric.

    Pour le 13 j’ai­me­rai qu’on me pointe en quoi c’est contraire à la laïcité. Je rappelle que les lois concer­nées font au contraire porter une obli­ga­tion pour l’État de permettre à chacun de vivre sa reli­gion (oui, en public aussi). Bref, exac­te­ment le contraire de ce qui est proposé.

    Puisqu’on en parle, au 14 il s’agit bien de permettre à l’État d’in­fluen­cer ou de donner des règles sur qui est nommé au niveau reli­gieux ? S’il y a une atteinte à la laïcité c’est bien celle là. C’est de plus tota­le­ment mécon­naitre – ou faire semblant de mécon­naitre – le fonc­tion­ne­ment des imams musul­mans, qui ne sont pas hiérar­chi­sés dans un clergé comme les catho­liques, et qui rend cette idée tota­le­ment hors sujet.

    Le 17 est juste idiot. Non seule­ment on mélange celui qu’on surveille pour savoir ce qu’on doit en penser et celui qui est un risque avéré, mai en plus on tue immé­dia­te­ment l’objet de la fiche S en aver­tis­sant ainsi les concer­nés.

    Faut-il encore débattre du 18 et rappe­ler qu’a­bais­ser les condi­tions de vie des familles suffi­sam­ment en diffi­culté pour ne plus tenir leurs enfants ne va certai­ne­ment pas aider à reprendre la bonne route ? que c’est même un peu le contraire en fait. Hors cela, on péna­lise les pauvres qui ont ces aides et pas les riches qui n’en profitent pas. Qu’on m’ex­plique. Si on veut mettre des amendes, faisons des amendes, au moins ça sera clair.

    Le 19 est encore pur popu­liste, les poli­ciers n’ont jamais perdu leur légi­time défense. On peut même consi­dé­rer que dans les faits on leur accorde plus faci­le­ment le béné­fice du doute vu le nombre de poli­ciers condam­nés pour coups et bles­sures en Fran­ce…

    Le 20 a la prime du ridi­cule. On fait quoi s’ils n’ont pas 100 euros sur eux ? (non parce qu’à part les ministres, tous ne se promènent pas avec 100 euros). Surtout si on parle de mineurs. L’idée même que la consom­ma­tion de canna­bis soit un problème spéci­fique des mineurs (puisqu’on parle d’in­for­ma­tion à la famille) montre qu’on est encore une fois dans les légendes urbaines.