Alain Juppé – Ses vingts propo­si­tions clés

Parce qu’en ne parlant pas, on peut parfois appa­raitre comme l’homme de la situa­tion… jusqu’à ce qu’on expose son programme. Atten­tion, A. Juppé est loin d’être le modéré réflé­chi qu’on croit.

De l’inu­tile, du contre-produc­tif, du pré-exis­tant.

Le 3 est juste idiot consi­dé­rant que ces aména­ge­ments ont un taux de réci­dive bien infé­rieur à la prison – quand ils sont exécu­tés – et qu’on n’a pas la place dans les prisons pour les exécu­ter de toutes façons. Même avec la propo­si­tion 5 de construire 10 000 places de plus on est déjà loin des besoins actuels.

Je passe sur la propo­si­tion 4 qui est pure­ment idéo­lo­gique et dont il a été montré qu’elle ne servait à rien à part flat­ter l’image « ferme » des poli­tiques qui la soutiennent.

La 6 est sympa­thique. On créé donc une divi­sion spécia­li­sée en plus au lieu d’avoir une police judi­ciaire poly­va­lente comme actuel­le­ment. Non seule­ment ça n’aide pas à l’op­ti­mi­sa­tion des ressources mais il va falloir expliquer comment ça cadre avec l’idée de simpli­fi­ca­tion de la première propo­si­tion. D’au­tant qu’il va falloir y affec­ter des gens, forcé­ment pris sur les divi­sions exis­tantes (ou sur les 4 500 de la première propo­si­tion). Sur la 6 comme la 1, on ne décharge pas la police, on dédie des gens à des tâches spéci­fiques, renforçant l’ad­mi­nis­tra­tif du « toi tu es affecté à ça et unique­ment à ça ». Au final le travail reste à la charge de poli­ciers ou des person­nels affec­tés à la police.

Le 7 relève tota­le­ment de l’exé­cu­tif, c’est assez bien mécon­naitre la sépa­ra­tion des pouvoirs (ou faire semblant de l’ou­blier, parce que Alain Juppé sait très bien comment ça fonc­tionne). Pure­ment popu­liste donc.

La 8 est une igno­mi­nie pour les droits de l’Homme. Condi­tion­ner la vie de famille à un emploi perma­nent. On ajoute à ça la jolie légende des étran­gers qui ne font que profi­ter des aides sociales. Donc Mme A réfu­giée poli­tique ne pourra pas faire venir son conjoint et ses enfants, qui devront rester dans le pays d’ori­gine, suivant qu’elle a ou pas un emploi. Quand la gauche de plaint de ne pas avoir de valeurs, la droite ne semble plus s’en émou­voir.

Le 9 on s’est déjà fait condam­ner pour ça par la Cour euro­péenne des droits de l’Homme. Comme si on n’avait pas déjà assez de boulets au pieds sur ce sujet.

La liste prévue au 10 existe déjà, et ça fonc­tionne telle­ment bien qu’y figurent des dicta­tures et des pays en guerre. C’est dire combien l’idée est géniale. Propo­ser à l’État de défi­nir offi­ciel­le­ment une liste des pays sûrs, c’est y mêler la diplo­ma­tie et les inté­rêts poli­tiques ou écono­miques inter­na­tio­naux. Si on y vend des Rafales, les réfu­giés n’en sont pas accep­tés. Magni­fique, non ?

Je refor­mule la 11 : un enfant né en France ayant toujours vécu unique­ment en France et tota­le­ment inté­gré pourra se voir refu­ser sa natio­na­lité, non pas suivant ce qu’il fait ou qui il est lui, mais comme peine annexe de ce que ses parents ont pu vivre ou non. Condam­ner les enfants pour toucher les parents. Ça fait toujours envie ?

Refor­mu­lons aussi la 12 : Vous avez un problème, il faudra attendre d’en être au point d’ap­pe­ler le SAMU pour avoir droit aux soins. Outre l’igno­mi­nie d’une telle mesure, il est connu que de telles poli­tiques coûtent au final bien plus cher que le rembour­se­ment des soins en temps et en heure. Là aussi, le seul béné­fice c’est flat­ter l’idéo­lo­gie xéno­phobe qui croit que les étran­gers ne sont que des gouffres à fric.

Pour le 13 j’ai­me­rai qu’on me pointe en quoi c’est contraire à la laïcité. Je rappelle que les lois concer­nées font au contraire porter une obli­ga­tion pour l’État de permettre à chacun de vivre sa reli­gion (oui, en public aussi). Bref, exac­te­ment le contraire de ce qui est proposé.

Puisqu’on en parle, au 14 il s’agit bien de permettre à l’État d’in­fluen­cer ou de donner des règles sur qui est nommé au niveau reli­gieux ? S’il y a une atteinte à la laïcité c’est bien celle là. C’est de plus tota­le­ment mécon­naitre – ou faire semblant de mécon­naitre – le fonc­tion­ne­ment des imams musul­mans, qui ne sont pas hiérar­chi­sés dans un clergé comme les catho­liques, et qui rend cette idée tota­le­ment hors sujet.

Le 17 est juste idiot. Non seule­ment on mélange celui qu’on surveille pour savoir ce qu’on doit en penser et celui qui est un risque avéré, mai en plus on tue immé­dia­te­ment l’objet de la fiche S en aver­tis­sant ainsi les concer­nés.

Faut-il encore débattre du 18 et rappe­ler qu’a­bais­ser les condi­tions de vie des familles suffi­sam­ment en diffi­culté pour ne plus tenir leurs enfants ne va certai­ne­ment pas aider à reprendre la bonne route ? que c’est même un peu le contraire en fait. Hors cela, on péna­lise les pauvres qui ont ces aides et pas les riches qui n’en profitent pas. Qu’on m’ex­plique. Si on veut mettre des amendes, faisons des amendes, au moins ça sera clair.

Le 19 est encore pur popu­liste, les poli­ciers n’ont jamais perdu leur légi­time défense. On peut même consi­dé­rer que dans les faits on leur accorde plus faci­le­ment le béné­fice du doute vu le nombre de poli­ciers condam­nés pour coups et bles­sures en Fran­ce…

Le 20 a la prime du ridi­cule. On fait quoi s’ils n’ont pas 100 euros sur eux ? (non parce qu’à part les ministres, tous ne se promènent pas avec 100 euros). Surtout si on parle de mineurs. L’idée même que la consom­ma­tion de canna­bis soit un problème spéci­fique des mineurs (puisqu’on parle d’in­for­ma­tion à la famille) montre qu’on est encore une fois dans les légendes urbaines.


Publié

dans

par

Étiquettes :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *