Mayenne: ses collègues lui offrent 213 jours de RTT pour rester auprès de son fils malade


Une mère de famille employée d’une fonde­rie a reçu l’équi­valent de dix mois de RTT, donnés par ses collègues, pour lui permettre de s’oc­cu­per de son fils atteint d’une tumeur au cerveau.

BFM TV

Ça ressemble à un conte de Noël, mais en regar­dant entre les lignes c’est surtout un bel échec social compensé par le sacri­fice de quelques indi­vi­dus.

La ques­tion prin­ci­pale : Doit-on permettre à un parent d’ac­com­pa­gner son enfant en plein cancer, entre hospi­ta­li­sa­tion et impos­si­bi­lité d’al­ler à l’école ?

Si vous pensez que la collec­ti­vité ne peut pas tout faire, que c’est pas de chance pour cette famille mais tant pis pour elle, y compris si ça veut dire devoir quit­ter son emploi, perdre la mutuelle d’en­tre­prise et poten­tiel­le­ment tomber au RSA, avec l’im­pact que ça a juste au moment où on doit payer des soins, alors tout va bien.

Sinon vous pouvez penser que ça fait partie des acci­dents de la vie qui frappent au hasard, que ça pour­rait être pris en charge comme le sont les handi­cap divers ou la prise en charge du garçon lui-même.

Sauf que si on prend cette dernière option – et c’est visi­ble­ment l’opi­nion des autres employés de la fonde­rie, qui on sacri­fié leurs propres congés pour permettre à cette famille de passer l’épreuve – et c’est mon opinion aussi – faire peser la soli­da­rité sur les indi­vi­dus les plus proches plutôt que la collec­ti­vité dans son ensemble, c’est un bel échec de notre modèle social.

Le simple fait de permettre ce don de RTT, imaginé à l’ori­gine dans un contexte très simi­laire, c’est insti­tu­tion­na­li­ser et promou­voir ce nouveau méca­nisme social du chacun pour sa gueule, j’es­père que tu t’en­tends bien avec tes collègues parce qu’il va falloir les convaincre de se sacri­fier pour toi. Ce n’est défi­ni­ti­ve­ment pas un conte de Noël, c’est la consé­quence d’un échec social qu’on tente de contour­ner.

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9 réponses à “Mayenne: ses collègues lui offrent 213 jours de RTT pour rester auprès de son fils malade”

  1. J’ai eu la même réaction que toi, toutes proportions gardées bien sûr, lorsque j’ai appris que notre mutuelle collective équilibrait ses « comptes » (cotisations / paiements) sur les seuls membres de la boîte où je suis (15 personnes environ) et pas sur l’ensemble de leur adhérents.

    Je suis bien évidemment pour une prise en charge élargie et assise sur l’ensemble des cotisations sociales.

    • ah oui, les mutuelles pro font de la négociation commerciale. Leur argument habituel d’il y a eu un événement sérieux sur un ou plusieurs salariés, c’est de dire « ah, mais on vous donne plus que ce que vous nous donnez ». Allez comprendre, pour une assurance ça m’a toujours semblé le principe : certains donnent moins, certains donnent plus.

      Sauf que quand on déplace des remboursements de la sécurité sociale (globale) à la mutuelle (individuelle), les négociations se font sur des cas individuels (ou petites collectivités). Ceux qui coûtent moins argumentent pour payer moins, et trouvent toujours une mutuelle pour jouer le jeu. En conséquence, ceux qui coûtent plus payent plus… et on met doucement fin à une facette de la solidarité nationale.

      Ça permet de dire qu’on a supprimer des prélèvements obligatoires, même si au final les gens finissent par payer de leur poche, mais ailleurs, en oubliant pourquoi on a créé tout ça au début.

  2. Il y a surement de nombreux exemple pour lesquels il y a un écart énorme entre la solidarité « locale » et la solidarité « globale ».
    Le fait que des gens sont solidaire est pour moi un espoir pour une société plus sociale.

    Malheureusement l’exemple est mal choisi, puisque la société a prévue la possibilité pour un parent qu’il puisse arrêter de travailler pour s’occuper de son enfant malade.
    Cela s’appelle le Congé de Présence Parentale. Pendant une durée de 3 ans le parent peut s’arrêter de travailler -complètement ou partiellement- sans que son employeur puisse s’y opposer et en gardant son poste.
    Une allocation est associée à ce congé, l’Allocation Journalière de Présence Parentale. D’environ 45€, elle est plafonnée à 220 jours de versement.

    • Pour répondre sur le montant, ce n’est pas loin du SMIC. Pas rien mais pas du luxe non plus. L’article de départ parle de 10% de manque pour le parent en question. C’est à la fois rien et à la fois énorme, surtout sur une période qui a justement de plus fortes dépenses.

      Imaginons un scénario volontairement un peu catastrophe, mais c’est pour donner une idée :

      Le parent gagne 10% de moins mais surtout le congé suspend le contrat de travail. Plus de mutuelle par exemple, ni pour le parent ni pour l’enfant. Il existe la CMU mais pas certain qu’ils y aient droit avec l’allocation de présence parentale de plus de 1000 €, et au mieux faire le dossier prendra du temps.

      Autant dire que ça arrive au mauvais moment quand justement on parle d’hospitalisation de l’enfant. Rien que perdre le tiers payant pendant des mois (ne parlons même pas de payer ce qui n’est pas en remboursement 100% sécu)…

      Donc entre ça et les 10% de moins, ça fait trop lourd pour payer le loyer. On doit déménager. Ah mais attends, on est justement dans le besoin, avec une aide publique limitée en temps, dans travail (le contrat est suspendu). Bonne chance pour se faire loger ailleurs.

      Rien que ça, sans même parler du fond, j’imagine très bien qu’on dise qu’il y a problème. À côté de ça on a le maintien de salaire quand on se casse le bras.

    • D’un certain côté ça ne change pas le fond.

      J’ai eu trois personnes depuis la publication du billet qui m’ont dit être dans cette situation (soit directement à participer, soit que quelqu’un de leur famille y fasse appel). Tu peux juger que c’est mal choisi mais le fait est que ces familles l’ont jugé nécessaire, et que notre État l’a décidé de même puisque ce don de RTT ne se fait que dans ce cadre et a été créé pour ça.

      Bref, on peut analyser le pourquoi c’est nécessaire et ce qui pèche ou non dans le système solidaire collectif (mieux : on le doit), mais le problème réel reste entier et ne peut certainement pas être écarté.

      Sinon, j’ai eu cette discussion avec justement une de ces trois personnes par email : Oui, la solidarité au niveau individuelle est heureuse, et l’histoire est belle. Je ne reproche certainement rien ni à ceux qui ont donné ni à la famille qui a jugé utile d’ouvrir cette porte. J’aurais probablement fait pareil si j’avais été à la place de l’un ou de l’autre. Ils ont tous mon soutien. Le niveau individuel est beau, mais il n’aurait même pas du exister, et ne fait pour moi que mettre en lumière le problème existant au niveau collectif. C’est tout l’objet de mon billet commentaire

    • Je suis malheureusement très bien placé pour comprendre ce que vivent ces personnes. Mon petit chat a utilisé 6 de ses 7 vies dans ses 6 premières semaines. Le CPP nous a permis que ma femme reste avec lui pour sa première année.

      Ce que je voulais dire c’est que la société aide relativement bien les personnes dans ces situations là.
      Comme je le disais dans mon premier message, ce que l’on voit c’est que la solidarité « sociétale » n’est pas le reflet de celle à l’échelon local.
      La question c’est :
      – Est-ce que l’on est égoïste et qu’on accepte d’aider que quand sa nous touche rapidement ?
      ou
      – Est-ce que les règles sociales ne correspondent pas à la société ?

      Quelle que soit la réponse c’est pas facile de changer cet état de fait.

  3. > que ça pourrait être pris en charge comme le sont les handicap divers

    Tiens un jour il faudra qu’on parle de ça, aussi.

    Parce que les prises en charge des handicaps, ce n’est pas si glorieux qu’on peut le croire.

    (Mais pas ce soir, il me faudrait un effort «journalistique» dont je suis incapable.)

    • Non, mais c’est un peu mieux que « demande à tes collègues de te donner une partie de leur salaire » quand même…

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