Vote par valeur

Il y a toujours quelqu’un pour découvrir qu’il existe d’autres procédés de vote que nos votes à scrutin majoritaire. Parfois ça fait buzz aux élections, mais ne nous leurrons pas : Il n’y a rien de neuf, et rien de miraculeux.

Le pseudo-miracle de cette présidentielle serait le vote par valeur. Il s’agit de voter pour chaque candidat, indépendamment, par exemple entre -2 (surtout pas) et +2 (génial). Ce système a pour moi trois avantages majeurs :

  1. Il répond à l’émiettement des voix, qui effectivement est le problème majeur du mode d’élection de notre président. Trois candidats avec des idées proches mais qui ont une majorité s’ils sont groupés ne risquent pas de faire gagner un concurrent.  C’est vrai que ce seul défaut à notre élection actuel mérite qu’on réfléchisse aux alternatives.
  2. Il prend en compte non seulement d’adhérence mais aussi le rejet. Surtout pour une présidentielle, l’important est le consensus. Je préfère celui qui n’a la préférence de personne mais que tout le monde accepterait avec plaisir, à celui qui est le préféré de la majorité mais qui provoque un très franche rejet de tous les autres (toute ressemblance avec des faits passés ne serait pas totalement le fruit du hasard).
  3. Il permet aux électeurs de s’exprimer plus en détail. Peu importe si cela a un effet différent au final, ça reste une bonne chose pour la légitimité de l’élection et la paix sociale.

Vulnérabilité aux votes tactiques

Malheureusement pour ses promoteurs, il n’est pas parfait. S’il répond à l’émiettement des voix, il reste très sensible aux votes tactiques. En cas de résultat serré, un militant aurait intérêt à noter un rejet imaginaire des principaux concurrents.

Ce sujet est complètement écarté par le site de promotion du vote par valeur. Il y est même considéré que le vote militant doit être préservé parce que celui qui a le plus de militants doit avoir une avance. Cette idée me semble contradictoire non seulement avec le principe de démocratie (un militant ne doit pas avoir plus de poids qu’un autre) mais aussi avec le fondement même du vote par valeur. Dans les mêmes pages on affirme que la prise en compte du rejet est une forme de protection de la cohésion sociale (et je suis d’accord), que plusieurs critères de sélection du mode de scrutin sont écartés pour pouvoir donner de l’utilité au rejet. Si de l’autre côté on se rend compte que les rejets sont en fait des votes militants non sincères, ce sont deux de mes trois avantages ci-dessus qui sont à jeter, et tout l’argumentaire du vote de valeur qui tombe en lambeaux.

Mais plus gênant encore : Le vote tactique est un danger d’autant plus grand que toutes les communautés ou populations n’ont pas la même propension à les utiliser. Les populations les plus à même à utiliser un vote tactique auront un poids bien plus important. Ainsi, les mieux éduqués et mieux informés auront un avantage par rapport aux populations qui voteront naïvement. De même, les radicaux et extrémistes auront un avantages par rapport à ceux qui s’astreignent à être modérés ou objectifs dans leur vision. Ce biais est loin d’être neutre, et risque de fausser tout le résultat.

Sensibilité aux manipulations d’opinion

La vulnérabilité aux votes tactiques est d’autant moins à écarter, qu’elle prend tout son sens dans les manipulations d’opinion : Imaginons les candidats A, B et C. Votre préférence va nettement à A, puis à B et à C, dans cet ordre.

  • Les médias vous disent que A et B sont au coude à coude, C plus loin derrière : La tactique sera donc d’assurer la victoire en votant +2 pour votre candidat A et -2 pour son concurrent B.
  • Les média vous disent que B et C sont au coude à coude : La tactique sera d’éviter le pire et de voter un +2 à B et un -2 à C.

Dans le premier cas, si les médias avaient raison, vous venez, en simulant un rejet, de faire élire A alors que B aurait peut être été un meilleur candidat pour la nation.

Mais surtout vous avez peut être été manipulé. En vous faisant passer de l’un à l’autre on modifie votre voix et on peut tout à fait contrôler l’élection de B. Certes, c’est un risque qui existe déjà sur le mode d’élection actuel avec l’émiettement des voix, mais qui reste bien visible à tous pour l’instant et qui sera bien plus caché et difficile à combattre dans un vote de valeur.

Le risque du nombre de candidats

L’émiettement des voix est un des facteurs limitants pour le nombre de candidats actuels. Ne nous laissons pas leurrer par les pleurs du FN qui simule chaque année une difficulté pour obtenir 500 signatures. Si des petits candidats réussissent à chaque fois à se qualifier avec des scores de moins de 1 %, c’est que la candidature est raisonnablement simple.

S’il n’y a pas de risques à multiplier les candidats, nous en aurons plus. Les maires donneront aussi plus facilement leurs signatures. Même pour les grands partis, pourquoi ne pas présenter 5 ou 10 candidats ? quels risques ?

Avoir même 25 candidats serait difficile à gérer, mais on en risque plutôt 50 si on en fait rien. Il y a forcément des solutions à ces problèmes, mais aucune ne sera parfaite, toutes auront des effets largement discutables et induiront des biais. Je me refuse à évaluer le vote par valeur si on ne me propose pas en même temps des solutions à ce problème qu’il créé.

Secret du vote

Si nous avons même 15 candidats, le nombre de combinaisons possibles dépasse de plusieurs milliers de fois le nombre de votants dans un seul bureau de vote. Pour peu qu’un vote soit « étrange », il devient facilement unique. Il devient donc réaliste de donner des instructions de vote à des tiers et de pouvoir vérifier si elles ont été respectées. Le secret du vote est donc à risque.

Pour palier ce risque la seule solution envisagée est de séparer le vote en plusieurs bulletins, un par candidat. Le site de promotion du vote par valeur propose de séparer le bulletin après vidage de l’urne, mais c’est déjà trop tard si on veut éviter une relecture par des tiers : Cette séparation doit être faite par l’électeur lui-même.

Quinze candidats, c’est quinze votes, quinze enveloppes, quinze urnes, ne pas se tromper d’enveloppe et d’urne, identifier l’électeur à chaque étape, puis vider les quinze urnes pour faire quinze dépouillements qui chacun seront un peu plus long que l’actuel pour faire le compte final.

Je passe le fait qu’il faut cocher des cases et que pour garder un anonymat on propose un poinçon. Ceux qui ont suivi les débats sur l’élection de Georges W. Bush aux États Unis doivent se rappeler que cette solution est justement celle qui a provoqué tant de débats lors des dépouillements là bas.

Simplicité

Certains ont du mal à l’imaginer, mais le vote actuel est déjà à considérer comme difficile. Certains ne comprennent pas le rôle de l’enveloppe, certains n’entrent pas dans l’isoloir, certains mettent plusieurs bulletins, d’autres ne prennent qu’un seul bulletin avant de se rendre dans l’isoloir, on en voit reposer les bulletins non utilisés sur la table… j’en passe et des meilleures. Là dessus il faut penser que certains reconnaissent le bulletin parce qu’ils ne savent pas lire, et je vous laisse imaginer la difficulté d’un vote secret pour un non voyant.

Imaginons ensuite qu’il ne faut pas que choisir, il va falloir cocher ou poinçonner. Combien cocheront deux cases ou entre les cases parce que c’est « entre 1 et 2″ ? Combien ne comprendront pas le fonctionnement ? Comment aider ceux qui voient mal ou lisent mal ?

Le résultat très clair des États Unis, c’est que les cartons plein de votes, c’est n’est franchement pas simple.

Même en dehors du vote lui même, un procédé de vote complexe c’est la source d’innombrables débats sur la légitimité de tel ou tel candidat qui aura eu moins de votes positifs mais aussi moins de votes négatifs, alors que tel autre n’a finalement eu des rejets que parce qu’il y a eu un appel à vote militant… Le scrutin actuel est hautement criticable, mais au moins le résultat laisse peu de place au débat.

Alors oui, on répond à l’émiettement des candidats, mais on est encore trop loin d’une bonne solution pour que le changement vaille le coup à mon avis. C’est d’autant plus vrai que les défauts du vote par valeur sont bien moins évidents, et donc bien moins transparents.

14 réflexions sur “ Vote par valeur ”

  1. Bon résumé des problèmes potentiels, finalement, à la lecture de cet article, je trouve que ce mode de scrutin est effectivement une mauvaise idée

    Peut-être qu’il vaudrait mieux pouvoir mettre deux bulletins au premier tour, ça permettrait effectivement d’avoir les candidats qui font le plus consensus et ça reste assez simple.

    Par contre, vouloir changer le mode de scrutin est une chose, mais je pense qu’il est plus urgent de changer la nature des candidatures qui est anti-démocratique.

    En effet, un président peut promettre mons et merveilles, mais il n’est pas tenu de respecter ses engagements. De la même façon rien n’empêche le gouvernement de faire passer des lois qui n’avaient jamais été annoncées dans le programme.

    Bref, il faudrait créer une sorte de programme officiel que le candidat serait obligé de respecter. Il faudrait qu’une loi de ce programme soit plus facile à faire adopter qu’une loi qui serait hors programme.

    On pourrait prévoir éventuellement un mécanisme exceptionnel de renonciation à une partie d’un programme en cas de fait nouveau majeur (par exemple par une réunion du conseil contitutionnel ou un referendum).

    Il pourrait aussi y avoir une classification des lois de manière que des lois qui touchent à des pans importants de la vie citoyenne (retraites, SMIC, santé, OGM…) soient obligatoirement soumises à référendum.

    Bref, un peu plus de démocratie directe car à l’heure actuelle, on a plutôt affaire à un simulacre de démocratie. On nous fait croire qu’on a le choix alors qu’on est dans ce que j’apelle une tyrannie douce.

  2. Bonjour,

    Pour ce qui est du calcul tactique, terra nova détail un peu plus pourquoi ça marche : http://www.tnova.fr/note/rendre-les-lections-aux-lecteurs-le-jugement-majoritaire

    D’autre méthode existent : http://voteaupluriel.org/des-modes-de-scrutin

    En tout état de cause, aucun système basé sur l’élection n’est parfait, car bien d’autre facteurs rentre en jeux : médiatisation, sondage, populisme, éducation de la population…

    Personnellement, j’en suis venu à conclure qu’il faut envisager d’autres solutions, comme le tirage au sort munis d’une rotations des charges fréquente.

  3. Pour ma part, j’ai pris cette expérience (qui ne m’a rien appris … car si on s’intéresse aux systèmes de prise de décision, ça n’a rien de nouveau) comme le moyen de faire comprendre au gens le ridicule que représente l’élection présidentielle.

    Personnellement, je crois largement plus, pour une démocratie, à un système mettant en place du tirage au sort que pour un système à base d’élections, quel que soit le mode de scrutin.

    Pour approfondir le « tirage au sort », je vous invite à écouter Etienne Chouard : http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

  4. Je ne comprends pas cet engouement pour le tirage au sort. Pour que ce soit une meilleure solution il faudrait qu’en moyenne, quelqu’un qui obtient la majorité suffrages de ses pairs soit forcément moins compétent ou moins honnête que la moyenne des citoyens.

    Je ne peux même pas concevoir un système dans lequel l’affirmation précédente serait vraie. Je ne parle même pas du fait que cela demande une préparation, une formation, une envie d’y investir plusieurs années à plein temps, un accord pour devenir une personnalité publique avec tous les effets négatifs, etc. Rien que pour les jurés, on voit bien combien tentent de tirer au flanc.

    C’est à mon avis une idéalisation du fonctionnement grec, mais on parlait à l’époque non seulement d’une communauté restreinte, mais aussi limitée à une couche sociale qui représenterait plus ou moins « les personnages publics ».

    Je ne dis pas que l’élection résout tout ou qu’elle ne pose pas ses propres problèmes, mais le tirage au sort a plutôt tendance à en ajouter encore.

  5. @Éric >

    J’étais comme toi dubitatif avant de mener des recherches sur le tirage au sort pour le comprendre avant de le reléguer au rang des fausses bonnes idées.

    Il s’avère que ces recherchées m’ont convaincu de sa pertinence, du moins si l’on désire la démocratie. J’ai pu comprendre que les mots étaient dévoyés (et Confucius disait : “Lorsque les mots perdent
    leur sens, les gens perdent leur liberté”), et que l’élection n’était pas en réalité du tout démocratique, puisqu’elle organise au contraire la confiscation du pouvoir du Peuple.

    Bien sûr, dit comme cela ça a l’air très bizarre, tant on est habitué à assimiler élections et démocratie comme les 2 faces d’une même médaille. Pourtant, on ne peut que constater que le Peuple n’a jamais l’opportunité de prendre les décisions, que l’exécutif n’exécute pas mais décide…

    Je t’invite à visionner cette vidéo (http://youtu.be/oN5tdMSXWV8) d’Etienne Chouard au TedxRepubluqueSquare de Paris qui est une bonne synthèse du sujet.

    Extrait : “Il ne faut pas craindre le tirage au sort. Nous serions bien plus puissants avec un système de tirage au sort qui ferait que nos représentants restent nos serviteurs et ne pourraient pas devenir nos maîtres.”

    Pour le Vote de Valeur, qui est le sujet initial de ton billet, je suis également réservé, avant-tout parce qu’il porte sur le choix d’une personne plutôt que sur des propositions.

    1. J’ai mis la vidéo dans mes liens à lire, mais puisque c’est une vidéo, ça peut être lu dans très longtemps : http://n.survol.fr/n/ce-qui-me-fait-abandonner-vos-pages

      Sinon je n’achète pas l’argument de la confiscation démocratique due à l’élection. Ou plutôt je le comprends, mais il est pour moi orthogonal à la question du tirage au sort.

      Si tu tires au sort tu confisques tout autant le pouvoir aux mains d’un seul. La différence tient uniquement sur comment tu détermines ce « seul ».

      Le tirage au sort n’a donc de pertinence pour moi que si à priori celui tiré au sort a plus de chances en moyenne d’être un bon représentant que celui qui sera élu. Je n’ai vu strictement aucun argument permettant d’étayer cette hypothèse (mais oui, je n’ai pas lu la vidéo, si tu as un texte je l’étudierai bien plus vite) et franchement j’ai pas mal de raisons de penser que ça ne sera pas le cas.

      1. @Éric >

        Par nature, l’élection attire la convoitise de ceux qui veulent le pouvoir. Le tirage au sort, à l’opposé, désigne des personnes qui n’ont pas nécessairement rêver du pouvoir pour le pouvoir.

        Quand tu décris les hommes et femmes qui se présentent à nos suffrages, en indiquant que « cela demande une préparation, une formation, une envie d’y investir plusieurs années à plein temps, un accord pour devenir une personnalité publique avec tous les effets négatifs, etc. « , tu entérines un fonctionnement avec des professionnels de la politique. Dans ce cadre là, en effet, c’est l’élection qui est le mode de désignation privilégié.

        Le tirage au sort tord le cou à l’idée reçue selon laquelle il faudrait que nos représentants soient des professionnels. La démocratie, ce n’est pas la représentativité professionnelle. D’ailleurs, on peut aisément constater que le Parlement est tout sauf représentatif (homme, blanc, de plus de 50 ans, fonctionnaire ou avocat : est-ce représentatif de la population française ?)

        La démocratie réelle suppose la participation du Peuple : le pouvoir du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple. A défaut, on ne doit pas appeler cela démocratie. C’est un système que l’on peut concevoir, avec délégation du pourvoir par mandat, mais à qui on doit donner le nom qui convient : oligarchie (le pouvoir de quelques uns) ou aristocratie (le pouvoir des meilleurs, des « élus »).

        Je n’oppose pas élection et tirage au sort, mais élection et démocratie. Si l’on fonctionne par élection, ce n’est pas la démocratie. Chouard appelle cela le « gouvernement représentatif ».

        D’ailleurs, le système en vigueur ne se soucie pas de respecter la contrainte de séparation des pouvoirs. Le législatif est à la botte de l’exécutif (le régime des partis imposant le suivisme pour obtenir la fameuse investiture), le judiciaire aussi. Comme je le disais sur mon premier commentaire, là encore il y a usurpation des mots : l’exécutif devrait exécuter les décisions, pas les prendre.

        Le tirage au sort est le seul système de désignation permettant la démocratie réelle. Tu as raison, au temps d’Athènes, seuls quelques privilégiées étaient concernés. Ce n’est donc pas de cela dont il s’agit.

        Il s’agit de désigner des citoyens pour une période courte, pour un mandat clair (par exemple, un sujet donné), au bout duquel ils devront soumettre un projet argumenté aux autres citoyens. La rotation des charges est une condition essentielle à la démocratie, et s’oppose en cela à la professionnalisation.

        Il n’est pas question de détailler ici, en commentaire de ton billet, ce que pourrait donner un système basé sur le tirage au sort. Toutefois, il serait probablement très différent d’une autre, et mériterait davantage d’être nommé démocratie. C’est cela que je voulais mettre en exergue.

        En guise de lecture, je te conseille ce billet de Guillaume Castevert sur son blog, intitulé « Sommes-nous en démocratie ? » et dans lequel il évoque d’ailleurs le Vote de Valeur (pour ramener au thème initial de ton billet) : http://blog.guillaumecastevert.net/post/21270798986/sommes-nous-en-democratie

  6. Bonjour,

    Voici quelques éléments de réponses relatifs à ce post que je trouve d’une grande qualité, même si je ne suis pas toujours d’accord avec vous…

    *Vulnérabilité aux votes tactiques*

    Cette notion de vulnérabilité aux votes tactiques a été élaborée dans le contexte d’un système de vote qui a vocation à rechercher une vérité. C’est le cas d’un jury d’un concours de patinage ou d’une cours de justice. Pour le patinage, des critères objectifs ont été définis et on considère que les membres du jury partagent ces critères d’évaluation et doivent tendre vers un même résultat, à savoir vers cette vérité du « meilleur ».

    Historiquement, les systèmes électoraux sont partis des mêmes postulats : l’élection démocratique doit aboutir à une vérité, celle de sélectionner LE « meilleur candidat », considérant que le peuple détient LA « vérité ». Si cette vision absolutiste pouvait se justifier à l’époque dans un contexte ou le système démocratique était en opposition directe avec des systèmes de droits divins, je crois qu’il est aujourd’hui temps de dépasser cette vision.

    Dans nos démocraties modernes, le peuple ne détient pas la vérité (contrairement à un jury) mais détient simplement la légitimité de choisir sa destinée.

    Avec la démocratie ainsi définie, l’objectif d’un système d’élection démocratique est alors d’opérer *la meilleur synthèse des volontés* diverses et contradictoires des électeurs.

    Mais que signifie exactement « vote tactique » ? Pour aborder cette notion il faut d’abord définir celle de « vote sincère » : «Un vote sincère consiste à donner à chaque candidat une valeur le plus objectivement possible, indépendamment des autres candidats en lice.» De là, on peut définir le vote tactique : «Un vote tactique consiste à s’écarter d’un vote sincère en fonction de stratégies électorales pour contrer ou favoriser certains candidats.»

    Que signifie alors la notion de vulnérabilité aux votes tactiques dans le contexte d’une élection démocratique ? Plus grand chose car la notion même de votre sincère est en grande partie inappropriée. Les critères relatifs à la sincérité perdent leur pertinence car si un jugement (du « meilleur ») peut-être qualifié de sincère ou d’insincère il est nettement plus délicat d’évoquer la sincérité d’une volonté (la volonté est la chose à mesurer dans une élection démocratique).

    Vous dites « si [...] on se rend compte que les rejets sont en fait des votes militants non sincères ,[...] tout l’argumentaire du vote de valeur qui tombe en lambeaux ». Que ce soit un vote de rejet ou un vote militant, dans les deux cas, le vote est parfaitement sincère. Le militant sera effectivement effondré si son poulain ne l’emporte pas, il ne fait qu’exprimer sa plus pure volonté, conformément à l’esprit démocratique. Ces votes ne sont pas des votes tactiques, ce sont peut-être des votes du cœur ou des tripes plus que de la raison, mais un système démocratique n’a pas à s’immiscer dans les raisons personnelles du vote d’un électeur.

    (vous pourrez trouver des éléments complémentaire sur cet aspect à l’entrée de ce forum : https://groups.google.com/forum/#!msg/votedevaleur/UYgk4BH0Fac/l7JgGkmiQNwJ)

    *Sensibilité aux manipulations d’opinion*

    Je vous rejoins sur ce point. C’est le seul aspect relatif à la vulnérabilité aux votes tactiques qui s’applique effectivement aux système électoraux démocratiques.

    Mais ce problème existe avec tous les systèmes de votes.

    La différence très importante, c’est que la pression des sondages va pousser l’électeur à exagérer les valeurs dans le cas du VdV, alors qu’avec la majorité des autres systèmes cette pression peut pousser l’électeur à voter de façon totalement contradictoire avec ses opinions. Outre l’éternel « vote utile », voici un exemple encore plus insupportable : en 2007, les militants de Sarkozy étaient incités à voter pour Royal (leur plus important rival) au 1er tour pour repousser le risque que Bayrou soit au 2ème tour (les sondages affirmaient que Sarkozy n’avait aucun risque au 1er tour et que Bayrou l’emportait face à Sarkozy au 2ème tour, contrairement à Royal).

    Me sentir poussé par les sondages à exagérer mes opinions avec le VdV ou m’amener à voter pour un candidat au quel je m’oppose avec un autre système, je crois que le Vote de Valeur l’emporte largement sur ce point.

    *Le risque du nombre de candidats*

    Je vous rejoins totalement sur ce point. Si le Vote de Valeur devait un jour être mis en place, il sera indispensable de trouver des mécanismes de pré-sélection des candidats, comme il existe aujourd’hui le mécanisme des 500 signatures.

    *Secret du vote*

    Sur ce point je pense que vous poussez le bouchon un peu trop loin ;)
    Pour qu’un observateur parvienne à mémoriser les 10 ou 12 valeurs (si il y a 10 ou 12 candidats) sur un bulletin en mouvement en train d’être segmenté en l’espace de quelques secondes (en sachant qu’il va en voir passer des centaines) me semble bien peu réaliste… Je suis convaincu qu’on trouvera une solution technique si il ne reste plus que ce problème :)

    *Simplicité*

    Enfin, concernant la simplicité, seules les expériences vous donneront raison ou tort. Pour le moment, l’expérience de 2007 a conclus à une très bonne acceptation et assimilation du système par les électeurs. L’expérience en ligne du Vote de Valeur ne sera pas particulièrement significative (biais des moyens informatiques et du panel non représentatif). Par contre, les trois expériences menées par plusieurs équipes de recherches françaises dans des bureaux de vote qui ont eu lieu à l’occasion de ce 1er tour nous donnera de nouveaux résultats importants sur ce point (voir https://www.gate.cnrs.fr/spip.php?rubrique94).

    Au plaisir de vous lire,
    Sylvain

  7. Comme je le pressentais, l’argument de la vulnérabilité aux votes tactiques ne fonctionne pas.
    D’une part, parce que les « militants » représentent une part infime de la population nationale.
    D’autre part, les faits montrent que les votants utilisent l’outil pour ce qu’il est : le moyen de nuancer son expression politique. « L’expérimentation montre sans équivoque une exploitation importante du pouvoir d’expression offert par le Vote de Valeur : l’écrasante majorité des électeurs s’exprime de manière nuancée, en utilisant des valeurs intermédiaires ou en soutenant plusieurs candidats à la fois. »
    http://doc.votedevaleur.org/exp2012/compteRenduPreliminaire/web/co/expressivite.html
    Le Vote de Valeur est peut-être encore imparfait, mais est réellement plus démocratique que le vote actuel.

    1. J’ai prévu d’écrire sur l’expérience. C’est vrai que les résultats semblent très positifs.

      Pour jouer l’éternel troublions, on peut quand même supposer que ceux qui y ont participé sont des gens qui affectionnent l’idée, qui veulent tenter le système, qui sont portés sur l’expressivité des votes et sur l’idée de faire mieux. Bref, il y a un biais immmmmense.

      Je m’attendais à un résultat bien moins positif, du coup je suis prêt à revoir mes positions et tenter un test à plus grande échelle. Mais abstenons nous quand même de surinterpréter cette expérimentation ou de refouler trop vite certains défauts simplement parce qu’ils ne sont pas apparus dans ce contexte biaisé particulier.

      1. Je conteste le biais par mon expérience personnelle : 1- tiens un nouveau mode de vote, intéressant, lisons-en plus 2- la lecture semble montrer que le réel manque démocratique du système de vote actuel pourrait être annulé, c’est enthousiasmant mais sans test concret, ça ne reste que de la théorie 3- testons !
        4… ah bah oui, quand même ça fonctionne bien mieux.

        Je n’ai plus souvenir du contenu exact de ton post mais à te lire on a l’impression que… tu n’as pas testé le vote de valeur.

        Mais foin de début de polémique, l’idée n’est pas de faire parfait, mais de faire mieux. De ce point de vue, la réussite est incontestable. Et le gros gros avantage, c’est la nuance de l’expression. Tu pourras essayer de trouver tous les défauts du monde à ce système, peut-être que d’autres le permettent aussi et mieux mais je n’ai qu’un point de comparaison : le système actuel.

        Avoir l’esprit critique c’est bien, mais il faut aussi savoir garder l’enthousiasme ,-) À trop critiquer, on court le risque de devenir acerbe !

        1. Je sais qu’effectivement je suis critique.

          Par contre le biais tu l’exprimes bien : tu as testé parce que tu penses qu’il y a un manque démocratique dans le système actuel et que tu trouves positif le fait d’avoir une plus grande expression.

          Ca n’en rend pas ce procédé plus mauvais, mais ça impose de relativiser grandement les résultats. Comme je le disais, ça me parait tout de même encourageant, assez pour tenter de mener l’expérience plus loin et la confronter au monde réel.

          Quant à tester le système, disons que je suis un geek pur sucre, j’ai déjà eu ma période « refaisons les élections » en testant pas mal de systèmes de votes, en les confrontant aux dizaines de critères de choix pour sélectionner les votes, en tentant les cas limites et en pondérant les critères qui me semblent importants ou pas.

          Après justement, il s’agit de regarder quels critères ou quels défauts nous semblent importants ou pas. C’est de la pure opinion, et il est bien normal qu’on n’ait pas tous la même.

  8. Dans ce débat, n’oublions pas que le plus important reste les moyens d’arriver à une réforme constitutionnelle pour changer le mode de scrutin (sans parler d’une constituante). Or, force est de constater que les seules propositions dans ce sens, la VIe République proposée ici et là, ne s’étendent pas sur une modification substantielle du mode de scrutin. Se pose alors la question : Une réforme du scrutin plus démocratique peut-elle être portée par un pouvoir représentatif oligarchique?

    1. Pour l’instant il n’y a pas encore vraiment consensus sur le fait de changer les choses. Quand on l’aura il sera temps de regarder « comment » on change les choses. Beaucoup préfèrent ne pas tout révolutionner pour ne pas faire de grosse bêtises.
      La retenue pour changer le mode de scrutin est à mon avis plus là que dans un blocage de ceux qui sont au pouvoir.

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