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  • [Grève et RATP] Rembour­sez !

    On a parlé ((trop) longue­ment) des l’im­pact du finan­ce­ment de la RATP suite aux grèves.

    Discus­sion de départ : Le service étant non rendu, serait-il légi­time de rembour­ser le verse­ment trans­port aux entre­prises pour les mois concer­nés* ? ou plus géné­ra­le­ment de dimi­nuer les subven­tions et paie­ment de la collec­ti­vité à la RATP.

    Et ma grande ques­tion : Pourquoi et qu’en atten­drait-on ?


    Pour une entité publique comme la RATP ça me parait plus diffi­cile. La réduc­tion du finan­ce­ment peut avoir plusieurs effets :

    1. On créé une dette sans rien toucher par ailleurs (et la dette reste donc à vie, gonflant avec les inté­rêts).
    2. On améliore la gestion et la produc­ti­vité pour compen­ser la perte ;
    3. On dimi­nue le service, idéa­le­ment d’abord là où ça coûte cher par rapport au service rendu ;
    4. On fait un report sur les tarifs des périodes hors grèves de façon à ce que ça compense les moindres finan­ce­ment quand il y a grève.

    Je mets d’of­fice de côté le (1) qui n’a aucun sens.

    Le (2) me gêne aussi. Cher­cher des amélio­ra­tions est un travail perma­nent, forcé­ment déjà en cours. Réduire le budget n’y chan­gera rien et peut même limi­ter les marges de manoeuvre néces­saires à la trans­for­ma­tion.
    Si on pense que la contrainte budgé­taire peut forcer la trans­for­ma­tion, cette poli­tique peut être menée indé­pen­dam­ment des grèves actuelles (et l’est déjà, c’est comme ça que fonc­tionnent nos poli­tiques publiques, avec des effets pas toujours heureux). Les sujets ne sont donc pas liés.

    Même réflexion avec le (3). Si on pense que le ratio béné­fice/coût de certains services est trop faible, on peut déjà prendre les déci­sions adéquates indé­pen­dam­ment de la grève.
    Réduire le service apporté hors grève n’ai­dera ni à termi­ner la grève actuelle ni à éviter une future grève. Ce d’au­tant moins que la grève n’est pas liée à un conflit interne à la RATP

    Reste le (4) mais si ce sont les mêmes personnes qui paient en temps normal et qui évitent de payer en cas de service non rendu lors des grèves, même indi­rec­te­ment, j’échoue à voir l’in­té­rêt de l’ar­ti­fice comp­table.

    Alors quoi ? J’en­tends ceux qui veulent respon­sa­bi­li­ser, mettre des limites et des sanc­tions, mais j’échoue à voir quelle est la rétro-action qui soit limi­te­rait soit la grève actuelle soit de futures grèves natio­nales simi­laires en cas de réduc­tion de finan­ce­ment de la RATP.

    Les prin­cipes c’est bien mais il ne faut pas en perdre le sens.


    Sanc­tion­ner une entité publique est déjà diffi­cile à la base. Vu que l’en­tité est censée être pilo­tée par nous et à notre unique béné­fice, ça revient vite à se tirer dans le pied.

    C’est encore plus vrai ici. On parle d’une grève, donc de sala­riés dont on retire déjà le salaire des jours concer­nés et qui sont (à raison) proté­gés par la loi contre toute autre action à leur encontre. On manque de leviers sur les acteurs.

    On parle en plus d’une grève natio­nale liée à une réforme natio­nale. L’en­tité de trans­port à peu de moyens d’ac­tion. Elle ne peut même pas promettre des condi­tions plus favo­rables vu que c’est juste­ment ce qu’on leur retire. On manque de leviers sur les causes.

    Au final j’échoue à comprendre comment reti­rer des moyens finan­ciers à la RATP va permettre aux usagers de moins sentir les effets de cette grève ou d’une future grève natio­nale liée à des enjeux hors RATP.


    Le seul levier que j’en­vi­sage côté RATP est d’ac­cé­lé­rer forte­ment les auto­ma­ti­sa­tions de lignes pour éviter de futures baisses de finan­ce­ment lors des grèves.

    Malheu­reu­se­ment, impos­sible de mener une telle poli­tique avec des baisses de finan­ce­ments. Il faudrait au contraire des augmen­ta­tions massives.

    Et quand bien même, c’est un faux calcul. Jamais on ne laisse une entité publique avec le fruit de ses inves­tis­se­ments. Si les marges de manœuvres s’amé­liorent, on les réin­ves­tira ailleurs (et poten­tiel­le­ment dans des baisses de subven­tions).

    Si le sujet est inté­res­sant, une baisse de finan­ce­ment aujourd’­hui ne sera pas un réel moteur (par contre un espoir de meilleur service ou d’éco­no­mies futures, oui).


    S’il y a des leviers ça peut être entre la région (qui paye) et l’État (qui gère). On peut envi­sa­ger la baisse des finan­ce­ments de la région et des entre­prises à la RATP incite l’État soit à aban­don­ner sa réforme actuelle soit à inves­tir massi­ve­ment pour réduire les effets d’une future grève.

    Le premier effet me semble tota­le­ment irréa­liste. Le second serait réaliste si l’État n’avait pas de toutes façons moyen de contraindre les montants des finan­ce­ments et si les inves­tis­se­ments d’au­to­ma­ti­sa­tion n’étaient pas déjà en cours. Bref, choux blanc


    Où fais-je erreur ? Voyez-vous une rétro­ac­tion possible ?


    (*) On parle de la contri­bu­tion des entre­prises locales de plus de 11 sala­riés au finan­ce­ment des trans­ports en commun, pas du rembour­se­ment de la moitié des abon­ne­ments trans­ports aux sala­riés.

  • Crédi­bi­lité jour­na­lis­tique

    En France nous avons une presse natio­nale de confiance.

    • Le jour­na­liste cite une source ? On peut avoir confiance que cette source existe et que le jour­na­liste l’a effec­ti­ve­ment eu en face ;
    • Le jour­na­liste écrit un contenu ? On peut avoir confiance qu’il est de bonne foi et qu’il ne fait pas un faux conscient ;
    • Le jour­nal publie ? On peut avoir confiance qu’ils pensent que l’in­for­ma­tion est à la fois crédible et d’uti­lité publique.

    Ça n’a l’air de rien mais c’est énorme. Les faux de la part des jour­naux eux-même sont très rares et il serait malavisé d’avoir une défiance à cause de ces excep­tions.

    C’est vrai autant à l’Huma qu’à Valeurs actuelles. C’est même vrai chez les petits indé­pen­dants mili­tants.


    Mais ça n’im­plique pas grand chose de plus, et pas forcé­ment une confiance dans les propos eux-même.

    La contra­dic­tion n’est qu’ap­pa­rente. D’ailleurs il ne faut pas cher­cher bien loin pour trou­ver d’énormes conne­ries.

    C’est le jour­nal et le jour­na­liste qui sont de confiance. Le contenu lui-même ne vaut que pour ce que vaut la source et la bonne compré­hen­sion du jour­na­liste.

    • Ça ne dit rien de ce qui est écrit sans indi­ca­tion de la source. C’est parfois vrai­ment sorti du chapeau ou du on-dit ;
    • Ça ne dit pas que ce qui est retrans­crit traduit exac­te­ment ce qui a été formulé, ou que ça corres­pond à ce que la source a voulu dire, ou que c’est ce qu’il fallait en comprendre dans le contexte ;
    • Ça ne dit pas que la source elle même — offi­cielles incluses — a forcé­ment raison, ou n’est pas de mauvaise foi, ou ne se trompe pas, ou n’a pas une vue forte­ment biai­sée, voire n’a pas son propre agenda de commu­ni­ca­tion ;
    • Ça ne dit pas que la compré­hen­sion qu’en a le jour­na­liste n’est pas forte­ment incom­plète, voire biai­sée, que le jour­na­liste a bien fait ses véri­fi­ca­tions, ou même qu’il a réel­le­ment bien compris de quoi il parle ;
    • Ça ne dit pas ce qui a été écarté, ni si le jour­na­liste a prêté une confiance trop impor­tante dans telle ou telle source, surtout quand elle est offi­cielle ou d’au­to­rité ;
    • Ça ne dit pas que tout a été dit ou exploré, ni que l’angle de l’ar­ticle n’a pas été un choix arbi­traire au départ.

    Non les jour­na­listes ne sont pas aux ordres de X ou de Y. Oui ils sont honnêtes et sérieux. Non ça ne doit pas jeter le filtre critique aux orties.

    Ce ne sont que des humains, aussi impar­faits que les autres, dans une machine qu’ils ne contrôlent pas forcé­ment eux-non plus, des contraintes de temps de moyens et de contexte, avec leurs propres biais, leurs propres préju­gés, et leur propre compré­hen­sion des choses.

  • Zero know­ledge

    Ok, on a expliqué comment fonc­tionne le gestion­naire de mots de passe, mais est-ce du zero know­ledge ?

    La réponse est « ça dépend », ou plus préci­sé­ment « ça dépend de ce qu’on entend par zero know­ledge.

    Sur le prin­cipe, le contrôle du serveur ne suffit pas pour récu­pé­rer les mots de passe en clair. C’est une inca­pa­cité tech­nique impos­sible à contour­ner.

    En pratique c’est plus déli­cat. L’en­tité qui gère vos mots de passe chif­frés gère aussi l’ap­pli­ca­tion web, les exten­sions navi­ga­teurs et les clients lourds sur vos ordi­na­teurs de bureau. Elle peut à tout moment déclen­cher une mise à jour logi­cielle avec un code mali­cieux qui fera fuiter vos mots de passe ou la clef de chif­fre­ment à la prochaine utili­sa­tion.

    Est-ce du zero know­ledge si on ne peut pas relire vos mots de passe actuel­le­ment mais qu’on sait à tout moment déployer un nouveau logi­ciel qui le permet­trait ? à vous de dire.

    À un moment quelqu’un va vous propo­ser de télé­char­ger un logi­ciel ou une mise à jour et il va vous falloir faire confiance. Ceux qui contrôlent ce logi­ciel et les mises à jour peuvent théo­rique­ment faire ce qu’ils veulent avec vos données.


    Les accès à des appli­ca­tions web sont parti­cu­liè­re­ment problé­ma­tiques — les mises à jour sont instan­ta­nées, silen­cieuses, et peuvent cibler des utili­sa­teurs précis — mais le problème est plus géné­ral.

    Les exten­sions navi­ga­teurs sont vali­dées par l’édi­teur du navi­ga­teur en ques­tion. Ça peut ajou­ter un peu de sécu­rité en plus mais ça ajoute une seconde entité au cercle de confiance. Désor­mais non seule­ment il faut faire confiance à l’au­teur de l’ex­ten­sion — il est probable qu’il arrive à faire passer une porte déro­bée à travers la vali­da­tion s’il le veut vrai­ment — mais aussi à Mozilla, Google et Apple qui peuvent à tout moment déployer d’eux-même une exten­sion corrom­pue.

    Même chose pour les mises à jour via l’App Store d’Apple ou le Play Store d’An­droid.


    Alors quoi ?

    Une solu­tion serait de couper toutes les mises à jour auto­ma­tiques. On s’ex­pose alors à d’autres problèmes bien plus probables, comme l’im­pos­si­bi­lité de corri­ger rapi­de­ment un problème de sécu­rité invo­lon­taire.

    La fiabi­lité peut venir du fait de docu­men­ter les API entre les logi­ciels clients et le serveur. Chacun peut alors ne pas faire confiance à l’édi­teur d’ori­gine et utili­ser des logi­ciels clients alter­na­tifs. C’est une preuve de bonne foi de la part de l’en­tité qui contrôle le serveur mais on ne fait cepen­dant que dépor­ter le problème : Il faut alors faire confiance aux éditeurs de ces logi­ciels alter­na­tifs.

    La seule solu­tion si on a une vision jusque boutiste du zero know­ledge serait de compi­ler soi-même son logi­ciel à partir des codes sources. Bien entendu cela implique d’avoir le temps et les compé­tences pour audi­ter ce code source et toutes ses évolu­tions. Pour la plupart des gens ce n’est pas réaliste.

    À un moment donné il faut faire confiance, tout ce qu’on peut faire c’est vous lais­ser choi­sir en qui vous faites confiance.


    Plutôt qu’un oui ou non je vous propose des niveaux :

    0Il n’y a aucun chif­fre­ment
    1Les données sont chif­frées mais le serveur sait accé­der aux clef de façon pérenne
    2Les données sont chif­frées mais le serveur a accès aux clefs de façon tempo­raire le temps d’in­te­ra­gir avec les données
    3Les données sont chif­frées ; le serveur n’a pas accès aux clefs de déchif­fre­ment, mais il est possible de déployer une nouvelle version du logi­ciel qui donne accès aux clefs ou aux données
    4Les données sont chif­frées ; les API de commu­ni­ca­tion entre le serveur et les clients sont docu­men­tées ; il est possible d’uti­li­ser des clients alter­na­tifs de son choix
    5Les données sont chif­frées ; les API de commu­ni­ca­tion entre le serveur et les clients sont docu­men­tées ; le code source d’un client est dispo­nible et audi­table ; il est possible de compi­ler soi-même son propre client auprès audit si on en a le temps et les compé­tences

    Pour la plupart des gens les niveaux de sécu­rité 2 à 4 sont déjà tout à fait perti­nents. La diffé­rence se fait en fonc­tion de ce contre quoi on cherche à se proté­ger et de en qui on a confiance.

    Se retreindre au niveau théo­rique où les enti­tés tierces n’ont réel­le­ment aucune capa­cité à récu­pé­rer les mots de passe même indi­rec­te­ment implique le niveau 5, mais ce n’est proba­ble­ment pas réaliste pour grand monde. Il faut savoir relire du code source, avec suffi­sam­ment de compé­tence et de temps pour savoir iden­ti­fier quelqu’un qui cherche à y cacher une porte déro­bée, mais aussi toutes les dépen­dances de ce code source. En pratique on a vu des anoma­lies ou portes déro­bées dans des logi­ciels open source cœur dans la sécu­rité de quasi­ment tous les serveurs (ssh, openssl) rester des années. Autant dire que c’est un niveau de sécu­rité plus théo­rique qu’autre chose. Même les experts finissent par faire confiance à d’autres experts, avec le risque qu’un des maillons de la chaîne ne mérite pas cette confiance.

  • Self Encryp­ting Disk

    Ce soir j’ai joué avec les SED sous Linux. Ce fut labo­rieux et la docu­men­ta­tion est assez rare alors je pose ça ici si jamais ça sert à quelqu’un d’autre.

    Chif­frer ses données

    Sur mon NAS j’ai des données que je ne veux pas perdre, mais aussi des données que je ne veux pas voir fuiter n’im­porte où en cas de cambrio­lage.

    Jusqu’à présent j’avais une parti­tion prin­ci­pale en clair pour le système d’ex­ploi­ta­tion, et une parti­tion chif­frée via LUKS pour les données.

    Avan­tage : Ça fonc­tionne et je peux monter ma parti­tion à distance pour peu que le NAS ait redé­marré suite à un inci­dent élec­trique.

    Désa­van­tage : Parfois le système démarre mais n’a pas ses données. Il faut que je pense à redé­mar­rer certains services (oui, ça aurait pu être ajouté dans un script, je ne l’ai simple­ment pas fait).

    J’ai aussi la désa­gréable impres­sion que les copies se trainent comme il y a 20 ans alors que le disque est rapide. Il faut dire que j’ai un ancien Cele­ron J très faiblard et on a beau me dire que le chif­fre­ment ne consomme quasi­ment rien, mes explo­ra­tions me laissent penser le contraire.

    Les SED

    Les SED sont les self encryp­ting drives. Quasi­ment tous les SSD modernes sont des SED OPAL.

    Le firm­ware d’un SED sait chif­frer et déchif­fer toutes les données à la volée. Il suffit d’ini­tia­li­ser le disque à l’aide d’une pass-phrase. Lui va aller déchif­frer une clef AES 256 bits à l’aide de cette pass-phrase, et ensuite l’uti­li­ser pour chif­frer ou déchif­frer toutes les entrées sorties.

    C’est tota­le­ment trans­pa­rent pour l’OS et ça ne consomme aucun CPU. C’est même telle­ment trans­pa­rent qu’il le fait même si vous ne lui deman­dez pas. « Chif­fre­ment désac­tivé » revient en fait à chif­frer et déchif­frer avec une clef AES stockée en clair, mais on chiffre et déchiffre quand même toutes les données qui tran­sitent (gros avan­tage : On peut acti­ver le chif­fre­ment à la volée quand on le souhaite sans avoir à toucher les données : Il suffit de chif­frer la clef AES qui était aupa­ra­vant en clair).

    Pour chif­frer le disque d’amorçage il y a une astuce. Le disque a en fait une zone d’amorçage cachée où on charge une image dite PBA (pre-boot autho­ri­za­tion). Quand le disque est verrouillé, c’est cette zone qui est vue par la machine et qui est donc amor­cée. L’image demande la pass-phrase, initia­lise la clef AES, désac­tive la fausse zone d’amorçage et relance la machine comme si de rien n’était. Là aussi c’est tota­le­ment trans­pa­rent, l’OS n’y voit que du feu et a l’im­pres­sion de travailler avec un disque stan­dard, amorçage inclus.

    Sécu­rité

    Les SED ont très mauvaise répu­ta­tion depuis qu’une étude de sécu­rité a trouvé que de nombreux construc­teurs ont implé­menté tout ça avec les pieds (genre : la clef AES n’est pas chif­frée et en mani­pu­lant un peu le firm­ware on peut y avoir accès).

    Certains en tirent « il ne faut pas se repo­ser sur les SED » mais c’est un peu plus complexe que ça. Le stan­dard OPAL 2 est tout à fait solide d’un point de vue théo­rique. Il fonc­tionne d’ailleurs de manière très simi­laire à ce que fait LUKS sous Linux. Il faut juste que ce soit implé­menté avec sérieux.

    Il se trouve que, juste­ment, la même étude dit que les Samsung EVO récents ont une implé­men­ta­tion sérieuse. C’est ce que j’ai choisi, ça me va tout à fait.

    Il reste des attaques possibles, mais rien lié à mon modèle de menace (un simple cambrio­lage par des gens venus piquer le maté­riel infor­ma­tique pour le revendre). La NSA, elle, trou­vera de toutes façons moyen d’ac­cé­der à mes données que j’uti­lise LUKS ou un SED.

    Confi­gu­rer un SED

    Je n’ai trouvé que deux docu­men­ta­tions utiles, celle de ArchLi­nux et celle de l’uti­li­taire sedu­tils. On part d’une instal­la­tion OS exis­tante, on peut acti­ver le chif­fre­ment après coup.

    Acti­ver libata.allow_tpm

    Première étape, pour jouer il faudra acti­ver libata.allow_tpm. Sur Debian la seule manière qui m’a semblé fonc­tion­nelle est d’édi­ter /etc/default/grub et d’ajou­ter « libata.allow_tpm=1 » à la variable d’en­vi­ron­ne­ment GRUB_CMDLINE_LINUX_DEFAULT puis exécu­ter update-grub2 et relan­cer la machine.

    Instal­ler sedu­tils

    Je n’ai pas trouvé de paquet Debian. J’ai télé­chargé la distri­bu­tion binaire Linux à partir du site offi­ciel et ai copié sedu­tils-cli dans /usr/local/sbin. Vous aurez besoin qu’il soit dans le PATH plus tard.

    Prépa­rer une image PBA

    Les docu­men­ta­tions proposent de récu­pé­rer une image offi­cielle. Chez moi ça n’a pas fonc­tionné. Le disque est bien déver­rouillé mais ensuite la machine ne savait plus iden­ti­fier l’UEFI du disque pour lancer Linux.

    J’ai du créer ma propre image. C’est de toutes façons ce que je vous recom­mande parce que les images offi­cielles ne gèrent que les claviers US.

    Après avoir installé les paquets binu­tils, net-tools et console-data, télé­char­ger le projet rear puis suivre ce commen­taire :

    sudo apt install -y binutils net-tools console-data
    
    # aller à la racine du projet
    cd rear 
    echo "OUTPUT=RAWDISK" > ./etc/rear/site.conf
    sudo ./usr/sbin/rear -v mkopalpba
    # l'image est dans ./var/lib/rear/TCG-OPAL-PBA/*/*.raw
    Prépa­rer une clef USB de récu­pé­ra­tion

    Je suis comme tout le monde, j’avais sauté cette étape initia­le­ment mais elle vous sera indis­pen­sable pour retrou­ver l’uti­li­taire sedu­tils et pouvoir réini­tia­li­ser le disque en cas de problème (l’image d’ins­tal­la­tion de Debian non seule­ment n’a pas sedu­tils mais ne lance de toutes façons pas son kernel avec libata.allow_tpm, donc vous ne pour­rez rien en faire).

    Là vous pouvez prendre l’image rescue 64 bits offi­cielle et initia­li­ser une petite clef USB au cas où.

    gunzip RESCUE64.img.gz
    # /dev/sdb est ma clef USB
    dd if=RESCUE64.img.gz of=/dev/sdb

    En cas de diffi­culté ça permet de désac­ti­ver le chif­fre­ment, voire de réini­tia­li­ser un nouveau mot de passe si rien d’autre ne fonc­tionne (si la désac­ti­va­tion se fait sans perte de données, la réini­tia­li­sa­tion vous fait repar­tir avec un disque tota­le­ment vierge).

    # Désactiver le chiffrement
    # Remplacer passphrase par votre passphrase et /dev/sda par votre disque
    sudo sedutil-cli --disableLockingRange 0 passphrase /dev/sda
    sedutil-cli --setMBREnable off passphrase /dev/sda
    Confi­gu­rer le disque

    Désor­mais on peut suivre la procé­dure stan­dard, en utili­sant l’image PBA obte­nue plus haut :

    # Confirmer que le disque est utilisable
    sudo sedutil-cli --scan
    # Remplacer passphrase par votre passphrase et /dev/sda par votre disque
    sudo sedutil-cli --initialsetup passphrase /dev/sda
    sudo sedutil-cli --loadPBAimage passphrase imagePBA.raw /dev/sda
    sudo sedutil-cli --setMBREnable on passphrase /dev/sda
    sudo sedutil-cli --enableLockingRange 0 passphrase /dev/sda

    Éteindre et rallu­mer la machine (pas juste redé­mar­rer) devrait suffire à vous deman­der la pass­phrase. Une fois celle-ci saisie, la machine redé­marre encore. Oui c’est long mais c’est normal.

    Chez moi on me demande deux fois la pass­phrase et j’ai donc deux reboot au lieu d’un seul. C’est très long, agaçant. Si quelqu’un voit quel peut être le problème, ça m’in­té­resse. Entre temps je fais avec : Je ne devrais pas redé­mar­rer tous les quatre matins.

  • Assu­mer ses choix

    J’avoue avoir été très agacé dans des discus­sions récentes par la fréquence de la réponse « je ne suis pas respon­sable, c’est un tiers qui m’a demandé de le faire ».

    Je ne comprends pas comment je peux trou­ver chez des ingé­nieurs, déve­lop­peurs et travailleurs du web au sens large ce que je n’ac­cep­te­rais pas chez mon fils du haut de ses 7 ans.

    C’est trop faci­le…


    Il est vrai­ment temps que notre corps de métier arrête de se croire étran­ger et sans respon­sa­bi­lité par rapport au monde.


    Ne pas remon­ter un problème ou un désac­cord, ne pas se battre est un choix. Parfois nous n’ob­te­nons pas gain de cause, mais parfois ça fonc­tionne aussi.

    Et si ça ne fonc­tionne jamais, ou rare­ment, ou pas sur ce qui est impor­tant, rester et conti­nuer quand même est un choix. C’est d’au­tant plus vrai dans nos métiers de travailleurs du web. D’autres profes­sions n’ont pas ce confort.

    Vous n’avez pas le couteau sous la gorge.

    Ces choix nous en sommes respon­sables, quand bien même ils sont contraints et diffi­ciles à prendre. Bien­ve­nue dans la vie, on n’a pas toujours ce qu’on souhaite.


    Je ne vous dis surtout pas de démis­sion­ner dès qu’il y a une source d’in­sa­tis­fac­tion. Je ne vous dis pas de faire blocage sur tout au point d’en deve­nir toxique. Vrai­ment, ne faites pas ça.

    Nous faisons tous des compro­mis. Nous avons tous nos prio­ri­tés et nos combats, pas toujours les mêmes.

    Faites ces compro­mis. Faites vos choix mais assu­mez les. Ce à quoi vous consen­tez, par choix, vous en êtes respon­sables. Ni plus, ni moins.


    Assu­mer ses choix ce n’est pas entrer dans une culpa­bi­li­sa­tion perma­nente.

    Il s’agit de prendre conscience de son impact, de ne pas s’en déres­pon­sa­bi­li­ser, et peut-être en consé­quence de faire d’autres choix à l’ave­nir.

    (je n’ai jamais dit que c’était facile)

  • Paris Web en octobre

    Ça fait plusieurs années que je parle moins de Paris-Web. C’est peut-être une erreur.

    Paris-Web n’est plus seul, et c’est une très bonne chose. Je retrouve par exemple quelques points simi­laires au MiXiT à Lyon.

    On y parle techno mais sans en faire l’al­pha et l’omega. On y parle aussi valeurs, proces­sus, mise en œuvre, avec des gens diffé­rents et pas simple­ment pour vous bour­rer de la nouvelle syntaxe Javas­cript ou des lignes de commande du dernier outil à la mode.

    On y prend du recul, on échange, on se rend parfois compte qu’on a délaissé les bases. Avec Sud Web c’est une des rares rencontres qui m’ont fait à chaque fois réflé­chir sur mon métier et mon parcours.

    Les vieux ont parfois un peu oublié tout ça. Les plus jeunes ne connaissent pas tous et ne voient que du dotjs. Je vous incite à vous recon­nec­ter, à vous inscrire cette année.

    Il y a d’autres désor­mais d’autres événe­ments dans le paysage, et c’est tant mieux, mais celui là ne sera pas si faci­le­ment remplacé.

    Paris Web c’est mi-octobre, et c’est main­te­nant qu’il faut vous inscrire.

  • Est-ce qu’on a le droit d’être [xxx]

    On m’a pointé récem­ment une inter­view d’Etienne Chouard où il affirme qu’il « devrait avoir le droit d’être anti­sé­mite ». La réac­tion étant impli­ci­te­ment « mais tu te rends compte ? ».


    Je ne m’in­té­resse pas ici à ce monsieur, ses propos néga­tion­nistes ou ses proches anti­sé­mites. Merci de ne pas réagir là dessus, ou alors faites le chez vous. Ce n’est pas le sujet de ce billet. Seule la ques­tion géné­rique qui m’in­té­resse.

    Est-ce qu’on a le droit d’être [sexiste] [anti­sé­mite] [isla­mo­phobe] [raciste] […] ?


    Et j’ai beau tour­ner ça dans tous les sens, la seule réponse que j’ai est « oui et c’est une bonne chose ».

    Oui tout d’abord parce que rien dans notre loi ne l’in­ter­dit. Non seule­ment on ne l’in­ter­dit pas mais on le protège :

    « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même reli­gieuses, pourvu que leur mani­fes­ta­tion ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi »

    Article 10 de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen de 1789

    – Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de reli­gion ; ce droit implique la liberté de chan­ger de reli­gion ou de convic­tion, ainsi que la liberté de mani­fes­ter sa reli­gion ou sa convic­tion indi­vi­duel­le­ment ou collec­ti­ve­ment, en public ou en privé, par le culte, l’en­sei­gne­ment, les pratiques et l’ac­com­plis­se­ment des rites.

    – La liberté de mani­fes­ter sa reli­gion ou ses convic­tions ne peut faire l’objet d’autres restric­tions que celles qui, prévues par la loi, consti­tuent des mesures néces­saires, dans une société démo­cra­tique, à la sécu­rité publique, à la protec­tion de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protec­tion des droits et liber­tés d’au­trui. 

    Article 9 de la Conven­tion Euro­péenne des droits de l’homme et des liber­tés fonda­men­tales

    Ensuite parce que les seules alter­na­tives que j’en­tre­vois seraient tota­li­taires. On ne peut pas commen­cer à cher­cher ce que les gens pensent et les condam­ner tant qu’ils n’at­tentent pas dans les faits à la liberté des autres.

    Ce qu’on inter­dit éven­tuel­le­ment c’est la mani­fes­ta­tion dans les actes ou dans les propos, unique­ment pour la protec­tion des droits d’au­trui. Jamais on n’in­ter­dit de croire ou d’être.


    Bref, non seule­ment il devrait avoir le droit [d’être anti­sé­mite] mais il l’a.

    Que ça ne nous empêche pas de lui repro­cher, mais sans arrê­ter défendre le droit de chacun à être un sale con tant qu’il se retient de le mani­fes­ter dans ses actes ou dans ses propos. Tout simple­ment parce qu’il n’y a pas d’autre option si on ne veut pas condam­ner les gens sur ce qu’ils ont dans leur tête.

    Est-ce audible dans une inter­view quand on a soi-même ce type de croyances ? proba­ble­ment pas.

  • Recons­truire le passé

    Je suis atta­ché au patri­moine exis­tant, à son entre­tien, à sa protec­tion. Parfois je pleure le manque de moyens et je suis scan­da­lisé qu’on imagine faire un « loto patri­moine » plutôt que de débloquer des fonds plus direc­te­ment.

    Et pour­tant, je ne comprends pas j’en­tends parler de recons­truc­tion suite à l’in­cen­die de Notre Dame.

    C’est un peu comme une boule à neige. Elle évoque des souve­nirs, on s’y attache, on la nettoie quand elle prend la pous­sière ou on la met dans du papier à bulle pour qu’elle ne casse pas. S’il y a une fuite on peut remettre de l’eau et ajou­ter un point de colle mais ça n’a aucun sens de la recons­truire si elle casse. Ce ne sera plus la même chose, plus le même souve­nir. On va de l’avant.

    Je ne sais pas quel sens ça aurait d’avoir un faux souve­nir recons­truit. Ce ne serait plus de la sauve­garde mais de la copie. Ce ne serait plus du patri­moine, mais au mieux une attrac­tion touris­tique.


    J’ai l’im­pres­sion qu’on propose une recons­truc­tion juste parce qu’on a du mal à se déta­cher, à se dire que quelque chose a disparu. On veut recons­truire parce que ça a toujours été là et qu’on imagine mal autre chose. Peut-être faut-il juste l’ac­cep­ter, et redi­ri­ger tout cet argent vers tout le patri­moine qui lui existe toujours, argent qui y manque cruel­le­ment.

    À l’heure où tant de monu­ments encore debout sont prêts à tomber en ruine faute de budget d’en­tre­tien, un appel à une recons­truc­tion ne me semble pas anodin. À l’heure où il pleut dans les salles de classe et dans les tribu­naux, ça l’est encore moins.

  • Fâché avec la cédille

    Fran­che­ment, à première vue il a l’air bien ce nouvel agen­ce­ment du clavier azerty.

    On a enfin les guille­mets et apos­trophes typo­gra­phiques acces­sibles faci­le­ment. Les ouvrants et fermants sont côte à côte. Le ê est en accès direct et ça c’est un vrai gain.

    Le clavier sait aussi gagner en richesse pour qui le souhaite. Il reprend là quelques bonnes idées des claviers Mac et Linux : Le à devient À et le é devient É avec les bonnes combi­nai­sons. On gagne aussi plus de symboles et diacri­tiques euro­péens. Rien ne semble manquer à première vue ; les ajouts sont bien­ve­nus.

    Une chose qui semble frei­ner c’est qu’on a affaire à une vraie refonte. Ils ont préféré les place­ments intel­li­gents aux place­ments histo­riques.

    Ça peut se justi­fier pour les symboles qu’on ajoute ou qu’on change de complexité d’ac­cès mais était-ce vrai­ment néces­saire de dépla­cer ^ à – ) et quelques autres si c’est pour les lais­ser en accès direct ?

    C’est plus logique ainsi mais le chan­ge­ment d’ha­bi­tude n’est pas du tout à igno­rer dans un nouveau clavier. Éviter les dépla­ce­ments inutiles aurait à mon avis été préfé­rable à une telle refonte.

    Au delà de l’ha­bi­tude, j’ai un vrai reproche : ç et ù perdent leur accès direct alors qu’ils sont extrê­me­ment fréquents en français. Une fois tous les 2000 mots pour le ç d’après leur propre étude.

    On les a déclas­sés au profit du guille­met-apos­trophe culbuté ( ‘ ) — utilisé une fois tous les 238 000 mots en moyenne — et qui lui gagne un accès direct. C’est satis­fai­sant intel­lec­tuel­le­ment parce que son opposé était sur la touche adja­cente, mais fran­che­ment peu raison­nable du point de vue des usages. Un peu de prag­ma­tisme aurait été de bon aloi.

  • Sépa­rer les choses

    1. Je comprendre sans pour autant accep­ter.
    2. Je peux accep­ter sans pour autant comprendre.
    3. Je peux expliquer sans pour autant justi­fier
    4. Je peux critiquer les actions ou les paroles d’une personne dans un contexte précis ou sur un sujet précis sans pour autant reje­ter tout ce qu’elle a pu dire ou faire par ailleurs, ni aucu­ne­ment soute­nir ses oppo­sants.
    5. Je peux défendre les paroles, les actions ou les droits d’une personne dans un contexte précis ou sur un sujet précis sans pour autant accep­ter tout ce qu’elle a pu dire, faire ou repré­sen­ter par ailleurs, ni reje­ter ses détrac­teurs.
    6. Je peux reje­ter ou adhé­rer à des idées ou des propo­si­tions sans pour autant me sentir proche de tous ceux qui font de même.
    7. Je peux refu­ser un argu­ment, un moyen d’ac­tion ou une forme quel­conque tout en soute­nant le fond ou l’in­ten­tion.
    8. Je peux accep­ter ou refu­ser un élément sans forcé­ment avoir le même juge­ment sur tous les autres, fussent-ils liés ou partie d’un même tout.
    9. Je peux ne pas savoir, préfé­rer y réflé­chir, ou même ne pas souhai­ter m’ex­pri­mer sur un sujet sans que ce ne soit inter­pré­table comme un soutien ou un refus.
    10. Je peux avoir une posi­tion diffé­rente dans un cas géné­ral et dans un cas parti­cu­lier, ou même ne pas avoir de posi­tion du tout dans un des deux cas.
    11. Je peux avoir une opinion ou une posi­tion sur un point précis sans en avoir sur d’autres, quand bien même ils sont liés.
    12. Je peux être proche d’une personne sans parta­ger, soute­nir ou caution­ner ce qu’elle dit ou ce qu’elle fait.
    13. Je peux discu­ter avec quelqu’un et entendre ou comprendre ses opinions, sans pour autant les parta­ger.
    14. Je peux faire partie d’un groupe sans forcé­ment en parta­ger l’in­té­gra­lité des posi­tions ou consi­dé­rer qu’il est parfait.
    15. Je peux défendre une personne ou un groupe sans pour autant m’en sentir proche, m’y affi­lier ou en parta­ger les posi­tions.
    16. Je peux trou­ver quelque chose inté­res­sant sans pour autant l’ai­mer, le souhai­ter, le caution­ner ou le défendre.
    17. Ce que je pense, dis ou fais dans un certain contexte ne vaut pas toujours dans d’autres contextes, même si je n’ex­pli­cite pas toutes les limites en détail à chaque fois.
    18. Je peux mal m’ex­pri­mer, me trom­per, apprendre ou chan­ger d’avis. Ce que j’ai pu dire, faire ou penser ne reflète pas toujours ce que je dis, fais ou pense aujourd’­hui ni ce qu’il en sera demain.
    19. Je peux parler d’un cas précis sans me sentir obligé d’avoir à parler ou d’avoir parlé par le passé de tous les autres cas ou tous les autres sujets qui pour­raient être perti­nents ou simi­laires, et ce sans que cela ne cache une préfé­rence cachée quel­conque.
    20. Je peux accep­ter un argu­ment, un moyen d’ac­tion ou une forme quel­conque tout en reje­tant le fond ou l’in­ten­tion.

    Le monde est complexe, et moi aussi. Je me réserve le droit de ne pas toujours avoir une posi­tion simple ou simpliste, d’au­tant que j’ai moi aussi mes contra­dic­tions, même si elles ne me rendent pas toutes fier.


    Je suis agacé que tout ça doive être rappelé mais main­te­nant c’est fait.

    Si on évitait les amal­games par asso­cia­tion ou par oppo­si­tion, on évite­rait beau­coup de non-sens (et on gagne­rait un peu d’hon­nê­teté intel­lec­tuelle).