Est-ce qu’on a le droit d’être [xxx]

On m’a pointé récem­ment une inter­view d’Etienne Chouard où il affirme qu’il « devrait avoir le droit d’être anti­sé­mite ». La réac­tion étant impli­ci­te­ment « mais tu te rends compte ? ».


Je ne m’in­té­resse pas ici à ce monsieur, ses propos néga­tion­nistes ou ses proches anti­sé­mites. Merci de ne pas réagir là dessus, ou alors faites le chez vous. Ce n’est pas le sujet de ce billet. Seule la ques­tion géné­rique qui m’in­té­resse.

Est-ce qu’on a le droit d’être [sexiste] [anti­sé­mite] [isla­mo­phobe] [raciste] […] ?


Et j’ai beau tour­ner ça dans tous les sens, la seule réponse que j’ai est « oui et c’est une bonne chose ».

Oui tout d’abord parce que rien dans notre loi ne l’in­ter­dit. Non seule­ment on ne l’in­ter­dit pas mais on le protège :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même reli­gieuses, pourvu que leur mani­fes­ta­tion ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi »

Article 10 de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen de 1789

– Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de reli­gion ; ce droit implique la liberté de chan­ger de reli­gion ou de convic­tion, ainsi que la liberté de mani­fes­ter sa reli­gion ou sa convic­tion indi­vi­duel­le­ment ou collec­ti­ve­ment, en public ou en privé, par le culte, l’en­sei­gne­ment, les pratiques et l’ac­com­plis­se­ment des rites.

– La liberté de mani­fes­ter sa reli­gion ou ses convic­tions ne peut faire l’objet d’autres restric­tions que celles qui, prévues par la loi, consti­tuent des mesures néces­saires, dans une société démo­cra­tique, à la sécu­rité publique, à la protec­tion de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protec­tion des droits et liber­tés d’au­trui. 

Article 9 de la Conven­tion Euro­péenne des droits de l’homme et des liber­tés fonda­men­tales

Ensuite parce que les seules alter­na­tives que j’en­tre­vois seraient tota­li­taires. On ne peut pas commen­cer à cher­cher ce que les gens pensent et les condam­ner tant qu’ils n’at­tentent pas dans les faits à la liberté des autres.

Ce qu’on inter­dit éven­tuel­le­ment c’est la mani­fes­ta­tion dans les actes ou dans les propos, unique­ment pour la protec­tion des droits d’au­trui. Jamais on n’in­ter­dit de croire ou d’être.


Bref, non seule­ment il devrait avoir le droit [d’être anti­sé­mite] mais il l’a.

Que ça ne nous empêche pas de lui repro­cher, mais sans arrê­ter défendre le droit de chacun à être un sale con tant qu’il se retient de le mani­fes­ter dans ses actes ou dans ses propos. Tout simple­ment parce qu’il n’y a pas d’autre option si on ne veut pas condam­ner les gens sur ce qu’ils ont dans leur tête.

Est-ce audible dans une inter­view quand on a soi-même ce type de croyances ? proba­ble­ment pas.

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4 commentaires

  1. Un élément de plus pour indiquer que la « pensée unique », ceci pour ne parler que du langage dans la société de l’information, n’est pas un critère : dans la sphère publique, la responsabilité doit dépendre de l’audience. La génération des réseaux sociaux forme son esprit sur youtube ; cela pose assez de problèmes : c’est donc une responsabilité importante.

    En ce qui concerne Mr Chouard, il fait régulièrement face à des questions tendancieuses, sans visiblement qu’il s’y soit préparé. Je crois que les personnes publiques qui ont de l’influence, surtout si elles sont critiques ou dans l’opposition, doivent creuser leur investissement, pour se préparer à affronter les règles de combat qui régissent la sphère publique, mais aussi parce que c’est ce que nous attendons de leur fonction, de la position qu’il occupe.

    Pour éviter que cela ne se transforme en police de la vertu qui valide ou invalide la personne en dehors de toute production élaborée, c’est aussi à nous de réfléchir ; une technologie neutre, ça n’existe pas, c’est même essentiellement constitutif. Les propos diffusés sont surtout de l’ordre du temps rapide, comme si la pensée et la raison étaient des choses immédiates, allant de soi, alors qu’elles sont a contrario le fruit d’une construction du temps long et d’une certaine complexité, d’une hésitation motrice.

    1. Chouard a largement l’habitude d’être confronté à ce type de questions, et il y est de ce fait pleinement préparé. Il est récemment présenté dans une interview lente, où il a le temps et le loisir de détailler ce qu’il dit sans être pressé ni interrompu.

      Maintenant :

      Je ne m’intéresse pas ici à ce monsieur, ses propos négationnistes ou ses proches antisémites. Merci de ne pas réagir là dessus, ou alors faites le chez vous. Ce n’est pas le sujet de ce billet.

    1. Je ne vois pas où il y a contradiction avec ce billet, ou ce que tu cherches à y ajouter. Ce que tu pointes (qui parle d’inciter les autres à la haine) fait pleinement partie de la phrase.

      Ce qu’on interdit éventuellement c’est la manifestation dans les actes ou dans les propos, uniquement pour la protection des droits d’autrui. Jamais on n’interdit de croire ou d’être.

      Tu peux avoir la haine contre une catégorie de personnes. Tant que tu n’incites pas les autres à faire de même et que tu ne les discrimines pas dans les actes, la loi n’a aujourd’hui aucun levier.
      Sur d’autres sujets on va même plus loin. Tu n’as pas le droit de faire l’apologie de certains sujets, donc d’en dire du bien même si tu n’incites en rien les autres. Sur quelques points particuliers comme le négationnisme, tu n’as même pas le droit de contester les faits.
      Par contre même pour ces délits très stricts, la loi ne domine pas ce que tu penses et ce que tu es. Uniquement ce que tu fais.

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