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Verba­lisé (parce que)

Préam­bule : J’in­clus dans cet inven­taire des PV arbi­traires ou abusifs, mora­le­ment ou léga­le­ment. Au delà de la subjec­ti­vité dans l’ap­pré­cia­tion, ce n’est qu’une collec­tion de liens publics, qui ne se veut même pas exhaus­tive. Je me contente d’évi­ter ce qui me parait contes­table ou liti­gieux. Mes critères de base sont soit une cita­tion dans la presse de métier, soit un message en ligne public par un témoin direct en son nom propre et via une iden­tité établie (donc pas de propos rappor­tés, pas de comptes de réseaux sociaux créés il y a deux semaines ou sans inter­ac­tions person­nelles solides).

Pour autant, cela ne consti­tue pas un travail de jour­na­liste et ne doit pas être consi­déré comme tel. Entre autres, je ne contacte pas les personnes concer­nées ou les auto­ri­tés, et ne recherche pas d’éven­tuels témoins. Vous êtes donc invi­tés à garder votre esprit critique et faire vous-même les véri­fi­ca­tions si vous les jugez impor­tantes.

Vous êtes plus que les bien­ve­nus à m’ai­der en me propo­sant d’autres liens à inclure (nouveaux témoi­gnages publics, confir­ma­tions ou correc­tifs par des jour­na­listes, etc.).

Comme je vois des gens qui me citent avec un message poli­tique que je ne soutiens pas forcé­ment : J’ai forcé­ment des opinions sur tout ça, je m’au­to­rise des commen­taires d’hu­meur, mais ne me prêtez aucune inten­tion ni aucun message poli­tique que je n’au­rais moi-même expli­ci­te­ment exprimé. En parti­cu­lier, cet inven­taire n’est *pas* un appel à mettre fin au confi­ne­ment, à lutter contre la police, à braver les règles, ou à quoi que ce soit d’autre (ni tout ça ni l’op­posé de tout ça).


Le droit de faire les courses, mais pas d’y inclure des paquets de gâteaux

Même si votre dépla­ce­ment est motivé, on risque de fouiller vos courses pour déter­mi­ner ce qui semble perti­nent ou pas comme achat de nour­ri­tu­re…

Préci­sions :

Le coca-cola non plus

Non, le chariot ne contient pas que du coca-cola.

Les serviettes hygié­niques non plus

Je n’ai pas l’in­for­ma­tion, mais on parie combien que le poli­cier était un homme qui aurait consi­déré le savon ou le gel hydro­al­coo­lique comme de néces­sité ?

La baguette ok, mais unique­ment par deux

A Sanary-sur-Mer, comme le racon­tait notre corres­pon­dante dans le Var, c’est deux baguettes sinon… un PV. Le maire a en effet pris un arrêté obli­geant ses conci­toyens à restreindre leurs dépla­ce­ments chez le boulan­ger. «  Toute personne sortant d’une boulan­ge­rie avec une seule baguette sera verba­li­sée », préve­nait [le maire] Ferdi­nand Bern­hard.

Le Pari­sien « Confi­ne­ment : ces PV contes­tés par les Français », 24 mars 2020

Bon, en fait non, pas la boulan­ge­rie

Elle est ouverte, mais il ne faut pas y aller

A Parmain (Val-d’Oise), un habi­tant pour­tant muni de son attes­ta­tion a juste­ment pris une amende alors qu’il se rendait à la boulan­ge­rie, comme il le rappor­tait au Pari­sien. « J’avais coché la deuxième case du formu­laire : dépla­ce­ment pour effec­tuer des achats », préci­sait Jean-François, auquel un gendarme aurait rétorqué qu’il ne s’agis­sait pas d’un motif d’ur­gence, dres­sant un PV que Jean-François entend bien contes­ter.

Le Pari­sien « Confi­ne­ment : ces PV contes­tés par les Français », 24 mars 2020 ; aussi raconté le 22 mars dans « Confi­ne­ment : un habi­tant du Val-d’Oise verba­lisé après être allé ache­ter une baguette de pain »

Et gardez bien le ticket de caisse

Parce qu’é­vi­dem­ment si on revient sur le trajet du super­mar­ché le coffre plein de courses et une auto-attes­ta­tion qui dit « je suis parti faire les courses », ça ne prouve rien.

A Fresnes-sur-Marne (Seine-et-Marne), Pierre a été verba­lisé vendredi en rentrant de Lidl, où il venait de faire ses courses. C’est sa mère qui raconte pour lui. Pierre est handi­capé mental. « Asper­ger, précise Michelle, sa maman. Il a des capa­ci­tés pour certaines choses, pas pour d’autres. Excu­sez-moi de le dire, mais ça se voit… » Les gendarmes de la brigade locale ne l’au­raient pas vu. « En poste sur un rond-point, ils lui ont demandé son motif de dépla­ce­ment. Cons­ta­tant les provi­sions dans le coffre, ils ont alors exigé le ticket de caisse, que dans l’af­fo­le­ment mon fils n’a pas été capable de produi­re… » Là encore : 135 € pour Pierre ainsi que pour son amie.

Le Pari­sien « Confi­ne­ment : ces PV contes­tés par les Français », 24 mars 2020

Et pas dans la ville à côté

Le drive, c’est trois jours d’at­tente pour la commande et il y a beau­coup de produits manquants. Et je ne voulais pas non plus m’en­gouf­frer au Leclerc, que je savais encore bondé. J’ai donc estimé plus prudent de me rendre à l’In­ter­mar­ché de Kerfi­chant, à Lorient, que je sais plus calme et où j’ai égale­ment mes habi­tudes […]

Ses courses termi­nées, Cyrille Le Meur a repris la voiture en direc­tion de son domi­cile. Au niveau de la gare, il tombe sur un contrôle de police. « À la vue de ma domi­ci­lia­tion, les poli­ciers lorien­tais m’ont dressé une contra­ven­tion de 135 €

Le télé­gramme, « Une amende de 135 € pour avoir fait ses courses à Lorient plutôt qu’à Lanes­ter », 26 mars 2020

À ceux qui se demandent, la distance entre les deux super­mar­chés est de moins de 5 km d’après Google Maps ; la gare est à la moitié du chemin, donc 2,5 km. C’est litté­ra­le­ment « de l’autre côté du pont ». Visi­ble­ment à Lorient c’est « pas d’étran­gers chez nous ».

Pas plus d’un kilo­mètre en fait

J’ha­bite à Plou­gas­tel Daou­las, je mets exac­te­ment 4 min en voiture pour aller à Picard de chez moi (4km). Je ne croise personne. Je tombe sur un contrôle de police à la sortie du pont de Plou­gas­tel. Je ne m’inquiète pas. Je suis en règle.

Et là … je prends une contra­ven­tion ! Mais pourquoi ?

Le poli­cier me dit que je ne suis pas à 1 km de chez moi. Mais j’avais lu que cela concer­nait que les prome­neurs de chien et les joggeurs ! Pas les courses. Je n’ai rien à 1km de chez moi à part la boulan­ge­rie et le tabac et j’ima­gine que nous sommes beau­coup dans cette situa­tion d’ailleurs.
Et j’ai véri­fié partout sur le net et je n’ai vu nulle part que cette nouvelle règle concer­nait les courses. Puis bon je n’ai pas fait 20 bornes non plus quoi.

« Attes­ta­tion de dépla­ce­ment déro­ga­toire et abus de pouvoir….l’in­hu­ma­nité pointe son nez », 25 mars 2020

J’ai véri­fié. Le premier commerce alimen­taire de proxi­mité est à pile 950 mètres de chez moi. Je l’ai échappé belle… (et non, les décrets ne précisent de distance que pour l’exer­cice physique).

Et pas à vélo s’il vous plait

C’est vrai quoi, on ne va pas lais­ser ces trucs d’écolo-gauchistes s’ins­tal­ler.

Défi­ni­ti­ve­ment, pas de vélo, même utili­taire

Le vélo c’est mal, la voiture c’est telle­ment moins risqué… ou pas. On a une logique pro-voiture dans notre société que j’ai toujours du mal à comprendre. Ce n’est perti­nent ni écolo­gique­ment, ni écono­mique­ment, ni même d’un point de vue sani­tai­re…

Et atten­tion à l’heure

Il y a d’ailleurs un vrai sujet entre les injonc­tions données dans les discours, celles écrites sur le site du minis­tère de l’in­té­rieur, et ce qu’il y a dans les décrets. Problème : Les poli­ciers vont se baser sur ce qu’ils entendent et inter­prètent, pas sur les décrets.

Et lais­sez les bébés dans la voiture

Je reste sans voix…

Puisqu’on vous dit de lais­ser les enfants seuls !

« À chaque fois que je veux faire un drive, l’ap­pli­ca­tion ne fonc­tionne pas, le site est saturé […] ça faisait quatre jours que j’es­sayais sans succès, je n’avais pas d’autre choix que de me dépla­cer » […]

Pour cette sortie, sa fille âgée de quatre ans et demi l’ac­com­pagne, « je n’ai aucun moyen de la faire garder pendant le confi­ne­ment », affirme la mère céli­ba­taire. Lundi 23 mars au matin, munie de son papier, obli­ga­toire pour chaque sortie, la jeune maman se rend donc dans l’hy­per­mar­ché le plus proche de chez elle, soit le Leclerc de Jonchery-sur-Vesle.

[…] À son retour, le vigile confirme : « il n’y a pas le droit aux enfants. Le direc­teur accepte excep­tion­nel­le­ment juste pour aujourd’­hui de vous lais­ser passer, mais ça ne sert à rien de reve­nir, car c’est la seule et unique fois », cite Mathilde. « Le vigile m’a dit la prochaine fois ce sera non »,  raconte-t-elle d’un ton las. 

France 3 régions, « En allant faire des courses accom­pa­gnée de sa fille de 4 ans, une mère céli­ba­taire a été infor­mée qu’elle ne pour­rait plus reve­nir dans l’hy­per­mar­ché de sa commune. La raison : les mesures prises par le maga­sin dans le cadre de la crise du covid-19, limi­tant l’ac­cès à une personne maxi­mum. », 24 mars 2020

L’ap­pel de la rédac­tion de France 3 a permis à la direc­tion du maga­sin d’as­sou­plir sa poli­tique.


On a dit pas d’hy­giène

C’est telle­ment surfait quand on parle de lutter contre la mala­die. Le fait que la lave­rie soit un des cas expli­ci­te­ment auto­ri­sés par le site du minis­tère de l’in­té­rieur n’y change rien.

Un tren­te­naire de Pontivy (Morbi­han) s’est fait verba­li­ser devant une lave­rie, malgré son attes­ta­tion de dépla­ce­ment. Il n’a pas de lave-linge chez lui et laver ses vête­ments est une néces­sité profes­sion­nelle : il est agent d’en­tre­tien. Il a inter­pellé la préfec­ture du Morbi­han et le gouver­ne­ment.

[…] J’avais une attes­ta­tion de sortie sur moi. Je l’ai montrée aux gendarmes, je leur ai expliqué ma situa­tion : je n’ai pas de machine à laver chez moi, je vis dans un petit loge­ment de 20 m2. Comment font les gens qui ont ni les moyens d’avoir un lave-linge ni la place chez eux pour en avoir un ?

[…] Je travaille dans le nettoyage, je dois donc laver mes vête­ments très régu­liè­re­ment. Mon métier exige une bonne hygiène person­nelle, encore plus avec le coro­na­vi­rus : je nettoie des bureaux occu­pés par des personnes qui évidem­ment ne souhaitent pas être en contact avec le virus inuti­le­ment. Vu le contexte actuel, la bonne hygiène semble vrai­ment essen­tielle. Je ne comprends pas que l’on puisse me donner une contra­ven­tion…

« Sans machine à laver chez lui, il est verba­lisé en allant à la lave­rie à Pontivy », 25 mars 2020

Le test de gros­sesse ce n’est pas essen­tiel

À ranger dans la même case « moi je n’en ai pas besoin donc ça doit être inutile »…

Les cour­riers admi­nis­tra­tifs urgents peuvent attendre

Même si on fait pour­tant venir les postiers pour ça

Le coup de colère du jour nous vient des bords du lac d’An­necy, d’un habi­tant de Veyrier-du-Lac verba­lisé par la gendar­me­rie, samedi 21 mars au matin, sur le retour du bureau de poste où il était allé dépo­ser des cour­riers urgents, attes­ta­tion en poche.

[…] « J’ai été contrôlé devant la mairie par un jeune gendarme qui ne connais­sait pas Veyrier, j’ai présenté mon attes­ta­tion et je lui ai dit que j’ha­bi­tais à 700 mètres mais il n’a pas voulu me croire […] Il m’a dit que j’étais à plus de 500 mètres

« Je vais produire les copies des cour­riers que j’ai envoyés pour le compte de deux familles, adres­sées à la Caisse d’al­lo­ca­tions fami­liales (CAF), des lettres urgentes décou­lant d’une erreur commise par l’or­ga­nisme. Je n’ai pas grand espoir mais je veux prou­ver ma bonne foi et qui sait… »

Le Dauphiné, « Haute-Savoie : verba­lisé à 700 mètres de chez lui après avoir posté des cour­riers urgents », le 24 mars 2020

Pas deux dans la même voiture

Ce matin, je me rends en courses au super­mar­ché à côté de chez moi. J’ai mon attes­ta­tion dûment remplie et signée, mes papiers d’iden­tité.
Ma femme m’ac­com­pagne parce qu’elle doit faire les courses pour ses parents de 88 ans. Elle a son attes­ta­tion et ses papiers, comme moi.
La règle dans le super­mar­ché : 1 personne = 1 caddie. Normal. Donc nous allons faire nos courses à 2.

Contrôle de gendar­me­rie : je me suis fait sanc­tion­ner parce que je ne respec­te­rais pas les consignes de confi­ne­ment !
Eh oui, le gendarme a décidé que nous devions être seuls chacun dans une voitu­re… ou alors il a entendu trop de fake news.

Patrice V, Face­book, 26 mars 2020

Le site offi­ciel du gouver­ne­ment indique pour­tant expli­ci­te­ment l’au­to­ri­sa­tion de prendre la voiture à plusieurs, et même de faire du co-voitu­rage.

Le droit à l’exer­cice physique mais unique­ment si on court

Parce que ça change tout (ou pas) à la conta­gion, au fait de se dégour­dir les jambes quand on habite dans un petit studio. Les mauvaises langues diront que la même chose dans les beaux quar­tiers plutôt qu’à Ménil­mon­tant aurait proba­ble­ment mené à une autre issue.

Et on ne court pas en jean !

Repris par David Dufresne dans son signa­le­ment 904.

Et pas de pause hein…

Parce que même à 78 ans, l’exer­cice, pour­tant indis­pen­sable, doit se faire d’une traite. On ne sait jamais.

La presse ? celle qui suit les manifs ? ah non ! (foutu crayon de papier)

Ce matin, le télé­phone sonne. Ô joie ! Une commande pour un maga­zine. Ce genre d’ap­pel est devenu, à l’ins­tar du pango­lin, une espèce en voie de dispa­ri­tion… J’en­fourche mon vélo et rejoins les abords de l’hô­pi­tal Saint-Antoine à Paris pour photo­gra­phier une char­mante épidé­mio­lo­giste.

[…]

Moi : Oui, mais la carte de presse suffit vous savez….

Lui : J’m’en fous, je veux l’at­tes­ta­tion et votre pièce d’iden­tité

Moi, en bon petit soldat (et oui, on est en guerre qu’il a dit le chef) j’ai prévu l’at­tes­ta­tion déro­ga­toire ET une lettre de mission du jour­nal.

Moi : Voici l’at­tes­ta­tion.

[…]

Lui : Ah les jour­na­lis­tes… Vous faites quoi là d’ailleurs ?

Je lui explique et ajoute, avec toute ma compas­sion, que c’est compliqué pour tous ceux qui doivent conti­nuer à faire leur travail dans ces condi­tions.

Lui : Ouais, comme quand vous venez faire des photos en manif, hein, ça vous savez faire, surtout pour faire des photos des poli­ciers.

[…]

Lui : Je vais vous verba­li­ser
Moi : Pardon ? Et pour quel motif ?
Lui : La date, sur votre attes­ta­tion déro­ga­toire est écrite au crayon de papier
Moi : Monsieur, la carte de presse suffit à justi­fier mon dépla­ce­ment comme je vous l’ai déjà indiqué, l’at­tes­ta­tion est simple­ment acces­soire, je l’ai impri­mée car on me l’a déjà deman­dée lors de contrôle et que cela accé­lère le proces­sus.

Seb Lelan, Face­book, 30 mars 2020

Aller, sur demande des pompiers, récu­pé­rer quelqu’un ayant eu un acci­dent n’est pas un motif valable

Qu’elle rentre à pied après son acci­dent ! (et en courant, parce que sinon ils alignent aussi, mais moins de 1 km parce que sinon…)

Ce jeudi encore, il était aux alen­tours de 14 heures lorsque, circu­lant sur l’au­to­route A86 à hauteur d’Al­fort­ville (Val-de-Marne), Lena, 19 ans, percute un autre véhi­cule. Le sien est réduit à l’état d’épave. Elle n’est que légè­re­ment bles­sée. « Les pompiers m’ont dit d’ap­pe­ler un proche pour qu’il vienne me cher­cher, raconte la jeune femme. J’ai télé­phoné à mon copain, qui est venu avec son frère. »
Les deux jeunes prennent soin de se munir au préa­lable de leur attes­ta­tion. Pas suffi­sant aux yeux des poli­ciers, qui sont arri­vés entre-temps sur le lieu de l’ac­ci­dent. « Les CRS leur ont demandé ce qu’ils faisaient là. Leurs expli­ca­tions n’ont pas suffi. Ils ont écopé chacun de 135 € », soupire Lena, dépi­tée. Elle-même rentrait de son travail. Léna est hôtesse de caisse dans un super­mar­ché Leclerc.

Le Pari­sien « Confi­ne­ment : ces PV contes­tés par les Français », 24 mars 2020

Gérer les animaux, mais pas donner à boire aux chevaux

Au Pouli­guen (Côtes-d’Ar­mor), une adoles­cente de 16 ans a été verba­li­sée jeudi alors qu’elle trans­por­tait, selon sa mère, plusieurs bidons d’eau pour abreu­ver ses chevaux, situés à 500 m de chez elle. « Les fonc­tion­naires, dans une voiture bleue, lui ont expliqué que ce n’était pas vital », a dénoncé la maman dans Ouest-France, avant que les poli­ciers de La Baule démentent ce mardi soir toute verba­li­sa­tion. « Qui, alors, l’a verba­lisé ? » inter­ro­geait en retour le quoti­dien.

Le Pari­sien « Confi­ne­ment : ces PV contes­tés par les Français », 24 mars 2020

Au pire on vous donnera un motif d’al­ler à l’hô­pi­tal

il est dans les envi­rons de 16 h lorsqu’elle sort faire des courses près de son domi­cile à Auber­vil­liers (Seine-Saint-Denis). […] Sur le chemin du retour, alors qu’elle ne se trouve plus qu’à quelques mètres de chez elle, une patrouille de police décide de contrô­ler son attes­ta­tion de déro­ga­tion de sortie, dans le cadre du confi­ne­ment lié à la propa­ga­tion du coro­na­vi­rus Covid-19.

A la suite de ce contrôle musclé, la jeune femme se voit pres­crire cinq jours d’in­ca­pa­cité tempo­raire totale (ITT).

« Coro­na­vi­rus en Seine-Saint-Denis. Elle est tasée et frap­pée pour ne pas avoir montré son attes­ta­tion », 24 mars 2020

Reve­nir avec les courses c’est sortir pour un bon motif. Tout ce qu’on peut repro­cher c’est un défaut de papier. Même s’il y avait alter­ca­tion, cinq jours d’ITT est-ce bien raison­nable comme propor­tion pour une sortie moti­vée mais poten­tiel­le­ment un défaut admi­nis­tra­tif ?

Oh, c’est la Seine Saint Denis, elle est noire et voilée. Oui je le précise parce que c’est loin d’être neutre dans les expli­ca­tions possibles.

Non, on ne rigole pas

Même durée mais il ne s’agit pas du même cas qu’au-dessus. Je n’ai mis que ces deux là car les autres vidéos soit ne sont pas datables faci­le­ment soit on ne sait pas si ça parle d’at­tes­ta­tion de sortie, mais il y a d’autres cas qui tournent

Vrai­ment… c’est dange­reux

L’his­toire est aussi racon­tée illus­trée. Je ne reco­pie pas tout ici et je vous laisse suivre le lien :

Ne cour­rez pas (enfin si, mais pas ici)

Besoin d’en parler : je viens d’être témoin de ma première violence poli­cière (gendar­mière en fait) et ça fait vrai­ment bizar­re… 🥺

Un groupe de gendarmes contrô­laient les gens qui marchaient dans ma rue sous mon balcon, tout se passait « norma­le­ment ».

Plus grand monde dans la rue, ils repartent dans le four­gon, font 50 m et sortent le méga­phone pour crier à un type qui marchait dans l’autre sens sur le trot­toir opposé : « gendar­me­rie natio­nale, arré­tez-vous, présen­tez votre attes­ta­tion ».

Le gars hésite un instant, hausse les épaules et se mets à marcher plus vite. 5 gendarmes sortent du four­gon en courant, il se mets alors à courir, mais pas très vite.

L’un deux arrive vite à son niveau et le projette très violem­ment contre la vitre d’un restau­rant, à tel point que la vitre se casse. Le gars est par terre, ne bouge pas, ne se débat pas, ils se jettent sur lui à 4 avec une grande violence pour le mettre face contre terre. (Objec­ti­ve­ment, je crois que c’est cette partie qui m’a le plus choqué car certains gestes me parais­saient vrai­ment gratuits, pire qu’au cinéma et le gars avait vrai­ment l’air « normal » et ne protes­tait pas, ne se débat­tait pas.)

Il ne bouge plus, il est blessé, il leur dit dit qu’il n’avait juste pas d’at­tes­ta­tion et pas envie de payer 135€. Ils s’éloignent de lui, appelent le samu qui après l’avoir examiné sors le bran­card, lui mets une minerve, lui déchire le jean pour lui mettre bandages et immo­bi­li­sa­tion aux jambes.

Et en route pour l’hô­pi­tal sur un bran­card. Voilà.

Au-delà de la dispro­por­tion de la violence de l’ar­res­ta­tion qui m’a enfin fait voir ce qu’on a entendu dans les mani­fes­ta­tions de ces deux dernières années, je suis choqué de voir qu’une ambu­lance et des services hospi­ta­liers soient mobi­li­sés pour ça en ce moment…
Et la vitre du restau­rant va coûter plus que 135€.

Cyril R., message Face­book du 22 mars 2020

Toujours les mêmes ciblés

On y voit Rama­tou­laye, 19 ans, entou­rée de six poli­ciers, avec un chariot de courses pas loin. Elle raconte qu’elle allait “faire les courses pour [son] enfant de 7 mois, accom­pa­gnée de [son] petit frère ». « Je marquais un arrêt parce que mon caddie était lourd »,

[…]

On y entend Rama­tou­laye crier, dans un mouve­ment de recul, provoqué selon elle par « un coup de taser ». Elle est ensuite mise à terre.

La vidéo cesse sans que l’on puisse consta­ter ce qu’il s’est produit par la suite. Elle raconte avoir été “jetée dans le four­gon”. À partir de là, “ça a été encore pire”, soupire Rama­tou­laye. « En pleurs », elle aurait été « giflée plusieurs fois » et un poli­cier aurait tenu des propos racistes.

[…]

Sur le certi­fi­cat d’in­ca­pa­cité émis par les services d’ur­gences médico-chirur­gi­cales qui nous a été trans­mis, cinq jours d’in­ter­rup­tion de travail

[…]

une plainte pour « violences volon­taires ayant entraîné une ITT infé­rieure à dix jours, en réunion, avec arme, par personnes dépo­si­taires de l’au­to­rité publique, et violence en présence d’un mineur de moins de 15 ans ».

France Inter, « Confi­ne­ment : plusieurs personnes affirment avoir été bruta­li­sées et insul­tées lors de contrôles de police », 5 avril 2020

L’im­por­tant c’est le papier

Parce qu’on n’est pas la France pour rien. Que le motif soit bon, s’il n’y a qu’un seul papier le prou­vant sans ambi­guité et pas en plus une auto-attes­ta­tion, mieux vaut mettre 2x 135€. D’au­tant plus aux soignants qui se déplacent vu les condi­tions d’exer­cice en ce moment…

En colère, Chris­tophe Blon­del, secré­taire du syndi­cat CGT au sein du centre hospi­ta­lier Béthune-Beuvry : «  Deux collègues ont été verba­li­sés ce matin. Une patrouille de police les a contrô­lés. Ils avaient leur justi­fi­ca­tif de dépla­ce­ment profes­sion­nel, mais avaient oublié de remplir l’at­tes­ta­tion de dépla­ce­ment déro­ga­toire ! C’est ridi­cule ! Ils avaient leur justi­fi­ca­tif d’em­ployeur pour la santé ! » L’in­fir­mière et le person­nel soignant ont donc reçu une amende de 135 euros.

L’ave­nir de l’Ar­tois, « Béthune : deux person­nels soignants verba­li­sés pour leur attes­ta­tion de dépla­ce­ment », 19 mars 2020

Vrai­ment… il faut ce papier

Et ce n’est pas une excep­tion, il y a d’autres témoi­gnages simi­laires.

Et imprimé s’il vous plaît

Et l’at­tes­ta­tion pour aller au taxi­phone alors ? On ne me reti­rera pas faci­le­ment de l’es­prit que cette situa­tion n’au­rait jamais eu lieu dans un beau quar­tier (d’au­tant que les taxi­phones n’y sont pas légion).

Faut dire qu’à la main il ne faut rien oublier

Ce qui est non seule­ment idiot, inutile, mais aussi contraire aux instruc­tions offi­cielles qui disent qu’on peut se conten­ter de la ligne utile.

Reco­piez tout on vous dit !

Pas même la date de nais­sance

L’his­toire qui suit est relayée par un jour­na­liste profes­sion­nel qui dit avoir fait les véri­fi­ca­tions néces­saires.

H. travaille pour Santé Publique France dans le 94. En mission #COVID19, il peut être appelé à n’im­porte quelle heure. Un lais­sez-passer lui a été déli­vré par employeur pour rejoindre le centre à n’im­porte quelle heure. Jeudi soir, H. est appelé en urgence dans la nuit.

Au moment de quit­ter son domi­cile en voiture, une patrouille le klaxonne. Contrôle. « Rien ne te dérange ? Tu fous quoi dehors ? » lui lance un poli­cier avant de lui deman­der son attes­ta­tion. H. lui présente donc son attes­ta­tion et le lais­sez-passer de son employeur

Le poli­cier regarde le lais­sez-passer avant de lui jeter à travers la fenêtre. Dans l’ur­gence, H. a oublié de mettre son année de nais­sance sur l’at­tes­ta­tion mais celle-ci était inscrite sur l’autre doc. Le poli­cier lui lance : « t’es con, t’as pas mis ton année de nais­sance »

« Il l’a même pas regardé mon lais­sez-passer » me dira H, hier soir au télé­phone, encore sous le choc.

Il était alors à peine plus de minuit, bascu­lant donc à vendredi. Le poli­cier pour­suit : « ton attes­ta­tion est pas bonne, elle date d’hier ». Il décide de le verba­li­ser. La voiture de police bloque la voiture de H. sur sa place de parking.

Le poli­cier devient alors viru­lent : « main­te­nant bouge, casse toi ! ». H. lui indique que la voiture bloque la sienne et fait preuve, de son propre aveu, de mauvaise foi. 15 mn plus tard, le poli­cier revient vers lui.

« Tu n’as plus que 5 pts sur ton permis ». H. en a pour­tant 12. Le poli­cier lui dit : « non tu en as 5. Tu viens d’en perdre 7 pour usage du télé­phone au volant » et relève deux autres « infrac­tions ». H. était garé sur son parking, à l’ar­rêt.

H. conteste. Réponse : « ça sera ta parole contre la notre ». Sentant les choses mal tour­ner, le jeune homme sort son télé­phone pour tenter de filmer ou enre­gis­trer ce qu’il peut, sur snap­chat. Un autre véhi­cule est contrôlé à quelques mètres.

Le troi­sième poli­cier s’ap­proche de la fenêtre de H. « Il surveillait ce que je faisais avec mon télé­phone. J’ai eu peur que ça tourne mal donc j’ai lâché mon télé­phone » me raconte ce jeune habi­tant d’Aul­nay.

« Oh sale arabe, main­te­nant tu dégages ou je t’em­barque ». Les insultes racistes fusent. H. s’exé­cute. « Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de moi. J’étais leur pute » pour­suit H. Arrivé sur son lieu de travail, il en fait part à Santé Publique France.

L’Agence natio­nale contes­tera l’amende de 135€. H. a déposé une pré plainte en ligne et va saisir l’IGPN.

« Je me suis dis… ça existe encore ça en France ? » conclura H au télé­phone. Et oui, malheu­reu­se­ment ça existe encore. Et c’est drama­tique.

Relayé par Brice Ivano­vic, le 28 mars 2020

La victime a depuis témoi­gné en vidéo :

Et aussi retracé sur le Bondy­blog le 2 avril 2020.

Et ne grou­pez pas les motifs

En venant consul­ter sa psychiatre, un patient au RSA écope d’une amende de 135 euros pour avoir « mal rempli » son attes­ta­tion de sortie. Témoi­gnage circons­tan­cié du méde­cin qui dénonce une police auto­ri­taire.

[…] Je me présente à l’agent, lui expliquant que je suis le méde­cin avec qui le jeune homme verba­lisé avait rendez-vous, souhai­tant ainsi attes­ter de sa bonne foi. Elle me répond : « Non mais vous avez vu comment elle est remplie son attes­ta­tion ? » Elle est manus­crite, et mon patient, par égare­ment, avait coché deux cases, la raison de santé et l’exer­cice physique. Je recon­nais tout cela et c’est le motif de ma présence, clari­fier et justi­fier le dépla­ce­ment, c’est-à-dire l’objet de l’at­tes­ta­tion. L’agent n’en a cure : « Si tout le monde commence à faire comme ça ! C’est bon, il suffit de cocher une case. » J’avais prévenu mon patient (« nous ferons profil bas de toute façon ») et j’ex­plique à l’agent qu’il s’agit d’un patient qui vient consul­ter un psychiatre, il est donc dans un moment de fragi­lité et il lui a été compliqué de remplir l’at­tes­ta­tion. Elle me rétorque : « Vous êtes en train de dire que les gens comme ça, qui vont voir un psychiatre, ne sont pas capables de remplir cette feuille ! »

Libé­ra­tion, « La poli­cière, l’at­tes­ta­tion, et « les gens comme ça »  », 30 mars 2020

Bon, ça dépend évidem­ment de qui vous êtes

On le voyait déjà venir les premiers jours. Quand les mêmes jour­naux montraient des quais de Seine intra-muros en prome­nade tranquille mais annonçaient en même temps fière­ment que 10% des amendes venaient de Seine Saint Denis, on voyait bien que la réac­tion des forces de l’ordre n’était pas la même partout.

Plus il y a d’ar­bi­traire, plus les biais habi­tuels tendent à ressor­tir.

Le thème du racisme et du focus sur des « jeunes de banlieue » ressort d’ailleurs bien sur certains témoi­gnages, surtout les plus violents.


Les SDF aussi

L’his­toire des SDF est plus complexe. Je préfère que vous lisiez l’enquête de CheckNews au complet plutôt que de faire des cita­tions diffi­ciles à comprendre.

Dans les faits, ont été verba­li­sés :

  • Des familles « ne parlent pas forcé­ment la langue » trim­ba­lées d’hô­tels sociaux en hôtels sociaux tous les trois à quatre jours par le SAMU social, verba­li­sées en se déplaçant d’un lieu à l’autre.
  • Six personnes dans diffé­rents arron­dis­se­ments de la métro­pôle lyon­naise, qui se sont décla­rées SDF sur le PV mais dont la police pense qu’ils ne le sont pas. « Nous connais­sons les SDF de nos arron­dis­se­ments »
  • Au moins 1 SDF à Bayonne et 3 SDF atten­dant de se doucher devant l’ac­cueil de jour, tous quatre recon­nus comme tels mais verba­li­sés sous prétexte d’at­ti­tude viru­lente en réac­tion au contrôle d’at­tes­ta­tion.

Je ne sais pas vous mais moi une famille que le SAMU social change deux fois d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence, j’ap­pelle bien ça des sans domi­cile fixe. Et au moins mora­le­ment, les verba­li­ser quand ils se déplacent pour joindre leur loge­ment suivant…

Quand aux autres SDF, si je prends au mot les décla­ra­tions offi­cielles de la police, ils connaissent parfai­te­ment les SDF de leurs loca­lité mais… en contrôlent quand même les attes­ta­tion (puisque c’est lors des contrôles qu’il y a eu atti­tude agres­sive).

Au mieux (ou au pire, suivant), nos forces de l’ordre détournent arbi­trai­re­ment l’amende pour défaut d’at­tes­ta­tion pour sanc­tion­ner une atti­tude viru­lente. On est bel et bien en plein dans les « PV arbi­traires ou abusifs, mora­le­ment ou léga­le­ment » que je liste ici.


Des faux ? Pas impos­sible, mais n’en faisons pas un présup­posé

Il n’est pas impos­sible qu’une partie des témoi­gnages soient montés de toute pièce. J’écarte toute­fois déjà les on-dit et les comptes qui semblent trop frais ou trop anonymes, et pour certain on a même des vidéos.

Il n’est pas non plus impos­sible qu’une partie de ces gens aient été de vraies victimes d’ar­naques par de faux poli­ciers ou faux gendarmes. Pour certains on voit toute­fois des uniformes ou des voitures de fonc­tion dans la vidéo, pour d’autres ça trans­pa­raît dans le témoi­gnage. Atten­tion donc à ne pas y voir une expli­ca­tion trop facile.

Dans tous les cas, ne payez rien sur place et atten­dez l’amende offi­cielle par cour­rier, à payer par des biais offi­ciels (ou à contes­ter le cas échéant).


D’un point de vue légal

Sur propo­si­tion de Me Fran­cis­cot, je relaie aussi l’ap­pel de Me Eolas qui cherche copie des PV reçus.


Hors péri­mètre mais qui mérite d’être mentionné quand même :

Au Royaume Uni aussi

Dozens of people, inclu­ding those consi­de­red vulne­rable by the Govern­ment guide­lines, accu­sed the police of being over­zea­lous with their approach.

[… ] « Serious breaches should attract fines, but news reports of over-enfor­ce­ment by police and public are deter­ring the timid from exer­ci­sing even the limi­ted free­doms they have. »

[…] « This is over­zea­lous enfor­ce­ment and a misrea­ding of the rules. »

[…] Mr Lowman added: « In the cases where offi­cers have chal­len­ged retai­lers and shop­pers in this way, it’s brought confu­sion, distrac­ted retai­lers in the busiest weeks of their lives, and increa­sed the inter­ac­tions between people at a time when the Govern­ment is trying to mini­mise them. »

An ACS spokes­man said about four conve­nience stores repor­ted that they had been « wron­gly » told by coun­cil envi­ron­men­tal health offi­cers to stop selling certain items which they deemed as non-essen­tial.

The Tele­graph, « ‘Over­zea­lous’ police use coro­na­vi­rus powers to charge shop­pers for buying ‘non-essen­tial items’ », 30 mars 2020

La sortie d’hé­li­co­ptère

Déci­dé­ment le délire sécu­ri­taire nantais ne s’ar­range pas. À l’heure où les hôpi­taux font des appels à dons publics, ils ont fait venir un héli­co­ptère de Rennes pour traquer les sortes sans attes­ta­tion. Le coût probable est de plusieurs milliers d’eu­ros.

À la clef, trois personnes verba­li­sées pour une sortie en voiture, avec un scéna­rio qui ressemble à un mauvais film.

Nantes Révol­tée le 20 mars 2020, relayé par David Dufresne, le tout recoupé avec Ouest France.

L’ap­pel à dons

Et puisqu’on parle des appels à dons…

Je suis furieux. Ces gens sont juste­ment char­gés d’or­ga­ni­ser la redis­tri­bu­tion et l’ef­fort collec­tif, de tous en fonc­tion des moyens. En orga­ni­sant un appel aux dons pour un besoin primaire, en tant que ministre de l’ac­tion et des comptes public, il vient juste de démis­sion­ner de sa fonc­tion de base.

Désor­mais l’idée est que les finances viennent de ceux qui se sentent concer­nés plutôt que de ceux qui en ont les moyens. La charité plutôt que l’im­pôt. La fin de la poli­tique publique choi­sie collec­ti­ve­ment par les citoyens et le règne de l’in­di­vi­duel.

Surveillance numé­rique

Le défen­seur des droits se dit, dans un entre­tien à « L’Obs », inquiet de l’uti­li­sa­tion de la géolo­ca­li­sa­tion pour lutter contre la pandé­mie de Covid-19, sans débat parle­men­taire.

Le Monde, « Surveillance numé­rique contre le coro­na­vi­rus : Jacques Toubon s’inquiète de possibles dérives », 30 mars 2020, qui relaie l’Obs, « Jacques Toubon : « Géolo­ca­li­sa­tion, je dis : atten­tion ! »  » du 30 mars 2020 aussi.

La dérive hongroise

Je ne sais pas encore où on va, mais ça n’a pas l’air très tentant.


À propos de l’es­pace de commen­taires qui suit : N’hé­si­tez pas à me donner des liens publics pour que je les intègre. Mes critères sont expli­ci­tés en préam­bule et je ne publie­rai donc pas les témoi­gnages rédi­gés direc­te­ment en commen­taire ici. Si vous jugez votre témoi­gnage essen­tiel au débat public, publiez les quelque part pour m’en donner le lien ou contac­tez un jour­na­liste profes­sion­nel qui saura respec­ter votre anony­mat.

De même, cette page a été citée par David Dufresne et, forcé­ment, les trolls viennent. J’ai le privi­lège d’un espace person­nel. Comme d’ha­bi­tude ici, je ne publie donc que les commen­taires qui me semblent avoir un inté­rêt pour mes lecteurs. Si je ne publie pas vos opinions ou remarques, vous avez la liberté de les publier ailleurs.

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Gérard Collomb Police Politique et société

« la poli­tique raison­nable et humaine que nous menons »

J’avais commencé à lister un histo­rique de ces dernières années mais je vais vous dire autre chose.

J’ai honte.

J’ai­me­rais ne plus avoir honte. On peut avoir des diver­gences fortes sur la poli­tique à mener, mais j’ai­me­rais ne plus avoir honte de ma police, de comment elle met en œuvre cette poli­tique.

Je ne veux plus entendre que notre police confisque duvets et couver­tures à des personnes qui dorment dehors en plein hiver. C’est illé­gal mais c’est aussi inhu­main.

Je ne veux plus entendre que notre police lacère ou jette des tentes de personnes sans domi­ciles. Ces tentes sont peut-être elles-mêmes anor­mal mais fragi­li­ser ces gens dehors en plein hiver n’est pas justi­fiable pour autant.

Je ne veux plus entendre qu’on enferme illé­ga­le­ment, qu’on créé des centres de réten­tion arti­fi­ciels sans leur en donner le nom et le statut.

Je ne veux plus entendre qu’on traite des enfants légè­re­ment et qu’on les laisse à la rue, parce que c’est plus simple, en se défaus­sant sur leurs parents, ou simple­ment en leur niant leur mino­rité.

Je ne veux plus lire des récits qui me font honte dans les commu­niqués d’ONG au dessus de tout soupçon de partia­lité et jusque dans la presse inter­na­tio­nale. C’est toute la France qui devrait avoir honte, honte au point de ne pas oser faire une quel­conque décla­ra­tion inter­na­tio­nale avant de régler ça.

J’ai honte et c’est grave.

C’est grave parce que ce sont des actions de forces de l’ordre qui se croient au dessus de la loi, qui font justice eux même. On a là un terreau fertile pour les déra­pages les plus graves.

C’est grave parce que ce sont des fonc­tion­naires qui acceptent des ordres illé­gaux et inhu­mains, et ça doit faire réflé­chir vu le passé de la France.

C’est grave parce que sont des respon­sables poli­tiques qui cautionnent voire qui soutiennent. Pire, ils vont vanter le trai­te­ment humain alors qu’ils ont des alertes cohé­rentes et persis­tantes d’ac­teurs incon­tes­tables. Bref, pour montrer leur fermeté ils renforcent le senti­ment que tout est permis.

J’ai honte, c’est grave et j’ai peur.

J’ai désor­mais peur quand je vois la police, celle qui devrait me proté­ger. Je n’ima­gine plus parti­ci­per à une mani­fes­ta­tion légale, décla­rée et paci­fique sans craindre de reve­nir avec des héma­tomes voire mutilé par une grenade.

J’ai peur d’une police ivre de son pouvoir et qui n’a plus aucune limite. Même quand il y a mort après inter­pel­la­tion, on lit ensuite dans la presse qu’il n’y a rien eu d’anor­mal ou de répré­hen­sible de la part des forces de l’ordre, limite que le passé du décédé justi­fie bien ce qui lui est arrivé.

Élevé dans le respect de l’ordre et dans l’idée que la police est là pour moi, à toute occa­sion, aujourd’­hui je change de trot­toir si je le peux pour éviter toute rencontre avec la police. On ne sait jamais, parce que je n’ai plus aucune confiance.

J’ai honte, c’est grave, j’ai peur et je veux du chan­ge­ment.

Je crève d’en­vie de deman­der la démis­sion de ministres, préfets et autres personnes à respon­sa­bi­lité dans toute cette chaîne défaillante mais je veux surtout du chan­ge­ment.

Je veux un ministre qui trace clai­re­ment les limites de l’inac­cep­table. Je suis prêt à ne pas faire atten­tion s’il prend plein de précau­tions oratoires, s’il dit que ce sont des faits isolés alors qu’il est désor­mais évident que ce n’est pas le cas, mais je veux qu’il le fasse, clai­re­ment.

Je veux que derrière il y ait des enquêtes et des sanc­tions. Je veux qu’il y ait des syndi­cats qui reprennent voix pour dire qu’ils s’op­po­se­ront aux ordres illé­gaux et immo­raux. Je veux des poli­ciers qui s’ex­priment, même anony­me­ment.

Je veux qu’on margi­na­lise l’inac­cep­table, que ça rede­vienne inac­cep­table. Je veux pouvoir être fier de mon pays et de sa police.

J’ai honte, c’est grave, j’ai peur, je veux du chan­ge­ment et c’est urgent.

Si j’ai peur, moi qui ai toujours défendu la police pendant toute ma vie, j’ima­gine ce qu’il doit en être pour ceux qui n’ont pas une situa­tion aussi privi­lé­giée que la mienne.

On va ramer pour retrou­ver de la confiance, pour retrou­ver du lien entre le citoyen et les forces de l’ordre. Ce ne sont pas des belles paroles qui vont chan­ger des choses. Il faut du visible, du poing sur la table, et pas qu’un peu, pas juste pendant une opéra­tion de commu­ni­ca­tion de quelques jours.

Même ainsi ça va prendre du temps, des années peut-être, mais si on ne le fait pas rapi­de­ment ça risque vite de deve­nir trop tard. J’es­père que ça ne l’est pas déjà.

C’est main­te­nant qu’il y a un train à prendre, pour qu’un jour je ne pleure pas de dégoût quand j’en­tends parler de « la poli­tique raison­nable et humaine que nous menons » à la radio.

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Votez infor­més

Nous avons choisi une consti­tu­tion où le président ne contrôle pas le parle­ment, où les pouvoirs s’équi­librent. Il s’agit de voter en fonc­tion de ce qu’on croit, et pas simple­ment en fonc­tion du président.

J’as­sume tota­le­ment avoir voté pour Emma­nuel Macron mais ça n’oblige pas à signer un chèque en blanc aux légis­la­tives.

Le président aura la majo­rité à l’As­sem­blée. C’est joué d’avance. Par contre on peut faire en sorte qu’il y ait aussi d’autres voix qui soient enten­dues, qu’il y ait des compro­mis, de la modé­ra­tion.

Quelques liens et cita­tions en vue d’un vote informé dimanche. Chacun fait ses choix, mais Nico­las Sarokzy en aurait même envi­sagé la moitié que tout le monde aurait été dans la rue.

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Police

Il est temps d’en parler

J’ai du mal parce qu’on parle encore de Aulnay et de Théo. Oui, Théo s’en sort avec 60 jours d’ITT et une perfo­ra­tion anale faite à l’aide d’une matraque par un dépo­si­taire de l’ordre public et c’est gravis­sime. Cepen­dant parler de cet homme fait croire qu’il s’agit juste d’une bavure et d’une poignée de personnes impliquées.

Sauf que non. Le même commis­saire en charge aujourd’­hui avait déjà fait l’objet d’une condam­na­tion il y a moins de 10 ans pour absten­tion volon­taire à empê­cher un crime ou délit dans une affaire ou un subor­donné avait menacé de sodo­mie en glis­sant un enjo­li­veur dans les fesses d’un chauf­fard.

Vous allez me dire que 10 ans c’est beau­coup, mais à Drancy deux semaines avant, se tenait le procès d’un poli­cier muni­ci­pal pour… une perfo­ra­tion anale de 10cm faite avec une matraque enfon­cée à l’ho­ri­zon­tale sur une personne menot­tée et 10 jours d’ITT. Ça ne vous rappelle rien ? Pascal (c’est son prénom) n’a pas eu autant d’im­pact média­tique et les faits ont été requa­li­fiés de viol à violences aggra­vées avec l’ex­cuse du « je ne me l’ex­plique pas, si la matraque a ripé c’était invo­lon­taire ». Six mois de prison avec sursis ont été requis.

Ne parlons même pas de la mort d’Adama Traoré où, au mini­mum, il y a eu empê­che­ment des secours et maquillage. Là aussi ce n’est pas le premier cas, même si heureu­se­ment c’est rare.

* * *

Non ce ne sont pas des cas isolés. Ces cas font surface à cause d’en­re­gis­tre­ments vidéos et/ou de bles­sures impos­sible à attri­buer à autre chose. Ce n’est pas pour rien que depuis un an les forces de l’ordre font la chasse à ceux qui sortent leur smart­phone pour enre­gis­trer, menacent de casser l’ap­pa­reil ou forcent illé­ga­le­ment à effa­cer les images. Même les photo­graphes de presse offi­ciels s’en plaignent.

Le problème n’est pas que tous les poli­ciers agissent ainsi, c’est qu’il y a une vraie impu­nité et une violence qui n’est pas anec­do­tique. Ce qui est gravis­sime c’est qu’il n’y a pas de remise en cause géné­ra­li­sée, que nos poli­tiques cantonnent tout ça à un fait divers de temps en temps, le seul qui a crevé le plafond média­tique. Même celui là est parfois contesté ou nié.

* * *

Il n’y a pas besoin de cher­cher bien loin pour avoir souve­nir de ces images pendant les mani­fes­ta­tions de 2016, avec des forces de l’ordre qui donnent des coups puis­sants sur des mani­fes­tants à terre ou tenus par des collègues, avec des tirs tendus de flash ball qui font perdre des yeux, avec des gens à terre en sang qui sont gazés à bout portant… sans réac­tion poli­tique à part un soutien aux forces de l’ordre et du bout des lèvres une compas­sion pour les quelques cas les plus graves qui ont fait la une des jour­naux plus de quelques jours d’af­filé à cause d’en­re­gis­tre­ments vidéo.

Même sans parler de ces cas graves, discu­tez avec des gens de banlieue pour comprendre les insultes, les brimades volon­taires, parfois les coups et passages à tabac. Non ce n’est pas que dans les films.

Je me rappelle, toujours 2016, où quelques jeunes ont échoué à faire recon­naitre au tribu­nal qu’ils étaient contrô­lés tous les jours au même endroit, parfois 10 fois par jour.

* * *

Le pire c’est que les poli­ciers se défendent en mettant en accu­sa­tion leurs victimes d’ou­trage et rébel­lion. Leur parole n’est que très diffi­ci­le­ment mise en doute. Vu qu’on ne croit pas les victimes, ce sont les poli­ciers qui le racontent le mieux :c4xgtexw8ae1y7e

Si vous préfé­rez des faits jugés, il y a ceux de 2010 juste­ment dans la cité de Théo, où une voiture de la BAC renverse et blesse un autre poli­cier. Les sept poli­ciers s’étaient mis d’ac­cord sur une fausse version accu­sant le fuyard de tenta­tive d’ho­mi­cide. Ils s’en sortent avec du sursis.

Encore une fois, sans prétendre que tous les poli­ciers fautent, il ne s’agit pas d’in­ci­dent isolés mais bien d’un problème struc­tu­rel.

* * *

Alors oui, moi aussi je condamne les violences, les voitures brûlées ou les vitrines cassées. Main­te­nant vous m’ac­cor­de­rez aussi que c’est le seul moyen pour qu’on parle un mini­mum de ce qu’il se passe. Et même là quasi­ment personne ne lève le problème global.

Si j’osais, tant que nos élus ne prennent pas la dimen­sion du problème et n’an­noncent pas publique­ment un vrai plan de reca­drage des forces de l’ordre, moi j’ai l’im­pres­sion que les mani­fes­tants ne font au contraire pas assez de bruit. Et oui, du bruit violent parce que sinon ça ne fera même pas un entre­fi­let dans le jour­nal.

Vous avez une autre solu­tion ? Propo­sez, mais les violences subies semblent aller gran­dis­santes et nous ne sommes même pas capables d’im­po­ser aux poli­ciers de respec­ter leur obli­ga­tion d’af­fi­cher un équi­valent de matri­cule sur eux.

Diffi­cile pour un candi­dat en pleine campagne de remettre en cause les forces de l’ordre et se mettre à dos toute la droite dure et la gauche auto­ri­taire. En même temps, avec les affaires Fillon qui commencent à fati­guer, il y a juste­ment un espace à prendre. Ce n’est pas si irréa­li­sable.

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Discriminations Police

Contrôle au faciès

Quand on parle de contrôle au faciès, il y a toujours quelqu’un pour dire que tout ça n’est pas très factuel, que les récits sont partiaux et que je suis surtout l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

Sauf que non, pas tout à fait.

La réalité c’est que je n’ai pas souve­nir d’avoir vécu un seul contrôle d’iden­tité. Pas un seul. C’est peut-être déjà arrivé, mais dans ce cas ça a été suffi­sam­ment rapide, poli et basique pour ne lais­ser aucune trace. On ne m’a jamais fait de palpa­tion de sécu­rité, de fouille, jamais emmené au commis­sa­riat, etc.

J’ai même passé une fron­tière France -> Suisse avec une décla­ra­tion « j’ai oublié ma carte d’iden­tité chez moi », oui (mais j’ima­gine que ça ne passe­rait plus aujourd’­hui). C’est dire…

Les seuls contrôles dont j’ai souve­nir ce sont les contrôles aux fron­tières (à l’aé­ro­port ou les équipes de douane proches de Genève), trois contrôles routiers (deux où ils arrê­taient tout le monde sans excep­tion et un où j’ai visi­ble­ment grillé un feu rouge sans m’en rendre compte et où on m’a juste dit « atten­tion, ce n’est pas bien »), ou les contrôles de billets lors des trans­ports en commun (je les compte parce qu’ils sont parfois accom­pa­gnés par les forces de l’ordre mais ces derniers ne m’ont jamais demandé quoi que ce soit à cette occa­sion).

Le seul contrôle poussé et un peu agres­sif (arrêté, déplacé dans une pièce, voiture et personne fouillés, démonté mon télé­phone), à la fron­tière de Genève, était dans un groupe d’amis moins blancs que moi.

Aucun contrôle d’iden­tité. Cette même histoire est assez fréquente chez mes amis en situa­tion simi­laire: j’ai 37 ans, homme, cis-genre, blanc, centre ville aux heures de début et fin de jour­née de travail, CSP+ style plutôt « vête­ments de bureau » que sport­wear.

À l’in­verse, tous les amis s’ha­billant plus sport ou ayant une peau moins blanche que moi et à qui j’ai posé la ques­tion se sont fait contrô­lés dans l’an­née passée. Je n’ai pas demandé à tout le monde, mais je n’ai eu aucune excep­tion. Aucune.

* * *

Statis­tique­ment l’échan­tillon ne vaut peut-être rien, mais j’ai­me­rai quand même qu’on m’ex­plique.

Qu’on m’ex­plique pourquoi lors des contrôles on me dit « pas vous » alors que les autres sont stop­pés parfois agres­si­ve­ment, parfois palpa­tion et vidage de poche main contre le mur comme dans les séries améri­caines. La seule diffé­rence quasi systé­ma­tique est la couleur de peau ou la présence d’un swea­ter à capuche.

Qu’on m’ex­plique pourquoi j’ai vu des amis chan­ger de chemin par lassi­tude d’être contrô­lés en voyant une patrouille, alors que ça ne me serait même jamais venu à l’es­prit. La seule diffé­rence notable que j’y ai vu est qu’ils sont basa­nés.

Qu’on m’ex­plique pourquoi quand je demande des infor­ma­tions à un poli­cier en opéra­tions j’ai une réponse polie alors que la même personne derrière moi se fait parfois refou­ler à la limite de l’in­sulte. Là aussi, même si ce n’est que du ressenti, je n’y vois qu’une diffé­rence de faciès.

Tout ça je l’ai vécu. On ne parle pas de on-dits.

* * *

Je ne vois que ce qu’il se passe autour de moi, en centre ville bien propre aux heures de tran­sit des employés de bureau. Les récits tiers sont bien moins super­fi­ciels que ce que j’ai vu de mes yeux.

Je trouve ça un peu facile de parler de partia­lité, que tous ces jeunes et non-blancs n’ont en fait rien à repro­cher, qu’ils se font des idées voire sont de mauvaise foi. C’est rassu­rant, tranquilli­sant, mais quand même diffi­cile à croire. D’au­tant plus diffi­cile que quand les polices anglaises et espa­gnoles ont réel­le­ment travaillé la ques­tion, elles ont vu qu’elles avaient effec­ti­ve­ment des pratiques illé­gi­times.

Il faut croire que nous avons la police parfaite mais juste beau­coup de para­noïaques et d’hy­po­con­driaques du contrôle dans la popu­la­tion.

Même en suppo­sant cette police parfaite, je ne vois pas ce que ça change. Que la popu­la­tion ait un ressenti de contrôle au faciès est un problème en soi, peu importe que les faits soient avérés ou pas. La réalité des faits est presque une ques­tion secon­daire : Le problème suffi­sant pour mettre en place tous les outils de contrôle et d’as­su­rance néces­saires, suffi­sant pour faire comme si. Au pire ça permet­tra de faire taire ces fausses victimes et d’éli­mi­ner le mauvais ressenti.

Bon, bien évidem­ment on risque aussi de se rendre compte que le problème est réel. Visi­ble­ment nos poli­tiques ne sont pas prêts à prendre ce risque.

Il faut dire qu’on parle de récé­pissé pour les contrôles d’iden­ti­tés alors qu’on n’est même pas capables de faire respec­ter l’obli­ga­tion d’af­fi­chage du numéro RIO sur les poli­ciers en uniforme. Ça n’aide pas à crédi­bi­li­ser ceux qui luttent contre le récé­pissé.

* * *

Le récé­pissé en cas de contrôle d’iden­tité ce n’est pas la mesure parfaite, et je crains que certains poli­ciers refusent la déli­vrance du papier de la même façon qu’ils refusent de donner leur RIO.

Pour autant c’est une mesure rela­ti­ve­ment simple, appli­cable, qui renverse la confiance et permet de redon­ner quelque chose dans les mains de ceux qui se disent et qui se sentent victimes. Mieux, c’est une mesure qui a fait ses preuves ailleurs.

Et si on arrê­tait de se regar­der le nombril ?

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Police Politique et société

De la violence légi­time

On m’a inculqué dès mon jeune âge que la violence doit être le dernier recours. Encore plus la violence physique. Encore plus celle qui se fait contre des indi­vi­dus.

De mon éduca­tion j’ai tiré une aver­sion impor­tante pour toute forme de trans­gres­sion, moi qui n’en ai jamais eu besoin.

Au fur et à mesure j’ap­prends, et cette bulle (ainsi que le reste de la planche) exprime une réalité impor­tante avant de critiquer toute action de révolte. Quand c’est l’op­pres­seur qui fait les règle, la violence de l’op­pressé peut se discu­ter.

Il reste que la situa­tion est compliquée.

Je comprends que certains mani­fes­tants cherchent à forcer un barrage, que des écolo­gistes démontent un Mac Do, ou qu’ils fauchent un champ d’OGM.

Je ne vais donc pas dire que je soutiens – ce n’est pas mon mode d’ac­tion – mais au moins je peux comprendre que ça puisse être perti­nent ou légi­time. C’est d’au­tant plus vrai quand on suit les prin­cipes de déso­béis­sance civile et qu’on est prêt à assu­mer les consé­quences légales de ses actes.

Ça n’est pas un chèque en blanc non plus. Tout n’est pas accep­table simple­ment parce qu’on lutte contre une oppres­sion ressen­tie, et en parti­cu­lier les violences contre les indi­vi­dus ou les violences gratuites qui n’ap­portent rien à la lutte.

Pour prendre un exemple concret : on peut argu­men­ter autant qu’on veut sur le fumi­gène qui a récem­ment mis feu à une voiture de police mais frap­per à coups de barre le poli­cier désarmé, non offen­sif et isolé qui sort de sa voiture en train de prendre feu, je ne vois toujours pas comment l’ac­cep­ter.

En face, quand bien même ils repré­sentent l’op­pres­seur supposé, il y a des humains, et il ne faut pas l’ou­blier.

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Police

Nous nous habi­tuons, et c’est grave

L’ac­cep­ta­tion gran­dis­sante de l’op­pres­sion quoti­dienne me fait peur.

( J’ai vu une vidéo (*) il y a quelques jours où la police a demandé à un mendiant de défaire ses deux prothèses aux jambes, posé toutes ses posses­sions devant lui, lui qui n’avait déjà plus qu’un bras. La vidéo montre la police qui s’en va après, sans répondre aux inter­pel­la­tions, et le mendiant qui tente de tout raccro­cher et remettre son jean avec l’aide d’un passant et de son seul bras. Violence et humi­lia­tion sont le quoti­dien.)

J’ai vu une vidéo hier où on voyait les senti­nelles de l’ar­mée avec leur famas soute­nir une simple inter­pel­la­tion de police un peu exces­sive et qui se faisait près d’eux, face à la foule. Je suis certain qu’ils n’avaient que de bonnes inten­tions mais le problème est énorme. Nous nous habi­tuons.

Aujourd’­hui je croise un vigile privé derrière le contrôle à l’em­barque­ment SNCF. Rien de forcé­ment anor­mal, au cas où un voya­geur contrôlé s’ex­cite. Vigile en noir avec bras­sard orange, rangers aux pieds, équipé de gants de combat coqués orien­tés poing améri­cain.

Sur Inter­net je trouve les mêmes, dans des boutiques para-mili­taires, orienté inter­ven­tion et marqué « forces de l’ordre – mili­taires ».

Tout ça semble normal mais je veux qu’on m’ex­plique. Je ne parle pas de la police ferro­viaire, qui même si elle est armée ne se permet­trait pas un tel accou­tre­ment, mais bien d’un vigile privé, les mêmes qu’on trouve devant les super­mar­chés… en gants de combat, dans une simple mission d’ac­com­pa­gne­ment pour un filtrage pré-embarque­ment.

Des vigiles privés habillés pour la bagarre. Contrô­leurs, voya­geurs, tout ceci est devenu telle­ment notre quoti­dien que je n’ai vu personne fron­cer les sour­cils.

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Police Terrorisme

Comment Halim A. a convaincu le Conseil d’État de suspendre son assi­gna­tion à rési­dence

« Si les services de rensei­gne­ment ont écrit tout ça, c’est que c’est vrai. Ils ne se lèvent pas le matin pour écrire de fausses notes blanches (…) Que faut-il attendre, un nouvel atten­tat ? »

Voici l’unique argu­ment du repré­sen­tant du minis­tère de l’in­té­rieur, avec comme unique pièce une note blanche, c’est à dire docu­ment word de 5 lignes non circons­tan­cié et sans auteur.

Et on demande à un juge de vali­der une priva­tion de liberté à partir de ça, dans ce qu’on appelle un État de droit.

trois motifs avan­cés : repé­rages suppo­sés autour du domi­cile de Riss, mise en cause dans une affaire de trafic de véhi­cules et appar­te­nance présu­mée à la « mouvance isla­miste radi­cale ».

[…] Le juge estime que […] « il rendait visite à sa mère, qui habite à proxi­mité immé­diate et ne prenait pas de photos mais utili­sait son télé­phone portable en mode haut-parleur », «  aucun élément suffi­sam­ment circons­tan­cié produit par le ministre de l’in­té­rieur ne permet de justi­fier qu’il appar­tien­drait à la mouvance isla­miste radi­cale » et, enfin, « en ce qui concerne l’af­faire de trafic de véhi­cules, l’in­té­ressé a, en réalité, été entendu comme simple témoin ».

Oui, vous avez bien lu. L’unique reproche est d’avoir tenu son télé­phone dans une situa­tion qui aurait pu prêter à confu­sion au mauvais endroit. Le reste a été ajouté ensuite pour char­ger le dossier, proba­ble­ment à partir d’une simple recherche sans aucune véri­fi­ca­tion : musul­man -> radi­cal ; déjà cité dans une affaire (comme témoin) -> délinquant. Ça ne mange pas de pain.

Après presque dix semaines enfermé dans sa prison sans barreau de Vitry-sur-Seine et deux audiences éprou­vantes […] Halim A. a « retrouvé confiance dans la justice ».

Le récit fait par Le Monde est assez effrayant. Dans la justice, peut-être, mais dans l’exé­cu­tif… moi ça me ferait peur. On parle de quelqu’un qui a été assi­gné à rési­dence pendant 10 semai­nes… deux mois et demi, sans inves­ti­ga­tion sérieuse (ou sur des éléments consciem­ment faux, ce qui serait pire), juste parce qu’on pouvait le faire et parce que la situa­tion poli­tique s’y prêtait.

Dans un autre article une autre cita­tion fait réflé­chir : « Assi­gné à rési­dence injus­te­ment, j’ai peur que de telles sentences ne sèment le ressen­ti­ment »

Demain, je retour­ne­rai à ma vie d’avant en espé­rant avoir, à ma modeste échelle, contri­bué à l’échange pour permettre le vivre-ensemble. Je ne demande pas plus. Aujourd’­hui, je lance un cri citoyen. Que mon cas nous alerte sur les consé­quences de déci­sions arbi­traires, qu’il nous rappelle ce que nous voulons être et ceux contre lesquels nous devons vrai­ment nous battre. Montrons au reste du monde que nous sommes toujours debout et plus que jamais unis.

J’ai toujours cru que la France était le pays des liber­tés, et que la diver­sité en faisait la force. Pensons aux bles­sures que de telles déci­sions infligent, pensons à l’après-état d’ur­gence et à tout ce que nous devrons recons­truire. Lutter contre le terro­risme n’est pas tout, évitons de nous déshu­ma­ni­ser. Le terro­risme ne doit pas nous divi­ser, sauf à lui accor­der la plus belle des victoires.

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Lois et parlements Police

Liens sur les déra­pages de l’état d’ur­gence

Tout ça me déses­père et j’ai envie de prendre chaque lien pour le commen­ter. D’or­di­naire mes cita­tions sont aussi un peu là pour me permettre d’éva­cuer, de dire ce que j’ai sur le cœur. Sur le sujet ça s’ac­cu­mule telle­ment vite que non seule­ment c’est vain mais procé­der comme d’or­di­naire revien­drait à ne parler que de ça pendant des mois, sans réel­le­ment m’ai­der.

Le cheva­lier LQDN est venu à la rescousse, comme désor­mais souvent. Sur le pad, une liste de liens sur les déra­pages prin­ci­paux, essen­tiel­le­ment à propos des perqui­si­tions.

Verti­gi­neux, autant par la liste que par la gravité de certains faits.

Je retiens pour ma part la fillette qui est sortie la tête ensan­glan­tée en pleine nuit. La police a juste débarqué pour une perqui­si­tion de nuit, faisant sauter les verrous au fusil à pompe, arro­sant au passage le lit, le cous­sin et la tête de la fillette qui était sur les deux. Pour rien… ils visaient en fait à priori un ancien occu­pant des lieux. Chose qui ne serait pas arri­vée sur un travail hors préci­pi­ta­tion (on s’as­sure de qui vit sur place) et dans un climat plus serein (non, on ne tire pas pour faire tout explo­ser sans avoir essayé autre chose), surtout s’il n’y a pas risque de fuite.

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Police

Beau­vais: les habi­tants refusent de les armer, les poli­ciers muni­ci­paux se vengent

Une vengeance au goût « d’amende ». Après les atten­tats de janvier,  la ville de Beau­vais, en Picar­die, avait demandé à ses habi­tants par voie de réfé­ren­dum si les poli­ciers muni­ci­paux devaient être armés d’un pisto­let de service. 67% des votants s’étaient décla­rés hostiles à cette propo­si­tion. Mécon­tents, les concer­nés avaient fait tomber une pluie de PV sur les auto­mo­bi­listes, rapporte Euro­pe1. A tel point que la mairie s’en est même excu­sée.

« On a tous reçu (un PV, ndlr) en même temps: un samedi matin. On a tous été verba­li­sés, à 1 heure du matin, devant chez nous […] après avoir garé comme tous les soirs sa voiture sur le trot­toir

— via BFM TV

Et là je ne peux que soute­nir une remarque que j’ai vu passer sur les réseaux :

« Il est heureux que nous n’ayons pas armé ceux qui sont prêts à user ainsi de la force publique dans leurs propres inté­rêts »

Ils ont simple­ment démon­tré qu’il aurait été irres­pon­sable de leur confier une arme. Que ça serve d’exemple.

Main­te­nant la réac­tion pose un autre sujet, elle montre combien l’exé­cu­tif ou le judi­ciaires peuvent à l’en­vie deve­nir des pouvoirs d’op­pres­sion tota­le­ment arbi­traires, sans rien chan­ger à nos lois :

Nous avons telle­ment intro­nisé le prin­cipe de tolé­rance et le sain juge­ment du repré­sen­tant de l’ordre, que chacun peut à tout moment être condamné pour de multiples motifs. Nous avons telle­ment mis des peines maxi­mum déli­rantes, que pour tout ça nous pour­rions même finir des mois en prison.

Seuls nous sauvent la modé­ra­tion des forces de l’ordre et des juges, mais cette modé­ra­tion peut dispa­raitre à tout moment, globa­le­ment, ou sur des sujets spéci­fiques. Les condam­na­tions ubuesques pour apolo­gie de terro­risme suite à l’at­ten­tat de janvier le montrent bien.

Notre démo­cra­tie apai­sée tient à peu de chose, ne la tenons pas pour acquise.