Les conséquences du modèle de société basé sur la voiture individuelle sont majeures. On a besoin d’un changement et raisonner ne suffira pas.
La voiture est trop ancrée, trop nécessaire. C’est exactement ce qu’il se passe avec le tabac et l’alcool.
Pour moi une des réponses doit être la même : Restreindre la publicité.
On peut interdire la publicité. Ça n’empêche pas l’achat mais ça peut permettre d’éviter de créer un besoin artificiel. C’est ce qui est fait pour le tabac.
Si on ne l’interdit pas, on peut limiter cette publicité aux caractéristiques de la voiture. On retire les associations à la liberté, au plaisir, au interactions sociales. Il s’agit de changer la perception sociale, lentement. C’est ce qui est fait sur le tabac.
Mes billets sur l’IA et l’empreinte environnementale m’ont amené quelques discussions intéressantes. Ce billet sert à expliciter certains de mes choix implicites, notamment le pourquoi je compare à différents usages de tous les jours, en particulier avec l’alimentation.
Pas de remplacement
Je ne crois pas au remplacement pour notre empreinte environnementale. On ne remplace pas l’usage de l’IA par un repas carné en moins. Ce n’est pas l’objet de mon message. Si certains ont compris ça, je me suis mal exprimé.
Le jeu des crédits carbone a montré combien la logique du remplacement était inefficace, même au-delà des fraudes.
Il ne s’agit pas de dire qu’on peut garder un usage problématique parce qu’on agit ailleurs. Le but n’est pas de maintenir un équilibre. C’est de réduire nos émissions.
Toute réduction est bonne à prendre. Toute augmentation bonne à chasser. L’une ne remplace pas l’autre.
Mais une limite d’attention
Ce n’est toutefois pas vrai dès qu’on parle attention.
On ne peut pas se battre sur tout, partout, tout le temps. Notre attention est limitée. Notre énergie et notre bienveillance envers le changement le sont aussi.
On en est déjà à un point où les injonctions de toutes part provoquent des raz-le-bol réguliers. On obtient des rejets, au mieux des épuisements et des abandons.
Ce n’est pas qu’un « what about ». Si on se focalise sur trop de choses inutiles ou insignifiantes, on n’aura rien en résultat. Chaque focalisation sur des détails ou des fausses bonnes idées réduit notre capacité à bouger là où ça a vraiment de l’importance.
Des ordres de grandeur
Et donc, qu’est-ce qui a de l’importance ? À l’échelle de la planète, n’importe quelle petite action individuelle semble avoir un impact démesuré une fois agrégée avec celle des autres.
On ne peut pas tout trier, parce que certaines émissions ont des bénéfices dont on ne veut pas se passer. D’autres sont nouvelles et plus faciles à éviter que celles auxquelles ont est habitués.
On peut par contre au moins parler des ordres de grandeur.
Ça n’a pas de sens de passer une grande énergie à éviter ou faire éviter aux autres toute l’année des empreintes qui sont ridicules par rapport à nos autres gestes quotidiens totalement dispensables.
On hiérarchise un minimum les moyens d’atteindre un même objectif, et c’est là que les comparaisons commencent à avoir du sens. S’indigner d’une consommation d’eau qui annuellement n’arrive même pas proche d’un seul café pris dans l’année, c’est clairement un mauvais usage de notre énergie personnelle. C’est détourner notre attention des vrais changements à opérer, sachant qu’on ne pourra pas forcément faire les deux.
Et des choix à faire
Je fais des choix sur mes combats, autant ceux que je mène vers l’extérieur que pour mes propres actions.
J’ai beau lire, je retrouve toujours les quatre même postes dans les empreintes individuelles. Le reste est toujours un ou plusieurs ordres de grandeur en dessous :
Réduire l’empreinte alimentaire, principalement viandes et fruits de mer ;
Réduire l’empreinte du transport, principalement les déplacements individuels motorisés et l’aviation ;
Réduire l’empreinte de consommation, principalement le jetable et le renouvellement rapide ;
Réduire l’empreinte de chauffage et de la climatisation.
L’alimentaire
Il y a peu d’actions individuelles qui ont autant d’impact que réduire la viande rouge et les fruits de mer. Mieux, c’est un sujet qui ne demande quasiment qu’un peu de volonté.
Réduire la viande est gagnant sur les finances, sur la santé, sur l’empreinte en eau, sur la pollution des sols, sur l’occupation des sols, sur les gaz à effet de serre, et même sur la condition animale. Il n’y a quasiment aucune contrainte ni aucun renoncement.
Vous vous étonnez de pourquoi je ramène tout à la viande ? Voilà pourquoi.
Les transports
Derrière, ne plus prendre la voiture individuelle qu’exceptionnellement est aussi un impact majeur. Ça demande malheureusement plus de volonté, et beaucoup de compromis.
Quand on dit à quelqu’un que si, il peut faire autrement que prendre sa voiture, mais que ça veut dire déménager de sa maison dans le vert pour prendre un petit appartement en centre ville, forcément, ça coince. Ce n’est pas mieux quand on propose de quitter le boulot bien payé pour en prendre un nettement moins bon mais plus proche de la maison. Ce n’est qu’à peine mieux si on parle de doubler le temps de trajet en prenant les transports en commun.
Ce sont pourtant les choix à faire, qui ont une vraie importance, plutôt que de jeter la pierre à l’IA ou à Google.
Ça et partir en vacance en France ou proche plutôt qu’à l’autre bout du monde, même si c’est exceptionnel. Ça et renoncer à voir aussi souvent ses cousins ou ses amis qui habitent loin. Tout ça ou au moins faire tous ces trajets en train malgré les contraintes que ça apporte.
Pas de chevalier blanc
Pas facile à entendre hein ? mais pourtant ce sont les sujets dont on devrait discuter.
Ce sont mes choix. Vous pouvez en avoir d’autres, en fonction de ce que vous voyez comme facilité, mais n’oubliez quand même pas les ordres de grandeur et les comparaisons.
Dans tous les cas, je ne fais aucune injonction à la pureté.
Je ne suis pas parfait, loin de là. J’ai beau avoir la conviction, j’ai mes compromis, mes contradictions et mes faiblesses. J’oublie en permanence mes intentions sur la viande et ma réduction est plus faible que celle à laquelle j’aspire. Que ce soit sur l’alimentation ou les transports, je vis aussi en famille et en collectivité. Je n’ai pas toujours le courage de dire non quand les changements ne concernent pas que moi. Là aussi, je choisis mes combats.
L’idée c’est d’avoir conscience de ça, et de choisir où on veut mettre de l’énergie pour avoir un impact plutôt que se focaliser sur le dernier ennemi de la presse ou du réseau social. Sans chercher à être purement rationnel, avoir un peu d’information et de réflexion objectives, ça (m’) aide.
Les données ne sont pas publiques, si tant est qu’elles soient connues, et tout n’est qu’estimation à base d’hypothèses.
Il y a à la fois profusion d’information et de chiffres lancés, et en même temps pas tant d’études récentes qui détaillent tout ça. Celles qui existent donnent des résultats parfois extrêmement différents les unes des autres, sur des hypothèses elles-aussi différentes et parfois discutables.
Le tout est aussi dépendant de la taille comme de la génération du modèle utilisé. Certains demandent du calcul parallèle sur plusieurs GPU dédiés, d’autres sont assez petits pour tourner directement sur le téléphone. La consommation énergétique est en fonction.
Bref, plein de choses à lire, sans qu’on puisse facilement en déterminer la fiabilité des estimations ou la pertinence des hypothèses. Chacun trouvera son bonheur en fonction des biais qu’il aura au départ.
Je n’ai toutefois pas été le seul à faire ces recherches, et il y a des réponses intéressantes.
Si je ne devais donner qu’un lien pour commencer, c’est Andy Masley, qui a tenté l’exercice de tout fouiller pour tirer ses conclusions et qui a ensuite itéré avec les réactions qu’il a eu, liant plein de sources et de réactions sur le web, avec tendance à remettre ses chiffres et conclusions en cause quand c’est pertinent (attitude qui me donne confiance). Vous pouvez commencer par le dernier épisode et suivre lien à lien.
Note : Ce qui suit ne porte pas de jugement de valeur. Je ne dis pas si c’est bien, grave, ou quoi que ce soit. Tirez-en vous-mêmes vos conclusions.
Elle est de combien cette consommation énergétique alors ?
Les études sérieuses récentes parlent d’entre 0.3 et 2.9Wh par requête ChatGPT, en faisant référence à des générations différentes1, et certaines avec des hypothèses d’entrée/sortie d’un ordre de grandeur plus grand que la requête moyenne. On trouve aussi du 0,2Wh pour LLaMA-65B. HuggingFace donne une estimation énergétique de chaque requête, et j’obtiens plutôt du 0,18Wh pour Qwen 2.5 en 72B.
Les pessimistes prendront 3Wh, les optimistes 0.3Wh2. Les deux sont crédibles.
Malheureusement ça veut aussi dire que toute conclusion tient en équilibre sur une donnée dont on ne connait même pas l’ordre de grandeur réel.
Si en plus on ajoute les modèles de taille inférieure comme les chatGPT-nano et les modèles 5B dans l’équation, on peut certainement encore divider par 5 ou 103 les estimations optimistes. Si on ajoute les modèles thinking, on peut multuplier par 2 à 5 les estimations pessimistes.
Andy Masley utilise la vision conservatrice du 3Wh comme ordre de grandeur en se disant que « ça sera en dessous » et que donc c’est un coût maximum. Je suis mitigé sur l’approche, parce que du coup les discussions se focalisent sur ce chiffre qui peut (ou pas) être encore un voire deux ordres de grandeur trop grand suivant ce à quoi on fait référence.
Ça veut dire combien en équivalent CO2 ?
Une grosse partie des datacenters sont aux USA. Les USA ont une moyenne de 365 g d’eqCO2 par kWh mais ça reste très hétérogène. La Californie qui concentre une bonne partie de l’activité fait moitié moins.
Tout n’est d’ailleurs pas non plus aux USA. Si vous utilisez un LLM hébergé en France, les émissions tombent à 56 g d’eqCO2 par kWh, soit 6 fois mois.
Il est dans tous les cas difficile de lier les datacenters à la moyenne d’émission de leur région vu leurs efforts pour se lier à des sources d’énergie à faibles émissions plutôt au mix général.
Bref, là aussi, même l’ordre de grandeur n’est pas une évidence.
Malheureusement ça se multiplie : Si l’estimation énergétique fait une fourchette d’un ordre de grandeur, que l’estimation d’émission fait une fourchette d’un ordre de grandeur, le résultat c’est qu’on a une incertitude de deux ordres de grandeur à la fin, et prendre « au milieu » n’a aucun sens.
Bien entendu, si on ne se fixe pas sur une taille de modèle précise, on peut ajouter encore un ordre de grandeur d’incertitude à tout ça.
La fourchette finale est comme vous dire « c’est quelque chose entre le Paris-Versailles aller-retour et le tour de la terre complet ». Difficile de raisonner avec ça.
Donne nous un chiffre !
Va savoir… vu les estimations avec des ordres de grandeurs quasiment inconnus, ma seule conclusion est « je ne sais pas ».
Je vais quand même reprendre l’idée d’Andy Masley avec quelques hypothèses.
ChatGPT ou équivalent 70B, borne pessimiste, datacenter en Californie
0,550 gr d’éqCO2 par requête
ChatGPT ou équivalent 70B, borne optimiste, datacenter en Californie
0,055 gr d’éqCO2 par requête
ChatGPT-nano ou équiv. 5B, borne pessimiste, datacenter en Californie
0,055 gr d’éqCO2 par requête
ChatGPT-nano ou équiv. 5B, borne optimiste, datacenter en Californie
0,005 gr d’éqCO2 par requête
ChatGPT-nano ou équiv. 5B, borne optimiste, datacenter en France
0,0017 gr d’éqCO2 par requête
Rentabilité
Un ordinateur fixe avec son écran externe consomme dans les 60 watts4, donc 1 Wh par minute d’utilisation. Avec nos chiffres plus haut, une requête LLM devient rentable énergétiquement si elle évite entre 2 secondes et 3 minutes de travail5.
On trouve aussi qu’une requête de recherche Google consomme 10 fois moins qu’une requête ChatGPT6. Tourné autrement, la requête au LLM est rentable si elle vous épargne 10 recherches Google. Si vous utilisez un modèle nano, on devrait être au même ordre de grandeur qu’une requête Google.
Si on mélange les deux (pendant l’utilisation de votre ordinateur vous allez faire des recherches, pendant vos recherches vous allez utiliser l’ordinateur, et faire tourner d’autres serveurs web), l’équivalence énergétique semble atteignable rapidement.
Ok, mais c’est beaucoup quand même, non ?
Je vais éviter l’opinion subjective. Le mieux est de prendre quelques exemples à partir du comparateur de l’Ademe :
Une simple tartine de beurre sans confiture le matin7 c’est l’équivalent d’entre 144 requêtes et 39 500 requêtes LLM dans la journée.
Prendre 100 grammes de crevettes8 au repas une fois dans l’année, c’est l’équivalent de faire au travail toute l’année entre plus de 2 requêtes par jour et plus d’1 requête par minute.
Si vous décidez de remplacer la vieille armoire de mamie qui commence à lâcher plutôt que de faire un rafistolage bien moche avec clous et planches, c’est l’équivalent de faire entre une requête toutes les 16 minutes et 17 requêtes par minute sur toute votre vie à partir de vos 6 ans, 16 heures par jour9 .
Si certains parlent d’interdire les IAs pour des raisons énergétiques, ce que je trouve comme chiffre rend toutefois bien plus efficace et pertinent d’interdire de jeter des meubles ou de manger des crevettes ou des raclettes10, à la fois sur l’ordre de grandeur et sur le service rendu.
Ce que je ne dis pas
Parce que je sais que je vais avoir pas mal de réactions :
Je ne nie pas l’impact environnemental
Je ne dis pas que c’est rien. Ce n’est pas rien.
Je ne sais pas mesurer à quel point on risque d’utiliser ces outils dans le futur, et donc le potentiel effet de masse
Je ne dis rien ici de la pertinence, de l’utilité ou de la dangerosité de ces outils hors des questions énergétiques
Je ne dis pas oui ou non à un usage ou un autre, je me contente de donner les chiffres et l’incertitude que j’ai trouvés
C’est un état de réflexion, pas une conclusion
Bien évidemment, si j’ai fait une quelconque erreur, ce qui est loin d’être impossible, vous êtes les bienvenus à me le signaler.
Même chose si vous avez des liens à ajouter au débat. Je ne les ai pas forcément lu, et ça peut évidemment changer mon texte.
Sans avoir de données publiques, les prix des différentes générations crédibilisent que la consommation énergétique a tendance à bien baisser avec le temps ↩︎
C’est potentiellement 30% de plus si on prend en compte l’entrainement des modèles. J’ai fait le choix de ne pas le prendre en compte parce que justement on parle d’un futur où on aurait un usage massif des LLMs (les émissions d’aujourd’hui sont peu signifiantes). Dans ce futur, si on répartit le coût d’entrainement sur la totalité des usages, on a des chances que ça ne soit pas si significatif que ça. Dans tous les cas, même 30% ne change pas les ordres de grandeur de la suite. ↩︎
Je me base sur la différence de prix entre ChatGPT-4.1 et ChatGPT-4.1-nano ↩︎
On peut diviser par deux pour un ordinateur portable ↩︎
Suivant qu’on est sur un équivalent ChatGPT avec un scénario de consommation pessimiste ou un équivalent équivalent ChatGPT-nano hébergé en France avec un scénario de consommation optimiste ↩︎
Là aussi, il semble que ce soit une borne haute, probablement basée sur la borne haute de la consommation énergétique de ChatGPT ↩︎
10 grammes de beurre par tartine, à 7,9 kg d’eqCO2 par kg de beurre, donc 79 grammes d’eqCO2 par tartine. ↩︎
100 grammes de crevettes, à 20 kg d’eqCO2 par kg de crevettes, donc 2 kg d’eqCO2 la portion de crevettes. ↩︎
16 heures par jour parce que bon, à faire ça toute votre vie on peut quand même vous laisser 8 heures par jour pour dormir, manger, prendre une douche, vous déplacer, etc. ↩︎
Ce n’est pas juste une remarque amusante ou du whataboutisme. Je suis en fait sacrément sérieux. L’alimentation de source animale est un des éléments majeur de nos émissions, bien bien au-delà de ce que pourrait devenir l’IA dans les scénarios pessimistes sur le futur. Mettre une taxe carbone voire des interdictions ne me parait pas totalement déconnant. Oui, j’en suis là sur mon rapport au réchauffement climatique, c’est dire à quel point je ne prends pas la chose à la légère et à quel point je serais prêt à bannir l’IA si j’avais l’impression que ce serait le problème. ↩︎
On parle beaucoup prix de l’essence, climat, et transition de la voiture vers d’autres modes de déplacement comme le vélo ou les transports en commun.
Ces discussions arrivent régulièrement à l’objection « je suis loin, sans alternative, la voiture m’est indispensable », comme si la distance était une donnée externe intangible.
La distance est pourtant un choix. C’est parfois un choix de confort, pour ne pas déménager, ou au contraire pour gagner en surface et en confort. C’est toujours un choix collectif d’organisation urbaine, avec des pôles résidentiel éloignés des pôles industriels et des centres villes.
La distance a été considérée comme un paramètre accessoire parce qu’on pouvait se reposer sur la voiture et l’infrastructure routière.
Le parti pris c’est qu’on ne fera pas l’économie de remettre ce choix en cause. Trop de gens dépendent de la voiture sans alternative. Si on veut pouvoir réduire la circulation automobile, il faut aussi réduire là où elle est nécessaire.
On ne peut pas mettre tout le monde en centre ville. Il n’y a simplement pas la place. On ne peut pas construire un réseau de transport en commun qui circule loin, partout, à une fréquence qui permet de se reposer dessus. Ou plutôt on pourrait mais on n’est probablement pas prêt à en payer le coût.
L’alternative qui nous reste c’est de repenser à la fois l’organisation collective et nos propres choix individuels.
Ça veut dire inciter les bureaux à se disperser au lieu de les concentrer dans un centre d’affaire ou au centre ville.
Ça veut dire arrêter le modèle pavillonnaire où les plus aisés s’éloignent pour trouver leur maison individuelle et leur jardin.
Ça veut dire parfois déménager du coin qu’on aime ou du coin où on a habité historiquement pour suivre les contraintes de distance au travail ou aux activités, y compris si ça veut dire quitter la ville pour la campagne ou quitter la campagne pour la ville, ou d’autres compromis comme la surface ou le confort accessibles au même prix.
Ça veut dire, pour ceux qui ont la chance de choisir leur travail, de le choisir aussi en fonction de la distance aux logements qu’on peut envisager derrière.
Ça peut vouloir dire moins d’énormes métropoles centralisées et de petits villages où il n’y a rien, pour plus de villes et zones urbaines de moyenne importance qui sont relativement autonomes au niveau logement / travail / activités.
Ça veut dire moins de maisons individuelles et plus de petits immeubles et logements en co-propriété.
Ça veut dire des zones urbaines d’abord pensées pour se déplacer et y vivre sans voiture, au lieu d’être essentiellement pensées pour y circuler en voiture.
Oui, ça ne veut pas dire que des choses attirantes.
On a construit un modèle de société où le rêve est d’habiter dans une maison individuelle sans vis-a-vis avec un grand jardin, avec une ou plusieurs grosse voitures et une route large qui nous amène à une grande ville juste à côté.
C’est ce modèle qu’il nous faut dépasser, et ça prendra bien plus que quelques années, que ce soit au niveau changement des mentalités ou au niveau de l’organisation urbaine.
Améliorer les transports en commun et construire des pistes cyclables en zone urbaine dense c’est indispensable mais ça n’est que le minimum faisable à court terme. Ça ne suffira pas.
Je fais le tour des propositions des différents groupes pour les Européennes.
Je filtre en ne retenant que ce qui concerne vraiment l’Europe. Je rage chaque fois élection en voyant combien même les partis qui se disent pro-européens font majoritairement campagne sur des sujets nationaux.
J’ai à mon grand étonnement trouvé pas mal de choses intéressantes côté PCF. J’ai aussi trouvé une réplique magnifique de leur candidat :
— « Vous l’utilisez Facebook, vous utilisez Google […] Vous pourriez ne pas collaborer avec ces géants — « Regardez, des tas d’éditorialistes du Figaro qui dénoncent le fonctionnement de la sécurité sociale, utilisent la sécurité sociale donc si vous voulez qu’on joue à ce petit jeu là […]
Ça n’a l’air de rien mais si je devais soutenir deux pistes de travail sur l’Europe, elle ferait partie des deux (l’autre serait une refonte démocratique dans les institutions).
Aujourd’hui on parle de salaire minimum en Europe et on parle d’intention écologique, mais ça reste d’impact quasiment nul. Toute avancée se heurtera forcément au mur de la concurrence mondiale.
Dans cette vision on a l’impression que le social et l’écologie se font forcément au détriment de notre intérêt. Malheureusement, s’il y a une chose que la gouvernance européenne actuelle ne semble pas prête à faire, c’est bien handicaper notre positionnement économique.
Si je dois voir une vraie solution, c’est forcément en imposant que toute la planète respecte les mêmes règles.
Ça semble impossible mais il n’y a aucune raison sérieuse.
On impose déjà à tous les produits et services vendus en Europe de respecter certaines règles, généralement économiques et de sécurité. Ces règles prennent parfois en compte les impacts des produits après leur vente (sécurité, toxicité dans le temps, recyclage, etc.).
On ne peut pas refuser l’entrée des produits construits dans des pays avec des normes sociales et écologiques basses. Par contre je ne vois rien qui empêcherait de règlementer les ventes en Europe en fonction de normes écologiques et sociales des produits — peu importe leur provenance — soit en considérant une interdiction des produits et services ne respectant pas un minimum, soit avec une taxe progressive sur ce critère.
Le vrai enjeu c’est de considérer toute la vie du produit, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa vie de déchets. On ne compte donc pas que ce qui est réalisé sur le sol européen mais tout ce qui concourt à la vente ou son achat sur notre sol, directement ou indirectement.
Bref, on pourrait, avec un peu de volonté.
On peut commencer par des normes excessivement basses, qui finalement sont respectées quasiment partout en Europe. On éviterait donc trop de débat interne.
Voilà d’un coup que les normes écologiques et sociales des pays européens deviendraient un avantage économique sur leur marché (nous les respectons déjà, nous réduisons l’avantage concurrentiel de réaliser les mêmes biens et services sans prendre en compte les impacts écologiques et sociaux de façon délocalise).
Ça favoriseraient en même temps la montée sociale et écologique des autres pays au lieu de favoriser leur exploitation (ça coute encore probablement moins cher de produire ailleurs dans le monde, mais ça leur impose quand même d’élever leurs pratiques s’ils veulent participer, générant une concurrence vers le haut).
Charge à nous ensuite de monter ces normes au fur et à mesure, année après année.
De quoi je parle ?
Le nombre de kilomètre parcouru sur toute la vie du produit, matières premières incluses
Le carbone généré
Un revenu minimum absolu, relatif au prix des denrées et services primaires locaux, ou relatif au revenu moyen, pour tous les salariés et prestataires concernés, directs et indirects
Pour les mêmes travailleurs, des garanties sur l’accès aux soins, les filets de sécurité, la non discrimination, la liberté syndicale, etc.
L’impact écologique de production en terme de rejets toxiques, de traitement, de protection des milieux naturels
L’impact écologique en terme de recyclage
La durée de vie moyenne du produit ou la période garantie
La réparabilité du produit
Ce ne sont que des grands sujets, c’est forcément très flou juste pour exemple, mais si nous arrivons à même imaginer avancer sur un socle vraiment minimum-minimum qui se convertisse en loi européenne sur tous les produits et services vendus en Europe, ça serait énorme.
En pratique chacun auto-certifie ses propres actions et se charge de demander les mêmes certifications de la part de tous ses fournisseurs, qui eux-même devront faire de même pour s’auto-certifier.
Évidemment il y aura plein de faux dans la chaine. Je ne demande même pas d’obligation de résultat, juste d’obligation de moyens et d’attention.
À chacun de mettre en œuvre des mesures raisonnables et crédibles pour s’assurer de la véracité et de la vraisemblance des garanties de ses fournisseurs, et être responsable en cas de problème manifeste, de problème connu, ou de manque de contrôle en cas de défaillance à répétition.
C’est peu, mais c’est juste énorme par rapport à l’(in)existant et ça ouvre la voie à des poursuites en justice pour les maillons européens qui ne jouent pas assez le jeu sur le contrôle et les garanties sur toute leur chaîne amont.
Suis-je totalement à l’ouest ? Ça me parait à la fois faisable techniquement, respectueux des traités internationaux pourtant très libéraux, bénéfique à notre économie, et bénéfique à notre situation sociale et écologique comme à celle des pays qui sont aujourd’hui nos poubelles à ce point de vue.
J’ai pu louper plein de choses, y compris de l’évident, mais du coup je veux bien vos lumières.
Une voiture électrique c’est émission zéro… mais en réalité on déplace surtout le problème au niveau de la production d’électricité, qui elle n’est pas à zéro émission.
* * *
En pure consommation d’énergie produire l’électricité à partir d’énergie fossile, la transporter, la stocker dans des batteries pour ensuite la renvoyer dans des moteurs c’est beaucoup de pertes.
En même temps l’essence du véhicule thermique il faut aussi la transporter, et la perte est probablement énorme là aussi. Je me doute aussi qu’une centrale thermique a une efficacité plus importante qu’un petit moteur de voiture.
Si on ajoute que la voiture thermique consomme beaucoup inutilement en ville là où au contraire l’électrique sait récupérer une partie de l’énergie lors des freinages… je suis incapable de savoir ce qui consomme le plus au final.
* * *
Ensuite vient la pollution. Une maigre partie de la production électrique vient du renouvelable. C’est peu mais ça fait une différence par rapport à l’extraction puis le brûlage du pétrole ou du charbon. J’ai aussi l’intuition que les centrales électriques à base de pétrole filtrent mieux certains rejets que les moteurs individuels.
De l’autre côté les batteries sont elles-mêmes très toxiques et pas recyclées à l’heure actuelle. Si j’ajoute les déchets nucléaires dus à la production énergétique française, je ne sais plus vraiment faire le tri.
* * *
Je ne dois pas être le premier à me poser toutes ces questions mais je manque diablement de chiffres. Quelqu’un a-t-il des liens ?
Je suis triste à chaque fois que quelqu’un me fait passer un lien critique sur La Ruche pour me demander ce qu’il en est vraiment.
Venez me parler en privé si vous voulez des détails ou des réponses sur un sujet ou un autre mais je vais donner ici l’esprit général.
Bien entendu ce qui suit n’engage et ne représente que moi, d’autant que je ne travaille plus à La Ruche. Je n’ai pas non plus *la* vérité. Juste mon vécu.
La Ruche s’est créée pour démocratiser les circuits courts, à l’aide de la technologie. L’idée c’est que pour changer la société qui nous entoure il faut embarquer tout le monde, et pas que les militants convaincus.
Pour ça il faut faire des compromis. Pour toucher tout le monde il y a par exemple le choix d’avoir une offre large, quitte à ne pas avoir que du bio, quitte à y mettre de la viande, quitte à parfois devoir sourcer un peu plus loin, quitte à s’ouvrir à des transformateurs, etc. Pour toucher tout le monde il y a aussi le choix d’investir dans la communication, dans les outils, dans le logiciel, dans le personnel, et de trouver du financement privé pour cela. Du coup oui, aussi, il y a une volonté d’expansion, non seulement pour arriver à la masse critique qui permet que « ça fonctionne » mais pour justement toucher tout le monde.
On peut juger que ces compromis ne sont pas les meilleurs. On peut remettre en cause le choix de la démocratisation. D’autres choix co-existent et c’est très bien ainsi ; ils sont complémentaires les uns des autres.
Par contre à aucun moment je n’ai eu le moindre signe qui me fasse douter de l’intention de l’entreprise, des fondateurs ou des salariés. À aucun moment. Vraiment. Tous sont là pour participer positivement à la société qui les entoure, convaincus que les circuits courts y aidera.
L’entreprise est composée de beaucoup de gens exceptionnels, souvent militants, qui ne laisseraient probablement pas passer la moindre action qui ne soit pas au bénéfice direct des producteurs, des responsables de ruche et des membres. En fait c’est peut-être moi qui passait pour le plus capitaliste ou trop peu militant par rapport au autres. Même les investisseurs privés, capitalistes, sont partie intégrante de ces choix sociaux.
Critiquez les choix qui vous paraissent critiquables mais tout ce qui dépeint l’entreprise comme non éthique ou comme fausse d’une façon ou d’une autre, est à mon avis totalement à côté de la plaque par rapport à ce que j’ai pu voir en interne – et je ne pense pas avoir pu manquer grand chose de majeur.
Je pourrais parler des heures des différents sujets et des critiques que je lis parfois sur le web mais je vais partager une anecdote :
De nombreuses distributions ont été annulées suite des attentats de Paris de novembre 2015. Certaines ont continué à l’être par la suite.
La seule préoccupation de la réunion de direction du premier jour ouvré suivant l’attentat n’était pas « la baisse de notre chiffre d’affaire » ou « quelle communication » mais « comment peut-on compenser le revenu des producteurs qui ont perdu ou vont perdre des ventes à cause des attentats ».
De mémoire c’est finalement l’entreprise mère qui a pris dans ses marges pour tenter de compenser partiellement le manque à gagner des producteurs.
Le problème, c’est le manque de disponibilité et de réserves de ressources en minerai et matières premières – ce que l’on appelle l’épuisement des éléments – pour capter, convertir et exploiter les énergies renouvelables.
[…]
Les technologies que nous espérons salvatrices ne font qu’ajouter à ces difficultés. « Car les nouvelles technologies vertes sont généralement basées sur des nouvelles technologies, des métaux moins répandus et contribuent à la complexité des produits, donc à la difficulté du recyclage »
[…]
« Il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients ».
Pour eux, l’effondrement n’est pas tant une transformation brutale, un retour à la barbarie, qu’« une situation inextricable, irréversible et complexe, pour laquelle il n’y a pas de solutions, mais juste des mesures à prendre pour s’y adapter ». Comme face à une maladie incurable, il n’y a pas de solutions, mais des choses à faire. Pour eux, la décroissance volontariste n’est plus d’actualité. La réduction graduelle, maîtrisée et volontaire de nos consommations matérielles et énergétiques n’est plus réaliste. […] Nous sommes là encore face à une conjonction d’effondrements : des ressources, des finances, de l’économie, de la politique, de la société et de la culture… Un effondrement total, systémique « où même la possibilité de redémarrer une société dans un environnement épuisé serait très faible pour ne pas dire impossible. »
quand on payé une bagnole 10.000 boules, c’est bien la hausse du tarif pour 3m2 d’espace public occupé nuit et jour au prix exubérant de 9 euros par semaine qui décrédibilise l’héritage de Jean Jaurès.
Oui, 9 euros la semaine pour 2 à 4m2 de surface occupée en plein Paris. Avenue Montaigne incluse. A la saison où les SDF gèle sur carton au pied de ton immeuble à double digicode, ce loyer pour un gros bout de plastique laid privatif, avec air conditionné et GPS, est tout simplement le meilleur deal immobilier de France, province incluse.
Je n’aurais pu mieux répondre que Seb Musset à ce délire caricatural du chroniqueur de Le Plus.
Sérieusement, à Paris, ne pas se rendre compte qu’on ne fait pas les poches aux automobilistes mais qu’au contraire ils sont subventionnés… les infrastructures de circulation automobiles et tout l’impact financier de la surcharge de circulation – ne parlons même pas de la pollution – coûte un fric qui ne sera jamais remboursé par un ticket de parking à 9 € par semaine.
Les écrits avec du recul sur l’obsolescence programmée ne sont pas légion. Celui-ci en est un :
Dès lors, ce serait une faute de conception que de ne pas correctement ajuster les composants puisque cela risquerait d’occasionner des retours coûteux au service après vente. C’est ainsi un impératif rationnel que de calibrer l’ensemble des condensateurs en sorte qu’ils rendent l’âme le plus possible au même instant…
[…]
Un tel écart de prix [choix de la durée de vie des composants] était incompréhensible pour le client à l’époque et il se trouvait déjà des économistes néo-libéraux pour expliquer que le « différentiel » de prix était entièrement dû à l’écart de coût de main d’œuvre…
Au demeurant, on conçoit que l’industrie n’ait pas envie de communiquer sur ce paramètre qui, moyennant un calcul actuariel, permettrait de comparer plus justement les prix…
En outre, le client est, pour des raisons épistémologiques, inéluctablement aveugle sur ce qu’il achète – n’en déplaise aux économistes qui essaient de nous faire croire en la possibilité d’une transparence des marchés. Il pourrait se sentir « le dindon de la farce » s’il savait que le fabricant détermine précisément la durée de vie espérée…
Je me rappelle aussi cette histoire sur les imprimantes qui recueillent un tout petit peu d’encre pendant les nettoyages des têtes à l’allumage. Il y a un bac avec une mousse pour ça, malheureusement non accessible. L’imprimante tient un compte du nombre de nettoyages, et refuse le fonctionnement à partir d’un certain nombre prédéterminé, pour éviter que le bac ne déborde.
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Pas besoin de voir un complot des industriels. La durée de vie de l’imprimante est connue, mais c’est plus une question d’économie – le bac n’est pas accessible pour être vidé – que de volonté de faire raccourcir le temps d’utilisation.
Oui le constructeur définit la durée de vie probable du matériel, parce que cette durée de vie a un coût au niveau de la fabrication et des composants. Ce n’est pas que pour de l’électronique. On peut parler du choix du textile et de son tissage pour les vêtements.
Le problème c’est que cette qualité et cette durée de vie sont invisibles de la part du client. Les deux critères de vente restent le prix et le marketing. Pas étonnant donc qu’on tende vers des prix bas accompagnés d’un beau discours, quitte à avoir une qualité de conception en baisse.
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Que faire ? Étendre les garanties obligatoires (elles sont désormais de deux ans). Imposer une communication sur la disponibilité de pièces détachées (bientôt effectif).
J’ai plus simple, mais ça demande un courage politique : Simplement imposer au constructeur de communiquer officiellement sur la durée de vie probable pour le matériel à sa connaissance. Pas d’engagement autre que la bonne foi, mais au moins on pourra se retourner si jamais il y a mauvaise foi.