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Que se passe-t-il le jour où je ne suis plus là ? (bis)

J’avais écrit quelques lignes par le passé mais le sujet se fait de plus en plus présent avec quelques conver­sa­tions et les histoires autour de moi.

Je n’ai pas de croyance spiri­tuelle sur la mort, ni de dernières volon­tés. J’ai toujours trouvé ça égoïste et présomp­tueux. Si je ne suis plus là, ce n’est plus moi qui compte. D’autres déci­de­ront, en fonc­tion de leurs besoins et de leurs croyances à eux. Mon problème est ailleurs.

Pour les biens maté­riels, c’est plus compliqué

Marié en commu­nauté de biens j’ima­gi­nais une conti­nuité assez simple, ma femme récu­pé­rant à son seul nom le patri­moine autre­fois commun. Malheu­reu­se­ment, je me trom­pais lour­de­ment.

Le patri­moine n’est pas réel­le­ment commun, il est juste partagé. Me revient ce qui est acquis avant mariage ou par héri­tage, plus la moitié de ce qui reste. Cette somme sera divisé pour l’hé­ri­tage puis taxée.

Aujourd’­hui je me rends compte que la taxe peut impliquer de devoir revendre la maison commune. Je me rends compte que les reve­nus communs viennent essen­tiel­le­ment de mon salaire. Léga­le­ment mon fils obtien­dra au moins la moitié de mon héri­tage et l’usage de ces fonds avant sa majo­rité est très règle­menté.

Comment vivront ma femme et mon fils après moi ? Je n’ai pas encore la réponse à cette ques­tion et c’est en soi assez terri­fiant.

L’es­pé­rance de vie est un chiffre traitre. J’ai déjà perdu des amis plus jeunes que moi. Je peux vivre encore 50 ans comme avoir un acci­dent dès demain. Il devient impor­tant pour moi de me préoc­cu­per d’as­su­rance vie et de prévoyance. Urgent même.

L’en­fer admi­nis­tra­tif

Parfois il suffit d’une anec­dote. Mon père à l’hô­pi­tal. Un paie­ment d’im­pôt qui tombe et qui doit être fait sans attendre. Cher­cher les papiers de la banque, des impôts, comment faire… Un peu de stress à une période où on souhaite tout sauf ça.

À la maison l’ad­mi­nis­tra­tif n’est pas partagé ; il est réparti. Oups. Cher­cher la mutuelle, les impôts. Ma conjointe saura-t-elle que j’ai la porta­bi­lité de mon ancienne prévoyance profes­sion­nelle et comment la contac­ter ? Pensera-t-elle à l’as­su­rance du crédit ? Et les actions de la star­tup que j’avais fondé ?

Au delà des simples papiers, c’est aussi moi qui ait la clef de tout ce qui est numé­rique. Une amie a perdu son mari infor­ma­ti­cien il y a un an. Tout n’est pas simple. Je vois encore la messa­ge­rie gmail du disparu passer au vert à chaque fois qu’elle se sert de leur boite email commune.

Quid du NAS avec toute la mémoire fami­liale quand il tombe en panne ? Je me rends compte que l’ac­cès aux fichiers ne se relance même pas tout seul après une coupure élec­trique. Ce sont les 5 premières années de mon fils que je lui dénie­rais.

Il faudrait une docu­men­ta­tion à jour, et que je ne laisse pas les choses à moitié fina­li­sées. Je peux faire semblant de croire que je m’y tien­drais mais je nage là en plein instant théo­rique. Une option plus crédible est de ne pas avoir trop de sécu­rité (genre un mot de passe unique partagé simple et connu, ou au moins ne pas chif­frer les disques) et qu’un ami infor­ma­ti­cien fasse le relai à ma dispa­ri­tion – Stéphane, Corinne, Delphine, je compte sur vous. Très insa­tis­fai­sant.

Les mots de passe

Le conjoint en soins inten­sifs, vous vous voyez devoir à la fois lui dire que ça va s’ar­ran­ger – et le croire vous-même – et essayer de lui dire que ça serait bien qu’il vous dicte tous ses mots de passe, juste au cas où ? Moi non. En tout cas je ne veux pas l’im­po­ser à ma femme. Sérieu­se­ment, ça me semble une vraie torture. Et encore, ça c’est le scéna­rio opti­miste où il est encore temps de deman­der les mots de passe.

Je n’ai pas encore de réponse à ça. Je ne peux pas écrire mes mots de passe en clair ou prétendre qu’ils ne chan­ge­ront pas avant ma mort.

Je vois par contre aussi que chif­frer le trous­seau n’est pas si évident que ça. Aujourd’­hui je n’ima­gine même pas que l’em­pla­ce­ment et le moyen d’ac­cès au trous­seau seront rete­nus des années. Une clef d’ac­cès complexe relève de la science fiction.

« retiens cette clef d’ac­cès bien complexe qui donne accès à mon trous­seau de mots de passe au cas où ; tu ne dois pas l’écrire et tu ne t’en servi­ras peut-être pas pendant 10 ans mais il te sera indis­pen­sable à ce moment là… enfin si je n’ai pas oublié de te donner la nouvelle quand je la mettrai à jour »

Dash­lane propose quelque chose mais je crains que ça ne veuille dire qu’ils stockent mes mots de passe de façon déchif­frable sur leurs serveurs, ce qui me gêne énor­mé­ment (pour ne pas dire plus).

Pour l’ins­tant mon option la plus réaliste est d’uti­li­ser le méca­nisme d’inac­ti­vité de Gmail. Ils savent aler­ter et donner accès à ma boite email à un tiers dési­gné si je suis inac­tif pendant un certain temps. Comme c’est ma boite email prin­ci­pale, ma femme pour­rait en théo­rie récu­pé­rer n’im­porte quel compte en ligne à partir de là.

Je me vois cepen­dant mal propo­ser un déclen­cheur après juste une semaine, et si je mets un mois la plupart des infor­ma­tions arri­ve­ront trop tard. La balance entre l’in­ti­mité et la sécu­rité du conjoint me parait diffi­cile à trou­ver, sans comp­ter que rester sur Gmail n’est pas forcé­ment mon plan long terme.

Je crains même que le nom de domaine perso ne puisse être un problème à ma dispa­ri­tion. S’il expire au mauvais moment et est acheté par un tiers, c’est toute une série d’iden­ti­fiants qui seront perdus… et poten­tiel­le­ment des comptes en ligne inac­ces­sibles pour la même raison. Je ne pense pas que Google donne­rait accès à ma boite email si le nom de domaine a été racheté par un tiers et si la personne qui me survit ne connait même pas le mot de passe. Il faudrait que je note ça aussi dans les quelques lignes à trans­mettre après ma dispa­ri­tion.

7 réponses sur « Que se passe-t-il le jour où je ne suis plus là ? (bis) »

J’y étais allé de ma petite pointe morbide à l’occasion d’un voyage plus long et loin que d’habitude, avec beaucoup de voiture. Pour assurer ce genre d’arrière sans inquiéter ma famille, j’avais envoyé par mail (après accord) à un ami de confiance un fichier texte zippé avec mot de passe (envoyé lui par SMS), contenant les principales infos sur mon habitation, mes machines, mes comptes mails et réseaux sociaux.

Sans doute en ai-je oublié, mais au moins avait-il l’essentiel pour s’occuper du principal.

On n’en a jamais reparlé, et en regardant quelques mois après, je découvre effectivement que certains MDP ont changé… Pas simple de gérer une telle transmission de manière pérenne. L’idéal serait, sans doute, de fermer avec le temps certains comptes afin de limiter la quantité d’infos à transmettre, tout comme cet article de Mark Pilgrim, où il espérait à la fin de sa vie ne plus avoir qu’une clef — tiens, on peut le trouver en ligne : http://www.diveintomark.link/2004/keys

Je pense que la base serait un coffre fort numérique (keepass?) contenant tous les mots de passes et modalités d’accès (genre clef ssh, adresses des serveurs, etc…) distribué à des personnes de confiances (régulièrement en cas de maj du coffre) et le mot de passe (compliqué bien sûr) du coffre dans une enveloppe chez le notaire avec des instructions sur comment l’utiliser.

>> Je ne pense pas que Google donnerait accès à ma boite email si le nom de domaine a été racheté par un tiers <<

Je viens de faire le test à l'instant avec une boîte Gmail dont je ne possède plus le nom de domaine (Google Apps for Business) depuis déjà quelques années. J'ai pu faire une récupération du mot de passe par l'intermédiaire de mon adresse mail secondaire (ma @gmail.com standard) et accéder au compte. Voilà qui répond déjà à une de tes questions.
Pour le reste je te souhaite bon courage.

> Si je ne suis plus là, ce n’est plus moi qui compte. D’autres décideront, en fonction de leurs besoins et de leurs croyances à eux. Mon problème est ailleurs.

Pas tout à fait. :) Étant passé par là récemment avec la mort de mon père. En fait, quand tu meurs, c’est ton « corps administratif » qui est le plus lourd à gérer pour la famille. Il y a des procédures qui t’aident à prendre les bonnes décisions ou à bien préparer le relais.

Bien lire cette page
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F16507
et tous ces liens afférents.

Pour les biens, le régime par défaut dans une succession se négocie entre l(es) enfant(s) et le conjoint survivant. « Le conjoint survivant reçoit à son choix soit la totalité du patrimoine du défunt en usufruit, soit le quart des biens en toute propriété. »

Ce qui entraîne des situations troublantes quand les enfants sont des rapaces. Il faut aussi savoir protéger son conjoint et se protéger de ses propres enfants (ce n’est pas un manque de confiance), c’est être réaliste par rapport aux émotions et à nos relations humaines.

Par exemple, il est possible chez un notaire de signer un papier afin que l’enfant ne puisse pas virer le conjoint survivant d’une maison.

Si la personne est déjà à la retraite au moment du décès il y aussi des pensions de reversion d’une quote-part de la retraite vers le conjoint. C’est bien. Une chose à faire attention cependant, pour éviter tout abus la plupart des comptes sont très vite bloqués jusqu’à ce que les détails de la succession soient réglés (peut prendre jusqu’à un an ou plus dépendant de la complexité du dossier).

La semaine du décès, l’argent nécessaire pour payer tous les services des pompes funèbres : cercueil, levée du corps, changement de département si nécessaire (une autre paire de manches), etc. Tout cela coûte quelques milliers d’euros. :/ La mort est un business.

L’emplacement où ton corps, cendre, etc sera reposé. Prévoir avant.

Des trucs débiles comme qui inviter aux funérailles ou pas d’invité du tout. Le plus le futur défunt prépare à l’avance, le moins pour la famille à gérer qui en a déjà gros sur la patate. :)

J’espère que cela aide. Bises.

Je comprends mais les derniers points sont justement ceux que je ne veux pas décider.

Est-ce qu’elle voudra une cérémonie religieuse (je ne le suis pas, elle un peu) ? Est-ce qu’elle voudra une tombe ou une urne ? Est-ce qu’elle voudra être en famille restreinte ou voir des soutiens d’amis voire des gens qui me connaissent mais qui ne la connaissent pas ?

Franchement, à quel titre irais-je lui imposer quoi que ce soit sur ces sujets ? Moi je serai mort, je n’en aurai plus rien à faire. Donc non, je n’établirai pas de liste et de « dernières volontés ». Cette position là, au moins, ma femme la connait déjà :-)

J’entends ce que tu dis cependant. Probablement qu’on en parlera ensemble avant, pour que de choix soient pris par avance et qu’elle n’ait pas cette charge en plus au mauvais moment, mais ce seront ses choix, pas les miens. À vrai dire je n’ai même pas à les connaitre, juste à m’assurer que je lui simplifie un maximum la vie.

Pour le testament et la sécurisation financière oui. J’étais naïf sur ce qu’est une communauté de biens et on passera donc devant le notaire pour gérer tout ça.

> Je comprends mais les derniers points sont justement ceux que je ne veux pas décider.

Cela est exactement une décision si elle est partagée. Ainsi le conjoint ou le reste de la famille d’ailleurs peut arranger les détails selon leur choix. :) Ce sont exactement des dernièrs volontés, même si cela est « faites ce que vous voulez. »

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