Éthique et Lima

Le projet Lima s’éteint. C’est dommage. Je suis convaincu que les équipes de Lima ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour que ça n’arrive pas. Des fois « on n’y arrive pas ». C’est dommage mais c’est ainsi et on doit plutôt remercier les gens d’avoir essayé.

Les appareils concernés vont à terme devenir inutilisables. C’est un bon exemple de « n’utilisez pas d’appareils connectés qui dépendent d’un service centralisé » mais à mon sens la leçon n’est pas celle là.

Je n’aime pas tirer sur l’ambulance mais mon problème est un problème éthique.

What happens if CGC dies ?

What’s good with Lima is that it’s entirely private and decentralized. So Lima can work independently from any servers, and continue managing your data even if our startup dies (disclosure: we don’t plan anything like that)

The only thing we manage on our side of the equations are updates of our app and the web interface of Lima. In case of company crash, we’ll do our best to open source at least the most critical parts of our code, so the community continues improving the solution every night.

FAQ sur la page Kickstarter, le 6 août 2013

La disparition de l’entreprise a été envisagée dès le début de l’aventure (c’est bien) et des éléments de réassurance ont été posés (c’est bien aussi, même si ce n’est que du best effort).

J’ai un problème éthique parce que toutes les équipes de Lima, des fondateurs jusqu’aux développeurs ont accepté de poser ces éléments de réassurance alors qu’ils semblent faux.


En pratique le serveur de l’infrastructure Lima est un composant essentiel et les boitiers vont progressivement arrêter de fonctionner. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Lima eux-mêmes. Là on est dans la tromperie pure et simple par rapport à la promesse affichée.

While your Lima product synchronises with your devices without servers, our servers are still needed to make your devices find each other and establish a connection.

Unfortunately, as our services shut down, your Lima will progressively stop to work.

This time, it’s Goodbye. Page d’accueil Lima

La promesse de l’open source est similaire. En pratique il est impossible de passer le code open source une fois la société en liquidation. C’est confirmé par les réponses sur Twitter.

C’est simplement légal. Les actionnaires perdent le contrôle de la société et le liquidateur a l’obligation légale de tirer le maximum des possessions de la société. Ça inclut le code source et la propriété intellectuelle. Libérer le code source gratuitement n’est légalement plus possible.

Le problème c’est que ce n’est pas une surprise.

Il aurait fallu s’y prendre avant le début des difficultés. Il aurait fallu déposer le code source régulièrement chez un tiers de confiance et s’engager contractuellement avec lui sur une cession de droits qui ne deviendra effective qu’à certaines conditions pré-établies.

Même si la FAQ parle de « do our best », on est dans la tromperie. Il n’est pas imaginable que la question ait été abordée dans la FAQ et que les collaborateurs de l’entreprise aient pu ignorer les enjeux ci-dessus. Ils semblent pourtant ne rien avoir prévu, consciemment, et avoir participé là aussi à un décalage significatif entre le discours et les actions.


J’en veux aux développeurs qui ont participé à ça, et qui vont mettre le doute sur tous les autres.

Développeurs, vous ne devriez pas mettre l’éthique de côté. Vous ne devriez pas apporter votre concours à des sociétés qui trichent, qui trompent, peu importe le degré de coolitude du produit ou du service.

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