TL;DR: Je ne déplie plus mon rétroviseur à vélo.
C’est censé me mettre en sécurité mais (constatation empirique) ça ajoute en réalité probablement du danger.
Explications
J’ai un petit rétroviseur sur mon vélo. Discret mais efficace. Il me permet de me sécuriser dans mes changements de direction mais aussi d’anticiper les manœuvres des motorisés, surtout leurs manœuvres dangereuses.
Il se trouve que j’ai été agressé il y a quelques temps alors que je roulais sur une voie réservé bus+vélo, à un mètre des véhicules en stationnement sur ma droite. Un chauffard avait décidé de sauter le bouchon de soirée en passant par la voie bus. Ma présence l’a empêché d’avoir l’efficacité qu’il cherchait dans son forfait, et ça a dérapé après qu’ il a forcé le passage pour me dépasser quand même en me frôlant.
Si je raconte ça c’est qu’une des choses qu’il m’a reproché c’est de l’avoir vu dans mon rétroviseur (c’était le cas) mais de ne pas avoir dégagé de la route pour autant (c’était ma place et pas la sienne, mais ça lui passe visiblement au-dessus).
Depuis quelques jours je me rends compte que je subis toujours autant de chauffards qui occupent les bandes cyclables, les sas vélo et les approches de carrefour ou de passages piétons, mais j’ai énormément moins de mises en danger qui viennent de l’arrière, notamment de dépassements trop proches.
Hasard ? Je constate aussi que depuis mon agression, inconsciemment, je ne déplie plus mon rétroviseur.
Je commence à me dire que, empiriquement, si ça me permet de voir et anticiper les chauffards venant de l’arrière, ça leur indique aussi que je les vois, et ils se sentent très probablement beaucoup plus en droit de faire n’importe quoi (ou considèrent qu’il y a moins de risque pour eux et leur carrosserie que je fasse un écart au mauvais moment).
Je n’ai pas de quoi faire un test scientifique, et n’en ai pas l’envie, mais mon sentiment c’est qu’il y a une vraie relation de cause à effet, de la même façon qu’on discute de moins d’égards des automobilistes vis-a-vis des cyclistes casqués/protégés.
Est-ce que je vais déplier mon rétroviseur ces prochains jours ? Probablement pas.
« Vouloir interdire les milliardaires c’est confiscatoire, et contre la liberté d’entreprendre. »
trop souvent entendu
Je suis contre les milliardaires justement parce que je suis contre la confiscation et pour la liberté.
Je suis convaincu que personne n’a une telle valeur ajoutée par rapport aux autres. Devenir milliardaire se fait forcément en exploitant autrui, en leur confisquant la part de richesse qui devrait revenir aux autres.
Entre le manque de richesse des uns et le grand pouvoir obtenu par quelques autres, on crée un verrouillage et un système de domination qui est tout sauf créateur de liberté pour tous.
Travail n.m. (lat. pop. tripalium ; de tres, trois et palus pieu) instrument de torture puis appareil où l’on place les bœufs pour les ferrer
Quelle mouche a donc piqué notre société pour qu’on veuille sauvegarder le travail ? Je suis des plus heureux que l’automatisation m’épargne une quantité de travaux des siècles derniers, et qu’elle nous ait permis d’avoir un meilleur confort et une meilleure vie.
J’ai une machine à laver le linge et une pour la vaisselle. J’ai une calculette ainsi qu’un micro-ordinateur portable. L’électricité m’apporte aussi la lumière, la cuisson, un ascenseur et certainement cent autres appareils quotidiens.
On est tellement entourés de travail automatisé qu’on oublie que le travail manuel n’est plus que l’exception.
Et tant mieux. Je n’envie pas le temps des labours manuels, des porteurs d’eau, de la coupe du bois de chauffage, des déplacements à pieds peu importe la distance, etc.
C’est la part des richesses apportée à chacun qu’il faut sauvegarder, pas le travail.
Confondre les deux relève quand même d’un aveuglément assez profond.
Richesses, subst. fém. Tout ce qui est susceptible de combler, de satisfaire les désirs, les besoins de l’homme.
Le problème n’est pas que l’automatisation retire du travail, ni même qu’on manque de richesses. Le problème c’est que l’automatisation du travail modifie la répartition des richesses (vers une plus grande concentration).
Dans un monde capitaliste, la richesse appartient d’abord à celui qui contrôle les moyens de production. Il y a longtemps c’était la terre. Désormais ce sont les machines et les infrastructures. Demain ce sera peut-être ce qu’on nomme les intelligences artificielles.
Pour partie, les emplois perdus sont recréés ailleurs. L’enjeu c’est d’assurer la transition. Le chômage et la formation sont des réponses mais elles ne sont que partielles. Ceux qui perdent un emploi ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui en trouvent un nouveau.
Malheureusement, nos élus tendent à raboter le chômage et culpabiliser les personnes qui perdent leur emploi. Tout ceci est pourtant structurel, attendu. Il ne reste qu’un RSA de misère qui représente à peine la moitié du seuil de pauvreté.
Pour ne rien gâcher, nos élus tendent à vouloir augmenter le temps de travail, donc concentrer l’emploi et les richesses acquises ainsi sur moins de personnes, avec forcément plus de laissés pour compte.
Préparer la révolution
Ce qu’on nomme intelligence artificielle rend envisageable à une révolution à court terme. On y croit ou on n’y croit pas, mais c’est un avenir possible, crédible.
La différence avec la révolution de la vapeur, de l’automatisation des usines et de l’électronique, c’est la vitesse à laquelle on imagine l’automatisation prendre place.
Ça peut être sanglant, à un point difficilement comparable avec le passé.
Le chômage ne peut pas être la solution. L’espoir dans la création de nouveaux types d’emplois non plus. L’échelle des temps n’est pas la bonne.
Il faut autre chose. D’aucuns parlent de revenu de base, de revenu d’existence ou de salaire à vie. Peu importe. Ça peut être ça ou autre chose, mais on a besoin d’une solution, et on a très peu de temps pour la mettre en place.
Si nous ne sommes pas prêts c’est un autre type de révolution qui peut venir, tout aussi sanglant.
Lâcheté et absence du politique
Sauvegarder le travail est déjà un non-sens à la base. Faire faire du travail inutile pour éviter de penser la répartition des richesses, c’est botter en touche.
Ça peut fonctionner pour quelques mois, quelques années, mais pas plus, et à petite échelle. Face à l’ampleur du changement qu’on entrevoit, ça n’est même pas une possibilité. On mérite un peu plus de hauteur et de vision.
Entre temps, tout ce qu’on obtient c’est de solidifier le rapport de domination entre les détenteurs du capital et ceux qui vendent leur travail, physique ou intellectuel. Comme les second n’ont pas le choix, que les premiers voient venir la possibilité d’agir seuls, on entame un cycle de régressions sociales.
Tout politique qui trouve sa réponse dans la sauvegarde du travail ou qui cède aux chantages à l’emploi des grandes sociétés devrait être hué et renvoyé chez lui. Ceux qui ignorent la question ne méritent guère mieux.
Malheureusement les propositions alternatives ne se croisent pas ailleurs que sur les sites web. Il n’y a aucune vraie action en ce sens.
Le fascisme qui vient
Le fascisme et l’autoritarisme qui ne sont pas étrangers à tout ça.
On arrive au bout d’un système. On le fait perdurer en renforçant le maintient de l’ordre (police, lois, enfermement, pouvoirs de l’exécutif) et en bridant la capacité de s’organiser (répression des mouvements sociaux, guerre ou jeux, menaces sociétales réelles ou fantasmées, renforcement de la polarisation, désignation de coupables, opposer les uns et les autres).
Il n’y a pas de complot, juste un engrenage qui se met en place de lui-même par la lâcheté ou la courte vue de nos responsables politiques.
Les détendeurs du capital sont malheureusement historiquement assez à l’aise voire acteurs dans ces périodes, et c’est encore le cas aujourd’hui. Leur pouvoir s’y renforce.
Ça tient un temps, jusqu’à soit exploser soit sentir très mauvais. Les deux ne s’excluant pas.
Je me pose la question depuis un mois, savoir si ce traitement contre l’apnée du sommeil a ou pas un effet concret sur ma vie.
Ma famille me dit que la différence est flagrante dans ma façon d’être.
Pour ma part c’est plus difficile à dire. Ce n’est pas forcément que l’effet soit faible, c’est que je suis extrêmement mauvais à ressentir ce qui m’arrive.
Cette nuit, la seule fois sur le mois, j’ai arrêté la machine après quelques heures et me suis recouché sans penser à la remettre.
Tu as l’air fatigué ce matin
Ce matin, pour la première fois avec ces collègues, on me dit que j’ai l’air très fatigué.
C’est peut-être une coincidence mais je me dis que oui, cette machine contre l’apnée du sommeil a peut-être des effets visible sur ma vie.
Je suis curieux de revoir des personnes avec qui j’ai travaillé l’année dernière, comprendre comment ils me percevaient.
Le chômage est à des niveaux extrêmement élevé depuis des années en France.
Taux de chômage en France entre 1975 et 2024
C’est vrai, mais c’est aussi trompeur.
« Le taux d’activité des 15–64 ans est de 73,6 %, son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure au sens du BIT (1975). »
Le taux d’activité est en croissance lente mais continue depuis 35 ans. Il est plus haut aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été.
Pensez-y la prochaine fois qu’une personne de pouvoir vous dira que les français ne cherchent plus réellement à travailler.
Les statistiques démontrent le contraire.
C’est d’ailleurs aussi très clairement le cas pour les seniors. Leur taux d’activité monte très fortement et de façon continue depuis 25 ans. Il n’a jamais été aussi haut.
Pensez-y quand les mêmes vous diront qu’on arrête de travailler de plus en plus tôt.
Les statistiques démontrent le contraire.
Le problème c’est plutôt que les français et françaises veulent travailler, et que le nombre d’emploi n’a pas augmenté aussi vite.
Il y a certainement une question de libération des femmes, et on le voit à l’augmentation de leur taux d’activité, mais il n’y a pas que ça.
L’augmentation du taux d’activité des seniors tend plutôt à montrer que si les français travaillent plus c’est parce qu’ils en ont besoin [pour vivre correctement ?].
Si les gens travaillent plus, plus vieux, c’est qu’il n’y a pas de manque d’effort ou de volonté. Il ne sert à rien de demander aux français de travailler encore plus. C’est déjà ce qu’ils demandent, et ce que traduisent les chiffres du chômage.
Moi je poserais surtout le problème de la répartition des richesses.
Je vois encore parler d’isolation pour la lutte contre les très fortes chaleur, en l’opposant à la climatisation.
Je crois qu’il y a mauvaise compréhension : L’isolation ne rafraichit rien, elle se contente d’ajouter un peu d’inertie. Ce qui est chaud mettra plus longtemps à capter le frais extérieur. Ce qui est froid mettra plus longtemps à capter le chaud extérieur.
C’est parfait en hiver. On a une source de frais (l’air extérieur) et une source de chaleur (notre présence, notre frigo, notre télévision, notre plaque de cuisson, notre four, et tous les appareils électriques ou électroniques). Plus on isole, plus on limite l’impact de la source de frais. Si ça ne suffit pas, on ajoute une source de chaleur intérieur avec le chauffage.
En été c’est plus compliqué.
En journée on cumule une source de chaleur extérieure cumulée à une source de chaleur intérieur (notre présence, notre frigo, notre télévision, notre plaque de cuisson, notre four, et tous les appareils électriques ou électroniques). Ça chauffe, invariablement. L’isolation permet de limiter un des deux apports mais ça chauffe forcément.
Idéalement on évacue la chaleur récupérée en journée en laissant entrer l’air frais la nuit. Bonus pour ceux qui peuvent créer un courant d’air avec un appartement traversant.
C’est là que ça commence à coincer.
En périodes caniculaires, la nuit ne rafraichit pas, ou pas assez. On gagne donc de la chaleur chaque jour, sans rien pouvoir y faire. L’isolation peut même empirer le problème puisqu’elle limite les transferts de chaleur autant pour en gagner que pour en perdre.
Avec le réchauffement climatique ces périodes sont chaque année de plus en plus chaudes, et surtout de plus en plus longues. C’est explosif, surtout en zone urbaine où le béton régurgite la chaleur de la journée, où beaucoup d’appartements ne bénéficient d’aucun courant d’air.
Si vous avez l’impression que la densité des événements augmente dramatiquement avec le temps, c’est que vous avez bien lu le graphique.
L’isolation ne suffit pas, il faut aussi une source de frais en parallèle. Les deux agissent de concert.
Malgré tout ce que ça implique, il va être de plus en plus difficile de se passer de climatisation. On peut juste en limiter l’usage en isolant le mieux qu’on peut.
On parle coût des transports en commun. On le voit, on le paye au ticket ou à l’abonnement.
La voiture cache ses coûts, et ils sont pourtant importants.
On pense à l’essence, les péages et les parkings.
Derrière il y a les coûts d’entretien mais aussi les consommables comme l’huile, les pneumatiques ou même le lave-glaces et les lavages éventuels.
En coût fixe on a la carte grise, l’immatriculation mais aussi l’assurance, le contrôle technique et tous les accessoires qu’on achète.
Si la voiture ne dort pas dans l’espace public il faut compter le coût du garage ou de l’espace sur lequel on stationne — part dans l’achat ou la location de l’habitation, de ses charges, de ses taxes éventuelles.
À tout ça il faut ajouter la dépréciation de la voiture elle-même, qui perd de la valeur avec les années et le kilométrage.
C’est énorme.
Le fisc, peu habitué à sur-estimer les abattements, considère un coût agrégé de 37 centimes le kilomètre pour les gros rouleurs dans les voitures les moins puissantes. Les péages et parkings sont en plus.
Dans une 3008 qui fait 15 000 km / an, plus représentative, on est plus proche des 50 centimes le kilomètre.
Ça relativise tout de suite le coût du ticket de bus, surtout s’il s’agit de payer le parking public en centre ville ensuite.
Si ça vous semble beaucoup, les estimations parlent d’un coût moyen à l’année de 5 à 10 000 €. Ça donne 30 à 60 centimes le kilomètre pour le kilométrage moyen de 15 000 km par an.
On retombe sur nos mêmes ordres de grandeur.
Même en considérant une voiture qu’on a déjà pour d’autres raisons, donc en excluant les coûts fixes et avec une sous-évaluation en imaginant des coûts variables au plus juste, on tombe très difficilement sous les 15 cents du kilomètre.
Avec un trajet domicile-travail de 10 km, ce coût marginal sous estimé est déjà plus important que la part du salarié pour l’abonnement de transport en commun : Mieux vaut laisser la voiture au garage.
Et là on ne compte aucun parking, aucun péage, mais surtout aucun aléas comme une panne ou un accident.
La focalisation sur la religion et sur une religion spécifique ressemble, de l’extérieur, à refuser la diffusion d’une croyance, de refuser de la voir chez l’autre. Je le vois vraiment comme une guerre de religion, et je pense que c’est conscient chez certains.
Et si la place que prennent les religions commencent à ma gonfler, c’est que nos politiques y mêlent l’État, au risque de rogner les libertés fondamentales.
Je tiens à la liberté de conscience. Chacun a la liberté de ses croyances, et de les exprimer publiquement. Je refuse un État qui voudrait les gouverner les consciences, un qui choisirait lesquelles sont acceptables ou non.
Dans ce schéma, les croyances religieuses ne sont différentes que par leur entremêlement historique avec l’État. On a créé des règles spécifiques pour séparer les deux et assurer la neutralité de l’État. C’est l’équilibre de la laïcité française de 1905.
Que les actes des tiers soient fondés sur leur croyance en dieu ou pas m’importe peu. S’ils empiètent sur les libertés d’autrui, ils sont soumis à la même loi que si leurs actes étaient fondés sur n’importe quelle autre croyance, valeur, principe ou opinion. Ni plus, ni moins.
C’est vrai pour les croyances qu’on a, celles qu’on exprime, comme celles qu’on inculque aux enfants dans les familles.
Le débat que j’observe partout est difficile pour moi.
On parle de droit à mourir. Pour moi ce n’est pas rien. La vie comme souffrance je connais, je ne le souhaite à personne. Le droit de choisir si on veut vivre ou mourir me parait essentiel, celui d’être aider à le mettre en œuvre tout autant, que ce soit pour vivre ou pour mourir.
L’idée commune qu’il faut éviter la mort à tout le monde et la réserver aux malades avec un pronostic vital engagé et aux handicaps lourds me fait mal à chaque fois que je la lis. C’est nier le choix, éclairé, que peuvent faire ceux qui ne sont pas dans ces cas.
Ça revient d’ailleurs à n’accepter la mort que de ceux qui sont déjà mort aux yeux d’une société validiste. On ne donne pas un choix, on se contente de réaliser ce qui est déjà dans le regard des tiers, dans un sens ou dans l’autre.
La personne doit être atteinte d’une maladie grave et incurable, engageant le pronostic vital et en phase avancée. La situation doit être irréversible, dans laquelle l’état de santé se dégrade de façon continue et affecte clairement la qualité de vie de la personne malade.
La personne doit aussi être dans un état de souffrance réfractaire ou jugée insupportable. […] La souffrance psychologique à elle seule ne suffit pas.
Je dis que c’est difficile parce que j’ai lu les différents arguments, dont un qui porte énormément chez moi : Le nombre de personnes souhaitant exercer le droit à mourir varie énormément suivant les conditions de vie et de soin accessibles.
Je sais ce que c’est que de forcer à vivre, mais je me refuse aussi qu’on en soit réduit à mourir faute d’alternative.
Tout ça n’est plus que du validisme. On ouvre la mort, en choix contraint, faute de conditions dignes à ceux pour qui on se dit « moi à a place je souhaiterais mourir » mais on impose la vie à ceux qu’on juge valides, pour les protéger d’eux-mêmes, quitte à les enfermer.
Personne ne gagne.
Peut-être qu’un jour on reparlera de tout ça sous un autre angle, sans validisme ni dédain pour la souffrance mentale, en laissant réellement chacun choisir sans préconception. Peut-être, mais ça ne sera pas pour cette fois.
Que peut-on sécuriser là dedans ? On va essayer d’y voir clair.
Le schéma standard n’est pas très glorieux
Les transfert entre Alice, Bob et leur serveur sont quasiment toujours sécurisés aujourd’hui. À l’envoi c’est SMTP pour un client email, et HTTP pour un webmail. À la réception c’est IMAP ou POP pour un client email, et HTTP pour un webmail.
La communication entre les serveurs est généralement sécurisée mais les protocoles ne garantissent pas qu’elle le soit toujours.
Les emails transitent par contre en clair sur les deux serveurs. Si Alice et Bob laissent leurs messages sur le serveur, l’historique y est aussi en clair.
La vision historique, GPG et S/MIME
La solution historique qui ne demande aucun changement majeur sur toute la chaîne c’est d’utiliser GPG ou S/MIME.
Alice chiffre l’email avant de l’envoyer et Bob le déchiffre au moment où il le reçoit. Le réseau et les serveurs ne voient que le contenu chiffré, illisible.
Le compromis c’est celui de la lettre postale. Les tiers n’ont pas accès au contenu mais savent encore qui a écrit à qui, quand et depuis où. Même le sujet de l’email est en clair (et ça en dit parfois beaucoup).
Si vous écrivez à un avocat, à un journaliste, à un hôpital, à une personnalité ou à qui que ce soit d’intérêt, on continuera à le savoir. Ça peut révéler presque autant de chose que le contenu lui-même.
Cette vision est aujourd’hui considérée comme peu pertinente, même par ses défenseurs de l’époque. Elle est complexe à mettre en œuvre, repose sur des échanges de clés qui ne sont pas si évidents, et n’offre pas assez de confidentialité. Ça reste toutefois « l’état de l’art » sur l’échange d’email.
Il y a un effort avec Autocrypt pour automatiser PGP de manière opportuniste mais ça a son lot de complexité et de compromis de sécurité.
Agir de son côté
La solution historique repose sur le chiffrement par l’expéditeur. Si l’email n’est pas chiffré à la base, on se retrouve dans le système standard. En pratique peu le font, soit parce qu’ils ne savent pas, soit parce que c’est compliqué, soit parce que ce n’est pas proposé par leurs outils.
Dans toute la suite on va donc se concentrer un seul côté, faute de pouvoir faire changer nos interlocuteurs.
Tiers de confiance
Les emails en entrée seront toujours en clair. La seule chose qu’on peut faire c’est chercher un prestataire de confiance et s’assurer que personne d’autre que lui n’a accès au serveur.
Le prestataire de confiance c’est à vous de le choisir. Ça peut être une question d’interdire le profilage, l’exploitation statistique des données ou la publicité ciblée. Ça peut ausi être une question d’empêcher les fuites ou l’intrusion d’États.
Sur le premier point les petits prestataires sont souvent exemplaires. Sur le second point il est plus facile d’avoir confiance dans un petit acteur qu’on connait bien, mais sa sécurité et sa résistance aux pressions seront peut-être plus faibles.
Dans tous les cas, cet acteur sera soumis aux lois et aux autorités de son pays ainsi qu’à celui du pays qui héberge ses serveurs, pour ce qu’il y a de bien comme pour ce qu’il y a de mauvais.
Le choix pour nous, européens, c’est souvent de savoir si on accepte que notre serveur soit ou pas soumis aux lois de surveillance des USA. La soumissions aux USA intervient dès que l’entité qui nous héberge a une présence légale ou matérielle dans ce pays, ce qui malheureusement est le plus souvent le cas pour les acteurs internationaux.
Chiffrement du stockage
Certains services vous diront que les emails sont stockés chiffrés. C’est un chiffrement uniquement au stockage.
Le serveur continue à avoir les clés, donc la capacité de lire les emails. C’est mieux que rien, mais ça ne couvre qu’une petite partie du problème.
Chiffrement à la volée
Tant que les emails restent lisibles sur le serveur, ça peut fuiter.
Pour sécuriser les archives, Mailden — probablement via Dovecot — chiffre immédiatement l’email dès qu’il est reçu, à partir de la clé publique du destinataire. L’historique est sécurisé.
Lors que l’utilisateur se connecte avec son client email habituel, le mot de passe reçu sert aussi à accéder à la clé de déchiffrement le temps de retourner les emails. Clé privée, mot de passe et contenus en clair sont effacés une fois la connexion terminée.
L’historique est protégé mais le serveur a quand même brièvement accès à tous les emails à chaque fois qu’on se connecte.
Déchiffrement côté client
On peut faire la même chose mais avec le déchiffrement côté client, comme dans le scénario GPG décrit tout au début.
Les emails sont chiffrés dès qu’ils sont reçus, et transmis chiffrés au client. C’est le client qui s’occupera de les déchiffrer.
Attention, les métadonnées sont toujours en clair dans les archives. Ce qui est chiffré est plus en sécurité qu’avec Mailden, mais il y a moins de choses chiffrées (les métadonnées en clair peuvent révéler beaucoup).
Proton Mail fait ça, en utilisant GPG en interne et des clients emails spécifique pour interagir avec les serveurs. De ce que je comprends, toutefois, le service pourrait être soumis aux lois US. Si c’est confirmé, ça les rend pour moi beaucoup moins « de confiance ».
Chiffrement de l’enveloppe
Tuta va plus loin. Ils se sont distanciés de GPG et chiffrent tout l’email, enveloppe incluse.
En échange la recherche dans les emails se fait forcément côté client (le serveur n’a plus accès aux métadonnées nécessaires), ce qui peut être handicapant pour fouiller dans de grandes archives.
Il n’y a pas non plus à ma connaissance de solution pour gérer une sauvegarde automatique régulière de l’archive email.
Ok, je dois utiliser Tuta alors ?
C’est très loin d’être évident.
Tuta impose d’utiliser ses propres logiciels pour accéder aux emails. Impossible d’utiliser les outils habituels via POP ou IMAP. Il y a aussi des restrictions d’usage sur la recherche dans les archives. Le tout se fait aussi avec un abonnement non négligeable.
Si vous êtes sensibles aux questions de vie privée, par conviction plus que par besoin, allez-y. Jetez toutefois un œil aux compromis comme celui de Mailden, qui permet d’utiliser les protocoles et outils standards.
La réalité c’est que pour à peu près tout le monde, tout ça apporte des contraintes à l’usage ou au prix pour un gain très virtuel. Aucun humain ne va lire vos emails, et il y a peu de chances que le contenu ne fuite en public, simplement parce que ça n’intéresse personne.
Tout au plus, vue la tournure que prennent les États-Unis, si vous appartenez à une minorité, ça ne coûte pas grand chose de rapatrier vos données en territoire européen par sécurité plutôt que les laisser chez Google, Apple ou Microsoft. Si l’Europe prend le même chemin dans le futur, il sera temps de passer à Proton ou Tuta à ce moment là.
Si vous êtes quelqu’un en vue, Proton ou Tuta peuvent avoir du sens, mais presque plus parce que ces hébergeurs ont la sécurité en tête que parce que les emails y sont chiffrés. Gmail ferait tout autant l’affaire pour les mêmes raisons.
Si vous êtes réellement en danger en cas de fuite de vos emails, Tuta est peut-être ce qui ressemble le plus à une solution mais le mieux est de ne simplement pas utiliser l’email. Ce sera toujours imparfait parce que ce n’est pas prévu pour être confidentiel à la base. Il y a aujourd’hui d’autres solutions plus pertinentes.
Simple et efficace
Dans tout ça il y a quand même une solution qui n’a pas été abordée et qui mérite d’être soulignée : Récupérer ses emails très régulièrement et ne pas laisser ses archives en ligne.
Parfois le plus simple est encore le plus efficace. Tant qu’il n’y a pas besoin d’accéder aux archives en ligne ou depuis le smartphone, ça fait très bien l’affaire.