Catégorie : Libertés

  • Ça s’ap­pelle un chan­ge­ment de régime

    À ceux qui pensent que l’état d’ur­gence est un État de droit qui respecte le minima que sont les droits de l’Homme : notre gouver­ne­ment annonce formel­le­ment le contraire à la fois au Conseil de l’Eu­rope et aux Nations Unies.

    Aux deux insti­tu­tions, nous avons fait jouer une clause noti­fiant que nous n’al­lons plus respec­ter la Conven­tion euro­péenne des droits de l’Homme et le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils.

    Ceci est possible tempo­rai­re­ment quand un danger immé­diat menace respec­ti­ve­ment la vie et l’exis­tence de la nation. Sans nier la gravité des événe­ments, peut-on raison­na­ble­ment penser que l’exis­tence même de la nation est mena­cée ?

    Si je devais être cynique, elle l’est, juste­ment par ce que notre exécu­tif s’au­to­rise.

    Bien sûr ça inquiète les experts des Droits de l’Homme à l’ONU, comme à peu près toutes les insti­tu­tions sérieuses sauf le gouver­ne­ment. Le président, lui, en est encore à annon­cer que tout ça ne fait pas débat.

    Dans des entre­tiens à l’étran­gers nos membres du gouver­ne­ments disent tranquille­ment que l’état d’ur­gence pour­rait durer aussi long­temps qu’il y a du terro­risme dans le monde et que notre pays est impliqué dans des actions mili­taires exté­rieures. L’évo­ca­tion d’une durée de 30 ans ne soulève aucune contra­dic­tion. Chan­ge­ment de régi­me…

  • État d’ur­gence: « Vous avez de sales voisins… »

    Lui qui a rêvé d’être poli­cier, a monté une asso­cia­tion de préven­tion de la délinquance en parte­na­riat avec le commis­sa­riat du coin, peut citer une dizaine de briga­diers de ses rela­tions, se retrouve assi­gné à rési­dence. « Au regard de la menace terro­riste sur le terri­toire natio­nal » et « compte tenu de son compor­te­ment ». En clair, la préfec­ture voit en lui un isla­miste radi­cal à surveiller. Des soupçons nés de propos rappor­tés par des voisins.

    […] La note ne le dit pas mais on devine qu’il y a eu dénon­cia­tion. « Vous avez de sales voisins… », lui aurait glissé un gendarme lors d’une de ses visites.

    Les blogs, Le Monde

    Ce qui me choque n’est pas tant la possi­bi­lité de dénon­cia­tion mais le trai­te­ment aveugle qui en est fait, non contra­dic­toire, et l’im­pos­si­bi­lité de s’en défendre.

    au lende­main des atten­tats contre Char­lie hebdo, il fait l’objet d’une mesure de dessai­sis­se­ment et est invité à rappor­ter ses armes, « comme tous les musul­mans amateurs de tir », précise-t-il.

    […] Le 8 décembre, la préfec­ture a envoyé à Karim un nouveau cour­rier à propos de ses armes confisquées : s’il désire les récu­pé­rer, il doit produire un certi­fi­cat médi­cal, afin de juger de « l’op­por­tu­nité de [lui] resti­tuer armes et muni­tions ou de procé­der à leur saisie défi­ni­tive ».

    Un certi­fi­cat médi­cal… allez comprendre pourquoi si ce n’est le raccourci « On le lave de tout mais si on lui a retiré ses droits un moment, ce n’est pas pour rien, et puis s’il est musul­man c’est qu’il doit être un peu toqué quelque part »

  • Gior­gio Agam­ben : « De l’Etat de droit à l’Etat de sécu­rité »

    Main­tien d’un état de peur géné­ra­lisé, dépo­li­ti­sa­tion des citoyens, renon­ce­ment à toute certi­tude du droit : voilà trois carac­tères de l’Etat de sécu­rité, qui ont de quoi trou­bler les esprits. Car cela signi­fie, d’une part, que l’Etat de sécu­rité dans lequel nous sommes en train de glis­ser fait le contraire de ce qu’il promet, puisque – si sécu­rité veut dire absence de souci (sine cura) – il entre­tient, en revanche, la peur et la terreur. L’Etat de sécu­rité est, d’autre part, un Etat poli­cier, car, par l’éclipse du pouvoir judi­ciaire, il géné­ra­lise la marge discré­tion­naire de la police qui, dans un état d’ur­gence devenu normal, agit de plus en plus en souve­rain.

    La tribune de Gior­gio Agam­ben est à lire dans son inté­gra­lité. Elle glisse quelques mots sur le chan­ge­ments qui s’ef­fec­tue en occi­dent.

    L’état d’ur­gence est juste­ment le dispo­si­tif par lequel les pouvoirs tota­li­taires se sont instal­lés en Europe.  […] Or le premier acte d’Hit­ler, après sa nomi­na­tion, a été de procla­mer un état d’ur­gence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impu­né­ment en Alle­magne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfai­te­ment légaux, car le pays était soumis à l’état d’ex­cep­tion et que les liber­tés indi­vi­duelles étaient suspen­dues.

    À ceux qui ne manque­ront pas de dire que c’est diffé­rent et que rien n’est compa­rable, qu’ils n’ou­blient pas qu’ils auraient aussi pu dire ça à chaque déra­page de l’his­toire. Le fait est que notre gouver­ne­ment a envoyé un cour­rier tout à fait offi­ciel pour annon­cer aux autres signa­taires des trai­tés inter­na­tio­naux qu’il suspen­dait la pleine et entière appli­ca­tion des droits de l’Homme en France. Rien que ça.

    Deux moyens simples de ne pas recom­men­cer l’his­toire :

    1. Ne pas se désen­ga­ger de la poli­tique
    2. Défendre à tout moment les droits et liber­tés indi­vi­duelles comme les règles consti­tu­tion­nelles, car les amoin­drir n’a jamais dans l’his­toire mené vers un meilleur futur
  • Jean-Jacques Urvoas évoque certaines « mesures dispro­por­tion­nées »


    Etat d’ur­gence : Jean-Jacques Urvoas évoque…

    On parle de pompier pyro­mane, là c’est le pyro­mane qui veut endos­ser l’uni­forme du pompier quand il se rend compte que la presse n’aime pas les incen­dies.

    D’un certain côté c’est peut être posi­tif, si ça veut dire qu’ils se rendent compte qu’ils vont trop loin. Ou très néga­tif, si ça montre leur naïveté totale de ce qu’ils votent et mettent en œuvre.

    S’il y en a un qui devrait être humble, du fait de ses posi­tions passés sur les pouvoirs donnés à l’État hors contrôle judi­ciaire, c’est peut être lui.

  • Soupçon de radi­ca­lité

    D’un côté, ils nous soupçon­naient d’être d’ex­trême gauche, de l’autre ils sous-enten­daient qu’on était isla­mistes.

    Sud Ouest, à propos d’une perqui­si­tion admi­nis­tra­tive en Dordogne

    Ce n’est qu’un exemple mais ça ne semble pas anec­do­tique comme événe­ment. La force public et l’État combattent l’ex­trême et le radi­cal sous couvert de terro­risme.

    La peur nous fait faire n’im­porte quoi. Avoir les mauvaises opinions devient dange­reux pour soi. Être même simple­ment sur la voie vers ces opinions devient condam­nable. Chacun, des méde­cins aux insti­tu­teurs, est mis en devoir de dénon­cer son voisin soupçonné d’être en voie de radi­ca­li­sa­tion. On imagine des lieux de déra­di­ca­li­sa­tion, et le gouver­ne­ment va même jusqu’à faire tester la léga­lité de centres d’in­ter­ne­ment pour radi­ca­li­sés.

    On peut penser au terro­risme, mais au final la police de la pensée poli­tique n’est pas loin. Nous ne jugeons plus des faits et des actes, mais des opinions poli­tiques. Quoi que nous pensions de ces idées, nous sommes sur un terrain très glis­sant.

    Aujourd’­hui l’anar­chisme est de l’ex­trême gauche, extrême, radi­cal au point de justi­fier une intru­sion forcée de l’État. Vouloir enfer­mer des gens simple­ment soupçon­nés de peut être être à même de trou­bler l’ordre public, sans déci­sion d’un juge, non. Il y a 70 ans c’était le contraire. Ce qui est radi­cal ou extrême est unique­ment rela­tif à la pensée commune du moment.

    Rica­nons de 1984, mais de la guerre à la novlangue poli­tique en passant par la réha­bi­li­ta­tion de la pensée des déviants, nous en avons fait un présent… juste un peu moins cari­ca­tu­ral (ou peut être juste que nous sommes trop au milieu pour en prendre tota­le­ment conscience).

  • Atten­tats de Paris: « Je ne recon­nais plus la gauche dans ce pays »

    Les atten­tats exigeaient des réponses. On ne pouvait pas rester les bras ballants. François Hollande a frappé fort. A-t-il frappé juste? Je n’en suis pas sûr. Quand j’étais contrô­leur géné­ral des lieux de priva­tion de liberté, j’avais mis en exergue une histoire que j’avais appelé la fable du soutien-gorge. C’est le fait d’en­le­ver systé­ma­tique­ment son soutien-gorge à une femme lorsqu’on la place en garde à vue, au motif que c’est dange­reux. J’avais demandé à la police de m’ex­pliquer pourquoi c’était dange­reux et combien d’at­taques et de suicides par soutien-gorge avaient été comp­ta­bi­li­sés. Elle était inca­pable de donner le moindre chiffre évidem­ment. Je veux dire par là qu’en matière de sécu­rité, on est souvent dans l’ir­ra­tion­nel. L’exé­cu­tif prend régu­liè­re­ment des mesures desti­nées unique­ment à prou­ver sa force.

    — Jean Marie Dela­rue, ancien contrô­leur géné­ral des lieux de priva­tion de liberté et ex-président de la Commis­sion de contrôle des écoutes, via Chal­lenges

    C’est telle­ment ça. Par peur d’être vus comme des faibles qui ne font rien, on montre la force. Par peur d’être trai­tés de laxistes, la gauche sur-réagit.

    L’uti­lité de ces mesures est secon­daire. Plus exac­te­ment, l’uti­lité est d’ap­pa­raitre comme l’homme et le parti fort en période de crise. Peu importe que les mesures soient des atteintes graves aux liber­tés, on ne pourra pas les accu­ser de n’avoir rien fait.

    Si aucun nouvel atten­tat n’ar­rive d’ici les prochaines prési­den­tielles alors ça sera grâce à eux. Si un nouveau survient, c’est qu’ils auraient du aller encore plus fort.

    Aucune réflexion aucun recul. C’est au point où un poli­tique a demandé récem­ment d’ar­rê­ter de discu­ter l’uti­lité des mesures, que le temps n’était pas venu, que le temps d’aujourd’­hui était celui de l’ac­tion. Quel aveu !

    Je voudrais qu’on équipe la police dans chaque dépar­te­ment de moda­li­tés de réac­tion extrê­me­ment rapides. J’au­rais rêvé que le soir du 13 novembre, il y ait une équipe de six motards lour­de­ment armés qui soit d’as­treinte à la préfec­ture de police et qui prenne en chasse les assaillants. Il faudrait aussi créer un compte Twit­ter de la police acces­sible à tout moment. Ce compte serait certes saturé de fausses alertes mais quand une attaque d’am­pleur se produi­rait dans un lieu donné, la police serait très vite aler­tée. Le 13 novembre, le 17 était inac­ces­sible par télé­phone, les pompiers sont arri­vés sur les lieux beau­coup plus vite que la police. Ce n’est pas normal.

    Je ne sais pas si cette idée est la bonne, je vois par contre très bien quel sens elle a vis à vis des événe­ments passés, quel impact elle aurait pu avoir ou non. Ce qu’on est en train de faire ou de prévoir aujourd’­hui… aucu­ne­ment.

  • C’est donc comme ça que débutent les guerres ?

    Globa­le­ment je déteste la guerre, comme Miss France. […] Et pour­tant, il a suffi d’un soir, d’un massacre d’in­no­cents comme nous, d’un seul coup et avec des méthodes dignes des pires cauche­mars, pour lancer la France dans la guerre.

    […] J’ai compris donc pour la première fois comment les choses arri­vaient dans l’His­toire. J’ai compris que le progrès, les Lumières, l’ex­pé­rience du passé, l’hu­ma­nisme reven­diqué, l’es­prit des anciens, na valaient pas tripette face au consen­sus sangui­naire. Le besoin de vengeance, animal, est bien plus fort que tous les raison­ne­ments.

    […] Un ami m’a dit «  Tu ferais moins le philo­sophe si cela avait été ta femme, ou ta fille, au Bata­clan !  ». C’est exact. Je pense que si cela avait été ma femme ou ma fille je serais déjà en guerre partout en train de combattre avec plus de kalach­ni­kovs sur moi que dans tout le Moyen-Orient. Mais c’est pour proté­ger l’hu­ma­nité de cela que nous avons créé un tas d’ins­ti­tu­tions, des lois, des protec­tions collec­tives.

    […] Quand je vois que seule­ment six dépu­tés ont voté contre la loi sur l’état d’ur­gence, je suis téta­nisé. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas la signer, mais s’in­ter­ro­ger n’est pas un crime. Prendre du recul est possible.

    […] «  OK donc t’es contre l’état d’ur­gence et la fermeté ?  » (on me l’a dit). Pas du tout. […] Mais je ne crois pas qu’il fallait foncer tête bais­sée dans la guerre là-bas, en le clamant, tel un croisé, l’œil ému et le bras trem­blant.

    […] Nous avons perdu notre sang-froid et avons foncé dans l’His­toire des guerres avec si peu de recul que j’en suis terri­fié.

    L’obs, Rue89

    Un grand merci aux six, qui ont du avoir un grand courage pour faire face à la meute, qui ont du et vont encore subir beau­coup de pres­sion, en plus d’une mise sur le banc pour tout ce qui est nomi­na­tion et postes à pour­voir.

  • Anti-Israel Acti­vism Crimi­na­li­zed in the Land of Char­lie Hebdo and “Free Speech“

    Un groupe appe­lant au boycott des produits d’Is­raël vient d’être défi­ni­ti­ve­ment condamné. L’ap­pel au boycott est en soi inter­dit mais là ils l’ont été sur le critère de discri­mi­na­tion/racisme (le boycott est en fonc­tion de l’ori­gine géogra­phique, ce qui est inter­dit).

    Je ne saurais juger si ce groupe avait unique­ment une visée poli­tique ou s’il y avait aussi une conso­nance nette­ment discri­mi­na­toire anti­sé­mite. Glenn Green­wald réagit dans The Inter­cept. Le discours sur la liberté d’ex­pres­sion est un peu à côté de la plaque à mon humble avis : La France et les États-Unis ont des équi­libres diffé­rents à ce niveau. Je me garde bien de consi­dé­rer que l’un ou l’autre a « raison ». J’en doute. Partir sur ce débat me parait futile.

    Par contre, un tweet précis tape là où ça fait mal :

    Ça cari­ca­ture, mais il y a quand même un fond que je ne me sens pas de consi­dé­rer comme faux, et ça me gêne forte­ment.

    Je ne suis même pas certain que ce soit (ici) le problème d’un pénible amal­game (volon­taire ou non) entre critique d’Is­raël et anti-sémi­tisme. Un appel au boycott des USA aurait aussi poten­tiel­le­ment été condamné, mais pas un appel au boycott de la Corée du nord. Dans un État de droit basé sur des liber­tés, cette diffé­rence me gêne. Je ne sais pas mettre les bons mots dessus, je ne sais pas où placer la ligne rouge, mais il y a un truc qui fonc­tionne mal et qui ne me rend pas fier.

    et parce que ce sujet est déli­cat, je préfère préve­nir : tout commen­taire que je consi­dè­re­rai comme agres­sif sera d’of­fice retiré, quel que soit le fond du discours ; de la même façon, toute discus­sion sur la situa­tion en Pales­tine ou les actions d’Is­raël serait tota­le­ment hors sujet dans le cadre de ce billet, et serait reti­rée de la même façon.

  • Les Français prêts à restreindre leurs liber­tés pour plus de sécu­rité

    — sondage IFOP via et pour Le Figaro

    Vous allez trou­ver ça évident mais je ne peux arra­cher mes yeux de ce sondage. Oui, déjà parce qu’on a les trois-quart des gens prêts à empri­son­ner des gens sans preuve ni procès, et encore plus pour dimi­nuer les liber­tés

    Mais pas que. Que ce soit au global ou caté­go­rie par caté­go­rie, il y a plus de gens prêts à empri­son­ner sans preuve ni procès que de gens prêts à limi­ter ses liber­tés. Ont-ils même conscience qu’em­pri­son­ner sans preuve ni procès, sur simple déci­sion admi­nis­tra­tive *est* une limi­ta­tion des liber­tés ? et pas une peti­te…

    Il y a une totale incons­cience, une croyance que les mesures ne vont s’ap­pliquer qu’aux autres. Allez donc dire ça à Tarnac ou au musi­cien Ibra­him Maalouf, ou à des milliers de personnes fichées, dont l’es­sen­tiel est proba­ble­ment inno­cente de quoi que ce soit (on fiche pour savoir, quand on sait on agit).

    Ce sont vos liber­tés dont on parle, nos liber­tés. C’est votre appar­te­ment dont on peut faire explo­ser la porte d’en­trée pour perqui­si­tion sans contrôle judi­ciaire ni aucune flagrance, votre liberté de dépla­ce­ment qu’on peut suppri­mer, votre capa­cité à vous expri­mer et à vous réunir qu’on jette via l’état d’ur­gence.

    Vous pouvez être pour (vrai­ment ?), mais dans le sondage il y a au moins 10% qui vivent dans un monde paral­lè­le… et ça fait peur pour ce qu’on est en train de déci­der.

  • Pendant des décen­nies

    Pendant des décen­nies

    J’en­tends parler de vengeance, de guerre, de bombes. Je ne juge pas le besoin d’agir, mais est-ce vrai­ment ça qui mettra fin au terro­risme ? Où est-ce au contraire ce qui peut renfor­cer leur propre vengeance, leur senti­ment d’injus­tice, les divi­sions chez nous et leur capa­cité à recru­ter ?

    Et si nous appre­nions de notre passé ? Depuis 40 ans nous avons plus ou moins direc­te­ment encou­ragé des guerres et armé des oppo­sants à de nombreux régimes. Nous avons aussi nous-même mené certaines guerres, ou bombardé et tué à distance.

    D’énormes moyens. Il serait malhon­nête de dire qu’il n’y a eu aucun résul­tat : la situa­tion d’aujourd’­hui est en grande partie le résul­tat d’hier. Recom­men­ce­rons-nous ?

    Ça ne résou­dra rien en soi, et il faut bien entendu agir en paral­lèle. Pour autant, voilà une conduite dont je serais fier, une qui serait en ligne droite avec l’in­ter­ven­tion de Domi­nique de Ville­pin à l’ONU il y a quelques années : assu­mer de ne pas se lancer dans une guerre qui n’a d’objec­tifs que de montrer qu’on agit, sans réel­le­ment être la solu­tion à quoi que ce soit, et qui coûtera cher en vies humaines là où nous enver­rons nos bombes.

    Aurons-nous le courage de refu­ser la fausse solu­tion facile et de réflé­chir au long terme, tout en sachant que ça ne flat­tera pas nos instincts ? Il y a quelques années nous avons tous été fiers d’un discours de Domi­nique de Ville­pin. J’ai­me­rais tant qu’il en soit de nouveau ainsi.

    Voilà un exemple de ce que nous pour­rions dire. Le droit de vote aux étran­gers n’est qu’un exemple.

    Si c’est plus consen­suel, même si ça me parait moins fort comme symbole, nous pouvons aussi simple­ment de multi­plier par dix notre promesse d’ac­cueil des réfu­giés, et en faire notre réponse aux atten­tats.

    Parce que fina­le­ment, ces réfu­giés fuient les mêmes forces que nous, mais eux c’est tous les jours, armes lourdes et bombar­de­ments, parfois nos propres bombes.

    À l’heure où on parle de défendre la France, ses valeurs, son histoire, le concept de liberté, égalité et frater­ni­té… ça aurait telle­ment plus de sens d’ima­gi­ner quelque chose comme ça. Je peux vous dire qu’on parle­rait de la France comme d’un vrai pays de liber­tés et de frater­nité pendant des décen­nies avec un truc du genre.

    Ça n’ar­rê­te­rait pas le terro­risme dès aujourd’­hui, mais les bombes non plus. Au moins ça n’en créera pas de nouveaux adeptes pour demain.

    Mais pour ça il faut du courage. Le courage d’agir même si on risque sa réélec­tion, même si on se soumet aux critiques débiles de laxisme. Le courage de penser une poli­tique au lieu de faire du spec­tacle et du marke­ting.

    Je sais que mon opinion est très large­ment mino­ri­taire en France, encore plus aujourd’­hui, mais permet­tez-moi de rêver – ou aidez-moi à diffu­ser ce message si vous y rêvez aussi.


    Image d’en­tête sous licence Crea­tive Commons BY-SA détour­née à partir d’une image de elPa­da­wan