Pendant des décennies

J’entends parler de vengeance, de guerre, de bombes. Je ne juge pas le besoin d’agir, mais est-ce vraiment ça qui mettra fin au terrorisme ? Où est-ce au contraire ce qui peut renforcer leur propre vengeance, leur sentiment d’injustice, les divisions chez nous et leur capacité à recruter ?

Et si nous apprenions de notre passé ? Depuis 40 ans nous avons plus ou moins directement encouragé des guerres et armé des opposants à de nombreux régimes. Nous avons aussi nous-même mené certaines guerres, ou bombardé et tué à distance.

D’énormes moyens. Il serait malhonnête de dire qu’il n’y a eu aucun résultat : la situation d’aujourd’hui est en grande partie le résultat d’hier. Recommencerons-nous ?

Ça ne résoudra rien en soi, et il faut bien entendu agir en parallèle. Pour autant, voilà une conduite dont je serais fier, une qui serait en ligne droite avec l’intervention de Dominique de Villepin à l’ONU il y a quelques années : assumer de ne pas se lancer dans une guerre qui n’a d’objectifs que de montrer qu’on agit, sans réellement être la solution à quoi que ce soit, et qui coûtera cher en vies humaines là où nous enverrons nos bombes.

Aurons-nous le courage de refuser la fausse solution facile et de réfléchir au long terme, tout en sachant que ça ne flattera pas nos instincts ? Il y a quelques années nous avons tous été fiers d’un discours de Dominique de Villepin. J’aimerais tant qu’il en soit de nouveau ainsi.

Voilà un exemple de ce que nous pourrions dire. Le droit de vote aux étrangers n’est qu’un exemple.

Si c’est plus consensuel, même si ça me parait moins fort comme symbole, nous pouvons aussi simplement de multiplier par dix notre promesse d’accueil des réfugiés, et en faire notre réponse aux attentats.

Parce que finalement, ces réfugiés fuient les mêmes forces que nous, mais eux c’est tous les jours, armes lourdes et bombardements, parfois nos propres bombes.

À l’heure où on parle de défendre la France, ses valeurs, son histoire, le concept de liberté, égalité et fraternité… ça aurait tellement plus de sens d’imaginer quelque chose comme ça. Je peux vous dire qu’on parlerait de la France comme d’un vrai pays de libertés et de fraternité pendant des décennies avec un truc du genre.

Ça n’arrêterait pas le terrorisme dès aujourd’hui, mais les bombes non plus. Au moins ça n’en créera pas de nouveaux adeptes pour demain.

Mais pour ça il faut du courage. Le courage d’agir même si on risque sa réélection, même si on se soumet aux critiques débiles de laxisme. Le courage de penser une politique au lieu de faire du spectacle et du marketing.

Je sais que mon opinion est très largement minoritaire en France, encore plus aujourd’hui, mais permettez-moi de rêver – ou aidez-moi à diffuser ce message si vous y rêvez aussi.


Image d’entête sous licence Creative Commons BY-SA détournée à partir d’une image de elPadawan

14 réponses sur “Pendant des décennies”

  1. 1/ Au lendemain de la tragédie, nous nous réveillons et nous savons qui nous sommes. http://www.liberation.fr/societe/2015/01/09/l-insurrection-des-crayons_1177304

    2/ Nous sommes une nation tissée de mots, faite d’écrits qui ont changé l’histoire, de mots posés contre la fatalité.

    3/ Contre la haine, nous n’avons pas déclenché une guerre, mais une insurrection des crayons.

    4/ Nous voulons marteler sur le pavé que nous n’avons rien à craindre, car nous avons toujours surmonté, ensemble, toutes les épreuves.

    5/ Nous voulons dire que nous ne nous retrancherons pas, nous ne nous replierons pas, mais nous irons encore et encore vers le monde.

    6/ Chacun, politiques comme citoyens, doit régler sa conduite sur l’esprit de mesure, de tolérance, de dignité qui fait notre pays.

    7/ Forte de ses principes, de son histoire, de son peuple, la France est ce pont qui peut réunir les rives de la Méditerranée.

    8/ C’est un moment d’histoire, un tournant, un de ces moments où se refonde la France.

    9/ Soyons à la hauteur de ce sursaut français, pour nous-mêmes, pour le monde. La France est un cri du cœur, pas un cri de guerre.

    Ça n’a pas pris une ride, mais nous avons oublié.

  2. http://www.esquire.com/news-politics/politics/news/a39727/paris-attacks-middle-eastern-oligarchies/

    These are a few things that will not solve the terrible and tangled web of causation and violence in which the attacks of Friday night were spawned. A 242-ship Navy will not stop one motivated murderous fanatic from emptying the clip of an AK-47 into the windows of a crowded restaurant. The F-35 fighter plane will not stop a group of motivated murderous fanatics from detonating bombs at a soccer match. A missile-defense shield in Poland will not stop a platoon of motivated murderous fanatics from opening up in a jammed concert hall, or taking hostages, or taking themselves out with suicide belts when the police break down the doors. American soldiers dying in the sands of Syria or Iraq will not stop the events like what happened in Paris from happening again because American soldiers dying in the sands of Syria or Iraq will be dying there in combat against only the most obvious physical manifestation of a deeper complex of ancient causes and ancient effects made worse by the reach of the modern technology of bloodshed and murder. Nobody’s death is ever sacrifice enough for that.

  3. Le piège qui nous est tendu, c’est l’idée que nous sommes en guerre et que nous devons faire la guerre. Je ne le reprends pas. Pas plus que je ne reprends l’idée que nous sommes en guerre parce que je ne veux pas faire le jeu des terroristes. Depuis 10 ans, les choses n’ont jamais cessé de s’aggraver et nous n’avons jamais gagné aucune de ces guerres. Cette approche-là, de guerre contre le terrorisme, n’est pas la bonne

    Toujours Dominique de Villepin, mais ces jours ci (texte et vidéo).

  4. Sur le principe je suis d’accord et je ne maitrise pas du tout le sujet mais il faudrait tout de même trouver un moyen pour couper les ressources financières des terroristes, sinon on n’est pas au bout de nos peines. Du coup sans intervention pour couper les l’accès aux ressources en hydrocarbures en Syrie et en Irak cela supposerait de les empêcher de les revendre et ça me semble beaucoup plus compliqué, plus lent et moins pérenne. Je me trompe ?

  5. Ce qui est étrange, ce n’est pas que quelques gosses maltraités par la vie, souvent petits délinquants « rachetés » par des organisations religieuses, décident un jour de partir en Syrie.
    Ce qui est miraculeux, c’est peut-être surtout qu’ils soient si peu nombreux à le faire dans le contexte d’une France qui soigne si mal ses enfants.
    Bien sûr, il y a d’autres paramètres à prendre en compte : le fric qui finance le djihadisme, les méthodes d’embrigadement sectaire, la naïveté des révoltes adolescentes (rappelez-vous de vous-mêmes, vous m’en direz des nouvelles). Mais sur la justice de la société, en tout cas, il est possible d’agir. La question n’est pas d’obliger les barbus à se raser aujourd’hui, mais d’empêcher que dans quinze ans, des jeunes adultes trouvent l’idée de se faire exploser l’abdomen au milieu d’une foule plus désirable, plus glorieuse que de vivre.
    Il faudrait cesser de se contenter de ne pas vouloir de mal aux gens, et commencer à se demander comment leur vouloir du bien, et surtout, comment faire pour que la République française leur veuille du bien et croit à leur avenir.

    Chez Jean-Noël

  6. Les conséquences de ces paroles historiques sont connues. Un chef d’État qui qualifie un événement d’acte de guerre se doit d’y réagir, et de rendre coup pour coup. Cela a conduit Bush à l’invasion de l’Afghanistan, ce qui était encore admissible parce que le régime avait offert asile à Al Qaeda – même l’ONU avait approuvé. A suivi alors l’invasion totalement démente de l’Irak, sans mandat de l’ONU, pour la seule raison que les É.-U. soupçonnaient que ce pays détenait des armes de destruction massive. À tort, s’est-il avéré, mais cette invasion a conduit à l’entière déstabilisation de la région, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui. Le départ des troupes américaines en 2011 a laissé le pays dans une vacance du pouvoir. Et c’est peu après, lorsque dans le sillage du Printemps arabe une guerre civile a éclaté dans le pays voisin, que l’on a pu constater à quel point l’invasion militaire américaine avait été pernicieuse. Dans le nord-ouest de l’Irak déraciné et l’est de la Syrie déchirée, entre l’armée gouvernementale et la Free Syrian Army, assez d’espace s’était manifestement créé pour que se lève un troisième grand acteur : DAECH.

    […]Et pourtant, que faites-vous ? Comment réagissez-vous moins de 24 heures après les attentats ? En employant la même terminologie que votre homologue américain de l’époque ! Et sur le même ton, bonté divine !

    Monsieur le Président, vous êtes tombé dans le piège !

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